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Chapitre 1. Les défis macroéconomiques pour la CEMAC

Author(s):
Sharmini Coorey, and Bernardin Akitoby
Published Date:
October 2013
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Author(s)
Bernardin Akitoby and Sharmini Coorey 

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a tiré des recettes substantielles de la production pétrolière au cours des dernières décennies, mais elle doit faire face à d’importants défis sur le front de la croissance et du développement (graphique 1.1). Cinq de ses six pays membres sont producteurs de pétrole; celui-ci représente environ 40 % du PIB régional et 85 % des exportations totales. Les recettes pétrolières sont le principal moteur de l’activité économique par l’intermédiaire des dépenses publiques, mais l’instabilité des cours du pétrole et des politiques budgétaires procycliques ont donné lieu à une succession de périodes d’expansion et de récession qui ont parfois été exacerbées par une hausse rapide des salaires, inélastiques à la baisse en régime de taux de change fixe. Les dépenses financées par la manne pétrolière ne se sont pas traduites par une croissance mieux partagée. Dans un contexte de fortes inégalités, la pauvreté et le chômage restent très répandus. Le taux d’activité des jeunes, en particulier, est plus bas qu’au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (tableau 1.1). Il est peu probable que la région atteigne les objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015 (tableau 1.5).

Graphique 1.1CEMAC: défis de la croissance et du développement, 2005–10

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l'économie mondiale; estimations des services du FMI.

Note: CCG = Conseil de coopération du Golfe; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

1 Le CCG regroupe les pays suivants: Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar.

Tableau 1.1Indicateurs sociaux
Indice d’espérance de vieIndice du niveau d’instructionEmploi des jeunes1 (%)
CEMAC0,510,4147
UEMOA0,540,2856
AfSS0,550,5049
Sources: Programme des Nations Unies pour le développement; Banque mondiale.Note: AfSS = Afrique subsaharienne; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Ratio emploi/population, 15–24 ans, total (%).

Sources: Programme des Nations Unies pour le développement; Banque mondiale.Note: AfSS = Afrique subsaharienne; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Ratio emploi/population, 15–24 ans, total (%).

Le principal défi pour les pays de la CEMAC est donc de mettre à profit la richesse pétrolière pour rehausser fortement la croissance en dehors du secteur pétrolier et faire reculer sensiblement et durablement la pauvreté. Assurer des investissements publics productifs, améliorer le climat des affaires pour renforcer la compétitivité et stimuler l’investissement privé, et assouplir davantage le marché du travail sont autant d’initiatives qui peuvent utilement contribuer aux efforts déployés dans ce sens. Plus fondamentalement, il faudrait s’attaquer aux taux élevés de pauvreté en améliorant la qualité des dépenses consacrées à l’éducation et à la santé et créer davantage de possibilités d’emploi dans les secteurs non pétroliers.

Pour jeter les bases du développement économique et social des pays de la CEMAC, les autorités responsables doivent relever quatre principaux défis macroéconomiques: i) assurer la viabilité des finances publiques et des comptes extérieurs, ii) stimuler la croissance hors pétrole, iii) réformer le secteur financier, et iv) promouvoir l’intégration commerciale et régionale.

Assurer la Viabilité Budgétaire et la Compétitivité Extérieure

Le déficit primaire hors pétrole (DPHP) de la zone CEMAC s’est creusé ces dernières années sous l’effet des investissements publics (graphique 1.2 et tableau 1.2). Il devrait, d’après les projections, se rapprocher du niveau soutenable d’environ 5 % du PIB hors pétrole, calculé à l’aide du modèle de l’hypothèse du revenu permanent (HRP)1, les investissements devant diminuer à moyen terme.

Graphique 1.2Viabilité des finances publiques

Source: estimations et projections des services du FMI.

Note: DPHP = Déficit primaire hors pétrole; HRP = Hypothèse du revenu permanent.

Tableau 1.2Coûts des infrastructures
Indicateur de coûtCEMACAfSSAutres pays en développement
Tarifs d’électricité

(dollars/kilowatt-heure)
0,200,230,08
Frais de manutention portuaire des conteneurs

(dollars/EVP)
210210115
Fret routier

(dollars/tonne-kilomètre)
0,130,090,03
Téléphonie mobile

(dollars/panier/mois)
15,111,89,9
Source: Banque mondiale, Étude diagnostique des infrastructures nationales en Afrique, 2008.Note: EVP = équivalent vingt pieds. Les chiffres correspondent au point médian des fourchettes régionales.
Source: Banque mondiale, Étude diagnostique des infrastructures nationales en Afrique, 2008.Note: EVP = équivalent vingt pieds. Les chiffres correspondent au point médian des fourchettes régionales.

Du fait qu’il ne fait pas de distinction entre les dépenses en capital et les dépenses courantes et qu’il ne tient pas compte des besoins de développement, le modèle HRP ne peut toutefois servir de référence que sur le long terme pour évaluer l’orientation budgétaire d’un pays qui exploite ses ressources naturelles et investit dans son capital physique2. Pour assurer la viabilité et l’optimalisation des finances publiques, les décisions en matière d’investissement public doivent être prises de manière à assurer un taux de rendement au moins égal à celui des actifs financiers, en tenant compte des différences entre les profils de risque de ces deux types d’investissement. Les actifs physiques de l’État doivent offrir un rendement corrigé des risques équivalant au moins au taux d’intérêt réel à long terme des placements dans des actifs financiers internationaux (disons 2 à 3 %), ou produire un flux équivalent d’avantages sociaux pour mériter d’être pris en considération. La qualité des investissements est donc cruciale. Le risque que les pouvoirs publics n’obtiennent pas de rendements suffisants sous forme d’un accroissement des recettes fiscales ou de retombées favorables pour la société est non négligeable dans les pays de la CEMAC du fait des carences de ces pays sur le plan de la gouvernance ainsi que de la planification, de l’exécution, du suivi et de la maintenance des projets d’investissement public (voir plus loin la section intitulée «Accélérer la croissance hors pétrole»).

La situation budgétaire a d’importantes implications pour la compétitivité extérieure. Les dépenses financées par les recettes pétrolières ont entraîné une appréciation du taux de change effectif réel (TCER), compte tenu du régime de change fixe, (graphique 1.3 et encadré 1.1 sur l’inflation), et érodé ainsi la compétitivité des secteurs autres que celui des produits de base. L’appréciation du TCER n’est pas nécessairement très préoccupante en soi si les investissements publics offrent un taux de rendement satisfaisant et stimulent la productivité dans ces secteurs. Étant donné, toutefois, la faiblesse des taux de rendement produits dans le passé par les investissements publics dans les pays de la CEMAC, l’appréciation du TCER y a probablement pesé sur la croissance hors produits de base et nui à l’emploi.

Graphique 1.3Évolution des taux de change, 1990–2010

Sources: FMI, bases de données des Perspectives de l’économie mondiale et du Département Afrique.

Note: CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Considérations concernant l’action gouvernementale et les réformes

Le modèle HRP n’est pas le meilleur qui soit pour des pays en développement aux ressources en capital limitées comme ceux de la CEMAC (chapitre 5). Étant donné l’importance de leurs besoins d’investissement dans les infrastructures économiques et sociales, ces pays doivent mettre l’accent sur la qualité et l’efficience de leurs investissements publics. Ils doivent pour cela les intégrer dans des programmes pluriannuels d’investissement réalistes et inscrire les budgets annuels correspondants dans un cadre macroéconomique à moyen terme compatible avec la viabilité budgétaire et la viabilité externe. Ils devraient en outre examiner de près leurs programmes d’investissements publics et leur exécution pour veiller à ce qu’ils offrent un rendement réel, corrigé des risques, au moins égal au taux d’intérêt réel à long terme des actifs financiers.

Encadré 1.1L’inflation dans la zone CEMAC

L’un des effets positifs de l’union monétaire et du régime de change fixe a été le maintien d’une inflation généralement basse et stable dans la région, malgré les chocs sur l’offre et les déséquilibres budgétaires. En utilisant un ensemble de données incluant des indices par pays des produits énergétiques et alimentaires, Caceres, Poplawski-Ribeiro et Tartari (2011) examinent la dynamique de l’inflation dans quatre pays membres de la CEMAC (Cameroun, Gabon, République centrafricaine et République du Congo) et dans ces quatre pays considérés globalement (CEMAC-4)1. L’objectif est d’analyser l’incidence des prix des produits de base sur l’inflation intérieure et de mettre au jour la dynamique et les interactions entre les composantes de l’inflation globale (comprenant les produits énergétiques et alimentaires) et l’inflation sous-jacente (comprenant tous les éléments du panier de l’IPC à l’exclusion des produits énergétiques et alimentaires).

Il ressort de cette analyse que les chocs affectant les cours des produits de base ont un effet sensible sur l’inflation. Dans la plupart des pays de la CEMAC, l’effet des fluctuations mondiales des prix des produits alimentaires et des combustibles se fait sentir sur l’inflation globale surtout au bout de quatre ou cinq trimestres avant de s’estomper très sensiblement par la suite. Les effets secondaires ne sont sensibles qu’au Cameroun et, dans une moindre mesure, en République du Congo. Au Cameroun, une hausse de 1 % des prix de l’énergie et de l’alimentation se répercute sur l’inflation sous-jacente, d’après les estimations, à raison d’un maximum de 0,32 % au bout de dix trimestres et de 0,14 % au bout de quatorze trimestres.

CEMAC: inflation sous-jacente et inflation globale, 1996–2010

Source: Cacere, Poplawski-Ribeiro et Tartari, 2011.Note: IPC = indice des prix à la consommation.1 La Guinée équatoriale et le Tchad sont exclus de l’analyse faute de données sur les composantes de leur indice des prix à la consommation (IPC).

Accélérer la croissance hors pétrole

La croissance des secteurs hors pétrole est décevante dans la région de la CEMAC (graphique 1.4). Bien qu’à cet égard la région ait obtenu de meilleurs résultats que l’UEMOA, elle s’est laissé distancer par les pays exportateurs de pétrole de l’Afrique subsaharienne. La baisse tendancielle de la croissance hors pétrole a aussi eu un effet négatif sur l’offre d’emplois.

Graphique 1.4Croissance du PIB hors pétrole

Sources: FMI, bases de données des Perspectives de l'économie mondiale et du Département Afrique.

Note: AfSS = Afrique subsaharienne; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Il ressort des données disponibles que les secteurs non pétroliers des pays de la CEMAC sont bridés par les carences des services d’infrastructure (chapitre 4). Les coûts liés à l’utilisation des infrastructures sont très élevés du fait qu’elles sont insuffisantes et de mauvaise qualité et en raison des obstacles de nature réglementaire (tableau 1.3). Les pays producteurs de pétrole de la CEMAC ont lancé d’ambitieux programmes d’investissement pour accélérer la croissance non pétrolière, mais, étant donné la faiblesse de leurs capacités administratives, un accroissement rapide des investissements risque fort de se faire au détriment de la qualité des dépenses. D’après l’analyse décrite au chapitre 3, les investissements publics ont été peu rentables dans le passé, et ils n’ont guère eu d’effet sur la croissance économique régionale.

Tableau 1.3CEMAC: échanges avec les principaux partenaires commerciaux(En pourcentage du total des échanges)
Partenaire commercial1995200520101
Union européenne49,031,532,2
États-Unis20,926,923,6
BRIC17,321,2
Chine2,114,716,4
Inde0,20,93,0
Intra-CEMAC2,41,11,2
Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; estimations des services du FMI.Note: BRIC = Brésil, Russie, Inde et Chine.

Estimations.

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; estimations des services du FMI.Note: BRIC = Brésil, Russie, Inde et Chine.

Estimations.

La croissance a aussi été bridée par un environnement peu favorable aux entreprises et la médiocrité des services de santé et d’éducation. D’après les indicateurs 2011 de la pratique des affaires (Doing Business) établis par la Banque mondiale, les pays de la CEMAC se classent, en moyenne, moins bien que ceux de l’Afrique subsaharienne (172e et 137e places, respectivement, sur un total de 183 pays). Individuellement, les pays de la CEMAC ont obtenu un très mauvais classement, la République centrafricaine et le Tchad occupant les deux dernières positions, peu après la République du Congo3. Les domaines dans lesquels les pays membres de la CEMAC ont obtenu les pires résultats incluent la création d’entreprise, le paiement des impôts, l’exécution des contrats et le commerce transfrontalier. Jointe à cet environnement peu favorable aux entreprises, la médiocre qualité des services de santé et d’éducation a maintenu la productivité du travail à un faible niveau, et elle explique pourquoi peu de progrès ont été réalisés dans l’amélioration des indicateurs du développement humain.

Considérations concernant l’action gouvernementale et les réformes

Les actions suivantes semblent indispensables pour soutenir la croissance non pétrolière:

  • Recentrer les investissements publics sur les infrastructures de base qui permettront de réduire les goulets d’étranglement dont souffre l’appareil productif (électricité, routes facilitant les échanges, barrages et ports, par exemple). Les autorités pourraient solliciter une aide technique pour améliorer l’évaluation préalable, la sélection et le suivi des projets d’investissement ainsi que la budgétisation des coûts d’exploitation et de maintenance. Elles pourraient envisager à moyen terme la possibilité de conclure des partenariats public–privé pour renforcer les investissements publics tout en réduisant les risques pour les finances de l’État4.
  • Poursuivre les réformes dans les secteurs de la santé et de l’éducation afin d’améliorer la productivité du travail, créer des emplois et réduire progressivement la pauvreté.
  • Améliorer le climat des affaires en renforçant la gouvernance et simplifiant les procédures administratives. Il faudrait, en priorité, lever les obstacles réglementaires qui entravent le secteur des infrastructures et remédier aux problèmes recensés dans les domaines pour lesquels les pays de la CEMAC ont été les moins bien notés dans l’enquête de la Banque mondiale sur la pratique des affaires.

Les autorités ont pris des dispositions pour définir les priorités de l’investissement public et le recentrer sur les infrastructures de nature à favoriser la croissance. Au niveau régional, le Programme économique régional5 devrait jouer un rôle non négligeable à cet égard. Au niveau national, plusieurs pays ont pris des mesures expressément destinées à améliorer la gestion des investissements publics. C’est ainsi qu’au Gabon, notamment, a été créée une agence nationale des grands travaux, chargée de planifier, gérer et mettre en œuvre les grands projets d’infrastructure publics. Elle bénéficie du savoir-faire technique de l’entreprise américaine d’ingénierie Bechtel. Un accord de service a également été conclu avec la Banque mondiale pour renforcer les capacités nationales dans ce domaine. De même, au Cameroun, les autorités ont l’intention de mettre en place une unité centrale pour les études de faisabilité et l’évaluation des projets.

Des programmes visant à améliorer l’environnement pour les entreprises sont en vigueur depuis 2007 dans la plupart des pays de la CEMAC. Ils sont principalement axés sur la simplification des procédures administratives et l’amélioration du dialogue entre les secteurs public et privé. Par exemple, le programme adopté par les autorités congolaises vise, entre autres, à améliorer ce dialogue, rationaliser le régime fiscal et assurer la sécurité des investissements. En Guinée équatoriale, des travaux sont en cours pour instaurer un guichet unique pour l’investissement. Au Cameroun, le temps nécessaire pour créer une entreprise a été ramené de 12 à 3 jours, les procédures de paiement des impôts ont été simplifiées, et les délais raccourcis pour l’obtention des permis de construire.

Réformer le secteur financier

La réforme du secteur financier est une priorité pour la région de la CEMAC tant du point de vue de sa stabilité que de son développement. Des progrès ont certes été réalisés, mais davantage doit être fait pour préserver la stabilité financière et renforcer le secteur.

Renforcement de la stabilité et de la surveillance du secteur financier

Des progrès ont été accomplis dans le sens d’un renforcement du cadre de la stabilité financière depuis le rapport PESF (Programme d’évaluation du secteur financier) de 20066. Les autorités ont i) harmonisé et relevé le minimum de fonds propres que les banques doivent détenir (10 milliards de francs CFA ou 20 millions de dollars), ii) renforcé le gouvernement d’entreprise, et iii) créé un Comité de stabilité financière chargé d’analyser les facteurs de vulnérabilité du secteur financier et de recommander des mesures à prendre en conséquence. L’organisme régional de surveillance bancaire (la Commission bancaire de l’Afrique centrale ou COBAC) a également mis en place, en 2009, un système de garantie des dépôts supervisé par la COBAC sous le contrôle de la Banque des États de l’Afrique centrale et de représentants du secteur bancaire. Ce système, financé par les cotisations versées par les institutions financières, assure les dépôts à concurrence de 5 millions de francs CFA.

Néanmoins, les principaux règlements prudentiels (relatifs à la solvabilité, aux engagements élevés et aux prêts à des parties liées) s’écartent des meilleures pratiques internationales et sont mal appliqués, ce qui favorise une concentration excessive du crédit et expose le secteur bancaire au risque de crédit. Pour limiter ces inconvénients, la réglementation prudentielle pourrait être modifiée dans les principaux domaines suivants: i) ratios de solvabilité et diversification des risques, ii) prêts aux actionnaires, associés, directeurs et administrateurs, iii) risques de marché, et iv) surveillance consolidée. Si la surveillance laisse à désirer, c’est aussi parce que la COBAC manque cruellement de personnel qualifié. Pour qu’elle puisse continuer de contribuer à la stabilité financière, il faut que ses effectifs soient sensiblement renforcés et qu’elle dispose de commissaires qualifiés.

En ce qui concerne la résolution des défaillances bancaires, le temps mis à apporter une solution aux problèmes financiers d’un groupe bancaire régional d’importance systémique révèle deux faiblesses: un cadre juridique inadapté pour faire face aux crises bancaires et une coopération défaillante entre les ministères des finances de la région. Plus la situation actuelle perdurera dans les banques financièrement fragiles, plus elle risquera d’être coûteuse pour les États, la crédibilité des institutions de surveillance et la réputation du secteur financier de la zone CEMAC. Il faudrait donc surveiller de près les conditions de liquidité pour éviter que ces banques suspendent leurs paiements, exiger une prise en charge intégrale des pertes par les précédents actionnaires et essayer d’obtenir un remboursement maximum des prêts accordés à des entités apparentées afin de limiter le coût financier pour les États. Une nouvelle réglementation sur la résolution des crises bancaires, qui doit entrer en vigueur en 2012, devrait permettre aux autorités d’intervenir rapidement pour résoudre les crises bancaires, définir clairement le périmètre du contrôle judiciaire et empêcher les actionnaires douteux de participer à la restructuration d’un établissement bancaire.

Approfondissement du secteur financier

L’accès au crédit dans la région CEMAC est l’un des plus faibles d’Afrique. Le taux de pénétration est bas (3 % environ de l’ensemble de la population), et les crédits au secteur privé sont bien inférieurs à la moyenne observée pour l’Afrique subsaharienne (graphique 1.5). Parmi les facteurs structurels qui expliquent cette situation figurent le niveau élevé des frais de fonctionnement dû à la faible densité démographique, le manque d’information sur la solvabilité des emprunteurs, et les déficiences du cadre institutionnel et juridique. Les institutions de microfinance ne jouant qu’un rôle limité, la plupart des petites et moyennes entreprises ont du mal à obtenir des crédits.

Graphique 1.5Crédit au secteur privé non financier

Source: FMI, base de données des Perspectives de l'économie mondiale.

Note: AfSS = Afrique subsaharienne; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Il est donc essentiel d’améliorer le cadre institutionnel pour approfondir le secteur financier (Akitoby, 2010; graphique 1.6). Parmi les mesures spécifiques prises et les initiatives en cours à cette fin figurent la publication régulière des coûts des prêts et des frais connexes pour renforcer la transparence et la concurrence dans le secteur bancaire et mieux protéger les consommateurs, la création d’un fonds régional de garantie des dépôts pour protéger les petits épargnants, la mise en place de centrales de risques (avec l’assistance technique de la Banque mondiale) et l’établissement d’une agence de notation et d’un registre central des bilans des sociétés pour réduire l’asymétrie d’information dans les activités de crédit. À l’avenir, les réformes institutionnelles devraient principalement viser à améliorer le fonctionnement des cadastres et des registres du commerce, simplifier les procédures d’enregistrement et d’application des garanties, et renforcer le respect des droits des créanciers en améliorant la gouvernance des tribunaux compétents. Le marché régional des titres de la dette publique récemment créé facilitera aussi la gestion des excédents de liquidité ainsi que la mobilisation et une meilleure répartition de l’épargne.

Graphique 1.6Indicateurs du climat de l'investissement

Source: Banque mondiale, 2010.

Note: Plus les lignes sont éloignées du centre, meilleur est le résultat relatif enregistré.

AfSS = Afrique subsaharienne; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

La microfinance pourrait jouer un rôle important en élargissant l’accès des petites et moyennes entreprises et des ménages aux services financiers. Les établissements de microfinance connaissent un essor depuis l’introduction, en 2002, de la réglementation générale régissant leurs activités. La transparence et la communication systématique de données restent problématiques pour ces établissements de la région bien que des progrès aient été réalisés depuis l’introduction, en 2010, d’un cadre comptable spécialement élaboré à leur intention et la mise en place d’un système informatique permettant de collecter automatiquement les données financières. L’amélioration de la transmission des données et la surveillance des institutions de microfinance restent néanmoins des défis importants pour la COBAC.

Promotion de l’intégration commerciale et régionale

Les échanges commerciaux des pays de la CEMAC se sont redéployés au profit des marchés émergents. Ainsi, les échanges avec le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine (BRIC), notamment, ont sensiblement augmenté au détriment de ceux qui s’effectuent avec l’Union européenne. Par ailleurs, à moins de 1½ % du total des échanges commerciaux de la région, le commerce intrarégional est le plus faible de tous les groupes commerciaux régionaux d’Afrique (graphique 1.7).

Graphique 1.7Commerce intrarégional de plusieurs espaces économiques

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; estimations des services du FMI.

Note: CAE = Communauté de l'Afrique de l'Est; CEDEAO = Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale; COMESA = Marché commun de l'Afrique orientale et australe; SADC = Communauté pour le développement de l'Afrique australe; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Les barrières commerciales restent un obstacle important. Le tarif extérieur commun (TEC) est plus élevé que celui de la plupart des autres régions d’Afrique (tableau 1.4) et, malgré cela, certains États membres de la CEMAC continuent d’imposer des surtaxes et autres droits supplémentaires. Pour ce qui est des obstacles non tarifaires, des différences persistent entre les pays au niveau de la classification et de l’évaluation des importations, des règles d’exonération et de l’application des règles d’origine. Les formalités aux frontières sont en outre complexes, et le manque de coordination entre les administrations douanières donne parfois lieu à une double taxation des marchandises destinées à l’arrière-pays. De plus, le manque de capacités et de ressources de la Commission de la CEMAC la rend moins à même de faire appliquer les réformes commerciales et les règles communautaires. En particulier, la taxe communautaire d’intégration — principale source de financement de la commission — n’est pas intégralement reversée par les pays membres.

Tableau 1.4Tarifs extérieurs communs: principales régions(Pourcentage)
IndicateurCEMACUEMOACAECOMESA
Moyenne1691212
Maximum30202525
Minimum5000
Nombre de taux4433
Source: sites Internet des diverses communautés régionales.Note: COMESA = Marché commun de l’Afrique orientale et australe; CAE = Communauté de l’Afrique de l’Est.
Source: sites Internet des diverses communautés régionales.Note: COMESA = Marché commun de l’Afrique orientale et australe; CAE = Communauté de l’Afrique de l’Est.
Tableau 1.5CEMAC: Objectifs du Millénaire pour le développement, 1990 et 2009
19902009
Objectifs et mesuresCEMACAfSSCEMACAfSS
objectif 1: éradiquer l'extrême pauvreté et la faim
Ratio emploi/population, plus de 15 ans, total (%)64646564
Ratio emploi/population, 15–24 ans, total (%)49504749
PIB par personne employée (dollars PPA constants de 1990)2.493
Part du revenu détenue par les 20 % du bas de l’échelle
Prévalence de la malnutrition, poids/âge (% enfants de moins de 5 ans)1825
Écart de pauvreté à 1,25 dollar/jour (PPA) (%)
Ratio population pauvre à 1,25 dollar/jour (PPA) (% de la population)5851
Emploi vulnérable, total (% de l'emploi total)
objectif 2: Assurer l'éducation primaire pour tous
Taux d'alphabétisation, jeunes femmes (% femmes 15–24 ans)35587467
Taux d'alphabétisation, jeunes hommes (% hommes 15–24 ans)63738277
Scolarisation jusqu'à la dernière classe primaire, total (% de la cohorte)5868
Taux d'achèvement scolarité primaire, total (% du groupe considéré)44515364
Scolarisation totale, primaire (% net)657776
objectif 3: promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes
Proportion de sièges occupés par des femmes dans les parlements nationaux (%)121118
Ratio scolarisation filles/garçons dans le primaire (%)77848391
Ratio scolarisation filles/garçons dans le secondaire (%)52766179
Ratio hommes/femmes dans les universités (%)184368
Part des femmes employées en dehors de l’agriculture (% du total de l'emploi non agricole)
19902009
Goals and MeasuresCEMACSSACEMACSSA
objectif 4: Réduire la mortalité infantile
Vaccination, rougeole (% enfants 12–23 mois)68575768
Taux de mortalité infantile (pour 1.000 naissances vivantes)971099281
Taux de mortalité, moins de 5 ans (pour 1.000)153181146130
objectif 5: Améliorer la santé maternelle
Taux de fécondité des adolescentes (naissances par millier de femmes, 15–19 ans)119116
Accouchements assistés par personnel sanitaire qualifié (% du total)584444
Prévalence de la contraception (% femmes 15–49 ans)1521
Ratio de mortalité maternelle (estimation modélisée pour 100.000 naissances vivantes)763870628650
Femmes enceintes recevant soins prénatals (%)6971
Besoins en contraception non satisfaits (% femmes mariées 15–49 ans)1324
objectif 6: Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d'autres maladies
Enfants fébriles recevant antipaludiques (% enfants fébriles de moins de 5 ans)5434
Utilisation de préservatifs, population 15–24 ans, femmes (%)1419
Utilisation de préservatifs, population 15–24 ans, hommes (%)3536
Incidence de la tuberculose (pour 100.000 personnes)126180298350
Taux de prévalence du VIH, femmes (% 15–24 ans)43
Taux de prévalence du VIH, hommes (% 15–24 ans)11
Taux de prévalence du VIH, total (% population 15–49 ans)2255
Taux de détection des cas de tuberculose (toutes formes)51456046
objectif 7: Assurer un environnement durable
Émissions de CO2 (kg par $ PPA de PIB)0100
Émissions de CO2 (tonnes métriques par habitant)1111
Surface forestière (% du territoire)53294926
Installations d'assainissement améliorées (% population y ayant accès)21273131
Source d'eau améliorée (% population y ayant accès)49497060
Zones marines protégées (% des eaux du territoire)20
Zones terrestres protégées (% du territoire total)1412
objectif 8: Mettre en place un partenariat mondial pour le développement
APD nette reçue par habitant ($ EU courants)94355849
Service de la dette (CGE et FMI uniquement, % des exportations, hors envois de fonds des travailleurs)2
Utilisateurs Internet (pour 100 personnes)0037
Abonnés à la téléphonie mobile (pour 100 personnes)004133
Lignes de téléphone (pour 100 personnes)1112
Autres
Taux de fécondité, total (naissances par femme)6655
RNB par habitant, méthode Atlas ($ EU courants)6655771.6351.126
RNB, méthode Atlas ($ EU courants) (milliards)2029758946
Formation brute de capital (% du PIB)15182621
Espérance de vie à la naissance, total (années)54505252
Taux d'alphabétisation, total adultes (% personnes de 15 ans et plus)34536962
Population, total (millions)11
Commerce (% du PIB)67528862
Source: Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde.Note: AfSS = Afrique subsaharienne; APD = aide publique au développement; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; CGE = contractée et garantie par l’État; CO2 = dioxyde de carbone; PPA = parité de pouvoir d’achat; RNB = revenu national brut; VIH = virus de l’immunodéficience humaine.
Source: Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde.Note: AfSS = Afrique subsaharienne; APD = aide publique au développement; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; CGE = contractée et garantie par l’État; CO2 = dioxyde de carbone; PPA = parité de pouvoir d’achat; RNB = revenu national brut; VIH = virus de l’immunodéficience humaine.

Une action concertée est nécessaire pour réduire les obstacles aux échanges commerciaux intérieurs et extérieurs. Il faut en priorité accélérer l’abaissement prévu du tarif extérieur commun pour l’aligner sur celui de l’UEMOA, clarifier les règles d’origine, coordonner les administrations douanières et renforcer les capacités de la Commission de la CEMAC, grâce notamment au reversement en temps voulu des recettes de la taxe communautaire d’intégration.

Tableau 1.1 En AppendiceCEMAC: Principaux indicateurs économiques et financiers, 2005–10
Indicateur200520062007200820092010
(Variation annuelle en pourcentage)
Revenu national et prix
PIB à prix constants5,22,65,94,32,55,0
PIB pétrolier–1,0–0,9–2,7–0,9–6,0–1,4
PIB non pétrolier7,98,112,26,26,86,2
Prix à la consommation (moyenne)12,74,21,15,74,82,5
Prix à la consommation (fin de période)11,92,43,07,13,02,9
Taux de change effectif nominal1–0,9–0,23,13,2–0,1–4,1
Taux de change effectif réel10,21,10,95,13,1–4,2
(Variation annuelle en pourcentage de la masse monétaire au sens large en début de période)
Monnaie et crédit
Avoirs extérieurs nets39,437,235,630,3–13,3–10,6
Avoirs intérieurs nets–29,9–35,5–23,3–12,318,111,5
Masse monétaire au sens large16,819,113,917,86,623,2
(Pourcentage du PIB, sauf indication contraire)
Épargne nationale brute16,118,417,317,910,39,0
Investissement intérieur brut21,722,023,121,227,427,9
Dont: public4,47,17,98,713,612,0
Opérations financières de l'État
Recettes totales, hors dons24,228,327,830,526,025,6
Dépenses des administrations publiques17,018,019,820,827,524,9
Solde budgétaire primaire de base212,314,49,711,71,13,2
Solde budgétaire de base35,99,37,48,8–3,4–1,1
Solde budgétaire global, hors dons9,111,98,09,7–1,70,5
Solde budgétaire global, hors pétrole et hors dons (% du PIB non pétrolier)–11,3–14,0–18,1–23,3–26,2–25,6
Solde budgétaire global, dons compris9,822,18,810,2–0,61,3
Secteur extérieur
Exportations de biens et services hors revenu des facteurs54,357,156,057,746,552,3
Importations de biens et services hors revenu des facteurs34,335,535,035,242,445,7
Balance des biens et services hors revenu des facteurs20,422,721,422,24,66,9
Balance courante, dons compris2,96,35,57,4–6,0–7,2
Dette publique extérieure40,226,525,116,217,112,7
Réserves officielles brutes (fin de période)
En millions de dollars EU5.143,98.888,611.93715.66214.35413.658
En mois d'importations de biens et services3,34,95,26,95,24,4
En pourcentage de la masse monétaire au sens large77,4111,3120,3125,1113,491,9
Pour mémoire:
PIB nominal (en milliards de francs CFA)24.67627.50729.55935.32630.23135.985
Francs CFA pour 1 dollar EU, moyenne527,5522,9479,3447,8472,2495,3
Prix du pétrole (en dollars EU/baril)53,464,371,197,061,879,0
Sources: FMI, base de données des Perspectives de l'économie mondiale; estimations et projections des services du FMI.

En utilisant comme facteur de pondération la part de chaque pays membre dans le PIB de la CEMAC à parité de pouvoir d'achat en dollars EU.

Hors dons, investissements financés sur ressources extérieures et paiements d'intérêts.

Hors dons et investissements financés sur ressources extérieures.

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l'économie mondiale; estimations et projections des services du FMI.

En utilisant comme facteur de pondération la part de chaque pays membre dans le PIB de la CEMAC à parité de pouvoir d'achat en dollars EU.

Hors dons, investissements financés sur ressources extérieures et paiements d'intérêts.

Hors dons et investissements financés sur ressources extérieures.

Bibliographie

    AkitobyBernardin2010Seven Questions on How Institutions Shape Financial MarketsIMF Research Bulletin Vol. 11 No. 3 p. 68.

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    AkitobyBernardinRichardHemming and GerdSchwartz2007Public Investment and Public–Private PartnershipsIMF Economic Issues Vol. 40 (Washington: International Monetary Fund). Banque mondiale, 2008, «Étude diagnostique des infrastructures nationales en Afrique» (Washington).

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1

Le DPHP soutenable repose sur les estimations et les projections des services du FMI. Voir le chapitre 5, pour une analyse du modèle HRP.

3

On peut tirer une conclusion analogue d’autres indicateurs de la compétitivité, comme l’indice de compétitivité globale du Forum économique mondial et le score EPIN (Évaluation des politiques et des institutions nationales) de la Banque mondiale pour le critère de la réglementation des affaires.

4

Voir Akitoby et al. (2007) pour les enseignements tirés d’une étude pilote internationale du FMI.

5

Au sommet de Bangui en 2010, les chefs d’État des pays de la CEMAC ont adopté un programme commun connu sous le nom de «Programme économique régional» dont l’objectif est de faire de la zone de la CEMAC un espace économique émergent intégré d’ici à 2025.

6

Le Programme d’évaluation du secteur financier (PESF), créé en 1999 par le FMI et la Banque mondiale, permet de procéder à une analyse complète et approfondie du secteur financier d’un pays. Les évaluations sont effectuées conjointement par le FMI et la Banque mondiale dans les pays en développement et les pays émergents.

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