Building Integrated Economies in West Africa
Chapter

Partie VI: Compétitivité et intégration

Author(s):
Alexei Kireyev
Published Date:
September 2016
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Préface

L’intégration commerciale a suivi l’intégration monétaire dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), et elle n’a pas été poussée aussi loin qu’elle. Les échanges régionaux sont limités en raison du manque de complémentarité entre les structures économiques des pays de l’Union. À la faiblesse relative de la compétitivité internationale de leurs produits s’ajoutent une diversification insuffisante, un manque d’investissement et un climat peu propice aux affaires qui pèsent lourdement sur les exportations. Si des réformes ont permis d’améliorer l’environnement commercial dans certains pays, la situation n’a guère changé au niveau régional. Il faut donc renforcer le programme d’action en faveur de la croissance régionale à l’aide d’initiatives concrètes et coordonnées visant à améliorer la compétitivité, accélérer l’intégration régionale, développer les échanges, attirer l’investissement étranger et réduire les disparités de revenu.

La zone UEMOA applique un régime de taux de change fixe. La monnaie régionale, le franc CFA, est officiellement arrimé à l’euro au taux fixe de 655,957 francs CFA pour un euro. Le taux de change pour les autres monnaies est calculé à partir de leur taux de change par rapport à l’euro. L’UEMOA vise à établir un marché commun et une politique commerciale commune. Bien qu’elle ait introduit la libre circulation des marchandises, du travail et du capital, la mobilité reste faible en pratique. Ses pays membres ont conclu une union douanière avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en adoptant un tarif extérieur commun qui est entré en vigueur en 2015. Tous les membres de l’UEMOA sont aussi membres de la CEDEAO, qui inclut en outre Cabo Verde, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Libéria, le Nigéria et la Sierra Leone. La CEDEAO négocie actuellement un accord de libre-échange avec l’Union européenne dans le cadre de l’Accord de partenariat économique.

La compétitivité de la zone UEMOA reste relativement faible par rapport à celle de la plupart des autres pays. Le déficit extérieur courant est assez important et induit par la poursuite des efforts d’investissement. Il devrait progressivement diminuer à moyen terme et être compensé par des entrées de fonds suffisantes à condition que les programmes gouvernementaux d’assainissement des finances publiques soient mis en œuvre et que l’évolution des cours du pétrole soit favorable. Le taux de change effectif réel du franc CFA apparaît globalement conforme aux fondamentaux sur la base des résultats qualitativement comparables donnés par plusieurs méthodes d’évaluation. La couverture assurée par les réserves internationales devrait toutefois être renforcée pour offrir une protection plus solide contre les risques immédiats. La compétitivité structurelle hors prix et l’efficience de l’investissement restent faibles et devront être impérativement améliorées pour que les vastes programmes d’investissement prévus se traduisent par des progrès au niveau de la croissance et des exportations ainsi que par un accroissement des entrées de fonds privés dans la région.

Les échanges commerciaux entre les pays de l’UEMOA, qui sont actuellement limités, pourraient certainement stimuler la croissance et la compétitivité. Le chapitre 24 consacré au réseau d’échanges régionaux s’intéresse au potentiel commercial régional non exploité, sous l’angle du réseau. Ce réseau est dominé par trois pays (la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Mali) et quatre courants d’échanges (entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso et le Mali, entre le Sénégal et le Mali et entre le Togo et le Bénin). La structure fondamentale des interconnexions commerciales au sein de l’UEMOA n’a globalement pas changé bien que les échanges régionaux aient été renforcés, dans l’ensemble, avec une intensification des flux bilatéraux et une plus grande focalisation des pays sur le commerce régional. La hiérarchie au sein de la région s’est modifiée, la Côte d’Ivoire apparaissant comme le principal partenaire commercial alors que le Sénégal reste avant tout un intermédiaire.

Le commerce régional s’organise autour d’un important noyau central, constitué par la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Mali, et d’une étroite périphérie réunissant la Guinée Bissau et le Niger. Tous les pays de l’UEMOA qui participent aux échanges régionaux connaissent un effet de réseau. Cet effet tient explicitement compte du fait qu’un pays est lié à d’autres pays de la région et estime la valeur de ces liens. La différence entre le PIB nominal et la valeur réseau d’un pays peut être positive, neutre ou négative selon la valeur de ses liens avec les autres pays de la région. La Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Mali peuvent être les principaux pays à l’origine de chocs pour les autres pays de l’UEMOA aussi bien au sein du noyau central qu’à la périphérie. La Côte d’Ivoire et le Sénégal jouent en même temps le rôle de «points de passage», et ils peuvent, de ce fait, contribuer à propager ou absorber les chocs venus d’autres parties du réseau.

L’UEMOA a pris une mesure importante pour renforcer son marché régional en remplaçant son tarif extérieur commun par celui de la CEDEAO. Le chapitre 25 consacré aux implications macroéconomiques des changements tarifaires évalue l’effet du tarif extérieur commun de la CEDEAO qui est entré en vigueur en 2015 pour les pays de l’UEMOA. Son application aura un impact sur les niveaux d’échanges, les recettes publiques et la croissance. Elle se traduira probablement par un accroissement des importations de l’UEMOA en provenance d’autres pays de la CEDEAO, mais une réduction de celles provenant du reste du monde. Son effet sur les recettes publiques variera fortement d’un pays à l’autre et pourra aller d’une perte de recettes de jusqu’à 2½ % dans la plupart des pays à un accroissement de leur niveau pouvant atteindre 3 % dans quelques cas. Enfin, une hausse des prix relatifs à l’importation provoquée par l’augmentation du taux de droit de douane moyen pourrait avoir un effet négatif sur le PIB.

L’investissement étranger reste limité dans la zone de l’UEMOA, et il ne contribue à la croissance que de façon marginale. Le chapitre 26 portant sur l’investissement étranger dans la dette publique examine les raisons pour lesquelles l’instrument de placement le moins risqué ne retient guère l’attention des investisseurs non résidents contrairement à ce qui se passe dans les pays voisins que sont le Ghana et le Nigéria. Cela peut tenir, entre autres, au manque d’attractivité des taux d’intérêt nominaux dans la région, à l’exiguïté relative du marché, à l’absence de marché secondaire, à la pesanteur des contrôles et réglementations des changes, à la fragmentation du marché régional, à l’insuffisance de l’information sur les émissions, à des problèmes de langue, au manque de stabilité politique et à la médiocrité du climat d’investissement. Pour rendre le marché régional plus attrayant pour les investisseurs étrangers, il est indispensable de mettre en œuvre des politiques macroéconomiques pertinentes et de consolider le secteur financier. Il faudrait aussi améliorer la communication avec les non-résidents en faisant jouer un rôle de premier plan à l’Agence UMOA-Titres, accélérer le développement des marchés financiers de l’UEMOA, supprimer la segmentation du marché des obligations souveraines, harmoniser la fiscalité et éviter toute double imposition.

L’expérience de l’UEMOA montre que l’intégration économique peut fortement contribuer à réduire la pauvreté. Le chapitre 27 consacré à l’intégration et à la réduction de la pauvreté s’intéresse à cette question. L’évolution observée au sein de l’UEMOA donne à penser que, pour renforcer l’effet de l’intégration économique sur la réduction de la pauvreté, les politiques communautaires devraient cibler les secteurs dans lesquels la politique régionale jouit du plus net avantage comparatif. Ce devrait donc être une priorité politique de renforcer l’offre régionale de biens publics surtout pour les réseaux régionaux dans le domaine non seulement des transports et de l’énergie, mais aussi de l’information financière. Une attention particulière doit être accordée aux effets redistributifs de l’intégration économique. L’effet des mesures d’intégration sur les niveaux de vie et de pauvreté varie d’un secteur à l’autre au sein de l’UEMOA. Un certain nombre d’initiatives régionales réduit spontanément les écarts entre les pays membres, notamment l’intégration des marchés agricoles, les programmes de lutte contre les épidémies et l’amélioration de l’accès aux services financiers. Inversement, l’intégration commerciale, le développement des réseaux de transport et la mobilité de la main-d’œuvre qualifiée peuvent avoir pour effet de concentrer les avantages dans les pays les plus riches au départ. Un renforcement de l’intégration doit s’accompagner d’une accélération des transferts intracommunautaires pour compenser ses effets distributifs.

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