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I LE RENFORCEMENT DES CAPACITES, LA GOUVERNANCE ET LES REFORMES ECONOMIQUES EN AFRIQUE

Editor(s):
Michel Dessart, and Roland Ubogu
Published Date:
October 2001
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Discours d’ouverture

Omar Kabbaj

Président du Groupe de la Banque africaine de développement

C’est un immense plaisir pour moi de vous souhaiter la bienvenue à ce séminaire inaugural de l’Institut multilatéral d’Afrique (IMA). J’aimerais exprimer, en particulier, toute ma gratitude et celle de la Banque africaine de développement à Son Excellence Monsieur Kablan Duncan, Premier ministre de Côte d’Ivoire, pour avoir bien voulu accepter de présider cette cérémonie d’ouverture. Sa présence parmi nous constitue un témoignage éloquent de l’importance que lui-même et le Gouvernement de Côte d’Ivoire attachent à cette nouvelle initiative. Je voudrais également saluer la présence parmi nous des autres ministres et celle des gouverneurs de la BAD, qui ont tenu à prendre part à ce séminaire malgré leurs emplois du temps fort chargés.

La création de l’Institut multilatéral d’Afrique, entreprise commune à la Banque africaine de développement, au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, illustre à mon avis la solidité des relations de coopération qui existent entre nos trois institutions. Elle témoigne également de la haute priorité que ces trois institutions accordent au renforcement des capacités en Afrique. En effet, la célérité avec laquelle elles ont convenu de porter sur les fonts baptismaux cet institut constitue une preuve éclatante de leur ferme engagement à cet égard. C’est le lieu d’exprimer à nos deux partenaires dans cette nouvelle aventure les sincères remerciements de la Banque africaine de développement et de ses organes dirigeants pour avoir permis à l’Institut de voir le jour en si peu de temps.

Le séminaire inaugural a retenu pour thème “Renforcement des capacités, gouvernance et réformes économiques en Afrique”, un thème d’actualité s’il en est, qui est parfaitement en harmonie avec les buts et objectifs assignés à l’Institut multilatéral d’Afrique. A cet égard, j’aimerais vous faire part de nos points de vue et des réflexions que nous inspire ce thème et passer en revue les enseignements tirés de notre longue expérience dans ce domaine. Ensuite, j’évoquerai brièvement les raisons qui ont conduit à la création de l’Institut et la contribution que nous en attendons.

Défi du renforcement des capacités et des réformes économiques en Afrique

Il est généralement admis que, malgré les résultats spectaculaires obtenus par nombre de pays africains dans le domaine de l’éducation, l’insuffisance manifeste de capacités dans plusieurs secteurs-clés demeure l’un des obstacles majeurs au progrès économique. En effet, de récentes études—notamment celles qui ont été menées à l’initiative des gouverneurs africains de la Banque mondiale et du FMI dans le cadre du Partenariat pour le renforcement des capacités en Afrique (PRCA)—montrent que plusieurs pays du continent ont vu leurs capacités se détériorer considérablement au cours des trois dernières décennies.

En dépit de cette évolution négative, les pays africains ont entrepris une série de réformes économiques de grande envergure, avec le concours de la communauté financière internationale et des bailleurs de fonds bilatéraux. Vous n’ignorez certainement pas que ces réformes visaient, dans un premier temps, à réduire les grands déséquilibres économiques et à rétablir la stabilité macroéconomique. Toutefois, elles ont eu une portée beaucoup plus large et ont tenté d’apporter d’importants changements structurels à l’économie. L’un des traits essentiels de ces programmes de réforme a été de s’attacher à réduire et à redéfinir le rôle de l’Etat dans l’économie et à instaurer un environnement plus propice à une croissance économique fondée sur les lois du marché et induite par le secteur privé.

Tout semble indiquer que les profondes réformes économiques entreprises par les pays africains commencent à donner des résultats tangibles et positifs. Après une longue période de récession au cours des années 80 et pendant la première moitié des années 90, le continent a commencé à enregistrer, ces dernières années, des taux de croissance par habitant positifs. La production réelle a progressé en moyenne de 4% par an entre 1996 et 1998, contre moins de 2% au cours de la première moitié de la décennie. Ce renversement de tendance de la performance économique s’est généralisé, dans la mesure où un grand nombre de pays ont enregistré des taux de croissance positifs. Ainsi, à l’exception de quelques pays en proie aux troubles civils et aux conflits, et de ceux qui continuent de pâtir des aléas climatiques, les pays africains ont, dans l’ensemble, renversé la tendance au déclin économique des années précédentes. Il existe également de bonnes perspectives en ce qui concerne la croissance économique sur le continent, qui devrait se poursuivre au rythme de 4 à 5% par an au cours des prochaines années.

Malgré cette évolution positive et encourageante, il convient de souligner que les pays africains ne sont qu’au stade initial de la reprise économique. La réduction du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté—estimé à l’heure actuelle à environ 40% de la population totale—demeure le principal défi auquel le continent sera appelé à faire face au cours des prochaines décennies. Pour relever ce redoutable défi, les pays africains devront continuer d’approfondir leurs programmes de réforme et mettre en œuvre un certain nombre de mesures complémentaires. Qu’il me soit permis d’en citer quelques-unes.

En premier lieu, la poursuite et l’approfondissement des réformes économiques exigeront des pays africains l’application continue de politiques budgétaires et monétaires prudentes. Celles-ci s’imposent si on veut sauvegarder les acquis non négligeables de ces dernières années. Les gouvernements africains devront également continuer de promouvoir l’émergence d’un secteur privé compétitif à l’échelle internationale, en supprimant les obstacles d’ordre juridique, réglementaire et bureaucratique susceptibles de retarder davantage son essor. En outre, nos pays devront redoubler d’efforts pour améliorer leur administration publique et mettre en place des systèmes juridique, réglementaire et judiciaire efficaces. A l’heure actuelle, tout le monde s’accorde à reconnaître que les attributs de la bonne gouvernance non seulement constituent des objectifs dignes d’intérêt en soi, mais sont également indispensables pour une bonne gestion de l’économie et la croissance à long terme.

Au-delà de ces mesures de portée générale, les pays africains devront adopter des politiques spécifiques pour accélérer la croissance. Des taux de croissance de l’ordre de 6 à 8% seront indispensables pour obtenir une réduction appréciable du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Pour ce faire, il faudra mobiliser davantage de ressources sous forme d’épargne intérieure et de ressources extérieures. Il conviendra, en particulier, de redoubler d’efforts pour attirer davantage de capitaux privés étrangers. A cet égard, je voudrais souligner que, malgré l’augmentation substantielle des apports de capitaux privés en direction des pays en développement au cours des dix dernières années, la part de l’Afrique a baissé et ne dépasse pas, à l’heure actuelle, 4% de l’ensemble de ces flux.

Les pays africains devront également veiller à ce que les fondements du développement à long terme soient systématiquement pris en considération. Il faudra faire preuve d’imagination et de sagacité pour mettre à la disposition de l’écrasante majorité de la population des structures éducatives et de santé adéquates dont elle ne bénéficie pas encore. Il convient également de se départir des structures sociales et juridiques qui freinent la participation pleine et équitable des femmes aux activités économiques. Il faudra enfin mettre en oeuvre des politiques environnementales appropriées pour éviter que les avantages dont bénéficie la génération actuelle ne soient obtenus au détriment des générations futures.

L’impératif de la coopération et de l’intégration régionale constitue un autre aspect qui mérite une attention particulière. Certes, les efforts de renforcement des groupements régionaux ont enregistré d’importants progrès ces dernières années, mais il est nécessaire de mettre à profit ces acquis pour élargir les marchés sous-régionaux et les rendre plus attractifs pour les capitaux tant nationaux qu’étrangers. Ces efforts ne devraient pas tendre à isoler le continent de la concurrence extérieure, mais plutôt à créer un cadre qui favorise l’efficacité et la compétitivité sur le marché mondial.

De toute évidence, pour relever de façon judicieuse les nombreux défis auxquels le continent est confronté, il faudra renforcer les capacités humaines et institutionnelles des pays africains. De même, le renforcement des capacités s’impose si nos pays doivent s’approprier davantage le processus de réforme et le piloter. Tout le monde s’accorde à reconnaître qu’une telle appropriation est essentielle pour que les politiques et programmes puissent bénéficier d’une adhésion plus large du public et s’inscrire dans la durée.

Bien que la capacité à définir et à appliquer de façon efficace des politiques économiques appropriées varie d’un pays à l’autre, il est généralement admis que peu de pays possèdent les ressources humaines et les institutions requises. Cette capacité doit s’acquérir au fil du temps et se renforcer systématiquement. A cet égard, il faut nécessairement accorder la priorité aux principales institutions économiques de l’Etat. Toutefois, il est tout aussi important de s’employer résolument à redynamiser les universités et autres structures d’enseignement supérieur sur le continent, afin de disposer de cadres hautement qualifiés. Il est impératif de créer un environnement stable pour permettre l’accumulation des connaissances et promouvoir la méthode de l’apprentissage par l’expérience.

Dans leurs efforts visant à renforcer leurs capacités humaines et institutionnelles et à accélérer la croissance et réduire la pauvreté, les pays africains continueront de compter sur l’assistance de la communauté internationale. De toute évidence, il sera nécessaire que les pays les plus pauvres du continent aient accès, pendant quelque temps encore, aux ressources concessionnelles pour compléter leurs ressources limitées. A cet égard, il y a lieu d’espérer que la tendance à la baisse regrettable de l’aide publique au développement sera renversée dans les années à venir. Il faudra renforcer les mesures actuelles d’allégement de la dette, afin de réduire le fardeau de la dette extérieure des pays africains et rendre le service de la dette supportable. J’aimerais souligner combien nous sommes encouragés par les récentes propositions concernant l’allégement de la dette, qui vont au-delà du cadre de l’Initiative PPTE à laquelle la Banque prend une part active, comme tout un chacun le sait.

Par ailleurs, il importe que les pays développés s’attachent à promouvoir le renforcement des échanges avec l’Afrique en supprimant les barrières non tarifaires qui demeurent des obstacles au commerce. Ces pays devraient ouvrir leurs marchés à un plus grand nombre de pays africains et donner suffisamment de temps à ceux-ci pour adapter leurs marchés intérieurs et leurs industries aux nouveaux régimes de l’OMC. Les accords que le Maroc et la Tunisie—et plus récemment l’Afrique du Sud—ont conclus avec l’Union européenne constituent des pas importants dans cette direction.

Initiatives prises par la Banque en matière de renforcement des capacités

En accordant une plus grande attention au renforcement des capacités, il est indispensable de mettre à profit les enseignements tirés de nos expériences passées. A cet égard, il est important de rappeler que la Banque africaine de développement et les autres institutions de développement international ont toujours joué et continuent de jouer, faut-il le rappeler, un rôle primordial dans les efforts de renforcement des capacités en Afrique.

Le soutien apporté par la Banque à nos pays membres régionaux dans ce domaine concerne les quatre volets que voici:

  • le soutien aux initiatives générales de renforcement des capacités par le truchement de prêts et de dons destinés à l’investissement dans le secteur social et, en particulier, dans le domaine de l’éducation;

  • l’appui aux projets spécifiques de développement institutionnel, souvent dans le cadre de prêts d’ajustement structurel concernant l’économie dans son ensemble ou des secteurs spécifiques;

  • la formation assurée par la Banque elle-même par le truchement de l’Institut africain de développement dans le cadre des projets et des programmes; et

  • les initiatives concertées de renforcement des capacités, notamment la Fondation africaine pour le renforcement des capacités (FARC) et le nouveau Partenariat pour le renforcement des capacités en Afrique (PRCA).

Depuis le démarrage de ses activités, la Banque a mis à la disposition des pays membres régionaux des ressources considérables pour l’investissement dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Ces trois dernières décennies, plus de 3,7 milliards de dollars EU, soit 10% de l’ensemble des prêts et dons de la Banque, ont été affectés aux secteurs sociaux. En outre, elle a financé divers programmes qui ont notamment contribué à renforcer les institutions économiques essentielles de l’Etat, à mettre en place l’appareil judiciaire et à procéder à la réforme de la fonction publique.

Il ne fait point de doute que les projets et programmes financés par la Banque africaine de développement et d’autres institutions ont contribué à élargir de façon substantielle la gamme des opportunités d’éducation et à renforcer des institutions spécifiques. Cependant, comme l’ont révélé différentes études, beaucoup reste encore à faire. Ainsi, grâce aux instruments de prêt classiques et aux dons d’assistance technique, la Banque africaine de développement et nos partenaires multilatéraux et bilatéraux continueront de soutenir le développement des institutions économiques essentielles. Toutefois, il faudra également mieux cibler l’assistance aux fonctionnaires responsables de l’exécution des principales fonctions économiques afin d’améliorer leurs connaissances et leurs compétences.

Mission de l’Institut multilatéral d’Afrique (IMA)

En dispensant une formation d’excellente qualité dans différents domaines, l’Institut multilatéral d’Afrique apportera une contribution appréciable, nous en sommes convaincus, au renforcement des capacités. La création de l’Institut permettra aux trois institutions de mobiliser leurs ressources et d’offrir davantage d’opportunités de formation. Qu’il me soit permis de préciser, à cet égard, que l’Institut devrait former chaque année entre 300 et 400 fonctionnaires nationaux et autres participants. Ainsi, à moyen et à long terme, il apportera une contribution substantielle à l’amélioration des capacités des cadres africains.

La formation que l’Institut entend offrir ne tardera pas, nous l’espérons, à se forger des spécificités intrinsèques. En particulier, l’Institut devrait asseoir sa réputation sur l’excellente qualité de sa formation, dans la mesure où il pourra tirer directement parti des ressources humaines et de la riche expérience des trois institutions qui l’ont porté sur les fonts baptismaux. Par ailleurs, il servira de creuset pour l’élaboration de cours communs aux trois institutions et, à terme, pour l’élaboration d’un programme de formation véritablement axé sur l’Afrique. En outre, l’lnstitut commencera bientôt à utiliser les méthodes modernes de télé-enseignement afin de développer ses propres activités de formation et de mettre ses différents programmes de formation à la disposition d’un auditoire plus large.

L’un des aspects essentiels de la mission qui incombe à l’lnstitut consistera à renforcer la capacité de formation des autres institutions africaines. Le personnel de ces institutions sera invité à prendre part aux activités de l’lnstitut, tant en qualité de personnes ressources que de participants. Le matériel de formation produit par l’lnstitut sera également mis à la disposition de ces institutions afin de les aider à élaborer leurs propres programmes.

Bref, l’lnstitut devrait figurer parmi les institutions de formation de premier rang sur le continent. Tel qu’il ressort du programme de la premiére année, l’lnstitut dispensera une large gamme de cours concernant la politique économique et d’autres thémes d’ordre structurel et social. Nous sommes done convaincus que l’lnstitut aura un impact appréciable dés le démarrage de ses activités.

Conclusion

Pour conclure mon propos, permettez-moi de vous réitérer nos sincéres remerciements pour avoir accepté de participer à ce séminaire inaugural de l’lnstitut multilatéral d’Afrique. Pendant ces deux journées, j’en suis convaincu, le séminaire offrira aux participants venus, je dois l’ajouter, de beaucoup de régions du continent et d’ailleurs, une occasion unique de procéder à un échange de vues sur le défi du renforcement des capacités et des réformes économiques en Afrique.

C’est avec un grand intérêt que nous attendons de connaître votre opinion non seulement sur les différents thémes qui seront abordés au cours du séminaire, mais également sur la mission et les activités de formation de l’lnstitut. Vos observations et conseils contribueront, sans nul doute, à donner l’élan nécessaire à cette nouvelle initiative commune à la Banque africaine de développement, au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale dans le domaine du renforcement des capacités, afin que l’lnstitut Multilatéral d’Afrique atteigne les objectifs qui lui sont assignés.

Michel Camdessus

Directeur général du Fonds monétaire international

C’est un réel plaisir pour moi de vous souhaiter la bienvenue à ce séminaire inaugural de l’lnstitut multilatéral d’Afrique (IMA). C’est aussi un insigne honneur pour nous d’accueillir tant d’éminents invités—premiers ministres, ministres et gouverneurs de banques centrales—venus des quatre coins de l’Afrique pour prendre part à cette cérémonie d’ouverture. J’aurais souhaité pouvoir me joindre à vous en cette occasion, mais des engagements antérieurs ne m’ont pas permis d’être présent en Afrique aujourd’hui. Toutefois, ils ne m’empêchent pas, comme vous pouvez le constater, de partager avec vous—grâce aux merveilles de la technologie moderne—quelques réflexions sur cet événement qui fera date.

L’inauguration de l’IMA constitue en effet une nouvelle étape du renforcement des opportunités de formation économique et financiére en Afrique. Trois des principaux partenaires multilatéraux du continent africain ont décidé de conjuguer leurs efforts afin d’apporter directement à cette région le meilleur de leurs moyens de formation. Permettez-moi d’adresser mes remerciements les plus chaleureux au Gouvernement de la Côte d’lvoire qui a bien voulu accueillir l’IMA dans ce magnifique pays. J’aimerais également exprimer ma gratitude à la Banque africaine de developpement (BAD) et à la Banque mondiale, qui n’ont pas ménagé leurs efforts et qui ont œuvré ensemble en vue de permettre à cet Institut de voir le jour. Les responsables africains sont confrontés à de nombreux défis majeurs. Nous ne pouvons done que nous féliciter de pouvoir compter sur la BAD et la Banque mondiale pour nous épauler dans cette nouvelle entreprise. Ce partenariat permettra à l’IMA de tirer le meilleur parti des compétences de chaque institution et d’offrir une formation solide et concréte dans un large éventail de domaines. Je suis certain que l’lnstitut sera un atout majeur pour les pays africains dans leurs efforts permanents de renforcement de leurs capacités de gestion économique et financière.

Cette inauguration arrive à point nommé, dans un contexte de regain d’optimisme—un optimisme toutefois prudent—concernant les perspectives de croissance et de développement en Afrique subsaharienne. De 1995 à 1998, la croissance du PIB réel a été en moyenne de 4% par an et, après une longue période de recul, le revenu réel par habitant a augmenté au rythme de 1% par an. Le taux médian de Pinflation est passé de 40% au cours de la premiére moitié des années 90 à 10% en 1998. Par ailleurs, beaucoup de pays africains ont améliore de façon notable leurs positions extérieure et budgétaire. Nos derniéres projections laissent entrevoir une nouvelle amélioration des indicateurs économiques et financiers de la région en 1999 et en 2000, après le contrecoup de la chute des cours des produits de base en 1998.

Ces résultats encourageants—qu’il s’agisse du redressement macroéconomique ou de la consolidation de nombreuses économies—sont le fruit des politiques économiques et financiéres persévérantes et des réformes structurelles qui ont été menées sans relâche par un certain nombre de pays de la région. Nous sommes heureux au FMI—et cela vaut également, j’en suis sûr, pour nos amis de la Banque mondiale et de la BAD—d’avoir pu soutenir ces efforts par nos prêts concessionnels et, pour plusieurs d’entre eux, par Paide apportée dans le cadre de I’lnitiative des pays pauvres très endettés (PPTE).

Cependant, bien que les performances de l’Afrique se soient améliorées et que ses perspectives économiques soient encourageantes, nous ne savons que trop le chemin qui reste encore à parcourir. La croissance du revenu par habitant est positive, mais elle est encore trop lente. Les revenus demeurent très faibles en termes absolus. Par-dessus tout, la pauvreté atteint des proportions intolérables. S’attaquer à ces problémes revient—pour l’Afrique et ses partenaires—à relever trois défis majeurs:

  • le premier et, qui plus est, le plus urgent, consiste à déployer des efforts concertés pour faire reculer la pauvreté grâce à de nouvelles stratégies de croissance;

  • le second consiste à accroître l’épargne intérieure et à stimuler l’investissement privé, y compris l’investissement étranger; et

  • le troisième est d’accroître la productivité et la compétitivité des économies afin que celles-ci puissent tirer pleinement parti de l’actuelle mondialisation de l’économie.

C’est dire si les défis que les dirigeants africains doivent relever sont redoutables ! Et c’est à eux qu’il incombe, au premier chef, de formuler les stratégies à mettre en œuvre pour faire reculer la pauvreté. Toutefois, ils ne sont pas seuls. La communauté internationale est plus que jamais consciente de ces problèmes et prête à aider les pays africains à atteindre un niveau de croissance raisonnable. Qu’est-ce que cela implique ?

Les pays africains devront faire preuve de diligence dans la mise en place de solides institutions et de politiques avisées. Permettez-moi d’en citer quelques aspects essentiels:

  • la consolidation de la stabilité macroéconomique, car elle est indispensable pour accroître l’épargne et l’investissement privés de façon durable;

  • le renforcement du secteur financier, grâce au développement des marchés, à l’amélioration du contrôle et de la réglementation bancaires et à l’ouverture de ce secteur à la concurrence tant intérieure qu’extérieure;

  • l’amélioration de la gouvernance, de la transparence et de l’obligation de rendre des comptes en ce qui concerne la gestion des ressources publiques et privées; il ne peut y avoir de développement satisfaisant là où règne la corruption;

  • la suppression des dépenses publiques non productives, notamment les dépenses militaires excessives, afin d’accroître—besoin pressant s’il en est—les dépenses sociales;

  • l’amélioration du cadre réglementaire et légal du système judiciaire, de son indépendance et de l’impartialité de l’Etat;

  • l’accélération de la libéralisation des échanges afin de renforcer l’efficacité et la compétitivité des entreprises africaines et encourager le continent à intensifier ses relations commerciales, en vue de faciliter son intégration à l’économie mondiale;

  • le rétablissement de l’équilibre entre les secteurs public et privé grâce à la restructuration et à la privatisation des entreprises publiques, et à 1’introduction de la concurrence dans les sociétés anciennement publiques; et

  • l’approfondissement des initiatives d’intégration régionale dans le cadre d’une libéralisation multilatérale et non discriminatoire des échanges.

Vous retrouverez dans cette énumération beaucoup d’éléments bien connus de ce qui constitue une politique économique avisée. Mais, il est de plus en plus évident que cette politique doit s’inscrire de façon explicite dans le cadre d’une stratégie de lutte contre la pauvreté. En somme, l’objectif primordial de la politique et du financement du développement doit être de réduire la pauvreté. Comment la communauté internationale peut-elle y contribuer?

Ces derniers mois, la communauté internationale a pris d’importantes mesures afin d’alléger le fardeau de la dette des pays les plus pauvres et les plus endettés. En particulier, elle a amélioré très sensiblement les modalités de l’lnitiative PPTE. Celles-ci présentent deux caractéristiques nouvelles:

  • un plus grand nombre de pays pourront bénéficier d’un allégement plus substantiel de leur dette et dans des délais plus brefs que ceux prévus au départ;

  • l’allégement de la dette est explicitement lié à la lutte contre la pauvreté, ce qui répond à une préoccupation largement partagée: si la charge des obligations au titre du service de la dette est excessive, la qualité des services sociaux de base, destinés en particulier aux plus démunis, risque d’en pâtir. Notre but est d’aider les pays—lorsqu’ils entreprennent des réformes, stabilisent leur économie et reçoivent l’assistance internationale, notamment sous forme d’un allégement trés concessionnel de leur dette—à améliorer le sort de ceux qui en ont désespérément besoin.

Quel rôle le FMI peut-il jouer à cet égard ? Depuis des années, les programmes qu’il appuie comportent une dimension sociale explicite. Mais la corrélation entre la croissance et le développement social est désormais definie de manière plus précise. Nous sommes en train de transformer notre guichet concessionnel, la Facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR), en Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC), et ce, parallélement au renforcement de l’initiative de l’allègement de la dette, ce qui établit une corrélation explicite avec la réduction de la pauvreté et donne une nouvelle dimension à notre coopération avec la Banque mondiale. Ce lien avec notre institution sœur revêt une importance primordiale, car la Banque dispose de l’expertise et des compétences nécessaires pour aider les différents pays à élaborer leurs politiques sociales. Les stratégies de lutte contre la pauvreté, qui seront une caractéristique essentielle de notre nouvelle facilité, permettront de coordonner les contributions des organismes internationaux—Banque mondiale, Banque africaine de développement, Nations Unies et autres bailleurs de fonds—et de la société civile des pays intéressés, afin d’aider leurs gouvernements à réaliser les objectifs sociaux globaux, tout en permettant au FMI de confiner ses activités aux domaines dans lesquels il a un avantage comparatif.

Ceci dit, permettez-moi d’aborder la question de la contribution que le nouvel Institut multilatéral d’Afrique peut apporter pour une meilleure compréhension de ces questions et la création des capacités requises pour élaborer et mettre en œuvre les politiques qui s’imposent. L’IMA aura pour mission de développer les compétences analytiques et techniques des cadres nationaux, de diffuser les leçons tirées de l’expérience acquise dans d’autres régions du monde et de servir de tribune privilégiée pour les échanges de vues sur les problèmes importants du continent. L’Institut proposera une série de cours et de séminaires axés sur les problèmes de politiques majeurs auxquels sont confrontés les pays africains. Il demarre aujourd’hui avec ce séminaire inaugural sur le thème “Renforcement des capacités, gouvernance et réformes économiques en Afrique”, pour leguel nous avons la chance d’avoir plusieurs éminents orateurs venus d’Afrique et d’ailleurs.

Dans ses efforts visant à promouvoir le renforcement des capacités et à améliorer la gouvernance, le FMI s’attache à encourager une meilleure gestion des ressources publiques, notamment grâce au renforcement de la transparence et de l’obligation de rendre des comptes, et à promouvoir un cadre économique et réglementaire libéral et stable. Dans le cadre de notre dialogue permanent avec les pays membres, nous accordons la plus haute priorité aux aspects économiques de la gouvernance. En aidant les autorités à entreprendre des réformes de la fiscalité, de l’administration des impôts, des procédures budgétaires et de la gestion financière, nous contribuons à lutter contre les pots-de-vin, la corruption et la fraude. Notre assistance technique à la production de statistiques économiques et financières favorise également la transparence. Par ailleurs, la décision récente visant à rendre publics les lettres d’intention et les documents-cadre de politique économique, revêt de l’importance non seulement parce qu’elle accroît la transparence et l’obligation de rendre des comptes, mais également parce qu’elle favorise l’appropriation des politiques économiques et financières.

La formation que le FMI offre aux cadres nationaux constitue un important outil du renforcement des capacités dans nos pays membres. Ces dernières années, notre institution a développé son programme de formation afin de permettre à un plus grand nombre de cadres de ces pays membres d’en bénéficier. Nous assistons à une augmentation notable du nombre moyen de cadres africains qui participent aux cours ou aux séminaires de l’lnstitut du FMI: ils étaient près de 300 par an en moyenne entre 1996 et 1999, contre environ 160 pour la période 1991-95. Tout semble indiquer que la demande restera très élevée. Nous espérons que l’IMA contribuera à renforcer de façon appréciable les efforts que le FMI déploie en vue de satisfaire les besoins de formation des pays membres en Afrique. L’année prochaine, le nouvel Institut assurera la formation d’environ 400 cadres africains supplémentaires.

Je tiens à souligner que, malgré la création de l’IMA, l’Institut du FMI entend poursuivre ses activités de formation à l’échelle continentale, en collaboration avec la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), l’Institut ouest-africain de gestion financière et économique (WAIFEM) et l’lnstitut de gestion macroéconomique et financière (MEFMI).

D’ici la fin de 2000, soit au cours des quatorze prochains mois, l’IMA proposera, en plus de ce séminaire inaugural, 14 cours et séminaires au total. Ceux-ci traiteront d’un large éventail de thèmes, notamment l’ajustement macroéconomique et les réformes structurelles, le contrôle bancaire, la programmation financière, les finances publiques, la privatisation, le secteur financier, la gestion macroéconomique, la croissance économique et l’allègement de la pauvreté, la bonne gouvernance pour un développement économique durable, le développement rural et la protection sociale. Vous l’aurez constaté, plusieurs de ces thèmes ont un lien direct avec la réduction de la pauvreté. Conformément aux missions des trois institutions, les cours mettront à profit les différents domaines d’expertise de la Banque mondiale, du FMI et de la BAD. Le programme de l’IMA restera souple et fera l’objet d’une révision constante de façon à organiser des cours et des séminaires spéciaux sur des thèmes d’actualité ayant une pertinence directe pour les différents pays selon leurs besoins. Nous espérons développer le programme de l’IMA au cours des années à venir.

Pour conclure, je souhaiterais exprimer de nouveau ma reconnaissance à vous tous qui avez accepté d’être présents ici aujourd’hui. Je tiens également à réitérer nos remerciements au Gouvernement de la Côte d’lvoire et à nos collègues de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale pour l’esprit d’innovation et de collaboration qui a présidé à la naissance de cette entreprise commune. J’adresse à l’IMA tous mes voeux de réussite et espère avoir bientôt l’occasion de lui rendre irsite.

Vinod Thomas

Directeur, Institut de la Banque mondiale

Ceci est un moment historique, s’il en est, pour les trois institutions partenaires, ainsi que pour chaque pays africain. Le fait que l’lnstitut multilatéral d’Afrique soit implanté en Afrique et sera dirigé, pour une large part, par des Africains, comportera des avantages immenses.

A mon sens, ce partenariat marque une aube nouvelle dans le développement du continent. Le cadre du développement n’a pu fonctionner sans heurt jusqu’ici, compte tenu des récents conflits, de la crise financière et de l’amenuisement de l’aide au développement.

Toutefois, il existe également de nouveaux centres d’intérêt, en l’occurrence le partenariat, la soutenabilité, le renforcement des capacités et le téléenseignement, ainsi que les questions de gouvernance et de lutte contre la corruption, considérées comme des tabous jusqu’ici. Ces nouveaux centres d’intérêt serviront de moteur à la croissance pour un développement durable et robuste—grâce à la mise à profit, dans le même temps, des forces de chaqué partenaire ici représenté.

Comme l’ont affirmé le Président Kabbaj, le Président Wolfensohn et le Directeur général M. Camdessus dans leur déclaration conjointe, “Notre partenariat tire pleinement parti des forces intrinsèques de chacune de nos institutions, créant ainsi une synergie qui nous permettra d’offrir de meilleures opportunités de formation aux cadres africains dans un lieu de formation plus proche de leurs pays d’origine.”

Ce qui importe, à mon sens, ce ne sont pas tant les institutions parties prenantes à cette entreprise que les Africains qui tireront parti de l’lnstitut multilatéral d’Afrique. Je pense également aux gouvernements et aux entreprises locales qui disposeront d’un personnel qualifié. A ceux-ci s’ajoutent les enfants de chaqué Africain ici présent, qui bénéficieront d’un avenir et de perspectives d’emploi meilleurs, d’une vie plus saine et d’une éducation solide.

Je suis convaincu, pour ma part, que si M. Wolfensohn était présent, il aurait apporté de précieux éclairages sur ces questions. Permettez-moi de m’appesantir sur trois questions d’importance vitale:

  • la justification de l’IMA;

  • l’engagement à renforcer les capacités; et

  • les possibilités qu’offre l’enseignement à distance.

1. Justification de I’IMA

Nul parmi nous n’ignore pourquoi sont nécessaires des efforts tels que ceux qui ont conduit à la mise sur pied de l’IMA. Il n’en demeure pas moins judicieux d’y réfléchir quelques instants.

La pauvreté se fait sentir partout

  • en Afrique, le PNB par habitant ne s’élève qu’ à 488 $ EU;

  • 40% de la population du continent vit avec moins de un dollar par jour;

  • seuls 46% de la population ont accès à l’eau potable;

  • le taux d’analphabétisme s’élève à 43%;

  • il n’y a que 72% des filies qui sont scolarisées dans l’enseignement primaire.

Ces chiffres sont tout simplement inacceptables.

La pénurie de capacités est préoccupante

  • il y a une absence de formation efficace en Afrique;

  • les perspectives offertes aux professionnels qualifiés laissent à désirer—en particulier en termes de rémunération;

  • la fuite des cerveaux demeure une plaie pour le continent;

  • la gestion est défaillante, y compris dans les institutions dont le personnel est qualifié.

Nous ne saurions perdre de vue que le manque de capacités est transversal. A cet égard, permettez-moi de vous donner un exemple. Une étude récente des capacités, conduite par le Gouvernement d’Ethiopie, a montré l’impérieuse nécessité de mettre en place des initiatives de renforcement des capacités à différents niveaux—écoles nationales d’administration, universités, instituts de formation et centres de recherche, institutions publiques, appareil judiciaire, système bancaire, douanes, secteur privé, promotion des exportations, assurance de la qualité, services de vulgarisation, associations commerciales, chambres de commerce, formation technique et professionnelle, administration publique, services éducatifs et de santé, fmances et planification, et agriculteurs. Certes, cette énumération est longue, mais elle ne donne qu’un aperçu des problèmes auxquels de nombreux pays africains sont confrontés.

La réalité des besoins est incontestable et leur ampleur fait peur. Permettez-moi de vous en citer quelques exemples tirés de l’expérience de pays représentatifs au cours des dernières années. L’important, ce n’est pas tant les pays que la situation décrite:

  • les besoins d’un ministère de l’éducation sont estimés à 51.000 instituteurs;

  • un pays ne compte qu’un ingénieur pour 14.500 personnes;

  • il n’existe qu’un vétérinaire pour 10.130 clients;

  • soixante pour cent des fonctionnaires n’ont pas dépassé le niveau du cycle primaire;

  • quarante-quatre pourcent des fonctionnaires se voient confier des tâches pour lesquelles ils n’ont aucune qualification;

  • le Département de l’audit d’un Etat compte 352 gestionnaires/agents techniques dont un seul est titulaire d’une maîtrise en comptabilité, alors que 2.860 comptables/auditeurs sont enregistrés dans ce pays;

  • le niveau des salaires réels dans la fonction publique d’un Etat ne représente que 31% (et seulement 11% pour les hauts cadres) du niveau de 1969;

  • l’enseignement universitaire n’est dispensé que pendant 150 jours (contre 200, en moyenne, à l’échelle mondiale);

  • quarante pourcent du personnel enseignant des cycles primaire et secondaire ne sont pas qualifiés;

  • un responsable d’un ministère des finances reconnaît que le pays ne compte que 110 comptables, mais quelque 450 étudiants en comptabilité ont obtenu leur diplôme au cours des cinq dernières années (il s’agit là d’un autre exemple de la fuite des cerveaux);

  • sur un total de 123 comptables professionnels enregistrés, 49 sont des expatriés, tandis que les besoins minima de l’Etat sont estimés à 480; et

  • en 1991, un pays comptait 22 magistrats résidents pour 244 tribunaux; seuls 9 étaient encoré en poste en 1996.

Cette pénurie de compétences témoigne—si besoin est—de l’impérieuse nécessité de créer un effet multiplicateur. Nous devons nous pencher plus particulièrement sur les volets suivants:

  • assurer la formation des formateurs;

  • veiller à ce que les “personnes qu’il faut” acquièrent les “connaissances qu’il faut”;

  • priser dans les acquis des institutions mondiales—non seulement en matière d’information, mais également en ce qui concerne les meilleures pratiques et les leçons tirées de l’expérience;

  • endiguer le phénomène de la fuite des cerveaux par la mise en place de systèmes de stimulants et de stratégies à long terme;

  • intégrer le renforcement des capacités dans les activités des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux afín d’en assurer la pérennité;

  • étendre le renforcement des capacités à la société civile, aux ONG, aux syndicats, aux milieux académiques, voire au secteur informel.

Nouveau paradigme du développement

Bien qu’il nous ait déjà été donné d’entendre parler du nouveau paradigme du développement, nous pouvons certainement dire qu’une nouvelle aube se lève. Différents pays à travers le monde sont en train d’adopter le Cadre de développement intégré (CDI). En voici quelques exemples:

  • l’OCDE est en train de tracer un cadre parallèle à celui du CDI;

  • de nombreux pays donateurs ont adopté le nouveau cadre—et nous assistons à un changement dans la conduite des activités;

  • en outre, la BAD a émis le vœu de collaborer à la mise en œuvre du CDI dans les pays africains. En fait, à la fin de cette semaine, le personnel de la Banque mondiale et celui de la Banque africaine de développement se réuniront à Yamoussoukro afin de rechercher les voies et moyens de créer des partenariats encore plus solides, y compris à travers un cadre de développement;

  • par ailleurs, le FMI a remplacé le Document-cadre de politique économique par le Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) qui fait une grande place au programme de développement général et place les pays aux postes de commande.

Dans son allocution au cours des dernières Assemblées annuelles, M. Wolfensohn a évoqué le nouveau paradigme dont les trois piliers sont le partenariat, la coopération et la coordination. Je le cite: “Nous savons que le développement est possible, mais pas courru d’avance. La croissance est nécessaire, mais elle ne constitue pas une condition suffisante de la réduction de la pauvreté. Pour être réel et efficace, le développement appelle l’appropriation et la participation au niveau local”.

“Nous ne devrons pas perdre de vue cet appel lorsque nous élaborerons nos programmes de développement au cours des prochaines années. Mais il faut aller plus loin. Nous devons prendre conscience du rôle qui est le nôtre afin de favoriser et non d’entraver les activités des acteurs du développement, grâce à une meilleure coordination de nos activités”.

M. Wolfensohn a aussi cité le Président Mkapa de Tanzanie qui a fait la déclaration suivante: “Il faut encourager nos populations et les aider à s’approprier leur propre développement; elles ne doivent pas être de simples bénéficiaires, mais également les acteurs du développement”.

Le nouveau paradigme du développement consiste à réduire l’aide publique au développement (APD), promouvoir la coopération entre bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux et renforcer l’appropriation du processus. Il permet aux Africains d’être les acteurs de leur développement, d’y participer pleinement et d’être comptables de leurs actions.

Il ne s’agit là que de quelques-uns des facteurs qui expliquent l’importance primordiale de l’IMA à ce stade.

2. Engagement à renforcer les capacités

Les dix dernières années ont été caractérisées par un regain d’intérêt pour le renforcement des capacités. A un moment ou à un autre, nous avons tous tenté de définir ce concept. En fait, il s’agit fondamentalement d’acquérir les compétences nécessaires pour relever les défis qui surgissent. Le renforcement des capacités, que l’IMA est censé assurer, n’est guère un fait nouveau. Il existe une large gamme de programmes de renforcement des capacités, qui attestent de l’engagement de la communauté internationale. Permettez-moi d’en citer quelques exemples:

  • la Fondation africaine pour le renforcement des capacités (FARC) a été créée conjointement par la Banque mondiale, le PNUD et la Banque africaine de développement en 1991. Elle compte, à l’heure actuelle, 20 membres donateurs et organise des séminaires et ateliers de formation en matière d’analyse de politique économique et de gestion pour 34 projets dans 18 pays;

  • une Banque africaine de développement revitalisée et les excellents services qu’offre l’Institut africain de développement;

  • un Institut de la Banque mondiale restructuré récemment (ex-Institut de développement économique), dont plus du tiers des ressources est consacré aux activités en Afrique subsaharienne. En 1999, l’Institut a organisé 23 cours de base, depuis la gestion macroéconomique jusqu’à la politique d’éducation, en passant par la formation de journalistes;

  • évaluations des capacités et secrétariats de renforcement des capacités. Ces dernières années, les institutions multilatérales, les ONG et les organisations bilatérales ont effectué un certain nombre d’évaluations des capacités dans près de la moitié des pays africains. Des points focaux ou des secrétariats nationaux ont été créés dans certains pays—ce qui témoigne de l’engagement des responsables africains;

  • le Partenariat pour le renforcement des capacités (PRC). Comme point culminant de ces activités, les Gouverneurs africains de la Banque mondiale et du FMI ont sollicité le concours de la Banque mondiale afin d’aider les responsables africains à concevoir une initiative de promotion du renforcement des capacités en Afrique. Le partenariat pour le renforcement des capacités (PRC), dont M. Wolfensohn a parlé au cours des Assemblées annuelles, est en voie de création. Il s’agit d’une initiative africaine mise en œuvre par des Africains et pour laquelle la Banque mondiale a approuvé, en principe, un montant de 150 millions de dollars EU pour une période de 5 ans.

Toutefois, il reste encore beaucoup à faire. Il s’agit d’intégrer les activités de l’IMA à celles de ces institutions et programmes et de veiller à mettre l’accent, d’une manière générale, sur le renforcement des capacités. Nous devons tout mettre en œuvre afin que les pays pilotent ce processus et que non seulement les gouvernements en soient les bénéficiaires, mais également que les ONG, les milieux académiques et le secteur privé, ainsi que la société civile, en tirent le meilleur parti.

3. Enseignement à distance

A présent, je voudrais saisir cette occasion pour aborder brièvement une question qui, à mon sens, est passionnante: l’enseignement à distance. Comme vous le savez, M. Wolfensohn attache beaucoup d’importance à l’enseignement à distance. Je suis convaincu que le Président Kabbaj abondera dans le même sens. Pendant la cérémonie de signature du Protocole d’entente de l’IMA, en avril dernier, les discussions avaient porté essentiellement sur les voies et moyens d’équiper l’IMA de façon à l’interconnecter au Réseau mondial d’enseignement à distance.

A maints égards, l’Afrique est à la croisée des chemins. Elle peut facilement reculer ou progresser. Mais il va sans dire que la technologie lui permettra d’aller de l’avant. L’Afrique doit effectuer un saut qualitatif et avancer à pas de géants. La révolution de l’information offre cette opportunité. Permettez-moi de vous donner, à travers quelques exemples, une idée de la situation actuelle:

  • plus de 10.000 écoles aux Etats-Unis disposent d’un laboratoire informatique en réseau;

  • selon la CNUCED, le coût des transactions commerciales va baisser de 75 milliards de dollars (plus de 20%) grâce aux nouveaux systèmes d’information;

  • il y a en Afrique plus de 500.000 abonnés à l’Internet, mais ils ne représentent que 0,06% du total mondial;

  • les utilisateurs de l’Internet sont estimés à 1,5 million de personnes en Afrique, mais 1 million se trouve en Afrique du Sud—ce qui laisse 500.000 utilisateurs pour 734 millions d’habitants;

  • en Afrique, la Banque mondiale a interconnecté 26 bureaux grâce aux liaisons par satellite; et

  • la technologie est en passe de réduire le côut des transactions commerciales, offrant ainsi de nouvelles opportunités et réduisant les risques.

Toutes les institutions représentées ici mènent, depuis un certain temps, des activités d’enseignement à distance. Le défi que nous devons à présent relever consiste à développer ces programmes afin d’offrir à l’Afrique des opportunités de formation.

C’est le lieu de mentionner quelques programmes qui ont déjà été mis en route:

  • le Réseau mondial d’enseignement à distance (GDLN); la formation sur le tas des professionnels des secteurs public et privé, ainsi que les cours de radio-télédiffusion, les séminaires sur demande et les discussions;

  • l’éducation tertiaire et l’instruction d’appoint pour les étudiants et les élèves de l’enseignement secondaire, ainsi que la radio-télédiffusion de programmes diplômants, la formation des enseignants et la certification de l’informatique;

  • “World Links for Development” qui vise à relier 1.200 écoles secondaires dans 40 pays en développement.

A présent que l’IMA a vu le jour, les participants de la quasi-totalité des pays africains pourront avoir accès à la formation et établir des contacts plus étroits avec les autres institutions de formation régionales et multilatérales, notamment en ce qui concerne le renforcement des capacités, la gouvernance et les réformes économiques.

Conclusion

En guise de conclusion, permettez-moi de dire quelques mots au sujet de la gouvernance. Etant donné que celle-ci constitue l’un des thèmes de la table ronde consacrée à “L’évolution du rôle de l’Etat, gouvernance et nouveaux besoins en capacités”, j’aurai encore l’occasion d’apporter ma contribution aux débats.

Nous sommes à un tournant décisif. Le simple fait que nous parlions de gouvernance—qu’il s’ agisse de la bonne gestion macroéconomique ou de la lutte contre la corruption—constitue un pas significatif. En définitive, tout ceci se résume à deux concepts: capacité et obligation de rendre compte.

Pour ce qui concerne l’Afrique, il s’agira en fait d’habiliter les populations, de créer un cadre propice et d’assurer la mise en œuvre des politiques. La bonne gouvernance, à quelque niveau que ce soit, passe par l’habilitation des Africains à contrôler leur avenir, à commettre des erreurs, et à apprendre par l’expérience. La mise en place d’un cadre propice constitue également un impératif. Ce rôle incombe en partie à l’IMA—permettre aux Africains d’avoir accès aux capacités, au savoir, aux meilleures pratiques des diverses institutions (FMI, Banque mondiale, BAD, etc.) susceptibles de leur apporter l’assistance nécessaire afin de garantir leur réussite. Enfin, l’obligation de rendre des comptes suppose la mise en place des capacités nécessaires. Celles-ci constituent un préalable à l’application de la loi, des règlements et des procédures, ainsi qu’ à la bonne performance.

Encore une fois, nous vivons un moment historique. Nous avons l’occasion de faire la différence en matière de renforcement des capacités, d’enseignement à distance et de bonne gouvernance.

Son Excellence M. Daniel Kablan Duncan

Premier ministre de la Côte d’lvoire

Je voudrais, tout d’abord, au nom du Président de la République, Son Excellence Monsieur Henri Konan Bédié, et en mon nom personnel, vous souhaiter le traditionnel “AKWABA”, c’est-à-dire une cordiale bienvenue à Abidjan, “perle des lagunes” et capitale de la Côte d’lvoire.

Permettez-moi également d’exprimer nos très vifs remerciements aux prestigieuses institutions que sont la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale (BIRD) et le Fonds monétaire international (FMI), pour l’insigne honneur fait à la Côte d’lvoire d’abriter l’importante institution qu’est l’Institut multilatéral d’Afrique.

C’est le lieu de rendre un hommage particulier à vos trois institutions pour leur engagement sans faille en faveur du renforcement des capacités en Afrique.

Comme vous le savez, il s’agit d’un important axe de la stratégie de développement durable de l’Afrique. C’est la raison pour laquelle, lors des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale en 1996, les Gouverneurs africains ont lancé cette initiative qui a été adoptée par le Comité du développement au printemps 1997.

A ce stade de mon propos, je voudrais saisir l’occasion qui m’est offerte pour rendre de nouveau un hommage particulier au Président de la Banque mondiale, M. Wolfensohn, et au Directeur général du FMI, M. Camdessus, pour leur engagement exceptionnel en faveur du renforcement des capacités.

L’occasion exceptionnelle que vous nous donnez à travers ce séminaire inaugural de I’Institut multilatéral d’Afrique témoigne, si besoin est, du rôle important et de l’appui soutenu de votre groupe à la création de cet Institut.

Votre engagement sans faille à œuvrer a la réussite de cette entreprise constitue un témoignage éloquent du grand espoir que vous placez en l’lnstitut comme instrument de promotion et de développement des pays africains.

Ce haut lieu de formation constitue un atout majeur pour l’Afrique afin de faire face aux problèmes de la globalisation et de la mondialisation des économies, compte tenu de la concurrence acharnée qui les caractérise.

Son implantation en Afrique permettra de mieux prendre en compte les grandes préoccupations et les besoins de formation importants de nos pays. Elle favorisera une mobilisation accrue des capacités nationales—secteur public, secteur privé et société civile—en faveur du développement.

Ce séminaire consacré au “Renforcement des capacités, gouvernance et réformes économiques en Afrique” se penchera sur des questions d’importance vitale et d’actualité pour notre continent, à savoir la stabilité macroéconomique, le nouveau rôle de l’Etat, la gouvernance et les nouveaux besoins de capacités de l’Afrique.

Je voudrais donc saisir cette occasion pour vous entretenir très rapidement des quatre points suivants:

  • la situation économique récente des pays africains;

  • les mesures prises et les résultats enregistrés;

  • les défis actuéis de l’Afrique; et

  • les réformes complémentares nécessaires pour relever ees défis.

Situation économique récente des pays africains

Le début des années 80 a été marqué par des mutations profondes de l’environnement international qui a été caractérisé, en particulier, par des chocs extérieurs tels que:

  • la chute des cours des matières prèmieres;

  • la persistance des effets néfastes du deuxième choc pétrolier de la fin des années 70; et

  • la hausse des taux d’intérêt qui a engendré la crise de l’endettement.

Ces facteurs, associés aux faiblesses internes, notamment la place prépondérante faite aux matières premières dans les exportations, la précarité des infrastructures de base et la prédominance du secteur public dans l’économie, sans oublier les insuffisances notables de la gestion économique, ont entraîné les pays africains dans une grave crise économique qui a duré plus d’une décennie.

Cette crise s’est traduite par

  • un déficit public de l’ordre de 7% du PIB en moyenne par an au cours de la période 1980-93;

  • une baisse du taux de croissance qui s’est établi en moyenne à 1,7% au cours de la période 1980-93 pour l’ensemble des pays africains, contre 5% en moyenne par an au cours de la période 1975-79. Ce recul du taux de croissance économique a entraîné une baisse annuelle moyenne de 2,5% du produit national brut par habitant entre 1980 et 1993;

  • le recul du taux d’investissement d’environ 2% en moyenne par an au cours de la période 1980-93;

  • la chute du taux d’investissement en dessous du seuil de 20% du produit intérieur brut (PIB) pour se maintenir autour de 17% en 1993, contre environ 25% en 1980.

Pour faire face à cette situation, les pays africains ont, dans leur grande majorité, mis en œuvre d’importantes réformes économiques qui ont connu une vive accélération à partir des années 90, afin d’obtenir une croissance forte, durable, diversifiée et mieux répartie.

Mesures prises et résultats

Les mesures prises ont porté tant sur le cadre politique que sur le cadre économique. Sur le plan politique, on note aujourd’hui une tendance générale à l’adoption de la démocratie comme mode de gouvernement et à la garantie de la plupart des libertés civiles. Les mesures prises à ce niveau visent à assurer la stabilité politique et sociale de nos Etats afin de canaliser toutes les énergies de la nation vers la réalisation de l’objectif du développement.

Au plan économique, les profondes réformes entreprises par les pays africains étaient axées sur le programme de stabilisation, afin d’assurer l’équilibre des comptes intérieurs et celui de la balance des paiements, et sur les réformes structurelles visant à assainir le cadre macroéconomique, condition sine qua non de toute croissance économique saine et durable.

S’agissant des politiques macroéconomiques, les mesures s’articulaient, notamment autour des points suivants:

  • l’amélioration de l’efficacité de la politique budgétaire grâce au renforcement de la fiscalité intérieure et à l’élargissement de l’assiette fiscale; et

  • la mise en place d’une politique de revenus modérés en ce qui concerne les salaires, afin d’éviter des pressions inflationnistes excessives tout en augmentant le pouvoir d’achat des populations.

Par contre, au niveau des prix d’achat aux producteurs des produits agricoles, on a assisté à des relèvements réguliers afin de stimuler la production.

Quant aux réformes structurelles, elles ont porté, pour l’essentiel, sur la libéralisation et le renforcement de l’économie en vue de créer un environnement propice à l’investissement privé. Ainsi, de nouvelles politiques commerciales visant à libéraliser progressivement et de façon soutenue les échanges et à promouvoir la concurrence interne ont été mises en œuvre.

Par ailleurs, de nombreux secteurs ont fait l’objet de réformes profondes, notamment l’agriculture, le secteur privé, l’éducation, la santé, les banques, le cadre juridique et fiscal, etc.

Les importantes mesures prises se sont soldées par des résultats encourageants. En effet, le taux de croissance économique de l’Afrique est passé de 0,8% en 1993 à environ 5% en 1996, 3,1% en 1997 et 3,4% en 1998, pour un taux de croissance démographique d’environ 3%. Ainsi, on a assisté à un renversement de tendance marqué par une hausse sensible du revenu par habitant. Toutes ces mesures ont permis aux économies africaines d’améliorer leur compétitivité et de poursuivre leur industrialisation.

Toutefois, en dépit de ces avancées, l’Afrique demeure un continent marginalisé et présentant une assez grande fragilité. Par conséquent, elle doit relever les défis majeurs auxquels elle est confrontée pour sortir du sous-développement et jouer un rôle plus important dans les échanges mondiaux et attirer l’investissement étranger direct.

Défis actuels de l’Afrique

A notre avis, les principaux défis auxquels le continent africain doit faire face aujourd’hui sont les suivants:

  • tout d’abord, assurer la stabilité politique et sociale grâce à l’approfondissement de la démocratie, à la bonne gouvernance et à la paix;

  • ensuite, assurer une croissance forte et durable afin de relever dans les meilleurs délais et de façon substantielle le niveau de vie des populations et lutter efficacement contre la pauvreté;

  • en troisième lieu, intégrer l’économie africaine dans les échanges mondiaux ou internationaux;

  • quatrièmement, asseoir un développement humain durable en dégageant davantage de ressources pour l’éducation, la santé, la formation et les secteurs sociaux de base;

  • cinquièmement, développer les infrastructures économiques de base sans lesquelles il ne peut y avoir de développement durable du secteur privé.

Pour faire face à ces défis redoutables, l’Afrique doit trouver les ressources nécessaires, non seulement techniques et financières, mais également et surtout humaines, pour poursuivre sa marche en avant grâce à la mise en œuvre de réformes complémentaires profondes et convaincantes.

Réformes complémentaires nécessaires pour relever ces défis

A notre avis, ces réformes portent sur quatre principaux domaines, en l’occurrence une plus grande libéralisation de l’économie, une redéfinition du rôle de l’Etat, la bonne gouvernance et le renforcement des capacités.

  • 1. En vue d’une libéralisation accrue, les économies africaines doivent laisser lesforces du marché assurer davantage leur régulation. Cela revient à accorder une plus grande place au secteur privé dans l’économie et à lui conférer la souplesse nécessaire pour sadapter à l’environnement économique international.

L’objectif consiste à assurer une croissance forte et durable permettant de relever plus rapidement le niveau de vie des populations.

A cet égard, les économies africaines doivent privilégier également les politiques de diversification de la base de l’économie, notamment pour créer un tissu industriel performant et novateur, essentiellement à partir de la transformation des matières premières tant agricoles que minières.

Par ailleurs, les économies africaines devront accélérer leur intégration, laquelle constitue l’un des meilleurs moyens d’assurer l’accés de tous à la croissance économique et un meilleur partage des avantages tirés de leur ouverture au monde extérieur, grâce a la taille optimale des marchés ouverts notamment au secteur privé national et international.

  • 2. La redéfinition du rôle de l’Etat doit conduire à son retrait des activités de production au proftt du secteur privé et à son recentrage sur ses missions régaliennes que sont notamment l’éducation, la santé, la sécurité etc. II s’agit de tendre vers “moins d’Etat, mais mieux d’Etat”

L’Etat devrait donc se concentrer davantage sur ses fonctions de régulation en assurant notamment:

  • le renforcement de l’épargne pour rendre plus endogène le financement du développement économique et social;

  • une plus grande transparence de la justice; et

  • une vraie “sécurité judiciaire” des activités économiques et commerciales.

Le recentrage du rôle de l’Etat devrait lui laisser une marge de manœuvre plus grande, ce qui est nécessaire pour s’impliquer davantage dans la lutte contre la pauvreté et asseoir un développement humain durable en dégageant des ressources de plus en plus importantes pour l’éducation, l’alphabétisation, les infrastructures de base, préalables sans lesquels il n’y a pas de développement durable. En effet, comme le soulignait Montaigne, “Il n’est de richesse que d’hommes”. Par ailleurs, l’Etat doit œuvrer davantage vers la maîtrise de l’environnement, de l’urbanisation et de la promotion de l’infrastructure routière.

  • 3. La bonne gouvernance constitue un facteur de progrès indispensable. Cette notion, qui prend en compte tons les aspects de la vie nationale, fait notamment référence aux mécanismes institutionnels de l’Etat, ainsi qu’aux processus d’élaboration des actions gouvernementales, de prise des décisions et de leur mise en œuvre.

Elle concerne également les flux d’information au sein de l’administration publique et les relations que celle-ci entretient avec le secteur privé et les citoyens de la société civile. A travers la bonne gouvernance, l’Etat doit assurer la cohésion nationale grâce à des actions menées dans l’intérêt du plus grand nombre possible de citoyens.

Ainsi, toutes les mesures prises dans le cadre de la bonne gouvernance doivent tendre à réconcilier les populations avec les valeurs cardinales que sont le travail, l’honnêteté et l’integrité. Par ailleurs, l’administration doit asseoir une véritable culture de service public faite de probité, de sérieux dans le travail et du sens de l’Etat.

La lutte contre la corruption, qui constitue l’une des composantes de la bonne gouvernance, doit faire l’objet d’une attention toute particulière. La corruption, qui est une véritable gangrène, est source de graves distorsions dans la concurrence et de découragement des initiatives. A ce niveau, nous pensons que les trois aspects suivants doivent être pris en compte:

  • tout d’abord, la répression, qui doit se traduire par la punition de tous ceux qui enfreignent la loi;

  • ensuite, la récompense, qui se présente comme l’envers de la répression. Il s’agit d’encourager et de montrer en exemple les meilleurs acteurs de la vie économique, administrative et culturelle de la nation dans tous les domaines d’activité. C’est dans ce sens que la Côte d’lvoire, sur instruction du Chef de l’Etat, a mis en place les Prix nationaux d’excellence décernés aux meilleurs filles et fils de la Nation à l’occasion de la Fête nationale de l’indépendance;

  • troisièmement, la prévention, qui se traduit par la prise de mesures qui garantissent la transparence et la sécurité des opérations économiques, financières et commerciales. Pour ce faire, les structures de contrôle et d’information doivent être renforcées en moyens matériels et humains.

Un grand séminaire national sur la bonne gouvernance, présidé par le Chef de l’Etat lui-même, s’est tenu à Yamoussoukro en février 1999 afin de faire le point sur cet important dossier et de préconiser les mesures à prendre pour le renforcement de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit.

  • 4. Le renforcement des capacités en vue de permettre à l’Afrique de disposer de ressources humaines et d’un cadre de vie institutionnel en adéquation avec ses ambitions en matière de croissance et de développement tant des secteurs public et privé que de la société civile.

En ce qui concerne le secteur public, I’ambition est de parvenir à asseoir une administration compétente, efficace, efficiente, soutenue par la bonne gouvernance et capable de répondre aux besoins des citoyens. En effet, le nouveau contexte de la croissance et du développement économique, caractérisé par la prépondérance du secteur privé dans les activités de production, rend impérative une amélioration significative de la performance et des capacités techniques et organisationnelles des administrations publiques.

S’agissant du secteur privé, il est nécessaire de faire émerger un secteur privé dynamique, compétitif, capable de répondre aux besoins du marché national et de conquérir les marchés internationaux. Pour ce faire, il faudra que le secteur privé puisse s’adapter constamment aux innovations technologiques afin de contribuer à l’émergence d’une société industrielle. Il faudra mettre un accent particulier sur le renforcement des capacités de gestion, la conquête du marché des petites et moyennes entreprises et aussi les opérateurs du secteur informel, afin de donner à ceux-ci les moyens de rendre leur activité viable.

En ce qui concerne la société civile, il faut parvenir à l’impliquer, de la meilleure façon qui soit, dans le développement pour en faire un partenaire efficace. A cet égard, il s’agira de procéder à la rationalisation du cadre d’intervention des ONG et associations civiles, à la promotion du dialogue Gouvemement-société civile et à la professionnalisation des opérateurs concernés.

A cet effet, trois thèmes majeurs peuvent être retenus, à savoir:

  • les femmes;

  • les ONG; et

  • les associations et les médias.

Il s’agit de renforcer les capacités de la société civile en matière d’éducation/formation, d’organisation, de communication, de gestion fmancière et de défense de ses intérêts.

Je voudrais, si vous le permettez, faire mention très rapidement du cas de la Côte d’lvoire. Ce pays a fait de la formation l’un des piliers essentiels de sa politique de développement économique et social. A cet égard, d’importants efforts—qui demeurent malgré tout insuffisants—ont été faits en faveur de la formation. Ces efforts ont permis de porter le taux de scolarisation de 8% en 1960, année de l’indépendance de la Côte d’lvoire, à 73% à l’heure actuelle. La réalisation de l’objectif de la scolarisation universelle est prévue pour 2010 au plus tard. Le nombre d’étudiants dans les écoles supérieures est passé de 463 en 1963 à plus de 125.000 actuellement. Par ailleurs, une loi sur l’enseignement, qui accorde un rôle de plus en plus important au secteur privé dans l’expansion du secteur, a été adoptée en 1995. Ainsi, au niveau de l’enseignement supérieur, le secteur privé compte aujourd’hui plus de 41.000 étudiants, soit 33% des effectifs, contre 150 étudiants au cours de la période 1990-91.

Face aux contraintes financières, notamment un service de la dette extérieure qui absorbe plus de la moitié des ressources fiscales, l’Etat entend consolider le système scolaire en accordant un rôle de plus en plus important au secteur privé. I1 s’agit de favoriser la création d’universités privées à l’instar de l’Université ivoiro-canadienne. Par ailleurs, la Côte d’lvoire œuvre, en partenariat avec Georgia State University, à la création prochaine d’une université privée américaine au champ d’action régional, voire continental en phase ultime.

Conclusion

Je voudrais clore mon propos en disant mon espoir et ma conviction profonde que l’lnstitut multilatéral d’Afrique saura, en tenant compte de la spécificité de notre continent, nous aider à gagner la bataille du développement durable en formant des femmes et des hommes de qualité dans les principaux domaines de la vie nationale en Afrique. Ainsi pourrons-nous mettre à profit ces ressources humaines pour faire de notre cher continent la nouvelle frontière du développement. Sur ces mots, je vous souhaite un bon séminaire et j’appelle de mes vœux un plein succès pour les activités futures de l’lnstitut multilatéral d’Afrique.

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