Politiques Economiques, Croissance, et Equilibre Exterieur dans les Pays du Maghreb
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Commentaire sur L’expose D’edmond Asfour

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
June 1988
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Author(s)
Ezzedine Larbi

Après avoir passé en revue les stratégies connues du développement économique, Monsieur Asfour, qui omet toutefois le cas de la Mauritanie, dégage 4 volets essentiels caractérisant les stratégies d’investissement des pays du Maghreb.

1. En premier lieu les pays du Maghreb ont réalisé un effort considérable d’investissement que reflètent des taux d’investissement élevés (35 pourcent en moyenne atteignant même 52 pourcent l’Algérie en 1978). Cette politique d’investissement intensif recouvre une fausse croyance communément admise selon laquelle une croissance maximale est obtenue simplement par un investissement maximal. Monsieur Asfour, tout en insistant sur le rôle de l’Etat en tant que promoteur principal de la croissance dans les pays du Maghreb, aurait pu faire apparaître, d’une part l’importance du volume d’investissement public dans l’investissement total (qui a toujours été en moyenne de moitié au moins en Tunisie et au Maroc et beaucoup plus en Algérie) et, d’autre part les différents mécanismes de financement prioritaire de l’investissement public que ce soit en termes de recours direct du Trésor public à l’Institut d’émission (Maroc et Algérie) ou indirect par le réescompte automatique de créances nées sur le secteur public (Algérie) ou encore par l’imposition aux banques de ratios d’emplois en effets publics (Tunisie).

2. En second lieu l’auteur relève que les stratégies d’investissement des pays du Maghreb, qui se sont averées capitalistiques, ont abouti à une croissance économique relativement élevée et à un endettement extérieur excessif. L’auteur aurait pu conclure que cette croissance enregistrée s’est averée fort coûteuse.

En effet, la raison essentielle se trouve du côté du manque initial des ressources, mais aussi et surtout du côté des enveloppes d’investissement démesurées qu’ont voulu réaliser les pays du Maghreb en un laps de temps relativement court. De plus, il faut remarquer que cette stratégie d’investissement des pays du Maghreb a été initiée, dans une certaine mesure, par les recettes d’exportation d’une ou de deux ressources naturelles (pétrole et phosphates dont le cours n’est pas maîtrisé par nos pays, d’où la vulnérabilité de nos stratégies d’investissement et même de croissance. A ce niveau, nous rejoignons l’idée de Monsieur Asfour pour dire qu’il ne s’agit plus de maximiser la production (de pétrole ou de phosphate) et de planifier l’investissement sur cette base, mais au contraire de moduler les exportations selon le rythme des besoins de financement qui doivent être maintenus à des niveaux réalistes.

Par ailleurs l’auteur relève que dans le cadre de leurs stratégies d’investissement, les pays maghrébins ont tours recouru aux ressources extérieures d’endettement. A ce propos, Monsieur Asfour semble avoir négligé les sources de financement extérieur autres que celles de l’endettement que ces pays ont stimulé par l’instauration de “codes des investissements.” Ainsi l’expérience des pays maghrébins en la matière montre que si ces sources de financement ont été négligeables pour le Maroc (en moyenne 5 pourcent de 1977 à 1983 des flux nets de capitaux extérieurs de long terme) et ponctuelles pour l’Algérie (35 pourcent en 1980), elles ont été par contre fortement significatives en Tunisie puisqu’elles ont représenté en moyenne 37 pourcent des capitaux extérieurs sur toute cette période. Il faut remarquer, à ce propos, la contribution assez importante des banques de développement, surtout depuis le début des années 80.

Part des investissements directs et de portefeuille dans les flux nets de capitaux extérieurs(En pourcentage)
Pays/Années197719801984
Maroc366
Algérie935
Tunisie195338

3. En troisième lieu l’auteur remarque à juste titre que la stratégie d’investissement s’est avérée peu créatrice d’emploi ou à forte intensité capitalistique. Mais au vu de l’augmentation du coefficient de capital, Monsieur Asfour conclut à la diminution de la rentabilité des investissements. Or, à notre avis, comme l’infrastructure économique et sociale était à édifier et que beaucoup reste à faire comme le reconnaît l’auteur, la rentabilité globale des investissements interprêtée de cette façon n’a qu’une portée limitée et peu significative. En effet, l’appréciation de la rentabilité devrait d’une part esclure la partie des investissements allouée à l’infrastructure et, d’autre part prendre en considération l’évolution de l’affectation sectorielle des investissements.

4. Le quatrième et dernier volet est relatif à l’allocation sectorielle des investissements qui n’a pas toujours été efficiente. Ceci est lié aux distorsions introduites par différents mécanismes d’incitation (taux d’intérêt réels négatifs, prix administrés, barrières douanières, taux de change inadéquats). Le cas le plus frappant est celui de l’agriculture, qui dans tous les pays du Maghreb, a été le secteur délaissé par cette stratégie d’investissement comme en témoigne l’évolution de la part décroissante ou constante des investissements qui lui est allouée.

Part des investissements en agriculture(En pourcentage)
Pays/Années197519781982
Algérie7,734
Tunisie11,712,713

Pour améliorer l’affectation sectorielle des ressources d’investissement, l’auteur préconise le désengagement de l’Etat et l’élimination de ces distorsions par l’abolition progressive des différents mécanismes d’incitation. Mais d’un autre côté l’auteur suggère implicitement un interventionnisme public accru afin de “consacrer, diriger, faire en sorte …” (à moins que l’auteur ait à l’esprit le cas algérien).

En conclusion, une question importante est évoquée concernant la difficulté de la mise en oeuvre de la nouvelle stratégie d’investissement proposée par l’auteur compte tenu des nouvelles contraintes extérieures en terme de service de la dette et de la chute des prix du pétrole et des phosphates. Il évoque entre autres les pertes considérables qu’auraient à subir plusieurs groupes de consommateurs et de producteurs. Mais comment quantifier ces coûts afin de les comparer aux avantages, qui restent à évaluer, que procurerait à moyen et long terme la mise en oeuvre de cette nouvelle stratégie d’investissement?

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