Politiques Economiques, Croissance, et Equilibre Exterieur dans les Pays du Maghreb
Chapter

Endettement Exterieur et Croissance dans les Pays du Maghreb

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
June 1988
Share
  • ShareShare
Show Summary Details
Author(s)
Ezzedine Larbi Mongi Safra and Mokhtar Souissi

Introduction

Les problèmes que posent la définition, la mesure et les comparaisons de l’endettement sont considérables. Il n’existe pas d’indicateur unique pour mesurer la dette extérieure ou pour déterminer si un niveau d’endettement donné est excessif ou raisonnable. Toutefois, même si la gravité des problèmes de la dette ne se pose pas de la même manière pour les pays du Maghreb, il semble que cette région soit confrontée à une situation de plus en plus difficile quel que soit l’indicateur utilisé. Ainsi, le poids et les conditions de l’endettement des pays du Maghreb seront étudiés dans une première partie.

Les facteurs ayant conduit à cette situation, relative à l’endettement des pays du Maghreb, sont multiples mais obéissent à la même logique qui a poussé les pays en voie de développement, d’une maniere générale, à s’endetter.

Ainsi, une première série de causes est relative à la demande élevée de crédits extérieurs de la part des pays maghrébins en vue de financer une croissance plus rapide de l’absorption domestique par rapport à leurs productions intérieures respectives, devant surtout bénéficier à l’investissement mais en fait tournée en partie vers la consommation. Cette absorption élevée est d’ailleurs en étroite relation avec la croissance rapide des dépenses publiques. Nous analysons donc dans la deuxième partie la relation entre absorption et endettement, en essayant d’identifier l’affectation de ce dernier entre consommation et investissement tout en mettant en évidence le rôle de l’Etat dans ce processus.

La deuxième série de causes est liée au fait que la croissance de ces pays n’a pas généré suffisamment de ressources en devises (faible rentabilité du capital, investissements ne concernant pas suffisamment les secteurs d’exportation …) leur permettant de rembourser à temps ou de limiter leurs engagements vis-à-vis de l’extérieur. Ces causes étant aggravées par des conditions extérieures souvent défavorables telles que la récession économique dans les pays développés affectant le volume des exportations des pays du Maghreb, la détérioration des termes de l’échange affectant la valeur de leurs exports et imports et finalement la hausse des taux d’intérêt alourdissant les charges de leurs dettes.

La question qui se pose alors, à laquelle tentera de répondre la troisième partie, est de savoir si ces facteurs ont conduit les pays du Maghreb à s’endetter au-delà d’un seuil optimum.

La dette des pays du Maghreb

Pour apprécier le poids de la dette, le plus important n’est pas son montant (absolu ou relatif) mais plutôt la capacité du pays débiteur à honorer les échéances du service de la dette. Il convient donc de comparer les obligations du service de la dette par rapport aux recettes d’exportations de biens et de services. Ainsi, le Maroc affecte l’équivalent de 38 pourcent de ses recettes d’exportation pour payer le service de la dette, alors que la Mauritanie en affecte 10 pourcent seulement. Pour pouvoir se prononcer sur l’adéquation du niveau actuel d’endettement des pays maghrébins et sur la fixation d’une stratégie d’endettement, il est nécessaire d’examiner plusieurs indicateurs. Cette analyse se fera selon deux approches:

  • La première approche consiste à étudier les différents critères les plus couramment utilisés, que nous subdiviserons en deux groupes d’indicateurs. Le premier se référant aux caractéristiques de l’endettement en termes de poids, de structure, de coût et de conditions; le second se référant à l’apport extérieur annuel en termes de flux bruts et nets qui permettraient de combler le déficit extérieur et d’épargne.

  • La deuxième approche consiste à appliquer les techniques d’analyse de données en vue d’utiliser le maximum de ratios et d’observations temporelles (pays, années) simultanément, sans préjuger de l’importance d’indicateurs particuliers.

Cette analyse simultanée de l’ensemble des informations permettra de donner une vision globale du problème de l’endettement dans les pays maghrébins, la première ne permettant qu’une vision partielle, compte tenu de l’indicateur utilisé dans chaque cas.

Etude de l’endettement par les indicateurs

La dette des pays maghrébins s’élève à 27 milliards (M) de $ en 1983 (Tableau 1)1 dont 13 M pour l’Algérie, 9.5 M pour le Maroc suivi par la Tunisie (3.5 M) et la Mauritanie (1.2 M). Cette dette extérieure a été respectivement multipliée par 9, 10, 5 et 20 entre 1972 et 1983. En termes de tendance, on observe cependant que depuis 1980, la dette de l’Algérie diminue (7 pourcent) alors qu’elle ne cesse de croître pour le Maroc et la Mauritanie (10 pourcent et 17 pourcent) à un rythme beaucoup plus élevé que celle de la Tunisie (2 pourcent), avec toutefois un fléchissement pour ces trois derniers pays en 1983.

Notons que toutes les statistiques afférentes à la dette sont tirées du “World Debt Tables,” World Bank. De ce fait leur évaluation (en dollars et au taux de change de fin d’année) est sujette à distorsions étant donné les fluctuations des taux de change des monnaies maghrébines ainsi que la multitude des sources d’emprunt autres que le dollar américain.

Indicateurs du poids de l’endettement

Dans ce premier groupe d’indicateurs, nous nous référerons surtout à deux d’entre eux qui sont couramment utilisés; à savoir “le taux d’endettement”—défini comme étant l’encours de la dette rapporté au PIB—et “le ratio du service de la dette” défini par le service de la dette rapporté aux exportations de biens et services.

Au regard du premier (Tableau 2), la Mauritanie est la plus endettée avec un taux de 171 pourcent en 1983, suivie par le Maroc (70 pourcent), par la Tunisie (42 pourcent) et enfin par l’Algérie (28 pourcent), ce qui place les pays du Maghreb—excepté l’Algérie dont le taux ne cesse de baisser depuis 1979—largement au-dessus du taux d’endettement moyen de l’ensemble des pays emprunteurs (environ 30 pourcent).1

D’ailleurs les pays les plus endettés d’Amérique latine (Mexique-Brésil-Argentine…), qui ont le plus posé le problème actuel de l’endettement, ont toujours eu un taux d’endettement moins élevé que celui des pays du Maghreb jusqu’en 1982. Mais si le taux de ces derniers fléchit en 1983, celui des premiers, continue à augmenter. Par ailleurs il faut noter qu’en termes absolus, la dette des pays d’Amérique latine est sans commune mesure avec celle des pays maghrébins.2

Parallèlement à ce taux d’endettement, il est peut-être judicieux de se référer à un taux d’endettement net3 (Tableau 3). De ce point de vue, le Maroc se trouverait encore plus endetté (74 pourcent au lieu de 70 pourcent en 1983), alors que l’Algérie serait moins endettée (24 pourcent au lieu de 28 pourcent). Pour la Tunisie, ces deux taux sont comparables. Ces écarts entre taux d’endettement brut et net sont dûs à la différence entre pays en matière de réserves disponibles, compte tenu des besoins d’importation évalués à deux mois.

L’accroissement de la dette des pays maghrébins s’est accompagné d’une modification de sa structure dans le sens d’une privatisation croissante, à l’exception de la Mauritanie, liée au rôle accru des institutions financières internationales.1 Ainsi comme l’indique le tableau 4, la part de la dette privée est passée de 1974 à 1983 de 70 à 79 pourcent pour l’Algérie, de 25 à 38 pourcent pour le Maroc, de 18 à 27 pourcent pour la Tunisie. Il y a lieu de noter à ce propos le rôle croissant du marché financier dont la part a été de 56 pourcent pour l’Algérie, 75 pourcent pour le Maroc, et 70 pourcent pour la Tunisie en 1974. En 1983 ces ratios ont atteint respectivement 72 pourcent, 95 pourcent et 79 pourcent.

Le recours au marché financier international a eu un impact sur la croissance des charges, étant donné qu’il s’agit d’emprunts à taux d’intérêt variables s’alignant sur le LIBOR avec une marge généralement supérieure à celle appliquée au pays développés.2 De ce fait, ces taux d’intérêt sur l’ensemble de la dette des pays du Maghreb ont augmenté en moyenne de 2 points (Maroc et Mauritanie) à 3 points (Algérie et Tunisie) (Tableau 5).

Les intérêts payés ont enregistré un taux de croissance plus rapide que celui de la dette et ce, en raison de l’augmentation du taux d’intérêt et du changement de la structure de la dette.

Parallèlement, de 1974 à 1983, les délais du remboursement ont été sensiblement réduits, notamment pour l’Algérie (Tableau 6) puisque la durée moyenne d’emprunt a été réduite de moitié (13 à 7 ans) et du tiers pour la Tunisie et un peu moins pour le Maroc et la Mauritanie. Ceci a eu pour conséquence l’alourdissement des remboursements annuels.

De plus, une diminution sensible de la partie don est observée pour tous les pays du Maghreb (Tableau 7), ainsi qu’une réduction de la période de grâce (Tableau 8).

Ces développements expliquent la nette tendance à la hausse du ratio du service de la dette par rapport aux exports (cf. Tableau 9). Alors qu’en 1974, ce ratio était de 13 pourcent pour l’Algérie et de l’ordre de 7 pourcent pour les 3 autres pays, il est passé en 1983 à 36 pourcent pour l’Algérie, à 38 pourcent pour le Maroc, à 22 pourcent pour la Tunisie et à 10 pourcent pour la Mauritanie.1 Le ratio des trois premiers pays dépasse ainsi le seuil traditionnel de 20 pourcent à partir duquel la capacité d’un pays à rembourser ses dettes se trouve affaiblie.

Il faut cependant noter que depuis 1980 et jusqu’en 1983, la part des intérêts dans le service de la dette a baissé pour les trois pays en question, malgré l’augmentation des taux d’intérêt (Tableau 10); ceci s’explique par l’endettement accru auprès du secteur privé à des conditions plus draconiennes, notamment en matière de délais de remboursement plus courts.

En comparant le classement découlant de ces deux critères, on remarque que le pays le plus endetté par rapport au PIB, la Mauritanie, a le ratio du service de la dette le plus faible, alors que le pays le moins endetté (en pourcentage au PIB), l’Algérie, a un ratio de service de la dette très élevé.

Ceci voudrait dire que l’analyse de l’endettement ne doit pas être faite seulement en termes de poids, mais aussi en termes de conditions d’endettement.

Finalement le poids de la dette ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été contractée constituent à eux seuls une grande partie du problème de l’endettement, mais un autre volet—non moins important—consiste à savoir si ces pays peuvent continuer à s’endetter, honorer les échéances et en dégager un flux net positif (transferts nets) capable de générer un flux futur de devises découlant de l’investissement productif qui en est fait. D’ou l’étude de l’apport extérieur en tant que moyen de refinancement de la dette (Roll-Over approach).2

Indicateurs de “financement extérieur”

Examinons d’abord l’évolution de cet apport en termes nets comme complément à l’épargne intérieure3 en vue de financer l’écart entre absorption et PIB, en nous rétérant aux transferts nets.1 Ainsi, comme le montre le Tableau 11, en dehors de la Mauritanie, les trois pays du Maghreb connaissent depuis 1983 un transfert net négatif c’est-à-dire que ces pays ont remboursé davantage cette année en principal et en intérêts qu’ils n’ont emprunté (avant rééchelonnement pour le cas du Maroc). Il faut noter que cette situation est celle de l’Algérie depuis 1980.

D’ailleurs, le ratio du service de la dette par rapport aux décaissements atteint un niveau élevé en Algérie (143 pourcent), au Maroc (133 pourcent) et en Tunisie (108 pourcent), la Mauritanie ne connaissant pas encore ce problème.

En considérant maintenant que les intérêts de la dette soient payés à partir de l’épargne intérieure, les flux nets2 mesurent alors l’apport en ressources extérieures.3 Ces flux nets deviennent d’ailleurs négatifs pour l’Algérie à partir de 1982, indiquant ainsi une politique de désendettement net, rendu possible par une baisse de ses réserves accumulées auparavant. Pour le Maroc et la Tunisie ces flux nets ont sensiblement baissé tout en restant positifs. En termes relatifs, 73 pourcent des décaissements à la Tunisie et au Maroc sont absorbés par l’amortissement de la dette en 1983, contre 109 pourcent pour l’Algérie (cf. Tableau 12). Cet indicateur, appelé ratio de refinancement, constitue une mesure du degré de refinancement de la dette d’un pays par l’extérieur.

L’augmentation rapide de ce ratio de refinancement entre 1980 et 1983 (doublement), ainsi que les tendances actuelles ont conduit à une situation inquiétante dans la mesure où les pays du Maghreb sont confrontés à deux situations:

  • Soit recourir aux réserves de change (cas de l’Algérie) ou au FMI (cas du Maroc), tout en maintenant le déficit de la balance des paiements, mais ceci n’est pas soutenable à long terme.

  • Soit adopter des mesures d’ajustement draconiennes pour réduire le déficit de la balance courante (mesure envisagée par la Tunisie récemment).

Il est entendu que l’alternative serait une “fuite en avant” tendant à réduire le ratio de refinancement par un endettement accru, comme ce fut le cas pour certaines années précédentes (1982 en Tunisie et au Maroc). Mais quand ce ratio se trouve proche de l’unité, cette solution devient difficilement praticable, compte tenu de l’aggravation du risque-pays. Une dernière possibilité serait le rééchelonnement mais ceci ne serait aussi qu’un report dans le futur de problèmes actuels.

En conclusion de ces différents ratios, il s’avère donc que les pays du Maghreb sont d’un côté largement endettés à des conditions de plus en plus difficiles et d’un autre côté les décaissements servent dans de larges proportions, depuis quelques années, à rembourser la dette contractée.

Par ailleurs, les charges de remboursement prévues sur une période de 8 ans (1984 - 1991)1 atteindraient un montant équivalent à 120 pourcent de l’encours de 1983 pour l’Algérie contre 103 pourcent pour le Maroc et 86 pourcent pour la Tunisie, démontrant ainsi qu’il est essentiel d’assurer un refinancement continu de la dette afin d’éviter des problèmes de trésorerie qui s’aggraveraient davantage si le déficit extérieur n’est pas réduit, notamment par une croissance soutenue des exports, mais peut-être aussi par une compression des importations non nécessaires, suite à un freinage de la demande globale.

En vue d’appuyer ces résultats par le maximum d’informations possibles (ratios, données macro-économiques…), nous ferons appel à l’analyse en composantes principales, qui établit les relations entre ratios et pays selon les années.

Etude de l’endettement par l’analyse en composantes principales

Cette technique permet d’examiner simultanément plusieurs indicateurs en vue d’étudier le problème de l’endettement d’une manière globale.

La méthode suivie repose sur l’analyse des données et plus particulièrement l’analyse en composantes principales qui permet de regrouper les variables en quelques facteurs (nous retiendrons deux facteurs), ce qui permet de voir quelles sont les variables corrélées entre elles et qui jouent donc le même rôle. Par ailleurs, l’analyse permet de projeter les observations sur le même graphique que les variables en vue d’établir la correspondance entre les deux.

On retiendra vingt ratios, dont quatorze sont des indicateurs d’endettement et six décrivant l’activité économique interne.

Les ratios d’endettement retenus sont:

Réserves / Encours, Service de la dette / Décaissements, Service / Encours, Services / Exportations, Encours / Exportations, Encours / PIB, Taux de croissance des encours, Taux de croissance des exportations, Transferts nets / Importations, Décaissements / Importations, Intérêts / Exportations, Taux d’intérêt moyen, Elément don de la dette (en pourcent), Principal / Décaissements.

Les ratios d’activité interne sont:

Investissement / PIB, Consommation publique / PIB, Consommation privée / PIB, Taux de croissance de la masse monétaire, Taux d’inflation, Déficit de la balance courante / PIB.

Du point de vue des observations, nous retiendrons quatre années pour chaque pays (1974, 1978, 1980 et 1983) ce qui nous donne 16 observations. Il est à noter que 1974 est une année relativement bonne, alors que 1983 est la plus mauvaise des quatre pour l’ensemble de ces pays. L’analyse en composantes principales sera d’abord faite sur les ratios d’endettement seulement, ensuite sur l’ensemble des ratios.

Analyse en composantes principales sur les ratios d’endettement

Le graphique ci-dessous montre que l’analyse distingue deux groupes de ratios d’endettement:

  • Le premier facteur oppose des ratios-indicateurs de liquidités (les différents ratios de service de la dette, reserves/encours, croissance des exports) aux ratios-indicateurs de solvabilité (encours, décaissements annuels, conditions de l’endettement). Ce facteur explique 45 pourcent de la variance totale.

  • Le deuxième facteur exprime la situation des paiements extérieurs de ces pays: Ainsi d’un côté (dans le sens positif) nous retrouvons l’année 1974 pour les quatre pays avec comme indicateurs “de bonne santé,” le niveau des réserves par rapport aux encours et le taux de croissance des exportations. D’un autre côté nous retrouvons l’année 1983 pour tous les pays, où les problèmes de paiements extérieurs sont apparus (au Maroc ces problèmes sont également perceptibles en 1980); les variables qui expriment le plus ces problèmes sont le service de la dette par rapport aux exports et par rapport aux décaissements ainsi que les autres variables liées négativement aux exportations (Encours / Exports, Intérêts / Exports). Ce facteur explique 24 pourcent de la variance totale.

Graphique 1:Analyse en composantes principales sur 14 ratios d’endettement et 16 pays (4 pays sur 4 ans)

Les résultats des sorties d’ordinateurs de l’ensemble l’analyse de données sont fournies en Annexe II. La première page de cette annexe fournit les coordonnées du graphique ci-dessus.

Graphique 2:Analyse en composantes principales aux 20 ratios (endettement et variables internes) et 18 observations

CPF et CPV — Consommation privée et publique. INV — Investissement.

M2 — Masse Monétaire 2.

P — Indice général des Prix. BOC — Déficit courant.

Le détail des données de ce graphique est présenté dans l’Annexe II.

L’analyse est ensuite faite en considérant les pays-années comme variables et les ratios comme observations, ce qui permet de regrouper les pays, selon les années, par référence à la situation de leur endettement. Le résultat de cette analyse est fourni dans le Graphique 4. Il montre que le premier facteur oppose 1974 aux autres années, puisque les coordonnées sont beaucoup plus faibles que pour les autres années, ce qui confirme le fait que ces pays ne connaissaient pas de véritables problèmes extérieurs en 1974. Ce facteur explique 73 pourcent de la variance.

Le deuxième facteur oppose, pour les années 80 et 83, d’un côté l’Algérie et, à un degré moindre, la Tunisie au Maroc et encore plus la Mauritanie de l’autre côté, dont la situation extérieure semble plus délicate.

La projection des ratios sur ce graphique confirme le résultat obtenu en première analyse, à savoir le fait que la situation relativement aisée de 1974 s’explique par la croissance des exportations, par le niveau des réserves par rapport aux encours et par le faible service de la dette par rapport aux décaissements. A l’opposé, la mauvaise situation des années 80 pour ces pays, par ordre décroissant: Mauritanie, Maroc, Tunisie et Algérie, selon de deuxième facteur, est liée à un taux d’endettement élevé, à la croissance des encours au niveau des décaissements bruts et nets par rapport aux importations et, à un degré moindre, à l’importance du service de la dette.

En conclusion, l’analyse en composantes principales faite sur les indicateurs d’endettement montre qu’il faut distinguer entre deux types de ratios: le premier type lié au niveau et au poids de l’endettement et le second relatif au financement et au remboursement. Ce résultat confirme la distinction adoptée dans le paragraphe précédent entre les indicateurs étudiés.

Analyse en composantes principales des données d’endettement et des données économiques internes

Nous retrouvons la même opposition, faite par le premier facteur, entre indicateurs de liquidité et indicateur de poids de l’endettement. Quant aux variables internes, l’analyse associe aux critères de liquidité, le déficit de la balance courante par rapport au PIB, alors qu’elle associe aux critères de poids de la dette les propensions à consommer privée et publique. Le premier facteur ne semble pas classer le taux d’investissement et les variables monétaires avec un type particulier de critères (coordonnées presque nulles). Ce résultat est intéressant en ce sens que la consommation aggrave le niveau d’endettement sans aider à résoudre le problème de remboursement et de liquidité, alors que l’investissement pourrait éventuellement le faire. La projection des points observations (pays) sur le graphique ci-dessous montre que ce problème se pose d’une manière aiguë pour la Mauritanie.

Quant au deuxième facteur, il exprime toujours la situation des paiements extérieurs en opposant clairement la situation des années 80 à celle de 1974 et en associant la mauvaise situation de 1980 et 1983 en Mauritanie et au Maroc et de 1983 en Tunisie au niveau de la consommation privée et publique, par rapport au PIB. La situation de l’Algérie durant les années 1980 et 1983 se caractérise surtout par le poids du service de la dette que le programme dégage clairement.

Par ailleurs, si l’analyse est faite sur les pays et non sur les ratios, le programme oppose:

  • Sur le premier axe, l’année 1974, meilleure année compte tenu de l’augmentation des prix des produits primaires, aux autres années.

  • Sur le deuxième axe, l’Algérie et la Tunisie d’un côté, au Maroc et la Mauritanie de l’autre. Il associe à la situation des premiers, la croissance des exportations, bien que la situation de la Tunisie au cours des années 80 se rapproche un peu du second groupe à cause de la consommation privée. Il associe à la situation du second groupe la consommation publique, le déficit de la balance courante et le taux d’inflation et de croissance monétaire. (Ce résultat est présenté dans le Graphique 6.

    Ainsi, la distinction entre indicateurs de financement extérieur et indicateurs de poids de la dette demeure. Toutefois, l’analyse associe au premier type les variables de paiements extérieurs, notamment la croissance des exportations et déficit courant, et au second type les variables de l’absorption et plus particulièrement la consommation qui s’avère un élément déterminant de l’endettement. Cette dernière liaison sera étudiée dans le détail dans la section suivante.

Endettement et absorption

Dans le cadre de leurs plans de développement, les pays du Maghreb se sont fixés des objectifs de croissance, souvent ambitieux, nécessitant des moyens financiers dépassant leurs capacités d’épargne intérieure. Par ailleurs, les objectifs d’amélioration de niveau de vie ont généralement entraîné une croissance rapide des importations de biens de consommation.

Ces deux objectifs, poursuivis simultanément, ont obligé les pays du Maghreb à recourir massivement au financement extérieur décrit précédemment.

A ce niveau, deux questions se posent:

  • Dans quelle mesure le recours à l’extérieur s’explique-t-il par le déficit du secteur public ?

  • Ce financement extérieur a-t-il plus bénéficié à l’investissement ou à la consommation en se substituant en partie à l’épargne nationale ?

Demande privée, demande publique et endettement extérieur

Les données macroéconomiques des pays du Maghreb1 montrent que la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie ont toujours eu un excès de demande par rapport à la production intérieure de 1975 à 1983, toutefois à des degrés différents puisque cet excès est respectivement de l’ordre de 30 pourcent, 12 pourcent et 8 pourcent en moyenne. Cette situation est due en grande partie à la propension élevée de la consommation totale qui est unitaire en Mauritanie, 0,9 pour le Maroc et 0,8 pour la Tunisie en proportion du PIB,2 d’autant plus que cette propension n’a pas baissé alors que le PIB n’a cessé de croître. Remarquons enfin que depuis 1980 le rythme de la consommation s’est même accéléré par rapport au PIB en Tunisie, alors qu’au Maroc une légère décélération est observée. Du point de vue investissement, le taux s’étant maintenu à un niveau de 30 pourcent du PIB en Tunisie et 22 pourcent au Maroc; ceci s’est traduit par un recours plus important aux ressources extérieures.

Pour le cas algérien il y a lieu de distinguer deux périodes. La première va de 1975 à 1979, où l’absorption a dépassé la production de 7 pourcent en moyenne suite à l’effort considérable d’investissement; alors que de 1980 à 1983 il y a eu une tendance à l’équilibrage de ces deux grandeurs. Toutefois, la propension à consommer a été maintenue à 60 pourcent au cours des deux périodes.

Mentionnons que pour l’ensemble des pays maghrébins, la croissance rapide de la demande est autant de nature privée que publique, avec une consommation publique qui augmente à un taux légèrement supérieur au PIB pour la Tunisie et l’Algérie et au même taux au Maroc.3

Ayant mis en évidence l’excès de la demande par rapport à la production, qui a entraîné le recours à l’endettement extérieur, identifions la part du déficit extérieur, due au déficit du secteur public et celle due au secteur privé en nous basant sur la relation suivante:

décomposant ainsi le déficit extérieur en déficit public et en déficit privé (Tableau 16).

Ainsi, pour le Maroc, le déficit extérieur s’explique en totalité par le déficit budgétaire malgré un appoint privé jusqu’en 1981.2 De ce fait, en proportion du PIB, ces deux déficits ont atteint près de 12 pourcent en 1982 avec une tendance à la baisse depuis.

Pour le cas de la Tunisie, le déficit extérieur (de l’ordre de 7 pourcent du PIB depuis 1976 et croissant depuis 1982) s’explique à la fois par un déficit privé et public, avec toutefois une “légère” prédominance du secteur public (57 pourcent). Un point commun entre le Maroc et la Tunisie est donc qu’une des causes intérieures principales de l’aggravation de la dette est imputable aux déficits budgétaires sans cesse croissants auxquels s’ajoute un déficit privé en Tunisie contrairement au Maroc.3 Cette particularité s’expliquerait d’une part par l’encadrement de crédit en Tunisie, orientant l’épargne privée vers le financement du déficit budgétaire et obligeant le privé à un recours accru à l’extérieur, d’autre part par le rythme d’investissement plus élevé.4

Ce déficit extérieur des pays du Maghreb, redevable surtout au secteur public—ayant entraîné un endettement élevé pour financer la consommation et l’investissement—pose le problème de savoir si celui-ci a bénéficié plus à l’un ou à l’autre.

Endettement, investissement et épargne

Les flux de capitaux extérieurs ont-ils contribué à ou au contraire évincé partiellement, l’épargne nationale en finançant en partie la consommation? Face à ce problème deux thèses existent. Pour la première, les capitaux extérieurs constituent un appoint net à l’épargne, la seconde annonce le principe d’éviction de l’épargne intérieure.

Il y a donc lieu d’étudier d’une part le lien entre l’endettement extérieur et l’investissement et d’autre part le lien existant entre l’épargne intérieure et l’endettement.

Endettement et investissement

La relation entre endettement, investissement et croissance a été longuement débattue dans la littérature économique. Les premiers modèles ont supposé que l’endettement est affecté entièrement à l’investissement, mais les études faites depuis ont montré qu’une partie seulement l’a été.1

Pour donner une idée de la corrélation, dans les pays maghrébins, entre dette extérieure et investissement, le tableau 17 illustre l’existence d’un lien positif assez étroit entre ces deux variables pour la Tunisie et l’Algérie, et un lien inverse aussi bien en Mauritanie qu’au Maroc à partir de 1978. En Algérie, l’accroissement rapide du taux d’endettement de 1972 à 1978 s’est accompagné d’une hausse substantielle du taux d’investissement qui est passé de 37 pourcent à 48 pourcent. A partir de 1979, la baisse graduelle du taux d’endettement (de 49 pourcent à 35,5 pourcent en 1981) a entraîné une évolution dans le même sens du taux d’investissement qui a chuté à 34,8 pourcent en 1981. La même remarque est valable pour la Tunisie où le passage d’un taux d’endettement de 30 pourcent en 1972 à 41 pourcent en 1979 a permis au taux d’investissement de passer de 18 à 30 pourcent au cours de la même période. Une stabilisation est constatée à partir de cette date, à l’exception d’une baisse en 1980.

Au Maroc, la hausse continue du taux d’endettement s’est accompagnée d’un taux d’investissement de plus en plus faible à partir de 1979. En 1980, avec le même taux d’endettement, la part de l’investissement dans le PIB a diminué (de 24 à 21 pourcent). En Mauritanie, à partir de 1978 la dette extérieure a dépassé le niveau du PIB alors que par rapport à 1976 le taux d’investissement a baissé de plus de la moitié. Par ailleurs, le recours à l’extérieur a permis aux dépenses de consommation de croître à un rythme supérieur à celui du PIB dans ces deux pays, alors qu’en Tunisie et en Algérie on constate plutôt une relative stabilité de la nart de la consommation dans le PIB.

Dès lors pour déterminer la part de l’apport net de capitaux extérieurs allouée à l’investissement, une analyse économétrique de la relation entre investissement, PIB et flux nets (FNT) a été effectuée pour les quatre pays sur la période 1974-1983.1

Les résultats sont présentés dans le tableau suivant.

CtePIBFNTR2D.W.
Algérie0,360,72
2697(2,6)(5,2)0,992,5
Maroc0,170,44
2242(8,5)(2,3)0,971,6
Mauritanie0,120,59
3229(2,8)(1,6)0,951,9
Tunisie0,320,58
−127(19,4)(1,5)0,992,1
Les chiffres entre parenthèses indiquent les t de Student.
Les chiffres entre parenthèses indiquent les t de Student.

Les résultats obtenus permettent de dire qu’en moyenne sur chaque unité monétaire additionnelle provenant de l’extérieur (à titre de prêts publics ou privés), seulement 0,6 a été alloué à l’investissement, le reste ayant servi à des dépenses de consommation. Toutefois une plus forte proportion (0,72) est à remarquer pour le cas de l’Algérie. Ce résultat confirme l’hypothèse d’Haavelmo selon laquelle les capitaux extérieurs peuvent être en fait des substituts à plutôt qu’un complément de l’épargne nationale.

La répartition de ces flux, selon leur origine privée ou publique dans les différentes équations estimées, montre qu’une part beaucoup plus élevée des capitaux extérieurs privés est affectée à l’investissement.1 La raison peut en être trouvée dans les conditions plus rigoureuses et le suivi plus efficace de ce type de capitaux.

Endettement et épargne

Nous avons vu que les flux de capitaux extérieurs étaient affectés aussi bien à l’investissement qu’à la consommation, mais le supplément de croissance économique enregistré suite au supplément d’investissement ne crée-t-il pas des habitudes de consommation, et peut-être d’importation, de telle manière que l’effort d’épargne nationale soit amoindri? D’ailleurs certaines études empiriques ont montré qu’en moyenne l’épargne domestique est réduite de l’équivalent de la moitié des flux de capitaux extérieurs.2

La possibilité d’existence de cet effet pervers dans les pays du Maghreb a été testée dans les relations suivantes sur la même période, où l’épargne nationale (nette des intérêts de la dette)3 est estimée en fonction du PNB et des transferts nets (NTT).

Ces résultats montrent donc l’existence d’un lien inverse entre les flux nets de capitaux extérieurs et l’épargne nationale, confirmant ainsi l’hypothèse de substitution, puisque l’épargne baisse de 0,7 à 0,5 selon les pays suite à un flux net d’une unité de capitaux extérieurs. Cette substitution paraît plus élevée pour l’Algérie (0,78) que pour le Maroc et la Tunisie (0,5).

ConstanteLog PNBNTTR2D.W.
Algérie−30000029 912−0 780,952,16
(6,23)(−2,52)
Maroc−233203035−0,520,772,76
(2,96)(2,73)
Tunisie−4415647−0,440,971,82
(14,06)(-1,21)
Les chiffres entre parenthèses indiquent les t de Student.
Les chiffres entre parenthèses indiquent les t de Student.

En définitive, l’afflux de capitaux extérieurs, quoique se substituant en partie à l’épargne nationale, a contribué à l’augmentation de l’investissement et donc à la croissance économique; cependant, cette croissance s’est accompagnée d’une croissance rapide de la consommation, aggravant encore plus le recours à l’endettement pour financer le déficit extérieur.

Il s’agit maintenant de savoir si ces pays se sont endettés au-delà d’un seuil optimum d’endettement qui reste à définir.

L’Endettement optimal

Afin de déterminer si les pays du Maghreb se sont surendettés, il faudrait déterminer un endettement optimum et tester s’il a été dépassé. Nous nous proposons de répondre à cette question à l’aide de plusieurs indicateurs bien que la définition d’un tel critère ne soit pas unique et même sujette à controverse.

Par analogie à tout projet d’investissement qui ne doit être entrepris, que si le taux de rentabilité dépasse le coût du capital, l’endettement extérieur d’un pays n’est optimal que si le taux de rendement de ces emprunts dépasse leur coût, à condition que cette rentabilité soit localisée dans les secteurs de biens échangeables permettant de générer directement ou indirectement1 des devises afin de faire face au service de la dette. La difficulté d’estimer empiriquement un tel taux de rendement nous conduit à adopter d’autres critères pour juger du niveau excessif ou non de cet endettement. A cet effet, nous distinguerons trois groupes de critères:

  • Le premier, se référant à des seuils communément utilisés (un taux d’endettement de 30 pourcent et un ratio de service de la dette de 20 pourcent), nous a déjà permis d’avancer, lors de la première partie, que la plupart des pays du Maghreb se sont largement endettés que ce soit par référence au taux d’endettement ou au ratio du service de la dette; mais, étant donné l’absence d’une relation nécessairement positive entre ces deux ratios, il est nécessaire, pour se prononcer, d’analyser d’abord les autres groupes de critères identifiés.

  • Le second groupe se rapporte à des critères dynamiques de refinancement.

  • Le troisième groupe de critères est relatif à la rentabilité des flux de capitaux extérieurs.

A la lumière de ces critères, nous analyserons les déséquilibres économiques qui ont déterminé l’ampleur de l’endettement des pays du Maghreb. Nous aborderons ensuite les perspectives de cet endettement dans le proche avenir.

Critères dynamiques de refinancement

L’idée essentielle consiste à voir si l’endettement passé d’un pays s’est accumulé à tel point qu’il entraîne un service de la dette absorbant l’ensemble, sinon plus,1 des nouveaux recours extérieurs2 l’obligeant à puiser dans ses réserves de change, aggravant ainsi son endettement net.3

En vue de tester cela pour les pays du Maghreb, un premier critère se réfère au ratio service de la dette/décaissements.4 Si on considère qu’un pays est surendetté lorsque ce ratio dépasse l’unité, l’obligeant à ne plus enregistrer de déficit de la balance courante (avant intérêt) sauf s’il puise dans ses réserves de change, alors les pays du Maghreb ont atteint ce seuil en 1983, excepté la Mauritanie.1 Si on considère ce ratio au sens strict, c’est-à-dire principal/décaissements, il s’avère que celui-ci croît rapidement, dépassant l’unité pour l’Algérie et tendant vers 1 pour la Tunisie et le Maroc (73 pourcent en 1983). Ceci montre que les pays du Maghreb sont soit surendettés, soit en voie de l’être, par référence à la stratégie d’endettement, puisqu’une part croissante des décaissements annuels rembourse la dette accumulée ne pouvant donc plus contribuer substantiellement au financement des investissements, objectif initial du recours à l’extérieur.

Ce critère est appuyé par la diminution rapide des réserves de change pour ces trois pays atteignant des seuils critiques pour le Maroc et la Tunisie ultérieurement, montrant ainsi les problèmes de trésorerie liés au surendettement. Celui-ci est d’autant plus grave qu’une partie des décaissements annuels financent la consommation, affectant ainsi la capacité de remboursement future de ces pays.

Par ailleurs, les conditions nouvelles d’endettement, de plus en plus sévères, constituent des facteurs supplémentaires d’aggravation du poids de la dette (privatisation croissante, recours au FMI, taux d’intérêts élevés, délais de remboursement plus courts) et risquent d’entraîner les pays du Maghreb à un surendettement.

Critères de rentabilité du financement extérieur

Initialement, l’endettement a pour but de combler le déficit investissement/épargne, bien que parfois se substituant à celle-ci en vue d’atteindre un taux de croissance objectif du PIB (g). Dans le cadre des modèles à coefficient de capital (k) et taux d’épargne (s) constants, le financement extérieur nécessaire—en pourcentage du PIB—est égal à kg-s. Le taux d’endettement limite est alors égal à kg-s/gi,2 où il représente le taux d’intérêt, qui est constant, impliquant ainsi dans une situation d’endettement optimum que la dette doit croître au même taux que le PIB (ceci sera testé pour les pays du Maghreb). Ceci entraîne que la croissance de la production dans ce cas permet de rembourser le service de la dette, or ceci ne sera pas le cas si cette croissance se localise dans le secteur des biens non échangeables, d’où la nécessité d’introduire le taux de croissance de la production de biens échangeables; mais les difficultés statistiques nous obligent à considérer le taux de croissance des exportations comme critère de surendettement.

Concernant le premier point, le Tableau 19 montre que tous les pays du Maghreb, sauf l’Algérie, se sont endettés à un rythme plus rapide que ne le permet leur croissance interne au cours de la deuxième partie des années 70 (les taux de croissance de la dette étant pratiquement le double de celui du PIB), tablant peut-être sur une croissance soutenue de leurs recettes d’exportation liée à l’augmentation des prix des produits de base.1 Ce surendettement a continué jusqu’en 1983 pour ces pays, à l’exception de l’Algérie dont le taux de croissance de la dette est devenu négatif à partir de 1982. Il est à remarquer que l’écart positif entre les taux de croissance de la dette et du PIB reste plus important pour le Maroc et la Mauritanie, comparé à celui de la Tunisie.

Les résultats de ce modèle montrent, à l’exception de l’Algérie depuis 1982, que les pays du Maghreb sont surendettés par rapport à leur croissance interne.

Les hypothèses de ce modèle nécessitent aussi que le taux de croissance du PIB soit supéerieur au coût de l’emprunt (taux d’intérêt); cette hypothèse est vérifiée pour tous les pays et toutes les années comme le montre le tableau 20, à l’exception d’une ou deux années.2

Ayant comparé le taux de croissance de la dette à celui du PIB pour tester le surendettement, il serait plus judicieux de le comparer à celui des exports afin de tenir compte de la capacité de remboursement.

Le Tableau 21 montre que le taux de croissance de la dette dépasse largement celui des exportations pour le Maroc et la Tunisie à l’exception des années 1979-1980 et la Mauritanie pour les années 1979-1980-1981; la situation s’aggrave depuis 1981 puisque la dette continue à augmenter alors que les recettes d’exportation régressent,1 suite à l’effet conjugué des prix à l’export et de l’appréciation du dollar.

Pour le cas algérien, le taux de croissance de la dette est plus faible que celui des exportations depuis 1979.

Au vu de ces deux critères il apparaît que les pays du Maghreb ont tous connu une période de surendettement durant la deuxième partie des années 70, mais une évolution divergente est remarquée au cours des années 80.

  • Pour l’Algérie, un désendettement par référence à une décroissance plus rapide de la dette par rapport à celle des exports.

  • Pour la Tunisie, quoiqu’à un degré moindre qu’auparavant, le surendettement continue, que ce soit par référence au PIB ou aux exports.

  • Pour le Maroc et la Mauritanie, le surendettement se poursuit au même rythme.

De plus la détérioration des termes de l’échange et la hausse des taux d’intérêt ont aggravé le surendettement. Toutefois, les causes se trouvent plutôt au niveau des déséquilibres internes résultant de l’inadéquation entre objectifs et ressources disponibles.

Surendettement et déséquilibre interne

Ayant comparé l’évolution de l’endettement par rapport à celle du PIB et des exports, il convient maintenant de lier cette évolution à celle d’autres variables internes en vue de mettre en évidence les déséquilibres ayant déterminé le surendettement selon les périodes. A ce titre, nous examinerons si les causes sont plutôt dues au déficit d’épargne qu’à celui de la balance courante, en nous référant d’un côté à la croissance de la demande, en particulier publique, et du déficit budgétaire et de l’autre côté, aux variables associées aux échanges extérieurs tels que l’évolution des imports, des exports et des réserves de change.

Les données observées entre 1974 et 1983 suggèrent de distinguer deux périodes.

  • Durant la première période couvrant la deuxième partie des années 1970, les pays du Maghreb ont connu des taux d’investissement élevés et croissants, des records ayant même été atteints, sans que cela s’accompagne d’une croissance de l’épargne puisque les propensions, publiques et privées, à consommer se situent à un niveau élevé (Tableaux 14 et 15). Parallèlement, la situation extérieure se caractérise par une amélioration du taux de couverture et de la balance courante par rapport au PIB, avec une accumulation de réserves de change.

L’endettement croissant de cette période s’expliquerait donc par le déficit croissant de l’épargne nationale par rapport à l’investissement. En d’autres termes, les causes profondes de l’endettement des années 1970 se trouvent du côté de la demande, notamment publique, puisque la consommation publique a augmenté plus rapidement que le PIB, rejoignant ainsi les explications de Wiesner1 relatives aux causes internes de l’endettement pour les pays d’Amérique latine.

  • Au cours de la deuxième période, constituée par le début des années 80, on remarque un niveau aussi élevé des propensions privées et publiques à consommer, avec un ralentissement du rythme d’investissement, bien que récemment en Tunisie.2 Concernant le secteur public, le rythme des dépenses s’est accéléré au début des années 80 malgré le ralentissement observé de la croissance économique de ces pays. De ce point de vue, les dépenses publiques ont augmenté de 44 pourcent au Maroc et de 61 pourcent en Tunisie de 1980 à 1982, avec une croissance nominale respective du PIB de 27 pourcent et 34 pourcent.3 Cette évolution a entraîné une aggravation du déficit budgétaire dont le niveau dépasse 10 pourcent du PIB au Maroc à partir de 1981 et 5 pourcent du PIB en Tunisie à partir de 1982.

Par ailleurs, il y a lieu de noter une détérioration de la situation extérieure de ces pays puisque les importations n’ont cessé de croître, à un rythme moyen plus élevé que le PIB au Maroc et en Tunisie.1 Toutefois, cette croissance se faisait par paliers, où les “sauts” correspondent aux années d’aisance dues à l’augmentation des prix des produits de base. Quant aux exports, ils ont subi un ralentissement—et même une baisse en dollars—s’expliquant à la fois par les quantités et les prix pour le cas de l’Algérie et de la Tunisie, alors que pour le Maroc c’est plutôt l’effet prix.2

Cette évolution défavorable de la situation extérieure s’est accompagnée d’une baisse des réserves pour l’ensemble des pays depuis 1981 atteignant des seuils critiques pour le Maroc et la Tunisie.

L’évolution de tous ces agrégats depuis 1981 indique que l’endettement des pays du Maghreb s’explique par les tensions que connaissent leurs paiement extérieurs, le rythme de leurs importations dépassant largement celui de leurs ressources en devises.

A la lumière des développements précédents, on peut dire que les pays du Maghreb, à un degré moindre l’Algérie, se sont surendettés ou tendent à le devenir, que ce soit par référence à la part des décaissements annuels absorbés par le service de la dette, à la croissance du PIB ou à celle des exports. De plus, ce surendettement s’explique notamment par les causes internes d’excès de la demande3 jusqu’à la fin des années 70, auxquelles s’ajoutent, depuis le début des années 80, des problèmes de paiements extérieurs suite au fléchissement des recettes d’exportation et au poids des charges financières. La combinaison de ces deux causes a amené ces pays à adopter des mesures de compression de la demande interne à partir de 1983. Ces mesures ont abouti d’une part à une légère baisse de l’absorption domestique par rapport au PIB en 1983, pour tous les pays du Maghreb (pour le Maroc cette baisse est remarquable), due surtout à un taux d’investissement plus faible,1 d’autre part, un effort de compression des importations est observé puisque la propension à importer a baissé de trois points pour chacun de ces pays,2 cet effort de compression des importations, touchant en partie les biens intermédiaires, risque toutefois d’affecter la croissance économique de ces pays.

Perspectives de l’endettement maghrébin

Comment entrevoir ainsi le proche avenir des pays maghrébins du point de vue de l’endettement?

Il est clair que la plupart de ces pays sont conscients du sérieux de la situation actuelle, comme en témoigne aussi bien le discours officiel que les mesures adoptées dans le cadre des derniers budgets économiques. En effet, l’action porte surtout au niveau de la compression de la demande globale, essentiellement par le gel des salaires et par un contrôle plus sévère des importations, que ce soit par des mesures quantitatives (quotas) ou qualitatives (droits de douane) que par une politique de taux de change adéquate et enfin par des coupes budgétaires. Si ces mesures ont quelques effets à très court terme, notamment pour pallier le manque de réserves de change, elles peuvent néanmoins avoir, à terme, des effets pervers non négligeables.

Tout d’abord les restrictions aux imports affectent nécessairement les matières premières, produits semi-finis et biens d’équipement vitaux pour le fonctionnement de l’industrie nationale étant donné les choix technologiques adoptés. Dans des économies où le problème du chômage reste posé, ces mesures ne feront que l’aggraver encore plus et leurs répercussions sur le rythme de la croissance ne tarderont pas. Dans ce contexte de crise et d’austérité, les anticipations des entrepreneurs privés n’étant pas optimistes, une partie des projets d’investissements—qu’ils soient nouveaux, d’extension ou de remplacement—risquent d’être reportés ou même annulés.

Ensuite, les restrictions budgétaires affecteront surtout les dépenses d’équipement, étant donné que les dépenses courantes sont faiblement compressibles. Ainsi l’ajustement se fera aussi par le biais de l’investissement public.

Enfin, les tensions inflationnistes sont ravivées, à moins d’une politique de prix restrictive, et risquent, entres autres, de réduire encore plus la compétitivité des produits exportés par ces pays, étant donné que les ajustements des taux de change sont généralement insuffisants pour compenser les différentiels d’inflation avec les principaux partenaires commerciaux, notamment ceux d’Europe.

En définitive, le fait que les mesures d’ajustement affectent la consommation et l’investissement public, surtout celui qui n’est justifié ni économiquement ni socialement, est opportun. Ceci n’est pas le cas concernant les restrictions à l’import car les effets négatifs peuvent largement contrebalancer les effets positifs. Mais même si ces restrictions sont abolies, les perspectives d’évolution de l’économie mondiale—et notamment des pays développés—ne sont pas pour encourager les pays en voie de développement endettés et plus particulièrement les pays maghrébins.

En effet, la récente baisse du dollar, si elle allège provisoirement le fardeau de la dette extérieure—en termes de monnaie locale pour les entreprises—n’est pas de nature à encourager les exportateurs qui sont déjà confrontés à un protectionnisme grandissant de la part des principaux partenaires commerciaux, aggravé par l’élargissement de la C.E.E., à un moment où nos pays ressentent un manque “alarmant” de réserves de change. Ajouté à cela, la tendance à la baisse des prix des produits de base qui affecte négativement tous les pays maghrébins, vu leur importance dans la balance commerciale de ces pays. Plus particulièrement, la chute du prix du pétrole aura des effets fortement néfastes sur l’Algérie et surtout la Tunisie dont les ressources pétrolières s’épuisent rapidement et qui deviendra importateur net à l’horizon 1990.

Dans de telles circonstances, pour que les pays maghrébins puissent trouver une solution à leurs problèmes d’endettement, l’action doit porter à court et à long terme.

A court terme et pour qu’ils puissent reconstituer rapidement leurs réserves de change, les recettes d’exportation devraient être augmentées par une politique de change plus réaliste en coordination avec les principaux partenaires commerciaux, dont une baisse de leurs barrières douanières ne peut qu’être bénéfique. Les importations autres que celles de biens de luxe, devraient être libéralisées et financées à crédit quitte à ce que la dette extérieure augmente à court terme. Ainsi les créanciers devraient-ils maintenir un minimum de crédits à des conditions plus souples. Mais de ce point de vue le secteur public devrait assurer ce financement car, le plan Baker risque d’être compromis au vu de la chute des cours du pétrole et donc des excédents pétroliers et par la même la capacité de financement des banques commerciales. Par ailleurs, les réticences des pays développés à l’augmentation des ressources du FMI et de la Banque Mondiale devraient être levées afin qu’ils puissent augmenter, quantitativement et qualitativement, leurs concours.

A long terme les efforts de correction des déséquilibres structurels permettant notamment aux pays maghrébins de soutenir leur croissance, de raffermir les secteurs d’exportation et de respecter leurs engagements extérieurs doivent être poursuivis. Pour cela la contribution des principaux partenaires commerciaux et financiers, C.E.E. et U.S.A., serait aussi déterminante et avantageuse pour les deux parties. A cette fin, une restructuration radicale de la dette extérieure permettrait un répit aux pays du Maghreb, nécessaire pour la mise en oeuvre de réformes en matière de politique monétaire, budgétaire, de change et de commerce extérieur. De telles réformes visant à assainir le tissu industriel et commercial exigent néanmoins d’importants moyens financiers, hors de portée de la plupart des pays maghrébins. Aussi les formes de financement, que sont l’investissement direct et surtout l’aide publique, qui ont fortement diminué à partir des années 70, devraient connaître un nouvel essor.

Dans ce contexte on pourrait se demander pourquoi les pays développés n’approuveraient-ils pas d’une façon générale un programme d’aide aux pays en voie de développement endettés, du type “Plan Marshall.” En effet, une similitude frappante existe entre les problèmes actuels des pays en développement et les problèmes des pays européens au lendemain de la seconde guerre mondiale. En effet, l’Europe devait importer pour la reconstruction de l’appareil de production et de l’infrastructure, mais aussi pour l’alimentation, les biens de consommation et l’énergie. De plus, les pays européens devraient aussi rembourser la dette “de guerre.” A cela s’oppose le fait que les pays européens avaient des difficultés pour l’acquisition des devises par l’exportation à cause de la destruction de l’appareil de production, du retard technologique accumulé par rapport aux Etats-Unis et d’une productivité défaillante. Ainsi a-t-on tenté de remédier au manque de devises par des emprunts à long terme et c’est à la suite de l’échec de ces tentatives que le Plan Marshall vit le jour.1 Cette aide était essentiellement sous forme de dons.

Actuellement, s’il était demandé aux pays de l’O.C.D.E. d’apporter une aide similaire, celle-ci totaliserait un montant voisinant les 400 milliards de dollars, représentant ainsi un peu moins de la moitié de la dette extérieure de tous les pays en développement.

Cet effort d’aide publique2 est indispensable pour créer les conditions, à terme, d’un développement des investissements privés.

Tout cela montre, même sans que les proportions d’aide soient aussi volumineuses, que les politiques d’ajustement si contraignantes soient-elles, n’ont de chance de réussir que si elles sont accompagnées par des mesures d’allégement de la dette car faut-il souligner que l’intérêt même des pays développés est de trouver une solution adéquate susceptible de soulager ce fardeau et de permettre aux P.V.D. de rétablir leur capacité de remboursement et de les aider à sortir progressivement de la crise de l’endettement et, pourquoi pas, du sous-développement.

Conclusion

Les pays du Maghreb ont largement eu recours à l’endettement, jusqu’à connaître des situations de surendettement.

En effet, les taux d’endettement enregistrés par ces pays ont même dépassé les taux observés pour les pays les plus endettés d’Amérique latine. Parallèlement, la dette extérieure de ces pays est de plus en plus d’origine privée (excepté la Mauritanie), accompagnée de conditions plus sévères dans la mesure où la durée moyenne de remboursement se raccourcit, entraînant ainsi un accroissement sensible de la part de l’amortissement dans le service de la dette. De plus, l’endettement—dont l’objectif initial était de financer l’investissement suite à la déficience de l’épargne intérieure—en finançant une partie appréciable de la consommation (40 pourcent en moyenne) n’a pas permis de générer suffisamment de ressources, à tel point qu’une part sans cesse croissante des nouveaux recours sert de plus en plus à rembourser la lette cumulée. Cette tendance risque de s’accentuer dans l’avenir et rendrait plus difficile le remboursement de la dette. Par ailleurs, le rythme de croissance de la dette des pays du Maghreb, à une exception près, a été en moyenne supérieure à celui du PIB et même à celui des exportations.

Ce surendettement semble s’expliquer au cours des années 70 par un déficit d’épargne eu égard à l’accumulation de réserves de change et à l’augmentation plus rapide de l’absorption domestique par rapport au PIB, alors qu’au cours des années 80, c’est plutôt la contrainte extérieure qui en est la cause, étant donné la précarité de la situation des balances de paiements et le niveau des avoirs en réserves de change.

Plusieurs indicateurs se dégagent donc et devraient constituer des “clignotants,” voire même un tableau de bord, du suivi de l’évolution de la situation de l’endettement tant à long terme (taux d’endettement en relation avec le taux d’investissement, taux de croissance de la dette en relation avec celui du PIB) qu’à court terme (ratio du service de la dette, taux de croissance des exports, ratio de refinancement).

Faut-il rappeler que l’augmentation rapide du ratio de refinancement pour les pays du Maghreb témoigne d’une situation préoccupante pour l’avenir de l’investissement et donc de la croissance de ce seul point de vue.

Ainsi, il paraît de plus en plus nécessaire que les pays du Maghreb s’ajustent à la nouvelle conjoncture économique internationale limitant leurs ressources nettes en devises, conséquence de l’évolution des termes de l’échange et de la croissance du service de la dette. Ces ajustements devraient tendre à corriger leurs déséquilibres internes par des réformes graduelles du fonctionnement de l’économie en vue d’une meilleure utilisation du potentiel productif capable de générer des ressources en devises pour résoudre les problèmes de paiements extérieurs.

Toutefois, si ces ajustements, d’ordre structurel, nécessitent une action de long terme à tous les niveaux de l’activité économique, une action de court terme peut être entreprise à deux niveaux.

En premier lieu, elle pourrait s’effectuer au niveau des exportations. En effet, pour pouvoir rembourser la dette, ces pays doivent être capables non seulement d’accroître leur production mais surtout leurs exportations. A cette fin les efforts doivent être concernés sur l’amélioration de la compétitivité par l’adoption de taux de change adéquats, par une action sur les coûts de production, par une moindre protection effective des entreprises nationales et par d’autres actions ponctuelles stimulant les exportateurs, telles que la création de sociétés d’exportation et de formules d’assurance-exports. … Il est entendu que ces efforts doivent s’accompagner d’une diversification des exportations et des marchés afin d’atténuer les effets du protectionnisme des marchés traditionnels européens.

En second lieu, une gestion saine de la dette extérieure, impliquant une combinaison judicieuse entre emprunts publics et privés, ainsi qu’un choix adéquat de monnaies d’endettement et de conditions favorables, est de nature à alléger le fardeau des pays maghrébins. Sans cela, le risque de défaut de paiement deviendrait grave, pouvant ainsi aboutir au rééchelonnement.

En outre, un climat économique international favorable et une plus grande stabilité monétaire en termes de taux de change et de taux d’intérêt faciliteraient sensiblement la recherche de solutions aux difficiles problèmes de l’endettement que rencontrent ces pays.

Annexe I: Tableaux statistiques

Sources principales:

World Debt Tables — 1984-85 Edition, World Bank.

International Financial Statistics — 1985, International Monetary Fund.

Tableau 1.Dette extérieure(En millions de $)
19741976197819791980198119821983
Algérie33055934134271612716334153591389712915
Maroc12202337514462047109798390549445
Mauritanie16839359363173184810291171
Tunisie9231185245730243229328234723427
Tableau 2.Taux d’endettement(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie25,836,153,552,941,437,633,128,0
Maroc15,423,437,738,139,053,060,270,4
Mauritanie49,084,8122,2116,5117,6117,7145,7171,4
Tunisie26,426,641,241,837,038,942,242,4
Tableau 3.Taux d’endettement net(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie14,327,845,637,827,527,025,124,2
Maroc14,125,738,438,640,757,163,474,2
Mauritanie28,574,9106,595,996,5
Tunisie20,225,039,740,036,539,942,141,8
Tableau 4.Structure de la dette(En millions de $)
AlgérieMarocMauritanieTunisie
197419781983197419781983197419781983197419781983
1.Encours33051342712916122051449445169593117192324573427
2.Source
officielle10021715277592124765894144412104675815782519
Multi.1019137518757713253099315134328653
Bilat.992152423997341899456914431373262412501866
3.Source
privée230311712101412992668355225181125165880908
Cr. Fourn.101237182860743241868817255139192
Marché
financier12917994728122523443364177053102736716
Tableau 5.Taux d’intérêt moyen(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie6,78,18,79,88,38,48,99,9
Maroc5,27,67,08,28,28,410,17,4
Mauritanie1,54,35,14,33,42,52,95,6
Tunisie5,35,57,37,26,78,27,78,5
Tableau 6.Durée moyenne des emprunts(En années)
19741976197819791980198119821983
Algérie13,411,09,510,410,47,78,06,7
Maroc16,611,913,215,713,79,511,015,9
Mauritanie27,317,616,120,019,321,326,016,1
Tunisie20,316,313,415,517,315,317,712,4
Tableau 7.Partie don de la dette(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie17,18,14,70,36,04,53,5
Maroc30,112,917,713,013,88,64,818,2
Mauritanie67,536,935,537,943,350,549,826,8
Tunisie35,539,734,328,128,918,520,015,7
Tableau 8.Délai de grâce moyen(En années)
19741976197819791980198119821983
Algérie3,73,53,44,03,11,51,70,6
Maroc5,03,84,64,94,44,13,44,7
Mauritanie10,64,16,25,36,15,66,94,2
Tunisie5,04,84,04,45,03,64,14,8
Tableau 9.Ratio du service de la dette(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie13,514,022,127,626,525,329,636,3
Maroc6,59,425,329,536,541,145,338,2
Mauritanie6,838,016,933,211,115,911,810,0
Tunisie7,27,412,912,114,415,717,022,3
Tableau 10.Intérêts/service de la dette(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie3044404436343224
Maroc3141465151504445
Mauritanie2910342343336060
Tunisie3337465150404032
Tableau 11.Transferts nets(En millions de $)
19741976197819791980198119821983
Algérie80123835621485−681−1125−2022−1496
Maroc133567637605422468772−280
Mauritanie4610710226104133182158
Tunisie5314736532212788135−43
Tableau 12.Principal/décaissements(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie62,121,517,736,477,493,1129,2108,7
Maroc35,013,324,927,635,836,435,772,6
Mauritanie16,637,312,554,312,718,713,17,1
Tunisie41,624,919,924,038,551,546,672,6
Tableau 13.Absorption domestique/PIB(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie97,6106,8115,0101,495,796,098,097,7
Maroc97,5117,9112,3111,6110,1112,8113,1108,1
Mauritanie111,0138,4134,5131,6132,2
Tunisie96,6107,9109,6105,0105,4108,4110,3108,8
Tableau 14.Consommation privée et publique/PIB(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie52,360,462,459,156,759,161,060,0
Maroc78,889,886,687,187,591,389,987,5
Mauritanie84,588,3104,3102,6100,1
Tunisie76,677,979,175,476,476,178,579,3
Tableau 15.Consommation publique/PIB(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie12,813,814,313,613,813,814,714,9
Maroc12,022,420,821,320,321,821,319,8
Mauritanie30,834,537,634,228,0
Tunisie13,015,216,316,114,514,816,316,5
Tableau 16.Décomposition du solde courant en déficit public et déficit privé(En millions d’unité monétaire domestique)
Algérie (dinar)Maroc (dirham)Mauritanie (ouguiya)Tunisie (dinar)
BOCDEF BGDEF PVEBOCDEF BGDEF PVEBOCDEF BCDEF PVEBOCDEF BGDEF PVE
1974+736+2034−1298+987−1348+2335+2144+21−15+36
1976−3689−6173−7217+1044−3667−2321−1346−175−62−113
1978−14031−5507−5773+266−3877−871−3006−198−101−97
1979−6284−5930−6039+109−5319−1464−3655−125−139+14
1980+955−5585−7184+1599−6166−183−99−64
1981+367−9511−10654+1143−7138−224−105−119
1982−840−11293−10934−359−13584−448−248−200
1983−412−6321−1418−470
BOC: Balance couranteDEF BG: Déficit budgétaireDEF PVE: Déficit du secteur privéSource: Etabli à partir d’International Financial Statistics, I.M.F. 1985
BOC: Balance couranteDEF BG: Déficit budgétaireDEF PVE: Déficit du secteur privéSource: Etabli à partir d’International Financial Statistics, I.M.F. 1985
Tableau 17.Dette et investissement(En pourcentage du PIB)
AlgérieMarocMauritanieTunisie
D/YI/YD/YI/YD/YI/YD/YI/Y
197425,845,315,418,749,026,626,423,0
197636,146,423,428,184,850,126,630,0
197853,552,637,725,7122,230,141,230,5
197952,942,338,124,5116,529,041,829,5
198041,439,039,022,6117,632,037,029,0
198137,636,953,021,5117,738,932,3
198233,137,060,223,3145,742,231,8
198328,037,770,420,6171,442,429,5
Tableau 18.Service de la dette/décaissements(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie89,938,429,465,3121,5141,8190,4143,3
Maroc50,522,246,256,973,873,063,3133,3
Mauritanie23,341,620,371,722,428,918,018,9
Tunisie63,240,437,049,577,285,378,2107,7
Tableau 19.Taux de croissance du PIB (g) et de la dette (d)(En pourcentage)
AlgérieMarocMauritanieTunisie
gdgdgdgd
197451,018,934,830,030,161,130,017,9
197621,639,712,745,519,2118,310,223,6
197827,054,410,817,02,330,513,129,5
197923,516,712,512,811,65,818,220,2
198026,70,813,115,714,115,919,46,3
198117,75,79,347,522,018,524,0
19828,8−3,717,432,030,015,726,5
198311,1−3,05,023,120,514,613,4
Tableau 20.Taux d’intérêt réel (r) et taux de croissance du PIB réel (g’)
AlgérieMarocMauritanieTunisie
rg’rg’rg’rg’
1974−6,446,2−7,917,3−11,618,0−7,826,0
1976−0,212,7−0,74,1−4,04,9−2,84,9
1978+1,59,9−0,21,1−2,1−4,8+0,17,9
1979+0,712,1−0,94,2−4,82,4−1,910,4
1980−3,517,2−3,63,7−8,43,4−5,19,4
1981−1,53,1−1,5−3,2−7,4−1,79,6
1982+1,52,1+2,76,9−4,5+0,32,0
1983+4,86,6+2,3−1,2+0,5+3,45,7
Tableau 21.Taux de croissance de la dette (d) et des exports (e) (évalués en $)(En pourcentage)
AlgérieMarocMauritanieTunisie
dededede
197412,6113,622,237,358,546,813,950,3
197632,55,033,4−32,8109,06,816,0−9,6
197861,40,026,4−11,928,9−4,733,410,5
197920,150,120,625,26,437,523,056,0
19801,343,414,620,615,835,66,814,9
1981−6,13,912,3−5,716,025,61,610,1
1982−9,5−4,513,4−4,521,3−0,55,8−13,3
1983−7,0−5,34,3−0,413,89,2−1,3−5,9
Tableau 22.Importations/PIB(En pourcentage)
19741976197819791980198119821983
Algérie40,640,140,432,830,531,029,026,0
Maroc27,337,329,229,028,934,933,730,9
Mauritanie69,278,564,263,361,5
Tunisie35,537,240,543,746,049,847,144,0
Annexe II: Graphique de l’analyse en composantes principales

Graphique 3: Analyse sur les ratios d’endettement comme variables et les pays-années comme observations.

Graphique 4: Analyse sur les pays comme variables et les atios d’endettement comme observations.

Graphique 5: Analyse sur les ratios d’endettement et les ratios internes comme variables et les pays comme observations.

Graphique 6: Analyse sur les pays comme variables et les ratios d’endettement et internes comme observations.

Remarque

Le programme de calcul définit chaque variable par deux lettres: la première variable est dénommée AA, la deuxième AB etc. … Dans le cas où les variables sont les ratios, l’ordre de lecture de ces ratios est celui dans la page 304 du texte.

Par ailleurs, le programme définit les observations par numéros: la première observation O1, la deuxième O2 etc… Dans le cas où les observations sont les pays: le premier pays est l’Algérie 1974, 1978, 1982, 1983 (de 01 à 04); les autres sont le Maroc (05 à 08), la Mauritanie (09 à 12) et la Tunisie (13 à 16).

Analyse en composantes principales faites sur 14 variables (14 ratios d’endettement) et 16 observations (4 pays sur 4 années)

Variance expliquée

Facteur 1:44,4159423 pourcent
Facteur 2:23,9341321 pourcent
66,35 pourcent

Coordonnées des points-variables et des points-observations

12
AA.275.785
AB.914−.321
AC.81−.208
AD.436−.824
AE−.528−.81
AF−.59−.259
AG−.783.218
AH.242.768
AI−.984.027
AJ−.723−.47
AK−.167−.582
AL−.401−.374
AM−.798.281
AN.921−.238
01.682.779
02−1.217−.58
03.809−.085
041.224−.573
05.165.616
06−.198−.262
07.156−.448
08.468−.737
09−.585.84
10−.86−.28
11−.62.147
12−.799−.164
13.248.657
14−.333.171
15.253.128
16.601−.22

Graphique 3:

Analyse en compossantes principales faite sur 15 variables (4 pays sur 4 années) et 13 observations (13 ratios d’endettement)

Variance expliquée

Facteur 1:73,0469149 pourcent
Facteur 2:14,7798498 pourcent
87,82 pourcent

Coordonnées des points-variables et des points-observations

12
AA.47−.776
AB.875.41
AC.847−.46
AD.786−.419
AE.784−.512
AF.937.303
AG.966.141
AH.972.1
AI.607−1E-03
AJ.905.414
AK.909.331
AL.874.403
AM.811−.515
AN.953.262
AO.963−.157
AP.912−.154
01−.033−.45
02.806−.921
03−.467−6E-03
04−.38.11
052.632.431
06.309.274
07−.329.233
08−.204−.57
09−.594.347
10−.279.175
11−.67.193
12−.636.167
13−.1626E-03

Graphique 4:

Analyse en composantes principales faite sur 20 variables (14 ratios d’endettement et 6 ratios économiques internes) et 16 observations (4 pays sur 4 années)

Variance expliquée

Facteur 1:35,9835067 pourcent
Facteur 2:23,0380533 pourcent
59,02 pourcent

Coordonnées des points-variables et des points-observations

12
AA.425−.724
AB.881.251
AC.835−.037
AD.355.436
AE−.661.638
AF−.684.475
AG−.668−.669
AH.352−.49
AI−.953−.228
AJ−.703−.124
AK−.098−.296
AL−.301−.473
AM−.697−.645
AN−.021−.381
AO−.718.315
AP−.554.574
AQ−.023−.76
AR−.214−.573
AS.517−.458
AT.905.16
01.781−.455
02.851.971
03.778−.102
041.065.241
05.198−.394
06−.235.227
07.039.351
08.263.645
09−.354−.958
10−.941.518
11−.715.264
12−.771.565
13.311−.224
14−.233−.047
15.218.023
16.431.307
*Le ratio principal/décaissements a été déplacé et figure en fin de liste (dénommé AT).
*Le ratio principal/décaissements a été déplacé et figure en fin de liste (dénommé AT).

Graphique 5:

Analyse en composantes principales faite sur 16 variables (4 pays sur 4 années) et 20 observations (14 ratios d’endettement et 6 ratios économiques internes).

Variance expliquée

Facteur 1:71,8923123 pourcent
Facteur 2:14,8127991 pourcent
86,7 pourcent

Coordonnées des points-variables et des points-observations

12
AA.515−.687
AB.867.403
AC.829−.491
AD.679−.542
AE.756−.434
AF.937.296
AG.965.131
AH.961.075
AI.596.137
AJ.893.44
AK.904.365
AL.864.43
AM.817−.454
AN.954.249
AO.96−.187
AP.901−.262
01.816−.392
02.952−1.038
03−.451−.04
04−.347.076
053.092.642
06.441.36
07−.295.327
08−.168−.5
09−.584.387
10−.234.201
11−.674.171
12−.638.148
13−.118.097
14−.016−.06
15−.333.175
16.782−.216
17−.233.037
18−.563.144
19−.914.142
20.28−.672
*Même remarque que la page 341 (le numéro 20 représente principal/déc.)
*Même remarque que la page 341 (le numéro 20 représente principal/déc.)

Graphique 6:

Bibliographie

    Other Resources Citing This Publication