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V RÔLE DES INSTITUTIONS FINANCIÈRES INTERNATIONALES EN MATIÈRE DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS EN AFRIQUE

Editor(s):
Michel Dessart, and Roland Ubogu
Published Date:
October 2001
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Ole Blicher Olsen

Ambassadeur du Danemark au Ghana

J’ai jeté un coup d’œil sur le programme de l’IMA pour la période 1999–2000, et l’ai trouvé très intéressant, avec ses 12 cours et 2 séminaires de haut niveau. Ces activités de formation devraient contribuer à éclairer davantage les décideurs sur l’importance du renforcement des institutions, de l’allègement de la pauvreté et de la promotion de la bonne gouvernance. Par ailleurs, elles devraient renforcer leurs capacités de conception et de formulation des politiques en matière d’égalité des sexes, de protection de l’environnement et de libéralisation des systèmes d’échanges et de changes, afin de permettre à l’Afrique de mieux tirer parti de la mondialisation croissante de l’économie.

L’évolution du rôle de l’Etat et les besoins de capacités nouvelles appellent, à leur tour, une évolution du rôle des institutions financières internationales (IFI). Comment les IFI pourraient-elles assumer ce nouveau rôle?

Depuis janvier 1999, la Banque mondiale a élaboré le Cadre de développement intégré (CDI) qui a été adopté par le Gouvernement du Ghana. Ausein du FMI, la Facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR) a fait l’objet de modifications d’ordre structurel quant à son foyer et à ses objectifs. En conséquence, elle a été rebaptisée Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC), compte tenu de l’accent qui est mis dorénavant sur la réduction de la pauvreté. Cette facilité, tout comme le programme de la Banque mondiale, appelle une approche participative et l’habilitation des pauvres. Pour sa part, la Banque africaine de développement, en collaboration avec ses partenaires multilatéraux et bilatéraux, continuera d’apporter le soutien nécessaire à la valorisation des ressources humaines, ainsi qu’au renforcement et au développement des principales institutions économiques, à travers les mécanismes de prêt classiques et les dons au titre de l’assistance technique. Cependant, il est nécessaire d’apporter une assistance mieux adaptée à l’amélioration des connaissances et des compétences des responsables gouvernementaux qui ont en charge la gestion des principales fonctions économiques.

La question du renforcement des capacités se résume, à mon avis, en une phrase fort simple: Comment l’Afrique peut-elle rivaliser et survivre dans ce village planétaire? Dans une allocution prononcée à l’occasion d’une récente conférence, le Vice-président du Ghana a fait une déclaration très pertinente pour le thème de ce séminaire. Je le cite: “Il est généralement admis que le développement économique et la pratique de la démocratie doivent aller de pair, sans décalage. Il faut les mener de front. La communauté internationale doit consentir à accorder un peu plus d’aide à l’Afrique, du moins jusqu’à ce que son système économique et politique soit suffisamment vigoureux. Cependant—et cela est fort regrettable—la communauté internationale n’accorde pas suffisamment d’attention aux problèmes de développement et de création des capacités à long terme. Malheureusement, pour l’Afrique, le monde semble ne retenir que les catastrophes et les crises.” Puis, il a poursuivi: “Pour que la démocratie en Afrique se renforce et soit durable, il est impératif que les économies et les capacités africaines soient renforcées, faute de quoi nous courons le risque de perdre les acquis démocratiques. Ce n’est que quand les gouvernements élus appréhendent les avantages immédiats notamment de la création de nouveaux emplois, de l’amélioration de l’éducation et de l’habitat, des nouveaux établissements de santé et de l’accroissement du revenu disponible, qu’ils comprennent que la croissance économique et le développement durable contribuent à renforcer, dans une certaine mesure, le processus de démocratisation en Afrique”.

Comment les IFI peuvent-elles jouer un rôle moteur pour aider l’Afrique à l’avenir? Au cours des deux derniers jours, nous avons beaucoup appris à la faveur des interventions des différents orateurs. Hier, on a parlé du secteur financier, du marché du travail, du secteur privé, des questions d’égalité des sexes, de l’acquisition des biens et services, des services de consultants, etc. Aujourd’hui, nous avons entendu les exposés des représentants de l’Ouganda, du Burkina Faso et du Mozambique. Je voudrais mettre en relief quelques-unes des observations qui ont été faites. Ainsi que l’ont souligné les différents orateurs, le changement des comportements, la mise en œuvre des politiques, la bonne gouvernance, la volonté politique et l’appropriation des programmes revêtent une importance capitale. En somme, le maître mot du renforcement des capacités est le partenariat. Par conséquent, quel est le rôle de nos IFI? Les attentes vis-à-vis des IFI sont considérables et la demande de leur assistance est illimitée, non seulement en ce qui concerne les compétences, les attitudes et les comportements, mais également eu égard aux voies et moyens de cristaliser la volonté politique dans les différents pays.

Cyril Enweze

Vice-président chargé des opérations, Groupe de la Banque africaine de développement

Problématique

Des études ont montré que les capacités humaines constituent un préalable à tout développement durable et que la faiblesse des capacités dans les pays africains figure parmi les principaux obstacles au développement. Cette faiblesse se traduit par le manque de masse critique d’expertise technique et de gestion, les carences des institutions, la précarité des infrastructures et les contraintes des ressources financières.

En cette ère de mondialisation, l’Afrique doit faire face à de nombreux défis qui sont devenus encore plus pressants et urgents. Aussi, l’accroissement de la production agricole, une éducation de qualité et l’amélioration des infrastructures sanitaires pour les populations, l’élimination des obstacles qui freinent l’accès des femmes aux postes de responsabilités, tant dans la fonction publique que dans le secteur privé, l’intégration des organisations de la société civile dans le processus de prise de décision et la mise en place d’un système de recherche adéquat constituent-ils les priorités du programme de développement du continent. Afin de combler les lacunes en matière de capacités, il faut non seulement faire preuve de créativité et d’innovation, mais également assurer la pleine collaboration aux niveaux régional et international.

Par conséquent, le renforcement des capacités dans les pays membres constitue une préoccupation majeure pour les institutions financières internationales (IFI), notamment pour la Banque africaine de développement (BAD).

Quelques enseignements

Les efforts passés visant à satisfaire les besoins en renforcement des capacités en Afrique ont été fortement tributaires des programmes des bailleurs de fonds et dépendaient essentiellement de l’offre. Ils n’ont pu assurer le renforcement des capacités de façon durable, car l’approche adoptée laissait à désirer et comportait les lacunes suivantes:

  • il s’agissait essentiellement d’efforts de renforcement des capacités induits par les bailleurs de fonds, sans aucune appropriation au niveau local;

  • ils avaient un caractère à court terme et ad hoc et ils privilégiaient la poursuite des objectifs à court terme des projets/programmes, plutôt qu’ils ne cherchaient à jeter les bases d’un développement durable;

  • ils étaient souvent mal coordonnés, faisaient intervenir plusieurs bailleurs de fonds qui parfois s’attaquaient séparément aux mêmes problèmes; ces efforts ont souvent entraîné une surcharge de travail, dans la mesure où ils absorbaient les maigres capacités disponibles au niveau local.

Soutien de la BAD aux efforts de renforcement des capacités

Au fil des ans, le Groupe de la Banque africaine de développement a également apporté son soutien au renforcement des capacités dans ses pays membres régionaux. L’assistance du Groupe de la Banque a été accordée sous forme de prêts et de dons (tant pour l’appui aux projets que pour l’appui aux programmes) et par le truchement d’un soutien institutionnel spécifique. Des prêts et des dons ont été approuvés pour les initiatives générales de renforcement des capacités, afin, d’une part, d’appuyer l’investissement dans le secteur de l’éducation et dans d’autres domaines du secteur social et, d’autre part, de soutenir les réformes de la fonction publique et les programmes de développement institutionnel au titre de l’ajustement structurel et au titre de l’assistance technique et d’études autonomes.

La BAD a également apporté une aide soutenue à des institutions régionales spécifiques, en particulier celles qui assurent la recherche et le renforcement des capacités dans les domaines de l’agriculture, du développement rural, de la santé et de l’éducation. Elle a également apporté son soutien à des programmes spécifiques tels que la recherche sur le sida en Afrique et la biotechnologie. Cette assistance a été financée à partir des ressources de son budget administratif, de ses revenus nets ou des ressources du Fonds d’assistance technique (FAT). Permettez-moi de mentionner quelques-unes des institutions qui ont bénéficié de l’assistance du Groupe de la Banque: l’Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest (ADRAO); le Centre international pour l’élevage en Afrique (CIPEA); le Centre international pour la physiologie et l’écologie (CIPE); l’Institut international pour la recherche sur les cultures dans les zones tropicales semi-arides (ICRISAT); l’Association des institutions africaines de financement du développement (AIAFD); l’Association des Bourses de valeurs africaines (ABVA); l’Agence africaine de biotechnologie (AAB); l’Organisation arabe pour le développement de l’agriculture (OADA); l’Organisation africaine des institutions d’audit (AFROSAI); le Centre africain pour le développement et les études stratégiques (ACDESS); l’Organisation de lutte contre les criquets migrateurs—Afrique de l’Est (DLCO-EA) et l’Université Senghor. La BAD est également un membre fondateur de la Fondation africaine pour le renforcement des capacités (FARC) à Harare. A travers l’Initiative de formation pour la gestion agricole en Afrique (AMTA), entreprise commune à la BAD, au Fonds international pour le développement agricole (FIDA) et à l’Institut de la Banque mondiale (WBI), la Banque propose également des cours de formation en matière de gestion et de politique agricole.

Dans le cadre des efforts qu’elle déploie pour résoudre les problèmes de pauvreté en Afrique, la Banque a également mis au point des procédures, des mécanismes et des directives a pour la coopération avec les organisations non gouvernementales (ONG) et pris une initiative spéciale—l’Initiative de microfinancement en Afrique (AMINA)—qui contribue au renforcement des capacités en vue de satisfaire les besoins de microfinancement. Les activités de renforcement des capacités d’AMINA visent, entre autres, à améliorer les compétences opérationnelles et de gestion en microfinancement des partenaires comme les ONG, les banques villageoises, les institutions qui fournissent les services financiers aux microentrepreneurs, en particulier les femmes, et les populations rurales, notamment dans les pays à faible niveau de revenu par habitant.

La Banque soutient également le développement du secteur privé en Afrique. Par le truchement des banques de développement, elle a accordé des lignes de crédit qui ont permis de créer et de développer des entreprises privées dans de nombreux pays africains et de renforcer les capacités des intermédiaires bénéficiaires, afin de mobiliser les ressources et de mieux satisfaire les besoins de leurs clients du secteur privé.

Outre le financement, la Banque a également apporté une assistance directe pour le renforcement des capacités institutionnelles dans le secteur privé. Avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Société fmancière internationale (SFI) et d’autres bailleurs de fonds, elle a coparrainé la création du Projet Africain de Développement des Investissements (APDF) et de la Société de gestion des services pour l’Afrique (AMSCO). Par ailleurs, la Banque a joué un rôle primordial dans la mise sur pied de la Banque africaine d’import-export (AFREXIMBANK), institution qui a pour vocation de promouvoir les échanges africains. Elle a également apporté un appui institutionnel à la Table ronde des hommes d’affaires africains (ABR), qui s’emploie à promouvoir le développement du secteur privé sur le continent.

Quelques programmes de partenariat stratégique

La BAD a également participé à des programmes de partenariat stratégique avec d’autres institutions de financement du développement en vue de satisfaire les besoins croissants de renforcement des capacités en Afrique à un rythme qui soit à la mesure de l’ampleur et de l’urgence du problème. Ces partenariats visent à améliorer les modalités de collaboration avec les pays bénéficiaires, mettre à profit les avantages comparés de chaque institution financière internationale et assurer l’efficacité-coût des interventions face à l’amenuisement de l’aide publique au développement (APD). Le Partenariat pour le renforcement des capacités en Afrique (PRCA) et l’Institut multilatéral d’Afrique (IMA), dont l’inauguration fait l’objet des présentes réunions et tables rondes, constituent deux exemples tangibles de cette nouvelle approche de partenariats pour le renforcement des capacités des institutions financières internationales.

A la différence de nombreux programmes précédents de renforcement des capacités qui étaient conçus à l’extérieur, le PRCA est une initiative pilotée par des Africains, qui a mis à profit de façon judicieuse les avantages des partenariats extérieurs pour sa conception, son élaboration et sa mise en œuvre. Il s’agit d’une initiative conjointe de hauts cadres africains, de la BAD, de la Banque mondiale et du FMI. Le partenariat a été initié en 1995 par les Ministres africains des finances. La gestion du PRCA repose également sur le principe du partenariat, dans la mesure où il sera dirigé par un Conseil exécutif d’experts indépendants, dont le siège sera logé à la FARC, et par un Conseil des Gouverneurs représentant les pays membres et les institutions partenaires extérieures, ainsi que les bailleurs de fonds. Aux termes du consensus intervenu, le PRCA doit privilégier le renforcement des capacités dans le secteur public et dans les domaines de l’interface entre secteur public et société civile. On s’attend à ce que les activités du PRCA démarrent dans les meilleurs délais.

L’Institut multilatéral d’Afrique, qui a été inauguré hier, est l’entreprise la plus récente qui illustre l’initiative de partenariat stratégique mise en place par la BAD, le FMI et la Banque mondiale. L’IMA a pour mission d’assurer une formation d’excellente qualité dans les domaines de l’élaboration de la politique économique et de la gestion. Il permettra aux trois institutions de mobiliser leurs ressources pour la formation et d’organiser une gamme plus large d’activités de formation à l’intention des responsables gouvernementaux et des autres participants. Il va sans dire qu’à moyen et long termes, PIMA contribuera à former un grand nombre de cadres africains appelés à jouer un rôle crucial dans la gestion de l’économie des différents pays.

Les principales caractéristiques de la formation qui sera offerte par l’IMA et les contributions qu’il entend apporter au renforcement des capacités comprennent notamment:

  • la haute qualité de la formation qui sera proposée par l’Institut;

  • l’opportunité que le cadre de l’IMA offre d’organiser des cours conjoints mettant à profit l’expérience régionale de la BAD et l’expérience mondiale en matière de développement du FMI et de la Banque mondiale en vue de résoudre les problèmes spécifiques de l’Afrique;

  • la synergie qui sera créée grâce au partenariat;

  • la création graduelle d’un programme de formation axé sur l’Afrique;

  • l’opportunité qui sera offerte aux responsables et participants africains de partager leurs expériences, de s’enrichir mutuellement dans un cadre unique; et

  • l’utilisation des moyens de télé-enseignement modernes afin d’accroître la portée de la formation dispensée aux participants.

Hormis les activités de formation directe qui seront entreprises par l’IMA, il est également prévu que l’Institut apporte sa contribution au renforcement des capacités des autres institutions africaines de formation afin d’améliorer la qualité de leurs programmes de formation. Le personnel de ces institutions pourrait prendre part aux activités de l’IMA en qualité de personnes ressources et de participants.

L’initiative de l’IMA constitue done un partenariat avantageux qui, du point de vue de l’efficacité-coût, est calqué sur le modèle de l’Institut multilatéral de Vienne (JVI) et de l’Institut régional de formation de Singapour (STI).

Institut de formation interne

Outre l’appui au renforcement des capacités dans ses pays membres régionaux, la BAD attache également une grande importance au renforcement de ses capacités internes. A cet égard, elle a mis sur pied son propre institut de formation interne, en l’occurrence l’Institut de la Banque africaine de développement (CADI). Celui-ci propose des cours tant aux pays membres régionaux qu’au personnel de la Banque. Les cours proposés aux pays membres régionaux concernent la gestion des projets, la gestion macroéconomique, les questions d’environnement et la problématique d’égalité des sexes en matière de développement.

Conclusion

Pour conclure, permettez-moi de réitérer que, pour le Groupe de la Banque africaine de développement—et partant, pour les autres institutions de financement du développement—le renforcement des capacités fait partie intégrante des efforts de développement. Pour sa part, la BAD a consacré ce principe dans la perspective qu’elle vient d’élaborer.

A présent, pour accélérer l’élan dans cette course contre la montre, multiplier et sauvegarder les résultats, il faut prendre en compte les points que voici:

  • les pays membres régionaux doivent faire preuve de plus d’engagements et d’initiatives au niveau national en vue de créer et de mettre à profit les opportunités de renforcement des capacités et les capacités existantes;

  • en ce qui concerne les opportunités de renforcement des capacités, il faudrait encourager l’appropriation et l’enthousiasme, tant au niveau communautaire qu’à celui de toutes les composantes de la société civile;

  • le secteur privé doit participer davantage aux efforts de création de nouvelles capacités et mettre à profit les capacités existantes;

  • les gouvernements doivent mettre en œuvre des politiques économiques solides et stables, assurer la stabilité politique et créer un cadre propice, afin de retenir et de maintenir les capacités créées;

  • il faut assurer un soutien technique et financier continu et suffisant, notamment par le truchement des partenaires extérieurs.

Ces éléments fondamentaux, associés aux efforts que déploient les institutions financierès internationales et les autres partenaires pour renforcer les capacités en Afrique, constituent des bases solides pour l’entrée dans le nouveau millénaire.

Saleh M. Nsouli

Directeur adjoint, Institut du FMI

Introduction

L’intitulé de ce séminaire inaugural met en évidence—et à juste titre—trois composantes essentielles et intimement liées qui constituent la pierre angulaire du développement économique, en l’occurrence le renforcement des capacités, la gouvernance et les réformes économiques. Le renforcement des capacités—développement des compétences et des institutions—revêt une importance capitale pour la croissance économique durable. Mais les compétences acquises ne peuvent être pleinement mises à profit et les institutions fonctionner efficacement sans une bonne gouvernance. Les réformes économiques ne peuvent non plus être mises en œuvre de façon adéquate sans institutions efficaces. S’agissant du thème de la présente session, je voudrais aborder la question spécifique du rôle des institutions financières internationales (IFI) en matière de renforcement des capacités en Afrique.

Ces dernières années, l’incidence du renforcement des capacités sur la croissance économique a fait l’objet d’un volume sans cesse croissant d’études économiques. Le consensus qui émerge de la littérature économique est que les institutions jouent un rôle crucial dans la croissance économique. Par exemple, Rodrik (1977) montre que les institutions ont joué un rôle prépondérant dans la performance économique de l’Asie de l’Est. Par ailleurs, le fait que certains pays aient obtenu des résultats meilleurs que d’autres s’explique par les différences de capacités institutionnelles. A cet égard, un indice de la qualité des institutions permet d’expliquer les différences en matière de croissance entre pays—différences qui ne sont pas imputables à des variables classiques telles que l’accumulation du capital, le progrès technique et l’accroissement de la main-d’œuvre. Ces conclusions semblent se confirmer à travers différents calculs de régression.

Dans un autre document, Easterly et Levine (1998) soulignent que les potentialités de croissance de l’Afrique étaient parfois supérieures à celles de l’Asie de l’Est dans les années 60. Selon ces auteurs, le fait que ce potentiel ne se soit pas concrétisé tient essentiellement à un certain nombre de facteurs sociaux et politiques, notamment la faiblesse des taux de scolarisation, l’instabilité politique et la précarité des infrastructures.

Dans une étude portant sur 133 pays, Hall et Jones (1997) montrent que les différences d’infrastructure sociale expliquent, dans une large mesure, les différences de production par ouvrier. Selon eux, les institutions qui favorisent la production par rapport au “détournement”—mauvaise utilisation de la production—et certaines formes de propriété privée encouragent l’accumulation du capital humain et physique et accroissent ainsi la productivité totale des facteurs et, partant, la production nationale.

Ces études mettent notamment en évidence un autre fait majeur, à savoir que l’accumulation du capital ne suffit pas en soi à assurer la croissance. La complémentarité entre des institutions de qualité et efficaces, d’une part, et l’accumulation du capital, d’autre part, est primordiale pour assurer une croissance durable.

Compte tenu de ce qui précède, la question qui se pose n’est plus de savoir “si les institutions sont importantes”, mais plutôt “quelles institutions sont les plus importantes et comment les mettre en place?” Dans un exposé qu’il fera dans quelques jours au cours d’une conférence parrainée par le FMI sur la seconde génération de réformes, Rodrik (1999) affirme qu’il faut mettre l’accent sur les institutions qui sont de nature à assurer le fonctionnement sans heurt des marchés. Parmi celles-ci, on pourrait citer un système de droits de propriété clairement défini, qui protège les biens des investisseurs et garantit la rentabilité de leurs actifs; un système de régiementation, qui limite les pires formes de fraude et de comportements anticoncurrentiels; des institutions sociales et politiques qui atténuent les risques et assurent la gestion des conflits sociaux; et enfin, la primauté du droit et un gouvernement “aux mains propres”.

Quelle est la qualité réelle des institutions en Afrique? Une enquête portant sur 23 pays africains, menée par le “Havard Institute for International Development” et passée en revue par Sievers (1998), présente des résultats mitigés en ce qui concerne les institutions gouvernementales et judiciaires en Afrique. Selon Sievers, les institutions africaines sont “meilleures qu’on ne le pense en général, mais elles ne suffisent pas pour autant à assurer une croissance forte et soutenue”. Interrogées au sujet de problèmes tels que la corruption, le degré de primauté du droit et l’efficacité du système judiciaire national pour l’exécution des contrats, les entreprises africaines ont donné des appréciations qui étaient en moyenne égales ou légèrement inférieures à celles des autres pays en déeveloppement. Ces appréciations conduisent à penser qu’il faudrait développer davantage les institutions africaines en vue de promouvoir le développement.

Sur ce fond de littérature économique, la suite de mes commentaires sera articulée comme suit. Tout d’abord, j’aborderai la question du rôle des IFI dans le domaine du renforcement des capacités. Puis, je traiterai du rôle du FMI à cet égard; il va sans dire que les approches des IFI, en particulier celle du FMI, pour le renforcement des capacités s’appliquent à la plupart des pays, y compris ceux d’Afrique. En troisième lieu, et de façon plus précise, je me pencherai sur le rôle de l’Institut du FMI en matière de renforcement des capacités en Afrique.

Rôle des institutions financières internationales en matiére de renforcement des capacités

Les institutions financières internationales se distinguent selon leurs objectifs spécifiques et leurs domaines de spécialisation et d’expertise. A titre d’exemple, il existe des différences significatives entre les trois institutions financières internationales ici représentées—la Banque africaine de développement, le FMI et la Banque mondiale—en ce qui concerne leurs missions respectives. Cependant, il existe également des similitudes en ce qui concerne la contribution qu’elles apportent généralement au renforcement des capacités et leurs mécanismes d’intervention. Comme l’a montré Kifle (1998), les IFI peuvent adopter—et ont adopté—un certain nombre d’approches pour appuyer le renforcement des capacités.

Tout d’abord, de nombreuses IFI apportent généralement leur financement, sous forme de prêts, mais ceux-ci comportent dans certains cas un volet “don” non négligeable destiné à aider les autorités à atteindre les objectifs fixés d’un commun accord avec les IFI. Ce financement peut venir en appoint à des investissements spécifiques, notamment la construction d’infrastructures et le renforcement des capacités, ou faire partie d’un ensemble de projets spécifiques destinés à un secteur ou à l’ajustement de l’ensemble de l’économie.

Ensuite, les IFI apportent leur appui aux efforts que les autorités déploient pour élaborer des politiques permettant d’atteindre des objectifs économiques et sociaux spécifiques. Ce processus nécessite, en général, d’intenses consultations avec les résponsables et les representants du secteur privé du pays concerné, et entre le siège et le personnel résident des IFI, afin d’identifier les goulots d’étranglement et les problèmes auxquels le pays est confronté. Cette étape est généralement suivie d’un rapport écrit qui résume les conclusions et recommandations de politiques proposées par le personnel de l’IFI. Les mesures de politiques adoptées peuvent comprendre des ressources destinées en particulier au renforcement des capacités dans les domaines social et économique.

Troisiémement, les IFI encouragent l’élaboration, la diffusion et l’adoption de normes ou de codes de bonne pratique en vigueur au plan international pour les activités économiques, financières et commerciales. L’adoption et la mise en œuvre de ces codes et normes contribuent è la mise sur pied d’insstitutions pleinement opérationnelles.

Quatrièmement, de nombreuses IFI assurent la formation dans un large éventail de domaines. Cette formation peut s’inscrire dans le cadre des projets spécifiques qu’un pays met en œuvre avec le soutien d’une IFI, par exemple pour les réformes des entreprises publiques, de la fonction publique, de l’administration fiscale ou du secteur financier. Elle peut se faire également dans le cadre de cours, ateliers et séminaires organisés par les institutions de formation des IFI, comme l’Institut africain de développement de la Banque africaine de développement, l’Institut du FMI et l’Institut de la Banque mondiale.

Cinquièmement, les IFI collaborent avec les institutions régionales de formation et de recherche—notamment en Afrique, la Fondation africaine pour le renforcement des capacités (FARC) et le Consortium africain pour la recherche économique (CARE)—afin de former des analystes économiques, des officiels et des “stagiaires”, et appuyer la recherche économique menée en Afrique.

Toutefois, il convient de ne pas perdre de vue que les IFI ne doivent jouer qu’un rôle d’appui et qu’il incombe, avant tout, aux pays eux-mêmes de renforcer leurs capacités.

Rôle du FMI en matière de renforcement des capacités

La contribution du FMI au renforcement des capacités en Afrique a été multiforme. Dans ce domaine, le FMI a joué un rôle essentiel par ses relations avec de nombreuses institutions gouvernementales dans les pays africains. Ce rôle va au-delà de l’octroi de prêts et des efforts de réduction de la dette. En fait, le FMI apporte une contribution au renforcement de l’expertise et des “capacités en matière de politique économique” au titre de toutes ses activités principales. Fondamentalement, ses modalités d’intervention sont au nombre de quatre.

Tout d’abord, la formation économique proposée par l’Institut du FMI (et parfois par d’autres départements du FMI) constitue un moyen vital d’assistance. Les cours sur la gestion macroéconomique et les thèmes spécialisés s’adressent aux fonctionnaires de différents niveaux et è différents types d’institutions. Au cours des vingt dernières années, plus de 3.000 fonctionnaires des banques centrales africaines, des ministères des finances, de l’économie et du plan et d’autres organismes gouvernementaux ont participé aux sessions de formation proposées par l’Institut du FMI.

Ensuite, l’assistance technique apportée par le FMI constitue un autre mécanisme non négligeable du renforcement des capacités. Par le truchement de son programme d’assistance technique, le Fonds s’attache è répondre aux besoins spécifiques des pays membres dans une large gamme de domaines, notamment l’administration fiscale, la politique de dépenses publiques, la restructuration des banques commerciales, la supervision bancaire et les systèmes de statistiques. En 1999, le temps consacré par le personnel du FMI à l’assistance technique était cinq fois plus important qu’en 1991. Les départements chargés des questions monétaires et de change et des questions budgétaires ont joué un rôle essentiel dans cette assistance technique. Il en va de même pour le département de la statistique qui, dans le cadre de nombreuses missions, a aidé à développer l’expertise locale en matière de collecte, de traitement et de diffusion des données économiques.

Troisièmement, les consultations avec les pays membres, au titre de l’Article IV, constituent un mécanisme moins explicite—mais non moins important—de renforcement des capacités. Tout au long de ce processus, le FMI et les autorités entretiennent un dialogue de grande portée nécessitant une analyse approfondie de la situation économique, l’étude des différents choix de politiques et la formulation de mesures de politiques. Des analystes, le personnel d’encadrement des ministères-clés et des banques centrales et des décideurs gouvernementaux de haut niveau participent à ces échanges. Etant donné qu’elles nécessitent un dialogue entre ces fonctionnaires, les consultations du FMI amènent les différentes institutions, ainsi que les unités au sein de chacune d’elles, à collaborer de façon plus étroite. Ces échanges contribuent à renforcer les capacités du pays à analyser les problèmes et à concevoir des solutions. Par ailleurs, ces dernières années, le FMI a déployé beaucoup d’efforts afin d’encourager ses membres à assurer une plus grande transparence et à adopter et respecter les normes internationales. L’accent a été mis sur l’amélioration de la transparence en matière de pratiques monétaires et budgétaires, le renforcement de la réglementation et de la supervision bancaires, et une meilleure diffusion des données. Nombre de ces mesures sont contenues dans différents documents du Fonds, notamment le Code de bonnes pratiques en matière de transparence budgétaire, le Code de bonnes pratiques en matière de transparence monétaire et de politiques financières, les Normes de diffusion des donneés spéciales et le Système général de diffusion de données.

Quatrièmement, le dialogue concernant la conception des programmes du Fonds et le suivi de leur mise en œuvre constituent un autre moyen de renforcer les capacités de gestion de la politique économique. Par rapport aux consultations au titre de l’Article IV, les programmes qui bénéficient du soutien du FMI mobilisent d’importantes ressources humaines dans les pays membres et dans d’autres IFI. Ces efforts communs contribuent, dans une large mesure, à renforcer les unités de base de la gestion économique, en particulier au sein des ministerès des finances et des banques centrales. Le renforcement de l’expertise et des connaissances au niveau de ces unités se fait de façon cumulative. Au fil du temps, il crée de meilleures capacités dans de nombreux domaines de la gestion des politiques.

En somme, les nombreuses facettes des échanges entre le personnel du FMI et les autorités peuvent être considérées comme un modèle de renforcement des capacités. La formation proposée par le FMI s’adresse directement aux fonctionnaires de tous les niveaux; l’assistance technique apporte l’expertise dans les domaines spécialisés; et les consultations au titre de l’Article IV, ainsi que les négotiations et la mise en œuvre des programmes, impliquent de nombreux contacts avec les analystes et les décideurs de haut niveau. A cet égard, la contribution du FMI au renforcement des capacités dans le domaine de l’élaboration des politiques revêt un caractère distinctif.

Rôle de l’Institut du FMI en matière de renforcement des capacités en Afrique

L’Institut du FMI contribue au renforcement et à l’amélioration des capacités d’élaboration de politiques économiques dans ses pays membres, grâce à la formation de qualité qu’il offre aux responsables des pays membres dans les domaines de la formulation et de la mise en œuvre des politiques macroéconomiques et financières. La demande de formation a évolué de façon notable parallèlement à celle de l’assistance technique. Par conséquent, pour assurer l’efficacité de l’assistance technique du FMI, il faut renforcer les compétences des responsables gouvernementaux.

Pendant les années 90, le nombre moyen des participants africains aux cours de l’Institut du FMI, à Washington et à l’étranger, a triplé, avec 300 participants par an en moyenne, par rapport au niveau des années 80. Il importe de souligner, en particulier, que cette forte demande d’assistance technique et de formation est le fait des autorités africaines elles-mêmes. Il s’agit là d’un tournant décisif en ce qui concerne la nécessité de renforcer les capacités et d’assurer une meilleure appropriation des réformes.

L’Institut du FMI a mené une enquête afin de connaître les réactions des autorités au sujet de la formation qu’il dispense en Afrique. Les résultats de cette enquête sont très encourageants. Tout le monde s’accorde à reconnaître que la formation offerte par l’Institut du FMI a contribué à l’amélioration des compétences analytiques du personnel des différentes institutions et de son expertise dans une large gamme de domaines, notamment l’analyse macroéconomique et la programmation financière, la préparation du budget, la mise en œuvre et la conception d’un système de trésorerie. Cette formation a également permis aux participants de mieux connaître le FMI et ses opérations. Par ailleurs, la plupart des fonctionnaires qui ont participé aux sessions de formation de l’Institut du FMI bénéficient de promotions au sein de leurs institutions respectives dans leurs pays d’origine. Par conséquent, cette formation a une incidence dynamique sur l’élaboration des politiques, dans la mesure où les capacités de gestion de lééconomie sont renforcées par le truchement des pouvoirs publics. Les décideurs reçoivent de meilleurs conseils et sont eux-mêmes mieux formés par rapport à leurs prédécesseurs.

En dépit de ces avancées, beaucoup reste encore à faire—tant à Washington que localement—compte tenu de la demande croissante de formation en Afrique. Celle-ci est particulièrement forte pour les cours techniques en gestion macroéconomique et en politiques, en statistiques macroéconomiques et en finances publiques. Selon les estimations faites dans le cadre de l’enquête susmentionnée, au cours des cinq prochaines années, la demande de formation en provenance de l’Afrique se traduira par environ 8.000 candidats potentiels. Ce chiffre est nettement supérieur à celui des 1.500 participants africains formés de 1995 à 1999.

La réponse de l’Institut du FMI a consisté à élargir la gamme des thèmes et des sujets, à promouvoir la participation régionale et à diversifier la formation. A cet égard, l’Institut a initié, en 1994, une série de séminaires de haut niveau sur les questions de politiques particulièrement pertinentes pour 1’Afrique, notamment le développement du secteur privé, la libéralisation des échanges, l’intégration régionale, la libéralisation des mouvements de capitaux et l’ajustement structurel en Afrique subsaharienne. Ces séminaires, qui durent deux à trois jours seulement, s’adressent aux décideurs africains de haut niveau, en particulier les ministres, les gouverneurs et les autres fonctionnaires de haut niveau. Depuis l’introduction de ces séminaires, un séminaire de haut niveau réunissant quelque 30 participants africains a été organisé en moyenne chaque année.

Une autre innovation de l’Institut du FMI a consisté à organiser des ateliers régionaux, parfois en collaboration avec les instituts de formation régionaux, qui mettent davantage l’accent sur les questions techniques. Le but des ateliers consiste à offrir aux experts d’un certain nombre de pays au sein d’une sous-région du continent, l’occasion de procéder à des échanges de vues sur des questions techniques. L’Institut a organisé des ateliers régionaux sur le contrôle des dépenses publiques, la restructuration du secteur bancaire et le développement des marchés monétaires, et il entend organiser bientôt une série d’ateliers sur la qualité des opérations bancaires. Le premier atelier du genre s’est tenu en 1995. Il est envisagé d’organiser un ou deux ateliers de ce type en Afrique chaque année.

L’Institut du FMI entretient des relations de collaboration de longue date avec les centres de formation de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO/COFEB) et de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC). Les cours organisés dans ces centres ne s’adressent pas qu’aux participants de la Zone franc et comptent des participants d’autres pays francophones, ainsi que de pays lusophones et hispanophones d’Afrique. Les partenariats de l’Institut en Afrique se sont développés en 1995 et couvrent désormais les pays anglophones, grâce à la collaboration avec l’Institut de gestion macroéconomique et financière (MEFMI) basé à Harare et l’Institut ouest-africain pour la gestion financiére et économique (WAIFEM) basé à Lagos. En moyenne, 120 participants prennent part chaque année aux cours organisés en collaboration avec les centres de formation régionaux.

L’Institut du FMI a introduit récemment la formation à distance dans son programme, essentiellement pour satisfaire la demande croissante de formation. Ce programme vise à satisfaire les besoins de formation des fonctionnaires qui ne peuvent participer aux cours de longue durée à Washington. Le premier cours d’enseignement à distance sera organisé en Janvier 2000. Au cours des huit premières semaines, la formation se fera à distance, ce qui permettra aux participants de rester à leur poste. Ensuite, ils viendront à Washington pour un atelier résidentiel de deux semaines.

Le Directeur général a déjà indiqué que la création de l’Institut multilatéral d’Afrique (IMA) constitue un effort remarquable de la Banque africaine de développement, du FMI et de la Banque mondiale en vue d’accroître leur contribution au renforcement des capacités en Afrique. Ce partenariat permettra en effet de créer davantage d’opportunités de formation pour les Africains—et de surcroît à un endroit proche de leurs pays d’origine. Par ailleurs, la création de l’IMA en Afrique permettra aux trois institutions de mieux intégrer dans le programme de formation les questions concernant directement le continent et de mieux tirer parti des compétences des formateurs africains. L’Institut multilatéral d’Afrique proposera une formation de qualité en matière de politiques à une large gamme de participants, notamment aux fonctionnaires, au personnel des banques centrales et aux membres de la société civile des pays africains. Avec le chiffre d’environ 400 participants par an pour les cours et séminaires nous espérons que ce nouvel Institut aura un impact significatif sur le renforcement des capacités en Afrique.

Pour conclure, je voudrais souligner que la nouvelle pensée en matière de développement économique et de renforcement des capacités est en constante évolution. Il est loin le jour oû le développement n’était censé se préoccuper que de Paccumulation rapide du capital et de l’accroissement des taux d’investissement. A présent, nous savons que des institutions efficaces qui soutiennent le marché sont indispensables pour promouvoir le développement et que les IFI doivent partir de cette prémisse pour mettre au point leurs approches de renforcement des capacités.

Brian Levy

Gestionnaire principal, Région Afrique, Banque mondiale

Mon exposé s’articule autour de trois objectifs: tout d’abord, définir le concept de renforcement des capacités; ensuite, passer en revue quelques leçons tirées de l’ expérience de la Banque mondiale au cours des quinze derniéres années dans le cadre des efforts que celle-ci déploie afin de promouvoir le renforcement des capacités dans le secteur public en Afrique; troisiémement, mettre en évidence quelques caractéristiques essentielles d’une nouvelle approche du renforcement des capacités adoptée par la Banque.

1. Qu’entendons-nous par renforcement des capacités?

Il s’agit ici du renforcement des capacités dans le secteur public—en particulier, la maniére dont le soutien de la Banque mondiale au renforcement des capacités peut contribuer à ameliorér l’efficacité des Etats africains. Dans la ligne du Rapport 1997 sur le développement dans le monde, je définirais l’efficacité de l’Etat comme “la souplesse dans la retenue”. La “souplesse” suppose l’existence des compétences, ressources et mécanismes organisationnels que requiert la réalisation efficace des objectifs sociaux incombant aux pouvoirs publics. La “retenue” concerne les mécanismes de contrôle (de suivi et de mise en œuvre) qui découragent les mesures arbitraires, parfois égoïstes, prises par les pouvoirs publics, veillant ainsi à ce que ceux-ci accordent la priorité à la réalisation des objectifs sociaux.

A la lumière de cette définition, on pourrait considérer que le renforcement des capacités comprend trois séries d’initiatives interdépendantes: les initiatives de formation; les initiatives visant à renforcer les organisations prises individuellement; et les initiatives propres à renforcer le cadre institutionnel—les stimulants—dans lequel évoluent les pouvoirs publics et les différentes organisations. En d’autres termes, on pourrait considérer que le renforcement des capacités comporte un volet “offre” et un volet “demande”. Les initiatives de formation et de développement des organisations constituent le volet “offre”. En revanche, celles qui s’attachent à améliorer le cadre institutionnel—renforcer les attentes de la société civile, eu égard à la prestation efficiente et efficace des services publics, et consolider les mécanismes de suivi et de mise en œuvre nécessaires pour rendre le secteur public comptable de ses actions—constituent le volet “demande”.

2. Performance de la Banque mondiale

Quelle a été la performance de la Banque mondiale en matiére de renforcement des capacités dans le secteur public au cours des quelque dix derniéres années? La meilleure maniére de qualifier cette expérience consiste peut-être à parler de processus d’apprentissage. A ce stade, je voudrais mettre en évidence deux séries de leçons.

Au milieu des années 80, à peine quelques années aprés la mise en route du programme de réforme et d’ajustement structurel de la Banque, on s’est rendu compte que l’accélération de la croissance et du développement appelait non seulement des réformes, mais également un Etat compétent. Par conséquent, la Banque mondiale a mis en place un programme ambitieux de soutien à la gestion du secteur public en Afrique. Ainsi, entre le milieu des années 80 et le milieu des années 90, elle a apporté son concours à divers projets d’appui à la gestion du secteur public dans de nombreux pays.

Ces programmes ont été passés en revue récemment par le Département de l’évaluation des opérations de la Banque (OED). Les résultats sont éloquents: seuls 28 pourcent de ces projets ont été jugés “réussis”, ce qui est le taux de réussite le plus faible jamais enregistré par une catégorie de portefeuilles opérationnels de la Banque. Dans le cas d’espèce, l’une des conclusions importantes de l’OED est que l’une des principales causes de la mauvaise performance tient au fait que les opérations ont eu tendance à privilégier la formation et les initiatives organisationnelles (volet “offre” du renforcement des capacités) au détriment de l’amélioration du cadre institutionnel (volet “demande”). La premiére leçon-clé apprise par la Banque est que les initiatives de renforcement des capacités appellent une approche intégrée qui accorde une priorité égale aux volets “demande” et “offre”.

La deuxième leçon-clé concerne les voies et moyens d’introduire de façon aussi efficace que possible le volet “demande” dans une approche intégrée du renforcement des capacités. Au départ, cette tâche redoutable a été abordée de la même manière que les autres initiatives de renforcement du cadre propice au développement économique, en l’occurrence par le truchement des conditionnalités des prêts d’ajustement. A posteriori, on se rend compte que l’ajustement structurel comporte de graves limitations en tant qu’instrument d’amélioration du volet “demande” du renforcement des capacités.

Une premiére limitation, qui s’applique en général à toutes les initiatives d’ajustement structurel, tient au fait que ces initiatives ne peuvent engendrer de résultats durables en l’absence d’une véritable “appropriation” nationale des programmes de réforme. Par exemple, nous sommes tous familiers avec l’expérience de pays, riches en ressources, qui ont entrepris des programmes de réforme a priori ambitieux en période de baisse des cours des produits de base, mais les ont jetés aux orties une fois que les cours se sont redressés. Nul n’ignore davantage les cas de pays qui acceptent de réduire de façon drastique les effectifs de la fonction publique, puis mettent en place des mécanismes permettant de les employer à nouveau, sans pour autant violer de façon ftagrante la lettre des accords d’ajustement.

Une deuxiéme limitation des prêts d’ajustement découle du caractére évolutif des programmes de réforme économique. Les réformes de premiére génération—notamment l’ajustement des taux de change, la suppression des contrôles de prix et l’élimination des restrictions quantitatives aux importations—visaient en général à revenir sur des décisions étatiques mal inspirées; elles pouvaient généralement être mises en œuvre “d’un trait de plume”. En revanche, les réformes de deuxième génération, qui concernent notamment l’amélioration des prestations de services sociaux et de la gestion financière, prévoient une plus grande efficacité de l’Etat, laquelle ne peut être assurée par le simple fait de l’exiger dans les conditions de prêt.

3. Une nouvelle approche du soutien au renforcement des capacités

Si l’amélioration de la performance du secteur public appelle des mesures tant du point de vue de la demande que de l’offre et que ni les projets classiques (volet “offre”) ni les programmes d’ajustement (volet “demande”) ne peuvent en assurer l’intégration nécessaire, comment la Banque peut-elle appuyer les efforts visant à améliorer la performance du secteur public? La nouvelle approche consiste à appuyer le renforcement des capacités par le truchement d’initiatives sous-tendues par un engagement indéfectible à l’égard du “partenariat” et de l’“appropriation” par les bénéficiaires. Ces dernières années, les termes “partenariat” et “appropriation” ont été abondamment utilisés dans le discours sur le développement au point de devenir des clichés galvaudés. Toutefois, placés dans leur vrai contexte, ils supposent que l’on s’écarte résolument du paradigme classique de la pensée sur le développement.

Le paradigme classique de la pensée sur le processus du développement a été un paradigme à caractère technocratique et hiérarchique: les experts étudient, au travers d’une recherche minutieuse, ce qui fonctionne le mieux et ils partagent leurs connaissances avec les responsables de haut niveau; à leur tour, ceux-ci usent de leur pouvoir pour imposer des mesures qui prennent en compte ces connaissances d’experts. Dans cette approche, I’“appropriate” et le “partenariat” ont peu de place, sauf dans la mesure où ils se réfèrent à un processus unidirectionnel de “persuasion” dans lequel les hiérarques qui ont eu le privilège d’accéder à la “lumière” intimident leurs “partenaires” jusqu’à ce que ces derniers cèdent à la mode intellectuelle de la classe dirigeante!

En net contraste avec cette approche hiérarchique, il y a désormais une “approche en réseau” du processus de changement. Cette approche part de l’hypothèse selon laquelle les gouvernements, les bailleurs de fonds et les autres parties prenantes font partie intégrante d’un système complexe de relations d’interdépendance, chaque série d’acteurs ayant des objectifs distincts et des approches différentes de la réalite. Vu sous cet angle, le changement durable ne se décrète pas. Sa réalisation nécessite qu’une masse critique d’acteurs adoptent, de leur propre gré, une nouvelle vision du futur et des rôles qu’ils seront appelés à y jouer. Ainsi, l’“appropriation” et le “partenariat” revêtent tout leur sens en tant que principaux moteurs du changement, grâce à un processus d’apprentissage itératif mutuel dans lequel les acteurs-clés s’enrichissent les uns les autres par l’élaboration d’une vision réellement partagée.

Naturellement, on pourrait penser que tout ce qui précède relève de l’utopie: un débat sur le “passage d’une vision hiérarchique à une approche en réseau du monde” pourrait s’apparenter très facilement à la dernière d’une longue série de modes intellectuelles. Toutefois, quatre exemples d’efforts déployes récemment par la Banque mondiale pour améliorer les capacités en Afrique indiquent peut-être que cette approche représente bien plus qu’un autre “courant d’air chaud” en matière de concepts du développement:

  • Promotion de la réforme du secteur public au Ghana. Bien que le Ghana ait enregistré des succès non négligeables en matière de stabilité macroéconomique dans les années 80, les efforts tendant à renforcer la gestion publique y semblaient vains, tant les initiatives parrainées par les bailleurs de fonds—y compris la Banque mondiale—avaient produit peu de résultats. Un changement notable est intervenu en 1994, lorsque le Gouvernement ghanéen a mis en place un Programme national de renouvellement des institutions (NIRP) afin de donner une orientation ciblée et stratégique aux nombreuses activités de réforme en cours dans le secteur public de l’époque. Après un démarrage timide, le NIRP a été revitalisé sous la direction du Vice-président Atta Mills et, en 1997, le Gouvernement a publié sa “Stratégie de revitalisation et de modernisation du secteur public: transformer la vision en réalité.” Le pays a piloté le processus et la Banque mondiale a accepté de soutenir cette initiative induite par le pays sur le long terme, en lui accordant un prêt à l’appui aux réformes modulé sur 12 ans qui était fondé sur des objectifs et des points de référence définis par les Ghanéens eux-mêmes.

  • Partenariat pour le renforcement des capacités en Afrique (PACT). Ce partenariat repose sur une approche en réseau du renforcement des capacités qui peut se réaliser au moins de trois manières. Tout d’abord, sa conception (par les dirigeants africains) et la structure de gouvernance (assurée conjointement par les Africains et les bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux) reposent sur l’engagement à assurer l’appropriation par les Africains et le partenariat. Ensuite, bien que le PACT accorde la priorité au secteur public, il ne propose pas de solutions spécifiques, mais offre plutôt un cadre permettant aux differents pays, pris individuellement, de définir leurs propres priorités en matière de renforcement des capacités. Troisièmement, compte tenu de l’engagement à appuyer le renforcement de l’interface entre le secteur public, d’une part, et la société civile et le secteur privé, d’autre part, le PACT intègre à la fois les volets “demande” et “offre” de la réforme du secteur public.

  • Lutte contre la corruption. L’un des volets essentiels de la lutte contre la corruption consiste à permettre aux citoyens d’exprimer leurs frustrations et leurs attentes, eu égard à ce qu’un gouvernement efficace peut et devrait faire. La Banque mondiale, par le truchement de l’Institut de la Banque mondiale, s’attache à réaliser cet objectif dans un grand nombre de pays africains. Elle a constitué des équipes comprenant des responsables gouvernementaux et des membres influents du secteur privé et de la société civile; elle a travaillé avec ces équipes afin de mener des enquêtes qui fournissent des repéres empiriques sur la gravité du problème de la corruption; elle a aidé ces équipes à mettre au point des programmes de lutte contre la corruption; et elle a organisé des ateliers publics afin de partager ces constatations empiriques et proposer des solutions. Selon les premiéres indications, dans de nombreux pays africains, ces efforts ont mis à l’avant-plan du programme de développement l’engagement à améliorer la gouvernance et la prise de conscience de l’importance des initiatives relatives aux volets tant de l’“offre” que de la “demande” du renforcement des capacités.

  • Habilitation des communautés. Si le processus de changement est perçu comme un processus en réseau, il n’y a pas de raison pour que les réformes s’opèrent de façon hiérarchique, du haut vers le bas, et non du bas vers le haut. Ainsi, dans des pays aussi différents que la Guinée et l’Ouganda, la Banque mondiale appuie une série intégrée de réformes qui visent à “habiliter” les communautés dans la mise au point de leurs propres programmes d’investissement publics au niveau local et de la prestation efficace des services requis. Sur le plan budgétaire, les réformes permettent aux communautés, qui sont en ligne de front, de recevoir directement les ressources, au lieu que celles-ci transitent par des bureaucraties complexes, souvent déséquilibrées et corrompues. S’agissant de l’obligation de rendre des comptes, les réformes encouragent les approches participatives au sein des communautés en vue d’identifier les priorités au niveau local, ainsi que les changements pertinents visant à amener les prestataires de services à comprendre que les citoyens au niveau local—et non les bureaucraties centrales—sont leurs principaux partenaires. Sur le plan administratif, les réformes concourent à réorienter les capacités vers les échelons décentralisés en vue de rapprocher le gouvernement du peuple.

Du point de vue des technocrates du développement, habitués à agir tout comme s’ils vivaient dans un monde parfait, ces quatre exemples et le ballet incessant des multiples parties prenantes—chacune apportant des idées et priorités distinctes—pourraient s’apparenter à des recettes générant des frustrations. Mais, vus dans la perspective du travail en réseau, ces quatre exemples renferment ce qui, je l’espère, constitue une série de leçons-clé pour la Banque mondiale, à savoir: que la durabilité des initiatives de développement prend racine dans la confiance partagée dans leur légitimité; que la voie de la légitimité consiste à respecter les processus grâce auxquels les principaux acteurs s’attachent à relever le défi du changement et—par le truchement du dialogue permanent et de l’apprentissage par l’action—le façonnent à leur guise; et qu’il est important que de nombreuses parties prenantes soient associées à ces processus, et pas seulement les alliés immédiats de ceux qui entreprennent les réformes. J’espère qu’au cours des années à venir, la Banque mondiale aura administré la preuve qu’elle constitue un partenaire fiable qui concourt à faciliter et à maintenir ce type de processus d’apprentissage intégratifs.

Commentaires des participants

  • Pour être significatif et pertinent éu egard à l’environnement du développement émergent, le renforcement des capacités en Afrique devrait s’inscrire dans le cadre de la concurrence entre pays et des efforts que ceux-ci déploient dans le contexte du processus de mondialisation. Ainsi, il faudrait mettre également l’accent sur la formation dans les domaines de la compétitivité des entreprises, de la production, des échanges et de l’investissement.

  • L’expérience récente montre que les institutions et les gouvernements africains bénéficiaires de l’assistance des institutions financiéres internationales ont trop souvent tendance à considérer que la responsabilité du renforcement des capacités incombe uniquement aux IFI. Au contraire, cette responsabilité est partagée et les institutions et gouvernements bénéficiaires devraient s’engager davantage à mettre en œuvre des programmes de renforcement des capacités, en apportant les ressources complémentaires nécessaires pour couvrir les coûts des programmes et mieux mettre à profit les ressources mises à leur disposition par les IFI.

  • La demande africaine de formation dans le domaine de la gestion macroéconomique et des politiques financiéres est estimée à environ 8.000 stagiaires/an pour les cinq prochaines années (contre 2.000 places disponibles à l’heure actuelle au sein des instituts du FMI et de la Banque mondiale). Par conséquent, l’IMA doit élaborer un programme bien planifié et coordonné, en collaboration avec les autres institutions de formation en Afrique, afin de réduire l’écart important qui existe entre la demande et l’offre de renforcement des capacités. Les domaines de collaboration comprennent l’élaboration des programmes, la préparation des matériels de formation et la mise en œuvre des activités de formation.

  • La formation offerte par l’IMA devrait s’adresser aux formateurs des institutions régionales, de façon qu’après quelques années, ceux-ci reproduisent ses cours avec quelque assistance financière. En tout état de cause, l’Institut doit élaborer des cours induits par la demande sur les thèmes d’actualité critiques pour l’Afrique.

REMARQUES DE CLÔTURE

Chanel Boucher

Vice-Président chargé des questions institutionnelles, Banque africaine de développement

Qui a dit que les grandes institutions internationales multilatérales ne peuvent rien faire ensemble? Je pense que nous avons ici même la preuve que ce n’est pas vrai.

Il ne m’a pas été possible de participer à toutes vos délibérations au cours des deux derniers jours. Cependant, j’ai eu une bonne ideé de ce qui s’est passé lorsque je suis entré dans cette salle à la fin de vos travaux. En général, lorsque les attentes des uns et des autres sont satisfaites, les discussions provoquent une clameur sourde, un bruit de fond. Lorsque les attentes ont été frustrées et que les participants ne sont pas très satisfaits, on entend plutôt des bruits assez aigus dans la pièce. Le bruit de fond que j’ai entendu aujourd’hui était très réconfortant, ce qui m’amène à penser qu’on attend beaucoup de I’lnstitut multilatéral d’Afrique.

Au nom de la Banque africaine de développement, du FMI et de la Banque mondiale, permettez-moi d’exprimer notre reconnaissance à tous les participants qui ont pris du temps précieux sur leurs emplois du temps fort chargés pour prendre part à I’inauguration de cette initiative d’importance vitale pour le renforcement des capacités en Afrique. Votre présence témoigne, si besoin est, de I’importance que vous attachez au développement humain et institutionnel du continent. Pour nous, votre présence active constitue la preuve du soutien que vous apportez au nouvel institut. Au cours de ces deux derniers jours, vous avez eu I’occasion de débattre d’un certain nombre de questions primordiales qui ont des répercussions profondes sur les perspectives de développement du continent. Il vous a également été donné de passer en revue un certain nombre de thèmes: évolution du rôle de l’Etat dans l’économie, gouvernance, défi de la réalisation de la stabilité macroéconomique et besoins de renforcement des capacités en Afrique.

Vous avez également eu l’occasion de discuter du rôle des institutions financières internationales. D’une manière générale, celles-ci ont joué un rôle non négligeable dans le domaine du renforcement des capacités sur le continent. Les nouvelles initiatives qu’elles pourraient lancer à l’avenir s’inscriront dans le droit fil de cette tradition. Au cours des différents panels, il vous a été donné d’entendre d’éminents responsables gouvernementaux et des professionnels expérimentés faire état de leur expérience dans les différents domaines du développement. En effet, on pourrait qualifier certains d’entre vous d’illustres personnalités, compte tenu de la contribution appréciable que vous avez apportée au développement du continent africain.

Permettez-moi de saisir cette occasion pour remercier tous les présidents de séance et les panélistes pour avoir partagé avec nous leurs idées et convictions intimes, ainsi que leurs expériences riches et variées.

Le séminaire inaugural nous a également permis d’entendre les réactions des participants. Certaines de leurs observations et préoccupations avaient trait à l’Institut multilatéral d’Afrique. Des points de vue ont été émis au sujet de l’IMA et des autres institutions régionales de formation, du programme de l’Institut et du nombre de participants à ce programme. Permettez-moi d’aborder brièvement quelques-unes de ces questions et préoccupations.

En portant l’Institut multilatéral d’Afrique sur les fonts baptismaux, les trois institutions fondatrices ont indiqué clairement, dès le départ, que les activités de l’IMA ne sauraient se substituer à celles qui sont menées à l’heure actuelle à différents niveaux par les organisations internationales et les instituts sous-régionaux ou nationaux de formation. Le principe de la complémentarité a présidé à la création de l’IMA. Il orientera également les activités de formation et la mise en oeuvre des programmes d’apprentissage des trois institutions fondatrices. M. Camdessus a été on ne peut plus clair sur ce point dans son allocution audio-visuelle.

Une préoccupation majeure, qui a été exprimée par notre Conseil d’administration lorsque l’idée de la création de l’IMA a été avancée pour la première fois, concernait les avantages supplémentaires que l’Institut offrirait. En d’autres termes, dans quelle mesure l’IMA serait-il différent des autres institutions ou programmes de formation? Comme l’a souligné hier le Président Kabbaj dans ses remarques liminaires, nous nous attendons à ce que l’IMA se distingue, au fil du temps, par les trois caractéristiques suivantes:

  • tout d’abord, la formation de qualité qu’il proposera. L’IMA bénéficiera de l’expérience habituelle de la BAD et de l’expérience mondiale en matière de développement du FMI et de la Banque mondiale;

  • ensuite, l’élaboration d’un programme de formation véritablement axé sur l’Afrique. Ce programme de formation portera essentiellement sur les questions et problèmes de développement économique de l’Afrique et permettra de satisfaire les besoins immédiats des participants africains. Comme certains d’entre vous l’ont conseillé, le programme de formation de l’IMA prendra en compte non seulement les problèmes macroéconomiques, mais également les questions d’ordre structurel, social et sectoriel;

  • enfin, le recours aux techniques d’enseignement à distance tant pour développer les installations de formation de l’IMA que pour mettre à la disposition d’un auditoire plus large les différents programmes de formation que celui-ci propose. Soyez assurés que le Président Kabbaj, le Président Wolfensohn et le Directeur général Camdessus sont tous très attachés à cette question de l’enseignement à distance, car il offre un potentiel inestimable de formation pour le plus grand nombre.

Aussi espérons-nous voir l’IMA se forger une spécificité. Comme M. Botchwey nous l’a sagement suggéré hier, nous nous attendons à ce que les programmes de formation de l’IMA soient rationalisés en relation avec ceux des trois organisations fondatrices.

Une autre préoccupation qui a été exprimée concerne les relations entre l’IMA et les instituts de formation régionaux. A cet égard, permettez-moi de souligner qu’un aspect essentiel de la mission de l’IMA consiste, en effet, à renforcer les capacités des autres instituts de formation africains. Le travail en réseau avec les instituts de formation et les institutions de recherche africains recevra donc une haute priorité, et beaucoup d’efforts seront déployés pour associer les institutions régionales aux activités de l’IMA.

Une dernière préoccupation que je voudrais évoquer concerne le nombre de cadres qui seront formés par l’IMA. Comme certains d’entre vous ont pu le constater, au cours de la première année d’activités, il est prévu que l’IMA offre une formation à 300-400 responsables gouvernementaux et autres participants. Ces chiffres peuvent paraître modestes au regard du nombre de pays africains et des besoins considérables de renforcement des capacités sur le continent. Cependant, même pour des institutions internationales aussi prestigieuses que la BAD, le FMI et la Banque mondiale, il est préférable de commencer avec prudence, de développer les activités en mettant à profit les résultats tangibles et de tirer des leçons de l’expérience.

Pour ma part, je suis convaincu que d’ici quelques années, le nombre de participants au programme de l’IMA sera beaucoup plus élevé qu’au cours de la première année. Il est important de souligner qu’une fois les installations d’enseignement à distance disponibles à l’IMA et dans nos pays membres régionaux, le nombre des bénéficiaires des cours de l’Institut augmentera naturellement de façon notable.

Je voudrais clore mon propos en vous exprimant, une fois de plus, notre reconnaissance pour votre participation au séminaire inaugural de l’IMA. Nous sommes convaincus que votre participation aux activités de l’Institut ne se limitera pas à votre présence à ce séminaire et qu’elle prendra d’autres formes. L’IMA ne manquera pas de faire bientôt appel à nombre d’entre vous pour servir de personnes ressources au sein de ses structures d’apprentissage et de formation. Nous espérons que vous serez en mesure d’assumer ces responsabilités, en dépit de vos emplois du temps fort chargés. L’IMA contactera également les différentes institutions de formation régionales et nationales ici représentées pour créer de nouveaux partenariats et réseaux de formation. Nous sommes convaincus que cette initiative donnera un nouveau souffle de vie au renforcement des capacités sur le continent.

LISTE DES PARTICIPANTS

BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT

ABUBAKAR Murtala

Conseiller de l’Administrateur, Nigeria

AFRIKA Philibert

Secrétaire général

AKIN-OLUGBADEA.

Directeur, Affaires juridiques

ANDREASSEN Harald

Administrateur suppléant, Norvège

ARTHUR Nat

Comptable

ASSAMOI Koikou

Administrateur, Côte d’Ivoire

BAHGAT Ahmed

Vice-président, Finances

BAUER Michael

Administrateur, Allemagne

BOUCHER Chanel

Vice-président, Questions institutionnelles

CHIFWAMBWA Sambwa

Chargé principal de communications

CHUNDU Benny

Conseiller de l’Administrateur

COMPAORE Philippe

Conseiller de l’Administrateur

DEAR Alice

Administrateur, Etats-Unis

DRISSI Hassan

Conseiller de l’Administrateur

ENWEZE Cyril

Vice-président, Opérations

FAN Bosheng

Conseiller de l’Administrateur

FERRAT Salah

Administrateur, Algérie

GOMIS Charles

Conseiller principal du Président

GWARZO Bello

Assistant de l’Administrateur

JANDY Joao

Assistant de l’Administrateur

JOHANSSON Pernilla

Assistant de l’Administrateur

KABBAJ Omar

Président

KABELL Dorte

Conseiller principal du Président

KARIISA Gabriel

Directeur, Evaluation

KITOMARI N.

Administrateur, Tanzanie

MANSARAY Foday B. L.

Assistant de l’Administrateur

MASUMBUKO Isidore

Administrateur, Congo

MOLAPO Peete

Administrateur, Lesotho

OSHIKOYA Waheed

Directeur, Recherche

OULATE Monka Sandra

Chargé d’information

PAGANI Norberto José

Conseiller de l’Administrateur

PANSINI Maria Concetta

Conseiller de l’Administrateur

SAIKI Kemal

Directeur, Communications

SSEKANDI Francis M.

Directeur, Affaires juridiques

TANI Mohamed

Chargé principal de formation

TEMBE Daniel Gabriel

Administrateur, Mozambique

TRAINA Abdallah

Administrateur, Libye

WOLDU Gabre

Directeur, Planification stratégique

YUSUF Beita

Administrateur, Nigeria

INSTITUT MULTILATERAL D’AFRIQUE

BAKHASHUWEIN Zénab A.

Chargée d’administration

DESSART Michel A.

Directeur

UBOGU Roland E.

Economiste en chef

FONDS MONETAIRE INTERNATIONAL

ABED George

Conseiller principal, Département des finances publiques

DAUMONT Roland

Chef de Division, Institut

EWENCZYK Pierre

Représentant résident, Côte d’Ivoire

GONDWE Goodall

Directeur, Département Afrique

NSOULI Saleh

Directeur adjoint, Institut

ONDO-MANE Damian

Administrateur suppléant

SAKHO Pape Ousmane

Conseiller principal, Département Afrique

BANQUE MONDIALE

ABRAHAM Girmai

Administrateur suppléant

DARLAN Guy

Coordonnateur régional (Afrique), Institut

DEJOU Chantal

Directeur-pays a.i., Côte d’Ivoire

HAQUE Inaamul

Administrateur

LEVY Brian

Directeur, Renforcement des capacités

NYANIN Ohene

Directeur, Partnership Group

SIRUR Neeta

Coordonnateur régional (Afrique), Institut

TOURE Bassary

Administrateur

VINOD Thomas

Directeur, Institut

AMBASSADES

BACKMAN Erik

Chargé d’Affaires, Ambassade de Suède

BLICHER Olsen Ole

Ambassadeur du Danemark, Accra

DESMAZIERES Jean-François

Conseiller de coordination, France

GAUTIER Bertrand

Conseiller de coopération adjoint, France

OLISAEMEKA K.

Ambassadeur, Ambassade du Nigeria

TANGERAAS Lars

Ambassadeur, Ambassade de Norvège

TRAAVIK Stig

Deuxième Secrétaire, Ambassade de Norvège

ULMANN Sabine

Premier Secrétaire, Ambassade de Suisse

MINISTERES

AHOUA N’DOLI T.

Ministre de l’Industrie, des Petits Entreprises et du Tourisme, Côte d’Ivoire

BONKOUNGOU Juliette

Présidente du Conseil économique et social, Burkina Faso

BOTCHWEY Kwesi

Ancien Ministre des Finances, Ghana

DOGOH MADOU Franck

Ministère de la Planification, Côte d’Ivoire

DUNCAN KABLAN Daniel

Premier ministre, Côte d’Ivoire

ECHENE Kobinan

Inspecteur général, Ministère de l’éducation, Côte d’Ivoire

EPONON Thomas

Ministère de la planification, Côte d’Ivoire

KABRE Tinga Vincent

Conseil économique et social, Burkina Faso

MEL MELEDJE Mathias

Assemblée nationale, Côte d’Ivoire

NANKABIRWA Ruth

Ministre d’Etat, Ouganda

SABIITI B. G.

Primature, Ouganda

SAWADOGO Salifou

Conseil économique et social, Burkina Faso

SOUMAHORO Mema

Cabinet du Premier ministre, Côte d’Ivoire

SUFIAN Ahmed

Ministre des Finances, Ethiopie

SULEMANE Jose

Economiste, Ministère du Plan, Mozambique

THIAM Tidjane

Ministre de la planification, Côte d’Ivoire

TOURE Mamoudou

Ancien Ministre des Finances, Sénégal

WODIE Francis

Ministre de l’enseignement supérieur, Côte d’Ivoire

YAMEOGO Roméo

Conseil économique et social, Burkina Faso

YOMAN Ginette-Ursule

Ministère de la planification, Côte d’Ivoire

AUTRES ORGANISATIONS

ABE Noriko

Représentant résident de la JICA, Abidjan

ADIGUN Ola

Chargé de formation, AADFI

AGBENONCI Aurélien

Représentant résident adjoint du PNUD, Côte d’Ivoire

AJAKAIYE Olu

Directeur général de NISER, Nigeria

ALAMI Moulaye Abdeslam

Directeur de MEGADIS

ALIPUI Frédéric Yao

Chef, Commerce, Questions monétaires et financières, OUA

BAKARY Lansina

Directeur national de la BCEAO, Côte d’Ivoire

BEYALA Calixte

Ecrivain

BRUN Jean-François

Enseignant-chercheur, CERDI, France

CABRILLAC Bruno

Chef de service de la Zone franc, Banque de France

CARY Clark

Association financière internationale, Rome

CLOUTIER Linda

Agence canadienne pour le développement international

GBAGUIDI Rémi

Chef du Protocole, CEDEAO

GNAPI Luc-Cavre

Economiste-statisticien, CNPI, Côte d’Ivoire

ITSEDE Chris

Directeur général, WAIFEM

KAMARA Amadou Mustapha

Representant dela FAO, Côte d’Ivoire.

KATJAVIVI Peter

Vice-chancelier, Université de Namibie

KAYIZZI-MUGERWA Steve

Professeur associé, Université de Gothenburg, Suède

KHAKETLA Mamphono

Directeur régional, Institut du Développment, Botswana

KONAN BANNY Charles

Gouverneur de la BCEAO

KOUTANGNI Alain

Assistant du Gouverneur, BCEAO

KOUYATE Lansana

Secrétaire exécutif, CEDEAO

LACHANCE Paul

Agence canadienne pour le développement international

LECOINTRE Christian

Directeur de la formation, BCEAO

MATHISSE Thierry

Conseiller économique, Commission européenne

MELLALI Soraya

Conseiller de programme, PNUD

MUSINGUZI Polycarp

Directeur de la recherche, Bank of Uganda

MWAU George N.

Conseiller régional, CEA

NAMAGOA Simon

Chargé de programme, MEFMI, Zimbabwe

NDLOVU Dingiswayo Callistus

ZIPAM, Zimbabwe

NDORUKWIGIRA Apollinaire

Fonctionnaire principal, FARC, Zimbabwe

N’GUESSAN Tchétché

Directeur, CIRES, Abidjan

NGUMO Mwangi

Directeur, Kenya Institute of Management

OUATTARA Mama

Formateur, Université de Cocody, Côte d’Ivoire

RYCHNER Daniel

Direction de la coopération, Suisse

SAIDI Nyamanga Baleja

Consultant indépendant

SANTIAGO Nsue Medja

Directeur central, Banque des Etats de l’Afrique centrale

SIBANDA Désiré

Directeur général, Zimbabwe Institute of Public Administration

SQALLI Hassan

Directeur, Secrétariat général, Union du Maghreb arabe

TERRACOL

Directeur, Agence française de développement

TOURE Ahmar

Directeur régional adjoint, ILO, Abidjan

TSIKATA Yvonne

Economic & Social Research Foundation, Tanzanie

TURCATO Gérard

OIT, Abidjan

VON-BROCHOWSKI G.

Chef de délégation, Commission européenne

WADE Magatte

Secrétaire général, AIAFD, Abidjan

WOHLGEMUTH Lennart

Directeur, Nordic African Institute

ZEIDY Ibrahim A.

Secrétariat de la COMESA, Lusaka, Zambie

ZODDA Augusto

Directeur du Trésor, Italie

PRESSE

ABEDI Mel Pierre

Radio-télévision Ivoirienne

BADOU Atta KobenanDIOURO Michel

L’Inter, Côte d’Ivoire

FADIGA Hamed Kader

Le Patriote, Côte d’Ivoire

GUEDE Max

Radio-télévision Ivoirienne, lère chaîne

INZA Di Kader

Libération, Côte d’Ivoire

KAKOU A. Marthe

Radio-télévision ivoirienne, TV2

KASSY Innocent

Ministère de l’information, Côte d’Ivoire

KIPRE Seri Mogador

Le Jeune Démocrate, Côte d’Ivoire

KONE Soungalo

Notre Voie, Côte d’Ivoire

KOUTOUAN Jean-BaptisteLOHOURIGNON MauriceMHAMED Fana

Fraternité Matin, Côte d’Ivoire

N’GUESSAN Albert

Radio-télévision ivoirienne, lère chaine

NICHIE Séraphin

Ministère de l’information, Côte d’Ivoire

OKONRINO Celestine

Reuters

OUATTARA Bakary

Ivoir’ Soir, Côte d’Ivoire

RAYBOULD Alan

Reuters

SIDIBE Kady

Le Patriote, Côte d’Ivoire

SYLLA Yacouba

Fraternité Matin, Côte d’Ivoire

TANOH Eugène

Libération

YAO Julien

Ministère de l’information, Côte d’Ivoire

YAPI N’Gbechi Benjamin

Soir Info, Côte d’Ivoire

YOBOBA Tonohan Aimé

Ministère de l’information, Côte d’Ivoire

Références

    EasterlyW. andLevineR.,Africa’s Growth Tragedy: Policies and Ethnic Divisions”, Quarterly Journal of Economics,pp. 12031250,1998.

    HallR.E. andJonesC.I.,“Fundamental Determinants of Output per Worker Across Countries”, August1997.

    KifleH.,“Capacity Building in Africa—The Role of Multilateral Financial Institutions (MFIs)”, inLennartWohlgemuth,JerkerCarlsson, andHenockKifle (eds.), Institution Building and Leadership in Africa, Stockholm: Nordiska Afrikainstitutet, 1998.

    RodrikD.,TFPG Controversies, Institutions, and Economic Performance in East Asia”, NBER Working Paper 5914,February1997.

    RodrikD.,“Institutions for High-Quality Growth: What are They and How to Acquire Them”, draft paper prepared for the International Monetary Fund Conference on Second Generation Reforms,Washington, D.C., November 8–9, 1999.

    Sievers,SarahE.,“Competitiveness and Foreign Direct Investment in Africa”, inSalehM. Nsouli,AugustinKwasin Fosu, andAristomeneVaroudakis,Policies to Promote Competitiveness in Manufacturing in Sub-Saharan Africa(forth coming).

    Other Resources Citing This Publication