Building Integrated Economies in West Africa
Chapter

Partie V: Développement financier et stabilité

Author(s):
Alexei Kireyev
Published Date:
September 2016
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Préface

L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) vise à renforcer la stabilité et le développement du secteur financier et à promouvoir le développement et l’intégration des circuits financiers dans la région. Les autorités de l’UEMOA s’emploient à faire appliquer les normes prudentielles existantes dans le secteur bancaire et à les porter aux niveaux observés dans d’autres pays africains et dans le reste du monde. Les efforts consentis pour renforcer la supervision bancaire et relever les normes prudentielles vont globalement dans la bonne direction. Les holdings de groupes bancaires originaires de l’UEMOA sont soumis à une réglementation et à une supervision consolidée. Le travail destiné à améliorer la gestion des crises et les cadres de résolution vient tout juste de commencer. Une feuille de route vers Bâle II/III est en train d’être mise en œuvre dans la perspective d’un achèvement en 2017–18.

Cependant, l’inclusion financière demeure faible. Elle progresse certes dans l’UEMOA, mais elle n’est pas à la hauteur de ce qui est observé dans les pays de référence d’Afrique subsaharienne que sont le Ghana, le Kenya, le Lesotho, l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie et la Zambie. L’inclusion financière de l’UEMOA est par ailleurs loin derrière celle des pays de référence d’Asie (Bangladesh, Cambodge, Inde, Laos, Népal et Viet Nam). Seulement 6 % de la population de l’UEMOA dispose d’un compte bancaire, soit la moitié du niveau observé dans les pays africains de référence. L’encours des dépôts auprès des banques commerciales s’élève à 30 % du PIB, niveau comparable à celui des pays de référence d’Afrique, mais inférieur de moitié à celui des pays de référence d’Asie. La part de la population ayant accès aux institutions de microfinance — environ 10 % — représente à peu près le double de celle qui a accès au secteur bancaire, mais l’encours du crédit des institutions de microfinance ne représente qu’environ 2 % du PIB. Seulement 20 % des entreprises ont accès au crédit bancaire. En moyenne, les pays de l’UEMOA occupent la 125e position, sur 189 pays, quant à l’accès au crédit. Le respect des principaux ratios prudentiels demeure faible, et beaucoup de limites pru-dentielles manquent de rigueur.

Le secteur financier de l’UEMOA comprend :

  • Secteur bancaire — Le secteur bancaire comprend 106 banques et 13 institutions financières, qui ensemble détiennent plus de 90 % des actifs du système financier. Cinq banques détiennent environ 50 % des actifs bancaires. La structure d’actionnariat du secteur évolue très vite avec la rapide montée en régime des banques à capitaux étrangers (panafricaines).
  • Institutions de microfinance — Il y a 759 institutions de microfinance agréées au sein de l’UEMOA, dont 61 sont classées comme gros établissements comptant des actifs ou des dépôts supérieurs à 2 milliards de francs CFA et relevant donc de la supervision de la Commission bancaire. Ces établissements représentent 90 % des actifs du secteur de la microfinance.
  • Marchés financiers — La bourse régionale est basée à Abidjan, et une quarantaine de sociétés y sont cotées. Sa capitalisation représente environ 12 % du PIB de l’UEMOA. Le marché de la dette est essentiellement constitué de titres d’État et représente environ 10 % du PIB de l’UEMOA. Il n’y a pas de véritable marché secondaire, y compris pour les titres d’État.

Le développement du secteur financier peut contribuer à l’accélération de la croissance et à une plus grande inclusion au lieu de constituer un obstacle pour l’une ou l’autre. Le chapitre 19, «Structure du système financier», explique que le système financier de l’UEMOA est dominé par le secteur bancaire, mais qu’il évolue rapidement avec l’émergence de nouveaux groupes bancaires transnationaux et d’institutions de microfinance. Le marché obligataire et boursier régional constitue une source marginale de financement, hormis pour les États. Le marché interbancaire manque toujours de profondeur. Le système bancaire de la région est très hétérogène. Si la plupart des banques sont suffisamment bien capitalisées et rentables, il existe des poches de vulnérabilité, y compris dans les banques publiques. L’observation des normes prudentielles reste faible pour un certain nombre de ratios, ce qui laisse entrevoir un certain degré de laisser-aller réglementaire, et certaines de ces normes ne sont pas alignées sur les normes internationales. Les tests de résistance et les indicateurs de solidité financière montrent que la concentration des prêts et la qualité des actifs posent des risques considérables. L’intensification des liens entre les États et les banques exige un suivi rapproché.

Le développement du secteur financier de l’UEMOA n’est globalement pas à la hauteur de celui observé dans la plupart des pays de référence, y compris d’Afrique subsaharienne. Le chapitre 20, «Développement financier : niveau, profondeur et accessibilité des systèmes financiers», évalue le niveau de développement du secteur financier de l’UEMOA au regard de sa profondeur, de son envergure et de l’accès aux services financiers. Il comprend une comparaison entre les pays de l’UEMOA eux-mêmes et avec les moyennes d’Afrique subsaharienne et avec certains pays particuliers. Pour chaque pays et pour chaque indicateur fondamental du secteur financier un repère structurel est établi, à partir des caractéristiques économiques structurelles du pays considéré. Les huit secteurs financiers de l’UEMOA sont évalués selon leur degré de profondeur et d’envergure et selon l’accès aux services financiers. Des comparaisons sont également effectuées avec certains pays en dehors de l’UEMOA, à savoir le Ghana et le Kenya, ainsi qu’avec la moyenne et la valeur médiane des pays d’Afrique subsaharienne. Le Ghana est un point de comparaison naturel pour beaucoup de pays de l’UEMOA compte tenu de ses caractéristiques et de sa proximité géographique. Le Kenya est un exemple d’économie d’Afrique subsaharienne dont le secteur financier connaît un essor rapide. La moyenne et la médiane pour l’Afrique subsaharienne (y compris l’Afrique du Sud) rendent compte du développement du reste du continent. Afin de mieux appréhender les progrès nécessaires pour parvenir à un niveau supérieur de développement financier, il est possible d’évaluer la profondeur financière de l’UEMOA par rapport à un groupe de pays à forte croissance non exportateurs de pétrole. Les asymétries sur le plan des politiques et des institutions entre deux groupes de pays expliquent en général les écarts de performance.

Un développement insuffisant du secteur financier aboutit à un faible niveau d’inclusion financière. Le chapitre 21, «Amélioration de l’accès aux services financiers», examine la participation au système financier et la répartition des fruits d’un meilleur accès aux services financiers. Les pays de l’UEMOA sont globalement derrière les pays de référence sur plusieurs dimensions de l’inclusion financière. L’accès à la finance est faible, notamment pour les couches de population les plus vulnérables, et le secteur financier ne semble contribuer que de manière modeste à la capacité de résistance aux chocs de la population et aux programmes d’investissement des entreprises. Cela étant, les ratios de crédit au secteur privé par rapport au PIB semblent être globalement conformes aux fondamentaux des pays de l’UEMOA. Les politiques, notamment dans le domaine des investissements en infrastructures et des secteurs sociaux, pourraient contribuer à combler les retards. Du point de vue des entreprises, les politiques destinées à réduire les coûts de participation au secteur financier et à alléger les obligations de garantie pourraient accroître l’accès à la finance et, partant, doper considérablement le PIB.

Pour progresser davantage sur la voie du développement et de l’inclusion, il est nécessaire de préserver la stabilité financière, laquelle est essentielle pour le bon fonctionnement du système financier. Le chapitre 22, «Stabilité du secteur financier», examine en détail le cadre de réglementation et de supervision de l’UEMOA et constate qu’il est nécessaire de le renforcer pour corriger les risques existants et nouveaux. L’émergence de groupes bancaires régionaux exige la mise en place d’une supervision consolidée et le renforcement de la coopération des instances de supervision bancaire dans les pays où interviennent ces groupes. Les engagements grandissants des banques auprès des États représentent également un risque qui doit être comptabilisé, y compris en accordant une pondération non nulle aux titres d’État dans les calculs de fonds propres. La réglementation microprudentielle devrait être revue afin de rapprocher certaines normes prudentielles des pratiques optimales internationales, par exemple en ce qui a trait à la concentration des risques et à la classification et au provisionnement des créances, tout en tenant compte du contexte régional. Le passage à Bâle II contribuera à gérer ces questions. Le cadre de gestion et de prévention des crises financières de l’UEMOA doit être renforcé. La prévention des crises exige une plus grande transparence, y compris à la faveur d’un recueil et d’une diffusion réguliers et actuels des indicateurs de solidité financière pour tous les pays membres. La réalisation régulière de tests de résistance serait une initiative salutaire vers la mise en place d’un système d’alerte avancée. Il est également possible d’améliorer considérablement le cadre de résolution bancaire, ce qui permettrait de réduire les coûts budgétaires des interventions des États. Une action rapide s’impose en la matière, y compris en accordant de vastes pouvoirs aux instances de supervision et en assurant une étroite collaboration avec d’autres superviseurs dans le cas des groupes transfrontières.

La banque mobile offre des possibilités exceptionnelles d’accroître l’inclusion financière à un coût relativement faible et d’accélérer le développement du système financier. Le chapitre 23, «Banque mobile», examine les contraintes à la banque mobile au sein de l’UEMOA. Compte tenu du taux de pénétration relativement élevé de la téléphonie mobile et un vaste marché pour les paiements transfrontières, le potentiel de croissance dans ce domaine est énorme. Cela est mis en évidence lorsque l’on compare l’évolution des paiements mobiles dans les pays de l’UEMOA et celle observée dans d’autres pays, tels que le Kenya et la Tanzanie. Les coûts de transaction, les problèmes d’interfonctionnement entre réseaux et les obstacles juridiques et réglementaires peuvent représenter des contraintes au développement du marché mobile au sein de l’UEMOA. Un aperçu des questions de supervision relatives aux paiements mobiles fait apparaître les principaux vecteurs de stabilité : exigences minimums d’accès au marché, contrôle de l’intégrité financière, sauvegarde des fonds et stabilité des paiements.

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