Politiques Economiques, Croissance, et Equilibre Exterieur dans les Pays du Maghreb
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Commentaire sur L’expose de M. Asfour

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
June 1988
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Author(s)
Mourad Goumini

Observations générales

Les économies du Maghreb sont dans une phase cruciale de l’histoire de développement. En effet, les trois pays sont confrontés pratiquement aux mêmes problèmes, dus à la crise économique mondiale qui les frappe directement (diminution des recettes d’exportation, endettement important, ralentissement de la croissance).

Si l’Algérie a réussi à mener une politique de développement dans une relative stabilité politique et dans un climat social relativement sans nuage, il n’en est pas de même pour le Maroc et la Tunisie qui ont dû chacun faire face à une tension multidimensionnelle périodique, ce qui n’est pas fait pour améliorer la croissance économique. En outre, une période assez longue et assez catastrophique de sécheresse a contraint les trois pays à un effort considérable au niveau des ressources.

Les trois pays ont mené une politique soutenue d’investissement, axant leur effort sur la valorisation d’une ressource naturelie génératrice d’encaisses monétaires internationales. Cette politique a été mise en oeuvre avec plus ou moins de bonheur, mais a buté contre deux éléments de taille: la croissance démographique au niveau interne et la structure des prix à l’exportation au niveau externe.

Engagés dans une bataille de développement tous azimuts, les trois pays ont négocié différemment l’allocation des ressources dans les secteurs primaire, secondaire et tertiaire. Cependant, quel que soit le secteur prioritaire retenu, seuls les aspects quantitatifs de croissance économique ont été retenus comme critères décisionnels.

Il fallait réunir, dans un premier temps, les conditions fondamentales (humaines et matérielles) à la réalisation de programmes d’investissements capables d’amorcer le processus de développement économique et social et de répondre par là même, à une demande interne en pleine expansion, dans un laps de temps très court du fait des contraintes internes et externes évoquées plus haut.

Enfin, la part d’investissement engloutie par la ressource naturelle sur laquelle reposait la stratégie de développement, s’alourdissait au fur et à mesure de sa valorisation; si bien qu’une confusion des concepts de développement (élément de dynamique horizontal) et de croissance (élément de dynamique vertical) s’opérait sans qu’elle ne soit totalement maîtrisée.

Observations particulières

Durant deux décennies de développement, l’Algérie a mis en place des structures physiques et humaines capables de maîtriser l’acte d’investissement, négligeant cependant la gestion et la valorisation des investissements ainsi créés. Il s’agit donc pour elle, actuellement, de réajuster son effort sur la gestion optimale de ce patrimoine. Cet effort ne peut se faire qu’en ralentissant le rythme d’investissement (en étalant les périodes de maturation des projets) et en sélectionnant les investissements productifs d’intégration économique.

Une politique de concurrence interne et externe n’a de sens que dans la mesure où elle peut contribuer à l’amélioration de la productivité du travail. Or dans l’état actuel de la situation de la concurrence internationale, les pays en développement n’ont aucune chance de se placer sur le marché international à cause de la fragilité de leurs économies naissantes. Seuls certains domaines risquent de leur être attribués dans le cadre de la division internationale du travail, comme les industries polluantes ou de haute toxicité.

Aussi toute ouverture à la concurrence doit faire l’objet d’une extrême prudence.

Le choix technologique (ou l’arbitrage entre capital et travail) doit prendre en charge à la fois les problèmes de l’emploi (diminuer le chômage) et les défis technologiques de l’an 2000.

La dépendance alimentaire doit être une préoccupation majeure. En effet, l’autosuffisance de chaque pays doit être un objectif stratégique à moyen terme, sans perdre de vue les efforts à fournir en matière d’exportations de produits agricoles face, notamment, à la Communauté Economique Européenne (C.E.E.) dont les tendances sont de plus en plus protectionnistes.

Dans le domaine industriel, une substitution à l’importation peut à terme influer positivement sur la balance des paiements. Elle doit trouver son expression dans la petite et moyenne industrie (P.M.E./P.M.I.) beaucoup plus facilement gérable et surtout plus capable de prendre en charge les signes du marché.

A terme ce tissu industriel autour des grandes pôles pourrait promouvoir une politique d’exportation qui devrait intégrer en plus des produits manufacturés des capacités d’expertises et d’ingénierie.

La manipulation de leviers économiques tels que le taux de change ou les taux d’intérêt (créditeurs et débiteurs) devrait répondre à la logique économique de chacun des pays, ancrée dans leur environnement institutionnel spécifique. Toute généralisation doctrinale aboutirait à une situation duale et complexe, mettant en jeu les réalités socio-économiques réelles et la théorie abstraite de référence. Cette greffe artificielle a abouti dans le passé récent à des phénomènes violents de rejet.

Les réajustements nécessaires que les trois pays de la région doivent mettre en oeuvre tiendront compte obligatoirement du seuil de tolérance de leur formation sociale afin de ne pas remettre en question le consensus social existant. La priorité devra être accordée en tout état de cause aux investissements productifs directs et indirects. Mais les investissements de valorisation des potentiels existants sont évidemment à maintenir.

Les arbitrages qui devront se faire se situent au niveau des investissements additionnels qui feront l’objet d’un étalement sélectif dans le temps.

La liaison organique des salaires et de la productivité sera conduite en même temps qu’une politique de libéralisation des prix. Cependant la réduction progressive des subventions devra être menée de pair avec une augmentation du pouvoir d’achat des couches les plus défavorisées.

Conclusions

En matière de stratégie d’investissement et de croissance économique, toutes les politiques assises sur un corps doctrinal, semblent exclues. Le pragmatisme économique devrait être de rigueur. Ceci d’autant plus que les pays en développement ne maîtrisent pas les variables économiques exogènes qui déterminent durablement leur économie.

Il serait tout à fait vain de croire que tel ou tel modèle serait la solution idéale aux problèmes qui nous concernent. Un certain nombre de pays à travers le monde, désignés comme modèle en la matière, ont montré voire démontré les limites de leur système.

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