Building Integrated Economies in West Africa
Chapter

Chapitre 21. Amélioration de l’accès aux services financiers

Author(s):
Alexei Kireyev
Published Date:
September 2016
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Author(s)
Monique Newiak and Rachid Awad 

En matière d’amélioration de l’accès aux services financiers, les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) sont en retard par rapport aux pays de référence à plusieurs titres : l’accès aux services financiers est limité, en particulier pour les couches les plus vulnérables de la population, et il semble que le secteur financier ne contribue que modestement à la capacité de résistance aux chocs de la population et au financement des programmes d’investissement des entreprises. Les ratios crédit au secteur privé/PIB paraissent cependant globalement conformes aux fondamentaux des pays de l’UEMOA. Les politiques publiques, à l’instar des investissements infrastructurels et sociaux, pourraient permettre de combler ces retards. Du point de vue des entreprises, les mesures visant à réduire les coûts de participation au secteur financier et à assouplir les exigences en matière de garanties pourraient améliorer leur accès aux financements et ainsi doper le PIB.

Analyse comparative de l’accès aux services financiers

L’accès aux services financiers dans l’UEMOA demeure relativement limité. Le graphique 21.1 compare différents indicateurs de l’accès aux services financiers au sein de l’UEMOA par rapport à un groupe de pays de référence de la région et d’Asie en forte croissance2. Il ressort de cette comparaison que :

  • Les pays de l’UEMOA accusent en moyenne un retard par rapport aux groupes de référence en matière d’offre d’infrastructures financières de base, par exemple la densité des guichets automatiques de banque (GAB) et le nombre de succursales bancaires.

  • Le montant relatif des dépôts et des prêts des banques commerciales est globalement semblable à celui des pays africains de référence, mais nettement inférieur à celui des pays asiatiques de référence; le nombre de personnes détenant des dépôts auprès des banques commerciales est relativement faible.

  • Les insuffisances dans l’accès aux services financiers transparaissent aussi dans les enquêtes réalisées auprès des entreprises dans chaque pays de l’UEMOA : plus de la moitié des entreprises interrogées indiquent que l’accès aux services financiers est un obstacle majeur pour leurs activités.

Graphique 21.1.Accès aux services financiers

Généralement modeste, l’accès aux services financiers semble être le plus limité pour les couches les plus vulnérables de la population (graphique 21.2). Les jeunes adultes et la population au bas de l’échelle des revenus (les 40 % inférieurs) sont les groupes qui détiennent le nombre relatif de comptes bancaires le plus faible (moins de 5 % de la part de la population qu’ils représentent). Toutefois, la population qui vit dans les zones rurales, les personnes moins instruites et les femmes possèdent aussi moins souvent un compte financier que l’habitant moyen de l’UEMOA. En général, ces comptes servent le plus souvent aux activités professionnelles ou à toucher des paiements tels que les salaires ou les envois de fonds.

Graphique 21.2.Caractéristiques démographiques de l’accès aux services financiers

Source : Findex, 2011.

Note : Les pays sont désignés par leur code à trois lettres de l’Organisation internationale de normalisation. AfSS = Afrique subsaharienne; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Les principaux modes d’accès aux services financiers et de dépôts sont similaires à ceux des pays de référence, même si plusieurs méthodes de paiement sont moins courantes dans l’UEMOA (graphique 21.3). Comme dans les pays de référence, les guichets de banque constituent le principal mode de dépôt. En revanche, les chèques et les paiements électroniques sont des modes de paiement beaucoup moins développés dans les pays de l’UEMOA que dans les groupes comparateurs, et une proportion nettement plus faible de la population de l’UEMOA est en possession d’une carte de crédit ou de débit.

Graphique 21.3.Modes de dépôt et de paiement

Source : Findex, 2011.

Note : Les pays sont désignés par leur code à trois lettres de l’Organisation internationale de normalisation. AfSS = Afrique subsaharienne.

L’utilisation des prêts et les finalités de l’épargne traduisent la faiblesse relative de la protection sociale, et le secteur financier ne contribue que modestement à l’atténuation des chocs (graphique 21.4). Si la proportion de la population qui souscrit des prêts pour financer des études est comparable à celle des pays de référence, le pourcentage de personnes endettées pour raisons médicales ou autres situations exceptionnelles est relativement élevé au sein de l’UEMOA. Il semble que la population soit relativement moins couverte par l’assurance maladie et, à l’exception du Mali, par l’assurance agricole. Moins de personnes épargnent (ou sont en mesure de le faire) en prévision d’éventuelles situations exceptionnelles. Ces indicateurs, qui montrent les lacunes de la protection sociale en valeur absolue et relative, donnent aussi à penser que le secteur financier procure une aide insuffisante à la population pour se protéger contre les chocs ou y faire face.

Graphique 21.4.Utilisation des prêts

Source : Findex, 2011.

Note : Les pays sont désignés par leur code à trois lettres de l’Organisation internationale de normalisation. AfSS = Afrique subsaharienne.

La contribution du secteur bancaire aux programmes d’investissement des entreprises paraît aussi limitée (graphique 21.5). Les enquêtes réalisées auprès des entreprises montrent que la plupart d’entre elles détient un compte bancaire, mais que moins de 30 % ont accès à un prêt ou à une ligne de crédit dans la plupart des pays de l’UEMOA. La majorité des prêts est assortie d’une exigence de garantie. En moyenne, la valeur de cette garantie est supérieure au montant du prêt, ce qui s’explique par les difficultés à réaliser les garanties. Les prêts accordés par les banques ne représentent qu’une petite partie du financement des investissements des entreprises, alors que les ressources propres des entreprises semblent en être la source principale.

Graphique 21.5.Entreprises

Source : Banque mondiale, Enquêtes sur les entreprises.

Note : Les pays sont désignés par leur code à trois lettres de l’Organisation internationale de normalisation.

Retards en matière de crédit au secteur privé

Les ratios crédit au secteur privé/PIB correspondent à peu près à la moyenne des pays de référence de l’UEMOA, même s’il existe des variations d’un pays à l’autre (graphique 21.6). À partir de la méthodologie d’Al Hussainy et al. (2011) et de Barajas et al. (2013), nous avons estimé un ratio crédit au secteur privé/PIB de référence en fonction de plusieurs facteurs structurels pour un panel de plus de 120 pays émergents et en développement durant la période 1986–2013. Nous avons régressé le ratio crédit au secteur privé/PIB en fonction : 1) du log du PIB par habitant et de son carré, 2) du log de la population en tant qu’indicateur de substitution de la taille du marché, 3) du log de la densité de population en tant qu’indicateur de remplacement de la facilité de la prestation de services, 4) du log du ratio inactifs/actifs pour tenir compte des évolutions démographiques et du comportement afférent en matière d’épargne, et 5) d’une variable muette d’exportation pétrolière et de variables fictives temporelles pour prendre en considération les facteurs mondiaux. Les valeurs ajustées de ces régressions constituent le ratio crédit au secteur privé/PIB de référence. Si le ratio crédit effectif/PIB suit généralement l’évolution des données des pays de référence, il a été inférieur à celles-ci en 2013 dans quatre pays (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Guinée Bissau), supérieur dans trois pays (Mali, Niger et Togo) et à peu près conforme à la référence au Sénégal.

Graphique 21.6.Crédit au secteur privé (En pourcentage du PIB)

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Plusieurs mesures pourraient aider les pays à accroître le crédit au secteur privé par rapport à la référence (graphique 21.7, tableau 21.1). Dans l’étape suivante, une régression du déficit de financement (ratio crédit effectif au secteur privé/PIB moins sa valeur de l’échantillon de référence) en fonction de variables macroéconomiques, institutionnelles et de politique économique permet d’identifier les facteurs à l’origine des écarts par rapport à la référence pour la période 2004–13. Le tableau 21.1 met en exergue les facteurs qui contribuent à augmenter le crédit au secteur privé par rapport à la référence, tandis que le graphique 21.7 décrit l’évolution du ratio crédit au secteur privé/PIB par rapport à la référence si ces facteurs sous-jacents sont modifiés d’un écart-type. Les facteurs qui présentent une corrélation positive avec le ratio crédit au secteur privé/PIB sont notamment, du point de vue extérieur, le degré d’ouverture aux échanges commerciaux et les flux d’investissement direct étranger, un recul de l’inflation et une hausse des dépenses sociales et d’éducation sur le plan (de la politique) macroéconomique, ainsi que de meilleures infrastructures et institutions (dans cette étude, l’indice du Guide international des risques-pays, GIRP).

Graphique 21.7.Facteurs à l’origine du déficit de financement

Tableau 21.1Facteurs des retards dans l’amélioration de l’accès aux services financiers, 2004–13
(1)(2)(3)(4)(5)
Environnement économique
Croissance−0,004***−0,004***
(−3,08)(−3,04)
Taux des fonds fédéraux É.-U.10,0030,008**
(0,69)(2,17)
Position extérieure
IDE/PIB0,002***0,002***
(2,92)(3,17)
Ouverture aux échanges0,209***0,217***
(3,49)(3,40)
Contrôle des mouvements de capitaux0,076***0,115***
(3,96)(5,73)
Politiques
Solde des finances publiques (corrigé des variations cycliques)/PIB−0,185**−0,247**
(−2,16)(−2,52)
Inflation−0,004***−0,003***
(−5,50)(−4,48)
Régime de change0,007
(1,15)
Dépenses de santé/PIB1,575***1,202***
(3,61)(2,57)
Institutions et infrastructures
Institutions (GIRP)0,295***0,234***
(4,38)(3,14)
Lignes téléphoniques0,000***0,000***
(11,44)−11,74
Utilisation Internet0,001**0,001*
(2,01)(1,75)
Profondeur d’information crédit−0,002
(−0,69)
Constante0,019*−0,119***−0,033−0,183***−0,308***
(1,76)(−5,03)(−1,17)(−5,74)(−7,38)
Nombre d’observations10551055105510551055
R20,010,040,040,090,18
Source : calculs des auteurs.Note : statistiques t robustes entre parenthèses; les seuils de signification sont respectivement de 10 % (*), 5 % (**) et 1 % (***). IDE = investissement direct étranger; GIRP = Guide international des risques-pays.

Indicateur de substitution pour l’environnement extérieur.

Source : calculs des auteurs.Note : statistiques t robustes entre parenthèses; les seuils de signification sont respectivement de 10 % (*), 5 % (**) et 1 % (***). IDE = investissement direct étranger; GIRP = Guide international des risques-pays.

Indicateur de substitution pour l’environnement extérieur.

Les obstacles à l’inclusion financière3

Un modèle d’équilibre général microéconomique contribue à identifier les obstacles les plus contraignants à l’amélioration de l’accès des entreprises aux services financiers. La présente section étalonne le modèle d’équilibre général microéconomique de Dabla-Norris et al. (2014) pour quantifier les obstacles les plus contraignants à l’inclusion financière et, par conséquent, la croissance, la productivité et une répartition plus équitable des revenus. Les agents du modèle diffèrent les uns des autres en termes de richesse et de talents. Ils peuvent choisir de devenir entrepreneurs ou de proposer leur travail contre salaire. Ces agents doivent faire face à trois frictions financières :

  • les coûts de participation Ψ, qui limitent l’accès au crédit, en particulier pour les entrepreneurs plus petits et plus pauvres;

  • les coûts d’intermédiation χ, dus à l’asymétrie de l’information entre les banques et les emprunteurs, d’où des écarts entre rémunération des dépôts et taux des prêts;

  • les imperfections dans la force exécutoire des contrats, ce qui oblige à constituer des garanties et induit donc une baisse des ratios λ d’effet de levier des garanties.

Pour déterminer les valeurs des paramètres Ψ, χ, et λ, ainsi que d’autres paramètres de calage, une série d’indicateurs macroéconomiques et financiers ont été introduits dans le modèle (tableau 21.2).

Tableau 21.2Moments cibles
Épargne (en % du PIB)14,5
Garanties (en % de la valeur du prêt)170
Entreprises ayant contracté un crédit (en % du total)20
Prêts improductifs (en % des prêts)17
Écart de rendement observé sur les obligations souveraines7,4
Source : estimations des auteurs.
Source : estimations des auteurs.

D’après les résultats, les coûts de participation et les exigences élevées en matière de garanties sont en moyenne les principaux obstacles à l’emprunt dans l’UEMOA. Les graphiques 21.8, 21.9 et 21.10 décrivent en termes quantifiés les effets d’un assouplissement de chacune des trois contraintes financières prises isolément sur le nombre d’entreprises ayant accès au crédit, le PIB, la productivité, l’inégalité de revenu, l’écart de rendement observé sur les obligations souveraines et le ratio de prêts improductifs. Ces résultats semblent indiquer que, si une réduction des coûts de participation et des exigences de garanties peut provoquer des hausses sensibles du PIB, elle a néanmoins des effets différenciés sur d’autres variables, notamment :

  • L’amélioration de l’accès aux services financiers (graphique 21.8) : La réduction des coûts de participation (comme les coûts de transaction) et des obstacles institutionnels et bureaucratiques pourrait accroître nettement la proportion d’entreprises contractant un crédit. Un accès plus large au crédit se traduit par une hausse des investissements, d’où une progression sensible du PIB. Par rapport à la situation actuelle au sein de l’UEMOA, la diminution des coûts de participation pourrait aussi réduire l’inégalité de revenu telle que mesurée par le coefficient de Gini. En effet, les entrepreneurs précédemment confrontés à des obstacles (moins fortunés) bénéficient de manière disproportionnée de la réduction des coûts de participation lorsqu’ils entrent sur le marché. Pour la même raison, il est possible que la productivité globale recule.

  • L’assouplissement des contraintes en matière de garanties (graphique 21.10) : Les mesures susceptibles d’alléger les exigences en matière de garanties, comme la création de registres des garanties, pourraient aussi déboucher sur des progressions significatives du PIB et accroître la productivité via des gains d’efficience. Cet effet est différent de celui des mesures décrites plus haut qui améliorent l’accès aux services financiers puisqu’il favorise de manière disproportionnée les entrepreneurs plus talentueux. Si l’assouplissement des contraintes en matière de garanties permet à toutes les entreprises d’emprunter davantage, les structures moins talentueuses ne développent pas leurs activités dans les mêmes proportions que les autres, car elles atteignent plus rapidement leur taille maximale. Cet assouplissement peut donc provoquer un creusement des inégalités de revenu.

Graphique 21.8.Réduction des coûts de participation (De gauche à droite, le point indique la position initiale)

Source : estimations des auteurs.

Graphique 21.9.Réduction des coûts d’intermédiation (De gauche à droite, le point indique la position initiale)

Source : estimations des auteurs.

Graphique 21.10.Assouplissement des contraintes en matière de garanties (De gauche à droite, le point indique la position initiale)

Source : estimations des auteurs.

Bibliographie

    Al HussainyEdAndreaCoppolaErikFeyenAlainIzeKatieKibbuka and HaocongRen.2011. “A Ready-to-Use Tool to Benchmark Financial Sectors Across Countries and Over Time.FinStats 2011World BankWashington.

    BarajasAdolfoThorstenBeckEraDabla-Norris and SeyedReza Yousefi.2013. “Too Cold, Too Hot, or Just Right? Assessing Financial Sector Development Across the Globe.Working Paper WP/13/81International Monetary FundWashington.

    Dabla-NorrisEraYanJiRobertTownsend and FilizUnsal.2014. “Identifying Constraints to Financial Inclusion and Their Impact on GDP and Inequality: A Structural Framework for Policy.Working PaperInternational Monetary FundWashington.

Avec les précieuses contributions de Filiz Unsal (FMI), Era Dabla-Norris (FMI) et Eva Van Leemput (Université de Notre Dame). Les conclusions ne doivent pas être considérées comme exprimant l’opinion du FMI. La section «Identification des obstacles les plus contraignants à l’inclusion financière des entreprises» fait partie d’un projet d’étude sur la politique macroéconomique des pays à faible revenu, appuyé par le Ministère britannique du développement international. Les conclusions ne représentent pas nécessairement les opinions de ce ministère.

Les pays africains de référence sont le Ghana, le Kenya, le Lesotho, l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie et la Zambie. Les pays asiatiques de référence sont le Bangladesh, le Cambodge, l’Inde, le Laos, le Népal et le Viet Nam. L’Afrique subsaharienne sert aussi de comparateur dans de nombreux cas.

Nous remercions Eva Van Leemput pour le calage du modèle de Dabla-Norris et al. (2014) dans cette section.

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