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Chapitre 4. Le changement climatique et l’économie mondiale

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
June 2008
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Cette étude examine, à l’aide d’un modèle dynamique mondial, les conséquences macroéconomiques et financières des mesures envisageables pour faire face au changement climatique. Bien que ces conséquences puissent être étendues et se matérialiser rapidement, il apparaît que le coût global des mesures d’atténuation pourrait être limité si elles sont bien conçues et acceptées par un grand nombre de pays.

Le changement climatique est une externalité qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour toute la planète et c’est l’un des plus grands problèmes mondiaux exigeant une action collective. Ses causes et ses effets se répartissent de façon très inégale entre les pays et les générations. Une incertitude extrême entoure l’estimation actuelle des dommages que pourrait causer le changement climatique, mais, dans une très large mesure, ces dommages potentiels sont irréversibles, voire catastrophiques si le réchauffement planétaire n’est pas maîtrisé. Le coût de la lutte contre les effets du changement climatique comporte aussi une composante irrécupérable et dépendent d’une multitude de facteurs, parmi lesquels le rythme auquel l’économie mondiale se développera à long terme et le temps qu’il faudra pour mettre au point des technologies peu polluantes et pour qu’elles se généralisent à l’ensemble de l’économie mondiale. Le taux d’actualisation choisi pour agréger les dommages globaux provoqués par le changement climatique et les coûts de dépollution à étaler sur plusieurs générations influe aussi sensiblement sur les choix que les responsables auront à opérer.

Les mesures visant à atténuer les effets du changement climatique peuvent avoir des conséquences macroéconomiques immédiates et d’une ampleur considérable, en particulier si elles ne sont pas conçues de façon avisée. La promotion des biocarburants en est un bon exemple. Le développement de la production de biocarburants aux États-Unis et en Europe occidentale ces dernières années a fait monter les prix alimentaires et stimulé l’inflation, ce qui a engendré de graves problèmes pour les pays pauvres importateurs de denrées alimentaires du monde entier et réduit la marge de manœuvre dont disposent les banques centrales pour assouplir la politique monétaire aux récentes turbulences financières. Ces effets négatifs tiennent essentiellement aux restrictions imposées par les pays avancés à l’importation de biocarburants, ce qui a pesé sur la production de biocarburants dans les pays où elle revient moins cher, tels que le Brésil1.

Le présent chapitre examine les conséquences macroéconomiques et financières, pour l’économie mondiale et les pays considérés individuellement, des mesures tendant à atténuer les effets du changement climatique2. Nous commencerons par passer en revue les estimations disponibles des dommages dus au changement climatique, en illustrant les bienfaits considérables qu’on peut attendre des mesures d’atténuation et en mettant en évidence les principales variations de ces estimations3. Nous examinerons ensuite brièvement la nécessité pour les pays d’adapter leurs systèmes écologiques, sociaux et économiques au changement climatique. Le coût de cette adaptation déterminera dans une large mesure l’estimation des pertes potentielles, sachant que les politiques macroéconomiques ainsi que les marchés financiers peuvent contribuer à le réduire.

Enfin, et c’est là la principale contribution de ce chapitre, nous analyserons les conséquences macroéconomiques et financières des diverses mesures d’atténuation au plan international, à l’aide d’un modèle macroéconomique dynamique mondial. Pour être efficace, une mesure d’atténuation doit reposer sur la fixation d’une trajectoire d’évolution pour le prix des émissions de gaz à effet de serre (GES), qui sont à l’origine du changement climatique. Le coût global de ces mesures — imposition d’une taxe mondiale sur le carbone, système mondial de limitation des émissions et d’échange des droits d’émission, ou formule hybride — pourrait être modéré, à condition que ces mesures soient bien conçues.

  • La fixation du prix des émissions de carbone doit être crédible et inscrite dans la durée. De cette manière, des augmentations même faibles et progressives suffiront à inciter les entreprises et les particuliers à délaisser les produits et les technologies polluantes.

  • Le prix des émissions de carbone doit être mondial. Pour limiter les effets du changement climatique, il est indispensable que les grands pays producteurs de GES commencent tous à fixer un prix pour leurs émissions.

  • La fixation du prix des émissions de carbone doit tendre à égaliser le prix des émissions de GES entre tous les pays de manière à ce que les mesures de dépollution soient aussi efficaces que possible. La réduction des émissions sera alors plus prononcée là où elle est moins coûteuse.

  • La fixation du prix des émissions de carbone doit être souple et permettre aux entreprises d’adapter l’intensité de leurs mesures d’atténuation en fonction de l’évolution de la situation économique de manière à éviter une volatilité excessive des prix. En effet, une forte volatilité des prix risquerait d’accroître l’instabilité macroéconomique et d’avoir des retombées de dimensions mondiales. Les dispositifs mis en place devraient en outre prévoir la possibilité d’ajuster les paramètres en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques et de l’expérience acquise.

  • La fixation du prix des émissions de carbone doit être équitable, c’est-à-dire éviter de trop mettre à contribution les pays qui sont le moins à même de supporter cette charge. Globalement, nous arrivons à la conclusion qu’il importe de concevoir avec soin les mesures d’atténuation, en tenant compte de leurs répercussions macroéconomiques et financières, pour garantir la viabilité d’un éventuel accord international futur sur le changement climatique4.

Comment le changement climatique influera-t-il sur les pays?

Le climat de la planète devrait continuer à se réchauffer au cours des décennies à venir, les nouvelles émissions de GES venant s’ajouter aux émissions passées déjà considérables. Les émissions de dioxyde de carbone liées à la production d’énergie, qui sont la principale source de GES et celle qui se développe le plus vite, s’accroissent en même temps que le PIB par habitant et que la population, les progrès réalisés sur le plan de l’intensité énergétique de la production ne réussissant pas à compenser entièrement cette évolution (graphique 4.1)5. Ce sont les économies en rattrapage, en particulier les pays vastes et en plein essor, tels que la Chine et l’Inde, qui contribuent le plus à l’augmentation des émissions (encadré 4.1). En revanche, les pays avancés, sont à l’origine de la plus grande partie des émissions liées dans le passé à la production d’énergie et, par conséquent, de l’essentiel du volume actuel de GES dans l’atmosphère. Cela dit, si l’on considère les émissions consécutives à la modification de l’utilisation des sols et au déboisement, on arrive à une conclusion différente: moins de la moitié du volume actuel des émissions est due aux pays avancés (den Elzen et al, 2005; Baumert, Herzog, and Pershing, 2005).

Graphique 4.1.Émissions de dioxyde de carbone liées à la production d’énergie1

Les émissions augmentent en même temps que le PIB par habitant et la population, les progrès réalisés sur le plan de l’intensité énergétique de la production ne réussissant pas à compenser entièrement cette évolution. Les pays émergents et en développement contribuent le plus à l’augmentation des émissions. En revanche, les pays avancés sont à l’origine de la plus grande partie des émissions du passé.

Sources: Energy Information Administration, International Energy Annual (2005) et International Energy Outlook (2006); Agence internationale de l’énergie, Perspectives énergétiques mondiales (2007); World Resources Institute, base de données Earth Trends.

1 Les graphiques illustrent les émissions de dioxyde de carbone provenant de l’utilisation de l’énergie.

Les changements climatiques à venir

Si rien n’est fait, la production de GES va sans doute s’accélérer. Cependant, la fourchette des projections est très large, en raison des incertitudes qui entourent la croissance future de la productivité, les progrès en matière d’intensité énergétique et le rythme auquel les pays émergents et en développement convergeront vers le niveau de vie des pays avancés. Par exemple, même les études faisant référence au rapport spécial sur les scénarios d’émission (SRES), rapport très utilisé du Groupe d’experts intergouvernemental de l’ONU sur l’évolution du climat (GIEC), font état de projections très diverses quant au rythme d’augmentation des émissions, qu’elles situent entre 22 % et 88 % de 2000 à 2030 et entre –40 % et 237 % de 2000 à 2100. Les estimations plus récentes, établies après la publication du SRES, donnent des fourchettes comparables, encore que la médiane soit plus faible en 2030 et plus élevée en 2100 (graphique 4.2).

Graphique 4.2.Prévisions d’émissions1

(Gigatonnes d’équivalent de dioxyde de carbone par année)

Les prévisions d’émissions couvrent une large gamme de scénarios et de résultats potentiels: croissance rapide de la production accompagnée de la mise au point de nouvelles technologies de l’énergie (scénario A1); baisse de la convergence du développement régional (A2); évolution rapide vers des économies fondées sur l’information et les services (B1); baisse du nombre d’améliorations technologiques (B2). Tous ces scénarios sont jugés également plausibles, et aucune probabilité ne leur est attribuée. Il existe même au sein de chaque type de scénario une vaste gamme de projections d’émissions (non illustré) qui divergent typiquement l’une de l’autre de centaines de points de pourcentage d’ici 2100.

Sources: base de données EDGAR-HYDE 1.4; GIEC (2007); Agence d’évaluation environnementale des Pays-Bas; Olivier and Berdowski (2001); Van Aardenne et al., (2001); calculs des services du FMI.

1 Les données sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre pour 1970–2000 et les émissions de référence projetées pour 2030 et 2100 sont tirées du rapport spécial sur les scénarios d’émission (SRES) du GIEC et de documents publiés après la publication du SRES. Le graphique illustre les émissions correspondant aux six scénarios du SRES.

En l’absence de toute initiative, les projections laissent entrevoir un très grand risque que le climat de la planète change considérablement d’ici à la fin du siècle. Selon le GIEC, si aucune mesure n’est prise pour réduire les émissions, la température à la surface de la planète augmentera de 2,8 °C en moyenne au cours du prochain siècle, les estimations les plus réalistes étant comprises entre 1,8 °C et 4 °C dans les scénarios du SRES (GIEC, 2007). La probabilité d’un réchauffement plus prononcé n’est pas négligeable. D’après Stern (2008), si, en l’absence d’action des pouvoirs publics, les concentrations de GES se stabilisent à 750 parties par million (ppm), voire plus, en équivalents dioxyde de carbone (CO2e) d’ici à la fin du siècle, comme l’impliquent les derniers scénarios du GIEC, la probabilité serait d’au moins 50 % que les températures mondiales augmentent de plus de 5 °C, ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la planète (voir aussi Weizman (2008) pour l’analyse des risques de catastrophe induits par le changement climatique)6.

Le réchauffement planétaire aurait des effets très divers, et peut être désastreux, sur les systèmes climatiques (GIEC, 2007). Les précipitations pourraient s’accroître sous les hautes latitudes et diminuer dans la plupart des régions subtropicales. Il est aussi probable que l’on assisterait à une acidification accrue des océans, à la fonte de la neige et de la glace marine, à une intensification des événements climatiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations et les cyclones tropicaux. Plus les températures montrons, plus forte sera la probabilité de changements climatiques catastrophiques, tel que, par exemple, la fonte de la calotte glaciaire ou du pergélisol de l’Antarctique occidental, un changement du cycle des moussons en Asie du Sud ou l’inversion de la circulation thermohaline atlantique qui aurait pour effet de refroidir le climat en Europe).

Le coût économique du changement climatique

En général, les effets économiques du changement climatique sont estimés à l’aide de «fonctions des dommages», qui établissent un rapport entre les pertes de PIB et les hausses de température. Les pertes estimatives de PIB qui ressortent de ces fonctions tiennent à deux types d’effets du changement climatique, à savoir les effets qui se feront sentir sur les marchés et les effets extérieurs aux marchés. Les premiers sont ceux qui concernent les secteurs sensibles aux variations climatiques, tels que l’agriculture, la sylviculture, la pêche et le tourisme; les dommages subis par les zones côtières à la suite de la montée du niveau des mers; le changement des dépenses énergétiques (pour le chauffage et le refroidissement); et la variation des ressources aquifères. Les effets extérieurs aux marchés sont ceux qui concernent la santé (propagation des maladies infectieuses et aggravation des pénuries d’eau et de la pollution), les activités de loisirs (sports, détente et activités de plein air), les écosystèmes (dégradation de la biodiversité) et les zones de peuplement (en particulier parce que les villes et le patrimoine culturel ne peuvent pas migrer).

Pour la plupart, les études sous-estiment les dommages économiques induits par le changement climatique, en particulier le risque que les résultats effectifs soient pires que prévu. Il ressort des trois principales études de référence (Mendelsohn, Schlesinger, and Williams, 2000; Nordhaus and Boyer, 2000; et Tol, 2002) et des autres études citées dans le Rapport Stern (2007) qu’avec un réchauffement de 3 °C (par rapport aux niveaux de 1990–2000), les pertes moyennes de PIB se situeraient entre 0 % et 3 % du PIB mondial (graphique 4.3)7. Cependant, les estimations des dommages sont souvent incomplètes; elles prennent rarement en compte les dommages extérieurs au marché, le risque de conditions atmosphériques extrêmes au niveau local, les événements à caractère social, ou le risque de fortes hausses des températures et de catastrophes mondiales8. En outre, les estimations dont on dispose sont le plus souvent fondées sur une hausse plus faible des températures planétaires que ne le prévoient les scénarios du GIEC. En général, les dommages sont mesurés pour un doublement de la concentration en équivalent dioxyde de carbone (CO2e) par rapport aux niveaux préindustriels. Cependant, les scénarios du SRES fondés sur l’absence de toute mesure devraient entraîner un triplement ou un quadruplement de cette concentration d’ici à la fin du siècle, ce qui implique des températures plus élevées que ne l’envisagent la plupart des études. Les méthodes d’analyse plus récentes, qui prennent en compte les risques, donnent des estimations nettement plus élevées que celles des études antérieures (Stern, 2008).

Graphique 4.3.Pertes moyennes du PIB en fonction du degré de réchauffement1

Les estimations des pertes du PIB dues au changement climatique varient selon la méthode de calcul et la couverture des impacts et des risques. Elles augmentent avec la température.

Source: Stern (2007).

1 Les études présentées dans le Rapport Stern sont celles de Mendelsohn, Schlesinger et Williams (2000), de Nordhaus et Boyer (2000) et de Tol (2002).

2 Les données de Nordhaus et Boyer (2000) ajustées pour les risques de catastrophe ne sont disponibles que pour des températures de 2,5 °C et de 6 °C. Les observations ont été interpolées sur la base d’une tendance linéaire.

Les estimations de l’ensemble des dommages à l’échelle mondiale masquent aussi de grandes disparités entre pays et régions. Les dommages sont en général plus importants dans les pays où la température initiale est plus élevée, où le changement climatique est plus prononcé et où le niveau de développement est moindre (graphique 4.4). Une hausse modérée de la température rehausse la productivité agricole dans les pays où la température initiale est peu élevée, mais la fait diminuer dans les pays chauds. De même, le réchauffement fait baisser le nombre de décès dus au froid dans les pays naguère froids, mais il fait monter la mortalité et la morbidité dans les pays déjà chauds. Le réchauffement allège les dépenses de chauffage dans les pays où le climat est initialement froid, mais ces pays auront peut-être à supporter de nouvelles dépenses de climatisation. Les pays où le climat est initialement chaud voient aussi leurs dépenses de climatisation s’alourdir.

Graphique 4.4.Dommages causés par un réchauffement de 2,5 °C, par région1

Les pays émergents ou en développement sont particulièrement exposés aux pertes causées par le changement climatique.

Source: Nordhaus and Boyer (2000).

1 L’OCDE est l’Organisation de coopération et de développement économiques; l’OPEP est l’Organisation des pays producteurs de pétrole. Voir Nordhaus and Boyer (2000) pour en savoir plus sur la composition des groupes de pays. La droite de régression ne comprend que des observations sans risque de catastrophe.

Au-delà de la température initiale, le degré de développement influe fortement sur l’ampleur des dommages causés par le changement climatique. Premièrement, un pays peu développé est en général plus tributaire des secteurs sensibles aux variations climatiques, en particulier de l’agriculture. Deuxièmement, la population de ces pays est habituellement plus vulnérable aux variations de climat du fait que le revenu par habitant est moins élevé, que les citoyens ont moins accès aux services publics (tels que les soins de santé), que les marchés financiers sont peu développés et que la gouvernance laisse à désirer. Troisièmement, ces mêmes facteurs limitent aussi la capacité d’adaptation de l’économie. Certaines estimations des dommages engendrés par le changement climatique s’appuient sur un lien explicite entre coûts et niveau de revenu (Nordhaus and Boyer, 2000). Souvent, les températures initiales élevées sont associées à un faible degré de développement, ce qui ne fait qu’amplifier les effets négatifs du changement climatique sur les pays en développement.

D’après les trois principales études de référence, il semblerait que le changement climatique ait des effets similaires dans toutes les régions, ce qui apparaît lorsque l’on ajuste les effets régionaux en fonction de l’effet mondial considéré par chaque étude (graphique 4.5). Les régions qui pâtiront sans doute le plus du changement climatique sont l’Afrique, l’Asie du Sud et du Sud-Est (surtout l’Inde), l’Amérique latine et les pays d’Europe membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (si l’on inclut le risque de catastrophe). En revanche, la Chine, l’Amérique du Nord, les pays d’Asie membres de l’OCDE et les économies en transition (en particulier la Russie) devraient être moins touchés et pourraient même tirer des bienfaits du réchauffement en fonction de son intensité. En Inde, l’ampleur des effets négatifs du changement climatique s’explique par le risque de catastrophe (par exemple une modification du cycle des moussons), les dommages agricoles et la détérioration des conditions sanitaires. En Afrique, d’après les estimations de Nordhaus et Boyer, le principal effet prendra la forme d’une dégradation des conditions sanitaires engendrée par la propagation des maladies tropicales, mais les estimations récentes des effets probables sur le potentiel agricole (voir ci-dessous) laissent entrevoir des répercussions considérables dans ce domaine aussi (Cline, 2007). Les pays d’Europe membres de l’OCDE sont essentiellement exposés au risque de catastrophe et aux dommages subis par les zones côtières.

Graphique 4.5.Impact du réchauffement par région et par secteur

L’Afrique, le Sud et le Sud-Est de l’Asie (surtout l’Inde), l’Amérique latine et les pays européens de l’OCDE sont les régions qui risquent le plus de souffrir du changement climatique.

Sources: Hope (2006a); Mendelsohn, Schlesinger, and Williams (2000); Nordhaus and Boyer (2000); and Tol (2002).

1 Impact médian des modèles ricardien et à forme réduite pour un réchauffement de 2 °C. La région Sud et Sud-Est asiatique comprend le Moyen-Orient et la Chine. Aucune donnée disponible pour les pays asiatiques de l’OCDE ni pour les pays à revenu élevé de l’OPEP (Organisation des pays producteurs de pétrole).

2 Impact d’un réchauffement de 1 °C. «Pays à revenu élevé de l’OPEP» = Moyen-Orient. La Chine comprend les autres économies asiatiques à économie dirigée. Aucune donnée disponible pour les économies en transition.

3 Impact d’un réchauffement de 2,5 °C. «Amérique du Nord» = États-Unis. «Pays asiatiques de l’OCDE» = Japon. «Sud et Sud-Est asiatique» = Inde. Aucune donnée disponible pour l’Amérique latine.

4 Impact médian des modèles avec ou sans adaptation avec réchauffement de 2,5 °C. «Amérique du Nord» = États-Unis. «Sud et Sud-Est asiatique» = Inde. Aucune donnée disponible pour les pays asiatiques de l’OCDE et les pays à revenu élevé de l’OPEP.

5 L’impact mondial est estimé comme suit: Mendelsohn à 0,13 du PIB; Tol à 2,30; Nordhaus à –1,50; Hope à –1,15 %.

6 Estimations tirées de Nordhaus and Boyer (2000).

Les estimations matérielles des effets du changement climatique confirment que l’Afrique et l’Asie sont particulièrement vulnérables de ce point de vue. Dans ces régions, près d’un milliard de personnes pourraient souffrir de pénuries d’eau d’ici à 2080, plus de 9 millions pourraient être victimes d’inondations côtières et beaucoup risquent de pâtir de famines à répétition (graphique 4.6). De tous les pays pauvres, les pays insulaires du Pacifique sont peut-être ceux qui sont le plus vulnérables à brève échéance étant donné qu’une montée même de faible ampleur du niveau des mers aurait des répercussions considérables sur leur environnement.

Graphique 4.6.Impact physique d’ici 20801

Les estimations de l’impact physique du changement climatique confirment que l’Asie et l’Afrique sont des régions particulièrement vulnérables à ce phénomène.

Sources: Cline (2007); Yohe et al., (2007).

1 Les données des panneaux 1 à 4 sont tirées de Yohe et al., (2007); l’échantillon comprend des estimations fondées sur les scénarios A1F1, A2, B1 et B2 du Special Report on Emissions Scenarios (GIEC, 2007). Les données des panneaux 5 et 6 sont tirées de Cline (2007). Tous les impacts sont mesurés par rapport à la situation en 2080 sans changement climatique. Les compositions régionales pourraient ne pas être comparables d’un panneau à l’autre.

2 L’effet fertilisant du CO2 se mesure à l’aune de l’augmentation de la productivité découlant de l’effet du dioxyde de carbone sur les cultures.

3 Les estimations sans effets fertilisants du CO2 sont des moyennes pondérées des estimations tirées d’un modèle ricardien et de modèles de cultures. Les estimations avec effets fertilisants du CO2 comprennent l’effet d’une croissance uniforme du rendement de 15 %. Pour en savoir plus, voir Cline (2007).

A tous les niveaux, les estimations des dommages causés par le changement climatique sont entourées d’incertitude à deux égards, d’où les amples variations de la valeur actuelle de ces dommages. L’incertitude tient d’abord au fait que les connaissances scientifiques sont actuellement très imparfaites en ce qui concerne les processus physiques et écologiques qui soustendent le changement climatique. Par exemple, on ne sait pas avec certitude à quel rythme les concentrations de GES vont s’accumuler à l’avenir, à quel point les systèmes climatiques et biologiques seront sensibles à l’augmentation des concentrations de GES et où se situe le «point de non-retour», au-delà duquel des catastrophes climatiques risquent de se produire9.

Encadré 4.1.Croissance du parc automobile dans les pays émergents: incidences sur le changement climatique

L’histoire économique tend à démontrer que plus les gens s’enrichissent, plus ils sont portés à utiliser des moyens individuels de locomotion. Ainsi, la croissance économique rapide observée dans certains grands pays émergents s’est récemment accompagnée d’une hausse extraordinaire de la demande de voitures, et ces pays devraient connaître au cours des prochaines décennies une croissance considérable de leur parc automobile. Le recours accru à la voiture privée améliorera le bien-être et multipliera les opportunités économiques de millions de gens qui s’affranchissent de la pauvreté, mais il aura en revanche une incidence sensible sur le changement climatique. Les voitures produisent à l’heure actuelle 6½ % des émissions mondiales de GES et consomment une portion importante des produits pétroliers — par exemple, la consommation d’essence peut atteindre jusqu’à 45 % de la consommation totale de pétrole aux États-Unis, une des économies les plus dépendantes de cette forme d’énergie.

La taille du parc automobile peut se prêter à l’analyse économétrique, et cet exercice donne des projections raisonnablement exactes qui peuvent ainsi fournir un aperçu quantitatif de l’importance des enjeux futurs liés au contrôle des émissions de GES. En effet, au cours des dernières décennies, le rapport entre ce paramètre et le PIB par habitant s’est montré relativement robuste. Plus précisément, l’expérience historique des économies aujourd’hui avancées et l’analyse de régression portant sur des échantillons de pays donnent toutes deux à conclure que la taille du parc automobile reste faible dans un pays tant que le revenu par habitant demeure en deçà d’environ 5.000 dollars EU (seuil déterminé par la recherche itérative de la meilleure qualité d’ajustement d’une régression) et qu’elle augmente ensuite rapidement dès que le revenu par habitant franchit ce seuil.

Parc automobile

(En abscisse: nombre de voitures par 1.000 personnes; la taille des bulles représente la population

Sources: International Road Federation, World Road Statistics; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2007); projections tirées de Chamon, Mauro, and Okawa (2008).

Plusieurs pays émergents — notamment la Chine et l’Inde, les deux pays les plus peuplés du monde — se trouvent actuellement à un stade de développement normalement associé à ce seuil (graphique). En effet, même si la plupart des ménages chinois urbains possèdent déjà une vaste gamme de biens de consommation durables, le nombre de voitures reste relativement limité à l’extérieur d’un petit nombre de grands centres urbains. Le parc automobile devrait donc s’accroître au cours des prochaines décennies à mesure que les principaux pays émergents ou en développement franchissent le cap des 5.000 dollars de revenu par habitant. Les projections dérivées de régressions fondées sur un échantillon de pays donnent à conclure que le parc automobile mondial augmentera de 2,3 milliards de véhicules entre 2005 et 2050, et que le nombre de voitures dans les pays émergents ou en développement augmentera de 1,9 milliard de véhicules1. Des estimations microéconométriques fondées sur deux études réalisées auprès de dizaines de milliers de ménages chinois et indiens donnent des projections similaires. Les résultats confirment que d’ici à 2050, à mesure que les ménages atteignent des niveaux de revenu suffisants pour acheter une voiture, le parc automobile devrait augmenter de ½ milliard de véhicules en Chine, et de ⅓ de milliard de véhicules en Inde. Les augmentations projetées du nombre de voitures dans ces pays émergents géants (et dans d’autres pays arrivés à un stade de développement similaire) auront non seulement des conséquences énormes pour les finances publiques de ces pays — qui auront probablement besoin d’investir dans les infrastructures pour faire face à une telle croissance de la demande dans le secteur du transport — mais risquent également d’avoir des incidences importantes sur les émissions et le changement climatique.

Un simple calcul permet d’évaluer les conséquences, sur la production mondiale de GES, d’une croissance du parc automobile mondial de 0,5 milliard de véhicules en 2000 à 2,9 milliards de véhicules en 2050. Selon le rapport Stern (2007), les voitures (et les fourgonnettes) rejetaient dans l’atmosphère 2,6 gigatonnes de dioxyde de carbone (GtCO2) en 2000. Pour établir un rapport entre la croissance projetée du parc automobile et l’augmentation des émissions atmosphériques, il faut recourir à d’importantes hypothèses simplificatrices concernant les améliorations futures envisageables de l’efficacité énergétique. Au cours des 25 dernières années, l’efficacité énergétique des véhicules (nombre moyen de milles parcourus par gallon d’essence) est restée généralement stable dans la plupart des économies avancées puisque les améliorations technologiques se sont accompagnées d’une hausse du poids moyen des véhicules. En supposant un taux de croissance des émissions comparable au taux de croissance du parc automobile mondial, le volume des émissions mondiales provenant des voitures atteindrait 6,8 GtCO2 en 2050. Replaçant les choses dans leur contexte, le scénario «à politique inchangée» du Rapport Stern prévoit que le total des émissions (flux) de toutes sources passera de 42 GtCO2 en 2000 à 84 GtCO2 en 2050. La part des émissions de CO2 produites par les voitures passera ainside 6,3 % en 2000 à 8,1 % en 2050. En résumé, les voitures pourraient contribuer de manière sensible — et plus que proportionnellement — à une hausse des émissions de toutes sources qui pourraient avoir des répercussions profondes sur le changement climatique.

Les décideurs des pays émergents et en développement ont ici l’occasion d’aller «à contrecourant» en favorisant l’investissement dans les infrastructures appropriées de transport en commun — métro et train par exemple. Les préoccupations locales suscitées par la pollution constituent par ailleurs un puissant incitatif au changement de politique. Les larges variations du taux de taxation de l’essence observées d’un pays à l’autre — de 0,4 dollar par gallon aux États-Unis (et même encore moins dans certains pays en développement) à plus de 3 dollars par gallon au Royaume-Uni — laissent penser qu’il y aurait possibilité, dans certaines régions du monde, d’accroître sensiblement le taux de taxation du carburant. Par ailleurs, certains pays appliquent déjà largement des normes d’efficacité énergétique. Par exemple, la Chine a adopté de telles normes en 2005 et compte les renforcer en 2008. À l’heure actuelle, les normes d’efficacité énergétique du parc automobile chinois sont plus rigoureuses, en moyenne, que celles en vigueur en Australie, au Canada et aux États-Unis, mais elles n’atteignent toujours pas le degré de rigueur des normes européennes et japonaises. Les autres mesures stratégiques envisageables comprennent la hausse des taxes applicables aux véhicules plus énergivores.

Même si elles semblent nécessaires, de telles politiques seront vraisemblablement insuffisantes. À terme, l’évolution de la situation dépendra en grande partie de l’application de nouvelles technologies — par exemple, véhicules hybrides rechargeables ou autres innovations encore impossibles à prédire — ainsi que d’autres incitations à l’innovation dans ce secteur.

Note: Marcos Chamon et Paolo Mauro sont les principaux auteurs de cet encadré qui s’inspire de Chamon, Mauro, and Okawa (2008).1 Les projections se fondent sur un modèle de régression liant le nombre de voitures dans un échantillon de pays à la proportion de la population dont le revenu annuel par habitant est supérieur à 5.000 dollars, et sur une tendance rendant compte des améliorations technologiques. Les projections à long terme de la croissance économique se fondent sur des sources publiées. Pour en savoir plus sur les méthodes et les sources utilisées, voir Chamon, Mauro, and Okawa (2008).

La deuxième source d’incertitude concerne la quantification des effets économiques du changement climatique. L’ampleur des pertes dépend par exemple de la facilité avec laquelle les particuliers et les entreprises s’adapteront au changement et à quel prix ils le feront, ainsi que des innovations techniques qui pourraient en atténuer les effets. Par exemple, la propagation des maladies tropicales pourrait avoir des effets moindres sur la santé publique si la lutte contre le paludisme progresse. De même, la baisse des rendements agricoles pourrait être freinée si des cultures résistantes à la chaleur et à la sécheresse voient le jour. En général, les méthodes classiques d’évaluation des dommages causés par le changement climatique négligent aussi les liens dynamiques sur le plan macroéconomique. Le changement climatique est essentiellement un choc qui touche l’offre, mais il peut avoir des effets sensibles sur le commerce, les flux de capitaux et les migrations ainsi que sur l’investissement et l’épargne (encadré 4.2)10.

La quantification des pertes que subiront plusieurs générations repose sur l’utilisation d’un indicateur unique du bien-être et influe sur la valeur actuelle des estimations des pertes au niveau mondial. Le taux auquel le bien-être des générations futures devrait être actualisé (qui est lié au rendement marginal du capital) est loin de faire l’unanimité. Ainsi, le Rapport Stern estime que le changement climatique aurait un coût considérable en termes de bien-être, qui serait équivalent à une réduction permanente de la consommation d’environ 14 % de la production mondiale pendant les deux siècles à venir, ce qui est beaucoup plus élevé que la moyenne annuelle estimative des pertes de production11. Cela tient à la faible élasticité de l’utilité marginale par rapport à la consommation et à l’utilisation d’un taux pur de préférence temporelle qui est, par hypothèse, voisin de zéro, deux facteurs qui donnent une forte pondération aux pertes de consommation subies par les générations éloignées12. Beaucoup d’experts considèrent que ces deux hypothèses ne sont guère convaincantes dans la mesure où elles supposent un taux d’épargne beaucoup plus élevé que le taux observé et un taux de rendement du capital plus faible que le taux observé (Nordhaus, 2007a et Dasgupta, 2007). D’après Stern (2008), les taux d’actualisation dépendent de l’évolution future de la consommation, ce qui signifie que, toutes choses égales par ailleurs, dans un monde subissant le changement climatique, le taux d’actualisation devrait être plus faible que dans un monde sans changement climatique. Il souligne aussi qu’il est fondamentalement erroné de baser les taux d’actualisation sur les taux du marché lorsque l’on considère la corrélation négative sur le plan du bien-être entre des générations très éloignées les unes des autres et entre des pays dont le niveau de revenu n’est pas le même. Le progrès technologique (Delong, 2006) et l’incertitude qui entoure les taux d’actualisation futurs pourraient aussi justifier l’utilisation de taux peu élevés (Pindyck, 2007).

Quelle est l’importance relative des facteurs à l’origine des écarts entre les différentes estimations des dommages? Dans le scénario de référence du Rapport Stern (niveaux d’émissions relativement élevés et prise en compte des effets sur les marchés et extérieurs aux marchés ainsi que du risque de catastrophe), la perte exprimée en points de PIB par habitant d’ici à 2200 est comprise entre environ 3 % et 35 % (à un intervalle de confiance de 90 %), l’estimation centrale étant de 15 % (graphique 4.7). Selon Hope (2006b), les deux principaux facteurs qui expliquent les écarts entre les différentes estimations des pertes de bien-être sont le paramètre de sensibilité du climat et le taux pur de préférence temporelle13. L’incertitude qui entoure les effets extérieurs au marché et l’élasticité de l’utilité marginale par rapport aux revenus revêt aussi beaucoup d’importance, ce qui est moins vrai pour l’incertitude au sujet des effets sur les marchés. Weizmann (2007a) conclut que le choix du taux d’actualisation éclipse toute incertitude quant aux coûts et aux bienfaits du changement climatique dans un siècle. À ses yeux aussi, ce qui explique avant tout la grande variabilité des estimations est l’incertitude qui règne quant à la probabilité et à l’ampleur des catastrophes. Selon Webster et al., (2003), la variabilité des estimations est attribuable pour moitié environ à l’incertitude entourant les prévisions en matière d’émissions.

Graphique 4.7.Variation des dommages estimés du changement climatique

Les estimations de l’impact économique du changement climatique s’entourent d’un flou considérable.

Sources: Hope (2006b); Stern (2007).

1 Hausse de la température d’équilibre et doublement de la concentration de dioxyde de carbone.

2 Taux pur de préférence temporelle pour la consommation actuelle plutôt que pour la consommation dans un an.

3 Évaluation de l’impact non économique d’une augmentation de la température de 2,5 °C.

4 Valeur négative de l’élasticité de l’utilité marginale par rapport au revenu.

5 Demi-vie en années de la réaction globale à une augmentation du forçage radiatif.

6 Évaluation de l’impact économique d’une augmentation de la température de 2,5 °C.

Encadré 4.2.Asie du Sud: modèle d’impact d’un choc climatique

Cet encadré présente quelques scénarios illustrant les effets économiques, sur une économie ouverte, d’un changement abrupt du climat. Cet exemple examine l’impact de changements dans le cycle de la mousson sur un pays représentatif d’Asie du Sud très dépendant de l’agriculture, mais le même raisonnement s’applique aux autres pays exposés à de graves chocs climatiques.

Les scénarios ont été élaborés à partir d’une version annuelle, adaptée pour six pays1, du Modèle monétaire et budgétaire intégré du FMI (GIMF)2 — un modèle d’équilibre général dynamique et stochastique multinational conçu aux fins de la surveillance multilatérale. Le modèle GIMF se distingue notamment par son caractère fortement non-ricardien en vertu duquel les politiques budgétaires ont des incidences réelles sensibles. Il présente en outre des rigidités réelles et nominales importantes qui en font un outil utile pour l’étude des répercussions à court et à long terme des chocs sur l’offre et la demande.

Choc climatique

Le scénario de changement climatique de référence, illustré par les lignes rouges dans la colonne de gauche du graphique, suppose une détérioration soudaine et permanente des conditions climatiques conduisant à l’échec des récoltes et, par ricochet, à une hausse des taux de mortalité et de l’émigration vers les pays voisins. Au cours de la première année, 1 % de la population périt ou émigre, cette proportion s’établissant ensuite à 0,2 % par année pour les cinq années subséquentes, ce qui conduit à long terme à un déclin démographique de 2 %.

Outre les incidences démographiques, les changements climatiques brutaux peuvent également conduire à l’obsolescence de nombreux modèles d’agriculture et de distribution et des modèles industriels connexes, ce qui oblige les autorités à déplacer ou à démanteler des équipements, ou à relocaliser ou recycler la main-d’œuvre. Ces répercussions mettent à rude épreuve les capacités technologiques d’un pays et peuvent vraisemblablement conduire à une baisse sensible de la productivité totale des facteurs3. S’agissant de l’économie d’Asie du Sud qui nous intéresse, la croissance de la productivité est sensiblement réduite à moyen terme, à la fois dans les secteurs marchands et non marchands de l’économie. Cette réduction s’accompagne d’effets négatifs sur la demande extérieure pour les produits du pays due à une baisse de la compétitivité des nouvelles industries dans lesquelles il est contraint de se spécialiser.

Par rapport au scénario de référence, ces chocs entraînent une contraction du PIB de 2 % dans l’immédiat et, à terme, de plus de 8 %, accompagnée d’une dépréciation réelle de 2 % provoquée par la chute des prix des produits d’origine intérieure. Le pays s’adapte à cette nouvelle situation en réduisant ses taux d’intérêt et en augmentant son déficit budgétaire4. Ces deux mesures réduisent l’épargne nationale et conduisent à un déficit du compte courant.

Réaction des marchés financiers

Les lignes bleues dans la colonne de gauche du graphique illustrent un scénario qui ajoute aux chocs climatiques directs une prime de risque de 1 point de pourcentage par année correspondant à la réaction des marchés financiers à la détérioration des résultats et des perspectives économiques du pays. Des taux d’intérêt plus élevés réduisent l’accumulation du capital et, par ricochet, le PIB, qui atteint à terme une valeur inférieure de 3 % au taux du scénario de référence. Comme une prime de risque plus élevée entraîne une augmentation du taux d’épargne intérieure, elle conduit à court terme à une dépréciation du taux de change réel, ce qui aboutit à un ratio compte courant/PIB supérieur d’environ 0,7 point de pourcentage à celui du scénario de référence. Après quelques années, l’amélioration de la position extérieure entraîne une appréciation du taux de change réel.

Illustration de l’impact du changement climatique

(Écarts par rapport au témoin; années en abscisse)

Source: calculs des services du FMI.

1 Une valeur positive représente une appréciation par rapport à la valeur de référence.

Réaction des autorités

Comme des chocs climatiques suffisamment intenses peuvent entraîner une détérioration sensible des capacités technologiques d’un pays, il convient de se demander comment ces capacités pourront être rétablies. Le secteur privé aura clairement un rôle important à jouer à cet égard, mais l’investissement privé risque d’être entravé par la hausse des taux d’intérêt réels qui aura pour effet de décourager l’accumulation des capitaux. Par ailleurs, l’économie touchée aura besoin de consacrer des ressources considérables à des aspects comme les services de secours aux sinistrés, la reconstruction des infrastructures de transport et de communication et la formation de la main-d’œuvre. La colonne du centre du graphique illustre deux scénarios de ce type5.

Les lignes rouges traduisent les effets cumulatifs d’une hausse des investissements publics de 3,3 % du PIB sur une période de trois ans. Cet effort est financé par l’émission de titres de créance publics dont le volume est autorisé, à long terme, à atteindre 10 % du PIB, et qui s’accompagne d’une augmentation permanente de 0,5 % du ratio déficit public/PIB à compter de la quatrième année. Le modèle suppose que le taux d’épargne des agents privés ne suffit pas à compenser de tels changements du taux d’épargne du secteur public. Il en découle que l’émission de titres de créance publics a pour effet d’évincer l’investissement privé dans d’autres actifs, réduisant surtout, dans le cas qui nous occupe, les actifs extérieurs nets de 9 % du PIB à long terme.

Une hausse des investissements publics augmente le stock de capital dans le secteur public de 15 % à la fin de la troisième année. Le scénario prédit des augmentations du PIB qui s’établissent initialement à environ 4 % sous l’effet d’une hausse de la demande des administrations publiques, et qui se stabilisent après quelques années à environ 1 % à cause des effets positifs, sur la productivité, d’un stock de capital public plus élevé6. La forte augmentation de la demande et la baisse correspondante de l’épargne nationale entraînent un déficit initial du compte courant de plus de 1 % du PIB, et une appréciation réelle de 3 %. Le compte courant demeure négatif sous l’effet d’une baisse permanente de l’épargne publique, ce qui entraîne à terme une dépréciation du taux de change réel suffisante pour générer un volume d’exportations qui permettra d’assurer le service d’une dette extérieure accrue.

Une stratégie d’investissements publics accélérés pourrait s’avérer nécessaire si le choc climatique entraîne d’emblée un ralentissement particulièrement important de l’activité économique. Dans le cas contraire, illustré par notre scénario de référence, une approche plus graduelle suffira probablement. C’est ce qu’illustrent les lignes bleues de la colonne du centre du graphique, qui traduisent une hausse de l’investissement public de 1 % du PIB sur une période de 10 ans. Les effets sur le PIB sont semblables, mais se manifestent beaucoup plus graduellement. Les différences sont dues aux conséquences différentes des deux scénarios d’investissement public sur le stock cumulé de capitaux publics et sur l’effet du taux de dépréciation.

Les lignes rouges et bleues de la colonne de droite du graphique illustrent l’effet combiné du scénario de changement climatique — incluant l’effet de la prime de risque — et de l’un ou l’autre des deux scénarios d’investissement public. L’investissement public produit deux effets: 1) atténuation de l’impact du choc climatique, qui est plus efficace lorsque l’investissement se concentre sur la période qui suit immédiatement le choc; 2) atténuation des effets à long terme du choc, qui est plus efficace lorsque l’investissement est étalé sur une période de temps plus longue.

Note: Michael Kumhof et Douglas Laxton sont les principaux auteurs de cet encadré. Ils ont bénéficié du concours de Susanna Mursula.1 Les pays ou blocs de pays étudiés sont les pays émergents d’Asie, les États-Unis, la zone euro, l’Inde, le Japon et les autres pays. Les liens commerciaux entre ces pays ont été étalonnés à l’aide de la matrice des courants d’échanges mondiaux de 2006.2 Pour une description de la structure de ce modèle, voir Kumhof and Laxton (2007).3 Pour des estimations des effets à long terme sur la productivité, voir Nordhaus (2007b).4 On suppose que la politique budgétaire préconise un déficit structurel (charges d’intérêts comprises) compatible avec l’encours préexistant de la dette publique, et que l’estimation faite par les autorités de l’assiette de l’impôt viable en permanence n’est réduite que lentement, en fonction de la baisse des recettes fiscales réalisées. En conséquence, les taux d’imposition ne sont relevés que graduellement à mesure que l’économie ralentit, ce qui entraîne plusieurs années de déficits et une augmentation de la dette. Comparativement à la règle de l’équilibre budgétaire, une telle politique est qualifiée d’expansionniste.5 Il pourrait s’avérer possible de mettre en œuvre progressivement certains projets d’investissement public en prévision d’un choc climatique. Toutefois, pour être efficace, une telle stratégie exigerait que l’on sache à l’avance le moment et le lieu exacts d’un tel choc. Or, compte tenu de la grande incertitude qui entoure le phénomène du changement climatique, les possibilités offertes par de telles actions préventives paraissent limitées.6 L’élasticité de la production relativement au capital public a été étalonnée pour être conforme aux données des études empiriques. Voir Ligthart and Suárez (2005).

L’existence de risques de queue non négligeables découlant du changement climatique justifierait une action rapide et de grande envergure de la part des pouvoirs publics. En général, compte tenu des incertitudes, ils gagneraient à retarder leur action, mais étant donné que les dommages induits par le changement climatique et leurs coûts sont irréversibles, les implications de l’incertitude sont plus ambiguës. (Pindyck, 2007). La forte probabilité de catastrophes climatiques renforce l’incitation à agir sans tarder (à réduire les émissions de GES), les mesures d’atténuation gagnant en intensité à mesure que les connaissances progressent (Stern, 2008; Weitzman, 2008). Cela dit, même si des mesures d’atténuation énergiques sont prises, il faudra continuer à œuvrer à l’adaptation, c’est-à-dire l’ajustement des systèmes écologiques, sociaux ou économiques, aux effets du changement climatique14. Si la réduction des émissions était entreprise immédiatement avec détermination, un certain réchauffement aurait quand même eu lieu, ce qui rendrait des mesures d’adaptation inévitables. Cependant, à elle seule, l’adaptation n’est pas une réponse suffisante au changement climatique, car il existe des limites naturelles à l’adaptabilité de l’être humain au réchauffement.

Comment les pays peuvent-ils le mieux s’adapter au changement climatique?

On sait que les sociétés ont toujours réussi à s’adapter à l’évolution du climat; on peut donc s’attendre à ce que les individus et les entreprises continuent de modifier leur comportement à l’avenir (par exemple en plantant des cultures plus résistantes à la sécheresse). Mais il faudra sans doute aussi que les pouvoirs publics interviennent pour encourager l’adaptation, afin de remédier aux carences du marché (incapacité des entreprises et des ménages d’intégrer pleinement les bienfaits sociaux de l’adaptation dans leurs décisions), fournir les biens et services publics nécessaires à l’adaptation (par exemple, protection du littoral ou investissements dans les infrastructures de santé publique) ou aider le secteur privé quand il a du mal à s’adapter, par exemple dans les pays pauvres.

Peu d’analyses quantitatives ont été effectuées sur les coûts d’adaptation, mais, d’après les études cherchant à en évaluer l’impact pour le secteur public, l’adaptation pourrait grever les budgets publics, en particulier dans les pays en développement qui ont peu de moyens et qui pâtiront sans doute le plus du changement climatique. En se fondant sur de simples extrapolations des structures de dépenses actuelles, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (2007) estime que les mesures d’adaptation dans les domaines de l’agriculture, de la santé, de l’eau et de la protection du littoral représenteront environ 40 milliards de dollars d’investissements par an en 2030, dont la moitié pourrait être supportée par l’État. Cette étude prévoit aussi que 8 à 130 milliards de dollars d’investissements seront nécessaires pour développer les infrastructures, dont une partie serait directement à la charge de l’État15. Les estimations des coûts d’adaptation doivent encore être affinées afin de réduire la grande incertitude qui entoure ces chiffres et pour en élargir autant que possible la couverture, en prenant en compte, par exemple, l’adaptation indispensable à l’instabilité croissante du climat.

Le développement économique et institutionnel est peut-être le meilleur moyen pour un pays d’améliorer sa capacité d’adaptation aux changements climatiques. En effet, le développement aide les pays à se diversifier en délaissant les secteurs trop exposés, améliore l’accès à la santé, à l’éducation et à l’eau, et réduit la pauvreté. Pour améliorer réellement la capacité d’adaptation d’un pays, les stratégies de développement doivent tenir compte de sa vulnérabilité au changement climatique, en veillant à ce qu’il soit prêt à y faire face (GIEC, 2007). Des institutions de meilleure qualité renforcent aussi la capacité d’un pays de s’adapter au changement climatique (Kahn, 2005).

Une auto-assurance budgétaire sera aussi nécessaire. Les budgets publics doivent prévoir des dépenses d’adaptation et les systèmes de protection sociale doivent être renforcés, surtout dans les pays qui seront le plus touchés. Un financement extérieur pourra s’avérer nécessaire pour aider les pays les plus pauvres dont les ressources intérieures sont nettement insuffisantes par rapport aux besoins d’adaptation16. À cet égard, l’ONU vient de lancer une initiative pour réunir ce financement, ce qui est un pas dans la bonne direction.

Un régime de change souple et des politiques visant à rendre le capital et le travail plus adaptables pourraient réduire le coût macroéconomique des chocs brutaux (par exemple un changement soudain des conditions atmosphériques) dont risque de s’accompagner le changement climatique (encadré 4.3). En règle générale, ces chocs détruisent les investissements en capital et perturbent la production; pour les surmonter, il faut pouvoir redéployer la main-d’œuvre et le capital entre secteurs et à l’intérieur des secteurs. Un grand nombre de ces mesures peuvent être appliquées assez vite sans mettre excessivement le budget de l’État à contribution. Elles peuvent donc faire utilement partie d’une stratégie d’adaptation visant à atténuer les effets macroéconomiques des chocs climatiques.

Comment les marchés financiers peuvent favoriser l’adaptation

Les marchés financiers peuvent réduire le coût macroéconomique de l’adaptation en lançant des signaux de prix capables d’inciter les gens à se déplacer vers les zones moins vulnérables (au moyen, par exemple, de primes d’assurance moins élevées) et en orientant le capital vers les secteurs et les régions devenus productifs (les coûts et les risques étant réévalués à la lumière du changement climatique)17. En redistribuant les coûts et les risques au profit de ceux qui sont le plus disposés et le plus à même de les assumer, les marchés financiers aideront aussi à réduire les coûts sociaux de l’adaptation. Toutefois, ils ne pourront le faire que s’ils sont soutenus par de bonnes politiques macroéconomiques et financières.

Deux types d’instruments financiers sont particulièrement utiles pour faire face aux conséquences du changement climatique.

  • Les dérivés météorologiques offrent une couverture aux producteurs exposés aux fluctuations à court terme de la température ou des précipitations18. Les contrats, qui sont négociables sur le marché, sont en général liés au nombre de jours plus chauds ou plus froids que la moyenne saisonnière au cours d’une période future. Dernièrement, le volume de contrats négociés sur ce marché a fortement progressé (graphiques 4.8). Ils portent essentiellement sur les températures dans certaines villes américaines et européennes; la liquidité est aujourd’hui concentrée sur les contrats à court terme, les fonds spéculatifs et les banques étant désormais les principaux intervenants sur ce marché. Les dérivés météorologiques sont aujourd’hui complétés par des swaps sur conditions météorologiques et des contrats d’assurance qui peuvent servir de couverture en cas de mauvaises conditions météorologiques et de mauvaises récoltes. Dans certains pays à faible revenu de la tranche inférieure (par exemple en Inde et en Mongolie), le gouvernement offre désormais une assurance pour les cultures et le bétail comme moyen de protéger les agriculteurs les plus vulnérables. L’Éthiopie a été le premier pays à offrir une assurance contre la sécheresse en 2006.

  • Les obligations catastrophe (appelées les «CAT») aident à répartir le risque de catastrophe météorologique (encadré 4.4). Après le cyclone Katrina, les émissions de CAT ont augmenté considérablement (voir graphique 4.8) au profit des secteurs vulnérables, par exemple l’agriculture et l’immobilier situé sur le littoral, en offrant aux assureurs des instruments plus souples pour transférer les risques, ce qui a permis d’élargir la couverture de l’assurance et de stabiliser les primes.

Graphique 4.8.Dérivés climatiques et obligations catastrophe1

(Milliards de dollars EU)

Le recours aux échanges de dérivés climatiques et à l’émission d’obligations catastrophe aux fins du transfert du risque de catastrophe a beaucoup progressé.

Sources: PricewaterhouseCoopers; Swiss Re Capital Markets.

1 La valeur notionnelle des échanges est la valeur totale des contrats de dérivés échangés à l’aune de laquelle les paiements liés aux conditions climatiques sont calculés.

2 La réduction de la valeur notionnelle des échanges en 2006–07 découle en grande partie du remplacement des contrats saisonniers par des contrats mensuels échangés sur le marché du Chicago Mercantile Exchange.

Cependant, la possibilité existe que le secteur financier soit débordé par l’aggravation des risques liés au climat (ABI, 2005). Que peuvent faire les gouvernements pour aider à préserver la capacité d’assurance et de gestion des risques? Premièrement, ils devraient s’abstenir de subventionner ou de plafonner les primes d’assurance contre les inondations ou les cyclones afin de ne pas encourager les comportements à risque ni accroître les risques pour les finances publiques. Dans certains cas, il peut être souhaitable de décourager la construction dans les zones exposées aux inondations ou aux tempêtes, où la forte probabilité de dégâts matériels dissuade les assureurs d’offrir une garantie. Dans d’autres cas, des investissements publics dans la protection contre les inondations ou la conservation de l’eau peuvent permettre aux assureurs de continuer à offrir une garantie contre les inondations ou la sécheresse. Enfin, les gouvernements peuvent encourager le développement des dérivés météorologiques, de l’assurance et des CAT en fournissant des informations fiables et indépendantes sur l’évolution des conditions météorologiques.

Encadré 4.3.Politiques macroéconomiques pour un ajustement plus ordonné aux chocs climatiques

D’après la théorie économique, certaines politiques macroéconomiques comme celles préconisant une plus grande souplesse du taux de change peuvent contribuer à réduire le coût macroéconomique des conditions météorologiques exceptionnelles qui risquent d’accompagner le changement climatique. De tels chocs ont d’ordinaire pour effet de détruire les équipements et de perturber la production, et l’adaptation aux nouvelles conditions exige le déplacement des personnes et des biens d’équipement entre les secteurs ou au sein de ceux-ci. Une dépréciation de la monnaie contribue à réduire le coût des chocs et permet à l’économie d’atteindre plus rapidement un nouveau point d’équilibre en relevant le prix intérieur des exportations, alors qu’une hausse du niveau des prix facilite l’ajustement en salaires réels (Friedman, 1953; Mundell, 1961). L’ajustement à un choc négatif dans un régime à taux fixe tend à être plus long: l’activité économique subit un ralentissement jusqu’à ce que les salaires et les prix (rigides) atteignent leur nouveau point d’équilibre (Obstfeld and Rogoff, 2002). Les données empiriques présentées dans Ramcharan (2007a) tendent à confirmer ces analyses.

Toutefois, il convient d’émettre d’importantes réserves quant aux conclusions de cette étude. Du fait, en partie, de leur engagement envers la stabilité, certaines banques centrales des pays en développement pourraient se trouver incapables de mettre en œuvre une politique monétaire contracyclique. Ainsi, une des composantes importantes du processus d’ajustement des régimes à taux flexibles pourrait avoir un effet limité en pratique. Par ailleurs, dans beaucoup d’économies en développement, les prix risquent de ne pas être particulièrement rigides, ce qui rendra superflue toute tentative d’ajustement fondée sur le taux de change nominal. Enfin, les régimes à taux fixe peuvent réduire la variabilité du taux de change et abaisser les coûts de transaction, stimulant ainsi le commerce, l’investissement et la croissance. Par ailleurs, selon le degré d’exposition du bilan des entreprises, les variations du taux de change nominal peuvent exacerber l’impact des chocs réels.

Le redéploiement des facteurs de production après un choc dépend également des imperfections du marché de crédit et des rigidités du marché du travail (Caballero and Hammour, 2005; Matsuyama, 2007). Intuitivement, le coût économique global d’un choc tel que la destruction de la production agricole par une inondation peut être atténué si les travailleurs agricoles touchés peuvent être facilement réintégrés dans le secteur manufacturier. Toutefois, des contrats de travail rigides risquent d’empêcher un tel recyclage de la main-d’œuvre et d’aggraver ainsi les effets du choc. De la même manière, les imperfections au sein des marchés financiers qui bloquent l’accès des entreprises aux liquidités nécessaires au financement de l’adaptation aux chocs peuvent conduire à des fermetures inefficaces et à un ralentissement de l’activité économique (Bernanke and Gertler, 1989; Kiyotaki and Moore, 1997; Wasmer and Weil, 2004). Des données économétriques montrent par ailleurs à quel point la souplesse des politiques du secteur financier peut influer sur l’impact des chocs climatiques extrêmes.

Catastrophes dans les pays à revenu élevé ou faible
Catégorie de revenuNombre de catastrophesPopulation (millions)Nombre de personnes tuéesTotal des dommages en pourcentage du PIBPIB par habitant
Élevé1.47682875.4250,00723.021
Faible1.533869907.8100,551.345
Sources: Centre for Research on the Epidemiology of Disasters; Stromberg (2007). Les catastrophes comprennent les séismes, sécheresses, inondations, ouragans et éruptions volcaniques. Le total des dommages est calculé uniquement pour les ouragans et les inondations.
Sources: Centre for Research on the Epidemiology of Disasters; Stromberg (2007). Les catastrophes comprennent les séismes, sécheresses, inondations, ouragans et éruptions volcaniques. Le total des dommages est calculé uniquement pour les ouragans et les inondations.

Il peut toutefois s’avérer très difficile de définir le rôle que peut jouer la politique économique dans la détermination des mesures globales de riposte économique au changement climatique et à d’autres chocs négatifs. Les décideurs choisissent souvent les politiques et les règlements en s’appuyant en partie sur l’incidence prévisible des événements économiques, ce qui risque de brouiller les liens entre les causes et les effets. Par exemple, comme les décideurs risquent d’opter pour l’assouplissement du taux de change lorsqu’ils s’attendent à des variations coûteuses des termes de l’échange, les régimes plus souples risquent de subir d’importantes baisses de production qui viendront masquer l’impact possible des régimes de taux de change flottant sur l’atténuation de ces chocs. Des distorsions peuvent également découler de l’effet des choix politiques sur la fréquence et l’intensité des chocs économiques. Dans l’exemple actuel, le taux de change ou les politiques financières risquent de définir les schémas de spécialisation et, de ce fait, l’intensité et la fréquence des perturbations des termes de l’échange.

Différences régionales de la fréquence et de l’impact des catastrophes
Nombre de catastrophesDécès par 100.000 habitantsVictimes par 100.000 habitants
Afrique8612,611.453
Asie2.3520,744.303
Amériques1.6260,59564
Europe8630,60206
Océanie3240,462.363
Sources: Centre for Research on the Epidemiology of Disasters; Stromberg (2007).
Sources: Centre for Research on the Epidemiology of Disasters; Stromberg (2007).

Les catastrophes naturelles peuvent toutefois nous renseigner utilement sur l’impact des politiques économiques mises en œuvre en guise de riposte aux effets du changement climatique et d’autres chocs. Elles sont notamment faciles à observer tout en étant hautement imprévisibles, et sont également, tout au moins à court terme, indépendantes des choix économiques. Ainsi, en jargon économique, elles peuvent être qualifiées de «conditionnellement exogènes» en ce qui a trait aux choix politiques. Cela dit, leur distribution géographique n’est pas uniforme (premier et deuxième tableaux) et le degré général d’exposition de certains pays aux chocs naturels risque d’influer à la fois sur leur politique économique et sur leur réaction à ces chocs. Toutefois, le degré d’exposition est un paramètre mesurable qui peut être inclus dans le cadre d’estimation, ce qui réduit le risque de distorsion. Par ailleurs, même en tenant compte de la concentration géographique, ces chocs restent pour la plupart, dans beaucoup de pays, des événements à la fois peu probables et imprévisibles, et ne risquent donc pas de jouer un rôle déterminant dans l’élaboration des politiques économiques. À titre d’exemple, les ouragans n’ont frappé une des îles des Caraïbes que sept fois en moyenne, au cours des 100 dernières années, alors que cette région est pourtant particulièrement exposée à ce type de catastrophe.

Réforme du secteur financier et incidence des inondations sur la croissance de la production(Variable dépendante: croissance du PIB réel par habitant)
(a)(b) Référence(c) «Politique inchangée»(d) Effets fixes
Inondation (t – 1)37,94570,70732,146
[40,916][62,509][51,284]
Indice*de crue (t – 1)−7,343−75,724−0,244
[24,954][100,034][27,582]
Inondation (t – 2)13,0432,4904,323
[35,767][36,658][33,569]
Indice*de crue (t – 2)27,83240,55730,428
[33,379][32,498][28,258]
Inondation (t – 3)89,142**104,15986,924**
[36,503][102,895][40,527]
Indice*de crue (t – 3)−10,844−150,389−13,505
[26,197][169,852][25,770]
Inondation (t – 4)−37,606−73,439**−39,671*
[25,417][27,862][23,146]
Indice*de crue (t – 4)86,859**127,332***92,125**
[37,567][35,185][36,152]
Inondation (t – 5)−77,633**−226,517***−83,121**
[35,548][47,327][35,773]
Indice*de crue (t – 5)94,267***70,670***97,687***
[14,572][10,574][14,122]
Observations989842989
R-carré0,280,300,37
Source: Ramcharan (2007b).Note: Les écarts-types, entre crochets, sont groupés au niveau national. Les astérisques*, ** et *** indiquent des valeurs significatives aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement.
Source: Ramcharan (2007b).Note: Les écarts-types, entre crochets, sont groupés au niveau national. Les astérisques*, ** et *** indiquent des valeurs significatives aux seuils de 10 %, 5 % et 1 %, respectivement.

La méthodologie décrite par Ramcharan (2007a) peut servir à estimer le rôle des politiques du secteur financier dans la modulation de l’impact des catastrophes naturelles sur la production. Dans le cas des inondations, par exemple, désignons par Sit–1 une variable prenant la valeur zéro lorsqu’il n’y a pas d’inondation dans le pays i au cours de l’année t – 1 (l’année précédente), et une valeur égale au ratio de la superficie inondée sur la superficie totale du pays en cas d’inondation, et désignons par Rit l’indice de libéralisation financière de jure de Abiad, Detragiache et Thierry Tressel (2007) obtenu pour le pays i et pour l’année t. Le vecteur Xit désigne l’ensemble de variables de contrôle observées pour le pays i au cours de l’année t.

L’équation d’estimation qui en résulte est:

où les paramètres γj permettent de vérifier si l’impact d’un choc sur la variable de résultat yit, dépend du degré d’orientation du système financier sur le marché. Comme le système financier peut influer autant que le choc sur le niveau d’équilibre de yit, la spécification inclut aussi linéairement Rit et Sit. De plus, d’autres variables corrélées avec la décision de réformer le système financier peuvent également influer sur la réaction de la production au choc, et pour réduire cette source possible de distorsion, nous estimons également ces termes d’interaction, obtenant ainsi le coefficient θj. Nous examinons les effets du choc sur une période de cinq ans qui débute l’année suivant immédiatement la survenance de l’événement. La variable vt désigne les effets de l’année; uit est un terme résiduel qui peut être corrélé sur plusieurs années pour le même pays dans toutes les régressions.

Le troisième tableau extrait une partie des résultats principaux recensés dans Ramcharan (2007b). L’échantillon est constitué d’un panel déséquilibré de 43 pays, débutant en 1973. Les résultats confirment que la libéralisation financière peut alléger l’impact d’une inondation sur la croissance. Les résultats de la colonne b donnent à conclure que pour deux économies exposées à une inondation comparable, la croissance de la production sera supérieure d’environ 0,65 point de pourcentage dans l’économie affichant un indice de libéralisation supérieur d’un écart-type1. Toutefois, ces résultats peuvent être biaisés si les décideurs réagissent systématiquement à ces chocs en modifiant les politiques du secteur financier. Ainsi, à la colonne c, on exclut les inondations qui coïncident avec une variation de l’indice de libéralisation sur une période de six ans débutant l’année qui précède le choc. Les résultats ne sont pas très différents. Enfin, la colonne d inclut des valeurs factices spécifiques à chaque pays visant à absorber l’hétérogénéité inobservable et invariable dans le temps qui existe entre les pays. Ici encore, l’effet cumulé des réformes du secteur financier sur l’incidence du choc sur la production change peu.

Note: Rodney Ramcharan est le principal auteur de cet encadré.1 La fraction de la superficie de terres touchées par une inondation typique dans l’échantillon est de 0,014, et l’écart-type de l’indice de libéralisation s’établit à 0,246. Ainsi, l’utilisation des coefficients significatifs du troisième tableau donne un impact estimé de (94,267+86,859)*0,014*0,246.

Sans être des panacées (pour l’instant, les couvertures contre les risques météorologiques et les risques de catastrophe n’existent que pour des périodes de cinq ans), les innovations récentes et l’approfondissement du marché dans ce domaine sont prometteurs, car ils ouvrent des possibilités considérables pour encourager l’adaptation au changement climatique. Compte tenu de l’essor des fonds spéculatifs et de l’appétit prononcé des investisseurs pour les risques sans corrélation avec les autres marchés financiers, on devrait voir se confirmer la demande d’instruments financiers offrant aux investisseurs une prime en échange d’un risque météorologique, même avec le changement climatique (van Lennep et al., 2004; et Bonaccolta, 2007).

En définitive, les pays vont probablement développer leur capacité d’adaptation à l’avenir, grâce à l’augmentation des revenus, au progrès technologique, au développement des marchés financiers et à la meilleure compréhension du changement climatique. Cependant, si le réchauffement est prononcé, il est probable que les mesures d’adaptation atteindront vite leurs limites, ce qui, compte tenu du risque accru de catastrophe, rend nécessaire des mesures d’atténuation.

Encadré 4.4.Assurance catastrophe et obligations catastrophe: nouveaux instruments de couverture des risques climatiques

Le changement climatique augmentera vraisemblablement la fréquence des conditions météorologiques exceptionnelles. Le Rapport Stern (Stern, 2007) anticipe une augmentation de la fréquence des inondations et des sécheresses graves, et des orages violents. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) s’attend pour sa part à une augmentation de l’intensité et de la durée des périodes de sécheresse et de la violence des ouragans. De tels événements ont souvent des effets catastrophiques, en particulier dans les pays petits et à faible revenu. Les marchés financiers peuvent aider ces pays à se prémunir contre les risques que font peser sur eux ces conditions météorologiques exceptionnelles. Divers types d’instruments d’assurance, peu utilisés jusqu’à maintenant, offrent désormais une couverture contre presque tous les risques de catastrophes naturelles.

Au cours de la dernière décennie, le marché de la réassurance contre les catastrophes naturelles a connu une forte croissance, tant du point de vue du volume que de la variété des structures financières, même si la couverture géographique n’a connu qu’une expansion plus limitée. Le marché mondial de la réassurance contre les catastrophes naturelles constitue la composante de gros du marché de l’assurance. Les assureurs primaires (ceux qui vendent des polices d’assurance aux ménages et aux entreprises) cherchent d’ordinaire à couvrir les risques catastrophe (premier graphique). Par ailleurs, la titrisation — par exemple, par l’émission d’obligations catastrophe, ou CAT — peut servir à transférer ces risques aux marchés des capitaux. Les CAT sont d’ordinaire émis par les réassureurs, mais ils sont également parfois émis par les assureurs primaires ou par des entités qui souhaitent s’auto-assurer — par exemple, les administrations publiques. Le marché des CAT est encore relativement restreint, mais il a connu une croissance rapide au cours des quelques dernières années, atteignant une capitalisation totale de plus de 15 milliards de dollars à la fin de 2007. Des sources proches de ce marché estiment le volume total de la réassurance catastrophe à environ 150 milliards de dollars.

La plupart des obligations catastrophe et des contrats de réassurance catastrophe mettent l’accent sur la couverture d’un petit nombre de risques importants, mais la liste des événements couverts s’est allongée quelque peu au cours des deux dernières années. Les principaux périls — ouragans et séismes (États-Unis); cyclones (Europe); séismes et typhons (Japon) — représentent environ 90 % du volume total du marché. Récemment, les assureurs d’un groupe plus nombreux de pays ont commencé à chercher une couverture contre les catastrophes naturelles, notamment en Australie et en Nouvelle-Zélande (cyclones) et dans la province chinoise de Taiwan (séismes).

Capitalisation du marché des CAT

(Milliards de dollars EU)

Source: Swiss Re Capital Markets.

Un petit nombre de CAT ont été émis par des administration publiques cherchant à couvrir les risques budgétaires posés par les catastrophes naturelles. Par exemple, en 2006, FONDEN, l’organisme public mexicain chargé de fournir des services de secours aux victimes de catastrophes naturelles, a émis des instruments de couverture des risques de séismes dans trois endroits vulnérables totalisant 450 millions de dollars. L’opération comportait la conclusion d’un contrat direct avec un réassureur et l’émission de deux CAT. En 2007, la Banque mondiale a mis sur pied un mécanisme d’assurance contre les risques de catastrophe dans les Caraïbes (CCRIF) visant à offrir à 16 pays de cette région une couverture contre les risques d’ouragans. La valeur totale de l’assurance achetée dans le cadre de ce mécanisme a atteint 120 millions de dollars; le CCRIF a, par la suite, transféré le risque à des réassureurs et aux marchés des capitaux. Le volume constitue un avantage important du cumul des risques pour plusieurs pays. Le seuil de rentabilité économique des CAT est estimée à environ 100 millions de dollars.

Les instruments du marché n’offrent pas d’ordinaire une couverture complète contre les risques catastrophiques. Le contrat standard, ou cat-bond, y compris ceux utilisés par le FONDEN et le CCRIF, utilisent un déclencheur «paramétrique» — le paiement de l’assurance est déclenché par la survenance d’un événement naturel d’une certaine ampleur, au lieu de dépendre du calcul des pertes subies. La mesure, à un endroit donné, d’une valeur prédéfinie de la vitesse du vent ou de l’intensité ou de la profondeur d’un séisme peut servir de déclencheur. Le déclencheur paramétrique simplifie énormément le contrôle et l’exécution du contrat d’assurance et permet le paiement immédiat des prestations prévues dès que survient la catastrophe couverte1. L’événement en question peut par ailleurs faire l’objet du contrôle d’un tiers — par exemple, le U.S. National Hurricane Center.

L’assurance paramétrique peut cependant laisser sans couverture une part importante de risques résiduels (appelés «risques de base» dans le langage de l’assurance). Un phénomène naturel peut en effet causer des dommages considérables sans que le seuil paramétrique ne soit franchi. À titre d’illustration, l’ouragan Dean, qui a causé d’importants dégâts au Belize et en Jamaïque en août 2007, n’a donné lieu à aucun paiement en vertu du CCRIF puisque les vents n’ont pas atteint les vitesses requises aux endroits spécifiés. Comme pour n’importe quelle structure d’assurance, il existe dans le cas de l’assurance paramétrique une zone de compromis entre le coût et le degré de couverture. Le risque de base peut être réduit, mais le coût en est inévitablement augmenté, ce qui oblige l’assuré à chercher le meilleur compromis possible entre le risque et le coût.

Primes d’assurance catastrophe stationnarisées

(Indice, 1985 = 100)

Source: calculs des services du FMI basés sur Lane Financial, LLC.

L’évolution des prix pratiqués sur le marché de l’assurance catastrophe a été ponctuée par l’impact de catastrophes d’envergure — notamment aux États-Unis par les ouragans Andrew, en 1993, et Katrina, en 2005 (deuxième graphique). On a également observé une tendance à la hausse des primes d’assurance due en partie à une réévaluation à la hausse des risques liés aux catastrophes. L’augmentation des primes s’explique par le fait que dans la foulée d’une catastrophe, les réassureurs ont besoin de rétablir leur capital afin de préserver leur solvabilité et leurs cotes de crédit. Ce processus risque de prendre du temps si les marchés des capitaux ne sont pas fluides, et les primes risquent entretemps de demeurer élevées. Cependant, les données laissent également conclure que la hausse des primes qui a suivi l’ouragan Katrina, même si elle se comparait en gros à celle qui a suivi l’ouragan Andrew, n’a été que d’assez courte durée. Les primes ont ensuite amorcé une baisse malgré le resserrement des normes appliquées par les agences de notation du risque et la réévaluation à la hausse des risques de catastrophe par les services de modélisation des conditions météorologiques et les intervenants du marché. Le renversement rapide de la tendance affichée par les prix tenait en partie à l’arrivée de nouveaux investisseurs comme les fonds spéculatifs, les banques et les investisseurs privés en actions qui ont injecté de nouveaux capitaux par le biais de diverses structures de marché. Outre les CAT, les nouveaux instruments de marché comprennent les prêts bancaires et les actions, qui prennent en particulier la forme de «sidecars» — compagnies de réassurance à vocation spéciale, juridiquement distinctes, qui mobilisent des capitaux à court terme en émettant des titres privés de participation et de créance.

Une occasion inexploitée?

Les pays de petite taille ou à faible revenu sont particulièrement vulnérables aux catastrophes naturelles à cause de leur diversité géographique limitée, de la proportion plus élevée de leurs populations vivant en zones exposées, et de leur dépendance plus grande vis-à-vis des précipitations naturelles et de conditions météorologiques propices à la production agricole. Selon la base EM-DAT (Emergency Events Database) de l’Organisation mondiale de la santé, les deux ouragans qui ont frappé le Belize en 2000 et 2001 ont chacun causé des dommages équivalant à plus de 30 % du PIB, et réduit la viabilité de la dette publique du pays (Borensztein, Cavallo, and Valenzuela, 2008)2. Même des événements de moindre gravité peuvent entraîner des coûts indirects considérables. Les sécheresses ont été liées à une hausse de la fréquence des conflits armés dans les pays à faible revenu à cause, essentiellement, de leurs effets sur la croissance économique et la pauvreté (Miguel, Satyanath, and Sergenti, 2004).

Lorsqu’ils sont confrontés à de tels risques de catastrophe, les pays à faible revenu ont tendance à avoir recours à l’aide étrangère ou à une forme quelconque d’auto-assurance (Borensztein, Cavallo, and Valenzuela, 2008). Toutefois, les flux d’aide ne sont pas fiables; ils peuvent être retardés et semblent quelque peu dépendants de la médiatisation des catastrophes. Les stratégies d’auto-assurance comprennent le recours à l’emprunt lorsqu’une catastrophe survient, ou l’accumulation de ressources dans un fonds spécial. Il existe toutefois une différence essentielle entre l’assurance et l’auto-assurance. Si un pays achète de l’assurance (par exemple, en émettant un CAT), il touchera en cas de catastrophe des prestations qui lui permettront de compenser, quoique imparfaitement, les pertes subies. Par contre, en choisissant de recourir à l’emprunt, le pays peut étaler dans le temps le coût de la catastrophe, même s’il doit tout de même supporter l’intégralité des pertes économiques. Les stratégies d’auto-assurance présentent par ailleurs d’autres problèmes. Par exemple, les fonds d’auto-assurance risquent d’être détournés à d’autres fins lorsqu’ils deviennent importants. Il existe en fait une combinaison optimale d’assurance et d’emprunt (ou d’auto-assurance) qui dépend de plusieurs facteurs, notamment de l’importance de la perte potentielle, du coût de l’assurance, des taux d’intérêt, de la facilité d’accès aux sources extérieures de financement et de la mesure dans laquelle les agences de notation ont pris en compte la couverture d’assurance commerciale dans leur évaluation.

Malgré les avantages qu’ils présentent, peu de pays ont opté pour l’émission de CAT ou pour l’assurance catastrophe. Cette réticence peut s’expliquer par le coût de ce type de couverture. Les primes de l’assurance catastrophe peuvent être élevées en raison de divers facteurs, y compris les études techniques requises par les organismes de modélisation, les coûts juridiques et la rémunération des fonds propres requis par les assureurs et les réassureurs dans des conditions de marché imparfaites (voir Froot, 2001). (Dans une certaine mesure, toutefois, le coût de l’assurance pour les pays émergents ou en développement est tempéré par la valeur de diversification de ces périls dans le marché financier international.) La réticence des décideurs à s’engager dans des opérations inhabituelles et complexes qu’ils risquent de mal comprendre est une autre raison possible. Les politiciens ont par ailleurs tendance à mettre l’accent sur le court terme, et sont donc peu enclins à dépenser pour une couverture qui risque de profiter surtout à leurs successeurs.

Les instruments d’assurance catastrophe peuvent également être utiles pour les institutions financières internationales qui souhaitent accorder un vaste soutien à de tels programmes d’assurance, comme dans le cas du CCRIF. La Banque mondiale a lancé d’autres projets visant à offrir de l’assurance aux cultivateurs de divers pays, notamment l’Inde et la Mongolie, et elle fait appel aux marchés internationaux pour couvrir ces risques. L’assurance catastrophe permet aux organismes d’aide de faire face aux restrictions budgétaires qui peuvent survenir au cours des années où ils sont confrontés à plusieurs catastrophes d’envergure. À cet égard, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a créé un programme d’assurance contre les inondations en Éthiopie, en 2006, qui offrait aux agriculteurs une couverture contre les risques de pluies insuffisantes. Le PAM a ensuite transféré le risque au marché international de la réassurance. Aucun paiement n’a été réclamé en l’occurrence puisque les précipitations ont été suffisantes dans toutes les régions couvertes.

Note: Eduardo Borensztein est le principal auteur de cet encadré.1 Les contrats de réassurance standards utilisent plus communément un déclencheur fondé sur les dommages subis par l’assuré, ou sur l’indemnité à verser. Il existe également des options intermédiaires comme celle des pertes modélisées et les indices fondés sur la survenance.2 Les estimations de coûts doivent être considérées avec prudence et sont sujettes à d’importantes révisions.

Comment les pays peuvent-ils atténuer de façon effective et efficace les effets du changement climatique?

Pour atteindre son but, une politique d’atténuation des effets du changement climatique doit répondre à plusieurs critères.

  • Pour être efficace, cette politique doit porter le prix des GES à un niveau qui reflète le dommage social marginal causé par les émissions. Un prix plus élevé des GES inciterait davantage à réduire la production et la consommation de biens très polluants et à mettre au point de nouvelles technologies peu polluantes.

  • Les mesures d’atténuation doivent s’appliquer durablement à l’ensemble des GES, entreprises, pays et secteurs afin d’atteindre les objectifs visés au moindre coût possible.

  • Il importe de tenir dûment compte de la répartition des mesures entre les entreprises, les groupes de revenus et les générations, à la fois pour des raisons d’équité et de justice distributive, mais aussi pour faire en sorte que ces mesures soient acceptables sur le plan politique.

  • Les mesures d’atténuation doivent être souples et capables de s’adapter à l’évolution de la situation économique et des connaissances scientifiques en matière de changement climatique, car des résultats très inégaux dans le temps pourraient alourdir le coût économique de ces mesures et les priver du soutien politique dont elles ont besoin.

  • La politique d’atténuation doit être applicable et présenter une «cohérence dynamique»; autrement dit, les gouvernements doivent être incités à la maintenir en place, pour susciter les comportements souhaités.

Les pouvoirs publics ont envisagé de nombreux outils pour réduire les émissions de GES. Les principaux sont les suivants: des taxes sur les émissions, des permis d’émission négociables, des normes de rendement énergétique, des incitations à adopter des techniques économes en énergie, et des subventions à la réduction des émissions ou à l’utilisation de technologies propres (encadré 4.5)19. Les mesures fondées sur le marché, telles que les taxes sur les émissions (souvent appelées taxes sur le carbone20) ainsi que les systèmes d’échange de permis, présentent un avantage important par rapport aux normes de rendement énergétique en ce sens qu’elles créent un prix commun pour les émissions, ce qui encourage la concentration des émissions plutôt dans les entreprises capables de produire de façon plus efficiente.

Encadré 4.5.Initiatives récentes de réduction des émissions

En vertu de l’annexe I du Protocole de Kyoto, les pays signataires1 sont convenus de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 8 % par rapport aux niveaux de 1990, pendant une période d’engagement allant de 2008 à 2012. Ce protocole est le principal cadre politique international incitant les pays à atténuer les conséquences du réchauffement planétaire. Le principal dispositif de mise en œuvre du protocole de Kyoto en Europe est le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS). Deux autres dispositifs, le Mécanisme pour un développement propre (MDP) et le Mécanisme de mise en œuvre commune permettent aux pays de l’annexe I d’obtenir des crédits pour les réductions d’émissions découlant d’investissements consentis dans les pays qui ne sont pas soumis à des cibles obligatoires.

Le système ETS de l’UE est un système international de plafond et d’échange qui devrait réduire les émissions de 2,4 %, comparativement au scénario «à politique inchangée», d’ici 20102, mais des réformes supplémentaires seront nécessaires pour lui permettre d’atteindre ses objectifs de réduction efficace et à grande échelle des émissions de GES. Pour les phases I (2005–07) et II (2008–12) du programme, des droits d’émission de dioxyde de carbone (CO2) ont été alloués à environ 11.000 installations énergivores des pays de l’Union européenne (en général des centrales électriques et d’importants émetteurs industriels) représentant environ 40 % du total des émissions de carbone de l’UE. Le volume des échanges sur ce marché a atteint environ 1,6 milliard de tonnes de CO2 en 2007, et a été évalué à environ 28 milliards d’euros (55 % de plus qu’en 2006)3. Mis en place pour limiter les coûts de l’atténuation correspondant à une cible d’émissions donnée, le système souffre d’un certain nombre de défauts de conception qui en ont réduit l’efficacité. Premièrement, une allocation totale supérieure aux émissions effectives et les incertitudes du marché ont donné des prix des droits d’émission trop bas et trop volatils. En fait, les prix sont passés à zéro au cours du second semestre de 2007 (ils ont cependant été généralement plus élevés au cours de la phase II). Deuxièmement, la cession à titre gratuit d’une proportion importante de droits d’émission (au moins 95 % au cours de la phase I et 90 % au cours de la phase II) a procuré aux installations participantes des bénéfices exceptionnels aux dépens des recettes publiques, et a poussé le marché à anticiper qu’à l’avenir, ce type d’allocation reposerait sur les émissions actuelles, ce qui a limité l’incitation à réduire ces émissions4. Ces problèmes ont été exacerbés par des règles en vertu desquelles les unités sortant du système perdaient le bénéfice des cessions à titre gratuit tandis que les nouveaux entrants bénéficiaient le plus souvent d’un tel avantage5. Troisièmement, le niveau de coordination entre le prix du carbone d’une part, et les politiques, impôts et règlements appliqués d’autre part dans les marchés extérieurs au système — par exemple ceux du chauffage et du transport — laisse à désirer. On cherche actuellement des moyens pour corriger ces problèmes (et d’autres), notamment en élargissant la portée du système afin d’inclure de nouveaux secteurs industriels (par exemple, l’aviation au sein de l’Union européenne) et de nouveaux gaz; en annonçant l’application de nouvelles limites futures (à commencer par une réduction supplémentaire de 11 % par rapport aux engagements antérieurs dans le cadre de la phase III); en passant à la pleine adjudication des permis (en commençant par une proportion d’au moins 60 % en 2013); et en harmonisant les règles d’établissement des plafonds ainsi que les règles d’entrée et de sortie.

Le MDP permet aux pays de l’annexe I d’obtenir des crédits lorsqu’ils investissent dans des technologies à moins forte intensité de carbone, dans des économies de marché en développement ou émergentes (qui ne font actuellement pas l’objet de cibles de réduction), facilitant ainsi l’accès à des solutions de réduction moins coûteuses et contribuant à promouvoir le développement en ajoutant au stock de capital de ces économies. Le marché du MDP a bénéficié au cours des dernières années d’une croissance rapide, les marchés primaires atteignant un volume estimé à 950 millions de tonnes de CO2 et une valeur d’environ 12 milliards d’euros en 2007 (soit une croissance de près de 200 % par rapport aux valeurs de 2006). Toutefois, plusieurs enjeux retiennent toujours l’attention. Premièrement, la capacité de surveiller et de contrôler l’«additionalité» des réductions d’émissions, condition préalable officielle à l’approbation des projets du MDP, est souvent mal définie. Même si chaque projet donné peut conduire à une réduction des émissions, il est difficile de quantifier les réductions globales dans les économies qui ne sont pas soumises à des seuils obligatoires ou à des politiques particulières (de telles hypothèses sont dans un certain sens impossibles à vérifier même lorsqu’on a affaire à des procédures administratives élaborées appliquées au cas par cas). Deuxièmement, compte tenu du haut degré de risque politique prévu après 2012, les réductions obtenues dans le cadre des projets caractérisés par une longue période de revenus d’investissement — par exemple, dans les marchés de l’approvisionnement en énergie — sont restées pratiquement nulles: la plupart des investissements ont mis l’accent sur les réductions d’émissions provenant de procédés industriels. Troisièmement, les mesures conçues pour inciter les intéressés à renoncer à la déforestation n’ont jusqu’à maintenant pas été prises en compte dans le cadre du MDP, et il faudra, pour inclure cette option, trouver des solutions à des problèmes de gestion et de gouvernance complexes, notamment en ce qui a trait à l’établissement d’un scénario de référence, au contrôle et à l’application des règles, et à la gestion des risques de «fuite». Enfin, peu de projets MDP ont jusqu’à maintenant été menés à terme dans les pays les plus pauvres (le Brésil, la Chine et l’Inde dominent jusqu’à présent), et ce déséquilibre dans la répartition des ressources suscite des préoccupations.

Par ailleurs, nombre de pays, y compris des pays non signataires de Kyoto (par exemple, les ÉtatsUnis) et d’importants pays en développement qui ne sont pas soumis aux cibles fixées par le protocole ont déjà mis en œuvre des politiques de réduction des émissions. (Le tableau résume les politiques de certains de ces pays.) Ces politiques sont d’ordinaire motivées moins par les préoccupations suscitées par le changement climatique que par d’autres considérations — par exemple, l’amélioration de la productivité, la sécurité énergétique et la lutte contre la pollution locale. Toutefois, d’autres stratégies nationales comme celles fondées sur les subventions à la consommation d’énergie risquent d’avoir des effets opposés et de conduire à une augmentation globale importante des émissions, notamment lorsqu’elles conduisent à l’augmentation de l’offre de combustibles fossiles dans les pays en développement. Les initiatives nationales sont certes bienvenues, sinon essentielles, mais elles n’ont jusqu’à maintenant débouché que sur des incitations inadéquates, mal coordonnées et sans transparence. Ces facteurs ont fait obstacle à la coordination internationale efficace et efficiente des efforts d’atténuation. Les normes de rendement et les subventions à la technologie constituent deux types importants de politiques nationales de réduction des émissions.

Les normes de rendement, même si elles sont souvent moins prisées que les mécanismes du marché, ont conduit à des réductions importantes des émissions des marchés des véhicules, des bâtiments et des électroménagers qui se caractérisent par la nature diffuse des émissions, les coûts de transaction élevés des conditions rattachées aux mesures d’encouragement, et une crédibilité des marchés du carbone qui reste à établir. S’agissant du transport routier, le programme japonais Top Runner (voir tableau) a donné d’importantes économies d’énergie estimées à 15 % de 1995 à 2005 dans le cas des véhicules de tourisme diesels (Energy Conservation Centre, Japon, 2005). Aux États-Unis, les normes Corporate Average Fuel Economy (CAFE), quoique moins strictes que leurs contreparties européenne ou japonaise, ont amélioré l’efficacité énergétique des véhicules depuis leur entrée en vigueur, en 1975. Toutefois, les assouplissements accordés dans le cas des véhicules utilitaires sports et des camionnettes ont réduit l’efficacité globale de ces normes lorsque les classes de véhicules plus lourds ont commencé à gagner la faveur des consommateurs. On estime que les codes applicables aux bâtiments — par exemple, en Californie — ont permis de réaliser des économies annuelles d’énergie électrique de l’ordre de 10.000 gigawatts-heures (GWh), soit environ 4 % du total de l’énergie électrique utilisée en 2003 (California Energy Commission, 2005). On a annoncé en décembre 2007 l’application de normes plus strictes d’économie d’énergie dans les édifices de l’administration fédérale américaine. Les nouvelles normes américaines relatives aux électroménagers devraient réduire les émissions annuelles des résidences d’environ 37 tonnes métriques de CO2 (MtCO2) d’ici 2020, soit environ 9 % des émissions produites par les ménages (Meyers et al., 2002).

Mesures de politique intérieure influant sur les émissions
ChineObjectifs nationaux: réduire l’intensité énergétique du PIB de 20 % de 2005 à 2010 et porter la production d’énergie renouvelable à 30 % de la capacité totale d’ici 2020
  • Réduction des impôts indirects sur la production d’électricité renouvelable et tarification douanière favorable aux composantes importées

  • Aide des administrations centrale et locales à la R&D; par exemple, 28 millions de dollars consacrés au développement des énergies renouvelables dans le cadre du 10e plan quinquennal

  • Diverses subventions; par exemple, pour les systèmes de production d’électricité renouvelable dans les villages, dans le cadre de programmes d’électrification rurale à grande échelle

  • Application de normes d’efficacité énergique pour les véhicules, les produits utilisant de l’énergie, certains nouveaux bâtiments urbains et les électroménagers — par exemple, économie estimée d’environ 9 % de l’électricité résidentielle en Chine, en 20101

  • Restructuration des entreprises publiques (et fermeture des plus énergivores).

Union européenneEngagement du Protocole de Kyoto: réduire de 8 % les émissions par rapport aux niveaux de 1990, pendant une période d’engagement allant de 2008 à 2012. Objectif volontaire de l’UE: réduction de 20 % par rapport aux niveaux de 1990, d’ici 2020
  • Le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne couvrant la production d’énergie et l’industrie lourde devrait conduire à une réduction supplémentaire des émissions de 2,4 % comparativement au scénario «à politique inchangée» en 20102

  • Taxation généralisée de l’essence et du diesel, particulièrement élevée au Royaume-Uni

  • Aide à la recherche sur le climat et aux nouvelles technologies atteignant 3 milliards de dollars, et 1,8 milliard de plus pour la recherche sur l’énergie nucléaire en vertu du programme-cadre 6, 2002–063

  • «Obligations renouvelables» et «tarifs de rachat» pour la diffusion de technologies propres

  • Réglementation des bâtiments, électroménagers et véhicules (par exemple, directive sur l’efficacité énergétique des bâtiments) et projet de règlement sur les véhicules de tourisme4

IndeObjectifs nationaux, y compris une augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique d’ici 2016–17; électrification de tous les villages d’ici 2009; augmentation de 5 % de la couverture forestière5
  • Subventions prévues pour les sources d’énergie renouvelables, en particulier dans les zones rurales éloignées, atteignant 174 millions de dollars sur la période 2007–126

  • Investissements de 38 millions de dollars dans la recherche, la conception et le développement de sources nouvelles et renouvelables d’énergie

  • Expansion de la couverture forestière par le biais de la réglementation, de mesures d’encouragement et d’information sur les méthodes améliorées de gestion des forêts7

  • Codes du bâtiment pour les nouveaux édifices commerciaux de grande taille et les immeubles publics, conçus pour réduire la consommation d’énergie de 20 à 40 %8

JaponEngagement du Protocole de Kyoto: réduire les émissions de 6 % par rapport aux niveaux de 1990, pendant une période d’engagement allant de 2008 à 2012. Objectif national: réduction de l’intensité énergétique de 30 %, de 2003 à 2030
  • Taxes sur l’essence (46,800 ¥/kilolitre), le kérosène (26.000 ¥/kilolitre), le charbon (700 ¥/tonne) et l’électricité (375 ¥/kilowatt-heure vendu)9

  • Programme Top Runner sur les normes de rendement de plus de 20 classes de produits (y compris véhicules et électroménagers) — devrait permettre de réaliser 16 à 25 % du total des économies nationales d’ici 201010

  • Obligation du fournisseur de produire 8,7 térawatts-heures (tWh) d’électricité renouvelable en 2007, et de porter cette production à 16 milliards de tWh d’ici 201411

  • Accords volontaires conclus avec les intervenants de l’industrie couvrant 39 industries: subvention du tiers des dépenses de réduction des gaz à effet de serre (GES) si les objectifs sont atteints

États-UnisObjectif volontaire de réduction des GES de 18 % par rapport aux niveaux de 2002, d’ici 2012
  • Incitations fiscales totalisant 3,6 milliards de dollars de 2006 à 2011 pour l’utilisation de sources d’énergie renouvelables moins polluantes et l’acquisition de technologies moins énergivores

  • Appui à la R&D et à des programmes intérieurs et internationaux sur le changement climatique (par exemple, «Methane to Markets» et partenariat Asie–Pacifique): 37 milliards de dollars de 2001 à 2007

  • Normes d’efficacité énergétique pour les bâtiments, les véhicules et les électroménagers. Programme d’étiquetage ENERGY STAR couvrant 1.400 produits, prolongé grâce à des accords de partenariat passés avec six marchés internationaux

BrésilObjectif national: faire passer la part des sources d’énergie renouvelables à 10 % d’ici 2030 et fournir de l’énergie électrique à 12 millions de personnes de plus
  • Réduction d’environ 50 % de l’intensité du déboisement entre 2004 et 2006 grâce à l’amélioration de la télédétection par satellite, à des mesures de contrôle de l’utilisation des terres et d’encouragement à l’utilisation de méthodes d’exploitation forestière durable

  • Obligation d’ajouter dans l’essence 22 % d’éthanol, et d’ajouter 2 % de biodiesel (5 % à compter de 2013) dans le carburant diesel

  • Lignes de crédits subventionnées pour la production de biodiesel. Appui à la recherche sur le biodiesel et élargissement du programme de production de sucre et d’éthanol à d’autres produits

  • Tarifs de rachat applicables pendant 20 ans pour les producteurs d’électricité renouvelable12; obligation du fournisseur d’investir 1 % des recettes d’exploitation nettes dans la mise en œuvre de mesures d’efficacité énergétique et dans la R&D

  • Adoption des normes américaines d’efficacité énergétique pour les véhicules légers, et des normes de l’UE pour les motocyclettes et les véhicules lourds

  • Investissement dans les réseaux décentralisés d’électricité renouvelable dans le cadre du programme d’électrification «Light for All»

China Markets Group, Lawrence Berkeley Laboratories: http://china.lbl.gov/china_buildings-asl-standards.html.

Voir Capoor and Ambrosi (2007).

Plan d’action de l’UE pour la lutte contre le changement climatique «EU action against climate change: research and development to stimulate climate-friendly technologies».

La directive sur le rendement énergétique des bâtiments est conçue pour permettre une économie estimée à environ 22 % de la consommation actuelle d’énergie dans les bâtiments des pays de l’UE d’ici 2010. La Commission européenne propose de faire passer les émissions moyennes de CO2 des nouvelles voitures de tourisme d’environ 160 à 130 grammes par kilomètre en 2012.

Inde, Commission de planification (2007).

Inde, Ministère des énergies nouvelles et renouvelables (2006).

Inde, Ministère de l’environnement et des forêts (2006), p. 25.

Inde, Ministère de l’environnement et des forêts et Ministère de l’énergie (Bureau de l’efficacité énergétique) (2007), p. 7.

Japon (2006).

Nordqvist (2006), p. 6.

«Outline of the Renewable Portfolio Standard (RPS) System.» www.rps.go.jp/RPS/new-contents/english/outline.html.

Brésil (2007), p. 22, 27.

China Markets Group, Lawrence Berkeley Laboratories: http://china.lbl.gov/china_buildings-asl-standards.html.

Voir Capoor and Ambrosi (2007).

Plan d’action de l’UE pour la lutte contre le changement climatique «EU action against climate change: research and development to stimulate climate-friendly technologies».

La directive sur le rendement énergétique des bâtiments est conçue pour permettre une économie estimée à environ 22 % de la consommation actuelle d’énergie dans les bâtiments des pays de l’UE d’ici 2010. La Commission européenne propose de faire passer les émissions moyennes de CO2 des nouvelles voitures de tourisme d’environ 160 à 130 grammes par kilomètre en 2012.

Inde, Commission de planification (2007).

Inde, Ministère des énergies nouvelles et renouvelables (2006).

Inde, Ministère de l’environnement et des forêts (2006), p. 25.

Inde, Ministère de l’environnement et des forêts et Ministère de l’énergie (Bureau de l’efficacité énergétique) (2007), p. 7.

Japon (2006).

Nordqvist (2006), p. 6.

«Outline of the Renewable Portfolio Standard (RPS) System.» www.rps.go.jp/RPS/new-contents/english/outline.html.

Brésil (2007), p. 22, 27.

Les subventions à la technologie (y compris les incitations fiscales) ont été largement utilisées pour promouvoir les sources renouvelables d’énergie électrique et la production de biocarburants, mais elles ne constituent pas des solutions de rechange rentables à l’établissement de prix adéquats pour le carbone. Elles peuvent néanmoins se justifier lorsqu’il s’agit de palier aux défaillances des marchés de la technologie. L’aide financière vise d’ordinaire à réduire les coûts de la R&D et des dépenses d’équipement, ou à garantir des prix plus élevés pour les utilisateurs finaux. En Allemagne, par exemple, on estime que la mise en place d’un tarif de rachat de l’électricité produite à partir de projets d’énergie renouvelable imposera aux consommateurs des coûts supplémentaires de 30 à 36 milliards d’euros entre 2000 et 2012, pour un coût du kilowatt-heure d’environ 0,10 euro (Agence internationale de l’énergie, 2007b). Aux États-Unis, l’élimination des droits d’accise sur la production de biocarburants équivaut à une subvention d’environ 12 milliards de dollars pour la période 2007–11 (Metcalf, 2007). Une analyse des retombées de diverses subventions visant à promouvoir l’énergie renouvelable dans les pays du G7 donne à conclure que les coûts de ces programmes sont généralement beaucoup plus élevés que la plupart des estimations les plus à jour des coûts marginaux des dommages liés aux émissions de CO2 (voir, par exemple, Strand, 2007). Cela donne à penser que le soutien public direct à l’augmentation de la production d’énergie renouvelable constitue à l’heure actuelle un moyen coûteux de réduire les émissions de carbone, comparativement à un programme efficace de fixation du prix des émissions de carbone, même si les bénéfices risquent d’être plus élevés si on prend en compte les réductions futures de coûts induites par l’expérience acquise.

Note: Ben Jones et Jon Strand sont les principaux auteurs de cet encadré. Ils ont bénéficié du concours de Paul Mills.1 Un groupe de pays industrialisés comprenant les États-Unis, l’Europe de l’Est, l’OCDE et la Russie (ce pays a par la suite refusé de ratifier le traité).2 Voir Capoor and Ambrosi (2007).3 Voir Point Carbon Research (2008).4 Voir à ce sujet l’analyse de Böhringer et Lange (2005) et de Rosendahl (2006). Rosendahl signale que lorsque les quotas futurs sont mis à jour pour refléter les niveaux d’émissions actuels, leur prix peut atteindre un niveau plusieurs fois supérieur au coût marginal des mesures d’atténuation, ce qui donne à conclure que l’atténuation effective des émissions reste très limitée.5 Voir, par exemple, Åhman and Holmgren (2006); et Åhman, Burtraw, Kruger, and Zetterberg (2007).

Le choix entre l’imposition de taxes sur le carbone et l’adoption de systèmes de limitation/ échange n’est pas aussi facile à opérer. Par rapport aux dispositifs de limitation/échange, les taxes sur le carbone présentent l’énorme avantage de permettre la fixation d’un prix stable pour les émissions (les dispositifs de limitation/échange visent à stabiliser la quantité d’émissions, mais les prix fluctuent), ce dont les entreprises ont absolument besoin pour prendre la décision d’investir à long terme dans des technologies peu polluantes. Les taxes sur le carbone permettent aussi une plus grande souplesse face à l’évolution de la situation économique: les entreprises peuvent réduire davantage leurs émissions en période de faible croissance de la demande et les réduire moins en période de forte croissance de la demande, car la réduction serait alors plus coûteuse. En revanche, les dispositifs de limitation/échange pourraient engendrer une instabilité du prix des émissions en fonction de l’évolution de la demande. Les taxes sur le carbone peuvent aussi produire des recettes qui peuvent être utilisées au profit de l’efficacité (en faisant baisser d’autres taxes) ou de l’équité (en donnant des compensations aux groupes désavantagés par les mesures prises). Cependant, elles ne garantissent pas la réduction quantitative des émissions et elles peuvent être politiquement difficiles à imposer.

Il est possible de réduire les désavantages des dispositifs de limitation/échange. Par exemple, on peut réduire la volatilité des prix en mettant en place des soupapes de sécurité qui permettraient aux pouvoirs publics de vendre des permis provisoires lorsque les prix dépasseraient un certain «seuil» fixé à l’avance, en autorisant les dépôts et l’emprunt de permis, ou en créant une institution centrale comparable à une banque qui serait chargée de surveiller le marché des permis. Des mesures hybrides de cette nature, qui combinent des éléments de la taxe sur le carbone et du dispositif d’échange de permis, pourraient produire de meilleurs résultats que les deux formules prises séparément (Pizer, 2002). Le relèvement progressif du prix de déclenchement de la soupape de sécurité peut aussi permettre le ciblage simultané du prix des émissions à court terme et du niveau des émissions à long terme21. Ces considérations relatives aux mesures d’atténuation sont traitées, entre autres, plus en détail à l’encadré 4.622.

Les effets macroéconomiques des mesures d’atténuation internationales

On a évalué l’importance des liens transnationaux en examinant les effets macroéconomiques de diverses mesures d’atténuation à l’aide d’un modèle d’équilibre général global intertemporel dynamique (la version 2007 du modèle G-Cubed, mis au point par McKibbin et Wilcoxen, 1998). Ce modèle est particulièrement bien adapté pour évaluer les effets à court, à moyen et à long terme des mesures d’atténuation dans les différents pays. La modélisation détaillée des régions permet de tenir compte des différences entre les niveaux de revenu de départ et les taux de croissance potentiels. Les structures de production désagrégées résument les rapports intrants–extrants ainsi que les structures de coût par secteur. Les anticipations prospectives soulignent l’importance de la crédibilité des mesures prises pour susciter des changements de comportement23. La modélisation soigneuse des prix relatifs permet de suivre les effets potentiels de la hausse des coûts de l’énergie sur le redéploiement des dépenses, la substitution des facteurs, les termes de l’échange et l’ajustement de la balance des paiements. Ce dernier reflète non seulement les flux d’échanges commerciaux, mais aussi les flux de capitaux internationaux, aspect qui jusqu’à présent n’avait guère été pris en compte dans la plupart des modèles utilisés pour analyser les politiques adoptées face au changement climatique.

Les simulations du modèle ont pour but d’illustrer les mécanismes économiques qui opèrent après l’adoption de mesures d’atténuation et ne doivent pas être considérées comme des prévisions macroéconomiques à long terme ni comme des recommandations concernant des politiques ou des objectifs particuliers en matière d’émissions. Il s’agit de modéliser les émissions de CO2 liées à la production d’énergie, qui constituent la principale source de GES et celle qui s’accroît le plus vite. Le scénario de référence utilisé ici reprend essentiellement les faits stylisés du dernier rapport World Energy Outlook de l’Agence internationale de l’énergie (AIE, 2007a). En particulier, il repose sur l’hypothèse d’une croissance plus forte de la demande d’énergie de la part des pays émergents que ne l’envisagent la plupart des autres études. On trouvera à l’appendice 4.1 de plus amples détails sur les performances du modèle G-cubed par rapport aux autres modèles utilisés pour analyser les politiques d’atténuation.

Les bienfaits que produiront à terme les politiques d’atténuation ne sont pas modélisés, mais cela ne représente pas un inconvénient majeur. En effet, il s’agit avant tout de mesurer le coût de ces politiques pendant leurs trois premières décennies d’application, période au cours de laquelle on s’attend à ce qu’elles ne produisent que de maigres résultats.

Les résultats des simulations découlent essentiellement des hypothèses concernant le degré de développement technologique des pays, en particulier de leur capacité de remplacer les intrants les plus polluants. L’adoption de technologies moins polluantes est modélisée de deux manières: des améliorations exogènes de l’efficacité énergétique et une substitution endogène des intrants à forte intensité carbonique tels que les combustibles fossiles, au profit d’autres intrants (matières premières, biens intermédiaires, capital et main-d’œuvre) sous l’effet de l’évolution du prix des émissions de carbone. On peut voir dans ces changements technologiques l’adoption de nouvelles sources d’énergie, telles que les biocarburants, l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables, ainsi que la mise en œuvre de technologies permettant de capter et de stocker le carbone. Par hypothèse, la technologie est librement transférable entre pays: si les entreprises décident d’abandonner les combustibles fossiles au profit de technologies plus propres, elles peuvent alors obtenir sans contrainte les financements et le savoir-faire nécessaires, mais elles devront supporter quelques coûts d’ajustement. Les résultats par pays des simulations dépendent, dans une large mesure, des hypothèses concernant l’élasticité de la substitution au niveau de la production, de la consommation et des échanges commerciaux, qui déterminent ensemble le coût marginal auquel les pays peuvent réduire leurs émissions (voir appendice 4.1).

Encadré 4.6.Enjeux de l’élaboration de politiques nationales d’atténuation des émissions

Le présent encadré met en lumière certains des grands enjeux de l’élaboration de politiques nationales d’atténuation des émissions, au-delà du choix fondamental entre la taxation des émissions et les systèmes de plafond et d’échange (pour une analyse plus approfondie des problèmes d’élaboration, voir Kopp and Pizer, 2007).

Assurer une plus grande flexibilité des politiques d’atténuation des émissions

Le risque de volatilité des prix des droits d’émission que peuvent engendrer, par exemple, les variations des conditions de la demande ou les perturbations des marchés de l’énergie constitue un des principaux problèmes de l’application stricte de plafonds annuels d’émissions. Une volatilité importante des prix des émissions peut décourager l’investissement dans les technologies peu énergivores dont les coûts de mise en œuvre initiaux sont importants, ce qui risque de réduire les appuis politiques en faveur du système de plafond et d’échange. Il existe toutefois des moyens de résoudre partiellement ce problème.

Une des options envisageables consiste à inclure une «soupape de sécurité» empêchant les prix des droits d’émission de dépasser un certain plafond, le responsable de la réglementation étant autorisé à vendre sur le marché les quotas supplémentaires qu’il juge nécessaires pour éviter que les prix ne dépassent le plafond fixé (Pizer, 2002). Une autre option consiste à autoriser les entreprises à emprunter des droits d’émission auprès de l’État lorsque leurs prix sont élevés, et de les déposer lorsque les prix sont à la baisse, pour ainsi atténuer les fortes fluctuations des prix. Le système d’échange de droits d’émission de l’Union européenne permet désormais le stockage des droits d’émission («permit banking»), mais pas l’emprunt de ces droits. Les autorités publiques peuvent également choisir d’assurer le contrôle des marchés du carbone en instaurant à cette fin un nouvel organisme analogue à une banque centrale et qui a pour rôle d’acheter ou de vendre des droits d’émission en fonction des hausses ou des baisses inattendues de leurs prix. Ce type de contrôle peut aider à stabiliser le marché tout en renforçant la confiance dans l’atteinte des objectifs d’émission à plus long terme.

Cependant, il peut s’avérer utile que les prix des droits d’émission gardent une certaine souplesse puisque cela peut promouvoir une meilleure prise en compte des connaissances futures de l’incidence probable du réchauffement planétaire dans l’établissement des prix en temps réel et dans la prise de décisions concernant l’atténuation des émissions. Par exemple, lorsqu’il s’agit de décider de l’opportunité d’une intervention, une «banque centrale du climat» pourrait choisir de prendre en compte les facteurs influant sur les variations des prix des droits d’émission et permettre que les chocs permanents se répercutent sur les prix. Même en l’absence d’une banque centrale du climat, en vertu d’un régime de plafond et d’échange autorisant les dépôts et l’emprunt des droits d’émission, si de nouvelles données donnent à conclure que le réchauffement planétaire est plus rapide que prévu initialement, les spéculateurs anticiperont un abaissement du plafond futur des émissions, ce qui conduira immédiatement à un déplacement vers le haut de la courbe des prix actuels et futurs escomptés (avant tout ajustement du plafond). Par contre, il faudra peut-être attendre un certain temps l’adoption des changements législatifs qui permettront aux taux d’imposition des émissions de refléter les nouvelles informations scientifiques, ce qui laissera entre-temps une période de contrôle suboptimal des émissions.

Utilisation des recettes pour limiter les coûts de la politique

La manière dont les autorités utilisent le produit des taxes sur le carbone ou des systèmes de plafond et d’échange — dans la mesure où les droits d’émission font l’objet d’une adjudication — peut avoir un impact considérable sur les coûts de la politique. Par exemple, si les autorités choisissent d’utiliser les recettes dégagées pour réduire l’impôt sur le revenu des particuliers, cela atténuera l’effet de dissuasion de cet impôt plus large sur l’effort de travail et l’épargne, compensant ainsi l’effet négatif de la hausse du prix de l’énergie sur l’activité économique. Les politiques qui n’exploitent pas l’avantage du recyclage des recettes — par exemple, les systèmes de plafond et d’échange qui distribuent sans frais les droits d’émission ou qui appliquent une taxe sur les émissions, ou ceux qui optent pour l’adjudication, mais dont les recettes ne sont pas utilisées de façon productive — sont plus coûteuses. Par exemple, Parry, Williams et Goulder (1999) ont estimé aux États-Unis que le coût global d’un système modérément progressif avec distribution sans frais de permis d’émission atteindra plus du double du coût d’une taxe équivalente sur les hydrocarbures à effet neutre sur les recettes.

Dédommagement des ménages à faible revenu et des entreprises à forte intensité d’énergie

L’équité est un enjeu majeur des politiques d’atténuation des émissions puisque les ménages à faible revenu consacrent une part relativement plus importante de leur budget à l’achat de biens à forte intensité d’énergie comme l’électricité, le fuel-oil domestique et l’essence, et sont de ce fait plus vulnérables aux hausses des prix de ces produits. Les systèmes de plafond et d’échange avec distribution sans frais des droits d’émission ne prévoient aucun mécanisme pour corriger ce problème. Par contre, un système prévoyant l’adjudication des droits d’émission ou l’application de taxes sur les émissions offrira la possibilité d’utiliser une partie des recettes générées pour venir en aide aux ménages à faible revenu — par exemple en réduisant l’impôt sur les salaires ou en relevant le seuil d’assujettissement à l’impôt sur le revenu — et favoriser ainsi une plus grande équité du système (Metcalf, 2007; Dinan and Rogers, 2002). Certains ménages composés de personnes âgées ou qui ne travaillent pas pourraient cependant avoir besoin d’autres types de compensations tels que des programmes ciblés d’aide à l’achat d’énergie.

Par contre, la distribution sans frais des droits d’émission peut servir à compenser les industries (politiquement influentes) affectées par la politique climatique, ce qui contribue à réduire l’opposition des détenteurs d’intérêts acquis. Toutefois, selon Bovenberg et Goulder (2001), il suffit pour cela de n’offrir sans frais qu’une petite fraction des droits d’émission, et la majorité des droits distribués peuvent quand même faire l’objet d’une adjudication. Idéalement, toute compensation devrait être graduellement abolie afin d’éviter les difficultés pratiques que peut présenter la mise à jour des opérations de distribution sans frais puisque les entreprises grandissent à des rythmes différents avec le temps, ce qui augmenterait le dividende possible pour les finances publiques. À titre d’illustration, les entreprises de production d’énergie ont tiré de la distribution de droits d’émission des bénéfices exceptionnels au cours de la phase initiale du système d’échange de droits d’émission de l’Union européenne, et on compte désormais passer graduellement, d’ici 2020, à un système d’adjudication de la totalité des droits d’émission. On pourrait aussi songer à un système de compensation provisoire pour les industries touchées en utilisant, par exemple, une taxe applicable uniquement aux volumes d’émissions supérieurs à un certain seuil ou en offrant un allégement temporaire de l’impôt sur les sociétés aux entreprises à forte intensité d’énergie en aval du régime fiscal officiel.

Avantages d’un programme applicable en amont

Idéalement, une taxe sur le carbone ou un système d’échange de droits d’émission devrait s’appliquer en amont de la chaîne d’approvisionnement en combustibles fossiles (raffinage du pétrole, extraction du charbon, etc.) puisqu’on engloberait ainsi toutes les sources possibles d’émissions à l’étape de la consommation des combustibles. Les producteurs paieraient une taxe, ou seraient tenus d’obtenir des permis en proportion de la teneur en carbone du combustible, et les coûts de ces taxes ou permis seraient répercutés sur les prix des combustibles fossiles et, à terme, sur le prix de l’électricité ou des autres produits à forte intensité d’énergie. Ce système encouragerait la réduction des émissions dans l’ensemble de l’économie. Les programmes applicables en aval comme le système d’échange de droits d’émission de l’Union européenne couvrent actuellement la production d’électricité et les gros émetteurs industriels qui ne produisent que la moitié environ du total des émissions de CO2 (Kopp and Pizer, 2007). En conséquence, ils négligent plusieurs occasions de réduction des coûts, notamment dans le secteur des transports. Les programmes en amont sont par ailleurs plus faciles à gérer. Dans les pays de l’Union européenne ou aux États-Unis, le nombre d’entités à réglementer ne serait que de 2.000 à 3.000, comparativement à 12.000 ou plus dans le cas d’un programme en aval.

Prise en compte de l’ensemble des sources de gaz à effet de serre et options de séquestration

Dans la mesure du possible, il convient d’inclure les gaz à effet de serre (GES) autres que le CO2 dans les programme de réduction des émissions. Aux États-Unis, ces gaz représentent actuellement environ 20 % du total des GES lorsqu’on calcule l’équivalent en potentiel de réchauffement sur la durée de vie totale dans l’atmosphère, tandis qu’en teneur globale, ces gaz représentent environ le tiers du total de GES (U.S. Climate Change Science Program, 2007). Certains de ces gaz (par exemple le méthane expulsé des mines de charbon souterraines et les gaz fluorés utilisés comme fluides frigorigènes et dans les climatiseurs) sont assez faciles à contrôler et à intégrer dans le calcul des ratios des systèmes d’échange de droits ou des taxes sur les émissions, ce qui reflète leur potentiel de réchauffement relatif. Le méthane et les oxydes nitreux produits par les décharges et les systèmes de gestion du fumier et du sol peuvent être incorporés dans un programme de compensation des émissions. Dans de tels cas, il appartiendra à l’entité émettrice individuelle de démontrer la validité des réductions d’émissions aux fins de l’obtention de crédits d’émission. Toutefois, les autres sources d’émissions — qui représentent environ le tiers des GES autres que le CO2 aux États-Unis — sont particulièrement difficiles à contrôler (par exemple le méthane produit par les ruminants).

Le captage et le stockage souterrain (par exemple, dans les réservoirs épuisés de pétrole) sont des méthodes qui n’en sont encore qu’à leurs balbutiements, mais qui pourraient à terme réduire efficacement les émissions provenant des centrales thermiques au charbon. On pourrait encourager l’adoption de cette technologie de séquestration par la mise en place de systèmes de compensation ou de crédits d’impôt même si, selon Deutsch et Moniz (2007), le prix du carbone devrait dépasser le seuil d’environ 25 dollars par tonne pour assurer la rentabilité d’une telle technologie. Il conviendrait, au moins à court terme, d’imposer des frais aux responsables de fuites à partir de réservoirs souterrains. Comme l’incorporation et l’utilisation des techniques de captage du carbone seraient plutôt faciles à contrôler, les sources d’émissions dans les économies avancées pourraient juger utile de financer de tels investissements dans les pays émergents afin de réduire en retour une partie de leurs propres obligations d’atténuation.

La séquestration biologique pourrait également constituer une méthode rentable de réduction des émissions (Stavins and Richards, 2005). Idéalement, les exploitations agricoles qui étendent leur couverture forestière bénéficieraient d’un crédit, et celles qui remplacent des superficies boisées par des terres cultivées seraient pénalisées. Aux États-Unis, il serait possible d’incorporer la foresterie dans un programme national de réduction des émissions, compte tenu du fait que les opérations de conversion des surfaces boisées en terres agricoles en l’absence de toute politique sur le carbone sont relativement limitées (Sedjo and Toman, 2001). L’évolution de l’utilisation des terres pourrait être contrôlée par télédétection à partir de satellites ou d’aéronefs, et ses conséquences en termes d’émission de carbone pourraient ensuite être évalués en tenant compte des espèces d’arbres, de l’étape du cycle de croissance, etc. Le recours à des mesures d’incitation pour réduire le déboisement dans les régions tropicales, dans le cadre d’un programme international d’échange de droits d’émission, présente un défi plus considérable puisqu’il faudra pour cela conclure des accords sur les niveaux nationaux de référence pour le calcul de la couverture forestière en l’absence de politiques. De plus, les régions productrices de bois importantes devraient être couvertes par le programme afin de réduire la possibilité qu’une baisse des volumes récoltés dans une zone donnée ne soit annulée par une hausse équivalente ailleurs.

Problèmes de prévention des «fuites de carbone»

Certaines études donnent à penser que les «fuites de carbone» dues au transfert d’installations dans des pays dépourvus d’une politique sur le carbone pourraient être importantes, annulant peut-être environ 10 % ou même plus des effets possibles des politiques d’atténuation mises en œuvre dans les pays développés (Gupta et al., 2007). Toutefois, ces fuites sont difficiles à prédire en pratique puisqu’elles dépendent de plusieurs facteurs (y compris, par exemple, la rigueur de l’application des politiques d’atténuation, la possibilité pour les entreprises qui envisagent de déménager de recevoir une indemnité si elles acceptent de surseoir à leur projet, les risques de change et la stabilité politique des pays dépourvus d’une politique climatique).

La prévention de ce genre de fuite internationale des émissions pose énormément de difficultés. On peut imposer des amendes aux fournisseurs installés dans les pays dépourvus d’une politique climatique, ou les contraindre à acheter des droits d’émission pour couvrir le carbone contenu dans les produits qu’ils exportent. La mise en œuvre de telles méthodes est cependant complexe; elle peut engendrer la controverse et aller à l’encontre des dispositions des accords internationaux de libre-échange. Le système d’échange de droits d’émission de l’Union européenne prévoit la confiscation des droits d’émission (gratuits) des entreprises qui décident de déménager leurs installations à l’extérieur de la région. Inversement, les nouveaux arrivants reçoivent gratuitement des droits d’émission. Ces mesures peuvent toutefois avoir des effets pervers (Ellerman and Buchner, 2007). La confiscation des droits d’émission retarde le départ des entreprises inefficaces au plan énergétique, tandis que le nombre d’entreprises nouvelles qui s’installent en UE — et qui n’ont pas à payer pour les nouvelles sources d’émissions qu’elles engendrent — est excessif.

Combinaison des mesures d’atténuation et des incitations à l’innovation technologique

Un consensus général s’est dégagé sur le fait qu’en principe, il serait bon de compléter les mesures d’atténuation par des incitations propres à promouvoir la R&D fondamentale et appliquée sur les technologies propres auprès des institutions publiques et privées. Les mesures supplémentaires sont justifiées pour des motifs d’efficacité économique à cause d’une seconde source de défaillance du marché (qui vient s’ajouter à l’externalité des émissions de carbone) découlant de l’inaptitude des innovateurs à tirer pleinement parti des avantages que présentent leurs nouvelles connaissances pour les autres entreprises. Toutefois, la documentation actuelle nous renseigne peu sur la façon dont les politiques de R&D pourraient être conçues et mises en œuvre pour compléter les mesures de réduction des émissions. Par exemple, on ignore laquelle des options suivantes est la plus efficace: subventions à la R&D privée, renforcement des règles sur les brevets ou récompenses à l’innovation technologique (Wright, 1983). Il est également très difficile de prévoir avec quelle efficacité un ensemble donné de mesures d’atténuation et d’incitations au progrès technologique conduira à la mise au point de nouvelles technologies plus respectueuses de l’environnement.

Enfin, certains chercheurs soutiennent que, même si on parvient à mettre au point de nouvelles technologies ou des carburants moins polluants, d’autres mesures d’encouragement seront requises pour en promouvoir la diffusion — par exemple réglementation sur la consommation de carburant des véhicules, normes d’efficacité énergétique pour les appareils électroménagers ou subventions pour la production de combustibles propres. De telles politiques seraient justifiées en cas de nouvelles défaillances du marché (par exemple sous-évaluation par les consommateurs des progrès en matière d’efficacité énergétique). Toutefois, il existe peu de données empiriques permettant de mesurer l’ampleur de telles défaillances, sinon d’en confirmer l’existence.

La modélisation commence par un examen des effets macroéconomiques d’une politique d’atténuation mondiale imposant aux pays de s’entendre sur un prix commun du carbone. Cette politique pourrait être mise en œuvre de deux manières: soit par l’adoption d’une taxe mondiale uniforme sur le carbone, soit par une formule hybride selon laquelle les pays s’engagent à mettre en place une soupape de sécurité commune (le prix des permis supplémentaires étant lié au taux de la taxe sur le carbone)24. Les effets de cette politique sont ensuite comparés à ceux d’une politique mondiale imposant aux pays de s’entendre sur une allocation initiale de droits d’émission et sur la négociation internationale de ces droits, c’est-à-dire un système combinant limitation et échange. L’étape suivante consiste à évaluer dans quelle mesure les règles d’allocation internationale influent sur l’ampleur et la direction des transferts internationaux et, partant, la compatibilité des diverses incitations dans le cadre du système de limitation/échange. Outre ces expérimentations, le modèle sert aussi à évaluer dans quelle mesure la coordination des politiques, la participation des pays, le progrès technologique et la robustesse des mesures d’atténuation en cas de choc macroéconomique influent sur les résultats. (L’analyse fait l’objet de certaines réserves qui sont expliquées plus loin.)

Taxe mondiale sur le carbone et formule hybride

Dans ce cas de figure, tous les pays mettent en place une taxe commune sur le carbone en 2013 et s’engagent de façon crédible à la maintenir en place à longue échéance, en en ajustant le taux au besoin pour faire en sorte que les émissions mondiales suivent le profil représenté au graphique 4.9. On considère que les émissions mondiales suivront une courbe légèrement bombée et culmineront autour de 2018 avant de diminuer progressivement pour revenir en 2100 à 40 % des niveaux de 2002 (ce qui représente une réduction de 60 % par rapport à 2002 ou une réduction de 96 % par rapport au scénario de référence fondé sur l’absence de toute initiative)25. Le prix du carbone augmente progressivement pour atteindre 86 dollars EU la tonne en 2040 (soit une hausse annuelle moyenne d’environ 3 dollars la tonne)26. Cela correspond à une augmentation de 0,21 dollar du prix du gallon d’essence d’ici à 2040 et de 58 dollars du prix d’une tonne américaine de houille grasse. Le prix est imposé en amont dans la chaîne de production des combustibles, le produit de la taxation du charbon étant utilisé pour financer la consommation et l’investissement publics, et le déficit budgétaire et la dette restant constants (appendice 4.1). Par hypothèse, les autres mesures de tarification de l’énergie restent inchangées.

Graphique 4.9.Émissions mondiales: cibles et trajectoires, 1990–2100

(Gigatonnes de dioxyde de carbone)

La trajectoire du scénario de référence montre l’évolution du niveau mondial projeté d’émissions liées à l’utilisation d’énergie, en supposant l’absence de toute mesure d’atténuation. La trajectoire cible montre l’évolution du niveau mondial d’émissions provenant des combustibles fossiles correspondant à la simulation; elle atteint un niveau inférieur de 60 % au niveau mondial d’émissions de 2002. Le niveau cible de 2100 est inférieur de 96 % au scénario de référence projeté pour cette date.

Source: estimations des services du FMI.

Dans cette expérience, les effets macroéconomiques de la taxe sur le carbone et de la formule hybride assortie d’une soupape de sécurité sont équivalents; ils sont représentés au graphique 4.10. (On notera toutefois que, en général, les taxes sur le carbone et les mesures hybrides ne sont pas équivalentes.)27 Les entreprises modifient les technologies auxquelles elles ont recours, en remplaçant les intrants à forte intensité carbonique par du capital (notamment des techniques ne faisant pas appel au carbone), des matériaux et de la main-d’œuvre. Les ménages modifient leurs habitudes de consommation en remplaçant aussi les biens à forte intensité carbonique. Étant donné que la hausse des prix du carbone fait monter les coûts des entreprises, la productivité et la production diminuent. L’investissement global recule du fait que le rendement marginal moyen du capital baisse dans chaque région, tandis que la consommation diminue, dans le sillage des revenus réels. Les mesures prises par les pouvoirs publics seront plus efficaces si les entreprises et les ménages adoptent une attitude prospective et réagissent immédiatement aux hausses de prix anticipées. Même si les niveaux d’activité réelle baissent de façon permanente par rapport au scénario de référence, le choc n’a qu’un effet temporaire sur les taux de croissance du PNB, lesquels retrouvent à terme leur niveau du scénario de référence28.

Graphique 4.10.Taxe uniforme sur le carbone, 2013–401

(Écart par rapport au scénario de référence; en %, sauf indication contraire)

On suppose que chaque région adopte une taxe sur le carbone en 2013. Le taux de taxation est le même dans toutes les régions et est mesuré de manière à donner, en 2100, une réduction de 60 % par rapport au niveau mondial d’émissions de dioxyde de carbone liées à l’utilisation d’énergie mesuré en 2002, soit une réduction de 96 % par rapport au scénario de référence. La courbe de l’évolution des émissions possède une légère bosse puisqu’on prévoit à moyen terme une légère augmentation qui atteindra son apogée en 2018.

Source: estimations des services du FMI.

1 La production correspond au produit national brut. Le taux d’intérêt est le taux d’intérêt réel à 10 ans. Une valeur positive du taux de change effectif réel signale une appréciation par rapport au scénario de référence.

L’évolution du PNB et de la consommation au niveau national reflète les efforts déployés par les pays pour réduire les émissions ainsi que le coût d’une réduction marginale des émissions. Dans le modèle G-cubed, le coût marginal des mesures d’atténuation (CMMA) pour chaque pays dépend de la place relative des formes d’énergie à base de carbone dans la production des biens destinés à la consommation nationale et à l’exportation, qui sont elles-mêmes influencées par des facteurs tels que l’efficacité énergétique, la dotation en facteurs ainsi que la structure de la production et des exportations. En Chine, dans les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et aux États-Unis, les CMMA sont faibles. En Europe orientale et en Russie ainsi que dans d’autres pays émergents et en développement, ils se situent à un niveau intermédiaire, tandis qu’au Japon et en Europe occidentale ils sont élevés. C’est en Chine que l’efficacité énergétique est la plus faible et que le CMMA est de loin le plus bas: elle génère neuf fois plus d’émissions par unité produite que le Japon, sept fois plus que l’Europe occidentale, cinq fois plus que les États-Unis et trois fois plus que l’Europe orientale et la Russie ainsi que les autres pays émergents et en développement (appendice 4.1). L’intensité carbonique de l’économie chinoise diminuera à mesure que les entreprises et les ménages utiliseront l’énergie de façon plus efficace. Il en va de même des pays membres de l’OPEP et des États-Unis, mais dans une moindre mesure. En outre, étant donné que la combustion du charbon produit beaucoup plus de carbone que celle des autres combustibles fossiles, la hausse du prix du carbone est particulièrement incitative dans les économies qui utilisent beaucoup de charbon (Chine et États-Unis), les encourageant à se tourner vers des technologies moins polluantes. Pour un prix uniforme donné du carbone, les économies réduisent leurs émissions jusqu’au point auquel le CMMA rejoint ce prix. Les économies pour lesquels ce coût marginal est le plus faible réduisent davantage leurs émissions. Ainsi, c’est la Chine qui réduit le plus ses émissions, suivie des États-Unis et des pays membres de l’OPEP.

Le coût total de la dépollution varie aussi d’un pays à l’autre. C’est en Chine qu’il est le plus élevé, la valeur actuelle nette de la consommation diminuant environ 2 % par rapport au scénario de référence en 2040 (graphique 4.11). Pour les autres pays, et pour l’ensemble du monde, la baisse de la valeur actuelle nette de la consommation tourne autour de 0,6 % sur la même période. Mesuré en termes de la quantité de biens produits, le coût est plus élevé, la valeur actuelle nette du PNB mondial baissant d’environ 2 % par rapport au scénario de référence en 2040 (voir graphique 4.11). Cela dit, le PNB mondial serait quand même 2,3 fois plus élevé en 2040 qu’en 2007 (tableau 4.1).

Graphique 4.11.Coûts totaux des mesures d’atténuation, 2013–40

(Écart de la valeur actualisée nette par rapport au scénario de référence, en pourcentage)

Ce graphique montre les coûts des trois stratégies d’atténuation illustrées par les graphiques 4.10, 4.12 et 4.14. Le panneau du haut illustre l’évolution de la valeur actualisée nette de la différence entre la trajectoire de la consommation réelle correspondant au modèle de politique et celle de la consommation réelle de référence, divisée par la valeur actualisée nette de la consommation réelle de référence. Le panneau du bas illustre l’évolution de la valeur actualisée nette des pertes de production (produit national brut effectif), définie de la même façon que la consommation. Le taux d’escompte — 2,2 % — est constant dans le temps et d’une région à l’autre; il correspond à la différence entre les taux d’intérêt mondiaux à long terme et les taux tendanciels de croissance du PNB.

Source: estimations des services du FMI.

1 Organisation des pays exportateurs de pétrole.

2 Pondéré par les parts du PNB en 2013.

3 Pondéré par les parts de la population en 2013.

4 Les prix moyens du PNB et la consommation peuvent varier énormément en fonction de l’évolution du taux de change. Le classement des pertes de PNB et de la baisse de consommation n’est donc pas nécessairement le même d’un pays à l’autre.

Tableau 4.1.Pertes de PNB réel, 2040

(Écart par rapport au scénario de référence, en pourcentage)1

Taxe uniforme sur le carbone et politique hybrideDispositif de limitation/échange; allocation fondée sur la part initiale des émissionsDispositifs de limitation/échange; allocation fondée sur la population
États-Unis (130,1)−2,1−1,9−2,6
Japon (80,0)−1,5−1,7−2,1
Europe occidentale (109,9)−2,0−2,0−2,5
Europe orientale et Russie (131,8)−2,8−3,0−3,9
Chine (404,5)−4,8−1,6−2,1
Autres pays émergents ou en développement (353,6)−2,4−3,3−1,7
Organisation des pays exportateurs de pétrole (196,0)−16,2−15,8−14,6
Monde — pondération par le PNB (169,9)−2,6−2,6−2,8
Monde — pondération par la population (312,8)−4,0−3,9−3,1
Source: estimations des services du FMI.

Les chiffres entre parenthèses indiquent la variation en pourcentage du PNB réel entre 2007 et 2040 dans le scénario de référence.

Source: estimations des services du FMI.

Les chiffres entre parenthèses indiquent la variation en pourcentage du PNB réel entre 2007 et 2040 dans le scénario de référence.

Le compte des transactions courantes a tendance à s’améliorer peu à peu dans les pays où le CMMA est le plus faible (par exemple en Chine et dans les pays membres de l’OPEP) parce que la baisse de l’investissement l’emporte sur celle de l’épargne. À cet égard, les États-Unis font figure d’exception: le compte des transactions courantes s’y dégrade parce que le rendement marginal du capital y diminue moins que dans les autres pays, ce qui permet aux États-Unis d’absorber davantage d’épargne en provenance de Chine et des pays membres de l’OPEP29. Cet afflux de capital soutient l’investissement et la consommation aux États-Unis.

À court terme, les taux de change réels dépendent de l’évolution des coûts de production tandis que, à plus long terme, ils s’ajustent en fonction des écarts entre les taux d’intérêt réels. En Europe occidentale, où l’efficience énergétique est déjà relativement élevée, la hausse des prix du carbone fait monter les coûts unitaires moyens, ce qui nuit à la compétitivité des exportations. Il en résulte une dépréciation de l’euro et des autres monnaies d’Europe occidentale (l’euro perd environ 16 % de sa valeur entre 2013 et 2040). En revanche, en Chine, où le coût marginal de réduction des émissions est faible, la hausse du prix du carbone peut être largement compensée par les gains d’efficience énergétique. L’amélioration des termes de l’échange qui en résulte se traduit par une appréciation de la monnaie.

Le CMMA et la réduction des émissions par dollar de hausse du prix du carbone sont comparables à ceux qu’obtient Nordhaus (2007a), mais plus faibles que dans un grand nombre des autres modèles (par exemple, CCSP, 2007). Cela tient à trois raisons. Tout d’abord, contrairement aux modèles qui reposent sur l’hypothèse de technologies avec lesquelles l’énergie ne peut être utilisée qu’en proportions fixes par rapport aux autres intrants de production, le modèle G-cubed permet des substitutions entre facteurs de production. Ensuite, les anticipations prospectives du modèle G-cubed rende les hausses du prix du carbone plus efficaces pour faire diminuer les émissions. Le troisième facteur qui fait baisser les estimations de coûts est que le modèle G-cubed incorpore explicitement les flux de capitaux internationaux, contrairement à la plupart des autres modèles cités dans les études antérieures (appendice 4.1). La libre circulation des capitaux implique que le capital se déplace vers les économies où le CMMA est plus élevé, ce qui facilite à la fois le remplacement du vieux stock de capital et l’adoption de technologies moins polluantes, permettant à l’épargne des économies où le CMMA est plus faible d’aller là où les rendements attendus sont plus élevés.

Dans le modèle G-cubed, le coût total des mesures d’atténuation est plus élevé que dans de nombreuses autres études, mais il reste à l’intérieur de la fourchette d’estimations dont fait état le GIEC (2007)30. Les principales raisons pour lesquelles cette analyse produit des estimations plus élevées est qu’elle part de l’hypothèse d’une croissance relativement plus forte des émissions dans le scénario de référence (défini dans IEA, 2007a) et que le modèle se fonde sur des hypothèses minimales en ce qui concerne l’existence de techniques dites «de secours» qui ne génèrent pas d’émissions. Dans de nombreuses autres études, les pertes de PIB sont considérablement réduites, voire complètement éliminées, en 2050, car par hypothèse l’innovation et la diffusion des techniques de secours et d’autres techniques peu polluantes progressent rapidement, en tout cas plus vite que dans le modèle G-cubed (par exemple, CCSP, 2007; Criqui et al., 2003; den Elzen et al., 2005; et Nakicenovic and Riahi, 2003)31.

Un système mondial de limitation/échange

Nous partons de l’hypothèse qu’un système permanent de limitation des émissions et d’échange des permis d’émissions est mis en place en 2013. Par ailleurs, pour l’ensemble du monde, les droits d’émission suivent le profil indiqué au graphique 4.9: en 2010, le monde ne peut émettre que 40 % des émissions de 2002. Les pays se voient allouer individuellement des droits d’émission pour chaque année à partir de 2013, en fonction de leur part des émissions mondiales en 2012, suivant le profil indiqué au graphique 4.9. Les permis d’émissions peuvent être négociés sur le marché international, qui fixe un prix commun32. Les pays dont les CMMA sont les plus élevés achètent des permis à ceux où ils sont plus faibles, ce qui dédommage ces derniers de prendre davantage de mesures d’atténuation que ce à quoi leur part des émissions mondiales les obligerait. Par conséquent, la trajectoire effective des émissions de chaque pays diffère de son allocation initiale de permis, tandis que la trajectoire mondiale des émissions est conforme au profil visé.

Les effets macroéconomiques du système mondial de limitation/échange sont semblables à ceux de la taxe mondiale sur le carbone et de la formule hybride prévoyant une soupape de sécurité, les différences tenant aux particularités du mécanisme par lequel est fixé le prix commun du carbone (graphique 4.12). Ainsi, dans le cadre du système de taxe mondiale, les pays sont censés s’entendre sur un prix commun du carbone, alors que dans le système mondial de limitation/échange, le prix commun du carbone est déterminé par la négociation internationale des permis d’émissions. Pour la plupart des économies, les transferts sont faibles et, par conséquent, les effets macroéconomiques varient peu; pour la Chine (pays bénéficiaire), les autres pays émergents et en développement (payeurs) et les pays membres de l’OPEP (bénéficiaires), les transferts atteignent respectivement environ 10 %, −2 % et 1 % du PIB en 2040 (graphique 4.13). La Chine reçoit la plus grande quantité de transferts parce qu’elle utilise l’énergie de façon relativement inefficiente et que la réduction des émissions y est beaucoup moins coûteuse qu’ailleurs. Réciproquement, les pays avancés ainsi que les autres pays émergents et en développement achètent des droits d’émission à la Chine parce que la réduction des émissions leur revient très cher. Ces considérations concernant la direction et l’ampleur des transferts dépendent très étroitement des coûts marginaux des mesures d’atténuation incorporés dans le modèle G-cubed pour les différents pays (voir appendice 4.1) ainsi que de la clé de répartition des permis d’émissions entre les pays (voir infra).

Graphique 4.12.Dispositif de limitation/échange, 2013–401

(Écart par rapport au scénario de référence; en %, sauf indication contraire)

On suppose que chaque région adopte un dispositif de limitation/échange en 2013. Chaque région doit réaliser, avant 2100, une réduction des émissions de 60 % par rapport au niveau mondial d’émissions de dioxyde de carbone liées à l’utilisation d’énergie mesuré en 2002 — soit une réduction de 96 % par rapport au scénario de référence —, mais est autorisée, pour y arriver, à vendre ou à acheter des droits d’émission. La courbe de l’évolution des émissions laisse voir une légère bosse puisqu’on prévoit à moyen terme une légère augmentation qui atteindra son apogée en 2018.

Source: estimations des services du FMI.

1 La production correspond au produit national brut. Le taux d’intérêt est le taux d’intérêt réel à 10 ans. Une valeur positive du taux de change effectif réel signale une appréciation par rapport au scénario de référence.

Graphique 4.13.Transferts internationaux en vertu du dispositif de limitation/échange

(En pourcentage du PIB)

Ce graphique montre la valeur nette des transferts internationaux de droits d’émission. Une valeur positive signale la réception de transferts, c’est-à-dire la vente de droits d’émission. Le panneau du haut résume les résultats d’un dispositif de limitation/échange en vertu duquel les droits d’émission sont alloués proportionnellement aux niveaux d’émissions de 2012 (voir graphique 4.12 pour plus de détails sur ce modèle de politique). Le panneau du bas résume les résultats d’un dispositif de limitation/échange en vertu duquel les droits d’émission sont distribués en fonction de la part de la population calculée chaque année à compter de 2013 (voir graphique 4.14).

Source: estimations des services du FMI.

1 Organisation des pays exportateurs de pétrole.

C’est donc pour la Chine que les différences entre les effets macroéconomiques des trois systèmes (système mondial de limitation/ échange, taxe mondiale sur le carbone et formule hybride avec soupape de sécurité) sont le plus prononcées. En effet, l’application du système de limitation/échange fait augmenter la consommation chinoise, mais celle-ci diminue avec la taxe sur le carbone et la formule hybride (voir graphique 4.12). Avec le système de limitation/échange, le compte courant reste à peu près stable pendant les 10 premières années (et s’améliore peu à peu par la suite), alors que l’amélioration serait immédiate avec une taxe sur le carbone ou la formule hybride (voir graphique 4.10). Les transferts internationaux entraînent aussi une plus forte appréciation réelle du renminbi avec le système de limitation/échange (de 10 % d’ici à 2040, contre 3 % avec les deux autres formules).

Au total, que l’on prenne le système de limitation/échange, la taxe sur le carbone ou la formule hybride, le coût mondial des mesures d’atténuation (pondéré par le PNB) reste à peu près le même, mais le coût pondéré en fonction de la population est plus élevé avec le système de limitation/échange parce que la hausse des coûts pour les autres pays émergents et en développement est plus forte que la baisse des coûts pour la Chine. Pour les pays qui paient les transferts (Europe, Japon, Russie et autre pays émergents et en développement), le coût s’accroît avec le système de limitation/échange par rapport au système de taxe sur le carbone et à la formule hybride, mais il diminue pour les pays qui reçoivent les transferts (Chine, pays membres de l’OPEP et États-Unis).

Selon la plupart des études, les pays avancés, en particulier l’Europe occidentale et le Japon, devraient acquérir des permis d’émissions, mais il n’y a aucun consensus quant aux transferts internationaux pour les pays émergents. Ces pays ont un fort potentiel de croissance, ce qui laisse entrevoir une forte demande de droits d’émission à l’avenir, mais ils émettent aussi beaucoup de carbone par unité produite, ce qui signifie qu’ils ont une grande marge de manœuvre pour réaliser des gains d’efficacité et, par conséquent, vendre des droits d’émission. Ce dernier effet domine dans den Elzen et al., (2005) et dans Criqui et al., (2003), qui prévoient que la Chine vendra des permis. Mais Persson, Azar et Lindgren (2006) prévoient que la Chine se développera si vite qu’elle devra acheter des permis. Dans Grassl et al., (2003), la Chine achète des permis aux autres pays émergents, parce que l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud sont censées disposer d’un fort potentiel naturel de réduction des émissions par le recours accru à l’énergie solaire et à la biomasse. En revanche, la Chine est capable de réduire ses émissions en améliorant l’efficience énergétique des ménages et des entreprises, ce qui lui permet de dégager un fort excédent de droits d’émission, qu’elle peut alors céder.

Les diverses clés d’allocation possibles des permis d’émissions

La structure des transferts internationaux et les effets macroéconomiques des systèmes de limitation/échange dépendent, dans une très large mesure, de la clé de répartition des droits d’émission. Supposons que chaque économie reçoit des droits d’émission non pas en fonction de sa part initiale des émissions mondiales, mais en fonction de sa part de la population mondiale chaque année à partir de 2013. Pour le même objectif d’émissions mondiales, les pays membres de l’OPEP et les autres pays émergents et en développement recevraient alors davantage de permis. Cela modifierait considérablement la structure des échanges internationaux de permis ainsi que les effets macroéconomiques, les autres pays émergents et en développement vendant alors des permis et recevant des transferts d’un montant avoisinant 1 % du PIB entre 2020 et 2030 (voir graphique 4.13). Les transferts vers les pays membres de l’OPEP augmenteraient aussi pour atteindre environ 2 % du PIB en 2040, alors que les transferts en direction de la Chine resteraient à peu près au même niveau.

Les transferts vers les autres pays émergents et en développement amélioreraient leurs résultats en matière de consommation, mais entraîneraient une appréciation du taux de change réel et un phénomène comparable au syndrome hollandais (graphique 4.14). Dans ces pays, l’agriculture et le secteur des services connaîtraient une plus forte contraction de l’activité que dans le système de limitation/échange fondé sur les émissions. L’appréciation persisterait pendant plusieurs décennies après l’introduction d’un système de limitation/échange fondé sur la population.

Graphique 4.14.Dispositif de limitation/échange pour l’ensemble des régions, fondé sur la part de la population mondiale, 2013–401

(Écart par rapport au scénario de référence; en %, sauf indication contraire)

À compter de 2013, chaque région est dotée d’un système de limitation/échange dont l’objectif est d’obtenir, en 2100, une réduction de 60 % par rapport au niveau mondial d’émissions de dioxyde de carbone liées à l’utilisation d’énergie mesuré en 2002. On autorise à moyen terme une légère augmentation qui atteindra son apogée en 2018. Cela correspond à une réduction de 96 % des émissions mondiales par rapport au scénario de référence en 2100. Les droits d’émission sont distribués en fonction de la part de la population calculée chaque année à compter de 2013.

Source: estimations des services du FMI.

1 La production correspond au produit national brut. Le taux d’intérêt est le taux d’intérêt réel à 10 ans. Une valeur positive du taux de change effectif réel signale une appréciation par rapport au scénario de référence.

Cependant, pondéré par le PNB, le coût mondial des mesures d’atténuation serait à peu près le même avec un système de limitation/échange fondé sur la population, un système de limitation/échange fondé sur les émissions et avec une taxe mondiale uniforme sur le carbone, ce qui traduit l’obtention de résultats similaires en matière d’amélioration de l’efficience énergétique. Pondéré par la population, le coût mondial diminue en raison des effets positifs sur la consommation dont bénéficient alors les autres pays émergents et en développement et les pays membres de l’OPEP (voir graphique 4.11).

Autres résultats

Des mesures d’atténuation non harmonisées (chaque économie déterminant par exemple sa propre trajectoire d’évolution du prix du carbone pour parvenir en 2100 à une réduction de 60 % des émissions par rapport à leur niveau de 2002) seraient plus coûteuses que des mesures harmonisées parce qu’elles ne permettraient pas d’allouer de façon efficiente les mesures d’atténuation à l’échelle mondiale (Nordhaus, 2007a). D’après les simulations du modèle G-cubed, on assisterait au moins au doublement du coût total pour les autres pays émergents et en développement, les pays d’Europe orientale et occidentale, la Russie et le Japon, par rapport au coût d’une taxe mondiale uniforme sur le carbone. Dans ce cas de figure, le coût serait plus faible pour la Chine, les pays membres de l’OPEP et les États-Unis, mais le coût mondial total de mesures non coordonnées serait quand même supérieur de 50 % au coût de mesures harmonisées. Les pays dont le CMMA est élevé pâtiraient particulièrement du manque de coordination, car ils ne seraient plus en mesure de délocaliser les mesures d’atténuation vers d’autres destinations. Cette expérience porte à penser qu’une architecture internationale fondée sur des prix du carbone différents selon le pays serait moins efficace qu’une architecture fixant un prix mondial uniforme du carbone.

Un accord international auquel ne participeraient pas les pays émergents et en développement sera inefficace pour mettre un frein au changement climatique. Si les pays de l’annexe I33 (Australie, Canada, États-Unis, Europe orientale et occidentale, Japon, Nouvelle-Zélande et Russie) devaient être les seuls à assumer la réduction des émissions mondiales de 40 % d’ici à 2100 par rapport aux niveaux de 2002, il faudrait que leurs émissions soient 12½ fois plus faibles que dans le scénario de référence. En effet, ils devraient neutraliser la contribution considérable des pays non inscrits à l’annexe I (Chine et autres pays émergents et en développement) à l’accroissement des émissions mondiales. Cela représenterait un coût élevé et peu réaliste pour les pays de l’annexe I. L’autre solution consisterait à ce que seuls les pays de l’annexe I décident de réduire leurs émissions de 60 % d’ici à 2100, auquel cas les émissions mondiales seraient 7½ supérieures au niveau de 2002, ce qui aggraverait le réchauffement de la planète.

La taxe sur le carbone et la formule hybride prévoyant une soupape de sécurité offrent une plus grande souplesse aux entreprises et aux ménages pour s’adapter aux fluctuations du coût des mesures d’atténuation découlant, par exemple, de l’évolution du taux de croissance de l’économie. En période de forte demande conjoncturelle et d’expansion de la production, le système de limitation/échange pourrait devenir trop restrictif, forçant les entreprises à appliquer les mêmes mesures d’atténuation malgré leur coût plus élevé. Dans le cas où une région connaîtrait une accélération inattendue de sa croissance économique, le prix des permis d’émissions serait poussé à la hausse pour tous les pays de sorte que ceux qui étaient jusqu’alors bénéficiaires nets des paiements de transferts pourraient avoir à payer (McKibbin and Wilcoxen, 2004). Si les prix du carbone sont volatils, les variations de la croissance économique pourraient mettre à mal l’accord sur la limitation et l’échange des droits d’émission. Ce n’est pas le cas avec la taxe sur le carbone ou la formule hybride34.

Cette expérience illustre aussi le fait que les mesures d’atténuation peuvent influer grandement sur la manière dont les chocs macroéconomiques se transmettent entre pays. Par exemple, dans un système de fixation du prix, une croissance inattendue a des retombées positives sur les autres pays, même si cela implique que le monde n’atteint pas ses objectifs d’émissions. En revanche, dans le système de limitation/échange, l’objectif mondial d’émissions peut être atteint, mais une croissance économique plus forte dans un grand pays peut avoir des retombées négatives dans d’autres pays en faisant monter le prix des permis.

Il est peu probable que l’amélioration de l’efficience énergétique rende inutile la fixation de prix pour le carbone, mais elle en réduirait le niveau (Nordhaus, 2007a). Même en supposant que l’efficience énergétique s’améliore de façon exogène à un rythme deux fois plus rapide que dans le scénario de référence, les prix du carbone devraient quand même augmenter pour atteindre la même réduction des émissions (le prix du carbone devrait atteindre 76 dollars en 2040, contre 86 dollars, comme dans les expériences initiales fondées sur un prix mondial). On voit l’avantage qu’il y aurait à compléter la fixation d’un prix du carbone par des incitations bien conçues à innover et par une large diffusion des technologies propres (voir encadré 4.6).

Des objectifs d’émissions moins contraignants, visant à stabiliser les concentrations de GES autour de 650 ppm en termes de CO2e, plutôt que 550 ppm, à l’horizon 2100, seraient moins coûteux à atteindre, mais la différence de coût ne serait pas énorme. L’analyse d’un autre scénario possible, selon lequel, en 2100, les émissions ne sont inférieures que de 40 % à leur niveau de 2002 et continuent de croître plus longtemps avant de diminuer35, montre que, que ce soit avec des taxes sur le carbone, des formules hybrides ou des systèmes de limitation/échange, la structure des réactions macroéconomiques reste essentiellement la même. Cependant, dans le scénario moins contraignant, les prix du carbone augmenteraient plus lentement, pour atteindre 165 dollars en 2100, ce qui implique une légère baisse de la consommation et des pertes de PNB (respectivement d’environ 0,5 % et 1,7 % en valeur actuelle nette).

Réserves

Plusieurs réserves méritent d’être soulignées. La plus importante est qu’il est difficile de se prononcer avec précision sur l’état de l’économie mondiale et des économies nationales en 2040, et a fortiori en 2100, surtout si les prix énergétiques subissent des changements fondamentaux. De nombreuses innovations techniques pourraient venir remettre tout en cause en quelques décennies et elles pourraient se diffuser plus ou moins vite dans les pays. Les résultats dépendent surtout des hypothèses concernant la croissance économique, les améliorations autonomes de l’efficience énergétique, et du coût marginal des mesures d’atténuation; une légère modification de ces paramètres peut influer grandement sur les résultats du modèle G-cubed. La direction et l’ampleur des effets macroéconomiques sur les différents pays, y compris les transferts financiers, sont particulièrement sensibles aux hypothèses concernant les élasticités de substitution pour la production, la consommation et les échanges commerciaux. Si elles continuent de n’utiliser que les techniques actuelles, un grand nombre d’entreprises pourraient se révéler incapables de réagir à la demande du marché dans les proportions estimées dans cette analyse; cela dit, en fondant beaucoup des estimations sur la sensibilité-prix des ménages et des entreprises sur les antécédents historiques au moyen d’estimations économétriques, le modèle essaie de prendre en compte de façon plausible le progrès technologique. Même si le modèle G-cubed ne prend pas comme paramètre le moment auquel pourraient apparaître des techniques de secours, il repose sur l’hypothèse que les changements du prix du carbone peuvent induire un abandon massif des combustibles fossiles au profit d’autres sources d’énergie. De nombreux autres modèles comportent des structures technologiques plus rigides ou reposent sur l’hypothèse que le capital et la technologie ne circulent pas librement entre pays, même à long terme. En même temps, en se limitant aux émissions de CO2 liées à la production d’énergie, le modèle G-cubed ne tient pas compte des mesures d’atténuation peu coûteuses qui peuvent être prises dans d’autres domaines, par exemple la réduction des activités de déboisement.

Conclusions

Le changement climatique est une force puissante qui touche le monde entier et qui, comme l’intégration commerciale et financière, va sans doute avoir de profondes répercussions sur les économies et les marchés au cours des décennies à venir. À mesure que les températures et le niveau des mers augmenteront et que le cycle des précipitations changera, la structure mondiale des avantages comparatifs évoluera aussi en conséquence. Il en résultera des modifications structurelles au plan économique, tant à l’échelle nationale que mondiale. Les échanges commerciaux internationaux, les mouvements de capitaux et les flux migratoires changeront, de même que les prix des matières premières, des autres biens et services et des actifs.

Les effets macroéconomiques du changement climatique se feront sentir de façon inégale dans l’espace et dans le temps. Ce sont les pays pauvres qui seront touchés le plus tôt et le plus rudement, en raison de leur géographie, de leur plus grande dépendance à l’égard de l’agriculture et de leur plus faible capacité d’adaptation. Leurs systèmes de santé et d’approvisionnement en eau pourraient être mis à dure épreuve par de fréquentes catastrophes naturelles, les côtes pourraient être inondées et les populations obligées de migrer. Les pays riches pourraient subir le contrecoup du changement climatique dans les pays pauvres et aussi être directement touchés si les risques de queue des catastrophes climatiques devaient se matérialiser.

Au fil du temps, les politiques macroéconomiques nationales seront de plus en plus appelées à aider les secteurs public et privé à faire face aux risques liés à l’évolution du climat. Les pays auront besoin de politiques macroéconomiques bien conçues et de stratégies financières et de développement novatrices pour réussir leur adaptation au changement climatique. Ceux dont les revenus sont plus élevés, les finances publiques plus solides, les marchés financiers plus développés et les politiques structurelles plus souples seront mieux à même de surmonter les conséquences négatives du changement climatique. Les pays qui sont de plus en plus exposés aux risques découlant de l’instabilité météorologique et des événements météorologiques extrêmes devront mettre au point des stratégies pour gérer ces risques, notamment par un usage avisé de l’auto-assurance au moyen de la gestion budgétaire, de l’accumulation de réserves et du recours aux dérivés météorologiques, aux obligations catastrophe et à d’autres formes d’assurance contre les catastrophes. Une coopération mondiale permettant de faire circuler les connaissances sur la gestion financière des risques météorologiques aideraient les pays pauvres à mieux s’adapter au changement climatique.

La riposte au changement climatique présente aussi d’énormes difficultés sur le plan multilatéral. En effet, il faut à la fois encourager les synergies pour aider à l’adaptation et protéger les milieux naturels tout en préservant la sécurité énergétique et en gérant les risques de protectionnisme. Pourtant, la principale difficulté consiste à s’attaquer aux causes et aux effets du changement climatique en réduisant de façon sensible les émissions de GES au cours des décennies à venir et de le faire au coût le plus faible possible. Cela requiert une action conjointe de la part des pays avancés, des pays émergents et des pays en développement.

Au terme de cette analyse, nous arrivons à la conclusion qu’il est possible de faire face au changement climatique sans nuire gravement à l’économie mondiale et aux économies nationales. Pour que les mesures adoptées soient efficaces, il faut dûment prendre en compte les conséquences économiques qu’elles risquent d’avoir (ralentissement de la croissance, poussée inflationniste, perte de compétitivité), soit en veillant à ce qu’elles soient bien conçues, soit au moyen de politiques macroéconomiques et financières d’accompagnement. Des mesures visant à limiter les effets économiques négatifs inciteraient davantage de pays à participer pleinement aux efforts d’atténuation et contribueraient à concrétiser les bienfaits économiques et financiers de la transition vers une économie mondiale plus respectueuse du climat.

  • La politique de tarification du carbone doit s’inscrire dans la durée et être crédible. Elle doit fixer un calendrier d’augmentation progressive des prix du carbone auquel les particuliers et les entreprises puissent se fier. Il n’est pas nécessaire que les augmentations des prix mondiaux du carbone soient prononcées: on pourrait retenir par exemple une augmentation initiale de 0,01 dollar EU du prix du gallon d’essence, suivie d’une hausse de 0,02 dollar EU tous les trois ans. Engagée tôt, cette augmentation progressive permettrait d’étaler le coût de l’ajustement sur une plus longue période. Le coût total de ces mesures pour l’économie mondiale pourrait être modéré dans le cas de l’adoption en 2013 de mesures visant à stabiliser les concentrations de CO2e à 550 ppm à l’horizon 2100, ce qui implique une réduction de 0,6 % seulement de la valeur actuelle nette de la consommation mondiale d’ici à 2040. Même si l’on tient compte de cette perte, le PNB mondial serait encore 2,3 fois plus élevé en 2040 qu’en 2007.

  • La politique de tarification du carbone devrait inciter tous les groupes de pays (avancés, émergents et en développement) à commencer à fixer un prix pour leurs émissions. Tout dispositif qui ne prévoirait pas la participation sous quelque forme (par exemple en retardant la mise en œuvre des mesures ou en assouplissant les objectifs) des pays émergents et en développement (en particulier les vastes économies en plein essor que sont le Brésil, la Chine, l’Inde et la Russie) serait extrêmement coûteux et politiquement intenable, parce que, d’après les projections, 70 % des émissions des 50 prochaines années proviendront de ces pays et des autres pays émergents et en développement. Cependant, certains pays devront peut-être renforcer leurs capacités institutionnelles pour mettre en œuvre la tarification du carbone.

  • La politique de tarification du carbone devrait viser à la fixation d’un prix mondial commun pour les émissions. De cette manière, on pourrait réduire les émissions là où cela coûte le moins. Les pays émergents et en développement, en particulier, pourront sans doute réduire leurs émissions à un coût bien moindre que les pays avancés. Par exemple, si la Chine et l’Inde ont accès aux mêmes technologies que l’Europe et le Japon, elles pourraient réduire très sensiblement leurs émissions en améliorant leur efficacité énergétique et en utilisant moins de charbon. La différence de coût peut être considérable: à l’échelle mondiale, le coût serait inférieur de 50 % si le prix du carbone était le même pour tous les pays. Les pays devront harmoniser le taux de la taxe sur le carbone, coordonner les prix de déclenchement de la soupape de sécurité prévue par les formules hybrides ou permettre l’échange international des permis d’émission dans le cadre d’un dispositif de limitation/échange.

  • La politique de tarification du carbone doit être suffisamment souple pour supporter les fluctuations du cycle économique. En période de forte demande, il en coûterait davantage aux entreprises de réduire leurs émissions, et inversement en cas de demande faible. Les coûts d’atténuation pourraient être réduits si les entreprises pouvaient moduler leurs émissions en fonction du cycle économique. Cela permettrait de parvenir à un niveau moyen donné de réduction à moyen terme. Contrairement aux taxes sur le carbone et aux formules hybrides, un dispositif de limitation/ échange pourrait se révéler restrictif en période de croissance forte à cause de la hausse de la demande et des prix des permis d’émission, à moins que des mesures soient prises pour neutraliser la volatilité des prix.

  • La politique de tarification du carbone doit répartir le coût des mesures d’atténuation équitablement entre les pays. Certaines de ces mesures, par exemple une taxe uniforme, un système de limitation/échange dans lequel les permis seraient alloués en proportion des émissions actuelles des différents pays, ou une formule hybride, imposeraient un coût élevé à certains pays émergents et en développement. Des transferts transnationaux substantiels pourraient donc être nécessaires pour les encourager à participer et les aider à faire face aux effets négatifs. Dans le système de limitation/échange, la direction et l’ampleur des transferts dépend généralement du coût marginal de la réduction des émissions dans les différents pays (qui lui-même dépend des moyens technologiques des pays et de leur accès à la technologie étrangère) ainsi que des caractéristiques propres des mesures d’atténuation (par exemple, clé de répartition des permis d’émissions, date de participation des pays à l’accord climatique, conditions supplémentaires, etc.). Si ces mesures sont conçues de telle sorte que les transferts circulent des pays avancés vers les pays émergents et en développement, elles réduiront le coût des politiques de tarification du carbone pour ces deux derniers groupes, ce qui les encouragera à participer à l’effort collectif. Le recours à des ajustements de taxe à la frontière pour inciter les pays à participer pourraient susciter une réaction protectionniste qui nuirait aux efforts d’atténuation.

En outre, la fixation d’un prix pour les émissions de carbone devra peut-être être complétée par des politiques macroéconomiques et financières adéquates. Par exemple, dans le cadre du système mondial de limitation/échange, les transferts des pays achetant des permis aux pays qui en vendent pourraient atteindre un montant élevé, équivalent à plusieurs points de PIB. Ces transferts peuvent entraîner une appréciation réelle de la monnaie des pays bénéficiaires et rendre ainsi moins compétitifs certains secteurs de leur économie; c’est le syndrome hollandais. Les effets macroéconomiques de cette nature peuvent être atténués si les pays économisent une partie de ces capitaux, continuent à améliorer le climat des affaires et, si leur régime de change le permet, laissent l’appréciation s’opérer au moins en partie par le biais du taux de change nominal plutôt que par l’inflation.

Notre analyse met aussi en évidence le rôle d’accompagnement des mouvements de capitaux et des transferts de technologie pour faire face au changement climatique. Les flux de capitaux et de technologie peuvent faire baisser le coût de la dépollution en s’orientant plutôt vers les destinations où celle-ci est le moins coûteuse et en la rendant plus facile par le recours aux techniques modernes. Les initiatives des grands pays avancés visant à subventionner le transfert de technologies propres vers les pays émergents et en développement peuvent conforter l’engagement mondial de limiter la pollution par un dispositif de fixation des prix des émissions de carbone accepté à l’échelle internationale. Même s’il est peu probable qu’elles rendent inutile toute tarification du carbone, des incitations à innover bien conçues et la diffusion des technologies propres pourrait contribuer à réduire le coût des mesures d’atténuation.

Le changement climatique est un problème mondial complexe auquel il est impossible d’apporter des solutions simples. Le présent chapitre n’a pas pour ambition de proposer une solution. Il porte uniquement sur les dimensions macroéconomiques internationales du changement climatique. Cependant, sa conclusion présente un intérêt général pour le débat en cours sur l’action des pouvoirs publics face au changement climatique: il est possible de faire face à ce phénomène sans que l’économie en souffre outre mesure, à condition que les mesures choisies respectent un certain nombre de principes fondamentaux.

Appendice 4.1. Le modèle G-cubed, les hypothèses de référence et les autres modèles utilisés dans les études sur le changement climatique

Le principal auteur de cet appendice est Alasdair Scott.

Le présent appendice décrit les principales caractéristiques du modèle utilisé pour produire l’analyse du chapitre 4, le scénario de référence et les hypothèses qui le sous-tendent, les facteurs qui déterminent les écarts entre les coûts marginaux des mesures d’atténuation (CMMA) des différents pays, et les comparaisons effectuées avec certains autres modèles couramment utilisés dans les études sur l’atténuation des effets du changement climatique.

Le modèle G-cubed

Le modèle G-cubed (voir McKibbin and Wilcoxen, 1998) est un modèle d’équilibre général dynamique de l’économie mondiale. Le monde est divisé en plusieurs régions reliées entre elles par le commerce international et les mouvements de capitaux, chaque région étant elle-même subdivisée en de multiples secteurs de production. Les décisions concernant l’épargne, l’investissement et les prix des actifs sont modélisés en partant de l’hypothèse que les ménages et les entreprises à anticipations prospectives cherchent à maximiser, respectivement, l’utilité de la consommation et les profits, mais sont soumis à des contraintes de trésorerie, alors que les ménages et les entreprises à anticipations rétrospectives s’en remettent à de simples règles approximatives36. La production des différents secteurs est liée aux émissions de dioxyde de carbone sur la base de données relatives à l’intensité des émissions et à l’efficience énergétique de chaque secteur.

Pour les besoins de cette étude, le modèle G-cubed présente notamment les principales caractéristiques suivantes:

  • désagrégation du secteur réel en une structure intrants–extrants pour permettre la production et l’échange de biens et de services multiples à l’intérieur de chaque pays et entre pays, ce qui facilite l’examen de la manière dont les changements des prix énergétiques se transmettent à l’intérieur de chaque pays et entre pays;

  • comptabilisation «stock-flux» pour le stock de capital et les actifs financiers et application de contraintes de trésorerie et budgétaires;

  • intégration des marchés réels et financiers, notamment modélisation des flux de capitaux internationaux selon les balances commerciales;

  • modélisation des politiques budgétaires et monétaires.

La version 2007 du modèle G-cubed utilisée pour cette étude divise le monde entre les neuf économies suivantes37:

  • États-Unis

  • Japon

  • Europe occidentale (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède et Suisse)

  • Australie

  • Canada et Nouvelle-Zélande

  • Europe orientale et Russie (Albanie, Bulgarie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie et Russie)

  • Chine

  • autres pays émergents et en développement (Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Cambodge, Chili, Égypte, Inde, Malaisie, Maroc, Mexique, Myanmar, Népal, Pakistan, Philippines, RAS de Hong Kong, République démocratique populaire de Corée, République de Corée, RPD lao, Singapour, Sri Lanka, Thaïlande, Turquie et Vietnam)

  • pays de l’OPEP (Algérie, Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Indonésie, Iraq, Koweït, Libye, Niger, Oman, Qatar et République islamique d’Iran)

Les six économies regroupant l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande, l’Europe occidentale, l’Europe orientale et la Russie, le Japon et les États-Unis correspondent plus ou moins à la définition de l’annexe I du Protocole de Tokyo (Nations Unies, 1998).

Dans chaque région, la structure de production est la même et comporte les 12 secteurs de production suivants:

  • secteurs énergétiques: compagnies d’électricité, compagnies de gaz, raffinage du pétrole, extraction du charbon, extraction du pétrole brut et du gaz;

  • secteurs non énergétiques: industries extractives; agriculture, pêche et chasse; sylviculture et produits du bois; fabrication de biens durables; fabrication de biens non durables; transports; services.

La structure de chaque région est identique, mais la valeur des paramètres décrivant les parts relatives, les pondérations et les élasticités varie. Chaque région comprend plusieurs agents économiques: les ménages, les administrations publiques consolidées, le secteur financier et les secteurs de production indiqués ci-dessus. Chaque entreprise prend ses décisions en ce qui concerne l’investissement en capital et l’utilisation de la main-d’œuvre, de matériaux intermédiaires et d’énergie de manière à maximiser la valeur de l’entreprise, compte tenu des technologies existantes et des prix des intrants et des extrants. Par hypothèse, l’offre de main-d’œuvre répond à la demande des entreprises à court terme (à long terme, elle est déterminée par les niveaux de population) et les travailleurs sont parfaitement mobiles entre secteurs (ils reçoivent le même salaire réel). En revanche, il faut du temps pour déplacer et installer de l’équipement. Chaque ménage reçoit des entreprises une rémunération pour son travail et des dividendes ainsi que des transferts (nets) de l’État. Chaque ménage prend ses décisions concernant ses dépenses totales de consommation et la répartition de ses dépenses entre biens énergétiques et non énergétiques en tenant compte des contraintes budgétaires auxquelles il doit faire face pendant chaque période et des prix des biens par rapport à ses revenus et aux autres biens.

L’État administre la politique monétaire et la politique budgétaire. Pour chaque période, il a l’obligation d’équilibrer les recettes et les dépenses budgétaires. Chaque région suit la même règle en matière de finances publiques: étant donné les objectifs fixés pour les taux d’imposition, les transferts, les déficits et les dépenses salariales, les recettes supplémentaires (provenant notamment des taxes sur le carbone et de la vente de permis d’émissions) servent à financer la consommation et l’investissement de l’État. Dans la mesure où une hausse des prix du carbone réduit la demande privée, cette règle aura un léger effet sur la demande globale. Les principales conclusions de cette étude restent dans l’ensemble robustes lorsque l’on retient d’autres règles budgétaires38. Il existe des rigidités nominales pour les prix et les salaires. Les gouvernements peuvent se servir des taux d’intérêt nominaux pour atteindre les objectifs fixés pour l’inflation, la croissance de la masse monétaire, la croissance du PIB nominal ou les taux de change, ou pour une combinaison de ces paramètres.

L’un des aspects importants du modèle concerne la manière dont les secteurs et les économies sont reliés entre eux par le commerce de biens et de services, les transferts courants et les mouvements de capitaux. Tous les biens sont en principe échangeables, mais la mesure dans laquelle ils sont effectivement échangés dépend de la place relative qu’ils occupent dans les intrants des autres pays et de leurs prix relatifs, deux facteurs qui dépendent à leur tour des élasticités de substitution au stade de la production et de la consommation. Les prix relatifs, tels que les termes de l’échange et les taux de change réels, s’adaptent en fonction de la situation du marché mondial de biens et de services. En outre, le capital est réputé se déplacer librement à travers les frontières à la recherche du meilleur rendement. Les flux courants comprennent les transferts résultant de la négociation des permis d’émissions dans le système de limitation/ échange, ainsi que le rendement des investissements en actifs étrangers.

Hypothèses du scénario de référence

Le scénario de référence consiste en un ensemble de trajectoires pour diverses variables, telles que le PIB et les émissions, qui est généré par le modèle et ne prend en compte aucun choc, hormis ceux qu’impliquent les hypothèses concernant la croissance de la population et de la productivité, ni aucune intervention des pouvoirs publics, hormis celles qu’impliquent les règles budgétaires et monétaires. Les principales hypothèses sur lesquelles repose ce scénario sont celles qui ont trait à la croissance tendancielle sous-jacente (dans ce cas, la croissance de la population et de la productivité), à l’action des pouvoirs publics (taux d’imposition et niveaux de dépenses, par exemple), aux niveaux des émissions (amélioration éventuelle de l’efficience énergétique, par exemple) et à la structure des économies (telle qu’illustrée par les paramètres représentant les élasticités et les parts relatives)39.

Le tableau 4.2 résume les hypothèses de croissance utilisées dans le scénario de référence. Bien que toutes les régions se rapprochent progressivement d’une croissance tendancielle commune, on notera qu’il existe des écarts considérables à court terme (et entre les divers secteurs de chaque économie)40. Par exemple, d’après les projections démographiques de l’ONU (2006), le groupe des autres pays émergents et en développement connaîtra une croissance démographique substantielle au cours du prochain quart de siècle, alors que la population du Japon, de l’Europe orientale et de la Russie va diminuer. De même, si l’on s’attend à une croissance modeste de la productivité des secteurs non énergétiques dans le monde développé, les gains de productivité sont considérables dans les pays émergents et en développement. Toutes choses égales par ailleurs, les niveaux d’émissions reflètent les niveaux d’activité, ce qui implique que la part des émissions des pays en développement va s’accroître.

Tableau 4.2.Hypothèses de croissance selon le scénario de référence(Variation en pourcentage)
États-UnisJaponEurope occidentaleEurope orientale et RussieChineAutres pays émergents ou en développementOrganisation des pays exportateurs de pétrole
Population0,71−0,540,03−0,570,081,291,18
0,18−0,56−0,07−0,53−0,230,200,27
Productivité du secteur non énergétique1,550,520,621,556,782,610,72
1,561,491,501,571,581,711,26
Productivité du secteur énergétique0,100,060,140,290,940,310,03
0,100,090,110,160,200,210,03
Source: calculs des services du FMI.Note: La première ligne de chaque catégorie montre la variations annuelle moyenne en pourcentage pour la période 2003–30; la seconde indique le taux de croissance en pourcentage calculé pour 2100.
Source: calculs des services du FMI.Note: La première ligne de chaque catégorie montre la variations annuelle moyenne en pourcentage pour la période 2003–30; la seconde indique le taux de croissance en pourcentage calculé pour 2100.

Par hypothèse, la productivité des secteurs non énergétiques dépasse la capacité de rendre plus efficiente la production d’énergie, toutes sources confondues et quelle que soit la période, ce qui implique que l’énergie à base de carbone devient relativement plus chère au fil du temps. L’amélioration de la productivité du secteur énergétique, en particulier dans les pays membres de l’OPEP, se traduirait par une croissance économique plus forte et davantage d’émissions dans le scénario de référence.

Le modèle G-cubed ne rend pas explicitement compte des technologies faisant appel à des sources d’énergie renouvelables et à faible intensité carbonique. Mais il repose sur l’hypothèse d’une amélioration constante, quoique modeste, de 0,5 % par an de l’efficience énergétique des ménages et des entreprises (appelée parfois amélioration autonome de l’efficience énergétique). On peut considérer que cela représente un progrès des technologies propres, qui encourage une baisse de l’intensité des émissions (émissions par unité produite) au fil du temps. En outre, le remplacement de l’énergie à base de carbone par le capital comme facteur de production peut être considéré comme une forme de progrès au profit des technologies propres. Cela joue un rôle important dans les réactions à l’action des pouvoirs publics et tranche avec certains modèles qui incorporent les secteurs énergétiques et les technologies de façon plus détaillée, mais reposent implicitement sur l’hypothèse que l’énergie et le capital doive être utilisés en proportions fixes.

À court terme, les hypothèses concernant la politique monétaire ont un effet sur le scénario de référence à mesure que les trajectoires de croissance tendancielle des régions convergent. Par hypothèse, l’Europe occidentale, le Japon, les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont des taux de change parfaitement souples et les autres régions ont des taux de change administrés. La politique monétaire est résumée par une fonction de réaction monétaire de type Taylor augmentée; dans les régimes de change dirigés, une pondération relativement forte est donnée aux mouvements du taux de change nominal ainsi qu’aux écarts de production et à l’inflation. Les taux d’imposition, les transferts et les déficits (ce dernier exprimé en proportion du PIB) sont réputés constants.

Outre les hypothèses concernant la croissance et la politique économiques, les hypothèses qui ont trait à la structure des économies, en particulier à l’intensité et la souplesse avec lesquelles elles utilisent l’énergie, comme l’indiquent les paramètres de parts relatives et les indicateurs d’élasticité, jouent un rôle important dans la détermination des trajectoires du scénario de référence. Un sous-ensemble important de données décrit les émissions résultant de l’utilisation du charbon ou du pétrole brut dans chaque économie par unité produite, ce qui est illustré par les coefficients du tableau 4.3. Ces paramètres sont dérivés de données conformes au modèle de manière à correspondre aux niveaux d’activité observés avec les émissions de carbone mesurées. La Chine est le pays qui utilise le charbon de la façon la plus intensive, suivie des États-Unis, des autres pays émergents et en développement et des pays de l’OPEP. Ces derniers sont ceux qui utilisent le pétrole de la façon la plus intensive, par unité produite, suivis des États-Unis, de la Chine et des autres pays émergents et en développement.

Tableau 4.3.Coefficients d’émissions de carbone(Tonnes métriques d’émissions de carbone par unité de PIB réel, en dollars EU)
États-UnisJaponEurope occidentaleEurope orientale et RussieChineAutres pays émergents ou en développementOrganisation des pays exportateurs de pétrole
Charbon20,887,677,685,4876,0915,0813,62
Pétrole brut7,892,561,751,507,144,909,77
Sources: base de données du Global Trade Analysis Project; calculs des services du FMI.
Sources: base de données du Global Trade Analysis Project; calculs des services du FMI.

Les élasticités de substitution, c’est-à-dire la facilité avec laquelle les entreprises et les ménages peuvent modifier la composition des facteurs de production qu’ils utilisent et les biens qu’ils consomment, influent aussi sur le scénario de référence. Les entreprises sont capables, dans une certaine mesure, de modifier la proportion d’énergie qu’elles utilisent pour produire une unité donnée en remplaçant l’énergie par du capital, de la main-d’œuvre et des matériaux. Elles peuvent aussi panacher différemment les combustibles fossiles qu’elles emploient pour produire de l’énergie. Les élasticités de production ont aussi été estimées, lorsque cela était possible, et calibrées de manière à correspondre aux valeurs typiques (autour de 0,5 en moyenne) retenues par les autres études. L’élasticité des échanges est voisine de 0,9, sauf pour les biens énergétiques, qui sont plus remplaçables (2,0)41. Des élasticités élevées indiquent que les économies sont plus sensibles aux mouvements des prix relatifs; elles impliquent aussi que l’activité s’accroît plus vite dans le scénario de référence parce qu’elles permettent aux pays de s’affranchir plus vite de l’énergie.

Toutes ces hypothèses réunies produisent le scénario de référence résumé au tableau 4.4. Pour l’essentiel, la croissance économique de ce scénario est due aux régions hors annexe I. Alors qu’actuellement la plupart des émissions sont produites par des régions de l’annexe I, cette croissance, ainsi que les hypothèses concernant l’intensité des émissions, implique que la plupart des émissions des 30 prochaines années proviendront des régions hors annexe I.

Tableau 4.4.Résumé du scénario de référence
Taux de croissance du PIB (variation annuelle en pourcentage)2010202020302040
États-Unis2,602,642,512,40
Japon2,051,701,701,67
Europe orientale1,812,782,372,24
Europe occidentale1,892,392,262,19
Pays de l’annexe I2,182,462,322,23
Chine10,195,043,502,70
Autres pays émergents ou en développement4,545,394,333,82
Pays de l’OPEP2,313,973,393,14
Pays autres que ceux de l’annexe I5,195,204,103,58
Monde2,833,212,882,71
Niveaux d’émissions (GtCO2)20022010202020302040
États-Unis5,86,27,59,111,0
Japon1,21,41,61,82,1
Europe orientale3,13,03,54,15,4
Europe occidentale3,53,74,14,75,4
Pays de l’annexe I14,515,117,821,225,0
Chine3,33,88,212,316,6
Autres pays émergents ou en développement5,05,08,212,818,8
Pays de l’OPEP1,71,51,92,73,6
Pays autres que ceux de l’annexe I10,010,218,227,839,9
Monde24,425,336,148,964,0
Parts d’émissions (pourcentage)20022010202020302040
États-Unis23,524,320,718,617,2
Japon4,95,54,43,83,3
Europe orientale12,711,89,88,47,5
Europe occidentale14,214,511,49,78,4
Pays de l’annexe I59,359,749,443,339,1
Chine13,514,922,725,226,0
Autres pays émergents ou en développement20,419,622,626,129,3
Pays de l’OPEP6,85,85,35,55,6
Pays autres que ceux de l’annexe I40,740,350,656,760,9
Source: calculs des services du FMI.Note: OPEP = organisation des pays exportateurs de pétrole; GtCO2 = gigatonnes de dioxyde de carbone.
Source: calculs des services du FMI.Note: OPEP = organisation des pays exportateurs de pétrole; GtCO2 = gigatonnes de dioxyde de carbone.

Les niveaux des émissions dues aux combustibles fossiles sont plus élevés que la médiane des niveaux dont font état les études publiées après le Rapport spécial sur les scénarios d’émission (SRES) de 2001 du Groupe d’experts intergouvernemental de l’ONU sur l’évolution du climat (GIEC), mais ils se situent dans le 75e centile (graphique 4.15)42. Le scénario de référence utilisé dans cette étude donne des taux de croissance légèrement plus forts que dans la plupart des autres études, mais le niveau plus élevé des émissions dans un horizon plus lointain tient principalement au fait que les émissions seront plus intensives, car aucune hypothèse n’est faite explicitement quant à l’adoption de technologies totalement propres43.

Graphique 4.15.Émissions mondiales provenant de l’utilisation de l’énergie, 2030

(Gigatonnes de dioxyde de carbone)

Sources: GIEC (2007); estimations des services du FMI.

1 SRES = Special Report on Emissions Scenarios (GIEC).

Facteurs déterminant le coût marginal des mesures d’atténuation

Dans les simulations, l’un des principaux facteurs influant sur la répartition de la charge de l’ajustement aux mesures prises par les pouvoirs publics est le coût marginal des mesures d’atténuation (CMMA), qui permet d’effectuer des comparaisons entre les économies en ce qui concerne la facilité avec laquelle elles peuvent modifier l’intensité d’utilisation des combustibles fossiles. Les CMMA sont fortement influencés par les élasticités de substitution. Dans le scénario de référence, pour un secteur donné, ces valeurs sont les mêmes dans toutes les régions44. Les CMMA sont aussi fortement influencés par la part des combustibles fossiles dans l’énergie utilisée par les entreprises et les ménages. Les économies à forte intensité énergétique disposent d’une plus grande marge de manœuvre pour remplacer cette énergie par d’autres facteurs (ce qui revient implicitement à recourir à des technologies propres). Les économies qui utilisent davantage de charbon que de pétrole seront plus sensibles à une augmentation des prix du carbone, le charbon ayant une plus forte teneur en carbone. Ces paramètres sont déterminés par les données. Ils influencent beaucoup l’intensité des émissions, mesurée par le total des émissions divisé par le PIB (tableau 4.5).

Tableau 4.5.Valeurs de l’intensité des émissions dans le scénario de référence

(Émissions de CO2 provenant de combustibles fossiles, en pourcentage du PIB réel)

20022010202020302040
États-Unis0,550,510,470,450,43
Japon0,300,280,280,270,26
Europe orientale0,850,770,690,630,58
Europe occidentale0,370,350,310,290,26
Pays de l’annexe I0,510,470,430,400,38
Chine3,112,482,692,722,72
Autres pays émergents ou en développement0,870,750,710,700,69
Pays de l’OPEP1,821,501,361,341,31
Pays autres que ceux de l’annexe I1,291,121,141,121,08
Monde0,670,610,630,630,63
Source: calculs des services du FMI.Note: OPEP = Organisation des pays exportateurs de pétrole.
Source: calculs des services du FMI.Note: OPEP = Organisation des pays exportateurs de pétrole.

Si l’intensité des émissions diminue sur la période considérée dans le scénario de référence, grâce à l’amélioration progressive de l’efficience, les régions hors annexe I ont invariablement une intensité énergétique beaucoup plus élevée que celles de l’annexe I. Toutes choses égales par ailleurs, cela implique que les investissements dans des mesures d’atténuation seront le plus rentables dans les régions hors annexe I.

Les effets nets des élasticités de substitution et des parts relatives sur le coût marginal des mesures d’atténuation sont illustrés au tableau 4.6, qui indique le pourcentage de réduction des émissions et les pertes de consommation par rapport au scénario de référence après une augmentation uniforme de 10 dollars la tonne du prix du carbone.

Tableau 4.6.Réductions d’émissions et pertes de consommation à la suite d’un choc normalisé sur le prix du carbone(Écart par rapport à la trajectoire de référence, en pourcentage)
États-UnisJaponEurope occidentaleEurope orientale et RussieChineAutres pays émergents ou en développementOrganisation des pays exportateurs de pétrole
Réductions des émissions8,002,102,302,4015,003,009,00
Rang7,001,002,003,009,004,008,00
Pertes de consommation0,220,120,190,330,500,252,00
Rang3,001,002,005,008,004,009,00
Source: calculs des services du FMI.Note: Les réductions d’émissions et pertes de consommation sont calculées pour 2040 en supposant une hausse permanente non anticipée de 10 dollars par tonne de carbone à partir de 2013 pour chaque région, le prix du carbone restant inchangé dans toutes les autres régions.
Source: calculs des services du FMI.Note: Les réductions d’émissions et pertes de consommation sont calculées pour 2040 en supposant une hausse permanente non anticipée de 10 dollars par tonne de carbone à partir de 2013 pour chaque région, le prix du carbone restant inchangé dans toutes les autres régions.

Ce tableau montre que, de toutes les économies, c’est le Japon qui réduit le moins ses émissions après une augmentation du même montant du prix du carbone. C’est au Japon que le CMMA est le plus élevé, ce qui signifie que ce pays réduira moins ses émissions que les autres régions après l’application d’un prix commun du carbone, ou qu’il trouvera avantage à acheter des droits d’émission dans le cadre du système de limitation/échange. En revanche, la Chine peut réduire ses émissions à peu près sept fois plus que le Japon pour le même coût45.

Pour l’ensemble de l’économie mondiale, le modèle G-cubed produit des CMMA identiques ou plus faibles que les autres modèles. La principale raison en est que ce modèle prend explicitement en compte les mouvements de capitaux, qui facilitent la tâche des économies cherchant à se doter de nouveaux équipements et à se détourner des énergies à base de carbone pour leurs activités de production46.

Comparaisons avec d’autres modèles

La diversité des questions soulevées par l’économie du changement climatique trouve son reflet dans la grande diversité des modèles, chacun privilégiant un aspect différent du problème. En général, ces modèles cherchent à placer l’analyse du changement climatique dans un cadre macroéconomique. Mais ils diffèrent énormément du point de vue du degré de complexité de la modélisation de la macroéconomie, du climat et des technologies.

Pour illustrer toutes ces différences, le tableau 4.7 récapitule les caractéristiques de quelques-uns des principaux modèles utilisés dans les études sur les effets du changement climatique47:

Tableau 4.7.Comparaison des modèles de politique sur le climat
G3PAGEDICEEPPA/IGSMMERGEMiniCAM
Désagrégation9 régions8 régions1 région (monde)16 régions9 régions14 régions
5 secteurs énergétiquesSecteurs énergétiques non modélisés2 secteurs énergétiques8 secteurs énergétiques9 secteurs énergétiques9 secteurs énergétiques
AttenteProspectivesRécursivesProspectivesRécursivesProspectivesRécursives
Dynamique et fréquenceFréquence annuelle, friction intertemporelleÉtapes de 1 à 50 ansÉtapes de 10 ansÉtapes de 5 ans; générations de capitalÉtapes de 10 ans; technologie «putty-clay»Étapes de 15 ans; générations de capital
Facteurs de productionCapital, main-d’œuvre, énergie, matériauxNon modélisésCapital, main-d’œuvreCapital, main-d’œuvre, énergie, matériauxCapital, main-d’œuvre, énergieÉnergie, terre
Liens d’équilibreContraintes absolues des stocks et fluxContraintes limitées des stocks et fluxContraintes absolues des stocks et fluxContraintes absolues des stocks et fluxContraintes absolues des stocks et fluxContraintes limitées des stocks et flux
Liens internationauxÉchange de biens et services différenciés, plus flux de capitauxNon modélisésNon modélisésÉchange de tous biens, différenciés par régionÉchange de tous biens, différenciés par régionÉchange de biens énergétiques et agricoles
Émissions et climatUn seul gaz (CO2); pas de rétroaction climatiqueGaz multiples; pas de rétroaction climatiqueUn seul gaz (eCO2)1; rétroaction du cycle du carboneGaz multiples; rétroaction du climat atmosphérique et océaniqueGaz multiples; rétroaction du climat océaniqueGaz multiples; rétroaction des modèles terrestres et climatiques
Progrès technologiques et efficacité énergétiqueTous deux exogènesTous deux exogènesRétroaction du climat sur la productivité; AAEE1 exogène2ExogènesExogènesExogènes
Note: Dans les modèles à générations de capital, le stock effectif de capital dépend non seulement de l’investissement cumulé total dans le temps (net de dépréciation), mais également du moment de l’investissement. La production dépendra donc du profil d’âge du stock de capital. Les technologies «putty-clay» sont un concept étroitement apparenté en vertu duquel l’investissement («putty») est fongible, mais cesse de l’être («clay») lorsqu’il se transforme en capital.

Équivalent CO2.

Amélioration autonome de l’efficacité énergétique.

Note: Dans les modèles à générations de capital, le stock effectif de capital dépend non seulement de l’investissement cumulé total dans le temps (net de dépréciation), mais également du moment de l’investissement. La production dépendra donc du profil d’âge du stock de capital. Les technologies «putty-clay» sont un concept étroitement apparenté en vertu duquel l’investissement («putty») est fongible, mais cesse de l’être («clay») lorsqu’il se transforme en capital.

Équivalent CO2.

Amélioration autonome de l’efficacité énergétique.

Tous ces modèles peuvent prétendre détenir un certain avantage comparatif, qui tient en général au fait qu’ils se concentrent plus en détail sur un secteur ou un mécanisme particulier. Parmi les principales différences qui les distinguent, on notera:

  • la question du comportement des agents, qui peuvent viser l’optimisation et/ou se fonder sur des anticipations prospectives (ce qui peut influer sur l’efficacité des hausses du prix du carbone);

  • le fait que les prix relatifs sont ou non articulés (ce qui est important pour modéliser la redistribution des dépenses, la substitution des facteurs, les soldes extérieurs et les échanges commerciaux);

  • la présence ou l’absence de réactions endogènes aux politiques monétaires et budgétaires (en particulier, la façon dont les recettes tirées de la tarification du carbone sont recyclées peut avoir une très grande importance);

  • la question de la cohérence stock-flux (qui est importante pour garantir que l’action des pouvoirs publics n’ouvre pas la porte aux «resquilleurs»);

  • la présence ou l’absence d’un mécanisme endogène de rétro-information fondé sur un modèle du cycle du carbone (important pour modéliser les conséquences à moyen et à long terme des mesures prises).

Par exemple, le modèle PAGE a une structure relativement simple et est conçu davantage comme un «méta-modèle» afin d’incorporer rapidement les hypothèses d’autres études sur le changement climatique et de permettre des simulations rapides et aisées, ce qui facilite l’analyse de l’incertitude. Mais il est dépourvu de certaines caractéristiques qui sont importantes pour cette étude, telles que les anticipations prospectives, la modélisation de la politique budgétaire et les liens entre commerce et mouvements de capitaux. Le modèle DICE est conçu pour mettre en évidence la réaction possible des agents aux effets de productivité endogènes découlant d’informations sur le changement climatique et à certaines mesures d’atténuation; il simplifie l’analyse en considérant le monde de façon globale à l’aide d’un modèle de croissance Ramsey, d’où l’absence de détails au niveau régional et sectoriel. Le modèle EPPA/IGSM est un modèle d’évaluation étendu et intégré qui conjugue un modèle d’équilibre général calculable dynamique pour de nombreuses régions et secteurs avec un modèle élaboré du changement climatique, mais il y perd en résolvabilité. Et de toute façon, il omet certains éléments, tels que les anticipations prospectives et les flux de capitaux internationaux48. Le modèle MiniCAM est aussi un modèle d’évaluation intégré, qui offre une modélisation détaillée du secteur énergétique, des systèmes agricoles et de l’utilisation des sols, mais il n’est pas conçu pour l’analyse de l’équilibre général; en particulier, il ne considère que le commerce de produits énergétiques et agricoles. Le modèle G-cubed, en revanche, prend en compte les émissions mais pas les conséquences pour les concentrations de GES et le changement climatique, et il ne convient pas à une analyse complète des coûts et avantages des mesures d’atténuation. Mais il permet une prise en compte très détaillée des prix relatifs et des liens entre les actions des pouvoirs publics pour différents secteurs et régions, ce qui est précisément l’objet de cette étude.

L’un des éléments fondamentaux qui distinguent les modèles servant à évaluer les mesures de réduction des émissions concerne les hypothèses qui sont faites en matière de technologie. Certains modèles, dont PAGE par exemple, ne font aucune hypothèse explicite dans ce domaine. On peut répartir ceux qui en font en deux grands groupes. Dans le premier, les entreprises ont la faculté de choisir entre diverses technologies spécifiques (énergie nucléaire, à base de charbon, et ainsi de suite), chacune nécessitant des intrants utilisés en proportions fixes (comme, par exemple dans le modèle MERGE). Dans le second groupe, des fonctions de production continues sont utilisées et parfois nichées (voir, par exemple, EPPA/IGSM et le modèle G-cubed). Les modèles à proportions fixes impliquent que les entreprises doivent franchir des seuils de coûts/avantages avant d’adopter une nouvelle technologie, alors que les modèles à fonctions de production continues permettent un ajustement ininterrompu. Dans cette étude, les possibilités de substitution sont très importantes pour déterminer le coût de la réduction des émissions. Une question importante à régler est celle de savoir si les non-linéarités qu’impliquent les technologies à proportions fixes influeront de façon importante au niveau global sur la réaction aux mesures de réduction des émissions49.

Il importe donc de ne pas oublier que les modèles accordent une place plus ou moins grande aux hypothèses concernant les comportements économiques, et qu’ils reposent sur des hypothèses différentes, mais parfaitement raisonnables, au sujet de la croissance de la population et de la productivité, de l’intensité des émissions et des technologies propres ainsi que des politiques menées en dehors de la problématique du changement climatique. Par conséquent, ils peuvent produire des scénarios très différents en ce qui concerne les émissions et le coût de leur réduction. Il est donc préférable de se concentrer davantage sur les mécanismes qualitatifs à l’œuvre plutôt que d’essayer de formuler des prédictions quantitatives.

Bibliographie

Note: Ce chapitre a été préparé par Natalia Tamirisa (chef d’équipe), Florence Jaumotte, Ben Jones, Paul Mills, Rodney Ramcharan, Alasdair Scott et Jon Strand, sous la direction de Charles Collyns. Nikola Spatafora, Eduardo Borensztein, Douglas Laxton, Marcos Chamon et Paolo Mauro ont aussi apporté une contribution importante à l’analyse. Warwick McKibbin, Ian Parry et Kang Yong Tan ont participé au projet en qualité de consultants et Angela Espiritu, Elaine Hensle et Emory Oakes en qualité d’assistants de recherche. Joseph Aldy (Resources for the Future), Fatih Birol (Agence internationale de l’énergie), Kirk Hamilton (Banque mondiale), Helen Mountford et Jan Corfee-Morlot (tous deux de l’Organisation de coopération et de développement économiques, OCDE), Georgios Kostakos et Luis Jimenez-Mcinnis (tous deux du Bureau exécutif du Secrétaire Général, au Secrétariat des Nations Unies), Robert Pindyck (Massachusetts Institute of Technology) et Lord Nicholas Stern (London School of Economics) et sont équipe ont fait part de leurs observations sur une version antérieure.

Il faut aussi que la production de biocarburants ne nuise pas à l’environnement. On trouvera de plus amples détails sur les biocarburants dans l’édition d’octobre 2007 des Perspectives de l’économie mondiale.

Cette étude prolonge l’examen des questions relatives au changement climatique qui figure dans l’édition d’octobre 2007 des Perspectives de l’économie mondiale. Pour une analyse des conséquences budgétaires du changement climatique, voir IMF (2008).

Par «mesures d’atténuation», on entend ici la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). On utilise aussi dans le même sens «dépollution» et «mesures de réduction des émissions». Le terme «adaptation» renvoie à l’ajustement aux effets du changement climatique.

Les engagements pris dans le cadre du principal accord international sur la réduction des émissions de GES, dit «protocole de Kyoto», doivent expirer en 2012. Lors d’une conférence récente tenue à Bali (Indonésie), les signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (dont la plupart sont membres du FMI) ont adopté l’ordre du jour d’une négociation étalée sur deux ans, qui devra aboutir à la signature d’un nouvel accord en 2009 au plus tard.

L’intensité énergétique est l’énergie utilisée par unité produite; elle est exprimée par le rapport entre l’énergie totale utilisée et le PIB.

Stern (2008) note que les derniers scénarios sont peut-être trop optimistes quant à la probabilité de stabilisation des concentrations de GES à ces niveaux, car ils ne tiennent pas compte de retombées importantes du cycle du carbone, telles que l’émission de méthane par le pergélisol, l’effondrement de l’Amazone et la réduction de la capacité d’absorption des océans.

Voir GIEC (2007) pour un examen détaillé des études portant sur les dommages.

De plus, les études ne sont pas comparables à cause des différences de méthodologie. Mendelsohn ne traite que les effets touchant les marchés; Tol prend en compte les deux types d’effets; Nordhaus et Boyer ainsi que le Rapport Stern tiennent compte des deux types d’effets et du risque de catastrophe. Ces études diffèrent aussi par les hypothèses qu’elles retiennent en ce qui concerne l’ampleur de l’adaptation au changement climatique (adaptation de grande ampleur pour Mendelsohn et de faible ampleur pour Tol) et l’économie sous-jacente (future ou courante). Les estimations de Mendelsohn s’appuient essentiellement sur des données des États-Unis extrapolées aux autres pays.

Cela a des implications pour la mesure des dommages économiques. Par exemple, les effets des changements climatiques sur la productivité agricole et sylvicole dépendent, dans une large mesure, de l’ampleur des effets fertilisants du CO2 (processus par lequel l’augmentation de la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère pourrait accroître les rendements agricoles), qu’on ne connaît pas avec certitude. Les effets fertilisants du CO2 ont été récemment révisés à la baisse, ce qui a entraîné une révision à la hausse des pertes de potentiel agricole à l’échelle mondiale (Cline, 2007).

Par exemple, si l’évolution du climat fait diminuer la production aujourd’hui et à l’avenir, l’investissement pourrait baisser, car il y aura moins de ressources à investir et le taux de rendement du capital sera plus faible. À l’aide de simulations, Frankhauser et Tol (2005) montrent que l’effet sur l’accumulation de capital est important, surtout si le changement technologique est endogène, et pourrait être plus marqué que l’effet direct du changement climatique.

Dans l’hypothèse haute du Rapport Stern (scénario qui tient compte du risque de catastrophe, des effets sur les marchés et des effets extérieurs aux marchés), les pertes moyennes sont de moins de 1 % de la production mondiale en 2050, de 2,9 % en 2100 et de 13,8 % en 2200.

Si l’on porte le taux pur de préférence temporelle de 0,1 à 1,5 (taux qui reste modeste), la fourchette du coût des dommages prévisibles passe de 5−20 % à 1,4-6 % de la consommation mondiale (voir l’édition d’octobre 2007 des Perspectives de l’économie mondiale).

Hope utilise le modèle PAGE 2002, mais retient plutôt le coût social du carbone (CSC), c’est-à-dire la valeur actuelle des dommages causés par une tonne supplémentaire d’émissions de CO2, comme indicateur des dommages. À l’instar des indicateurs fondés sur le PIB, le CSC fluctue largement. Dans une étude récente, Tol (2005) fait état d’un CSC moyen de 43 dollars par tonne de CO2, avec un écart-type de 83 dollars. En se fondant sur des hypothèses classiques pour l’actualisation et l’agrégation, il conclut que le CSC a peu de chances de dépasser 50 dollars. D’autres études citent cependant des valeurs plus élevées (Clarkson et Deyes (2002) donnent aussi une valeur centrale de 105 dollars et Downing et al. (2005) citent une valeur de référence plus faible, de 50 dollars). Voir aussi GIEC (2007).

Pour réduire le réchauffement planétaire, on pourrait être plus ambitieux et recourir à la «géo-ingénierie», qui consiste à se servir de nouvelles technologies pour stabiliser le système climatique en intervenant directement sur l’équilibre énergétique de la Terre. Mais ces technologies en sont encore à leurs premiers balbutiements et, même si elles s’annoncent prometteuses, elles laissent entrevoir aussi des risques considérables pour l’environnement. Voir Barrett (2006) pour un examen de la géo-ingénierie.

La Banque mondiale (2006) donne une fourchette de 3 à 54 milliards de dollars par an pour le coût des investissements de développement visant à protéger les pays des effets du changement climatique, et le Programme des Nations Unies pour le développement (2007) estime ce coût à 44 milliards par an en 2015. Deux autres milliards seraient nécessaires pour faire face aux catastrophes naturelles et 40 milliards par an pour renforcer les systèmes de protection sociale. Par comparaison, le gouvernement japonais chiffre le coût total de la protection des côtes contre une hausse d’un mètre du niveau de la mer à 93 milliards de dollars (Gouvernement du Japon, 2002). Le Royaume-Uni fait aussi état de coûts estimatifs élevés pour la prévention des inondations, qu’il chiffre à environ 1 milliard de dollars par an, auxquels s’ajoutent 8 milliards de dollars pour renforcer la barrière de la Tamise (UK Climate Impacts Programme, 2007).

Par exemple, Easterling et al., (2007) concluent qu’un réchauffement régional de 3 °C aurait des effets sur les rendements agricoles auxquels les pays émergents ne seraient pas capables de s’adapter.

Les très bons résultats affichés récemment par les compagnies de distribution d’eau sembleraient indiquer que ces facteurs sont déjà pris en compte dans le prix des actions (Geman and Kanyinda, 2007).

Un swap météorologique consiste en un transfert de paiements entre parties selon les termes d’un contrat et en fonction de l’évolution d’un indice lié aux conditions météorologiques. La partie qui a la position longue effectue le paiement si l’indice est supérieur au prix d’exercice et reçoit le paiement dans le cas contraire.

Les normes de rendement énergétique consistent par exemple en une limitation des émissions par kilowatt/ heure d’électricité et des normes d’économie de carburant pour les véhicules.

Taxer la teneur en carbone des émissions revient à taxer le dioxyde de carbone, qui constitue la plus grande partie des émissions. Les émissions d’autres GES (méthane, protoxyde d’azote et gaz fluorés) sont souvent mesurées en équivalents dioxyde de carbone.

Voir Aldy and Stavins (2007) pour un examen des diverses mesures d’atténuation proposées, en particulier, les formules hybrides proposées par Kopp, Morgenstern and Pizer (1997) et McKibbin and Wilcoxen (1997, 2002b, 2002c).

Voir aussi l’édition d’octobre 2007 des Perspectives de l’économie mondiale.

Pour être précis, les incitations du modèle G-cubed sont en partie prospectives dans la mesure où certains ménages et certaines entreprises sont réputés être myopes et avoir des anticipations récursives. Pour de plus amples détails, voir l’appendice 4.1.

La formule hybride considérée ici est celle qui a été proposée par McKibbin et Wilcoxen (1997, 2002c), avec une allocation initiale de permis à long terme, puis l’émission annuelle de permis visant à ce que le prix du carbone soit équivalent au taux de la taxe.

Le profil des émissions mondiales présente pour l’essentiel les caractéristiques des profils de la «catégorie III» du Quatrième rapport d’évaluation du Groupe de travail III du GIEC (2007): pic entre 2010 et 2030, puis stabilisation des concentrations d’équivalent CO2 entre 535 et 590 parties par million (ppm) par volume en 2100. Ce scénario correspond à un réchauffement compris entre 2,8 °C et 3,2 °C d’ici à 2100.

D’après les projections, le prix de la tonne de carbone devrait atteindre 168 dollars à l’horizon 2100. Ces estimations sont plus faibles, pour des expériences comparables, que celles de Nordhaus (2007a) et du Climate Change Science Program (CCSP) des États-Unis, qui donnent un prix compris entre 300 et 6.000 dollars en 2100. La différence tient essentiellement aux hypothèses de libre circulation des capitaux, retenue par le modèle G-cubed, et d’une plus grande souplesse de la structure technologique, deux facteurs qui facilitent l’adaptation efficace des entreprises et des particuliers à la hausse des prix du carbone. En outre, le modèle G-cubed ne porte que sur les émissions de CO2 provenant des combustibles fossiles, ce qui implique que, pour parvenir à une réduction donnée des émissions, il n’est pas nécessaire d’augmenter autant le prix du carbone que dans les modèles portant sur plusieurs gaz, dans lesquels la réduction des émissions est exprimée en équivalents CO2. Les comparaisons avec les résultats du CCSP (2007) sont compliquées par le fait que les études couvertes par cet exercice ne portaient que sur le forçage radiatif du climat et non sur les concentrations d’équivalents CO2.

La formule hybride n’est pas équivalente à la taxe sur le carbone lorsque l’incertitude entoure le coût des mesures d’atténuation. Si la croissance est moins forte que prévu, le prix du carbone diminuerait dans le cas de la formule hybride et resterait constant dans le cas de la taxe. Les formules hybrides diffèrent aussi de la taxe sur le carbone à d’autres égards, par exemple en ce qui concerne la réalisation des objectifs de réduction des émissions et la prise en compte dans les prix du carbone des informations nouvelles sur les dommages causés par le changement climatique. Pour un examen plus détaillé des mesures hybrides, voir McKibbin and Wilcoxen (1997, 2002a) et Aldy and Stavins (2007).

La production est mesurée par le PNB, indicateur qui permet une meilleure comparaison des effets des différentes mesures d’atténuation sur chaque région, car, contrairement au PIB, il tient compte des paiements de transferts.

Grâce à l’importance de leur stock de capital et à des coûts d’ajustement plus faibles par unité de capital, les États-Unis ont moins de problèmes de «goulets d’étranglement» avec les entrées de capitaux.

Dans cette étude, les mesures d’atténuation réduisent le PIB mondial de 3,8 % d’ici à 2050 par rapport à un scénario où aucune action ne serait entreprise. La fourchette d’estimations dont fait état le GIEC (2007) va de 0 à 4 %.

Le système de taxe sur le carbone considéré ici ne nécessite pas de transferts internationaux: par hypothèse, les gouvernements s’entendent sur un taux commun. En pratique, toutefois, la mise en place d’un système de cette nature pourrait nécessiter des paiements annexes, ce qui modifierait les résultats macroéconomiques. Des ajustements de la taxe aux frontières pourraient aussi être utilisés comme moyen d’amener les autres pays à participer à ce système, au risque, il est vrai, de susciter une réaction protectionniste.

Les permis d’émissions sont alloués aux gouvernements, qui les rétrocèdent ensuite au secteur privé. Les entreprises sont libres de négocier leur permis sur le marché international. Les gouvernements consacrent les recettes tirées de la mise aux enchères des permis à la consommation et à l’investissement, ce qui laisse les déficits inchangés.

L’annexe I du Protocole de Kyoto énumère les objectifs d’émissions assignés à chaque pays sur la période 2008−12. L’inscription d’un pays sur cette liste ne signifie pas nécessairement que ce pays a accepté l’objectif indiqué ou que celui-ci a été atteint.

En période d’incertitude, la formule hybride présente plusieurs avantages, dont celui de résoudre le problème de la cohérence temporelle qui se pose avec le système de limitation/échange et la taxe sur le carbone.

Conforme aux scénarios de la catégorie IV du GIEC (2007) et correspondant à 590–710 ppm en termes de CO2e.

Trente pour cent des ménages ont des anticipations prospectives et 70 % suivent des règles approximatives. Les anticipations jouent un rôle déterminant en influant sur l’efficacité des prix du carbone à réduire les émissions, car les ménages à anticipations prospectives tiendront compte de toutes les augmentations futures du prix du carbone dans leurs décisions. Par conséquent, pour le même profil de prix du carbone, une proportion plus élevée de ménages à anticipations prospectives impliquerait une réduction plus rapide des émissions.

La liste des pays considérés est déterminée par la disponibilité des données. C’est la raison pour laquelle la définition du terme «monde» peut différer de celle qui est utilisée dans d’autres études. Il y a sans doute lieu d’en tenir compte lors de la comparaison des différents scénarios.

Par exemple, l’utilisation la plus efficace des recettes issues de la taxation du carbone consisterait à réduire les taxes sur le capital, qui cause des distorsions. Les taxes sur le carbone étant régressives, on pourrait, pour des raisons d’équité, prôner la réduction des taux d’imposition sur le revenu en faveur des petits revenus. Les recettes tirées de la taxation du carbone pourraient aussi être utilisées pour financer la recherche sur les technologies propres ou pour rembourser la dette.

Les hypothèses retenues pour ces paramètres influent sur le scénario de référence, notamment les valeurs de l’élasticité intertemporelle de la substitution à la consommation et du taux d’actualisation utilisé par les ménages. Une hausse du taux d’actualisation ferait augmenter le taux d’intérêt du marché dont se servent les ménages pour évaluer le revenu permanent, mais une telle évolution ne modifierait pas les comparaisons cardinales des politiques de dépollution. Voir, par exemple, le Rapport Stern (Stern, 2007) et les commentaires y afférents, tels que Nordhaus (2007a).

Certains analystes font valoir que les modèles climatiques reposant sur une mesure du PIB fondée sur les taux de change du marché et non sur les taux à parité de pouvoir d’achat (PPA) sous-estiment la taille des pays émergents et en développement et que, par conséquent, en retenant l’hypothèse de la convergence, ces modèles surestiment la croissance du PIB et des émissions (voir, par exemple, Castles and Henderson, 2003). C’est là un point qui fait l’objet d’un débat intense. Selon le GIEC (2007), le biais qui en résulte est faible par rapport aux autres sources d’incertitude. L’adoption d’indicateurs fondés sur la PPA dans les études sur les effets du changement climatique se heurte à une limite pratique: pour modéliser les secteurs énergétiques et les intrants énergétiques des autres secteurs, il faudrait disposer de comptes de production reflétant la PPA, mais ces comptes n’existent pas. De plus, même s’ils existaient, les comparaisons intertemporelles poseraient des problèmes car ces comptes imposeraient l’utilisation de pondérations ou prix relatifs constants pour des biens différents. C’est la raison pour laquelle Nordhaus fait valoir qu’il est nécessaire de disposer pour chaque pays de comptes PPA «superlatifs» combinant taux de change PPA et prix effectifs du marché pour toute la période considérée. Dans cette étude, les taux de croissance relatifs sont calibrés à l’aide de comparaisons des revenus nationaux fondées sur la PPA, mais les projections concernant les variables de dépenses, de revenus, de production et de balance des paiements ont été effectuées sur la base des taux de change du marché.

Les valeurs de ces élasticités sont standard. Mais les fonctions de production dites à élasticité constante ainsi que les choix de consommation considérés ici sont exposés à la critique que, en réalité, les entreprises et les ménages ne sont pas toujours à même de remplacer l’énergie à base de carbone (même si elle atteint un prix très élevé). Par exemple, en réduisant d’une simple unité supplémentaire l’utilisation de combustibles fossiles on pourrait en fait arriver à une situation où il serait nécessaire de mettre en place des technologies complètement nouvelles (faisant appel par exemple aux énergies renouvelables, à l’énergie hydroélectrique ou nucléaire). Cela signifie qu’il existe des non-linéarités qui ne sont pas prises en compte dans cette analyse.

Par exemple, la trajectoire d’émissions du scénario de référence jusqu’en 2050 est très similaire à celle du modèle IGSM du Massachusetts Institute of Technology Joint Program utilisé dans le CCSP des États-Unis (2007). La structure de ce modèle est à peu près la même que celle du modèle G-cubed et des hypothèses similaires sont faites quant à la croissance de la population et de la productivité. Mais la croissance des émissions dont fait état le scénario de référence de la présente étude se poursuit avec vigueur au-delà de 2050, alors que, dans l’autre modèle, elle chute considérablement même en l’absence de toute intervention des pouvoirs publics.

Cela est dû au fait que l’on manque de données pour un grand nombre de ces régions et c’est l’une des principales raisons de l’incertitude entourant les paramètres utilisés dans les études sur les coûts des mesures d’atténuation.

Dans le cas de figure où une taxe uniforme sur le carbone est imposée à tous les pays, ce ratio augmente pour atteindre près de 9 pour 1, ce qui illustre l’importance de la réduction de la demande d’exportations.

Le modèle est résolu avec les méthodes de linéarisation appliquées couramment aux modèles macroéconomiques dynamiques. La linéarisation implique que les réactions des variables endogènes sont proportionnelles au choc: par exemple, un doublement de la hausse de la taxe sur le carbone produit une réduction deux fois plus importante des émissions. En pratique, il se peut qu’il y ait des non-linéarités importantes lors du passage aux nouvelles technologies.

Les trois derniers sont utilisés dans le CCSP des ÉtatsUnis (2007).

Aucun des modèles décrits ici ne prend explicitement en compte les flux de capitaux internationaux. Cependant, la libre circulation des capitaux est implicite dans le modèle DICE puisqu’il considère l’économie mondiale comme un seul secteur.

Pour de plus amples commentaires et comparaisons, voir Weyant (2004), y compris les études citées en références.

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