Building Integrated Economies in West Africa
Chapter

Partie II: Croissance et inclusion

Author(s):
Alexei Kireyev
Published Date:
September 2016
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Préface

Au cours des deux dernières décennies, les résultats économiques de la plupart des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) se sont améliorés. Dans leur majorité, ces pays ont bien résisté à la crise financière mondiale, aux chocs antérieurs des prix du pétrole et des produits alimentaires et aux chocs d’insécurité qui ont perturbé la région par la suite. L’amélioration des paramètres économiques fondamentaux, ainsi que la riposte ciblée des autorités aux crises, l’intégration financière mondiale limitée et la reprise économique relativement rapide observée dans les plus grands pays ont aidé à amortir l’impact des chocs extérieurs au niveau régional.

Pourtant, malgré l’amélioration des fondamentaux, la croissance à long terme des pays de l’UEMOA a été moins rapide que celle des pays d’Afrique subsaharienne les plus performants. En dépit d’une croissance plus soutenue depuis le milieu des années 90, le niveau moyen du revenu par habitant n’a guère progressé depuis 1980. L’écart avec les pays subsahariens à forte croissance s’est creusé durant les deux dernières décennies, celles du «grand décollage de l’Afrique».

Pourquoi l’UEMOA est-elle à la traîne du reste du continent en termes de croissance et comment y remédier? C’est une question pertinente, à laquelle tente de répondre cette partie de l’ouvrage.

Pendant les deux dernières décennies, la croissance par habitant n’a que modérément augmenté en moyenne dans l’UEMOA, alors qu’elle a plus que doublé dans les pays subsahariens à plus forte croissance. Le chapitre 4 intitulé «En quête d’une croissance plus soutenue» semble indiquer que les raisons de l’écart de croissance entre les pays de l’UEMOA et ceux d’Afrique subsaharienne sont complexes et que cet écart ne résulte pas d’un facteur ou d’un scénario unique. Il est attribuable à l’instabilité politique qui règne dans certains pays de l’UEMOA, à des environnements économiques et juridiques médiocres, à des carences d’infrastructures et à des capacités institutionnelles et de gestion de l’investissement public moins développées que dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne. Ces facteurs ont pu influer à la fois sur le niveau de l’investissement et, plus encore, sur son efficience et empêché la majorité des pays de l’UEMOA d’obtenir une croissance durable et soutenue. En moyenne, les pays subsahariens à forte croissance ont eu des résultats un peu meilleurs en ce qui concernait une série de déterminants de la croissance par habitant, soulignant la nécessité de poursuivre les réformes multisectorielles dans les pays de l’UEMOA.

L’une des raisons des contre-performances de la région sur le plan de la croissance réside dans les chocs macroéconomiques qu’elle a subis. Le chapitre 5 intitulé «Chocs de croissance» étudie cet aspect plus en détail. Les chocs en question peuvent être symétriques, touchant identiquement et simultanément tous les pays de l’Union, ou asymétriques, et n’en toucher que quelques-uns. Dans la région, les chocs asymétriques sont prépondérants, et leur lissage, limité. Une politique budgétaire coordonnée a donc un rôle important à jouer face aux chocs symétriques et asymétriques. Une intégration plus poussée et un renforcement accru des mécanismes de lissage fondés sur le marché (développement et meilleure accessibilité du système financier, par exemple) pourraient sans doute aussi réduire la fréquence et l’impact économique des chocs asymétriques. Pour faire face à un choc symétrique, les pays peuvent en principe s’appuyer sur une politique monétaire commune ou des mesures budgétaires coordonnées. S’agissant des chocs asymétriques, le principal instrument à la disposition des pays concernés est une riposte budgétaire nationale, soutenue par des réformes structurelles.

La lenteur de la transformation structurelle et de la diversification des exportations peut aussi expliquer la croissance relativement molle enregistrée dans les pays de l’UEMOA. Le chapitre 6, intitulé «Transformation structurelle et diversification», fait le point sur les progrès réalisés dans ce domaine important. Il en ressort que la lenteur de la transformation structurelle et de la diversification explique peut-être la croissance relativement médiocre, car la majorité de la population travaille dans l’agriculture, un secteur à faible productivité et vulnérable aux chocs climatiques, tandis que le secteur manufacturier reste sous-développé. Poursuivre la transformation structurelle de la production et la diversification des exportations pourrait doper la croissance de manière appréciable. Achever la transformation et la diversification sera difficile, car la population active devrait rapidement augmenter au cours des prochaines décennies, et il faudrait que le secteur agricole en absorbe la plus grande partie. L’action des pouvoirs publics devrait viser en priorité à assouplir les contraintes qui gênent la transformation structurelle dans des domaines clés comme l’éducation et l’environnement des entreprises et à élaborer une stratégie claire pour relever les défis liés à l’accroissement démographique rapide.

Dans l’UEMOA, la croissance est également entravée par une inclusion insuffisante des différents groupes de revenus et des deux sexes. Le chapitre 7, intitulé «Croissance solidaire et égalité», montre que les résultats de la croissance dépendent très largement de sa répartition. La question fondamentale est celle de l’égalité, c’est-à-dire du partage égal des fruits de la croissance entre les différents groupes de revenus et des mêmes possibilités offertes aux hommes et aux femmes d’apporter leur juste contribution à la croissance. Bien que la pauvreté ait reculé ces deux dernières décennies dans la plupart des pays de l’UEMOA, le rythme s’est essoufflé plus récemment. Même si les indicateurs disponibles envoient parfois des signaux contradictoires concernant les modifications de la répartition, deux études de cas (sur le Sénégal et sur le Mali, respectivement) semblent montrer que les personnes disposant de revenus moyens sont généralement celles qui ont le plus bénéficié de la croissance, et principalement dans les villes. Réduire encore la pauvreté et rendre la croissance encore plus inclusive nécessiteraient une croissance élevée et soutenue et l’exploration de pistes de croissance dans les secteurs potentiellement très rémunérateurs pour les pauvres. Des politiques sociales mieux ciblées et une attention accrue à la répartition des dépenses à l’échelle régionale contribueraient aussi à faire reculer la pauvreté et améliorer l’inclusion.

Pour stimuler leur croissance, les pays de l’UEMOA doivent mobiliser des ressources financières, y compris sur le marché financier régional. Le chapitre 8, intitulé «Financer la croissance», étudie en détail ce marché, primordial pour la mobilisation de nouvelles ressources. Il s’est sensiblement développé au cours des dix dernières années, mais demeure relativement peu profond et incapable de couvrir la totalité des besoins de financements à long terme associés aux projets d’investissement public et privé susceptibles de doper la croissance. Bien que l’appareil institutionnel nécessaire à la mobilisation des capitaux soit plus ou moins en place, les bases d’émetteurs et d’investisseurs respectivement trop peu diversifiées et trop étroites, la préférence des banques pour les titres à court terme, l’éventail limité de durées proposées par les emprunteurs souverains, l’hypotrophie du marché secondaire des bons du Trésor et des obligations, certains aspects organisationnels et l’accès limité à l’information majorent les coûts de financement et nuisent à l’efficience du marché. Les taux d’intérêt ont largement fluctué en fonction de la notation des pays, des conditions de liquidité et de l’appétit des soumissionnaires au moment des émissions. Les volumes émis ont également influé sur le niveau des taux d’intérêt, de même que la saisonnalité, les procédures d’émission, et la fréquence et la prévisibilité des émissions. La poursuite des réformes pourrait aider la région à profiter pleinement d’un marché de titres plus dynamique en vue de financer les projets bons pour la croissance.

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