Politiques Economiques, Croissance, et Equilibre Exterieur dans les Pays du Maghreb
Chapter

Commentaire sur L’expose de Sadok Bahroun

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
June 1988
Share
  • ShareShare
Show Summary Details
Author(s)
Christian François

L’exposé de M. Bahroun donne une vue d’ensemble fort complète sur les missions nombreuses confiées aux nouvelles banques de développement tunisiennes ainsi que sur les difficultés qu’elles rencontrent dans l’exécution de leur mission. Il a présenté également une évaluation des besoins de financement extérieurs du prochain plan de développement et du rôle qui est attendu des banques de développement dans la mobilisation des ressources extérieures. L’analyse de M. Bahroun est très franche mais elle nous laisse un peu perplexe quand elle conclut qu’il est encore trop tôt pour évaluer l’action de ces banques et que de nombreuses questions sont encore à résoudre, en particulier en ce qui concerne la mobilisation des ressources. A titre de commentaire à son exposé, je souhaiterais poser deux questions à M. Bahroun: la première se rapporte au rôle des nouvelles banques de développement, la seconde concerne la mobilisation des ressources extérieures.

Les nouvelles banques de développement ont été chargées, dit-il, de “médiatiser” l’intervention de l’Etat dans des projets bancables dans les secteurs de l’économie jugés non stratégiques. Elles ont été créées, si je comprends bien, pour faciliter le désengagement financier de l’Etat du secteur productif. Il serait intéressant que M. Bahroun puisse élaborer davantage cette idée ainsi que les intentions des autorités tunisiennes sur ce point. Les nouvelles banques sont-elles simplement une extension spécialisée de l’Etat ou sont-elles des organismes financiers indépendants dans leur politique de prêt et de participation? Les projets de financement sont-ils suscités par l’Etat, les banques ou des promoteurs? En quoi se distinguent-elles des banques classiques? Il serait utile également de voir de manière plus précise en quoi les nouvelles banques de développement se distinguent — à part dans la composition de leur capital — des institutions analogues qui existent en Tunisie, au Maroc (Banque Nationale de Développement Economique (B.N.D.E.), Caisse Nationale de Crédit Agricole (C.N.C.A.)) et en Algérie (Banque Algérienne de Développement (B.A.D.).

J’en viens à mon deuxième point concernant les ressources financières. M. Bahroun rappelle que la Tunisie a enregistré au cours de VIe Plan une détérioration de la structure des financements extérieurs de sa balance des paiements, la part des participations et investissements directs (la Tunisie est le seul des 4 pays du Maghreb à en bénéficier) ayant diminué alors que la part des financements par emprunt à moyen terme a augmenté. Selon ses indications, les participations et les investissements directs continueront à diminuer en valeur relative dans le prochain plan. Cela implique-t-il que les banques de développement ne pourront plus attirer des capitaux extérieurs d’origine arabe ou autre dans l’avenir et qu’elles devront se convertir en banques classiques ou en holdings financières empruntant sur le marché intérieur et international?

M. Bahroun énumère les principales difficultés qui entravent le développement des investissements directs, les plus importantes étant, selon lui, la question de la garantie éventuelle du taux de change et le contrôle des changes. Il est maintenant de plus en plus reconnu en Amérique latine comme en Afrique et en Asie que, en fin de compte, les investissements extérieurs directs —outre les apports technologiques qu’ils peuvent entraîner — fournissent une alternative économique préférable à l’endettement extérieur. Ces apports directs comportent une véritable association aux risques de l’entreprise et aux aléas de la conjoncture et par conséquent n’entraînent pas une ponction obligatoire sur les ressources nationales. Il me paraît dès lors assez important que les pays qui ont atteint la limite en matière d’endettement extérieur commercial explorent plus activement les possibilités d’accroissement du volume des investissements extérieurs directs. Les nouvelles banques de développement tunisiennes ne pourraient-elles pas être beaucoup plus actives à cet égard? Quant aux difficultés de change qui entravent actuellement des investissements, ne devraient-elles trouver une solution dans le cadre global des politiques macro-économiques que les pays devraient mettre en place à la fois pour réduire les déséquilibres extérieurs existants et rétablir des conditions plus propices à la croissance des exportations et des activités de substitution à l’importation?

Enfin, et c’est un sujet de reflexion, ne serait-il pas possible d’envisager dans les pays du Maghreb — en particulier en Tunisie et au Maroc — la conversion d’une partie de la dette extérieure en participation au capital de sociétés tunisiennes ou marocaines à l’instar de ce qui commence à se faire dans quelques pays. En effet, dans au moins sept pays largement endettés à l’extérieur (l’Argentine, le Brésil, le Mexique, le Chili, les Philippines, la Turquie et la Zambie), les autorités ont mis en place récemment des dispositions légales variées pour encourager ces conversions. Il y a dans cette direction, je crois, des formules pour atténuer le poids de l’endettement extérieur.

    Other Resources Citing This Publication