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Chapitre 5. Mondialisation, prix des produits de base et pays en développement

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
June 2008
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Ce chapitre examine le rôle de l’envolée actuelle des prix des produits de base dans l’intégration progressive des économies émergentes et en développement au système commercial et financier international. Il apparaît que l’amélioration des institutions et des politiques économiques explique en partie pourquoi ce boum des prix des produits de base se révèle plus favorable aux économies en développement que ceux qui l’ont précédé, puisqu’il entraîne une croissance rapide et simultanée des exportations (de produits manufacturés, surtout), des investissements (intérieurs et extérieurs) et de la production. Pour que la dynamique de l’intégration commerciale et financière se poursuive, toutefois, les économies en développement devront persévérer dans les efforts qu’elles ont engagés en vue de renforcer leurs institutions et leurs politiques.

Les deux dernières décennies, et en particulier la période récente, ont vu de nombreuses économies émergentes ou en développement s’intégrer toujours plus à l’économie mondiale. Le commerce international — des produits manufacturés comme des produits de base — a pris une importance beaucoup plus grande dans la plupart d’entre elles (graphiques 5.1 et 5.2). Dans le même temps, ces économies se sont ouvertes davantage aux flux de capitaux internationaux, par le biais notamment des investissements directs étrangers (IDE) (graphique 5.3). Afin d’évaluer si le processus d’intégration en cours sera durable, le présent chapitre en analyse certaines des caractéristiques et des causes, en mettant plus spécialement l’accent sur les questions suivantes.

Graphique 5.1.Commerce de biens et services

Le commerce international a pris beaucoup plus d’importance, ces vingt dernières années, dans la plupart des économies en développement.

Sources: Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

1 Europe centrale et orientale et Communauté des États indépendants.

Graphique 5.2.Exportations de marchandises des économies émergentes ou en développement

Les exportations de produits manufacturés ont connu une croissance particulièrement rapide, notamment en volume.

Sources: Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

Graphique 5.3.Flux de capitaux étrangers bruts et engagements étrangers bruts

(En pourcentage du PIB régional)

Les économies en développement se sont davantage ouvertes aux flux de capitaux internationaux, et en particulier aux investissements directs étrangers (IDE).

Sources: Lane and Milesi-Ferretti (2006); calculs des services du FMI.

1 Total des avoirs et engagements correspondants à des IDE, à des investissements de portefeuille sous forme de participations et à des dettes.

2 Europe centrale et orientale et Communauté des États indépendants.

Premièrement, l’ampleur et le rythme de l’intégration commerciale et financière ont-ils différé selon les économies en développement et les régions? Ces économies ont-elles diversifié leur production entre produits de base et produits manufacturés, et leurs marchés d’exportation entre les économies avancées et les autres économies en développement? L’émergence de la Chine et de l’Inde parmi les principaux acteurs du marché mondial a-t-elle facilité l’entrée d’autres économies en développement sur ce marché ou les en a-t-elle écartées?

Deuxièmement, les progrès spectaculaires de la mondialisation dans les économies en développement ont coïncidé avec l’envolée des prix du pétrole et d’autres produits de base. Dans quelle mesure l’essor des flux commerciaux et financiers vers ces économies a-t-il été «tiré» par le renchérissement des produits qu’ils exportent? D’autres facteurs potentiellement plus durables — l’amélioration des institutions et des politiques économiques nationales, par exemple — ont-ils favorisé l’intégration économique de ces pays? Enfin, l’ouverture croissante des économies voisines au commerce international a-t-elle contribué à la croissance de leurs exportations?

Les études consacrées aux déterminants des flux commerciaux et financiers internationaux mettent l’accent sur le rôle des facteurs institutionnels et politiques nationaux (y compris les restrictions directes appliquées aux transactions courantes et aux mouvements de capitaux), ainsi que sur les liens historiques, culturels et géographiques entre pays (y compris les accords bilatéraux ou multilatéraux)1. Ces études sont loin d’accorder la même attention aux termes de l’échange ou aux prix des produits de base. Le contraste est grand avec l’analyse de la croissance économique, par exemple, dans laquelle le rôle des prix des produits de base fait l’objet de débats animés, certaines études liant l’envolée de ces prix à la croissance, alors que d’autres laissent entendre qu’une «malédiction des ressources» empêche toute expansion durable dans de tels cas2.

Ce chapitre examine de plus près comment l’évolution des marchés des produits de base influe sur le processus de mondialisation des économies en développement. Les fluctuations des prix ont des répercussions directes sur la valeur des exportations et des importations de produits de base, et peuvent encourager des modifications du volume de ces échanges. Elles peuvent aussi avoir des répercussions indirectes sur l’investissement (intérieur et étranger) dans les secteurs d’exportation qui reposent sur les produits de base et dans quelques autres. En outre, les fluctuations des prix des produits de base influent parfois sur les taux de change réels et la compétitivité — en particulier dans les secteurs non exportateurs de ressources naturelles («syndrome hollandais») — et, partant, sur l’ampleur de l’intégration commerciale3. De même, le boum des prix des produits de base peut encourager les pays qui en exportent à privilégier les dépenses publiques et les emprunts à l’étranger, ouvrant ainsi la voie à des crises futures — avec les conséquences néfastes que cela peut avoir pour la mondialisation commerciale et financière. Enfin, toute modification des flux commerciaux et financiers associée aux évolutions des marchés de produits de base peut inciter les autorités à accroître ou réduire l’ouverture de leur économie sur l’extérieur. Par ces différents canaux, les variations des prix des produits de base peuvent donc avoir des effets durables sur le degré d’intégration des pays tributaires de ces produits à l’économie mondiale.

Le reste du chapitre est organisé comme suit. La première section présente les principaux faits stylisés concernant l’intégration commerciale et financière des économies en développement. La méthode des études d’événements est ensuite utilisée pour évaluer comment les diverses variables d’intérêt spécifiques se sont comportées lors des épisodes précédents d’envolée ou de chute des prix des produits de base, et déterminer si le boum actuel diffère sensiblement des épisodes antérieurs. Enfin, les techniques économétriques sont utilisées pour analyser les preuves historiques des déterminants de l’intégration des économies en développement à l’économie mondiale, en mettant l’accent sur les rôles respectifs des changements apportés aux institutions et aux politiques et de l’évolution des marchés des produits de base. Si, tout au long de cette réflexion, l’attention se porte sur les facteurs qui mènent à l’intégration, il faut aussi noter que la mondialisation — l’intégration commerciale et les IDE, surtout — influe elle-même sur la croissance et le bien-être dans les économies en développement (encadré 5.1).

Il apparaît que, sur bien des points importants, le boum actuel des prix des produits de base se révèle plus bénéfique aux économies en développement que ceux qui l’ont précédé. Les exportations (y compris de produits manufacturés), les IDE et les investissements intérieurs ont augmenté à un rythme relativement rapide, les emprunts publics ont ralenti, et la croissance de la production s’est accélérée. Un facteur clé sous-tend ces solides résultats et explique au premier chef pourquoi une large majorité de pays en développement connaissent une intégration commerciale et financière rapide à l’économie mondiale: c’est l’amélioration générale de leur cadre institutionnel et de leurs politiques économiques, et en particulier le resserrement de la discipline budgétaire et la libéralisation commerciale (tant à l’intérieur de ces pays que chez leurs partenaires commerciaux). En corollaire, les progrès de l’intégration se poursuivront dans ces pays si ces derniers persévèrent dans les efforts qu’ils déploient pour améliorer encore les institutions et les cadres de politique économique en place afin de réduire autant que possible les risques associés à un retournement brutal des cours des produits de base à l’avenir.

Prix des produits de base et schémas d’intégration

En baisse tendancielle durant une vingtaine d’années, le niveau global des prix des produits de base (comparé aux valeurs unitaires des produits manufacturés) est orienté à la hausse depuis le début du XXIe siècle (graphique 5.4)4. La flambée actuelle des prix de l’énergie et des intrants industriels, y compris des matières premières agricoles et des métaux, est particulièrement remarquable. Les prix des denrées alimentaires et des boissons ont progressé eux aussi, mais dans des proportions moins spectaculaires jusqu’à une période récente. Globalement, le boum actuel semble largement associé à l’augmentation de la demande de produits de base de la Chine et d’autres économies asiatiques en croissance rapide, qui dépasse l’augmentation de l’offre en provenance de la Russie et des autres pays de l’ancien bloc soviétique, notamment (voir appendice 1.2). L’encadré 5.2 compare le boum actuel aux épisodes qui l’ont précédé et montre que celui-ci se distingue à la fois par sa portée et sa durée. Quoi qu’il en soit, le risque demeure que ce boum finisse, comme ses prédécesseurs, par s’inverser lorsque la réponse de l’offre aura gagné en puissance, notamment dans les secteurs de l’alimentation et des métaux où les élasticités de l’offre à long terme devraient être importantes, même si cela est moins vrai pour le secteur de l’énergie (voir chapitre 4 de l’édition de septembre 2006 des Perspectives).

Graphique 5.4.Prix des produits de base

Les prix des produits de base, et notamment ceux de l’énergie et des intrants industriels, sont montés en flèche depuis l’an 2000. La région Moyen-Orient et Afrique du Nord, et dans une moindre mesure l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine, sont les principaux bénéficiaires de cette hausse.

Sources: CNUCED, base de données Handbook of Statistics; calculs des services du FMI.

1 Europe centrale et orientale et Communauté des États indépendants.

Les fluctuations des prix des produits de base influent différemment sur les économies selon la composition des exportations et des importations des pays visés. Étant donné que bon nombre d’économies en développement exportent des produits primaires autres que les combustibles mais importent de l’énergie, les boums des prix des produits de base ne se transforment pas directement en boum des termes de l’échange pour tous ceux qui exportent ces produits. Il est donc utile d’examiner les termes de l’échange de produits de base spécifiques à chaque pays: le ratio prix des exportations de produits de base/ prix des importations de produits de base, dans lequel chaque prix est pondéré par la part (en moyenne sur la période considérée) du produit en question dans le total des échanges du pays (en moyenne également)5. Il est utile aussi, à ce stade, de faire la distinction entre les pays qui exportent principalement des combustibles et ceux qui exportent d’autres produits de base6. Les termes de l’échange de produits de base ont évolué en effet dans des directions différentes, au cours de la dernière décennie, pour les uns et les autres (graphique 5.4, panneau central). Le boum actuel des prix de l’énergie a donné un coup de pouce important aux termes de l’échange des économies exportatrices de combustibles, alors que ceux-ci ont augmenté dans des proportions plus modestes pour les exportateurs d’autres produits.

Encadré 5.1.Comment la mondialisation commerciale et financière influe-t-elle sur la croissance? Théorie et éléments de preuve

Quelles sont les conséquences de la mondialisation commerciale et financière pour la croissance économique? Le sujet intéresse de longue date les analystes aussi bien que les praticiens de l’économie, et cet encadré récapitule les résultats des recherches qui lui ont été consacrées ces dernières années. L’intégration commerciale et financière peut, en théorie, accélérer la croissance par de multiples canaux, mais les preuves de l’existence de ces effets ne sont guère concluantes, en particulier pour l’intégration financière. Cela dit, les recherches empiriques récentes laissent penser que l’intégration commerciale et l’intégration financière peuvent catalyser toute une série de bénéfices indirects pour la croissance. Elles montrent aussi que les pays qui conduisent des politiques macroéconomiques et structurelles appropriées se donnent les moyens de mieux tirer parti de ces effets positifs.

Intégration commerciale

La théorie du commerce international met traditionnellement l’accent sur le lien entre la libéralisation des échanges et l’efficience économique. Les obstacles au commerce infléchissent les décisions de consommation et de production, ce qui fausse l’allocation des ressources. Aussi la libéralisation suscite-t-elle en général une hausse des revenus réels — sauf peut-être en cas d’externalités ou de distorsions préexistantes, ou lorsque la détérioration des termes de l’échange l’emporte sur les gains d’efficience. Les résultats des modèles de simulation portent à croire que, à quelques exceptions près, la libéralisation du commerce rehausse le niveau de revenu réel d’un pays1.

D’autre part, les derniers modèles du commerce international et de la croissance montrent comment la libéralisation des échanges peut entraîner des gains dynamiques. Une plus grande ouverture au commerce international peut favoriser la croissance d’une économie en lui permettant d’accéder à un plus large éventail de biens. La libéralisation du commerce ne fait pas qu’augmenter le volume des biens existants qui sont échangés, elle permet aussi à un pays d’importer ou d’exporter de nouvelles variétés de biens (voir Broda and Weinstein, 2004). Elle peut également renforcer les taux de croissance nationaux par d’autres canaux, qui consistent à 1)stimuler les flux de capital et de travail, notamment les investissements directs étrangers (IDE), 2) relever la productivité des entreprises locales via le transfert de nouvelles technologies et 3) créer des externalités dynamiques par le biais de l’apprentissage.

Les études empiriques font apparaître d’ordinaire, entre la libéralisation du commerce et la croissance, une relation positive qui n’admet que de rares exceptions2. Cependant, de nombreux problèmes méthodologiques compliquent toute tentative visant à quantifier la relation entre commerce et croissance, et notamment à mieux mesurer le degré d’ouverture d’un pays au commerce international. C’est une des questions qui ont conduit certains auteurs, tels que Rodriguez and Rodrik (2002), à mettre en question la robustesse de la «preuve» empirique du lien entre la libéralisation et la croissance.

En général, l’impact de la libéralisation commerciale sur la croissance d’une économie dépend du contexte plus large de la politique conduite par les autorités. À titre d’exemple, la libéralisation du commerce profite à une économie en abaissant le prix de ses importations. S’il n’y a pas liberté des prix et mobilité des ressources (travail et capital) entre ses secteurs d’activité, cette économie ne peut donc pas recueillir pleinement les fruits de la libéralisation. C’est pourquoi la libéralisation du commerce doit s’accompagner de politiques qui améliorent à la fois la flexibilité des prix et la mobilité des facteurs.

Dans une étude portant sur 13 pays engagés dans la libéralisation de leur commerce extérieur, Wacziarg and Welch (2003) recensent plusieurs caractéristiques qui ont accompagné les réformes commerciales réussies. Premièrement, les pays qui ont vu leur taux de croissance s’élever après avoir libéralisé leurs échanges sont, dans la majorité des cas, ceux qui ont poursuivi les réformes après la période de libéralisation initiale. C’est vrai notamment pour la province chinoise de Taiwan, la République de Corée, le Chili et l’Ouganda. Deuxièmement, certains des pays où la libéralisation des échanges a échoué ont engagé en même temps des politiques qui contrecarraient la réforme du commerce extérieur. En Israël, par exemple, salariés, autorités et employeurs se sont entendus pour arrêter — en matière de prix, de salaires et de taux de change — des directives qui tendaient à annuler les bénéfices de la réforme du commerce extérieur. Troisièmement, la stabilité macroéconomique, et en particulier la conduite d’une politique de change adéquate, augmente très sensiblement l’efficacité de la libéralisation du commerce3. Johnson, Ostry, and Subramanian (2007) soulignent qu’il importe d’éviter toute surévaluation du taux de change si l’on veut soutenir la croissance.

Mondialisation financière

La mondialisation financière — c’est-à-dire l’augmentation des flux financiers transfrontières — est en mesure elle aussi de renforcer la croissance par une série de canaux. En théorie, les flux financiers internationaux peuvent compléter l’épargne intérieure des pays en développement pauvres en capitaux et stimuler l’investissement en abaissant le coût du capital. Certains types de flux financiers peuvent avoir aussi des retombées technologiques et canaliser les transferts de compétences de gestion (ou d’autres formes d’expertise en techniques d’organisation) vers les économies en développement.

Ouverture financière et croissance du PIB

Source: calculs des services du FMI.

1 L’évolution de l’ouverture financière est définie comme la variation sur une même période du ratio encours brut des avoirs et engagements extérieurs/PIB. La relation conditionnelle utilise les résidus d’une régression transversale de la croissance sur le revenu initial, la croissance démographique, le capital humain et le taux d’investissement.

2 PPA = parité de pouvoir d’achat.

Toutefois, les travaux empiriques visant à démontrer l’existence de ces effets bénéfiques ne sont pas concluants (voir Kose et al., 2006). À première vue, il semble qu’il y ait une association positive entre l’ouverture à la mondialisation financière et l’accélération de la croissance (voir graphique). Par exemple, les économies en développement qui ont participé le plus activement à la mondialisation financière ont de toute évidence connu une croissance bien meilleure, en moyenne, que les autres. Toutefois, la majorité des études qui s’appuient sur des régressions de croissance comparatives pour analyser les liens entre croissance et ouverture financière ne permettent pas de conclure que la libéralisation des mouvements de capitaux a des effets positifs mesurables sur la croissance une fois que l’effet des autres déterminants de celle-ci a été pris en compte (voir graphique).

Ces études empiriques ne peuvent être concluantes pour plusieurs raisons. La principale tient à la difficulté de mesurer l’ouverture financière4. Les études faites récemment à partir d’évaluations améliorées de l’intégration financière commencent à mettre en lumière les preuves d’un impact positif de l’intégration financière sur la croissance (voir Quinn and Toyoda, 2006). D’autres recherches reposent sur l’assertion que tous les types de flux de capitaux «ne naissent pas égaux» (voir Dell’Ariccia et al., 2007). Cette idée est particulièrement pertinente, car la composition des flux financiers s’est profondément modifiée au fil du temps, passant des flux de titres de créance (plus risqués) aux IDE et aux investissements de portefeuille sous forme de participations (plus stables). Les études consacrées aux effets de la libéralisation des marchés d’actions sur la croissance laissent penser qu’elle a un impact significatif et positif sur la croissance de la production (voir Henry, 2007). Un corpus de plus en plus important de preuves issues des données recueillies à l’échelle des secteurs d’activité ou des entreprises corroborent la thèse selon laquelle la libéralisation des marchés d’actions et l’afflux d’IDE ont un effet bénéfique sur la croissance.

Les dernières études en date tendent aussi à montrer que les progrès de la mondialisation financière ne font pas qu’améliorer l’accès aux financements nécessaires pour l’investissement intérieur, mais que leurs bénéfices sont aussi d’ordre catalytique et indirect (voir Kose et al., 2006, et Dell’Ariccia et al., 2007). De fait, la façon dont les flux de capitaux peuvent dégager des bénéfices collatéraux est beaucoup plus importante que les effets directs d’un accès élargi à ces capitaux. Ainsi, de plus en plus d’études montrent que l’ouverture financière peut encourager l’essor du secteur financier du pays concerné, imposer une certaine discipline à sa politique macroéconomique, dégager des gains d’efficience dans ses entreprises — en exposant celles-ci à la concurrence des opérateurs étrangers qui entrent sur le marché — et libérer des forces de nature à améliorer la gestion des affaires publiques et la gouvernance des entreprises. Ces gains collatéraux peuvent renforcer l’efficacité économique et, ce faisant, accélérer la croissance de la productivité globale des facteurs.

Enfin, de plus en plus d’études sont consacrées à une série de conditions favorables — associées à des facteurs structurels ou liées aux politiques conduites (seuils) — qui semblent jouer un rôle important dans le lien entre croissance et ouverture financière (voir Kose et al., 2007). Par exemple, les politiques structurelles qui encouragent l’essor du secteur financier, améliorent les institutions et ouvrent les marchés nationaux au commerce international sont importantes non seulement en tant que telles, mais aussi parce qu’elles aident les économies en développement à concrétiser toutes les potentialités de la mondialisation. De même, la conduite d’une politique macroéconomique avisée paraît être une condition préalable importante pour que l’intégration financière porte ses fruits5.

Note: Les principaux auteurs de cet encadré sont M. Ayhan Kose et Stephen Tokarick.1 Selon les calculs de Anderson Martin et van der Mensbrugghe (2005), par exemple, si tous les pays du monde libéralisaient leur commerce extérieur, le revenu réel mondial augmenterait d’environ ½ point de PIB mondial en 2015, et 30 % environ de ces gains iraient aux économies en développement.2Voir Hallaert (2006), tableau 3. Pour une analyse approfondie, voir également Winters (2004), Baldwin (2003), Berg and Krueger (2003), ou Rodriguez and Rodrik (2002). Dollar and Kraay (2003) et Frankel and Romer (1999) consacrent eux aussi des études à ce sujet.3 Voir, par exemple, Harrison and Tang (2005); Wacziarg and Welch (2003) sur la libéralisation du commerce extérieur au Mexique entre les années 70 et le début des années 90; Krueger (1998); et Edwards (1993) sur la libéralisation du commerce extérieur au Chili entre les années 50 et 70.4Kose et al. (2006) soutiennent que les mesures de jure du contrôle des mouvements de capitaux (restrictions des opérations en capital), largement utilisées, ne permettent pas de s’assurer qu’un pays applique bien ces contrôles et ne rendent pas toujours compte du degré effectif (de facto) d’intégration financière d’une économie.5Ishii et al. (2001) et Dell’Ariccia et al. (2007) présentent une série d’études de cas d’économies nationales montrant que la poursuite d’une politique macroéconomique prudente amplifie largement les effets bénéfiques de l’intégration financière sur la croissance tout en réduisant autant que possible les risques potentiels qui l’accompagnent. Ainsi, en continuant à mener une politique économique compatible avec son régime de change durant la phase d’intégration financière, l’Autriche s’est protégée elle-même d’une crise. À l’inverse, le Mexique, la Suède et la Turquie, qui ont conduit des politiques expansionnistes incompatibles avec leur régime de change en même temps qu’ils ouvraient leur compte de capital, n’ont pas échappé aux crises financières.

À l’échelle régionale, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ainsi que, dans une moindre mesure, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine ont été les principaux bénéficiaires du boum actuel des prix des produits de base (graphique 5.4, panneau inférieur)7. Les différences de composition du commerce extérieur soustendent ces schémas régionaux. C’est dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord que les exportations de combustibles jouent le rôle le plus crucial, car elles représentent maintenant plus d’un tiers du PIB régional. L’Amérique latine dépend à peu près autant des combustibles que des autres produits de base, alors que ces derniers sont particulièrement importants pour l’Afrique subsaharienne (même si les combustibles représentent aussi une part non négligeable de l’économie régionale). Globalement, l’augmentation récente de la valeur des exportations de produits de base par rapport au PIB est due davantage aux échanges de combustibles qu’au commerce d’autres produits, bien que les parts en valeur de ces derniers aient aussi augmenté en Afrique subsaharienne et en Amérique latine (graphique 5.5). Le boum actuel des prix des produits de base a eu un impact comparativement limité sur les volumes exportés par rapport au PIB (graphique 5.6). La part en volume des combustibles a augmenté en Europe centrale et orientale ainsi que dans la Communauté des États indépendants (CEI)8 et en Amérique latine, mais elle a un peu diminué dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Graphique 5.5.Valeurs des exportations de produits de base et de produits manufacturés1

(En pourcentage du PIB régional)

L’augmentation récente des valeurs des exportations de produits de base par rapport au PIB reflète dans une large mesure la hausse des prix des combustibles. Toutefois, les exportateurs d’autres produits de base d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine en ont aussi bénéficié.

Sources: Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

1 Les données sur les exportations de produits de base et de produits manufacturés présentées dans ce graphique ne cadrent pas nécessairement avec celles du commerce total de biens et services du graphique 5.1, ni avec les données du commerce de marchandises du graphique 5.2, car certains pays ne fournissent pas une ventilation complète de leurs données commerciales.

2 Europe centrale et orientale et Communauté des États indépendants.

3 Échelle de gauche pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, échelle de droite pour les autres régions.

4 Échelle de gauche pour l’Asie et pour l’ECO et la CEI, échelle de droite pour les autres.

Graphique 5.6.Volumes des exportations de produits de base et de produits manufacturés1

(En pourcentage du PIB régional en dollars de 2000)

Les volumes des exportations de produits de base sont restés à peu près stables par rapport au PIB, tandis que ceux des exportations de produits manufacturés ont nettement augmenté, en particulier en Asie, en Europe centrale et orientale (ECO) et dans la Communauté des États indépendants (CEI).

Sources: Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

1 Les indices des volumes des exportations sont divisés par les indices de PIB réel; les valeurs en 2000 sont fixées à un niveau égal aux parts des exportations dans le PIB régional en dollars courants.

2 Europe centrale et orientale et Communauté des États indépendants.

3 Échelle de gauche pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, échelle de droite pour les autres régions.

4 Échelle de gauche pour l’Asie et pour l’ECO et la CEI, échelle de droite pour les autres.

Il est important de noter que l’essor récent du commerce dans les économies émergentes et en développement ne s’est pas limité aux produits de base. La part des exportations de produits manufacturés dans le PIB a nettement augmenté elle aussi en valeur et en volume (graphiques 5.5 et 5.6). L’Asie a vu sa part dans les exportations de produits manufacturés progresser de façon particulièrement spectaculaire en l’espace de 20 ans, mais l’augmentation observée en Europe centrale et orientale et dans les pays de la CEI a été également significative, et d’autres régions ont aussi enregistré une hausse notable. Même les exportateurs de produits de base ont sensiblement accru leurs échanges de produits manufacturés (voir graphique 5.7). Dans leur cas, toutefois, cette croissance est due en partie à l’essor des échanges de produits de base transformés, tels que les produits métalliques ou minéraux, dont la valeur ajoutée est relativement faible9. Quoi qu’il en soit, pour les pays qui dépendent des produits de base, le passage de l’exportation de matières premières non transformées à des produits à valeur ajoutée plus élevée marque un premier pas naturel et important vers une industrialisation plus diversifiée, même s’il n’affranchit pas ces économies de leur vulnérabilité aux chocs des prix des produits de base.

Graphique 5.7.Courants commerciaux régionaux1

Les destinations des exportations des économies en développement se sont diversifiées au fil du temps. Mais, si les économies avancées restent leur principal débouché, leurs échanges avec les autres économies en développement, et en particulier avec la Chine et les autres économies asiatiques, augmentent rapidement. Le commerce des produits manufacturés a progressé beaucoup plus que celui des produits de base, les exportations de produits manufacturés vers les économies avancées ayant en effet triplé en termes réels depuis le début des années 90. Les exportateurs de produits de base ont accru eux aussi leurs échanges, non seulement de produits de base mais également de produits manufacturés.

Sources: FMI, Commodity Price System; FMI, Direction of Trade Statistics; UNCOMTRADE; calculs des services du FMI.

1 Selon notre définition, les sources des exportations sont les économies émergentes ou en développement, à l’exclusion de la Chine et de l’Inde. Les valeurs n’apparaissent que si l’on dispose de données pour au moins 80 % des pays.

2 Valeurs en dollars nominales déflatées par la valeur unitaire des produits manufacturés.

3 Valeurs en dollars nominales déflatées par l’indice global des prix des produits de base.

Encadré 5.2.Le boum actuel des prix des produits de base en perspective

Les cours s’envolent sur les marchés des produits de base, où ils ont souvent battu des records ces derniers mois. Le dynamisme de la croissance mondiale durant la période récente n’est qu’une des raisons du niveau élevé de ces prix, mais l’anticipation d’un ralentissement très sensible de l’expansion dans le monde en 2008–09 n’en suscite pas moins des inquiétudes quant aux perspectives de ces marchés. Le présent encadré compare les principales caractéristiques du boum actuel à celles des épisodes qui l’ont précédé.

À l’échelle du marché mondial, un boum des prix des produits de base est défini comme une période d’au moins 12 mois durant laquelle le prix au comptant d’un produit donné ou d’un groupe de produits similaires augmente en termes réels1. En conséquence, les épisodes de boum ou de chute des prix des produits de base sont identifiés ici en fonction des pics et des creux de ces prix corrigés de l’inflation2. Contrairement à l’option retenue pour l’analyse développée dans le reste du chapitre 5, les boums sont donc spécifiques à tel ou tel produit — plutôt qu’à tel ou tel pays3.

Caractéristiques des boums des prix des produits de base, 1960–20071
Variation des prix (en pourcentage)Durée (en mois)
Phase actuelleDernier point de retournement2Depuis le dernier retournementMoyenne des boums antérieurs3Depuis le dernier retournementMoyenne des boums antérieurs4Synchronisation avec la production industrielle5
Pétrole brut (APSP, FMI)6BoumDécembre 2001C210,154,073180,189***
MétauxBoumMars 2003C104,843,058220,236***
AluminiumBoumAvril 2003C2941,057220,025
CuivreBoumOctobre 2001C212,561,075210,259***
NickelBoumOctobre 2005C74,984,019290,301***
FoodBoumNovembre 200430,421,038180,103
MaïsBoumNovembre 2004C62,239,03819−0,139
BléBoumAvril 2005C124,138,03220−0,103
SojaBoumJanvier 2005C83,942,036180,11
Huile de palmeBoumJanvier 2005C116,861,03620−0,015
Huile de sojaBoumJanvier 2005C100,950,036180,066
BœufChuteSeptembre 2004P−25,135,0200,091
BoissonsChuteFévrier 2006P0,047,0190,109
Matières prem. agricolesBoumDécembre 2004C2,228,037200,128
CaoutchoucBoumJanvier 2005C77,256,036210,07
Sources: base de données du FMI sur les prix des produits de base; calculs des services du FMI.

Pour plus de détails, se reporter au texte.

C indique un creux, P un pic.

Augmentation moyenne des prix lors des boums précédents (non compris celui en cours).

Durée moyenne des boums précédents (non compris celui en cours).

Coefficient d’une régression de la situation des prix de produits de base dans le cycle sur la situation de la production industrielle globale dans le cycle (pour plus de détails, voir Harding and Pagan, 2006); la mention *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 1 %.

Indice du FMI, cours moyen du pétrole au comptant.

Sources: base de données du FMI sur les prix des produits de base; calculs des services du FMI.

Pour plus de détails, se reporter au texte.

C indique un creux, P un pic.

Augmentation moyenne des prix lors des boums précédents (non compris celui en cours).

Durée moyenne des boums précédents (non compris celui en cours).

Coefficient d’une régression de la situation des prix de produits de base dans le cycle sur la situation de la production industrielle globale dans le cycle (pour plus de détails, voir Harding and Pagan, 2006); la mention *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 1 %.

Indice du FMI, cours moyen du pétrole au comptant.

Cette définition étant posée, le tableau compare le boum actuel à ces prédécesseurs en utilisant les indices de prix mensuels de quatre grands groupes de produits de base et les prix de quelques produits spécifiques, à partir de données couvrant la période 1960–2007. On se gardera cependant d’oublier que les prix de certains produits de base ont commencé de chuter en 2007, et que l’on ne peut donc pas encore déceler des épisodes de chute des prix — c’est-à-dire des périodes de baisse des prix d’une durée minimale de 12 mois. Les principaux résultats sont les suivants:

  • Le boum actuel des prix des produits de base est diversifié puisqu’il inclut le pétrole, les métaux, les principales denrées alimentaires et certaines boissons. Au sein de ces groupes, les hausses de prix constatées durant le boum actuel ont été en général nettement supérieures à la moyenne, et la période de hausse soutenue des prix a été elle aussi plus longue qu’à l’ordinaire. En revanche, les prix de certaines viandes et de nombreuses matières premières agricoles (à l’exception notable du caoutchouc naturel, produit de substitution du caoutchouc synthétique à base de pétrole) sont restés relativement faibles. Cela a de quoi surprendre, sachant que les prix de ces produits ont eu tendance à s’envoler de concert avec ceux des métaux.

  • Le boum actuel est aussi inhabituel en ce sens que les prix pétroliers et les indices de prix des trois principaux groupes de produits de base — métaux, denrées alimentaires et matières premières agricoles — connaissent un boum simultané depuis le début de 2005 (le prix des boissons a enregistré quant à lui un boum en 2005 et au début de 2006). Si des boums reposant sur une base diversifiée se sont effectivement produits dans le passé, ils ont été le plus souvent beaucoup plus courts que le boum actuel (voir graphique). De fait, sur les 74 mois durant lesquels ce type de boum a pu être observé depuis 1960, près de la moitié sont postérieurs à 2005. Les prix du pétrole brut et des métaux ont enregistré un boum encore plus long (il a débuté en 2003) —, ce qui est encore plus inhabituel.

  • Les précédents boums reposant sur une base diversifiée sont survenus à l’issue de périodes d’expansion relativement longues de l’activité industrielle mondiale — en 1973 et 2000, notamment — et se sont achevés quand cette activité s’est essoufflée. Le boum actuel, en revanche, a commencé plus tôt dans le cycle. Ceci étant, ces boums «diversifiés» se sont tous produits en période de très forte croissance de l’économie mondiale.

  • De façon plus générale, si les périodes de chute des prix des produits de base ont été plus fréquentes que les périodes de fléchissement de l’activité industrielle mondiale, les prix de nombreux produits de base tendent à être en phase avec cette activité. C’est particulièrement vrai pour les prix du pétrole brut, des métaux et des matières premières agricoles.

Nombre de grands groupes de produits de base en phase de boum et production industrielle mondiale1

Sources: FMI, Commodity Price System; FMI, International Financial Statistics; calculs des services du FMI.

1 Les grands groupes de produits de base sont le pétrole, les métaux, les produits alimentaires, les boissons et les matières premières agricoles.

En définitive, la comparaison du boum actuel des prix des produits de base à ceux qui l’ont précédé montre que le présent épisode repose sur une base plus diversifiée et a duré jusqu’ici plus longtemps que les boums antérieurs, et que les prix ont plus augmenté que d’habitude. On peut donc penser que le boum actuel résulte de la confluence de facteurs de demande et d’offre se renforçant mutuellement, mais aussi de l’existence de liens de plus en plus importants entre les marchés de produits de base (entre les prix des produits pétroliers ou alimentaires et la production de biocombustibles, notamment) et de conditions financières favorables, telles que la dépréciation du dollar et le niveau peu élevé des taux d’intérêt réels (pour plus de détails, voir appendice 1.2). Certains de ces facteurs ont à l’évidence joué un rôle dans le passé. Lors du boum de 1973, par exemple, les prix des produits de base ont été poussés à la hausse par la conjonction d’une croissance mondiale très forte et d’un dollar déprécié. Cependant, le boum actuel se caractérise par la durée de la période pendant laquelle ces facteurs ont agi les uns sur les autres. Pendant combien de temps encore ces synergies continueront-elles de prévaloir? Les perspectives des marchés des produits de base dépendent, pour une large part, de la réponse qui sera apportée à cette question.

Note: Le principal auteur de cet encadré est Thomas Helbling.1 Cette méthode suit l’exemple de Pagan and Sossounov (2003) pour les boums des cours des actions. La restriction qui consiste à utiliser une durée minimale de 12 mois reprend celle de Cashin, McDermott, and Scott (2002). La durée retenue en général dans l’analyse des cycles économiques est de 6 mois, mais ces auteurs font valoir que, pour les produits de base, mieux vaut adopter une phase minimale plus longue car les saisons des récoltes se succèdent le plus souvent à intervalles de 12 mois. Un indice des valeurs unitaires des exportations de produits manufacturés des économies industrialisées est utilisé pour corriger les effets de l’inflation.2 L’analyse repose sur la procédure de datation des cycles économiques mise au point par le NBER. Voir chapitre 3 des éditions d’avril 2002 et avril 2003 des Perspectives.3 Pour identifier les boums et les chutes de prix, le reste du chapitre 5 utilise les termes de l’échange de produits de base annuels de chaque pays plutôt que les prix mondiaux mensuels de chaque produit ou groupe de produits.

Les destinations des exportations des économies en développement se sont diversifiées au fil du temps. Les économies avancées demeurent le principal débouché des économies en développement, qui continuent d’en pénétrer les marchés avec leurs produits de base et leurs produits manufacturés. Cependant, leurs échanges avec les autres économies en développement, et notamment avec la Chine et d’autres pays asiatiques, ont augmenté rapidement (voir graphique 5.7; voir aussi Akin and Kose, 2007)10. Les exportations de produits de base vers la Chine et les autres économies asiatiques, en particulier, ont considérablement progressé. D’autre part, et le fait est peutêtre moins connu, la croissance de la Chine et des autres économies asiatiques a aussi accru de façon significative les marchés ouverts aux produits manufacturés des pays en développement. De fait, si les exportations de produits manufacturés vers les économies avancées ont triplé en termes réels depuis le début des années 90, celles à destination de la Chine ont enregistré une progression encore plus spectaculaire, même si elles partaient d’un niveau initial très bas11.

Ces dernières années, les économies en développement ont attiré beaucoup plus d’IDE dans tous les secteurs économiques (graphique 5.8). La progression la plus forte a concerné les services, mais les secteurs des produits manufacturés et des produits de base ont bénéficié eux aussi d’un afflux important d’IDE. Le stock des IDE dans le secteur manufacturier des économies en développement est resté constamment supérieur à celui des IDE dans le secteur des produits de base, et cet écart s’est même un peu creusé dans la période récente. Les économies en développement sont également devenues une source beaucoup plus importante d’IDE pour les économies avancées et les autres économies en développement, en particulier dans les services. Si leur rôle en tant que fournisseur d’investissements dans le monde reste relativement faible, il est incontestablement en progression.

Graphique 5.8.Investissements directs étrangers dans les économies émergentes ou en développement1

(Part du PIB, en pourcentage)

Les économies émergentes ou en développement ont attiré un plus grand volume d’investissements directs étrangers dans tous les secteurs. Elles sont aussi devenues une source beaucoup plus importante d’investissements de ce type.

Sources: CNUCED (2007); calculs des services du FMI.

1 Les agrégations sectorielles reposant sur des classifications différentes de celles utilisées en d’autres endroits du chapitre, les secteurs ne sont pas parfaitement comparables à ceux présentés ailleurs. Les produits de base comprennent le secteur primaire; les denrées alimentaires, les boissons et le tabac; le charbon (coke), les produits pétroliers et le combustible nucléaire.

L’intégration de plus en plus poussée des économies en développement dans l’économie mondiale est allée de pair avec une amélioration très sensible des politiques conduites et des institutions en place au plan national (graphique 5.9). Qu’elles soient exportatrices de combustibles ou d’autres prix de base, les économies émergentes ou en développement ont poursuivi leur libéralisation en abaissant leurs droits de douane et en allégeant les restrictions applicables aux transactions courantes et aux mouvements de capitaux (même si 80 % environ de ces économies restreignent encore les IDE). Les politiques macroéconomiques se sont elles aussi améliorées — les déficits budgétaires et les déficits extérieurs courants importants se font plus rares —, de même que la qualité globale des institutions et la profondeur des systèmes financiers (pour plus de détails, voir l’appendice 5.1). Comparés aux autres pays, les exportateurs de produits de base affichent des excédents budgétaires et des excédents extérieurs courants plus élevés, mais sont à la traîne en ce qui concerne la qualité générale des institutions et le degré de financiarisation12.

Graphique 5.9.Politiques conduites et institutions

(Moyenne; toutes les variables sur l’échelle de droite, sauf indication contraire)

Les économies en développement ont poursuivi leur libéralisation externe en abaissant leur tarif douanier et en réduisant les restrictions sur les transactions courantes et en capital. Les politiques macroéconomiques se sont aussi améliorées, les déficits budgétaires et extérieurs courants importants diminuant et la qualité des institutions s’améliorant.

Sources: Beck, Demirgüç-Kunt, and Levine (2007); Chinn and Ito (2006); Grilli and Milesi-Ferretti (1995); Marshall, Jaggers, and Gurr (2004); Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

1 Mesure de Grilli et Milesi-Ferretti.

2 Mesure de Chinn et Ito; les chiffres pour 1993–95 sont interpolés pour tenir compte de certaines irrégularités des données.

3 En pourcentage du PIB.

4 La qualité des institutions est mesurée par la variable de «limitation du pouvoir exécutif» proposée dans Marshall, Jaggers, and Gurr (pour plus de détails, voir appendice 5.1).

5 La financiarisation est mesurée par le ratio crédit des banques et autres établissements financiers au secteur privé/PIB (voir appendice 5.1).

En définitive, les prix des produits de base jouent encore un rôle important dans bon nombre d’économies en développement, et leur boum actuel bénéficie d’abord aux exportateurs de combustibles. Cependant, les exportations de produits manufacturés vers les économies en développement ont gagné en importance — notamment les exportations vers l’Asie et, à un moindre degré, l’Europe centrale et orientale ou la CEI, qui ont connu un essor spectaculaire. Les exportateurs de combustibles et d’autres produits de base ont accru leurs exportations de produits manufacturés vers les économies avancées, qui demeurent leur principal débouché, ainsi que vers la Chine et les autres pays asiatiques. Les exportations de produits de base vers la Chine et d’autres marchés asiatiques ont fortement augmenté elles aussi, mais moins que les exportations de produits manufacturés. Les économies en développement ont attiré davantage d’IDE, notamment dans leur secteur manufacturier, et sont devenues elles-mêmes une source plus importante d’IDE. Enfin, la libéralisation extérieure s’est poursuivie sans fléchir dans le monde en développement, où les politiques et les institutions macroéconomiques se sont nettement améliorées, y compris dans les pays exportateurs de produits de base.

Mondialisation et cycles de prix des produits de base

Cette section examine quelles ont été, dans le passé, les conséquences des cycles de prix des produits de base, et compare en particulier le boum actuel à ceux qui l’ont précédé. La mesure modifiée des termes de l’échange de produits de base utilisée ici pour identifier les cycles de prix de ces produits prend en compte les différences observées, d’un pays à l’autre, dans la composition des exportations et des importations de produits de base ainsi que dans l’importance de ces produits pour l’économie dans son ensemble13.

Les phases de boum (de chute) des prix des produits de base recensées sont définies comme des périodes d’amélioration (de détérioration) relativement importante des termes de l’échange de ces produits14. L’examen permet d’identifier plus de 300 épisodes de ce type depuis 1970. C’est en Afrique subsaharienne que les boums sont les plus nombreux, et dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord qu’ils tendent à être le plus spectaculaire (graphique 5.10). Comparé à ceux qui l’ont précédé, le boum actuel est à la fois long et spectaculaire: pour un pays moyen, sa durée est supérieure à quatre ans et l’amélioration des termes de l’échange est de 9,1 % (contre deux ans et 3,3 %, respectivement, pour les boums antérieurs)15.

Graphique 5.10.Boums des prix des produits de base

La plupart des boums les plus spectaculaires des prix des produits de base ont eu lieu au milieu des années 70 et dans la période récente. C’est l’Afrique subsaharienne qui a enregistré le plus grand nombre d’entre eux, mais c’est dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord qu’ils ont eu le plus d’ampleur.

Sources: FMI, Commodity Price System; base de données UNCOMTRADE; Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

1 Les boums les plus spectaculaires sont définis comme les épisodes durant lesquels l’amélioration cumulée des termes de l’échange des produits de base se situe dans le quartile supérieur de tous les boums, les dates indiquées correspondant à la dernière année de chacun d’eux. Pour de plus amples détails, voir appendice 5.1.

2 La taille est donnée par l’amélioration cumulée des termes de l’échange des produits de base durant un boum. Pour de plus amples détails, voir appendice 5.1.

3 Europe centrale et orientale et Communauté des États indépendants.

Une étude d’événements est ensuite effectuée afin d’examiner comment les flux commerciaux et financiers, les taux de change, l’investissement, les dépenses et les emprunts publics ou diverses autres variables importantes ont répondu aux boums des termes de l’échange des produits de base, et de déterminer si le boum actuel diffère de façon significative de ceux qui l’ont précédé. Concrètement, l’étude d’événements compare 1) les variations (en pourcentage annuel) moyennes d’indicateurs pertinents lors des boums antérieurs à leurs variations lors des épisodes de chute antérieurs, et 2) les variations enregistrées lors du boum actuel à celles observées lors des boums précédents. Afin de tenir compte de l’hétérogénéité probable des réponses selon les événements et selon les pays, l’analyse se concentre séparément sur les grands événements concernant les prix des produits de base et sur les exportateurs de combustibles et d’autres produits de base16. Enfin, pour que cette étude reste axée sur les pays en développement, les économies avancées en sont exclues.

Ainsi que l’on pouvait s’y attendre, la valeur totale des exportations a augmenté beaucoup plus vite durant les phases de forte amélioration des termes de l’échange (graphique 5.11). L’écart entre les taux de croissance est particulièrement sensible (plus de 40 points de pourcentage par an) durant les boums les plus spectaculaires et parmi les exportateurs de combustibles. Durant le boum actuel, la valeur des exportations a augmenté plus vite qu’au cours des précédents pour l’ensemble de l’échantillon (d’environ 18 points de pourcentage par an), même si elle a été un peu plus lente que lors des épisodes les plus spectaculaires. Lors du boum actuel également, les exportations en volume totales (sauf pour les exportateurs de combustibles) ont répondu avec beaucoup plus de vigueur que par le passé, où l’impact sur les exportations en volume avait été nettement inférieur, alors, à l’impact sur les exportations en valeur.

Graphique 5.11.Termes de l’échange des produits de base 1970–2007, étude d’événements1,2

(Différences médianes des variations en pourcentage annuel moyennes de certaines variables; les économies avancées sont exclues)
(Différences médianes des variations en pourcentage annuel moyennes de certaines variables; les économies avancées sont exclues)

Sources: FMI, Commodity Price System; base de données UNCOMTRADE; Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

1 Certaines séries ne sont pas disponibles après 2005 ou 2006; les taux de change effectifs sont disponibles à partir de la fin des années 70, les taux de droits à partir de 1980.

2 Étant donné que le boum actuel est concentré sur les exportateurs de combustibles, sa comparaison aux boums précédents dans les pays exportateurs d’autres produits de base ne repose que sur quelques observations et doit donc être considérée avec prudence.

L’amélioration des résultats à l’exportation lors du boum actuel reflète la différence de rythme de croissance des exportations entre les produits de base et les produits manufacturés. Dans le passé, les exportations réelles de produits de base ont augmenté plus vite en phase d’amélioration des termes de l’échange qu’en phase de détérioration de ceux-ci, mais les exportations de produits manufacturés n’ont guère changé dans l’ensemble de l’échantillon. Lors des boums antérieurs, elles ont eu tendance à augmenter plus vite pour les pays exportateurs de combustibles, et plus lentement pour les pays exportateurs d’autres produits de base. Durant le boum actuel, les exportations de produits de base ont progressé en général plus lentement que lors des boums antérieurs, mais les exportations de produits manufacturés ont augmenté plus vite, ce qui a donné au total une croissance plus forte des exportations réelles17.

Un coup d’œil aux variations relatives des taux de change effectifs réels et des droits de douane apporte de nouvelles indications sur ces courants d’échanges internationaux18. Lors des boums antérieurs, les exportateurs de produits de base autres que les combustibles ont enregistré une amélioration relativement forte de leur taux de change réel qui a défavorisé, par l’effet du syndrome hollandais, leurs exportations de produits manufacturés et leurs secteurs d’activité exposés à la concurrence des importations (graphique 5.11). C’est pour cela sans doute que leurs droits de douane ont relativement moins diminué. À l’inverse, lors des phases antérieures de chute des prix des produits de base, ces pays ont connu des taux de change réels relativement plus faibles, ce qui leur a permis de s’engager dans des baisses relativement plus fortes des droits de douane. Il en va très différemment pour les exportateurs de combustibles. Ces derniers ont connu une appréciation nominale et réelle moins importante lors des boums des prix des produits de base que lorsque ces prix ont chuté. Cela est dû en grande partie au fait que ces pays rattachaient leur monnaie au dollar19, qui tend à se déprécier lorsque les prix des produits de base augmentent20.

En comparaison, durant le boum actuel des prix des produits de base, les taux de change réels se sont moins appréciés dans les pays exportateurs de combustibles, et davantage dans les pays exportateurs d’autres produits de base, ce qui atteste en partie que l’effondrement récent du dollar a eu des répercussions différentes sur ces deux groupes21. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi les exportations de produits manufacturés ont augmenté beaucoup plus vite pour les pays exportateurs de combustibles. Dans les pays exportateurs d’autres produits de base, l’essor récent des exportations de produits manufacturés pourrait traduire une volonté plus affirmée de progresser dans la libéralisation du commerce. Au Chili, la diminution annuelle des droits de douane constatée depuis le commencement du boum actuel en 2002 a été supérieure de plus de 6 points à la moyenne enregistrée lors des boums antérieurs (et l’augmentation annuelle des exportations de produits manufacturés a dépassé de plus de 6 points sa moyenne des boums antérieurs). En outre, les réductions des droits de douane dans les pays voisins ont pu jouer un rôle positif en élargissant les possibilités de commerce intrarégional22.

S’agissant des entrées de capitaux extérieurs, les engagements de portefeuille sous forme de participations ont répondu beaucoup plus que les IDE lors des épisodes antérieurs de boum des prix des produits de base — par rapport aux épisodes de chute de ces prix23. Cependant, les IDE dans ces pays ont augmenté plus vite durant le boum actuel que lors des boums antérieurs. Cet essor des IDE est particulièrement manifeste dans le cas des pays exportateurs de combustibles, pour lesquels il a été supérieur de plus de 14 points par an à son niveau des boums précédents (pour un pays médian).

L’évolution des emprunts à l’étranger est contrastée. Dans les pays exportateurs de produits de base autres que les combustibles, la dette privée a moins augmenté durant les boums que durant les phases de chute des prix de ces produits. Dans les pays exportateurs de combustibles, les entités publiques et privées ont eu tendance à emprunter davantage en période de boum. Sur l’ensemble de l’échantillon, la dynamique de la dette publique est restée identique en phase de boum ou de chute des prix, tandis que la dette privée a augmenté un peu plus lorsque les prix chutaient. Cela porte à croire que les exportateurs de combustibles ont mieux réussi à attirer les capitaux extérieurs durant les boums que les exportateurs d’autres produits de base, qui, rappelons-le, ont souffert davantage du protectionnisme et du syndrome hollandais. D’autre part, les gouvernements n’ont en général pas recouru à l’emprunt pour lisser la consommation durant les phases de chute des prix, alors que les emprunts privés ont été dans une certaine mesure utilisés à cette fin. La dette extérieure a affiché une croissance beaucoup plus lente durant le boum actuel que lors des boums précédents — les emprunts publics marquant bien plus le pas, à cet égard, que les emprunts privés. La discipline budgétaire observée durant le boum actuel a sans doute rendu ces économies moins vulnérables au syndrome hollandais et contribué au renforcement des exportations de produits manufacturés et des exportations globales.

La consommation privée et la consommation publique ont augmenté davantage lors des boums antérieurs que durant les phases antérieures de chute des prix, ce qui laisse penser que de nombreux pays ont conduit une politique budgétaire procyclique. Durant le boum actuel, toutefois, la consommation publique a augmenté un peu plus lentement que la consommation privée (par comparaison aux boums antérieurs), même si cette tendance est moins nette dans les pays exportateurs de produits de base autres que les combustibles que dans les pays exportateurs de combustibles. À titre d’exemple, les deux types de consommation ont augmenté plus vite que lors des boums précédents au Chili (la consommation publique n’étant que légèrement en retrait par rapport à la consommation privée), alors qu’en Arabie Saoudite la consommation publique a augmenté de 3 points de moins par an que lors des boums précédents, mais la consommation privée s’est accélérée de plus de 7 points supplémentaires.

L’investissement public et la croissance de la production ont été tous deux plus élevés durant les boums antérieurs les plus spectaculaires que lors des phases de chute des prix, mais la réponse sur l’ensemble de l’échantillon a été faible. Le rythme plus lent de l’investissement et de la croissance de la production dans les pays exportateurs de produits de base autres que les combustibles est sans doute dû à leurs moins bons résultats à l’exportation, et explique en partie les difficultés qu’ils ont eues à attirer des capitaux extérieurs (à l’exception des IDE), comme il a déjà été noté. L’investissement a augmenté beaucoup plus vite (dans le cas des exportateurs de combustibles, surtout) durant le boum actuel que lors des boums précédents, et le PIB sensiblement plus vite.

En résumé, lors des derniers boums (et par comparaison aux phases de chute des prix des produits de base), la croissance nettement plus forte des exportations a reflété beaucoup plus les prix de ces exportations que leurs volumes. Cela dit, les exportations réelles de produits de base ont augmenté, tandis que les exportations de produits manufacturés ont affiché une évolution en demi-teinte qui cadre avec l’effet du syndrome hollandais et des pressions protectionnistes. L’investissement étranger s’est accéléré, sous la forme principalement d’un afflux d’investissements de portefeuille, tandis que la réponse de l’investissement intérieur a été faible. Enfin, les gouvernements ont eu tendance à conduire des politiques budgétaires procycliques et à s’abstenir de lisser la consommation. Le boum actuel apparaît, à plus d’un titre, très différent. En effet, la réponse des exportations en volume a été plus forte et les exportations de produits manufacturés ont augmenté sensiblement plus vite, ce qui s’explique en partie par une moindre appréciation du taux de change réel dans les pays exportateurs de combustibles et par de plus fortes réductions des droits de douane dans les pays exportateurs d’autres produits de base. L’ouverture progressive des pays voisins au commerce mondial, au même titre que les progrès de la gestion budgétaire et, plus généralement, des politiques conduites et des institutions en place, ont sans doute contribué à l’amélioration des résultats. L’IDE et l’investissement intérieur ont augmenté beaucoup plus vite que lors des boums antérieurs. Les emprunts à l’étranger ont ralenti — en particulier ceux contractés par les États — et les dépenses publiques se sont légèrement modérées. Enfin, la croissance économique réelle s’est accélérée.

Explication des évolutions constatées

Nous adoptons dans cette section une vue à plus long terme pour analyser les déterminants du succès des économies qui ont su s’intégrer à l’économie mondiale. L’accent est mis sur la contribution des institutions et des politiques nationales, par comparaison aux termes de l’échange ou à la situation géographique. Une question domine: sur la longue période, la dynamique des termes de l’échange et de la dotation en ressources naturelles peut-elle expliquer l’essentiel des progrès différents des pays ou des régions dans la voie de la mondialisation?

Cette analyse porte aussi, dans une moindre mesure, sur l’importance des effets de contagion que l’ouverture aux flux commerciaux et financiers, les institutions en place et les politiques conduites peuvent avoir d’un pays à l’autre. En d’autres termes, une économie donnée a-t-elle davantage de chances de se libéraliser sur le plan interne ou externe si ses voisins le font? La mondialisation aide-t-elle, à cet égard, les économies en développement à jeter les bases d’une croissance durable?

Les analyses qui précèdent sont ensuite utilisées pour examiner si l’intégration progressive des économies en développement dans l’économie mondiale est vraisemblablement appelée à se poursuivre à l’avenir même dans l’hypothèse où les termes de l’échange évolueraient de façon défavorable. Autrement dit, comme il a été prouvé que la mondialisation est un moteur important de la croissance des économies en développement, il importe de savoir quels facteurs peuvent la freiner.

Plus spécifiquement, l’analyse porte sur un large échantillon (80 pays environ) regroupant des économies avancées et des économies en développement suivies sur la période 1970–2005. Elle examine les déterminants de plusieurs dimensions de l’intégration — commerce total, exportations, importations, IDE — et se penche à la fois sur le commerce de marchandises dans son ensemble et sur celui des produits de base seulement, l’un et l’autre étant mesurés en valeur et en volume. Le cadre économétrique est constitué de régressions transversales et de panel (moyenne sur cinq ans).

L’analyse s’appuie sur les travaux existants et couvre un large éventail de variables susceptibles d’expliquer l’intégration, telles que les institutions, les politiques économiques, les prix des produits de base ou les facteurs géographiques. Les variables retenues sont les suivantes (pour plus de détails, voir appendice 5.1):

  • Qualité des institutions nationales. Comme chacun sait, celle-ci peut avoir un impact déterminant sur la productivité d’un pays et sur sa production dans les différents secteurs (voir, par exemple, l’édition d’avril 2003 des Perspectives). Ses effets peuvent même être d’une ampleur disproportionnée dans les secteurs des biens échangeables; ainsi, la production destinée à l’exportation peut nécessiter en amont des investissements considérables et visibles, qui sont parfois particulièrement exposés au risque d’expropriation. De même, les investissements financiers effectués par des résidents étrangers peuvent être particulièrement vulnérables au sentiment que le climat du pays hôte est peu propice à l’investissement (voir aussi Dell’Ariccia et al., 2007).

  • Caractéristiques structurelles. L’existence d’une infrastructure financière plus développée (mesurée en utilisant le ratio crédit au secteur privé/PIB) peut stimuler la production dans tous les secteurs. Ceux des biens échangeables peuvent en tirer un bénéfice particulier dans la mesure où ils présentent une certaine intensité capitalistique ou comportent des entreprises de taille relativement importante, pour lesquelles il est plus difficile de s’en remettre aux marchés du crédit informels. En outre, certaines spécifications prennent aussi en compte le rôle de la flexibilité des régimes de change (voir Reinhart and Rogoff, 2004).

  • Qualité des politiques macroéconomiques nationales. Celle-ci est donnée (comme dans l’édition d’octobre 2007 des Perspectives) par un indice qui évalue dans quelle mesure la politique monétaire conduite par le pays concerné réussit à contenir l’inflation à un niveau peu élevé, et par une mesure de la stabilité de la politique budgétaire (volatilité des dépenses publiques corrigées des variations du cycle).

  • Obstacles directs à l’intégration. Le rôle de trois variables est analysé, à savoir: 1) «l’ouverture au commerce», indice des obstacles (tarifaires et non tarifaires) aux échanges internationaux, 2) «les restrictions de change», mesure des contrôles imposés aux transactions courantes et aux mouvements de capitaux, et 3) la «surévaluation» du taux de change (mesurée par l’écart du taux de change réel du pays concerné par rapport à sa tendance, calculé en utilisant le filtre de Hodric–Prescott). Cette troisième variable permet de saisir, le cas échéant, les effets du syndrome hollandais sur les secteurs des biens échangeables d’une économie.

  • Prix des produits de base. Les indices des prix des exportations et des importations de produits de base pour le pays concerné sont inclus séparément, afin de vérifier s’il existe des effets différenciés. Pour tenir compte de l’importance variable du commerce des produits de base d’un pays à l’autre, les prix de ces produits sont pondérés par la part moyenne de chaque produit dans le PIB du pays concerné.

  • Effets liés à la situation géographique et à la contagion externe. Selon la spécification retenue, ces effets sont saisis par une combinaison des variables suivantes: 1) «l’ouverture des pays voisins au commerce» — moyenne des obstacles aux échanges internationaux érigés par les pays voisins pondérée par l’éloignement et la taille de ces derniers —, 2) un indice de la distance géographique, 3) une mesure de la demande extérieure pondérée par le commerce et 4) une mesure des taux d’intérêt mondiaux.

Les analyses transversales (tableaux 5.1 et 5.2) et les régressions de panel (tableaux 5.3 et 5.4) suggèrent les conclusions générales suivantes (assorties des réserves d’usage quant au lien de causalité):

Tableau 5.1.Régressions transversales: commerce total
Commerce/PIBExport.-nettes/PIBExport./PIBImport./PIB
Grandes institutions6,9**−0,563,2*3,7**
Financiarisation11,2***−0,40,67***0,54***
Ouverture au commerce10,12,926,53,6
Restrictions de change−47**−2,09−25**−23**
Surévaluation4,3−0,791,82,5
Ouverture des pays voisins au commerce1,7*0,38**1,0**0,66
R20,610,470,570,64
Note: Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont la qualité de la politique monétaire et la volatilité de la politique budgétaire (toujours non significatives), la flexibilité du régime de change, le PIB initial, le statut d’État enclavé, la superficie terrestre, la population et la distance. Nombre de pays = 81.

Pour permettre les effets de non-linéarité, les régressions utilisent à la fois le niveau de financiarisation et son carré; le coefficient ainsi obtenu représente la valeur marginale, évaluée à la moyenne de l’échantillon.

Note: Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont la qualité de la politique monétaire et la volatilité de la politique budgétaire (toujours non significatives), la flexibilité du régime de change, le PIB initial, le statut d’État enclavé, la superficie terrestre, la population et la distance. Nombre de pays = 81.

Pour permettre les effets de non-linéarité, les régressions utilisent à la fois le niveau de financiarisation et son carré; le coefficient ainsi obtenu représente la valeur marginale, évaluée à la moyenne de l’échantillon.

Tableau 5.2.Régressions transversales: commerce de marchandises, investissement direct étranger (IDE)
Commerce/PIBExportations nettes/PIBExportations/PIBImportations/PIBIDE/PIB
Grandes institutions3***−0,321,8**1,5***0,16
Financiarisation14**−0,79−0,10,81**1,9*
Ouverture au commerce7,3−0,293,73,30,8
Restrictions de change−3,5−0,33−2,1−2,2−2,5**
Surévaluation−1,31,81,50,160,51
Ouverture des pays voisins au commerce244491569341
R20,480,320,300,650,4
Note: Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont la qualité de la politique monétaire et la volatilité de la politique budgétaire (toujours non significatives), la flexibilité du régime de change, le PIB initial, le statut d’État enclavé, la superficie terrestre, la population et la distance. Nombre de pays = 81.

Pour permettre les effets de non-linéarité, les régressions utilisent à la fois le niveau de financiarisation et son carré; le coefficient ainsi obtenu représente la valeur marginale, évaluée à la moyenne de l’échantillon.

Note: Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont la qualité de la politique monétaire et la volatilité de la politique budgétaire (toujours non significatives), la flexibilité du régime de change, le PIB initial, le statut d’État enclavé, la superficie terrestre, la population et la distance. Nombre de pays = 81.

Pour permettre les effets de non-linéarité, les régressions utilisent à la fois le niveau de financiarisation et son carré; le coefficient ainsi obtenu représente la valeur marginale, évaluée à la moyenne de l’échantillon.

Tableau 5.3.Régressions transversales: commerce total
Commerce en volume/PIBExportations nettes en volume/PIBExportations en volume/PIBImportations en volume/PIB
Grandes institutions0,019**−0,0380,028***0,022*
Financiarisation10,07*0,010,13**0,13*
Ouverture au commerce−0,03*−1,7*−0,09*0,002
Restrictions de change−0,15***−2,5***−0,14***−0,13**
Surévaluation−0,0033−0,27−0,025**0,0032
Ouverture des pays voisins au commerce0,20***0,7***0,33***0,20*
Prix des exportations de produits de base5,4−1,40,021,8
Prix des importations de produits de base−2,01,86,112,0
R20,460,070,520,35
Note: Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont la qualité de la politique monétaire et la volatilité de la politique budgétaire (toujours non significatives), la flexibilité du régime de change, le PIB initial, les effets-pays, la tendance temporelle, la croissance du PIB réel mondial pondérée par le commerce et le taux interbancaire offert à Londres (LIBOR). Nombre de pays = 79, nombre d’observations = 342.

Pour permettre les effets de non-linéarité, les régressions utilisent à la fois le niveau de financiarisation et son carré; le coefficient ainsi obtenu représente la valeur marginale, évaluée à la moyenne de l’échantillon.

Note: Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont la qualité de la politique monétaire et la volatilité de la politique budgétaire (toujours non significatives), la flexibilité du régime de change, le PIB initial, les effets-pays, la tendance temporelle, la croissance du PIB réel mondial pondérée par le commerce et le taux interbancaire offert à Londres (LIBOR). Nombre de pays = 79, nombre d’observations = 342.

Pour permettre les effets de non-linéarité, les régressions utilisent à la fois le niveau de financiarisation et son carré; le coefficient ainsi obtenu représente la valeur marginale, évaluée à la moyenne de l’échantillon.

Tableau 5.4.Régressions transversales: commerce de marchandises, investissement direct étranger (IDE)
Commerce en volume/PIBExportations nettes en vol./PIBExportations en volume/PIBImportations en volume/PIBIDE/PIB
Grandes institutions0,00111,00,070,020,6*
Financiarisation10,8*1,20,20,30,2*
Ouverture au commerce0,012−1,5−0,18*0,30,19
Restrictions de change−0,18**−9,9−0,18*−0,15**−1,5***
Surévaluation0,010,620,0140,001−0,03
Ouverture des pays voisins
au commerce0,23**−4,30,550,173,1***
Prix des exportations
de produits de base0,030,70,02,1*4,0
Prix des importations
de produits de base−0,00025,10,12−1,1*0,3
R20,190,020,180,220,33
Note: Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont la qualité de la politique monétaire et la volatilité de la politique budgétaire (toujours non significatives), la flexibilité du régime de change, le PIB initial, les effets-pays, la tendance temporelle, la croissance du PIB réel mondial pondérée par le commerce et le taux interbancaire offert à Londres (LIBOR). Nombre de pays = 79, nombre d’observations = 363.

Pour permettre les effets de non-linéarité, les régressions utilisent à la fois le niveau de financiarisation et son carré; le coefficient ainsi obtenu représente la valeur marginale, évaluée à la moyenne de l’échantillon.

Note: Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont la qualité de la politique monétaire et la volatilité de la politique budgétaire (toujours non significatives), la flexibilité du régime de change, le PIB initial, les effets-pays, la tendance temporelle, la croissance du PIB réel mondial pondérée par le commerce et le taux interbancaire offert à Londres (LIBOR). Nombre de pays = 79, nombre d’observations = 363.

Pour permettre les effets de non-linéarité, les régressions utilisent à la fois le niveau de financiarisation et son carré; le coefficient ainsi obtenu représente la valeur marginale, évaluée à la moyenne de l’échantillon.

  • Il existe une association très nette entre la meilleure qualité des institutions et l’essor du commerce, que ce soit de marchandises ou de produits de base et aussi bien en valeur qu’en volume. La qualité institutionnelle est également associée à des IDE plus importants.

  • La financiarisation est elle aussi associée de façon significative à l’essor du commerce et des IDE. Cela dit, son impact diminue au-delà d’un certain seuil de développement financier, qui est cependant plus élevé que les valeurs atteintes à l’heure actuelle dans les économies émergentes ou en développement.

  • La qualité des politiques monétaire et budgétaire conduites dans le pays concerné n’a pas un impact statistiquement significatif sur l’intégration. En d’autres termes, ses effets sur le commerce et les IDE ne sont pas plus importants que son incidence globale sur le PIB.

  • S’agissant des obstacles directs à l’intégration, il est souvent difficile de démêler les effets respectifs des diverses mesures prises dans ce sens, mais il existe des preuves que les restrictions de change, en particulier, sont corrélées de façon significative à un moindre développement du commerce et des IDE.

  • Les barrières commerciales érigées par les pays voisins sont associées à un niveau moins élevé des exportations et du commerce, ce qui confirme l’importance des effets de contagion externes. Ces derniers sont statistiquement significatifs dans le panel.

  • Les prix des produits de base n’ont pas un impact statistiquement significatif, que ce soit sur le commerce total en volume ou sur les volumes d’échanges des seuls produits de base. Autrement dit, comme l’a montré l’analyse d’événements, l’impact — quand il existe — des prix des produits de base sur les échanges en volume de ces produits (par opposition à leurs échanges en valeur) n’est pas une caractéristique dominante des données. Cet impact limité sur les volumes de produits de base échangés atteste à la fois l’inélasticité de la demande (en particulier à court terme) de bon nombre de ces produits et l’existence de contraintes importantes qui brident toute expansion de l’offre.

On peut s’appuyer sur ce constat pour expliquer la forte progression du commerce et des IDE avec le temps, tant pour le monde dans son ensemble que pour les économies avancées et les économies en développement prises séparément24. Au vu des résultats ci-dessus et des améliorations qui ont été apportées au fil des ans, comme on l’a vu, aux institutions et aux politiques nationales, il n’est sans doute pas surprenant que les progrès expliqués de l’intégration commerciale et financière témoignent pour l’essentiel de l’impact des institutions, de la financiarisation, des distorsions dues aux politiques suivies et de facteurs exogènes tels que la géographie, plutôt que l’effet direct des prix des produits de base. Par exemple, les exportations en volume (par rapport au PIB réel) des pays de l’échantillon ont augmenté d’environ 30 %, en moyenne, entre les années 80 et les années 2000. Les institutions et la financiarisation expliquent presque un quart de cette augmentation globale (graphique 5.12), et la réduction des distorsions dues à la politique menée — diminution du recours aux restrictions de change, abaissement des droits de douane, moindre surévaluation des monnaies — en expliquent aussi un quart. En revanche, les prix à l’exportation et à l’importation des produits de base ne jouent qu’un rôle très limité dans l’augmentation des exportations en volume, que ce soit pour les économies avancées ou pour les économies en développement.

Graphique 5.12.Explication des progrès de l’intégration des années 80 aux années 2000

(Variable dépendante et différence totale en points de pourcentage en abscisse; pourcentage de la différence totale en ordonnée; d’après les régressions de panel)

L’essentiel de la variation expliquée sur la période témoigne de l’impact des institutions, de la financiarisation, des distorsions induites par les politiques menées et de facteurs exogènes tels que la situation géographique, plutôt que de l’impact direct des prix des produits de base. Les institutions et la financiarisation représentent presque un quart de l’augmentation totale.

Sources: Beck, Demirgüç-Kunt, and Levine (2007); Heston, Summers, and Aten (2006); Marshall, Jaggers, and Gurr (2004); Reinhart and Rogoff (2004); Wacziarg and Welch (2003); Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI (pour plus de détails, voir appendice 5.1).

1 Combine les contributions de la financiarisation et de son carré.

2 Combine les contributions de l’ouverture au commerce extérieur, des restrictions de change et de la surévaluation.

3 Combine les contributions des prix des exportations et des importations de produits de base.

4 Les volumes des exportations sont tous déflatés par un indice du PIB réel; p.p. = points de pourcentage).

Les liens entre les diverses variables explicatives posent une problème plus vaste. Il peut exister en particulier des liens politicoéconomiques importants entre, d’une part, les institutions et les distorsions dues aux politiques conduites et, d’autre part, les prix des produits de base. L’examen approfondi de ces liens déborderait du cadre de ce chapitre. Néanmoins, une simple analyse de corrélation débouche sur un constat intéressant: les hausses des prix à l’exportation des produits de base sont associées, historiquement, au renforcement des obstacles au commerce (tableau 5.5). Selon une interprétation possible, tirée en grande partie de l’expérience des exportateurs de produits de base autres que les combustibles (tel qu’elle apparaît dans l’analyse d’événements), cette réponse découle du fait que les autorités craignaient, dans le passé, que des chocs positifs sur les termes de l’échange déclenchent un effet de syndrome hollandais sur les secteurs de biens échangés autres que les produits de base.

Tableau 5.5.Régressions transversales: institutions et politiques
Grandes institutionsOuverture au commerceRestrictions de changeSurévaluation
Prix des exportations de produits de base19−19**1,29,3
Prix des importations de produits de base1,62,3***−0,84−4,8
R20,050,110,05
Note: Les résultats concernant l’«ouverture au commerce» reposent sur une régression des probits. Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont le PIB initial, les effets-pays, la tendance temporelle, la croissance du PIB réel mondial pondérée par le commerce et le taux interbancaire offert à Londres (LIBOR). Nombre de pays = 89, nombre d’observations = 801.
Note: Les résultats concernant l’«ouverture au commerce» reposent sur une régression des probits. Les coefficients statistiquement significatifs sont en caractères gras; les mentions *, ** et *** indiquent qu’ils sont significatifs aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement (sur la base d’erreurs types robustes). Les autres variables de contrôle sont le PIB initial, les effets-pays, la tendance temporelle, la croissance du PIB réel mondial pondérée par le commerce et le taux interbancaire offert à Londres (LIBOR). Nombre de pays = 89, nombre d’observations = 801.

Conclusions

L’analyse effectuée dans ce chapitre laisse penser qu’à bien des égards, le boum actuel des prix des produits de base se révèle plus favorable aux économies en développement que ceux qui l’ont précédé. Les exportations augmentent plus vite en raison de la croissance nettement plus rapide qu’elles enregistrent au niveau des produits manufacturés. Il est frappant aussi de constater que même les pays exportateurs de produits de base ont vu leurs exportations de produits manufacturés augmenter, y compris vers l’Asie. Cette accélération a coïncidé avec une moindre appréciation du taux de change réel dans les pays exportateurs de combustibles et un abaissement plus sensible des droits de douane dans les pays exportateurs de produits de base autres que les combustibles, qui avaient eu tendance à relever leurs obstacles au commerce lors des boums précédents. Les IDE et l’investissement intérieur ont augmenté sensiblement plus vite que lors des boums précédents, et le ralentissement des emprunts publics a coïncidé avec la légère modération des dépenses publiques. Résultat, la croissance économique réelle s’est accélérée à travers le monde en développement et, dans toutes les régions, une large majorité de pays connaissent une intégration commerciale et financière rapide dans l’économie mondiale.

Cependant, cette analyse laisse aussi penser que les prix des produits de base n’apportent qu’une contribution relativement secondaire, sur le long terme, au processus de mondialisation en cours. L’une des raisons essentielles des performances relativement bonnes des économies en développement durant le boum actuel des prix des produits de base est donc l’amélioration générale de leurs institutions et de leurs politiques économiques — et en particulier les progrès de la financiarisation, de la libéralisation du commerce et de la discipline budgétaire. Beaucoup d’économies en développement ont aussi bénéficié de la libéralisation et de la croissance rapide de leurs voisins, qui ont entraîné notamment un essor de la demande d’exportations (de produits de base comme de produits manufacturés) en provenance de ces économies. Ces évolutions ont deux conséquences principales.

  • Même si les prix des produits de base ne devaient plus être orientés résolument à la hausse, un tel revirement n’aurait guère de chances d’inverser à lui seul le processus d’intégration à l’économie mondiale engagé par bon nombre de pays en développement. C’est important à noter, car l’évolution favorable des termes de l’échange des pays exportateurs de produits de base depuis quelques années ne doit pas être nécessairement considérée comme une constante du panorama économique.

  • Pour que leur pays continue de progresser dans l’intégration, les autorités ne devront pas relâcher les efforts engagés afin d’améliorer les institutions et les politiques économiques. Ainsi, il sera important d’aller plus avant dans la libéralisation commerciale et de faire en sorte que l’amélioration des soldes budgétaires observée ne soit pas purement conjoncturelle. De façon plus générale, il faut être conscient que la participation accrue des pays à faible revenu à l’économie mondiale lance de nouveaux défis aux décideurs. De nombreuses économies restent fortement tributaires de leurs exportations de produits de base et pourraient se révéler très vulnérables à des chocs de prix à ce niveau. Cela doit les inciter à se diversifier davantage, et beaucoup d’économies en développement agissent dans ce sens. La poursuite des réformes engagées dans ce but les aidera à se protéger des volte-face abruptes de la conjoncture extérieure, et notamment des chutes des prix des produits de base.

Appendice 5.1. Données et méthodologie

Les principaux auteurs de cet appendice sont Patrick Hettinger, Nikola Spatafora, Ercument Tulun et Irina Tytell.

Couverture et regroupement des pays

Le chapitre 5 couvre 171 économies avancées et en développement (sous réserve des données disponibles). La couverture est maintenue constante dans le temps pour chaque graphique, bien qu’elle puisse différer de l’un à l’autre en fonction des données disponibles. Les pays sont regroupés de la façon suivante (le chiffre entre parenthèses correspond à leur nombre).

Économies avancées (23)

Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède et Suisse.

Économies émergentes ou en développement (148)

Afrique subsaharienne (45)

Afrique du Sud, Angola, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap-Vert, République Centrafricaine, Comores, République démocratique du Congo, République du Congo, Côte d’Ivoire, Djibouti, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Kenya, Lesotho, Madagascar, Malawi, Mali, Maurice, Mauritanie, République du Mozambique, Namibie, Niger, Nigéria, Ouganda, Rwanda, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Soudan, Swaziland, Tanzanie, Tchad, Togo, Zambie et Zimbabwe.

Europe centrale et orientale, Communauté des États indépendants (27)

Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Bulgarie, Chypre, Croatie, Estonie, Géorgie, Hongrie, Kazakhstan, République kirghize, Lettonie, Lituanie, Ex-République yougoslave de Macédoine, Moldova, Ouzbékistan, Pologne, Roumanie, Russie, République slovaque, Slovénie, Tadjikistan, République tchèque, Turkménistan, Turquie et Ukraine.

Pays en développement d’Asie (27)

Bangladesh, Bhoutan, Cambodge, Chine, République de Corée, Fidji, RAS de Hong Kong, Inde, Indonésie, Kiribati, République démocratique populaire lao, Malaisie, Maldives, Myanmar, Népal, Pakistan, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Philippines, îles Salomon, Samoa, Singapour, Sri Lanka, province chinoise de Taiwan, Thaïlande, Tonga, Vanuatu et Vietnam.

Amérique latine (32)

Antigua-et-Barbuda, Argentine, Bahamas, Barbade, Belize, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Dominique, Équateur, El Salvador, Grenade, Guatemala, Guyana, Haïti, Honduras, Jamaïque, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou, République Dominicaine, Saint- Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie, Surinam, Trinité-et-Tobago, Uruguay et République bolivarienne du Venezuela.

Moyen-Orient et Afrique du Nord (17)

Algérie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Israël, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Maroc, Oman, Qatar, République arabe de Syrie, Tunisie et République du Yémen.

Exportateurs de combustibles (24)25

Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Azerbaïdjan, Bahreïn, République du Congo, Émirats arabes unis, Équateur, Gabon, Guinée équatoriale, République islamique d’Iran, Kazakhstan, Koweït, Libye, Nigéria, Oman, Qatar, République arabe syrienne, Russie, Soudan, Trinité-et-Tobago, Turkménistan, République bolivarienne du Venezuela et République du Yémen.

Exportateurs de produits de base autres que les combustibles (21)26

Botswana, Burkina Faso, Burundi, Chili, Guinée, Guinée-Bissau, Guyana, Malawi, Mauritanie, Mongolie, République du Mozambique, Ouzbékistan, Papouasie-Nouvelle-Guinée, République démocratique du Congo, Sierra Leone, îles Salomon, Surinam, Tadjikistan, Tchad, Zambie et Zimbabwe.

Sources de données et définitions des variables

Flux commerciaux

Les données sur le commerce total (et les chiffres de PIB utilisés pour obtenir les ratios) proviennent des bases de données des Indicateurs du développement dans le monde (Banque mondiale, 2007)27 et des Perspectives de l’économie mondiale du FMI. Les données issues de ces sources sont combinées et raccordées de manière à permettre la meilleure couverture possible des pays et des périodes. Les données sur le commerce de produits manufacturés et de produits de base (combustibles et autres produits) proviennent de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale. Les valeurs manquantes sont interpolées, et les volumes des exportations et des importations de produits manufacturés et de produits de base sont obtenus, respectivement, en déflatant les valeurs nominales par l’indice de valeur unitaire des produits manufacturés et par l’indice des prix des produits de base correspondant (voir ci-après).

Capitaux extérieurs

Les données sur les stocks d’investissement direct étranger (IDE), les flux de portefeuille sous forme de participations et la dette sont extraits des travaux de Lane et Milesi-Ferretti (2006)28. La couverture temporelle de ces données fait l’objet d’une extension rétrospective pour plusieurs pays. Les chiffres du PIB proviennent des bases de données des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale et des Perspectives de l’économie mondiale du FMI, comme précédemment. Les chiffres de la dette extérieure publique et privée utilisés dans l’étude d’événements sont extraits de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale.

Valeur unitaire des produits manufacturés

L’indice des valeurs unitaires des produits manufacturés (MUV) de l’ONU mesure les valeurs unitaires des exportations de produits manufacturés (Classification internationale type, par industrie, de toutes les branches d’activité économique, CITIC, groupes 5 à 8) par 24 économies de marché développées. Les chiffres sont extraits des bases de données du Handbook of Statistics de la CNUCED29 et des Perspectives de l’économie mondiale du FMI.

Prix des produits de base

Les indices de prix des produits de base (indice global, aliments et boissons, énergie, intrants industriels) sont établis à partir de la base de données du Commodity Price System du FMI30. Ces agrégats de prix sont disponibles à partir de 1980 et leur couverture temporelle est étendue rétrospectivement en utilisant les données disponibles sur les prix des différents produits de base et leurs pondérations dans les agrégats. Les prix des exportations et des importations spécifiques à chaque pays utilisés dans les régressions sont les 32 prix réels des différents produits de base pondérés par la moyenne géométrique des parts des exportations et des importations, respectivement, de ces produits dans les PIB, en moyenne sur la période 1980–2006 (voir la description des termes de l’échange des produits de base ci-dessous).

Termes de l’échange des produits de base

Les termes de l’échange de produits de base spécifiques à chaque pays sont définis comme le ratio prix des exportations de produits de base/ prix des importations de produits de base, sur la forme suivante:

où les Pit sont les prix des différents produits de base, MUVt est l’indice des valeurs unitaires des produits manufacturés, Xij la part des exportations du produit i dans le commerce total (moyen) du pays j’, et Mij la part des importations du produit i dans le commerce total (moyen) du pays31.

Cet indice des termes de l’échange utilise les prix de 32 produits de base figurant dans la base de données du Commodity Price System du FMI, à savoir: crevettes, bœuf, agneau, blé, riz, maïs, bananes, sucre, café, cacao, thé, tourteau de soja, farine de poisson, cuirs et peaux, soja, caoutchouc naturel, bois dur, coton, laine, minerai de fer, cuivre, nickel, aluminium, plomb, zinc, étain, huile de soja, huile de tournesol, huile de palme, huile d’arachide, or et pétrole brut.

Les exportations et importations des différents produits de base sont obtenues à l’aide de la base de données COMTRADE de l’ONU. Elles sont divisées par le commerce total (moyen), et la moyenne des parts qui en résultent est établie sur la période 1980–2006. Pour l’étude d’événements et les régressions, les pondérations sont mises à l’échelle en utilisant la part (moyenne) du commerce total dans le PIB de chaque pays (en moyenne sur la période 1980–2006) à partir des bases de données du Handbook of Statistics de la CNUCED et de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI.

Commerce bilatéral

Les données sur le commerce bilatéral de marchandises sont extraites de la base de données de Direction of Trade Statistics du FMI. Les données par secteur sont extraites de la base de données COMTRADE de l’ONU et suivent la nomenclature CITIC, révision 3. Le secteur des produits manufacturés combine les groupes 5 à 8 de la CITIC, à l’exclusion du groupe 68 (métaux non ferreux). Le secteur des produits de base combine les groupes 0 à 4 de la CITIC, y compris le groupe 68. Les valeurs manquantes sont interpolées, et les volumes sont obtenus en déflatant les valeurs nominales par l’indice des valeurs unitaires des produits manufacturés et par l’indice global des prix des produits de base, respectivement, comme plus haut.

Restrictions commerciales

Les données sur le rapatriement des recettes d’exportation, la rétrocession obligatoire des devises ainsi que le contrôle et la liquidation des IDE sont extraites du rapport annuel du FMI sur les régimes et les restrictions de change. Le tarif douanier moyen correspond à la moyenne du taux effectif (ratio recettes tarifaires/valeur des importations) et des taux tarifaires non pondérés moyens préparés par les services du FMI. Dans certains cas, cette série repose sur le taux effectif ou sur le taux non pondéré moyen, selon les données disponibles; les valeurs manquantes sont interpolées. Les régressions utilisent l’indice d’ouverture du commerce de Wacziarg et Welch (2003), qui repose sur les taux tarifaires moyens, les obstacles non tarifaires moyens, la prime appliquée sur le marché des changes parallèle et l’existence ou non d’offices de commercialisation des exportations et d’un système économique socialiste (l’indice est égal à zéro avant la libéralisation, et à l’unité dès le début du processus de libéralisation)32.

Restrictions des mouvements de capitaux

La première mesure est celle de Chinn et Ito (2006)33 et repose sur les principales composantes extraites de plusieurs dispositifs de restriction des transactions courantes et des opérations en capital à partir du rapport annuel du FMI sur les régimes et les restrictions de change. La seconde est une version actualisée de Grilli et Milesi-Ferretti (1995) et inclut les restrictions des transactions courantes et des opérations en capital extraites du rapport annuel du FMI sur les régimes et les restrictions de change.

Taux de change effectifs et surévaluation

Les taux de change effectifs réels et nominaux sont extraits du Système des avis d’information du FMI. Les données sont raccordées à celles de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale afin de permettre la meilleure couverture possible des pays et des périodes. Dans l’étude d’événements, les taux de change effectifs sont mesurés par les écarts en pourcentage par rapport à la tendance, calculés à l’aide du filtre de Hodrick–Prescott. Dans les régressions, la mesure de la surévaluation utilise le logarithme de la différence entre le taux de change effectif réel et sa tendance, calculé à l’aide du filtre de Hodrick–Prescott.

Flexibilité du taux de change

Elle est mesurée au moyen de l’indice approximatif de flexibilité du taux de change de facto établi par Reinhart–Rogoff, ramené à un indicateur à trois valeurs (où 1 correspond à un régime de taux fixe, 2 à un régime intermédiaire et 3 à un régime de flottement libre). La classification de Reinhart–Rogoff prend en compte l’existence de taux duals ou de marchés parallèles dans certaines économies, et utilise la volatilité des taux de change déterminés par le marché pour classer les régimes de change selon des critères statistiques34.

Politiques macroéconomiques et institutions

La qualité des institutions est mesurée à l’aide de la variable de «limitation du pouvoir exécutif» tirée de l’ensemble de données Polity IV de Marshall, Jaggers et Gurr (2004)35. Cette variable suit une échelle de sept catégories, dont les valeurs les plus élevées indiquent que le système de poids et contrepoids opposé au pouvoir exécutif est plus efficace. Un score égal à 1 indique que le pouvoir de décision de l’exécutif est illimité, et un score de 7 représente le plus haut degré possible de responsabilité d’un groupe envers un autre groupe de puissance au moins égale (le pouvoir législatif, par exemple). Le solde budgétaire et le solde extérieur courant sont extraits des bases de données des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale et de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI.

Principaux indicateurs macroéconomiques

Le PIB réel, l’investissement intérieur et la consommation publique et privée sont extraits des bases de données des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale et de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI. Les données provenant de ces sources sont combinées et raccordées de façon à permettre la meilleure couverture possible des pays et des périodes.

Financiarisation

La financiarisation est mesurée à l’aide du ratio crédit des banques et autres établissements financiers au secteur privé/PIB. Les données sont extraites de la base de données de Financial Development and Structure de Beck, DemirgücKunt et Levine (2007)36. Pour tenir compte des effets de non-linéarité, les régressions utilisent à la fois le niveau de cette variable et le carré de celle-ci.

Ouverture des pays voisins au commerce international et tarif douanier moyen

Les régressions utilisent l’ouverture des pays voisins au commerce international, mesurée par la moyenne pondérée de l’indice d’ouverture au commerce de Wacziarg et Welch (2003) (voir ci-dessus) des autres pays. L’étude d’événements utilise le tarif douanier moyen des pays voisins mesuré par la moyenne pondérée des tarifs douaniers moyens (voir ci-dessus) des autres pays. Dans les deux cas, les pondérations sont liées au PIB des autres pays en dollars de 2000 et à l’inverse de la distance qui les sépare du pays en question. Les distances correspondent aux distances «grand cercle» calculées en utilisant les coordonnées géographiques fournies par le World Factbook de la CIA37.

Éloignement économique

L’éloignement économique est mesuré par les distances (en logarithme) entre un pays donné et d’autres pays, pondérées par le PIB des autres pays en dollars de 2000 par rapport au PIB total de l’ensemble des autres pays en dollars de 2000. Ces distances correspondent aux distances «grand cercle» calculées en utilisant les coordonnées géographiques fournies par le World Factbook de la CIA.

Pays enclavés et surface terrestre

Le fait que d’être enclavé est rendu par l’unité, qui indique que le pays n’a pas de littoral dans les autres cas, la valeur retenue est zéro. La surface terrestre correspond à la superficie en kilomètres carrés. Ces données sont issues du World Factbook de la Central Intelligence Agency (CIA).

Méthodologie de l’étude d’événements

L’étude d’événements consacrée aux épisodes de boums et de chute des prix des produits de base repose sur les termes de l’échange des produits de base décrits plus haut. Cette mesure est utilisée pour identifier les épisodes de boums et de chutes des prix spécifiques à chaque pays survenus entre 1970 et 2007. La procédure de datation suit largement Cashin, McDermott, and Scott (2002) et repose sur les points d’inflexion (pics et creux) de la série considérée38. Ces points d’inflexion sont déterminés en utilisant les données annuelles spécifiques au pays visé, ce qui signifie que les cycles ne peuvent pas être trop courts et que les périodes qu’ils couvrent peuvent varier d’un pays à l’autre. Une fois les points d’inflexion trouvés, la durée et l’amplitude des cycles (variation cumulée des termes de l’échange de produits de base) entre un creux et un pic et entre un pic et un creux sont calculées. Ces boums et ces chutes sont identifiés comme des périodes d’amélioration ou de détérioration, selon le cas, des termes de l’échange de produits de base présentant une amplitude qui les situe dans le quartile supérieur de tous les épisodes de ce type recensés dans l’échantillon. Cette procédure donne 327 boums et 321 chutes.

L’épisode actuel est traité de manière identique, même si, comme il se poursuit encore à l’heure actuelle, l’année 2007 est considérée comme celle du pic pour tous les pays concernés. Plusieurs pics survenus en 2006 sont aussi retenus comme faisant partie du boum actuel. La date du début de celui-ci correspond au creux le plus récent observé dans chaque pays après le pic le plus récent. Les amplitudes pour chaque pays sont ensuite calculées et les boums sélectionnés correspondent aux épisodes durant lesquels l’amélioration cumulée des termes de l’échange dépasse le seuil du quartile supérieur, comme il a été dit plus haut. On obtient ainsi 30 boums, dont 19 concernent les pays exportateurs de combustibles et 6 les pays exportateurs de produits de base autres que les combustibles.

Ces épisodes de boums et de chutes spécifiques à chaque pays sont la base de l’étude d’événements, dont les résultats sont présentés au graphique 5.11. Pour chaque variable d’intérêt, la variation moyenne en pourcentage annuel (la variation annuelle moyenne dans le cas des taux de change effectifs mesurés par les écarts par rapport à la tendance) est calculée durant chaque boum et chaque chute, sous réserve des données disponibles. Les médianes de l’ensemble de ces variations sont ensuite obtenues séparément pour les boums antérieurs, les chutes antérieures et le boum actuel. Enfin, les différences entre les médianes des épisodes de boums et des chutes antérieurs et entre les médianes du boum actuel et des précédents sont calculées et indiquées.

L’étude d’événements se concentre sur trois sous-échantillons distincts, en plus de l’échantillon total des boums et des chutes: boums de grande amplitude, exportateurs de combustibles et exportateurs de produits de base autres que les combustibles. Les épisodes de boums (chutes) de grande amplitude sont définis comme des boums (chutes) dont l’amplitude se situe dans le quartile supérieur de tous les épisodes du même type. Selon cette définition, 17 des boums actuels sont dits de grande amplitude. Les définitions des exportateurs de combustibles et des exportateurs de produits de base autres que les combustibles sont données plus haut.

Analyse économétrique

L’analyse économétrique (tableaux 5.15.5) considère les variables dépendantes suivantes:

  • Commerce/PIB, Exportations nettes /PIB, Exportations/PIB et Importations/PIB, en valeur (tableau 5.1)

  • Commerce de produits de base/PIB, Exportations nettes de produits de base/PIB, Exportations de produits de base/PIB et Importations de produits de base/PIB, en valeur (tableau 5.2)

  • Commerce/PIB, Exportations nettes/PIB, Exportations/PIB et Importations/PIB, en volume (tableau 5.3)

  • Commerce de produits de base/PIB, Exportations nettes de produits de base/PIB, Exportations de produits de base/PIB et Importations de produits de base/PIB, en volume(tableau 5.4)

  • Cadre institutionnel, mesuré à l’aide de la variable de «limitation du pouvoir exécutif» décrite plus haut (tableau 5.5)

  • Ouverture au commerce, mesurée à l’aide de l’indice d’ouverture au commerce de Welch et Wacziarg (2003) (tableau 5.5)

  • Restrictions de change, mesurées en utilisant la moyenne des restrictions appliquées aux transactions courantes et aux opérations en capital, extraites du rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (tableau 5.5)

  • Surévaluation du taux de change (tableau 5.5) Les variables explicatives employées dans l’analyse sont examinées plus haut.

Toutes les régressions transversales sont estimées à l’aide des valeurs moyennes sur la période 1970–2005. Les régressions de panel sont estimées quant à elles en utilisant toutes les observations moyennes sur 5 ans disponibles, à partir de 1970, et en prenant en compte les effets fixes par pays.

Le graphique 5.12 est construit comme suit. Chaque régression est d’abord estimée en utilisant l’ensemble de l’échantillon. Ensuite, l’échantillon est scindé en deux (années 80 et années 2000) et les valeurs moyennes des variables dépendantes et explicatives sont calculées pour chaque sous-échantillon. La différence de valeur moyenne de chaque variable explicative dans les différents sous-échantillons est multipliée par le coefficient applicable (estimé en utilisant l’ensemble de l’échantillon). On obtient ainsi la contribution de la variable explicative pertinente à la différence (moyenne) de valeur de la variable dépendante entre les deux décennies.

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Note: Les principaux auteurs de ce chapitre sont Nikola Spatafora et Irina Tytell, qui ont bénéficié du concours de Patrick Hettinger et Ercument Tulun. Le projet a été supervisé par Jonathan Ostry. Arvind Subramanian et Shang-Jin Wei y ont aussi participé, en qualité de consultants. Enfin, nous remercions Tim Callen, Paul Cashin, Paul Collier, Gian Maria Milesi-Ferretti et Alessandro Prati pour leurs précieux commentaires.

Voir, par exemple, Baier and Bergstrand (2007) ou Dell’Ariccia et al. (2007).

Voir Deaton (1999) pour l’expérience de l’Afrique, et Blattman, Hwang, and Williamson (2007) pour un aperçu historique. S’agissant plus particulièrement de la «malédiction des ressources», voir Collier and Goderis (2007) et le tour d’horizon des travaux en la matière que propose van der Ploeg (2006).

On parle de «syndrome hollandais» lorsque l’augmentation des revenus tirés des ressources naturelles entraîne une hausse du taux de change réel qui rend moins compétitives les autres exportations, en particulier de produits manufacturés. Pour une analyse traditionnelle de ce phénomène, voir Corden and Neary (1982) et Corden (1984). Voir aussi Ostry (1988) et Edwards and Ostry (1990).

Le comportement des prix des produits de base est resté une source de controverse dans les études techniques depuis que Prebisch (1950) et Singer (1950) ont montré que les données affichaient une tendance à la baisse. Voir, entre autres, Cashin and McDermott (2002).

Deaton and Miller (1996) et Cashin, Céspedes, and Sahay (2004) construisent de la même manière les prix des exportations de produits de base spécifiques à chaque pays. Notre mesure des termes de l’échange prend en compte les prix des exportations et des importations de produits de base, ainsi que l’importance de ces produits dans le commerce global de chaque pays. Une mesure similaire des termes de l’échange est utilisée dans Lee et al. (2008). Pour de plus amples détails, voir l’appendice 5.1.

Les exportateurs de combustibles sont définis comme les pays pour lesquels les combustibles représentent plus de 50 % des exportations. De même, les exportateurs de produits de base autres que les combustibles sont les pays pour lesquels les exportations de ces produits représentent plus de 50 % des exportations. Enfin, la catégorie des exportateurs de produits de base regroupe à la fois les exportateurs de combustibles et les exportateurs d’autres produits.

Il est important de noter que l’effet des termes de l’échange varie selon les régions. Étant donné que le boum actuel bénéficie d’avantage aux exportateurs de combustibles qu’aux exportateurs d’autres produits de base, tous les pays d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine n’en ont pas autant profité. Voir, par exemple, FMI (2007a).

Cela est dû aux pays de la CEI exportateurs de combustibles. La CEI compte en effet de gros exportateurs de combustibles et d’autres produits de base, alors que les pays d’Europe centrale et orientale tendent à être importateurs nets de ces produits.

En Afrique subsaharienne, par exemple, les produits manufacturés minéraux non métalliques (les diamants, principalement) représentent une large part des exportations de produits manufacturés, même si les exportations de matériel de transport et de vêtements connaissent actuellement une croissance rapide (voir FMI, 2007a). Les exportations de vêtements progressent elles aussi à un rythme soutenu en Amérique latine et dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, bien que les produits de base transformés soient une catégorie d’exportation importante dans cette dernière région.

En Asie, le commerce intrarégional a été une composante importante de l’essor diversifié des échanges entre économies en développement(voir FMI, 2007b).

Les conséquences de l’émergence de la Chine et de l’Inde pour l’intégration des autres économies en développement dans l’économie mondiale font l’objet d’études de plus en plus nombreuses, mais qui ne sont pas parfaitement concluantes jusqu’à présent. Voir, entre autres, Lederman, Olarreaga, and Soloaga (2007) ou Cravino, Lederman, and Olarreaga (2007) pour l’Amérique latine, et Goldstein et al. (2006) pour l’Afrique.

À l’évidence, l’amélioration des soldes budgétaires et des soldes extérieurs courants des pays exportateurs de produits de base peut découler en partie de l’impact direct des exportations de ces produits, par opposition à des changements de nature plus structurelle. Pour une comparaison plus spécifique du boum actuel des prix des produits de base aux précédents, voir ci-après.

Les pondérations attribuées aux prix des différents produits dans les termes de l’échange des produits de base sont mises à l’échelle en utilisant la part (en moyenne sur la période) du commerce total (moyen) dans le PIB du pays visé. Pour plus de détails, voir appendice 5.1.

Une phase d’amélioration (de détérioration) des termes de l’échange de produits de base est définie comme une période commençant par un creux (pic) des termes de l’échange et s’achevant par un pic (creux), durant laquelle la variation cumulée des termes de l’échange se situe dans le quartile supérieur de tous les épisodes de ce type recensés dans l’échantillon. Pour plus de détails, voir appendice 5.1. Voir aussi Cashin, McDermott, and Scott (2002).

Étant donné que les pondérations des prix des différents produits dans les termes de l’échange des produits de base sont mises à l’échelle pour tenir compte de l’importance de ces produits dans l’économie globale, les augmentations de l’indice modifié paraissent faibles. Sans un ajustement tenant compte de la part du commerce total dans le PIB, la hausse des termes de l’échange des produits de base — pour un pays moyen — est de 25,3 % pour le boum actuel et 9,2 % pour les boums antérieurs. Ces chiffres seraient plus élevés encore si les termes de l’échange des produits de base n’étaient pas ajustés pour tenir compte de l’importance de ces produits dans le commerce total de chaque pays.

L’appendice 5.1 donne de plus amples détails sur les calculs qui sous-tendent cette étude d’événements, et des définitions précises des sous-ensembles d’événements ou de pays utilisés. Étant donné que le boum actuel est centré sur les exportateurs de combustibles, la comparaison avec les épisodes antérieurs dans les pays exportateurs d’autres produits de base ne repose que sur quelques observations et doit donc être considérée avec prudence.

Le redéploiement de la croissance des exportations réelles — des produits de base vers les produits manufacturés — n’a pas été assez prononcé, dans le cas des exportateurs de combustibles (où la composition des exportations penche plus nettement vers les produits de base), pour produire des augmentations plus rapides des exportations en volume.

Les liens entre prix des produits de base et taux de change réels dans les pays tributaires des produits de base sont analysés dans les études consacrées aux monnaiesmarchandises (voir Chen and Rogoff, 2003 et Cashin, Céspedes, and Sahay, 2004). Celles-ci font apparaître que les prix des exportations de produits de base tendent à influer fortement sur les taux de change réels pour bon nombre de pays producteurs, même si cette relation est sujette à des rééquilibrages structurels et peut être amoindrie dans les pays qui ont choisi d’ancrer leur taux de change nominal.

Dans le cas des exportateurs de combustibles, la moitié des boums ont concerné des pays dont la monnaie était arrimé au dollar. En revanche, aucun des exportateurs d’autres produits de base qui ont connu ces boums n’avait rattaché sa monnaie au dollar.

La corrélation entre le taux de change effectif nominal des États-Unis et l’indice global des prix des produits de base en termes réels est négative et supérieure à 40 % en valeur absolue.

Si de nombreux exportateurs de combustibles ont continué d’arrimer leur monnaie au dollar, les exportateurs d’autres produits de base (tels que le Chili) ont souffert de la dépréciation de la monnaie de leurs partenaires commerciaux, États-Unis compris.

Il est important de noter que le dynamisme de la demande mondiale ces dernières années a contribué au renforcement de la croissance des exportations de produits manufacturés lors du boum actuel des prix des produits de base.

Si les IDE se sont portés sur un large éventail d’économies en développement, les investissements de portefeuille ont eu en revanche un champ plus restreint. Aussi le nombre d’économies couvertes est-il plus limité pour les investissements de portefeuille sous forme de participations.

La signification économique des résultats obtenus pour toute variable d’intégration pertinente peut être jaugée en scindant l’échantillon en deux sous-périodes. On peut alors calculer, à partir des estimations des coefficients sur l’ensemble de l’échantillon, quelle variable indépendante explique le plus l’évolution de la variable dépendante entre les deux sous-périodes.

Les pays sont classés parmi les exportateurs de combustibles si ces produits représentent plus de 50 % de leurs exportations.

Les pays sont classés parmi les exportateurs de produits de base autres que les combustibles si ces produits représentent plus de 50 % de leurs exportations.

Pour plus de détails sur les Indicateurs du développement dans le monde, voir http://go.worldbank.org/3JU2HA60D0.

Voir aussi Lee et al. (2008), qui utilisent une mesure similaire.

Pour plus de détails sur la variable d’ouverture, voir http://papers.nber.org/papers/w10152.pdf.

Pour plus d’informations sur cette mesure, voir www.ssc.wisc.edu/~mchinn/Readme_kaopen163.pdf.

Pour de plus amples détails sur l’indice de ReinhartRogoff, voir http://www.wam.umd.edu/~creinhar/Links.html.

Pour de plus amples détails sur la base de données Polity IV, voir http://www.cidcm.umd.edu/polity.

Pour de plus amples détails sur la base de données de Financial Development and Structure, voir http://go.worldbank.org/X23UD9QUX0.

Voir aussi Pagan et Sossounov (2003), qui utilisent une méthode similaire pour dater ces épisodes de boums de chutes des cours des actions.

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