Chapter

Chapter 4. Le déficit d’infrastructures dans les pays de la CEMAC: problèmes et solutions possibles

Author(s):
Sharmini Coorey, and Bernardin Akitoby
Published Date:
October 2013
Share
  • ShareShare
Show Summary Details
Author(s)
Rupa Ranganathan, Vivine Foster and Cecilia Briceño-Garmendia 

Les États membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) sont extrêmement hétérogènes du point de vue de leur revenu, de leur patrimoine naturel ainsi que de leurs caractéristiques géographiques et topographiques. La CEMAC se compose de trois pays à faible revenu (le Cameroun, la République centrafricaine et le Tchad), d’un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (la République démocratique du Congo), d’un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (le Gabon) et d’un pays à revenu élevé (la Guinée équatoriale) qui n’est pas membre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Géographiquement, la CEMAC est formée de pays côtiers (le Cameroun, la République du Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale sur sa partie continentale), d’îles (certaines parties de la Guinée équatoriale) et de pays enclavés isolés (la République centrafricaine et le Tchad). La topographie de la région CEMAC change considérablement selon les pays, et à l’intérieur de chacun, allant de déserts arides à des forêts à la végétation luxuriante, en passant par des plaines, des montagnes volcaniques et des îles.

Grâce à la hausse rapide de leurs revenus pétroliers depuis le début des années 2000, les pays de la CEMAC sont devenus plus prospères. Tous richement dotés de ressources naturelles et de pétrole, à l’exception de la République centrafricaine, ils ont bénéficié d’une augmentation des exportations de pétrole et, par conséquent, de leurs recettes budgétaires. L’exploitation de gisements miniers et pétroliers découverts récemment en République centrafricaine pourrait permettre à ce pays de rejoindre prochainement ce groupe. Mais, en règle générale, malgré des recettes pétrolières abondantes, le niveau de vie d’une grande partie de la population des pays de la CEMAC ne s’est pas amélioré, et une majorité ne peut normalement accéder à l’électricité, à l’eau potable et à de meilleures installations sanitaires.

Une hausse des revenus pétroliers présente des défis pour les pays de la CEMAC, mais elle ouvre en même temps de nouvelles possibilités économiques. On pourrait s’attendre à ce qu’elle ait des effets positifs pour l’économie dans son ensemble, mais la réalité apparaît plus contrastée si l’on observe ce qui se passe dans ce domaine à l’échelle mondiale. Dans la plupart des pays, l’augmentation des richesses pétrolières et la dépendance vis-à-vis des ressources naturelles se sont traduites par des inégalités de richesse et souvent par une instabilité politique (le Nigéria, l’Angola et la Bolivie en sont des exemples), et par une économie réelle trop tributaire d’un seul secteur, au détriment des autres. On appelle ce phénomène le syndrome hollandais (Adam et Bevan, 2006, ainsi que les références de cet ouvrage).

Un accroissement des revenus pétroliers permet aux pays riches en ressources naturelles, et notamment aux États membres de la CEMAC, d’engager des dépenses pour répondre aux besoins d’infrastructures et aux besoins sociaux afin de stimuler la croissance et d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). La complexité du paysage politique et économique de la région oblige à gérer et investir avec rigueur les recettes pétrolières. Les problèmes de gouvernance que connaissent les pays riches en ressources naturelles ont freiné les investissements qui auraient pu transformer ces richesses en infrastructures productives. Les pays dotés de ressources pétrolières se sont heurtés à des difficultés majeures dans l’élaboration des budgets, l’établissement des calendriers budgétaires et la préparation des projets, et ils ont été gênés par des processus de passation de marché complexes. Ces problèmes ont entravé l’exécution des budgets d’équipement. Il est urgent de tirer parti des recettes pétrolières, en particulier durant les périodes d’expansion, et de faire des investissements dans les secteurs non pétroliers comme celui des infrastructures essentielles.

Il est fondamental pour la croissance et la compétitivité en Afrique que les infrastructures soient adéquates. En effet, des infrastructures inadaptées brident la croissance. Ce point de vue, mis en avant par la Commission pour l’Afrique (2005), est confirmé par un volume considérable de recherches économiques. Une question essentielle qui se pose aux décideurs est celle de savoir dans quelle mesure le développement des infrastructures, par comparaison à d’autres paramètres, contribue à la croissance. Une étude a révélé que, dans l’ensemble de l’Afrique, le développement et l’amélioration des infrastructures ont fait progresser de près de 1 point de pourcentage la croissance économique par habitant chaque année de 1990 à 2005, contre 0,8 point pour la stabilisation macroéconomique et les politiques structurelles (Calderón, 2009) (graphique 4.1).

Graphique 4.1.Variations de la croissance par habitant dues à des changements des fondamentaux de la croissance, 1990–2005

L’amélioration des infrastructures qu’a connue l’Afrique centrale1 entre 1995 et 2005, comparable à celle que l’on a pu observer sur l’ensemble du continent, a accéléré le taux de croissance par habitant de 1 point de pourcentage, essentiellement grâce à la progression de la téléphonie mobile dans la région, mais l’insuffisance des infrastructures électriques a freiné la croissance. C’est une évolution semblable à celle que l’on constate dans l’ensemble de l’Afrique.

Il existe des différences considérables entre pays (graphique 4.2). L’effet historique des infrastructures sur la croissance par habitant varie de 0,6 point de pourcentage en République du Congo à 1,2 point de pourcentage au Cameroun. Partout, les progrès des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont le plus contribué à la croissance économique. Dans certains cas, les infrastructures électriques ont eu une influence positive (en particulier en République centrafricaine), mais, dans d’autres, elles ont eu une influence négative (au Cameroun et en République démocratique du Congo).

Graphique 4.2.Variations de la croissance par habitant dans les pays de la CEMAC dues aux améliorations des infrastructures, 1999–2005

Les infrastructures pourraient à l’avenir jouer un rôle beaucoup plus grand dans la croissance. D’après des simulations, si l’on pouvait moderniser les infrastructures de l’Afrique centrale pour les porter au niveau de celles de Maurice, pays à la pointe dans ce domaine en Afrique, les effets sur la croissance par habitant seraient de l’ordre de 5 %, le secteur de l’électricité induisant le plus de changements, suivi par les routes et les télécommunications (graphique 4.3).

Graphique 4.3.Croissance potentielle par habitant due aux améliorations des infrastructures

Des études microéconomiques plus détaillées sur la relation entre les infrastructures et les résultats des entreprises mettent systématiquement en évidence une relation étroite entre les stocks d’infrastructures et la production, la productivité et les décisions d’investissement des entreprises. Une analyse de toutes les enquêtes sur le climat de l’investissement en Afrique (Escribano, Guasch et Peña, 2008) a révélé en particulier que, dans la plupart des pays africains, notamment les pays à faible revenu, les infrastructures entravent considérablement l’exercice d’activités économiques et réduisent la productivité des entreprises d’environ 40 %. Les entreprises estiment que les infrastructures contribuent à raison de presque 50 % à la productivité totale des facteurs, 40 % de cette contribution venant des opérations de dédouanement et 20 % environ des infrastructures dans les domaines de l’eau et de l’électricité.

Les déficiences infrastructurelles freinent les activités commerciales des entreprises. D’après des enquêtes récentes, 60 % à 75 % des entreprises au Cameroun, en République du Congo, au Gabon et au Tchad indiquent que l’électricité constitue un obstacle majeur à leur activité. Près de la moitié des entreprises en République du Congo, au Gabon et au Tchad citent l’insuffisance des transports comme entrave à l’exercice efficace d’activités commerciales.

Les infrastructures sont également une composante fondamentale du développement humain. Des systèmes fiables et pratiques d’approvisionnement en eau empêchent la propagation de maladies potentiellement mortelles et préviennent la mortalité infantile et la malnutrition. L’électricité alimente en énergie les secteurs de la santé et de l’éducation et rehausse la productivité des entreprises. Les réseaux de transport relient les marchés locaux, régionaux et mondiaux. Les services de TIC démocratisent l’accès à l’information, facilitent les communications et réduisent les coûts de transport en permettant d’effectuer des opérations à distance.

Infrastructures Dans la Cemac: Évaluation Comparative

Malgré une forte croissance et un essor de la richesse pétrolière au début des années 2000, les résultats des pays de la CEMAC dans le domaine des infrastructures sont inférieurs à ceux des pays comparables. Dans l’ensemble, les pays de la CEMAC affichent en la matière des indicateurs qui se situent au même niveau que ceux des autres pays africains à faible revenu, mais qui sont largement inférieurs à ceux des autres pays riches en ressources, qui servent de référence. La capacité de production électrique installée et l’accès à l’électricité sont inférieurs à ceux de tous les pays de référence. Les abonnements de téléphonie mobile et fixe ainsi que l’accès aux installations sanitaires sont certes légèrement meilleurs que dans les pays à faible revenu, mais ils restent inférieurs à ceux des pays riches en ressources des autres régions d’Afrique (tableau 4.1)2.

Tableau 4.1Accès aux infrastructures dans la région CEMAC
Références Afrique subsaharienne
IndicateursUnitésCEMACPays à faible revenuPays riches en ress. naturellesPays à revenu intermédiaire
Densité du réseau de routes classéeskm pour 1.000 habitants2,41,32,37,1
Réseau de routes classées en bon état%32352948
Capacité de production installéeMW par million d'habitants162043799
Accès à l'électricité% de la population30334650
Abonnés à Internetpour 100 personnes2,85,6911,88,94
Abonnés au téléphone mobilepour 100 personnes28,925,5837,3557,33
Lignes de téléphone fixepour 100 personnes0,70,80,834,78
Accès à l'eau courante% de la population1210,51252,1
Accès aux toilettes à chasse d'eau ou à fosse septique% de la population64,911,240,8
Sources: Africa Infrastructure Country Diagnostic; US Department of Energy, 2005–08; Banque mondiale, Information and Communications for Development, 2009.Note: routes et TIC, données de 2008; énergie et eau, données de 2004–05; accès à l’électricité, données de 2001. Les données de référence portent sur la dernière année disponible entre 2000 et 2005. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; TIC = technologies de l’information et de la communication; MW = mégawatt.
Sources: Africa Infrastructure Country Diagnostic; US Department of Energy, 2005–08; Banque mondiale, Information and Communications for Development, 2009.Note: routes et TIC, données de 2008; énergie et eau, données de 2004–05; accès à l’électricité, données de 2001. Les données de référence portent sur la dernière année disponible entre 2000 et 2005. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; TIC = technologies de l’information et de la communication; MW = mégawatt.

Par rapport aux normes africaines et mondiales, les infrastructures coûtent beaucoup plus cher aux usagers des pays de la CEMAC. Les prix de l’électricité et du fret routier sont en moyenne trois fois plus élevés dans les pays de la CEMAC que dans les autres régions en développement, et l’accès à Internet par des lignes commutées coûte six fois plus cher (tableau 4.2).

Tableau 4.2Coût des infrastructures dans la région CEMAC
Coût des servicesCEMACAfrique subsaharienneAutres pays en développement
Tarif de l'électricité ($ EU le kilowattheure)0,10–0,300,03–0,430,05–0,10
Frais de manutention des conteneurs aux ports ($ EU par EVP)160–260100–32080–150*
Tarif du fret routier ($ EU la tonne-kilomètre)0,130,04–0,130,01–0,04
Téléphonie mobile ($ EU le panier par mois)15,12,6–219,9
Service Internet commuté ($ EU par mois)686,7–14811
Sources: Banerjee et al., 2008; Eberhard et al., 2009; Minges et al., 2009; Teravaninthorn et Raballand, 2009.Note: EVP = équivalent vingt pieds. Les fourchettes représentent les prix dans différents pays et pour différents niveaux de consommation. Les prix de la téléphonie et de l’Internet sont ceux des pays en développement du monde entier, y compris les pays d’Afrique.
Sources: Banerjee et al., 2008; Eberhard et al., 2009; Minges et al., 2009; Teravaninthorn et Raballand, 2009.Note: EVP = équivalent vingt pieds. Les fourchettes représentent les prix dans différents pays et pour différents niveaux de consommation. Les prix de la téléphonie et de l’Internet sont ceux des pays en développement du monde entier, y compris les pays d’Afrique.

Ces prix élevés résultent de multiples facteurs, qui varient en fonction du type d’infrastructure. Dans le secteur de l’électricité, par exemple, les coûts de production sont effectivement supérieurs dans de nombreux pays africains en raison de la petite taille des systèmes de production et du recours à une technique de production coûteuse fondée sur le diesel, dont les coûts peuvent être près de trois fois supérieurs à ceux des systèmes hydroélectriques de plus grande dimension d’autres régions d’Afrique. Le coût élevé des transports routiers dans la CEMAC est attribuable à la présence de cartels et à une réglementation restrictive de ce secteur, qui se traduisent par des marges bénéficiaires exceptionnellement fortes. La cherté des services de TIC dans la CEMAC peut s’expliquer par le petit nombre de pays reliés au câble sous-marin et par l’absence de concurrence entre les passerelles internationales, même lorsque les pays sont connectés.

Les Infrastructures Dans la Cemac: Une Perspective Sectorielle

Les infrastructures laissent à désirer dans tous les pays de la CEMAC, et dans tous les secteurs, mais les difficultés qui se posent diffèrent selon le pays. Cette section s’intéresse à certaines particularités de chaque secteur.

Les infrastructures de transport

Le point commun des infrastructures de transport dans tous les pays de la CEMAC est la faible densité routière et les faibles volumes de circulation. Tous les autres aspects du transport routier varient largement selon les pays (tableau 4.3). La densité du réseau de routes classées3 est nettement inférieure à celle des pays à faible revenu d’Afrique, et comparable à celle des autres pays africains riches en ressources. Une part non négligeable du réseau routier est en bon ou assez bon état, sauf en République du Congo, où les routes sont en très mauvais état, et au Cameroun, où le réseau routier est le plus dense et où la proportion de routes en bon état est relativement faible. Le réseau de routes non revêtues est assez mauvais, ce qui laisse supposer que l’accessibilité le long des routes rurales peut être difficile dans la région de la CEMAC, compte tenu de la faible densité routière. Seule une petite partie de la population rurale vit à proximité d’une route praticable en toute saison. Dans l’ensemble, les volumes de circulation représentent entre le tiers et la moitié des volumes généralement observés dans les pays africains riches en ressources naturelles ou à faible revenu, et une toute petite partie de ceux des pays à revenu intermédiaire. Le Cameroun se distingue cependant dans ce domaine par ses volumes élevés (graphique 4.4). Des réseaux de transport inadéquats freinent l’activité économique. Près de la moitié des entreprises en République du Congo, au Gabon et au Tchad indiquent que les transports constituent une contrainte majeure, contre un quart des entreprises dans les pays à faible revenu ou les pays riches en ressources naturelles.

Tableau 4.3Determinants of Corporate Investment, from Firm-Level Data
IndicatetursUnitésCamerounRépublique centrafricaineTchadCongoGabonPays à faible revenu (non fragiles)Pays à revenu intermédiairePays riches en ress. naturelles
Densité du réseau de routes classéeskm/1.000 km251282237358827838
Indice d’accessibilité en milieu rural% de la population rurale à moins de 2 km d’une route praticable en toute saison2758243425233226
Réseau routier en bon état ou en état acceptable% du réseau classé6880782760818864
Réseau de routes classées non revêtues en bon état ou en état acceptable% du réseau non revêtu classé362034n.d.n.d.565861
Trafic quotidien, réseau de routes principales revêtuesNombre de véhicules par jour, en moyenne annuelle1.6142005626559771.3413.7981.255
Trafic quotidien, réseau de routes non revêtuesNombre de véhicules par jour, en moyenne annuelle601426176397525
Qualité des transports% d’entreprises indiquant que les transports entravent leurs activités2746484924527
Sources: Gwillliam et al., 2009; base de données sur les routes de l’AICD, 2010.Note: n.d. = données non disponibles.
Sources: Gwillliam et al., 2009; base de données sur les routes de l’AICD, 2010.Note: n.d. = données non disponibles.

Graphique 4.4.Qualité du réseau routier national des pays de la CEMAC

Source: Foster et Briceño-Garmendia, 2009.

Beaucoup de pays africains ont mis en place un mécanisme de taxes sur le carburant à titre de redevances pour financer l’entretien des routes. Ces taxes alimentent des fonds routiers, qui jouent un rôle important en permettant aux pays dont les institutions déficientes ne peuvent garantir la protection des ressources devant servir à l’entretien des routes de collecter des sommes plus ou moins en rapport avec l’utilisation des routes. Même les pays où les institutions et les systèmes de gestion des dépenses publiques sont relativement mûrs peuvent être tentés de surseoir à l’entretien des routes pour compenser des déséquilibres budgétaires à court terme. Bien que l’on ne puisse pas percevoir immédiatement les effets d’un manque d’entretien ou d’un mauvais entretien des routes, cette situation aboutit à de fausses économies qui créent des obligations importantes à long terme pour la reconstruction et la remise en état des routes. En moyenne, les pays qui possèdent à la fois des fonds routiers et des organismes routiers4 ont pu mieux entretenir leurs routes que ceux qui ne possèdent pas l’une ou l’autre de ces institutions, ou qui n’en possèdent aucune.

Quatre pays de la CEMAC — le Cameroun, la République du Congo, la République centrafricaine et le Tchad — ont pris la décision importante d’imposer des taxes sur le carburant. Dans la région, elles varient de 0,05 à 0,10 dollar le litre (graphique 4.5).

Graphique 4.5.Taxe sur les carburants dans certains pays de la CEMAC

Source: Gwilliam et al., 2008.

Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

Seul le Cameroun impose une taxe sur le carburant suffisamment élevée pour apporter une contribution significative au financement de l’entretien des routes. Mais même un financement adéquat ne garantit pas que les routes soient entretenues de façon satisfaisante. Ainsi, une planification et une mise en œuvre qui laissent à désirer, ou des coûts de construction locale élevés, peuvent se traduire par un entretien insuffisant.

En République du Congo et au Tchad, la taxe sur le carburant représente à peine le tiers du montant nécessaire pour assurer le financement durable de l’entretien des routes. Le Tchad, avec son faible trafic réparti sur une vaste zone géographique, illustre la difficulté d’appliquer le principe d’une redevance sur les usagers des routes en Afrique centrale. Le niveau optimal de la taxe sur le carburant serait supérieur à 0,30 dollar par litre, soit deux fois plus que la taxe sur le carburant la plus élevée imposée en Afrique aujourd’hui, ce qui serait vraisemblablement prohibitif pour les usagers de la route.

Les carences des réseaux routiers nationaux de la CEMAC se manifestent clairement dans les corridors de transport régionaux, qui sont caractérisés par des infrastructures déficientes et de très faibles volumes de trafic. Le fret est acheminé à une vitesse effective de seulement 6 km/h, soit aussi lentement qu’une voiture à cheval. Moins de la moitié des corridors de transport des pays de la CEMAC sont en bon ou assez bon état. C’est une situation bien pire qu’en Afrique de l’Ouest5, qui se classe juste avant la CEMAC et où les trois quarts des routes sont en bon état. L’obstacle à la mobilité que constitue la mauvaise qualité des routes est accentué par les tarifs de fret extrêmement élevés pratiqués dans la région. Le prix du fret routier, à 0,13 dollar la tonne-kilomètre, se situe parmi les plus élevés du monde et représente plus du double de celui de l’Afrique australe6, qui, à 0,05 dollar la tonne-kilomètre, est le plus bas d’Afrique subsaharienne.

Trois grands corridors traversent la région CEMAC et une part importante des voies qui forment ces axes ne sont pas revêtues et sont en mauvais état (tableau 4.4). Le plus souvent, les deux tiers seulement des axes régionaux sont revêtus. En effet, sur deux des trois corridors existants, les volumes de trafic n’atteignent pas le seuil économique qui justifie généralement le revêtement des routes. Il n’existe aucune liaison routière entre certains États membres de la CEMAC. Ainsi, aucune route ne relie la République du Congo à la République centrafricaine.

Tableau 4.4Qualité des routes et trafic dans les principaux corridors de la CEMAC
État

(%)
Type

(%)
Volumes de trafic (trafic quotidien moyen sur I’année)

(%)
CorridorsBonAcceptableMauvaisInconnuRevêtuesNon revêtuesInconnu>300300–1.000>1.000Inconnu
Douala à Bangui53,923,422,70,068,631,40,064,620,415,00,0
Cameroun29,635,734,70,052,147,90,053,124,022,90,0
République centrafricaine100,00,00,00,0100,00,00,086,513,50,00,0
Douala à N’Djamena18,924,556,60,067,332,70,025,949,424,70,0
Cameroun18,924,556,60,067,332,70,025,949,424,70,0
Pointe-Noire à Brazzaville à Bangui29,118,945,27,068,825,26,026,611,30,062,1
Cameroun55,638,80,06,00,0100,00,070,224,10,05,6
République centrafricaine99,20,00,01,099,20,80,079,519,30,01,2
République du Congo0,021,369,49,027,962,89,20,06,10,093,9
Source: AICD, http://www.infrastructureafrica.org/.Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.
Source: AICD, http://www.infrastructureafrica.org/.Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

Les pays enclavés comme la République centrafricaine ont absolument besoin des corridors régionaux pour s’intégrer au reste de la région et accéder aux ports. La République centrafricaine a recouvert d’un léger revêtement les corridors menant vers l’océan sur pratiquement toute leur longueur et les maintient en bon état. Mais, au Cameroun et en République du Congo, la plupart des routes de raccordement laissent à désirer. Il semble que ces pays négligent les routes stratégiques de l’arrière-pays qui sont essentielles pour la République centrafricaine et le Tchad. Dans chacun de ces cas, le problème semble venir des pays d’accès à l’océan, qui négligent la qualité de leurs routes. En effet, les pays côtiers ont apparemment peu de raisons d’entretenir les axes routiers de l’arrière-pays, car leurs activités économiques sont généralement concentrées le long du littoral, ce qui fait de ces tronçons intérieurs des biens publics régionaux.

La traversée des corridors régionaux des pays de la CEMAC est longue et coûteuse, ce qui freine la croissance et la productivité. Il faut entre 26 et 70 jours, voire davantage, pour transporter du fret des ports vers les capitales enclavées. Entre 50 % et 80 % de ce temps est perdu à cause du fonctionnement inefficace des ports qui desservent l’Afrique centrale: Douala, au Cameroun, et Pointe-Noire, en République du Congo (graphique 4.6a). Les formalités laborieuses de dédouanement et les contrôles techniques font perdre encore plus de temps. Déplacer une tonne de fret coûte entre 230 dollars et 650 dollars le long des corridors intrarégionaux dans la CEMAC, contre 120 dollars à 270 dollars dans la Communauté du développement de l’Afrique australe, où les distances sont beaucoup plus longues. Pour la plupart, ces frais s’expliquent par le coût élevé du fret routier et des services portuaires (graphique 4.6b).

Si les prix du fret routier sont élevés dans la région CEMAC, c’est que la réglementation limite l’accès au marché et qu’il n’existe pas de concurrence entre les transporteurs. L’autoréglementation, conjuguée aux mesures nationales de protection, est particulièrement néfaste. Les deux phénomènes servent les intérêts de l’opérateur national en place, aux dépens des clients. La région CEMAC est tristement connue pour ses puissants cartels dans le secteur du transport routier. Des associations de transport et des bureaux de fret influents agissent sur le marché et empêchent les camionneurs de passer directement contrat avec les clients. La marge bénéficiaire du secteur des transports routiers est donc assez élevée. En Afrique de l’Ouest et centrale, elle est de l’ordre de 80 %, contre 20 à 60 % en Afrique australe. Le long de la route qui relie Ngaundere, au Cameroun, à Mondou, au Tchad, la marge bénéficiaire est de 163 %, contre 18 % entre Lusaka (Zambie) et Durban (Afrique du Sud) en Afrique australe (Teravininthorn et Raballand, 2009).

Face à la coalition des groupes d’intérêts qui s’opposent à tout changement, il est difficile de briser le statu quo réglementaire qui règne dans la région. Les camionneurs exercent de fortes pressions sur les autorités, car leur pouvoir monopolistique est suffisamment fort pour bloquer les échanges commerciaux. Des problèmes de gouvernance se posent, car des autorités de haut niveau qui supervisent ou contrôlent les entreprises de transport bénéficient du statu quo. La déréglementation du secteur du transport routier dans la région CEMAC est plus une question de changement politique et social qu’une question technique. La principale crainte pour l’économie serait que le nombre de camions diminue pour s’adapter à la demande de transport routier. Une réduction se traduirait par une chute de l’emploi et des bénéfices dans le secteur, et la disparition ou la contraction de certaines entreprises, ce qui aurait des conséquences sociales qu’il faudrait atténuer. Il est possible que les cartels qui résistent aujourd’hui au changement consentent à des réformes si des régimes d’indemnisation prenaient en charge une partie des coûts sociaux.

Le graphique 4.6 montre bien que les ports inefficaces ajoutent des obstacles notables à la logistique commerciale. Douala et Pointe-Noire sont les ports les plus importants de la CEMAC, le premier assurant l’essentiel du trafic de transit qui provient de la République centrafricaine et du Tchad, tous les deux pays enclavés. Pointe-Noire est l’un des meilleurs ports en eau profonde d’Afrique et jouait un rôle important dans la sous-région avant le conflit civil en République du Congo. Depuis, la qualité des liaisons routières et ferroviaires du pays s’est nettement détériorée, ce qui empêche le transit des marchandises par Pointe-Noire. Dans l’intervalle, le Gabon voisin a développé sa propre infrastructure ferroviaire et portuaire intégrée, laquelle détourne le trafic qui se serait dirigé auparavant vers Pointe-Noire.

Graphique 4.6.Importations de fret par route par différents points d’entrée

Sources: données recueillies auprès de la Banque mondiale, 2008; base de données sur les ports de l’AICD; Teravaninthorn et Raballand, 2009.

Note: Les données sur les ports reposent sur des indicateurs de 2006–07.

Le fonctionnement des ports d’Afrique centrale ne supporte pas bien la comparaison avec le reste de l’Afrique, sans parler des pratiques optimales internationales. Par rapport aux autres ports internationaux, les services assurés par les ports d’Afrique centrale sont généralement deux fois plus chers. Les résultats de ces ports en matière de productivité sont très mauvais: par exemple, la productivité des grues, mesurée soit par conteneur, soit par poids, est inférieure de plus de moitié au niveau de référence international. Le temps de séjour standard au niveau international culmine à sept jours, mais, en Afrique centrale, la plupart des conteneurs passent plus de deux semaines dans les terminaux.

Le fonctionnement inefficace et inefficient du réseau ferroviaire limite lui aussi la circulation des marchandises dans la région CEMAC. Le réseau ferroviaire d’Afrique centrale est de loin le plus restreint d’Afrique, avec seulement 6.000 kilomètres de voies exploitées qui n’acheminent que 4.000 tonnes-kilomètres nettes de fret par an. Les chemins de fer du Cameroun et du Gabon affichent des indicateurs de productivité relativement bons pour la productivité des wagons, des voitures de voyageurs et du travail. Les concessions au Cameroun et au Gabon ont amélioré les résultats opérationnels, l’efficience et le trafic de sorte que la productivité du travail et du matériel roulant y est supérieure par rapport aux autres concessions ferroviaires de la région, et nettement meilleure que celle de la CFCO, principale compagnie publique de chemins de fer de la région. Camrail achemine 60 % environ du trafic hors produits miniers de Douala vers la frontière avec le Cameroun et le Tchad, et soutient aussi favorablement la comparaison avec les services de bus concurrents pour le trajet Yaoundé–Ngaoundere, sur lequel les routes non revêtues deviennent difficilement praticables pendant la saison des pluies.

Même si les chemins de fer d’Afrique centrale ont amélioré leurs résultats, ils sont très peu utilisés par rapport au reste du monde et transportent à peine plus que les voies ferrées secondaires moyennement fréquentées des autres pays. Des volumes de trafic aussi faibles ne produisent donc pas suffisamment de revenus pour financer la remise en état et la modernisation des voies ferrées, ce qui rend l’avenir des chemins de fer très tributaire des financements publics.

Dans certaines parties d’Afrique centrale, le transport fluvial est économique et pourrait servir à acheminer les produits très volumineux de la sylviculture. Il est cependant urgent de le moderniser pour améliorer les services. Le transport fluvial par barges était largement utilisé pendant la période coloniale et reste un moyen de transport très concurrentiel, à 0,05 dollar la tonne-kilomètre. Le transport fluvial sert à exporter le bois de construction venant de la République démocratique du Congo voisine et de la République centrafricaine qui passe par le fleuve principal sans emprunter les affluents. En général, les grumes venant du Nord descendent les fleuves Oubangui et Congo jusqu’à Kinshasa, où elles sont chargées sur des trains pour être transportées jusqu’à la côte et exportées.

L’absence de dragage sur le Sangha et l’Oubangui, affluents du fleuve Congo, qui desservent les concessions forestières congolaises, empêche d’employer ce moyen pour transporter les produits locaux de la sylviculture. En outre, de grandes parties du fleuve Congo ne sont pas navigables pendant la saison sèche, car elles ne sont pas draguées. L’absence d’investissements adéquats dans la signalisation et l’infrastructure des ports fluviaux constitue un autre obstacle à la navigabilité (Briceño-Garmendia et Foster, 2010).

Infrastructure électrique

L’infrastructure électrique dans les pays de la CEMAC reste encore à l’état embryonnaire (graphique 4.7). Il existe quelques grandes centrales électriques, mais aucun pays de la région n’a mis en place un réseau électrique national, et encore moins un réseau régional. La production d’électricité est insuffisante, ce qui signifie que quelque 10 % de la demande d’électricité effective du pool énergétique de l’Afrique centrale (PEAC) — dispositif d’échange régional d’énergie de la CEMAC — n’est pas satisfaite. La capacité installée par million d’habitants varie selon les pays membres, mais peut être classée en trois groupes (tableau 4.5). Au Cameroun et en République du Congo, la capacité est globalement comparable à celle du groupe des pays riches en ressources naturelles. La capacité installée du Gabon — la plus élevée de la région, avec 300 mégawatts (MW) par million d’habitants — ne représente qu’une faible partie de la capacité installée par le groupe de pays à revenu intermédiaire comparable. Enfin, les indicateurs très médiocres de la République centrafricaine et du Tchad en matière d’électricité placent ces pays très loin derrière le groupe de pays à faible revenu comparables et sont parmi les pires d’Afrique.

Graphique 4.7.Infrastructure électrique de la CEMAC

Tableau 4.5Infrastructure électrique de la CEMAC: évaluation comparative
IndicatetursUnitésCamerounRépublique centrafricaineTchadCongo Rep.duGabonPays à faible revenu fragilesPays à faible revenu non fragilesPays à revenu intermédiairePays riches en ress. naturelles
Accès (national)% de la population4634357515335046
Accès (urbain)1% de la population4710110516158865053
Capacité de production installéeMW par million d’habitants5110329296462079943
Entreprises indiquant que l’électricité entrave leurs activités% des entreprises5975715867523156
Coupuresjours/an26404039401110615
Taux de perception% des factures94668391n.d.34929170
Taux de recouvrement des coûts%, données rétrospectives60689180n.d.100898597
Déperdition% de la production31483347n.d.40241026
Total coûts déguisés% des recettes951672286n.d.443690169
Sources: Eberhard et al., 2009; Rosnes et Vennemo, 2009; World Bank Enterprise Surveys, différentes années. Les indicateurs financiers ont été établis à l’aide des comptes financiers des entreprises de services publics àNote: n.d. = données non disponibles.

Les données sur l'accès urbain en République centrafricaine concernent la capitale.

Sources: Eberhard et al., 2009; Rosnes et Vennemo, 2009; World Bank Enterprise Surveys, différentes années. Les indicateurs financiers ont été établis à l’aide des comptes financiers des entreprises de services publics àNote: n.d. = données non disponibles.

Les données sur l'accès urbain en République centrafricaine concernent la capitale.

La faible capacité installée se traduit par un accès généralement limité et des pannes d’électricité chroniques dans la région CEMAC, beaucoup plus que dans d’autres régions d’Afrique. Une proportion énorme des entreprises, entre 50 % et 75 %, indiquent que les difficultés d’accès à l’électricité constituent un grand obstacle aux activités commerciales et engendrent d’importantes pertes de productivité et de chiffre d’affaires.

Dans les pays de la CEMAC, les consommateurs payent très cher un approvisionnement pourtant limité en électricité. Les prix moyens varient de 0,11 dollar le kilowattheure (kWh) au Cameroun à 0,30 dollar le kWh au Tchad (tableau 4.6). Au Tchad, les prix sont environ le double des prix moyens pratiqués en Afrique subsaharienne (0,14 dollar le kWh environ) et environ six fois plus élevés que le tarif habituellement appliqué dans les pays en développement (0,07 dollar le kWh environ) (graphique 4.8). En République du Congo, les prix sont inférieurs, mais cela s’explique par une sous-tarification importante.

Tableau 4.6Coûts et tarifs de l’électricité (Cents de dollar EU le kilowattheure)
PaysCoût moyen totalCoût d'équipement moyenCoût d'exploitation moyen historiqueRecettes moyennesTarif moyen effectifCoût marginal à long terme
Cameroun17,14,412,710,910,96,0
Congo, Rép. du20,16,713,412,816,07,0
Gabonn.d.5.7n.d.n.d.11,77,0
Guinée équatorialen.d.7.4n.d.n.d.n.d.10,0
République centrafricaine19,06,713,015,015,011,0
Tchad33,24,229,030,030,011,0
Source: données établies à partir de Eberhard et al., 2009.Note: n.d. = données non disponibles.
Source: données établies à partir de Eberhard et al., 2009.Note: n.d. = données non disponibles.

Graphique 4.8.Tarifs moyens dans la région CEMAC

Source: données adaptées de Briceño-Garmendia et Shkaratam, 2011.

Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

Bien que les prix soient élevés pour l’utilisateur final, les coûts de production de l’électricité sont rarement récupérés. Les coûts élevés s’expliquent par la petite taille des centrales de production. Les systèmes de production de la République du Congo, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine et du Tchad possèdent entre 20 et 120 mégawatts de capacité installée, ce qui est largement inférieur à l’échelle efficiente minimale de 200 mégawatts environ pour une seule centrale thermique. De plus, beaucoup de ces pays sont largement tributaires d’une production coûteuse à base de pétrole. Le Tchad connaît une situation extrême. Depuis la destruction de ses installations d’importation de fioul lourd, il dépend de ses importations de gazole pour produire de l’électricité, ce qui a porté le coût de production de l’électricité à 0,33 dollar par kWh sous l’effet conjugué de l’inefficience relative des techniques de production d’électricité et de la cherté des combustibles. Le coût marginal à long terme de l’électricité dans la région serait beaucoup plus faible (0,10 dollar/kWh) si une capacité de production d’hydroélectricité plus rentable pouvait être mise en place.

Les tarifs de l’électricité (et de l’eau) sont trop souvent fixés à un niveau trop bas pour permettre de recouvrer les coûts. Cette pratique crée des transferts masqués des producteurs aux consommateurs et est un moyen très inefficace de distribuer des subventions généralisées qui, en outre, nuit à la santé financière des entreprises de services publics. Ces transferts créent incontestablement des distorsions dans la consommation et bénéficient surtout à ceux qui ont le moins besoin d’aide. La moitié au moins des consommateurs d’électricité des pays de la CEMAC, à l’exception du Gabon, appartiennent au quintile supérieur de la distribution des dépenses. Dans certains cas, les subventions bénéficient aussi aux grands clients industriels. Au Cameroun, par exemple, les tarifs masquent de généreuses subventions croisées destinées à la fonderie d’aluminium Alucam. Les clients basse et moyenne tension payaient entre 0,11 dollar et 0,14 dollar en 2009, alors qu’Alucam bénéficiait d’un tarif plafonné de 7 francs CFA par kWh (soit moins de 0,02 dollar) jusqu’à 2009, date à laquelle de nouveaux tarifs sont entrés en vigueur (Husband, McMahon et van der Veen, 2009) (encadré 4.1).

Les compagnies d’électricité de la région CEMAC subissent d’énormes pertes financières à cause de diverses inefficiences ou de coûts déguisés. Premièrement, les tarifs de l’électricité ne permettent de recouvrir que 60 % à 80 % des coûts. Deuxièmement, les pertes de transport et de distribution varient entre 30 % et 50 %, alors que la référence correspondant aux pratiques exemplaires est de 12 %. Enfin, troisièmement, le taux de perception des recettes se situe entre 65 % et 90 %, alors que la référence correspondant aux pratiques exemplaires est de 100 %. De plus, les entreprises de services publics souffrent d’effectifs pléthoriques qui peuvent ponctionner jusqu’à 20 % des recettes. L’ensemble de ces dysfonctionnements provoque une hémorragie qui représente l’équivalent de 20 % à 120 % des recettes (graphique 4.9). Les facteurs d’inefficacité sont plus nombreux dans la région CEMAC que dans l’ensemble des pays à faible revenu, et largement plus fréquents qu’en Afrique du Sud, pays du continent qui affiche les meilleurs résultats.

Graphique 4.9.Inefficiences dans les compagnies publiques d’électricité de la CEMAC

Durant la décennie 2010, ces difficultés pourraient être exacerbées, car on s’attend à ce que la demande d’électricité double. Pour doubler l’électrification de la région et porter le taux d’électrification des foyers de 35 % à 53 %, le PEAC doit aider à produire 4.400 MW, soit 2,5 fois la capacité de production actuelle, et remettre en état la moitié de la capacité actuelle, soit quelque 900 MW.

Encadré 4.1Cameroun: des subventions à l’électricité en faveur de l’aluminium

Alucam est le plus gros consommateur d’électricité au Cameroun, puisqu’il consomme entre 35 % et 40 % de l’électricité produite. En vertu d’un accord historique sur 30 ans qui a pris fin en 2009, Alucam bénéficiait de prix de l’électricité extraordinairement faibles et d’un approvisionnement garanti. L’entreprise était assurée de recevoir 145 mégawatts (MW) d’électricité durant la saison sèche et 165 MW durant la saison des pluies. Un tarif plafonné de 7 francs CFA par kWh (environ 0,017 dollar/kWh) était appliqué jusqu’à la fin de 2009, alors que des tarifs de 0,114 dollar/kWh et 0,136 dollar/kWh s’appliquaient aux clients moyenne et basse tension, respectivement. Les prix d’Alucam étaient excessivement bas compte tenu des problèmes chroniques d’alimentation en électricité que connaissait l’ensemble du pays. On considère qu’Alucam a reçu une subvention implicite à l’électricité pendant des décennies. Au total, on estime que les subventions ont été de l’ordre de 120 millions de dollars par an, soit l’équivalent de 32 % des recettes d’AES Sonel, le producteur d’électricité. Depuis que l’accord est arrivé à expiration, les prix de l’électricité appliqués à Alucam ont été relevés de 73 % et portés à 12,94 francs CFA le kWh, soit 0,031 dollar/kWh. Ce prix est supérieur au tarif général de l’électricité des compagnies d’aluminium, qui se situe en moyenne aux alentours de 0,0256 dollar/kWh. Même après cette hausse, le prix payé par Alucam reste largement inférieur au coût de fonctionnement de 0,13 dollar/kWh et au coût total de 0,17 dollar/kWh, et aggrave les difficultés que rencontre AES Sonel pour recouvrer ses coûts.

Sources: Husband, McMahon et van der Veen, 2009; Banque mondiale, 2011.

Le commerce d’électricité au niveau régional pourrait être un moyen de développer la production et de réduire les coûts de l’électricité. Il s’agirait d’élargir les échanges transfrontaliers pour mobiliser les ressources énergétiques peu coûteuses de l’ensemble de la région, et d’ajouter une capacité de transport transfrontalière pour faciliter l’acheminement de l’électricité des lieux de production aux lieux de consommation. Un scénario fictif de stagnation des échanges suppose qu’aucun interconnecteur transfrontalier ne sera construit et que les pays répondront au surcroît de demande d’électricité en développant leur propre secteur énergétique (tableau 4.7).

Tableau 4.7Coût marginal de l’électricité à long terme
Pool ou paysScénario de developement du commerce

(cents de $ EU/kWh)
Scénario de stagnation du commerce

(cents de $ EU/kWh)
Différentiel absoluDifférentiel en %
EAPP121200
PEAC79–2–22
SAPP67–1–14
WAPP1819–1–5
Cameroun76117
Congo, Rép. du68–2–25
Gabon7700
Guinée équatoriale810–2–20
République centrafricaine111100
Tchad711–4–36
Source: données adaptées à partir de Rosnes et Vennemo, 2009.Note: EAPP = Pool énergétique de l’Afrique de l’Est et du bassin du Nil; PEAC = Pool énergétique de l’Afrique centrale; SAPP = Pool d’électricité de l’Afrique australe; WAPP = Pool d’énergie ouest-africain. Chaque pool représente le dispositif d’échange régional d’énergie d’Afrique de l’Est, australe, de l’Ouest et centrale, respectivement.
Source: données adaptées à partir de Rosnes et Vennemo, 2009.Note: EAPP = Pool énergétique de l’Afrique de l’Est et du bassin du Nil; PEAC = Pool énergétique de l’Afrique centrale; SAPP = Pool d’électricité de l’Afrique australe; WAPP = Pool d’énergie ouest-africain. Chaque pool représente le dispositif d’échange régional d’énergie d’Afrique de l’Est, australe, de l’Ouest et centrale, respectivement.

Faire appel au commerce de l’électricité pour satisfaire les besoins des pays de la CEMAC obligerait à exploiter le riche potentiel hydroélectrique du Cameroun et à réduire la dépendance à l’égard des systèmes d’autres pays basés sur le pétrole. Il faudrait que le Cameroun mette en place une capacité de production hydroélectrique supplémentaire de 1.400 MW, essentiellement vouée à la fourniture d’électricité aux pays voisins. Tous les pays du PEAC (à l’exception de la République centrafricaine) devraient investir dans la mise en place de nouveaux interconnecteurs transfrontaliers totalisant 1.662 MW pour permettre à l’électricité de circuler plus facilement dans la région. Pour l’acheminement de l’électricité, c’est au Cameroun et en République du Congo qu’il faudrait les investissements les plus lourds, qui représenteraient 80 % de l’investissement transfrontalier nécessaire. Le graphique 4.7 illustre l’infrastructure électrique régionale actuelle et met en évidence l’absence notable de capacité de transport pour acheminer l’électricité dans la région. Le graphique 4.10 montre la situation qui pourrait voir le jour si les pays de la CEMAC faisaient le commerce d’électricité.

Graphique 4.10.Structure potentielle des échanges d’énergie

Source: tiré de Rosnes et Vennemo, 2009.

La République centrafricaine est le seul pays de la région CEMAC qui a priori ne bénéficierait pas significativement d’un commerce régional de l’électricité. Dans tous les autres pays, ce commerce est de nature à procurer des avantages notables dans trois domaines.

Premièrement, il peut faire économiser aux pays du PEAC jusqu’à 160 millions de dollars par an en coûts énergétiques. Pour tirer profit des échanges, il faudrait que les pays de la CEMAC investissent 100 millions de dollars de plus par an dans la production d’hydroélectricité et la mise en place d’une capacité de transport transfrontalière, ce qui nécessiterait d’importants investissements, mais ceux-ci seraient largement compensés par une baisse de la facture de combustibles, car ces pays seraient moins tributaires de l’énergie thermique.

La République du Congo et le Tchad seraient les pays qui réaliseraient le plus d’économies d’énergie grâce au commerce de l’électricité (graphique 4.11). Le Cameroun, qui deviendrait le premier exportateur d’électricité de la région, devrait investir davantage dans l’électricité commercialisée, mais ces investissements seraient rentabilisés puisque le commerce de l’électricité produirait des revenus.

Graphique 4.11.Besoins de financement de l’électricité au niveau régional de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale

Source: données établies à partir de Rosnes et Vennemo, 2009.

Deuxièmement, l’expansion des échanges se traduirait par une réduction du coût à long terme de l’énergie dans les pays du PEAC, réduction qui pourrait atteindre 0,02 dollar/kWh (soit une économie globale de 22 %). L’électricité étant une composante fondamentale de toute économie, la productivité et la compétitivité seront rehaussées si des économies peuvent être réalisées dans ce domaine, grâce au remplacement des systèmes de production à très petite échelle basés sur le pétrole par l’énergie hydroélectrique peu coûteuse provenant du Cameroun. La République du Congo, la Guinée équatoriale et le Tchad, en particulier, pourraient économiser entre 0,02 dollar/kWh et 0,04 dollar/kWh, ce qui représente, en pourcentage, une réduction comprise entre 20 % et 36 % du coût de l’électricité (tableau 4.7). Dans le cadre de ce système d’échanges, seul le Cameroun verrait augmenter à long terme le coût marginal de l’électricité, car il devrait effectuer les investissements nécessaires pour produire davantage de ressources énergétiques à exporter.

Troisièmement, le développement des échanges se traduirait par une hausse sensible du poids relatif de l’hydroélectricité dans le portefeuille régional de production, qui passerait de 83 % à 97 %. Les émissions de dioxyde de carbone s’en trouveraient réduites de 4 millions de tonnes par an, ce qui rendrait la production d’énergie plus respectueuse de l’environnement.

Approvisionnement en eau et assainissement

L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un élément fondamental du développement humain. C’est pour cette raison que l’un des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies vise à réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès à un approvisionnement en eau potable ni à des services d’assainissement. Le Gabon et le Cameroun sont tous deux en voie d’atteindre les OMD relatifs à l’eau. La République centrafricaine et le Tchad ont enregistré des progrès réguliers, mais qui restent insuffisants pour réaliser les objectifs d’ici à 2015. Quant à la République du Congo et à la Guinée équatoriale, elles ne tiendront probablement pas les OMD. En ce qui concerne l’assainissement, la situation est moins brillante. Toute la région CEMAC est très loin de réaliser les OMD en matière d’assainissement.

L’accès à l’eau varie largement dans les pays de la région CEMAC, comme l’indique le pourcentage de la population ayant accès à l’eau fournie par une entreprise de services publics, que ce soit à partir de robinets privés ou de bornes-fontaines (graphique 4.12, panneau supérieur). Le Gabon se distingue comme leader régional, avec un accès à l’eau courante supérieur à 70 %, auquel il faut ajouter les 10 % de la population qui ont accès à des bornes-fontaines. La moitié environ des habitants du Cameroun et de la République du Congo reçoivent de l’eau d’une entreprise de services publics, ce qui est beaucoup mieux que la moyenne des pays africains à faible revenu. La Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad sont largement distancés à cet égard, avec seulement 10 à 20 % de leur population qui bénéficie d’eau d’une entreprise de services publics. L’existence de régions vastes et arides en République centrafricaine et au Tchad, ainsi que la faible densité de population, explique que dans ces deux pays l’accès à l’eau ne soit assuré que de façon limitée par des entreprises de services publics, deux tiers environ de la population s’approvisionnant à des puits et des points d’eau. La situation de la Guinée équatoriale est particulièrement inquiétante, car plus de la moitié de la population continue d’utiliser de l’eau de surface insalubre.

Graphique 4.12.Modes d’accès à l’eau et l’assainissement

Source: calculs de l’AICD à partir des rapports nationaux 2010 du Programme commun OMS/UNICEF de surveillance (http://www.wssinfo.org/documents-links/documents/?tx_displaycontroller[type]=country_files).

Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

On observe la même dichotomie dans le domaine de l’assainissement (graphique 4.12, panneau inférieur). C’est en Guinée équatoriale et au Tchad que la situation est la plus désespérée, avec 50 à 70 % de la population qui doit encore déféquer en plein air, ce qui est une pratique extrêmement insalubre. Ailleurs dans la région, cette pratique a été ramenée à moins de 20 %. En République du Congo et au Gabon, la majorité de la population utilise des latrines traditionnelles qui offrent une certaine protection sanitaire. Le Cameroun et la République centrafricaine sont les seuls pays où des latrines améliorées bénéficient à une proportion importante de la population. Dans toute la région, les toilettes à chasse d’eau, et même les fosses septiques, sont rares.

En ce qui concerne les opérateurs, les données limitées dont on dispose font apparaître des différences importantes dans la région CEMAC (tableau 4.8). Au Cameroun et en République du Congo, les compagnies des eaux subissent des pertes de distribution relativement élevées (eau non génératrice de recettes), mais en République centrafricaine les pertes atteignent l’équivalent de la moitié de l’eau produite. Au Gabon, en revanche, l’eau non génératrice de recettes est comparable aux normes internationales. Les coûts d’exploitation des installations de production d’eau sont plus élevés que les recettes issues des redevances payées par les usagers au Cameroun, en République du Congo et en République centrafricaine.

Tableau 4.8Compagnies des eaux de la région CEMAC: évaluation comparative
IndicateursSNEC, CamerounSODECA, République centrafri-caineSDNE, République du CongoSEEG, GabonPays à faible revenuPays à faible revenu fragilesPays riches en ress. naturellesPays à revenu intermédiaire
Taux de perception (% facturé)n.d.8691n.d.909772100
Raccordements par employén.d.62136181151181116369
Eau non génératrice de recettes (%)3751281837324127
Taux de recouvrement des coûts d'exploitation (%)796482101978110082
Source: données établies à partir de Briceño-Garmendia, Smits et Foster, 2009.Note: n.d = données non disponibles.
Source: données établies à partir de Briceño-Garmendia, Smits et Foster, 2009.Note: n.d = données non disponibles.

Les entreprises de services publics d’eau et d’électricité d’Afrique ont des difficultés à recouvrer leurs coûts. Même si les subventions se justifient souvent sur le plan politique, car elles rendent les services abordables aux pauvres, en réalité, ceux-ci y sont rarement reliés. Les tarifs fixés à un niveau permettant de recouvrer les coûts sont généralement accessibles aux ménages relativement aisés. Les subventions peuvent cependant être utiles pour développer les systèmes. Des subventions transparentes au raccordement, des investissements en capital (rétrocessions de prêts aux entreprises de services publics assortis d’une période de grâce) et des régimes tarifaires bien conçus dans lesquels les subventions croisées sont déterminées à partir d’une analyse d’accessibilité sont autant de possibilités d’action importantes. Les problèmes d’inefficacité se posent lorsque les subventions sont déguisées et ne sont pas transparentes, car non seulement elles provoquent des distorsions dans la consommation, mais elles compromettent aussi gravement la santé financière des prestataires, elles dissuadent les investisseurs privés de pénétrer dans le secteur, et elles découragent l’expansion et l’entretien des réseaux.

Un accroissement radical de l’accès à l’eau fournie par les entreprises de services publics suppose des réformes axées sur l’amélioration de l’efficience afin de répondre aux besoins de base de la région en matière d’eau et d’assainissement.

Technologies de l’information et de la communication

Bien que la téléphonie mobile ait beaucoup progressé dans la région CEMAC, l’infrastructure dorsale de base en fibres optiques nécessaire pour assurer des liaisons internationales et des connexions Internet adéquates brille par son absence (graphique 4.13). On peut classer globalement les États membres de la CEMAC en deux groupes selon leur accès aux services de TIC. Dans le premier, le Cameroun et le Gabon figurent au premier rang de l’accès aux services de TIC (Internet, téléphone et abonnements à la téléphonie mobile). La République du Congo n’est pas loin derrière pour ce qui est de la pénétration de la téléphonie mobile, du nombre d’usagers de l’Internet et de l’accès à la téléphonie fixe et mobile. La Guinée équatoriale affiche elle aussi des taux d’accès élevés à la téléphonie fixe et mobile. À l’autre extrême, la République centrafricaine et le Tchad ont des taux d’accès très faibles et sont systématiquement distancés par les autres pays dans tous les autres domaines des infrastructures des TIC. En République centrafricaine, la couverture de la téléphonie mobile et les abonnements à ce service sont minimes par rapport aux pays à faible revenu comparables (tableau 4.9). Malgré une largeur de bande Internet relativement élevée en Guinée équatoriale, ce service est largement sous-utilisé par rapport aux pays à revenu comparable. L’accès relativement faible dans la région est lié au coût élevé des services de TIC. Les prix des paniers de services mobiles, d’accès à Internet et de téléphonie sont systématiquement et nettement plus élevés que dans les pays riches en ressources naturelles, les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire.

Graphique 4.13.Infrastructure dorsale des TIC dans la région CEMAC

Source: Foster et Briceño-Garmendia, 2009.

Tableau 4.9Infrastructures de TIC dans la CEMAC: évaluation comparative
IndicatetursUnitésCamerounRépublique centrafricaineTchadCongo Rep.duGuinée équatorialeGabonPays riches en ress. naturellesPays à faible revenuPays à revenu intermédiaire
Accès
Couverture téléphonie mobile% de la population802050803080594295
Usagers InternetPour 100 habitants3,80,441,194,291,826,2111,805,698,94
Abonnements téléphonie mobilePour 100 habitants32,283,5516,5849,9852,4989,7737,425,5857,33
Lignes téléphoniquesPour 100 habitants1,040,280,120,611,521,830,830,804,78
Largeur de bande InternetMbps par habitant10,940,440,640,2935,12150,302,043,0125,44
Prix
Prix mensuel du panier de services mobiles prépayé$ EU14,4013,7016,0018,8018,6013,708,1911,0310,10
Prix d'un appel de 3 minutes vers les états-Unis$ EU1,801,834,562,405,612,303,483,502,78
Prix du panier de 20 heures de services Internet$ EU481301058597110415642
Prix mensuel du panier de services de téléphonie fixe$ EU14,3012,9012,70n.d.n.d.n.d.9,2413,157,58
Source: Minges et al., 2009.Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; TIC = technologies de l’information et de la communication; n.d. = données non disponibles.
Source: Minges et al., 2009.Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; TIC = technologies de l’information et de la communication; n.d. = données non disponibles.

Deux grands problèmes limitent l’usage des TIC dans la région: l’absence d’accords d’itinérance régionaux pour la téléphonie mobile, et l’accès limité aux câbles sous-marins.

Dans d’autres régions d’Afrique, les abonnés échappent aux tarifs élevés des appels internationaux sur les lignes fixes grâce à la diffusion généralisée d’accords d’itinérance préférentiels pour la téléphonie mobile, qui est en tout état de cause le mode de communication de prédilection. Ces accords sont utiles, car ils permettent aux abonnés qui appartiennent à l’un de ces réseaux d’utiliser leurs combinés mobiles dans d’autres pays sans payer les appels entrants, et de payer uniquement les tarifs locaux pour les appels sortants. Ils se sont largement répandus en Afrique de l’Ouest et de l’Est et ont été facilités par un cadre réglementaire favorable, ainsi que par la présence d’opérateurs interrégionaux. Dans la région CEMAC, seuls la République du Congo et le Gabon ont enregistré des progrès à cet égard en encourageant des accords d’itinérance préférentiels entre opérateurs qui sont monnaie courante dans d’autres régions d’Afrique.

Malgré la présence du câble à fibre optique sous-marin SAT2/WASC qui longe toute la côte des pays de la CEMAC en allant d’Asie en Europe, seuls deux pays côtiers, le Cameroun et le Gabon, se sont reliés à cette infrastructure (graphique 4.13). En revanche, les autres pays côtiers et les pays enclavés sont aujourd’hui totalement laissés de côté et ne bénéficient même pas de liaisons terrestres à fibre optique avec les pays voisins reliés au câble, ce qui pourrait au moins leur donner une forme d’accès indirect. Plusieurs nouveaux câbles sous-marins étant maintenant posés, quelques pays de la CEMAC comme la République du Congo prévoient de se connecter.

Par ailleurs, le projet de dorsale d’Afrique centrale va assurer une connectivité par fibres optiques à la République centrafricaine et au Tchad, deux pays enclavés. Pour mettre en place une infrastructure dorsale régionale complète de TIC, reliée aux câbles sous-marins, les pays membres de la CEMAC devront installer près de 2.300 kilomètres de fibres optiques, mais les investissements nécessaires sont assez faibles (tableau 4.10).

Tableau 4.10Carences de la connectivité intrarégionale et investissement total nécessaire pour obtenir une connectivité régionale minimale
PaysÉcart (km)Investissement nécessaire (millions de $ EU)
Congo, Rép. du42512
Gabon1.41838
Guinée équatoriale892
République centrafricaine3259
Total2.25761
Source: calculs de l’AICD.
Source: calculs de l’AICD.

Ces initiatives vont sensiblement augmenter la bande passante et entraîner une réduction du prix de l’accès à Internet dans la région pouvant aller jusqu’à 75 %. L’accès aux câbles sous-marins est cependant une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour faire baisser les prix de services de TIC essentiels. Sans concurrence pour l’accès à l’infrastructure de câbles sous-marins par de multiples passerelles internationales, les réductions de prix considérables seront captées comme rentes de monopoles au lieu d’être répercutées sur les consommateurs sous forme de prix plus bas.

Financement des Infrastructures de la Cemac

Pour répondre aux besoins pressant d’infrastructures de la région CEMAC et rattraper le retard par rapport aux régions en développement d’autres parties du monde, il faut développer rapidement des ouvrages d’infrastructure dans des domaines clés. Aux fins de cette analyse, on a retenu, à titre indicatif, un ensemble d’objectifs (tableau 4.11). Ils n’ont pas de visée normative, mais sont simplement des objectifs raisonnables qui aideraient à rendre les infrastructures de la CEMAC conformes à celles d’autres pays en développement. En examinant la possibilité de financer un ensemble normalisé d’infrastructures, on peut faire des comparaisons intéressantes entre différents pays sur la possibilité de réaliser ces objectifs.

Tableau 4.11Exemples d’objectifs d’investissement dans les infrastructures dans la CEMAC
SecteursObjectifs économiquesObjectifs sociaux
TICInstaller des liaisons en fibres optiques vers les capitales voisines et le câble sous-marinAssurer un accès universel aux signaux GSM et aux équipements publics à haut débit
ÉlectricitéMettre en place des inter-connecteurs pour faciliter les échanges régionauxPorter le taux d'électrification à 84 % dans les régions urbaines et 19 % dans les régions rurales (53 % en moyenne) sur la base d'objectifs nationaux
TransportsObtenir une connexité régionale (nationale) avec des routes revêtues de bonne qualité à 2 voies (1 voie).Donner accès aux routes rurales à plus de la moitié des terres agricoles de grande valeur et aux routes urbaines dans un rayon de 500 mètres
Approvisionnement en eau et assainissementn.d.Atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, rattraper le retard dans la modernisation du secteur
Sources: Mayer et al., 2009; Rosnes et Vennemo, 2009; Carruthers, Krishnamani et Murray, 2009; You et al., 2009.Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; GSM = Système mondial de communication avec les mobiles; TIC = technologies de l’information et de la communication; n.d. = données non disponibles.
Sources: Mayer et al., 2009; Rosnes et Vennemo, 2009; Carruthers, Krishnamani et Murray, 2009; You et al., 2009.Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; GSM = Système mondial de communication avec les mobiles; TIC = technologies de l’information et de la communication; n.d. = données non disponibles.

D’après les informations dont on dispose sur le Cameroun, la République du Congo, le Gabon, la République centrafricaine et le Tchad, la réalisation de ces objectifs indicatifs dans la région CEMAC coûterait 4,6 milliards de dollars par an pendant dix ans (tableau 4.12). Les dépenses d’équipement représenteraient 70 % du total. Environ 60 % de l’ensemble de ces financements sont liés aux secteurs de l’électricité et des transports.

Tableau 4.12Gros besoins de financement des infrastructures dans la région CEMAC, 2006–15
Dépenses d'équipementDépenses d'exploitationTotalDépenses d'équipementDépenses d'exploitationTotal
Secteurs(millions de $ EU par an)(millions de $ EU par an)(millions de $ EU par an)(% du PIB)(% du PIB)(% du PIB)
TIC2542444980,540,521,06
Électricité1.1294151.5442,420,893,3
Transports (de base) 8054541.2591,720,972,69
Approvisionnement en eau et assainissement6802549351,460,542
Total3.1901.3714.5626,822,939,76

Ces besoins de financement absorberaient 10 % environ du PIB global de la région CEMAC, mais, au niveau national, la charge que représenteraient les dépenses d’infrastructure nécessaires varie considérablement. Au Cameroun, au Gabon et en Guinée équatoriale, les dépenses d’infrastructure sont largement inférieures à 10 % du PIB et devraient être abordables. En République du Congo, en République centrafricaine et au Tchad, les besoins représenteraient entre 15 % et 20 % du PIB et sont comparables à ce que la Chine investit chaque année pour développer ses infrastructures. Ces montants sont cependant très supérieurs aux tendances historiques observées dans ces pays (graphique 4.14).

Graphique 4.14.Besoins de financement des infrastructures en pourcentage du PIB

Source: Foster et Briceño-Garmendia, 2009.

Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

Entre 2004 et 2008, les pays de la CEMAC ont consacré en moyenne 2,5 milliards de dollars par an aux infrastructures, soit l’équivalent de 5 % environ du PIB, répartis presque également entre dépenses d’équipement et dépenses d’exploitation (tableau 4.13). Ces dépenses étaient très concentrées dans le secteur des transports. De façon générale, dans la région CEMAC, les dépenses d’infrastructure sont conformes à celles des pays riches en ressources naturelles d’autres régions d’Afrique. L’effort dans ce domaine a varié d’un minimum de 3 % environ du PIB au Tchad à un maximum de près de 8 % du PIB en République du Congo (graphique 4.15). On voit donc que les dépenses actuelles représentent environ la moitié des besoins de la région CEMAC. Les pays riches en pétrole auraient les moyens d’accroître considérablement leurs dépenses d’infrastructure si les redevances pétrolières étaient pleinement prises en compte dans les budgets des États. La République centrafricaine, en revanche, dont les besoins d’infrastructures sont relativement vastes et qui manque de revenus provenant de ressources naturelles, aura beaucoup plus de difficultés à combler le déficit de financement.

Tableau 4.13Dépenses d’infrastructure du secteur public dans les pays de la CEMAC, 2004–08(Millions de dollars EU par an)
Exploitation et entretienDépenses d’équipement
SecteursSecteur publicSecteur publicAPDBailleurs de fonds hors OCDEPPITotal dépenses d'équipementTotal dépenses
TIC173163711135315488
Électricité (hors commerce)43485313460210644
Transports44333413451395581.001
Approvisionnement en eau et assainissement112210264329199321
Total1.1786852351002631.2832.461
Sources: Mayer et al., 2009; Rosnes et Vennemo, 2009; Carruthers, Krishnamani et Murray, 2009; You et al., 2009.Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; TIC = technologies de l’information et de la communication; APD = aide publique au développement; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques; PPI = participation du secteur privé à la prestation de services d’infrastructure.

Irrigation comprise.

Sources: Mayer et al., 2009; Rosnes et Vennemo, 2009; Carruthers, Krishnamani et Murray, 2009; You et al., 2009.Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; TIC = technologies de l’information et de la communication; APD = aide publique au développement; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques; PPI = participation du secteur privé à la prestation de services d’infrastructure.

Irrigation comprise.

Graphique 4.15.Dépenses d’infrastructure en pourcentage du PIB

Source: données établies à partir de Foster et Briceño-Garmendia, 2009.

Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

Dans les pays de la CEMAC, plus de 75 % de l’ensemble des dépenses d’infrastructure récentes, dont la moitié des dépenses d’équipement, ont été financées par le secteur public (graphique 4.16). Même dans le secteur des TIC, pour lequel les fonds privés sont généralement disponibles, le secteur public a financé environ 50 % des dépenses d’équipement. L’aide publique au développement a également joué un rôle non négligeable, bien que secondaire, dans le financement des investissements dans le secteur des transports et ceux de l’eau et de l’assainissement. Le secteur privé extérieur a largement participé au financement des infrastructures de TIC et a apporté une contribution modeste dans d’autres domaines des infrastructures. À la différence d’autres pays africains, les États membres de la CEMAC n’ont pas beaucoup bénéficié de financements de pays hors OCDE en faveur des infrastructures, même si des investissements ont été effectués dans les transports et l’électricité. La Chine est en train de devenir un bailleur de fonds actif de projets d’infrastructures dans la région CEMAC et finance des projets de centrales hydroélectriques au Cameroun et au Gabon, et de modernisation d’usines de traitement de l’eau au Cameroun. La Chine a également participé au financement de nouveaux projets de construction de voies ferrées reliant les mines de minerai de fer de Belinga au port de Santa Clara, au Gabon.

Graphique 4.16.Sources de financement des investissements dans la région CEMAC

Source: données établies à partir de Briceño-Garmendia, Smits et Foster, 2009.

Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; TIC = technologies de l’information et de la communication; APD = aide publique au développement; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques; PPI = participation du secteur privé à la prestation de services d’infrastructure.

Quelle que soit la source des financements obtenus, l’une des grandes questions à considérer du point de vue de l’action publique est que l’on peut faire beaucoup plus dans les limites de l’enveloppe de ressources actuelle pour répondre aux besoins d’infrastructures dans la région CEMAC. Il faudrait commencer par s’attaquer aux facteurs d’inefficacité dans tous les secteurs. On pourrait récupérer environ 1,2 milliard de dollars par an en y remédiant (tableau 4.14). La ponction la plus forte se produit de loin dans le secteur de l’électricité, où l’on évalue les inefficiences à 790 millions de dollars par an, qui découlent tout autant d’une sous-tarification que de carences opérationnelles. Les secteurs des transports et de l’eau font disparaître chacun quelque 185 millions de dollars de ressources par an. La sous-tarification est le principal facteur d’inefficacité dans le secteur de l’eau. Dans celui des transports, le plus grand problème est celui du faible taux d’exécution du budget d’équipement.

Tableau 4.14Avantages potentiels de la lutte contre les inefficiences dans les infrastructures(Millions de dollars EU par an)
Inefficiences opérationnelles
SecteursInefficiences du marché du travailPertesPerception insuffisanteEntretien insuffisantTotalExécution des budgets d’équipementRecouvrement des coûts
TIC66n.d.n.d.n.d.660n.d.
Électricité (hors commerce)8626428037838374
Transportsn.d.n.d.680688632
Approvisionnement en eau et assainissement191470408137
Total1722781020551132544
Source: données établies à partir de Foster et Briceño-Garmendia, 2009.Note: n.d. = données non disponibles.
Source: données établies à partir de Foster et Briceño-Garmendia, 2009.Note: n.d. = données non disponibles.

Porter les infrastructures des pays de la CEMAC à un niveau satisfaisant serait très coûteux puisqu’il faudrait dépenser 4,6 milliards de dollars par an pendant dix ans. Les pays de la région consacrent déjà 2,4 milliards de dollars par an aux infrastructures, mais, sur cette somme, les inefficacités représentent le chiffre énorme de 1,2 milliard de dollars. Si la région pouvait remédier à ces inefficiences, l’écart de financement serait ramené à 874 millions de dollars par an, ce qui serait réalisable (tableau 4.15) et représenterait environ 5 % du PIB de la région (graphique 4.17). Les écarts de financement les plus importants se trouvent dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement (y compris dans le secteur de l’irrigation). Bien que les écarts de financement soient très élevés dans le secteur de l’électricité, la plupart des écarts peuvent être réduits dans ce secteur en s’attaquant aux inefficiences internes. L’écart de financement devient alors relativement faible.

Tableau 4.15Lutter contre les inefficiences pour réduire le besoin de financement(Millions de dollars EU par an)
TICIrrigationÉlectricitéTransportsApprovisionnement en eau et assainissementTotal
Besoins–498–326–1.544–1.259–935–4.562
Dépenses liées aux besoins42746251.0013212.378
Redéploiement intrasectoriel613190083
Gains d'efficience potentiels6607901851851.227
Déficit ou excédent57–318–110–73–429–874
Source: données établies à partir de Foster et Briceño-Garmendia, 2009.
Source: données établies à partir de Foster et Briceño-Garmendia, 2009.

Graphique 4.17.Besoins de financement en pourcentage du PIB

Source: Foster et Briceño-Garmendia, 2009.

Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

Plusieurs moyens d’action concernant le choix des technologies et les approches régionales du développement des infrastructures peuvent aussi contribuer à réduire l’écart de financement en diminuant le coût des mesures à prendre pour atteindre les objectifs fixés en matière d’infrastructures. En adoptant des technologies peu coûteuses comme les bornes-fontaines, les points d’eau et les latrines pour atteindre les OMD dans le secteur de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, on pourrait économiser 200 millions de dollars par an. L’adoption de normes plus appropriées pour les routes revêtues afin de parvenir à une bonne connectivité routière pourrait faire économiser près de 400 millions de dollars. Le commerce régional d’électricité, reposant sur des exportations d’hydroélectricité du Cameroun, pourrait réduire le coût de l’approvisionnement énergétique de près de 160 millions de dollars. Des mesures de cette nature pourraient supprimer l’écart de financement des infrastructures dans les secteurs de l’électricité et des transports, et le diminuer de près de moitié dans ceux de l’eau et de l’assainissement. Si elles étaient toutes appliquées, l’écart de financement global serait ramené à 0,5 milliard de dollars par an.

Que Peut-On Faire D’autre?

Il existe au moins deux autres moyens de rattraper le retard infrastructurel: lever davantage de fonds et fixer des calendriers moins ambitieux de développement des infrastructures.

Le boom pétrolier que connaît la région pourrait produire les ressources nécessaires pour financer les infrastructures. La proportion dans laquelle les redevances provenant des ressources naturelles sont affectées aux infrastructures relève essentiellement d’un choix politique, et les pays africains diffèrent sur ce plan. Au Nigéria, par exemple, les dépenses d’infrastructures ont en fait diminué durant le boom pétrolier du début des années 2000, car le pays a décidé d’utiliser ses bénéfices exceptionnels pour rembourser les dettes accumulées. L’Angola et le Soudan, en revanche, semblent avoir affecté une grande partie de leur richesse pétrolière aux infrastructures en créant de vastes programmes publics d’investissement dans les routes et l’électricité. En moyenne, cependant, les pays riches en ressources naturelles ont moins dépensé dans les infrastructures, en pourcentage du PIB, que les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire, ou même que les États fragiles d’Afrique. Les pays de la CEMAC dotés de ressources naturelles pourraient consacrer davantage de moyens au financement des infrastructures, à condition d’apporter des améliorations, dans les mêmes proportions, à leurs systèmes de gestion des dépenses publiques de façon à utiliser ces moyens efficacement.

Un autre moyen de trouver des financements consiste à attirer des investissements privés. Au début des années 2000, le Cameroun a obtenu des engagements d’investissements privés représentant 0,9 % environ de son PIB, alors que les pays d’Afrique subsaharienne obtenant le plus d’investissements privés atteignaient au maximum 1,5 % du PIB environ (graphique 4.18). Dans d’autres pays de la CEMAC, le volume des financements privés est beaucoup plus faible (en République du Congo et au Gabon), ou pratiquement nul (en Guinée équatoriale, en République centrafricaine et au Tchad).

Graphique 4.18.Investissements privés dans les infrastructures

Source: calculs de l’AICD.

Il faut cependant résoudre les difficultés que posent l’économie politique et le climat de l’investissement peu propice à la concurrence pour encourager un afflux massif de financements privés vers les infrastructures des États membres de la CEMAC. Il faut, en priorité, mettre en place un cadre juridique et institutionnel adapté afin d’attirer des investissements privés dans les infrastructures et de gérer les risques financiers que présentent de tels engagements.

Si les États membres de la CEMAC ne lèvent pas de fonds supplémentaires et ne mettent pas en œuvre les mesures d’économie décrites plus haut, le seul moyen d’atteindre les objectifs fixés serait de prendre plus de temps que la décennie initialement envisagée au début de cette étude. Si les pays de la région CEMAC étaient en mesure de corriger les diverses inefficiences relevées plus haut et de maintenir les dépenses globales à leur niveau actuel, il faudrait 18 ans pour atteindre les objectifs. Sans s’attaquer aux inefficiences, il semble impossible d’obtenir des infrastructures adéquates.

Bibliographie

    AdamChristopher and DavidBevan2006Aid and the Supply Side: Public Investment, Export Performance and the Dutch DiseaseWorld Bank Economic Review Vol. 20 No. 2 p. 26190.

    BanerjeeSudeshnaVivienFosterYvonneYingHeatherSkilling and QuentinWodon2009Cost Recovery, Equity, and Efficiency in Water Tariffs: Evidence from African UtilitiesAICD Working Paper 7 (Washington: World Bank).

    BanerjeeSudeshnaHeatherSkillingVivienFosterCeciliaBriceño-GarmendiaElviraMorella and TarikChfadi2008Ebbing Water, Surging Deficits: Urban Water Supply in Sub-Saharan AfricaAICD Background Paper 12 (Washington: World Bank).

    Banquemondiale2008Doing Business 2009: Comparing Regulation in 181 Economies (Washington).

    Banquemondiale 2009 Information and Communications for Development 2009: Extending Reach and Increasing Impact (Washington).

    Banquemondiale2010Gabon Infrastructure Framework ReviewPublic Private Infrastructure Advisory Facility (unpublished; Washington).

    Briceño-GarmediaCecilia and VivienFoster2010Republic of Congo, Prioritizing Infrastructure Investments: A Spatial Approach” (unpublished Washington: World Bank).

    Briceño-GarmendiaCeciliaKarlisSmits and VivienFoster2009Financing Public Infrastructure in Sub-Saharan Africa: Patterns and Emerging IssuesAICD Background Paper 15 (Washington: World Bank).

    Briceño-GarmendiaC. and M. Shkaratam2011Power Tarrifs: Caught Between Cost Recovery and AffordabilityWorking Paper 5904 (Washington: World Bank).

    CalderónCésar2009Infrastructure and Growth in AfricaPolicy Research Working Paper No. 4914 (Washington: World Bank).

    CarruthersRobinRangaRajanKrishnamani and SiobhanMurray2009Improving Connectivity: Investing in Transport Infrastructure in Sub-Saharan AfricaAICD Background Paper 7 (Washington: World Bank).

    Commission pour l’Afrique2005Our Common InterestReport of the Commission for AfricaLondon.

    EberhardAntonVivienFosterCeciliaBriceño-GarmendiaFatimataOuedraogoDanielCamos and MariaShkaratan2009Underpowered: The State of the Power Sector in Sub-Saharan AfricaAICD Background Paper 6 (Washington: World Bank).

    EscribanoAlvaroJ. LuisGuasch and JorgePeña2010Assessing the Impact of Infrastructure Quality on Firm Productivity in AfricaPolicy Research Working Paper No. 5191 (Washington: World Bank).

    FosterVivien and CeciliaBriceño-Garmendia eds. 2009Africa’s Infrastructure: A Time for Transformation (Paris and Washington: Agence française de développement and World Bank).

    GwilliamKenVivienFosterRodrigoArchondo-CallaoCeciliaBriceño-GarmendiaAlbertoNogales and KavitaSethi2009The Burden of Maintenance: Roads in Sub-Saharan AfricaAICD Background Paper 14 (Washington: World Bank).

    HusbandCharlesGaryMcMahon and Peter van der Veen 2009The Aluminum Industry in West and Central Africa: Lessons Learned and Prospects for the FutureExtractive Industries and Development Series No. 13 (Washington: World Bank).

    MayerRebeccaKenFigueredoMikeJensenTimKellyRichardGreen and AlvaroFedericoBarra2009Connecting the Continent: Costing the Needs for Spending on ICT Infrastructure in AfricaAICD Background Paper 3 (Washington: World Bank).

    MingesMichaelCeciliaBriceño-GarmendiaMarkWilliamsMavisAmpahDanielCamos and MariaShkratan2009Information and Communications Technology in Sub-Saharan Africa: A Sector ReviewAICD Background Paper 10 (Washington: World Bank).

    RosnesOrvika and HaakonVennemo2009Powering Up: Costing Power Infrastructure Spending Needs in Sub-Saharan AfricaAICD Background Paper 5 (Washington: World Bank).

    TeravaninthornSupee and GaelRaballand2009Transport Prices and Costs in Africa: A Review of the Main International Corridors (Washington: World Bank).

    United States International Trade Commission2009Sub-Saharan Africa: Effects of Infrastructure Conditions on Export Competitiveness Third Annual Report USITC Publication 4071 (Washington).

    YouL. C. RinglerG. NelsonU. Wood-SichraR. RobertsonS. WoodG. ZheT. Zhu and Y. Sun2009Torrents and Trickles: Irrigation Spending Needs in AfricaAICD Background Paper 9 (Washington: World Bank).

L’Afrique centrale se compose du Burundi, du Cameroun, de la République démocratique du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine, du Rwanda, de São Tomé-et Príncipe et du Tchad.

Pays à faible revenu non fragiles: Bénin, Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Kenya, Madagascar, Malawi, Mali, Mozambique, Niger, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie. Pays à faible revenu fragiles: Burundi, Comores, République démocratique du Congo, Côte d’lvoire, Érythrée, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, République centrafricaine, São Tomé-et-Príncipe, Sierra Leone, Togo et Zimbabwe. Pays à revenu intermédiaire: Afrique du Sud, Botswana, Cap-Vert, République du Congo, Lesotho, Maurice, Namibie, Seychelles et Swaziland. Pays riches en ressources naturelles: Angola, Cameroun, République du Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Nigéria, Soudan et Tchad.

On entend généralement par «réseau de routes classées» les routes que l’État est chargé de construire et d’exploiter. Elles regroupent les réseaux primaire, secondaire et tertiaire.

«La plupart des pays africains ont évolué vers un modèle institutionnel pour le secteur routier qui repose sur le principe de redevances payées par les usagers des routes. Selon ce modèle, les usagers payent des pseudo-redevances sous forme de taxes sur le carburant et d’autres surtaxes qui sont versées dans un fonds d’entretien routier dédié et distinct. Les travaux sont réalisés par un organisme routier autonome. On recueille une série d’indicateurs institutionnels pour déterminer dans quelle mesure ce modèle institutionnel moderne est appliqué dans chaque pays» (Foster et Briceño-Garmendia, 2009).

L’Afrique de l’Ouest se compose du Bénin, du Burkina Faso, du Cap-Vert, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie et du Ghana.

L’Afrique australe se compose de l’Afrique du Sud, de l’Angola, du Botswana, du Lesotho, de Madagascar, du Malawi, de Maurice, du Mozambique, de la Namibie, du Swaziland, de la Zambie et du Zimbabwe.

    Other Resources Citing This Publication