Building Integrated Economies in West Africa
Chapter

Chapitre 19. Structure du système financier

Author(s):
Alexei Kireyev
Published Date:
September 2016
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Author(s)
Patrick Imam and Christina Kqlerüs 

Le système financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est dominé par le secteur bancaire, mais il évolue rapidement avec l’émergence de nouveaux groupes bancaires transnationaux et d’institutions de microfinance. Le marché obligataire et boursier régional constitue une source marginale de financement, hormis pour les États. Le marché interbancaire manque toujours de profondeur. Le système bancaire de la région est très hétérogène. Si la plupart des banques sont suffisamment bien capitalisées et rentables, il existe des poches de vulnérabilité, y compris dans les banques publiques. L’observation des normes prudentielles reste faible pour un certain nombre de ratios, ce qui laisse entrevoir un certain degré de laisser-aller réglementaire, et certaines de ces normes ne sont pas alignées sur les normes internationales. Les tests de résistance et les indicateurs de solidité financière montrent que la concentration des prêts et la qualité des actifs posent des risques considérables. L’intensification des liens entre les États et les banques exige un suivi rapproché.

Aperçu

Le système financier de l’UEMOA continue d’être dominé par les banques. Le secteur bancaire comprend 106 banques et 13 institutions financières, qui, conjointement, détiennent plus de 90 % des actifs du système financier (tableau 19.1). Cinq banques détiennent 50 % des actifs bancaires (graphique 19.1). La structure de l’actionnariat évolue rapidement dans le secteur par suite de la rapide expansion de banques (panafricaines) à capitaux étrangers. Cette évolution contribue à intensifier la concurrence, mais aussi à accroître l’hétérogénéité du système bancaire, dans le cadre duquel des groupes transnationaux importants et rentables font concurrence à des banques locales (dont certaines appartiennent à l’État) qui sont souvent moins solides. Les institutions financières non bancaires, et notamment les compagnies d’assurances, se développent rapidement, mais sont encore, pour la plupart, de taille limitée.

Tableau 19.1Structure du système financier de l’UEMOA
Nombre deActifs totauxDépôtsEncours crédit
Institutions fin 2011Agences fin 2011Montant (milliards FCFA)% du PIBMontant (milliards FCFA)Montant (milliards FCFA)
Institutions de dépôts privées
Banques1071.85319.72553,811.1738.465
Institutions de microfinance18803.179517501
Institutions financières n’acceptant pas de dépôts14n.d.n.d.n.d.
Institutions financières publiquesn.d.n.d.n.d.n.d.
Ensemble du système financier (hors BCEAO)Sources : autorités nationales; estimations des services du FMI.

onnées à fin 2010.

Ensemble du système financier (hors BCEAO)Sources : autorités nationales; estimations des services du FMI.

onnées à fin 2010.

Graphique 19.1.UEMOA : évolution du secteur bancaire

Les institutions de microfinance (IMF) constituent une part réduite mais croissante du système financier et contribuent largement à améliorer l’accès des PME et des ménages défavorisés à la finance1. L’UEMOA compte 759 IMF agréées, dont 61 rentrent dans la catégorie des grandes institutions dont le montant des actifs ou des dépôts dépasse 2 milliards de francs CFA et qui sont assujetties au contrôle de la Commission bancaire. Ces 61 entités comptent 90 % des actifs du secteur des IMF. Bien que le groupe constitué par les IMF soit nettement plus petit que le système bancaire — le montant total des prêts des IMF représente environ 8 % du volume total des crédits bancaires —, ces institutions comptent davantage de titulaires de comptes que les banques, en particulier dans les zones rurales, ce qui contribue à élargir l’accès au système financier, qui est passé de 5 % à environ 15 % de la population. Dans des pays comme le Bénin, le Sénégal et le Togo, les IMF ont aidé à porter le taux d’accès global à plus de 20 % de la population. La plupart des IMF sont constituées en mutuelles ou sont exploitées par des organisations de la société civile et ont une mission sociale qui consiste, par exemple, à accorder des prêts aux agriculteurs des régions éloignées. Le secteur est dans l’ensemble rentable, mais un grand nombre des réseaux de petite taille affichent des pertes et sont largement tributaires des financements des bailleurs de fonds.

Les marchés financiers régionaux continuent d’être une source de financement marginale, sauf pour les États. La Bourse régionale des valeurs mobilières, dont le siège se trouve à Abidjan, compte une quarantaine de sociétés inscrites à la cote. Sa capitalisation est peu élevée (environ 12 % du PIB de l’UEMOA). Les sociétés inscrites à la cote appartiennent essentiellement aux secteurs financier et industriel; la Sonatel (société de télécommunications sénégalaise) et Ecobank (banque régionale ayant son siège au Togo) sont les plus importantes et contribuent pour près de 50 % à la capitalisation du marché. Le marché des titres de dette se compose essentiellement d’effets publics et est aussi d’envergure limitée (environ 10 % du PIB de l’UEMOA). Il n’existe pas de marché secondaire des titres de dette de véritable envergure, même pour les effets publics.

Le secteur bancaire

Le secteur bancaire s’est développé au cours des dernières années. Le crédit bancaire à l’économie a fortement augmenté dans la plupart des pays depuis le milieu des années 2000 (graphique 19.1). Le nombre d’agences et de comptes bancaires a également fortement augmenté au cours des dernières années. Les crédits sont essentiellement accordés à court terme et sont principalement destinés au secteur manufacturier et à celui des services (en particulier le commerce, l’hôtellerie et la restauration). La clientèle varie fortement d’une banque à une autre, certains établissements traitant surtout avec les grosses sociétés (y compris les filiales de multinationales dans le cas des banques à capitaux étrangers), tandis que d’autres orientent davantage leurs activités sur la clientèle de détail intérieure. Dans certains pays, l’intensification de la concurrence exercée par les IMF et l’adoption de nouvelles stratégies commerciales par les nouveaux arrivants sur le marché ont entraîné une diversification de la clientèle traditionnelle des banques et stimulé la concurrence. La plupart des banques ont d’importants engagements sous forme de titres d’État et, de manière plus générale, de titres de créance sur le secteur public.

L’implantation récente de groupes bancaires transfrontières (panafricains) dans l’UEMOA constitue un nouveau phénomène. Elle résulte souvent de l’acquisition de banques locales, en particulier par des groupes marocains et nigérians soucieux de développer leurs activités à l’international. Vingt groupes importants, qui constituent l’essentiel du système bancaire, se consacrent à des activités transfrontières au sein de l’UEMOA (graphique 19.1). Ces groupes, qui sont pour la plupart constitués en filiales, sont financés par des dépôts locaux. Ce modèle de financement, conjugué à la vocation nationale de ces institutions, explique pourquoi l’impact direct de la crise mondiale sur ces banques a été relativement faible. Les banques européennes poursuivent leurs opérations dans la région, et les groupes bancaires panafricains ont saisi l’occasion de se développer.

Les opérations bancaires dans l’UEMOA continuent toutefois d’être gérées dans un cadre national. Les flux transfrontières destinés aux ménages et aux sociétés de la région revêtent essentiellement la forme de prêts syndiqués passant par une banque sœur située dans le pays du client. Durant ces dernières années, la Côte d’Ivoire et le Sénégal étaient des destinataires nets de ces flux tandis que la plupart des autres pays affichaient des sorties nettes. Ces flux sont encore relativement peu importants. Le faible degré d’intégration bancaire apparaît également dans les fortes disparités entre les taux prêteurs et les taux créditeurs proposés aux ménages et aux entreprises dans les différents pays. Il tient à divers facteurs, comme le degré encore limité d’intégration économique, mais s’explique aussi par le fait que les activités de financement exigent de bien connaître le contexte local. Les principaux flux financiers transfrontières au sein de l’UEMOA concernent l’achat de titres d’État par les banques.

Le système bancaire est, en moyenne, liquide et bien capitalisé, encore que la situation varie fortement selon les banques et les pays (encadré 19.1, graphique 19.2 et tableau 19.2). Comme indiqué précédemment, les banques sont très différentes les unes des autres quant à leur modèle d’activité, leur taille, leur portée géographique, leur rentabilité et leurs vulnérabilités. Les données globales masquent cette diversité et doivent donc être accompagnées d’analyses plus détaillées. L’examen des indicateurs de solidité financière (établis à partir de données très agrégées, disponibles après de longs délais et ayant un caractère rétrospectif) et des résultats des tests de résistance (qui s’appuient sur les données relatives à chaque banque) confirme la nécessité de mener une double démarche. La concentration des crédits, élevée dans tous les pays de la région, et la qualité des actifs, au regard du montant élevé des prêts improductifs bruts, sont les principaux risques. En raison de l’insuffisance des données, il n’a malheureusement pas été possible d’évaluer les risques liés à l’exposition des banques aux risques souverains dans l’UEMOA, mais le montant de ce type d’engagements augmente manifestement, ce qui pose de nouveaux risques (éventuellement systémiques). Le volume global des engagements des banques envers le secteur public (à savoir par l’intermédiaire des entreprises publiques) est encore plus important. L’implantation de groupes bancaires transfrontières peut aussi engendrer de nouveaux risques. Par exemple, les banques qui poursuivent des activités transfrontières peuvent propager les chocs émanant de l’étranger dans l’économie intérieure. Par ailleurs, lorsque d’importants groupes bancaires détiennent des portefeuilles similaires, ils s’exposent à des chocs similaires. Si la diversification des portefeuilles bancaires réduit la probabilité d’une défaillance idiosyncrasique, elle accroît la probabilité d’une crise systé-mique. Certains de ces groupes bancaires sont suffisamment importants pour être considérés comme des institutions financières d’importance systémique au plan intérieur.

Encadré 19.1.Solidité du système bancaire : conclusions des tests de résistance

Des tests de résistance des systèmes bancaires de sept des huit pays membres de l’UEMOA ont été réalisés en collaboration avec les autorités. Il n’a pas été possible d’inclure la Guinée Bissau en raison du manque de données. Les tests de résistance ont été effectués sur la base des données à la fin de 2011; dans le cas de deux pays, des données détaillées n’étaient disponibles que pour la fin de 2010. Les tests de résistance, qui ont couvert la totalité des banques (publiques, privées et à capitaux étrangers), avaient pour objet de déterminer le risque de marché, le risque de crédit et le risque de taux d’intérêt. Ils n’ont porté ni sur le risque de change, compte tenu du rattachement crédible à l’euro, ni sur les risques souverains, par manque de données. L’absence de données récentes et complètes limite dans une large mesure l’utilité des tests de résistance pour la prévention des crises. Les tests réalisés n’ont pas intégré d’interactions macroéconomiques ni d’autres effets de second tour, et ils ont été menés dans l’hypothèse de l’absence de riposte des pouvoirs publics. Ils ont calibré une série de chocs importants mais plausibles, notamment des risques sectoriels, comme la défaillance du plus gros emprunteur, une hausse soudaine du taux d’intérêt de 500 points de base ainsi que des chocs au niveau des liquidités — des retraits massifs des fonds en dépôt se traduisant par une contraction de 5 % des dépôts par jour pendant dix jours.

Les résultats ont fait ressortir certains des points forts et des points faibles connus du système.

  • Risque de taux d’intérêt limité. Les actifs constituant les portefeuilles bancaires étant généralement des actifs à court terme — ce qui réduit le risque d’asymétrie des échéances — et les obligations étant normalement détenues jusqu’à l’échéance, les banques de la plupart des pays peuvent résister à d’importantes variations des taux d’intérêt.

  • Risque de liquidité limité. La plupart des banques disposant d’un important volant de liquidités, seuls les établissements de petite taille sont confrontés à des risques de liquidité.

  • Un fort degré de concentration sectorielle/d’entreprises. En raison du manque de diversification économique et de l’ampleur du secteur informel, les banques concentrent leurs prêts sur seulement quelques secteurs et entreprises. Dans l’UEMOA, les 50 sociétés les plus importantes absorbent un tiers du volume total des crédits bancaires. Cette situation expose les banques à un risque majeur, qui peut devenir systémique si les engagements des banques concernent essentiellement le même gros emprunteur (comme ICS au Sénégal il y a quelques années).

  • Faible qualité des actifs. Bien qu’elle varie selon les banques, la qualité des actifs est généralement faible comme en témoigne par le niveau élevé des ratios de prêts improductifs (même une fois les provisions prises en compte). Les règles comptables locales prévoient un délai plus long que dans la plupart des autres juridictions pour la passation par pertes et profits des prêts improductifs, de sorte que ces derniers sont probablement anciens et pourraient indiquer qu’il est difficile de faire valoir les garanties par l’intermédiaire du système judiciaire. Faute de données sur les flux relatifs aux prêts improductifs, il n’a pas été possible d’établir l’évolution récente de la situation en ce domaine.

    Parmi les autres vulnérabilités, connues mais non examinées dans le cadre des tests de résistance, figurent :

  • L’instabilité politique. Ce risque est élevé dans la région, comme en témoignent les crises survenues en Côte d’Ivoire, au Mali et en Guinée Bissau au cours des trois dernières années.

  • Les risques climatiques. Étant donné la large place qu’occupe encore le secteur agricole dans l’économie de l’UEMOA, les risques climatiques (inondation, sécheresse, etc.) exposent le système à d’importants chocs exogènes.

  • Les liens entre États et banques. Les banques de l’UEMOA détiennent plus de 70 % des titres de la dette émise par huit États de l’Union, et les volumes détenus transfrontières sont parfois importants. Vers la fin de 2010, lorsque la crise a éclaté en Côte d’Ivoire, plus de la moitié des titres de la dette de ce pays était détenue par des résidents d’autres pays membres de l’UEMOA, généralement des banques. Un défaut de paiement de ces titres de la dette aurait pu provoquer une crise bancaire systémique dans la région.

Graphique 19.2.UEMOA : solidité financière

Tableau 19.2UEMOA : Indicateurs de solidité financière, 2010–14 (en pourcentage, sauf indication contraire)
Dec. 2005Dec. 2006Dec. 2007Dec. 2008Dec. 2009Dec. 2010Dec. 2011Dec. 2012Juin 2013Dec. 2013Juin 2014
Ratios de solvabilité
Fonds propres régl/actifs pondérés par les risques987101011,110,710,710,710,19,3
Fonds propres noyau dur/actifs pondérés pas les risques98691010,610,19,910,09,38,3
Provisions/actifs pondérés par les risques151413121112,110,410,511,010,510,4
Fonds propres/total des actifs654666,46,56,36,25,65,1
Composition et qualité des actifs
Total des crédits/total des actifs636259595855,355,255,055,155,955,7
Concentration : prêts à 5 plus gros clients/fonds propres1897492814343,234,4106,999,597,8130,1
Répartition sectorielle des prêts
Agriculture433432,02,92,62,32,92,4
Industries extractives111112,02,21,61,71,82,1
Transformation222120181818,918,818,217,117,017,2
Électricité, eau et gaz434333,43,23,23,63,74,6
BTP455456,16,76,77,77,87,7
Détail et gros, restauration, hôtellerie383937333331,932,334,733,533,532,7
Transports et communications101012121313,611,210,111,511,210,9
Assurances, immobilier et services665565,25,56,15,96,06,7
Autres services111213171717,017,116,816,716,215,6
Prêts improductifs bruts/total des prêts202119191717,615,916,017,015,415,7
Taux de provisionnement676666686163,764,263,460,761,059,3
Prêts improductifs nets/total des prêts887777,26,36,57,46,67,1
Prêts improductifs nets/fonds propres839191696962,054,156,566,266,676,7
Produit et rentabilité
Coût moyen des fonds empruntés222332,92,42,42,8
Taux d’intérêt moyen des prêts10910111010,99,79,810,7
Marge financière moyennel878888,07,37,37,9
Rendement net d’impôt des actifs moyens (RDA)1,11,20,91,2
Rendement des fonds propres moyens après impôts (RFP)55521512,613,710,114,6
Charges hors intérêts/produit bancaire net586163616464,861,661,060,2
Salaires et traitements/produit bancaire net272828272727,126,425,726,2
Liquidité
Actifs liquides/total des actifs424138373433,333,632,531,932,231,2
Actifs liquides/total des dépôts555451504645,146,145,844,747,145,3
Total des prêts/total des dépôts848279827884,084,386,286,190,089,2
Total des dépôts/total des engagements767575737374,172,971,171,368,568,9
Dépôts à vue/total des engagements2383838373636,737,836,536,835,535,6
Dépôts à terme/total des engagements383736363737,535,134,634,533,033,3
Source : Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Hormis les taxes sur les opérations bancaires.

Y compris les comptes d’épargne.

Source : Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Hormis les taxes sur les opérations bancaires.

Y compris les comptes d’épargne.

Le respect des normes prudentielles reste faible pour un certain nombre de ratios. Comme le montre le graphique 19.1, le respect des normes varie selon les pays et les ratios. En outre, dans tous les pays il y a des banques qui ne respectent pas le ratio de fonds propres (l’absence de données décomposées n’a pas permis de déterminer l’ampleur du respect des ratios prudentiels en fonction du volume des actifs bancaires). Le respect des normes s’est amélioré récemment, mais cette évolution tient aux changements apportés à deux ratios (le ratio de transformation, qui a été ramené de 75 à 50 %, et le ratio de la structure du portefeuille, qui a été aboli). Les progrès sont restés limités au cours des dernières années, ce qui indique un certain degré de laisser-faire réglementaire. Par ailleurs, certaines normes ne sont pas alignées sur les normes internationales. Le faible taux de respect des normes est particulièrement inquiétant dans le cas des ratios qui sont moins exigeants que les normes internationales, notamment le ratio concernant la répartition des risques. Comme indiqué dans la dernière section, il importe aussi de prendre en considération certaines autres questions importantes concernant la supervision des groupes régionaux et les cadres de prévention et de résolution des crises.

Microfinance

Après avoir connu une expansion rapide, le secteur de la microfinance procède à des regroupements. La rapide expansion des réseaux de microfinance au début des années 2000 a favorisé l’élargissement de l’accès à la finance. Par exemple, au Bénin, les IMF agréées desservent 1,5 million de clients, sur une population active totale de 4,5 millions. Cette expansion rapide a toutefois aussi provoqué la prolifération d’IMF souvent petites et non rentables, opérant en partie en dehors du contrôle des autorités. Le processus de regroupement se poursuit dans la plupart des pays, sous forme de fusions et d’acquisitions entre IMF, et à l’initiative des autorités. Ce processus est bien avancé dans certains pays — une centaine d’institutions ont été fermées au Sénégal — tandis que l’enregistrement des réseaux existants n’est pas encore achevé dans d’autres. Une enquête menée au Bénin en 2011, par exemple, a montré que seulement 226 des 721 IMF opérant dans le pays possédaient un agrément (FMI, 2012). Dans l’ensemble, le nombre d’agences et de points de service est resté relativement constant dans l’UEMOA depuis 2004. L’encours des crédits a toutefois fortement augmenté dans la plupart des pays (graphique 19.3). La microfinance est particulièrement développée au Sénégal (Imam et Kolerus, 2013).

Graphique 19.3.UEMOA : microfinance

Source : Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Note : Les pays sont désignés par leur code à trois lettres de l’Organisation mondiale de normalisation. UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Les autorités ont entrepris de s’attaquer aux problèmes de gouvernance et de rentabilité du secteur. Le secteur des IMF est dans l’ensemble rentable, mais la situation varie considérablement selon la taille des institutions, les plus importantes étant aussi les plus rentables. Les prêts improductifs évoluent à la hausse, et les problèmes de gouvernance sont fréquents par suite d’un manque de responsabilisation. Une réforme réglementaire lancée en 2008—09 a donné lieu à une réorganisation des responsabilités en matière de supervision, et les institutions de grande taille détenant des actifs ou des dépôts d’un montant supérieur à 2 milliards de francs CFA relèvent désormais du contrôle de la Commission bancaire de l’UEMOA. Les institutions de taille plus réduite continuent d’être supervisées par les autorités nationales, en général le ministère des finances, et les pays ont entrepris de renforcer leurs capacités dans ce domaine. De nombreuses IMF indiquent que l’accès au refinancement est un problème majeur en raison du niveau relativement élevé de leur ratio de transformation et de leurs ressources qui sont à court terme (dépôts à vue) tandis que la demande de financement à plus long terme augmente. Les grandes IMF peuvent se refinancer auprès des banques, et ces prêts sont depuis peu admis à bénéficier d’un refinancement de la BCEAO. Les petites IMF n’ont toutefois pas cette possibilité. La BCEAO examine également la possibilité d’inclure les IMF dans le système de paiement, car l’agrément actuel des IMF n’autorise pas ces dernières à effectuer des transferts monétaires. Les services de banque mobile commencent tout juste dans l’UEMOA.

Marchés régionaux

Les activités restent limitées sur le marché interbancaire bien que celui-ci présente certains signes de développement. Les prêts interbancaires représentaient moins de 2 % du volume total des prêts bancaires au cours des cinq dernières années. Les échéances des prêts se sont, dans l’ensemble, allongées au cours des dernières années, et la pente de la courbe des taux implicite, mais imparfaite, est devenue positive; elle était pratiquement plate il y a dix ans. Le taux interbancaire se maintient en outre pour l’essentiel dans le couloir du taux directeur depuis 2009 (graphique 19.4). Le marché interbancaire ne joue toutefois pas encore de rôle majeur dans la réaffectation des liquidités. Bien que le système bancaire affiche des réserves excédentaires, la BCEAO doit toujours injecter des volumes massifs de liquidités dans un grand nombre de banques qui ne peuvent pas obtenir ces liquidités sur le marché. Ce phénomène est un autre exemple de la forte hétérogénéité et fragmentation du système bancaire. Les opérations n’étant pas assorties de garanties, les banques très liquides — en général, mais pas uniquement, les filiales des grandes banques étrangères, qui sont également les plus rentables — hésitent à prêter à d’autres établissements. La plupart des prêts interbancaires sont donc effectués entre groupes bancaires de manière à éviter tout risque de contrepartie. Étant donné que l’accès à la facilité permanente de la BCEAO pour l’octroi de liquidités n’est pas encore totalement électronique, et qu’il entraîne donc des coûts de transaction élevés, certaines opérations sur le marché interbancaire se produisent encore à des taux plus élevés que le taux directeur supérieur de la BCEAO. Ces opérations peuvent également s’expliquer par l’existence de transferts de bénéfices implicites entre banques appartenant à un même groupe.

Graphique 19.4.UEMOA : marché interbancaire

Le marché régional des titres de la dette s’est rapidement développé au cours des dernières années, essentiellement pour les effets publics (graphique 19.5). Des titres peuvent être émis par des entreprises privées et par les États sur la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). La BRVM compte 46 lignes obligataires, dont 28 ont été émises par des émetteurs privés et les autres par quatre États de l’UEMOA. Les émissions d’obligations publiques représentaient 75 % de toutes les émissions par syndication en 2011, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ayant été les émetteurs les plus actifs. Le taux d’intérêt moyen sur les obligations souveraines était de 6,7 % en 2011 (avec une duration moyenne de 5,5 ans), tandis que le taux d’intérêt moyen des obligations cotées émises par des entreprises privées était de 6,8 % (avec une duration similaire). Les taux d’intérêt n’expliquent toutefois pas totalement les écarts entre les coûts de financement du secteur public et du secteur privé. Les émissions par le secteur privé devaient être assorties, jusqu’à récemment, d’une garantie de 100 % d’une institution agréée (comme la BOAD), ce qui augmentait le coût des émissions de l’équivalent de 1 à 2 points de pourcentage. Dans l’ensemble, le marché obligataire de la BRVM reste de taille limitée. La BRVM avait une capitalisation totale d’environ 2,4 % du PIB à la fin de 2014. Elle ne constitue pas une source de financement importante pour le secteur privé, et il n’existe pas de marché secondaire de taille notable.

Graphique 19.5.UEMOA : marchés obligataires

L’essentiel des titres de dette publique sont toutefois encore émis à des banques dans le cadre d’adjudications organisées par la BCEAO. Ce segment est très dynamique depuis quelques années, et l’encours des titres de dette publique émis sur ce marché est environ 10 fois plus élevé que celui émis à la BRVM. Les titres émis de cette manière revêtent essentiellement la forme de bons du Trésor. Ils ont une échéance moyenne relativement courte et peuvent être présentés à la BCEAO à des fins de refinancement. Il n’existe pas de marché secondaire important pour ce type de titres de dette publique.

Le marché régional des actions reste peu profond (graphique 19.6). La BRVM, qui a ouvert ses portes en 1998, a commencé ses opérations avec 36 sociétés inscrites à la cote sur l’ancienne bourse d’Abidjan. Le nombre de sociétés cotées est relativement stable, puisqu’il était de 37 au début de 2013, les nouvelles inscriptions à la cote compensant généralement le nombre de sociétés retirées de la liste. La capitalisation du marché boursier est passée de 4,3 % du PIB en 2002 à 13,2 % du PIB en 2014. Les investisseurs étrangers sont autorisés à opérer sur le marché, et leur participation dans Sonatel et ETI (Ecobank) est réputée être assez importante. Le rendement moyen du marché en 2011 était de 8,6 % en monnaie nationale, et 27 sociétés ont versé des dividendes. La BRVM est supervisée par le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF).

Graphique 19.6.UEMOA : La BRVM — Marché boursier

Sources : Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM); Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF).

Risque systémique et surveillance

Par risque systémique, on entend toute menace de perturbation des services financiers due à un dysfonctionnement d’une partie ou de la totalité du système financier, qui peut avoir de graves conséquences sur l’économie réelle. Cette forme d’externalité négative se produit lorsqu’une faillite bancaire, une paralysie du marché ou une défaillance de l’infrastructure peut avoir de graves répercussions sur les participants au marché. Le risque systémique peut être décomposé en deux dimensions, l’une temporelle et l’autre transversale. Le risque temporel résulte des interactions qui se produisent entre les risques qui s’accumulent et le cycle macroéconomique. Les institutions financières et les emprunteurs peuvent contracter des volumes d’engagement excessifs durant la phase ascendante d’un cycle économique pour, en revanche, faire preuve d’aversion au risque en phase descendante. Les phases alternantes d’expansion et de contraction de l’offre de crédit et de liquidités — et par conséquent les mouvements des prix des actifs — s’en trouvent accentuées, ce qui peut avoir des effets dommageables sur l’économie réelle. Le risque transversal est dû au fait que l’accroissement de la taille et de la complexité du système financier renforce les interconnexions et augmente les engagements communs, ce qui peut intensifier la propagation des problèmes lorsqu’ils surgissent. Il s’ensuit que la faillite d’une institution — surtout si elle est de taille importante ou est étroitement liée à d’autres établissements — peut compromettre l’ensemble du système.

Comme le signalent Imam et Kolerus (2013), le risque systémique temporel est sans doute limité à ce stade dans l’UEMOA, mais certains risques transversaux existent. Aucun secteur ne semble afficher un degré élevé de levier financier au Sénégal. Les banques, dans l’ensemble, accordent aux emprunteurs de premier ordre des financements sous forme de crédits à court terme tels que des crédits commerciaux, de sorte que les risques auxquels se trouve exposé le système financier, abstraction faite des chocs exogènes, sont probablement limités, à l’exception du risque de concentration. Les entrées et sorties de capitaux sont limitées. Nombre de ces observations valent probablement aussi pour d’autres pays de l’UEMOA.

Certains liens systémiques évoluent toutefois rapidement, de sorte que cette évaluation pourrait devoir être modifiée à brève échéance :

  • Liens transectoriels — Ces liens entre le secteur financier et les secteurs non financiers augmentent, car les banques financent de plus en plus les emprunteurs souverains par l’intermédiaire du marché régional.

  • Liens transfrontières — Ces liens entre le système financier de l’UEMOA et l’économie mondiale, mais aussi les liens au sein de l’UEMOA, se resserrent, car les grandes banques de l’UEMOA et les banques étrangères, en particulier marocaines et nigérianes, recherchent de nouveaux débouchés au sein de l’UEMOA et dans la région.

  • Liens interinstitutionnels — Ces liens sont établis entre les banques et les institutions financières non bancaires. L’étude pilote du Sénégal a fait ressortir le resserrement des liens entre les banques, les compagnies d’assurances et les IMF, que ce soit sous forme de participations au capital, de détention de titres de la dette ou de dépôts.

La stabilité financière de l’UEMOA est également exposée à des difficultés particulières. Dans une union monétaire hétérogène, la synchronisation des cycles économiques est limitée, comme dans le cas de l’UEMOA (voir chapitre 5). Dans ce cas, la politique monétaire n’a pas forcément un effet de stabilisation sur tous les systèmes financiers nationaux, car, étant établie en fonction du taux d’inflation moyen de la région, elle peut être trop accommodante dans certaines parties de l’Union où les taux d’inflation sont élevés et trop restrictive dans les régions où l’inflation est faible. Le développement limité des circuits financiers signifie également que les possibilités de mesures budgétaires anticycliques sont réduites, car il peut être difficile d’émettre des volumes importants d’effets publics sur un marché manquant de profondeur en phase descendante du cycle; ces mesures peuvent toutefois contribuer de manière cruciale à absorber des chocs asymétriques (et même des chocs symétriques du fait de l’efficacité limitée de la politique monétaire). L’envergure réduite des mécanismes d’absorption des chocs accroît encore l’importance de l’établissement d’un solide cadre de prévention et de résolution des crises financières.

Comme le signalent Imam et Kolerus (2013), il existe en principe une claire répartition des tâches de supervision du système financier incombant respectivement aux autorités nationales et aux autorités régionales. Le secteur bancaire et les IMF qui ont plus de 2 milliards de francs CFA de dépôts ou de prêts relèvent de la supervision de la Commission bancaire de l’UEMOA. Les IMF de taille plus réduite sont placées sous la supervision des autorités nationales. Le marché financier régional est supervisé par le CREPMF. Les ministères des finances ainsi que l’organe régional de réglementation assurent le contrôle du secteur des assurances. Enfin, le Comité de stabilité financière est chargé de la surveillance macro-prudentielle et a pour mission de garantir la stabilité de l’ensemble du système financier au niveau régional. Les licences bancaires étant délivrées par la BCEAO — sur la base d’un avis émis par la Commission bancaire de l’UEMOA — suite à la présentation d’une demande par les autorités nationales, il est entendu de manière tacite que les banques et les filiales en difficulté doivent recevoir un appui des autorités des pays dans lesquels elles sont situées, et non du pays de la société mère.

Bibliographie

Les personnes privées et les entreprises peuvent avoir accès aux services financiers, qui comprennent les prêts, les dépôts, les paiements, l’assurance et autres services de gestion de risque.

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