Politiques Economiques, Croissance, et Equilibre Exterieur dans les Pays du Maghreb
Chapter

Strategies D’investissement et Croissance Economique dans les Pays du Maghreb

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
June 1988
Share
  • ShareShare
Show Summary Details
Author(s)
Edmond Asfour

Introduction

Dans le cadre général de ce symposium intitulé “Politiques économiques, croissance et équilibre extérieur dans les pays du Maghreb,” ce document se concentre sur les stratégies d’investissement et le rôle qu’elles jouent dans la croissance économique. La question de savoir quelle est la stratégie optimale de développement soulève une vive controverse depuis toujours et demeure encore aujourd’hui un sujet de polémique, bien que dans un climat plus tempéré. Pour ma part, j’éviterai dans toute la mesure du possible ce genre de controverse en m’étendant plutôt sur les types d’investissements qui ont été les plus propices à la croissance économique, en laissant de côté l’énumération des stratégies suivies et la question de savoir laquelle est ou sera la plus appropriée. Aussi, malgré l’importance primordiale de l’aspect de la distribution des revenus dans le processus de développement économique et social, ce document se limite à la discussion du rôle que jouent les investissements et la stratégie d’investissement dans la croissance de la production.

Il existe un consensus parmi les économistes — ce qui est rare, et par conséquent assez remarquable — sur l’idée que les investissements et la formation de capital sont nécessaires à la croissance économique et que, (toutes choses égales par ailleurs) des investissements plus importants sont nécessaires à une croissance accrue de l’économie. Vu leur tendance à simplifier et à généraliser, certains économistes out même été enclins à supposer que les investissements constituaient également une condition de croissance suffisante. Les fonctions de production, telle que la fonction Harrod-Domar sur lesquelles des modèles macroéconomiques ont été élaborés font de la croissance du PIB essentiellement une fonction de formation de capital et de croissance de la main-d’oeuvre, ce qui implique que les coefficients d’intensité de capital et de travail resteront stables dans le cas de chaque pays. Ce point de vue semble avoir généralement été accepté après la deuxième guerre mondiale dans les pays en voie de développement, lesquels, se tournant vers les pays industrialisés, se sont aperçus qu’ils possédaient un capital social important, un rapport capital-travail élevé, et dans la plupart des cas, un taux d’investissement élevé. La formation de capital n’est pas seulement nécessaire à la création d’emploi, à l’amélioration de la productivité du travail et de l’ensemble de la production, mais permet aussi un niveau d’épargne plus important, d’où une formation de capital supplémentaire et ainsi de suite en un cercle vertueux de croissance économique. Par conséquent, la première préoccupation pratique de toute politique de développement a souvent consisté à trouver des ressources (épargne intérieure et apport de capitaux extérieurs nets) permettant de financer un niveau accru d’investissements.

Stratégies d’investissement

Au cours des années cinquante et soixante, cette doctrine a été vivement avancée et appliquée en accordant plus ou moins d’importance aux caractéristiques et à la qualité de l’investissement, à son lien avec d’autres activités et d’autres secteurs, et à sa place au sein d’une stratégie globale d’investissement et de croissance économique. L’investissement, plus particulièrement en matière d’équipement et de matériel moderne, était pratiquement consideré comme une bonne chose en soi, à réaliser dans la mesure des possibilités de financement. Dans la plupart des pays en voie de développement, nouvellement indépendants, l’aide étrangère était sollicitée ou offerte pour un grand nombre de raisons, la viabilité économique et l’aspect prioritaire de l’investissement étant rarement considérés comme des facteurs décisifs. Ni la qualité de l’investissement ni la qualité de la main-d’oeuvre n’étaient complètement négligées mais on ne leur accordait pas non plus une importance démesurée. Les structures sociales et institutionnelles et les attitudes à l’égard du travail et de la réussite n’étaient guère considérées comme des facteurs affectant la croissance économique (peut-être par crainte qu’une faible croissance soit interpretée comme le résultat de structures institutionnelles et sociales sous-développées et d’une mentalité négative). La découverte de ressources naturelles exploitables a sans doute été considérée plus importante par les pays en voie de développement que par les pays industrialisés mais semble toutefois avoir été attribuée plus à la chance qu’à une innovation technologique. Les technologies plus productives étaient supposées être incorporées dans le capital fixe et la meilleure façon de les transférer au pays en voie de développement était par l’intermédiaire des importations de biens d’équipement. Les innovations technologiques — c’est-à-dire de nouvelles méthodes pour produire un plus grand nombre ou une gamme plus diversifiée de produits en utilisant différemment la même quantité de ressources ou de facteurs de production — étaient considérées comme une sorte de “package” possédé par les pays industrialisés qui étaient très peu enclins à le partager avec les pays en voie de développement si ce n’est à un prix exorbitant afin de conserver leur suprématie économique. On n’accordait alors guère d’importance au fait que les développements technologiques ou les améliorations institutionnelles pouvaient être une source d’économie de capitaux, ni au fait que la substitution du travail par le capital ne constituait pas toujours une solution économique.

Depuis les années cinquante et soixante, les personnes s’intéressant au développement — économistes, hommes d’affaires, banquiers, administrations et hommes politiques — ont beaucoup appris au sujet des différents obstacles au développement et de la complexité des mesures destinées à lever ces obstacles, même au niveau technique, sans parler de leurs répercussions institutionnelles, politiques et sociales. Le rôle de la formation de capital dans la croissance économique (on hésite à parler plus généralement de développement économique et social)1 est toujours consideré comme prépondérant, mais il a toutefois diminué face à toute une série de facteurs dont on reconnaît aujourd’hui l’importance: la stabilité politique; un esprit d’entreprise dynamique et innovateur; une administration efficace mais non autoritaire une ouverture sur le monde extérieur; des mécanismes flexibles et facilement adaptables aux conditions changeantes de l’environnement économique (qu’il s’agisse du mécanisme des prix du marché ou de la planification et des prix administrés); les attitudes positives encourageant le travail, l’épargne, la réussite et l’excellence; une main-d’oeuvre formée et spécialisée et un niveau d’éducation de qualité pour les étudiants. Si toutes ces conditions étaient réalisées, non seulement les investissements augmenteraient, mais la stratégie d’investissement choisie se révélerait probablement la plus appropriée pour le pays en question à un moment donné, et les investissements seraient les plus productifs dans ce sens qu’ils auraient le taux de rentabilité économique le plus élevé possible. Je reviendrai plus tard à ce concept-clé de “taux de rentabilité économique”.

Si un pays parvient à soulever tous les obstacles politiques, institutionnels et humains entravant un processus de croissance, tout en possédant par ailleurs toutes les incitations culturelles et les bases techniques pour développer son économie, il est quasiment évident d’affirmer que ce pays se développera aussi rapidement que possible, compte tenu de ses contraintes géographiques, de ses ressources naturelles et de la taille de sa population. C’est effectivement sûr dans un sens, mais cela ne simplifie pas le fait d’expliquer comment le mécanisme de croissance pourrait évoluer au sein de cet environnement favorable. Il n’est pas non plus aisé de déterminer ou de s’accorder sur quelle combinaison de politiques ou quelle phase de leur mise en oeuvre serait la plus appropriée à un moment donné. Jusqu’à présent, aucune formule n’a été trouvée qui soit unanimement considérée comme étant la panacée de tout développement ou de toute croissance économique, universellement applicable en toute circonstance. Au fil des ans, toute une série de stratégies d’investissement ont été avancées par des économistes et il en existe probablement pour chaque pays autant de versions différentes que de partis politiques ou de groupes sociaux.

Une grande partie des discussions sur les stratégies de développement se concentrent principalement sur les priorités d’investissement. Tandis qu’une école pragmatique accordait la priorité à une infrastructure économique de base (c’est-à-dire sur le transport, l’irrigation, l’éducation, etc.) qui créerait l’environnement nécessaire aux investissements directement productifs, d’autres économistes insistaient davantage sur l’importance de la création d’industries de base produisant des biens d’équipements et des biens intermédiaires, ce qui permettrait le développement ultérieur d’une capacité de production plus importante, bien que cette situation puisse causer des pénuries et retarder un niveau plus élevé de la consommation. D’autres préféraient encore ce que l’on peut appeler une “croissance équilibrée” où l’on assiste au développement simultané de tous les secteurs, créant simultanément une demande de la part de chaque secteur pour les produits des autres secteurs et produisant en mêmes temps des économies externes; ce point de vue, compte tenu de l’indivisibilité et de l’économie d’échelle de plusieurs investissements, devait se baser sur la nécessité d’une “forte poussée” (big push) c’est-à-dire sur un niveau élevé d’investissements, simultanément dans tous les secteurs et par conséquent sur un taux d’épargne et d’emprunts élevé, accompagné d’une phase d’austérité au cours d’une période initiale.

Une autre tendance était favorable à une situation contraire, à savoir une croissance non équilibrée où la priorité est accordée aux investissements dans le domaine des technologies de pointe, contribuant fortement à rehausser le niveau de qualification professionnelle des travailleurs, à introduire une discipline du travail et donc à établir un rythme de production plus poussé, ce qui favorise (à travers des effets d’entraînement en aval et en amont) le progrès des autres activités économiques. Enfin, ces dernières années, la croissance économique induite par les exportations est devenue populaire en tant que modèle de développement.

Stratégies d’investissement et croissance économique dans les pays du Maghreb

Lorsqu’on considère la stratégie d’investissement suivie dans trois pays du Maghreb — l’Algérie, le Maroc et la Tunisie — au cours de ces vingt dernières années, il semble que le Maroc et la Tunisie aient en général suivi une stratégie traditionnelle de croissance équilibrée basée sur le développement de l’infrastructure et la substitution à l’importation, dans laquelle s’insèrent des périodes d’investissement accru dans l’un ou l’autre secteur, comme l’irrigation, ou l’exportation des produits phosphatiers et textiles. En revanche, l’Algérie a opté pour un développement intensif des industries de base et de l’éducation, suivi ces dernières années par une réorientation vers d’autres secteurs: le logement, l’agriculture et l’infrastructure. Dans les trois pays un taux d’investissement élevé a été maintenu depuis le début des années soixante-dix, accompagné d’une diminution de la productivité moyenne des investissements et de l’accumulation d’une dette extérieure considérable. Cette situation est exposée dans les résumés ci-après sur les politiques de développement adoptées par chacun des trois pays, ainsi que dans les tableaux figurant en annexe.

Une caractéristique institutionnelle commune aux trois pays — et plus particulièrement dans le cas de l’Algérie — est le rôle prépondérant du secteur public. Une sorte “d’étatisme” a été établi à l’époque de l’indépendance et ce phénomène semble s’être intensifié et étendu. Cette évolution est relativement difficile à expliquer. A part le fait que l’Etat ait dû se charger des avoirs nationalisés, son contrôle a pu être renforcé parce qu’au moment de l’indépendance, un nombre relativement limité de personnes avait l’expérience institutionnelle et technique nécessaire pour prendre la responsibilité de l’administration. L’Etat s’est efforcé par la suite de perpétuer et d’étendre son contrôle, en l’absence d’un secteur privé très dynamique. Dans le domaine des investissements, ce phénomène est reflété par la part prépondérante de l’investissement public par rapport à l’ensemble des investissements et par le grand nombre d’entreprises publiques dirigeant les mines, les grandes industries, les banques, les systèmes de transport de l’électricité et d’adduction d’eau, les exploitations agricoles et même les hôtels. Le processus de décision d’investir dans le secteur privé est également fortement contrôlé par l’intermédiaire des subventions d’investissement et du contrôle considérable à l’égard du système d’incitations, y compris les prix, le taux de change, les taux d’intérêts, les importations et les systèmes de licence.

L’Algérie1

Les objectifs économiques à long terme, établis par la Charte nationale de 1976 et réaffirmés par le cinquième congrès du Parti FLN en décembre 1983 et la Charte de 1986, peuvent être résumés de la facon suivante: a) élargissement et organisation de la base productive de l’économie nationale afin d’atteindre le plus rapidement possible un rythme de croissance soutenu et suffisant pour assurer le plein emploi; b) achèvement de l’indépendance économique, ce qui implique que le pays doit compter d’abord sur ses propres moyens pour assurer son développement, tout en augmentant et en diversifiant ses relations économiques internationales; et c) satisfaction des besoins essentiels et amélioration du cadre de vie du citoyen.

L’évolution de l’économie algérienne au cours des années 70 a été caractérisée par une croissance extrêmement rapide des investissements, une forte expansion des activités dans l’industrie et la construction et, par conséquent, un taux considérable de création d’emplois. Ainsi, le taux de formation brute de capital fixe avait culminé à près de 50 pourcent du PIB en 1978, comparé à 30 pourcent à la fin de la décennie précédente et le taux de croissance réelle du PIB (hors agriculture et hydrocarbures) avait été en moyenne de 9,6 pourcent par an pendant la période 1970-79. Cependant, le processus de développement industriel accéléré, axé sur une stratégie d’investissement à forte intensité en capital, avait engendré des contraintes sur les ressources humaines et financières, ainsi que des déséquilibres intersectoriels croissants. Les tensions au niveau des ressources financières se sont traduites par un élargissement du déficit du compte courant de la balance des paiements qui a atteint 3,5 milliards de dollars (14 pourcent du PIB) en 1978. A la veille du premier Plan quinquennal, en 1979, le service de la dette extérieure absorbait déjà plus d’un quart des recettes d’exportations.

Le Plan 1980-84 marque un changement prononcé de l’orientation de la vie économique en Algérie. Un des objectifs fondamentaux du Plan était d’assurer, essentiellement par la production nationale, la couverture satisfaisante des besoins fondamentaux du citoyen et de la Nation. Le programme d’investissement devait être réorienté vers les secteurs sociaux — en particulier la construction de logement — et vers l’amélioration des infrastructures économiques. La croissance des secteurs de l’industrie lourde et des hydrocarbures devait aussi être modérée au profit des secteurs des industries légères et des services de distribution. En outre, ce programme comprenait également une série d’investissements complémentaires destinés à améliorer l’utilisation des capacités de production déjà installées (investissements de valorisation du potentiel existant), et accordait la priorité à l’achèvement des projets en cours de réalisation. La décentralisation des activités économiques, amorcée en 1977, était à poursuivre et des réformes structurelles importantes devaient être mises en application dans le but d’améliorer l’efficacité du système.

Le Plan quinquennal 1985-89 a établi comme premier objectif à moyen terme la réalisation d’une croissance économique équilibrée reposant sur une croissance annuelle moyenne de la production intérieure brute, hors hydrocarbures, de plus de 7,5 pourcent en termes réels, compatible avec 7,3 pourcent pour l’investissement. Un second objectif concerne le rétablissement des équilibres sectoriels par un développement accru de l’agriculture et de l’hydraulique, ainsi que des industries de transformation qui répondent aux besoins de consommation prioritaires de produits finis ou de produits intermédiaires. Un troisième objectif est le développement plus intensif des infrastructures économiques et sociales. La répartition sectorielle du programme d’investissement a été modifiée en faveur de l’agriculture, de l’hydraulique et des infrastructures. Un quatrième objectif est l’amélioration de la productivité des entreprises et la réduction des coûts de fonctionnement et d’investissement.

Pour atteindre les objectifs à moyen terme du Plan quinquennal, la loi de décembre 1984 donne les lignes directrices des principales politiques économiques à appliquer. La décentralisation de la gestion des entreprises et des administrations publiques sera poursuivie. Des normes de gestion spécifiques à chaque secteur seront définies, afin de pouvoir mieux mesurer la performance des entreprises. L’exécution des plans annuels de production et d’investissement sera mieux contrôlée. L’exportation de produits manufacturés sera encouragée. La mobilisation de l’épargne intérieure sera accrue. Le système fiscal sera simplifié. Les prix seront réglementés à des degrés différents en fonction de leur impact sur les coûts de production et le pouvoir d’achat des consommateurs. Mais leurs niveaux devront aussi refléter les conditions de performance de l’économie et de l’industrie, y compris une meilleure utilisation des facteurs de production. Les incitations salariales à une meilleure productivité du travail seront considérées comme prioritaires dans l’établissement de la politique des revenus. Dans le cadre du développement régional, la politique de décentralisation administrative, l’équipement des wilayas et la promotion des petites et moyennes entreprises devait permettre une meilleure répartition de l’activité économique sur l’ensemble du territoire. Enfin, le Plan devait s’appuyer sur une réorientation fondamentale de la stratégie d’exploitation des ressources en hydrocarbures. Ainsi, il ne s’agissait plus désormais d’en maximiser la production et de planifier l’investissement sur cette base, mais au contraire de conserver les ressources, de moduler les exportations selon le rythme des besoins de financement, tout en maintenant le recours à l’emprunt extérieur à un niveau modéré.

Etant donné que les hydrocarbures constituent la quasi-totalité des exportations, l’économie algérienne est profondément influencée par l’évolution des marchés mondiaux dans ce secteur. Suite à la hausse des prix pétroliers en 1979-80, les recettes d’exportation se sont stabilisées à un niveau moyen d’environ 13 milliards de dollars au cours de la période 1980-84. La politique de diversification des exportations pétrolières en faveur de produits raffinés, condensats et gaz naturel, ainsi que des renégociations avantageuses de contrats de livraison de gaz avec plusieurs pays européens, ont fortement contribué à atténuer les effets de l’affaiblissement de la demande mondiale sur les recettes d’exportation algériennes. Cependant, la stagnation de celles-ci et l’ampleur des échéances liées à l’endettement extérieur durant la seconde moitié des années 70 ont imposé une stabilisation des dépenses d’importation et la décélération de l’investissement, le taux de formation de capital fixe s’étant stabilisé autour de 37 pourcent du PIB en 1980-84.

La croissance du PIB est estimée à 5,2 pourcent par an en moyenne pour la période de ce plan, comparée à un taux annuel moyen de 6,9 pourcent durant la décennie 1970-79. Alors que la contribution du secteur des hydrocarbures a été négative en raison de l’évolution défavorable de la demande mondiale, la croissance moyenne du PIB hors hydrocarbures est restée relativement élevée (7,7 pourcent par an). Le produit national par habitant atteint 2.380 dollars en 1984.

Dans les secteurs de l’industrie et de la construction, les taux de croissance moyens ont été de 10,0 et 7,6 pourcent respectivement, assez proches des taux prévus par le Plan. L’accroissement de l’utilisation des capacités de production dans l’industrie manufacturière et l’introduction de rémunérations supplémentaires liées aux performances de productivité du salarié en 1981 ont contribué à la croissance de l’industrie. Malgré la période de sécheresse de 1980-81 et les aléas correspondants de la production céréalière, qui ont entraîné des niveaux élevés d’importations, la performance du secteur agricole a été, dans l’ensemble, assez proche de celle qui était envisagée dans le Plan. La production de fruits et légumes s’est accélérée à la suite des mesures de libéralisation de la commercialisation et des prix en 1981 et 1982. Il en a été de même pour la production de la viande blanche après que des facilités de financement d’équipement eurent été accordées aux investisseurs privés.

Grâce au ralentissement marqué des dépenses d’investissement, les apports des crédits nets extérieurs ont pu diminuer de façon très appréciable. Ainsi, la dette extérieure mobilisée fut réduite d’un niveau de 16,3 milliards de dollars en 1980 à 12,7 milliards en 1984. Cependant, suite à une augmentation sensible des charges d’amortissement de la dette contractée antérieurement et à la stagnation des recettes d’exportation, le niveau relatif du service de la dette a augmenté, passant de 24,5 pourcent des exportations en 1981 à 36 pourcent en 1984. L’effort d’épargne intérieure est demeuré considérable. Depuis 1980 l’épargne intérieure, équivalente à 39 pourcent du PIB en moyenne pour la période du Plan 1980-84, a en effet dépassé l’ensemble des dépenses d’investissement. Le secteur des hydrocarbures a contribué à la moitié de cette épargne.

Sur le plan institutionnel, des réformes importantes ont été amorcées au cours des dernières années, conformément aux objectifs du Plan 1980-84. Celles-ci comprennent: la restructuration et la décentralisation des entreprises étatiques et du secteur socialiste de l’agriculture; la promotion de l’activité privée dans l’agriculture et les petites et moyennes industries par des mesures sélectives au niveau du crédit et de la fiscalité; un premier pas vers la libéralisation des prix et de la commercialisation des produits agricoles; la mise en application d’incitations financières à la productivité de la main-d’oeuvre, incitations qui devraient être liées à la définition de normes de production actuellement en cours d’élaboration.

Les perspectives de la croissance économique de l’Algérie dépendent surtout de l’évolution des recettes d’exportation des hydrocarbures, de l’efficacité de l’investissement et de l’amélioration de l’efficacité de l’appareil de production. Cette croissance serait surtout déterminée par l’expansion du secteur industriel, qui devra subvenir aux besoins croissants du marché intérieur en produits finis et intermédiaires, et par l’amélioration de la productivité de l’agriculture. L’investissement doit revenir progressivement à une proportion du PIB plus soutenable par rapport aux ressources, surtout en conséquence de la chute considérable des prix du pétrole.

La chute des prix du pétrole rend plus urgente la nécessité d’augmenter et de diversifier les exportations de produits manufacturés, et d’augmenter la production des matières alimentaires actuellement importées. Afin de développer une industrie efficace et compétitive sur le plan international, l’adoption de nouvelles politiques économiques en matière de prix, de concurrence, de protection tarifaire et non-tarifaire et de promotion des exportations devrait être envisagée. La mobilisation accrue des ressources financières intérieures pour appuyer le développement industriel requiert des changements dans les politiques d’épargne publique et privée. L’ensemble de ces politiques relève du programme de développement économique, qui tend à substituer progressivement le secteur manufacturier au secteur des hydrocarbures comme source principale de production pour le marché intérieur et de croissance des exportations.

Pour que leur politique de substitution à l’importation devienne plus efficace à moyen et long terme, une solution adoptée par de nombreux pays, y compris la Hongrie, a été de réduire la protection tarifaire et non-tarifaire. Cette politique consiste à réduire les tarifs douaniers et les restrictions à l’importation et aurait pour effet de mettre progressivement en concurrence les industries locales et les industries étrangères. Elle ne peut cependant intervenir qu’après une première phase de libéralisation des prix et de la concurrence à l’intérieur du pays, et ne s’applique au début qu’aux industries légères du secteur public et du secteur privé. L’introduction d’une certaine concurrence interne et externe pourrait être un moyen de répondre aux objectifs de développement actuels visant à augmenter l’efficacité des entreprises, à réduire leurs coûts de production et leurs prix de vente et à améliorer la qualité des produits vendus. La solution qui consisterait à subventionner les produits à l’exportation au lieu de les rendre compétitifs, serait moins avantageuse pour l’ensemble de l’économie.

En ce qui concerne le secteur de l’agriculture, la demande de produits alimentaires va croître encore fortement durant les dix prochaines années, du principalement à une croissance démographique d’au moins 3,2 pourcent par an. Depuis plusieurs années, des décisions importantes ont été prises pour installer des unités de production de taille gérable dans le secteur public et augmenter la contribution de secteur privé, comme cela a été le cas dans le secteur industriel. De plus, les prix et les circuits de distribution ont été libéralisés dans le secteur des fruits et légumes. La question est de savoir quelles mesures supplémentaires permettraient une accélération de la croissance dans le secteur agricole. De meilleurs réseaux de distribution pour les intrants agricoles, des techniques de culture plus avancées, la rénovation des périmètres irrigués, une libéralisation accrue des prix et des réseaux de distribution des produits alimentaires, pourraient certainement oeuvrer dans ce sens.

Le Maroc

Après une période de croissance modérée et relativement équilibrée pendant les années 60, l’économie marocaine a subi des chocs exogènes d’une ampleur considérable au cours des années 70 et au début des années 80. Comme d’autres pays en développement, le Maroc a souffert des conséquences des augmentations successives du prix du pétrole sur les termes de l’échange. Les récessions mondiales qui ont fait suite aux chocs pétroliers ont réduit la demande d’exportations des pays industriels et la hausse sans précédent des taux d’intérêt internationaux ainsi que la forte poussée du dollar américain après le second choc pétrolier, ont considérablement accru les coûts du service de la dette. En outre, le Maroc a connu, au début des années 80, des périodes successives de sécheresse qui ont fait diminuer la production agricole et hydroélectrique, accroissant la demande de denrées alimentaires et de combustibles importés.

Les politiques d’expansion qui ont dominé la scène économique marocaine pendant les années 70 ont été déclenchées par le quadruplement soudain des prix des phosphates, qui a fortement gonflé les recettes d’exportations du Maroc en 1974-75. La période d’essor des phosphates a été toutefois éphémère et les efforts déployés pour maintenir une stratégie expansionniste après la forte chute de la demande et des cours mondiaux des phosphates en 1976, ont joué un rôle majeur dans le creusement des déficits des finances publiques et de la balance des paiements du Maroc. Afin de tirer profit de l’essor du secteur des phosphates, le Plan quinquennal 1973-77 a été révisé en 1974, et le budget d’investissement du secteur public et semi-public a été triplé. (Les pouvoirs publics ont, par ailleurs, fortement accru les dépenses au titre des programmes sociaux et les dépenses au titre des subventions destinées aux produits alimentaires et aux services publics.) Les dépenses d’équipement de l’Etat ont presque doublé chaque année entre 1973 et 1976, passant de moins de 5 pourcent du PIB en 1973 à quelque 21 pourcent en 1976 et 1977. Les dépenses de fonctionnement ont, elles aussi, considérablement augmenté. Le déficit budgétaire global, qui n’avait pas dépassé 3 à 4 pourcent du PIB au début des années 70, a atteint 16 à 17 pourcent en 1976 et 1977.

La répartition sectorielle de la croissance de PIB montre le rôle prédominant des investissements et de la consommation du secteur public dans la production des revenus, au cours des dix dernières années. De 1973 à 1977, période où l’économie a connu sa croissance la plus rapide, les secteurs les plus dynamiques ont été le bâtiment (croissance annuelle de 27 pourcent) et les administrations (14 pourcent). A l’apogée des investissements, en 1977, la part de la construction dans le PIB a pratiquement triplé par rapport à 1973. En 1978, l’activité dans le secteur du bâtiment a fortement décliné, par suite des réductions sévères du budget d’investissement de l’Etat et elle a stagné depuis lors; toutefois, sa part dans le PIB reste près du double de ce qu’elle était en 1973. Il en a été autrement en ce qui concerne la part du secteur agricole, qui n’a connu qu’une croissance réelle très modeste ces quinze dernières années, et celle du secteur manufacturier dont l’expansion a marqué le pas au début des années 80. Les activités de l’Administration ont, en revanche, connu une expansion rapide tout au long de la période et constituent, depuis 1978, le principal secteur de croissance de l’économie.

Un programme de stabilisation adopté en 1978 a principalement mis l’accent sur la réduction des investissements et l’intensification de la protection et des restrictions à l’importation. Dans le budget ordinaire, les salaires de la fonction publique ont été gelés et les subventions à la consommation réduites. Les dépenses d’investissement de l’Etat ont été réduites d’un tiers et, en conséquence, le coefficient d’investissement de l’économie a fortement baissé et les importations de biens d’équipement ont pratiquement diminué de moitié en 1978. Le déficit budgétaire global est tombé à 11 pourcent du PIB et le déficit des ressources a baissé d’un tiers, tombant de 20 à 14 pourcent du PIB en 1978 et à 11 pourcent en 1980. Il n’en reste pas moins que le rythme initial du programme de 1978 ne s’est pas maintenu par la suite. En 1981, un plan quinquennal fortement expansionniste a été approuvé, qui envisageait une augmentation en termes réels d’environ 100 pourcent des investissements publics annuels de 1981 à 1985. Les dépenses effectives ont nettement moins augmenté, mais elles ont fortement pesé sur la situation budgétaire. Le coefficient d’investissement de l’économie restant relativement fort (environ 23 pourcent du PIB au début des années 80 en prix courants), le déficit en ressources s’est creusé à nouveau, passant à 15 pourcent du PIB.

Les programmes d’investissements publics ont souvent mis l’accent sur des projets appartenant à des secteurs de substitution d’importations, hautement capitalistiques, dont la rentabilité s’est avérée limitée ou bien ont produit une infrastructure coûteuse en avance des besoins réels de l’économie. D’autre part, le système d’incitations a eu globalement tendance à freiner l’utilisation efficace des ressources par le secteur privé et a eu tendance à réduire artificiellement le coût des capitaux et à déprimer l’épargne financière, encourageant par là une mauvaise affectation des ressources.

Par suite de ces politiques, la productivité du capital a été faible (le coefficient marginal de capital est passé en dix ans de 2,6 à 8,1) et le nombre des emplois créés a été limité. La croissance du secteur industriel moderne a notamment engrendré peu d’emplois. Le secteur non structuré qui, pendant une brève période, a témoigné d’une aptitude remarquable à absorber de nouveaux arrivants sur le marché du travail, a compensé cette insuffisance au cours des années d’essor du milieu de la décennie 1970-80; toutefois, sa contribution à la croissance de l’emploi a aujourd’hui considérablement diminué par suite du ralentissement de la croissance économique globale du pays.

En 1983, un nouveau programme de stabilisation a été préparé et soutenu par un accord de confirmation de 18 mois avec le FMI. Le principal objectif du programme de la stabilisation était de réduire le déficit du compte courant de la balance des paiements et l’allégement de la dette, et de réduire le déficit budgétaire. En même temps, le montant des nouveaux crédits budgétaires d’investissement a été fortement réduit et presque tous les projets nouveaux du Plan 1981-85 qui n’avaient pas encore démarré ont été reportés ou annulés, dans un effort visant à ajuster l’investissement public au niveau sérieusement diminué du financement escompté pour les années à venir. En parallèle à cet effort de stabilisation, le Maroc a également donné un coup d’envoi vigoureux aux réformes structurelles nécessaires pour restaurer à moyen terme une situation viable de la balance des paiements et pour maintenir le rythme de croissance. Le programme des réformes a été soutenu par des prêts de la Banque mondiale dans les secteurs de l’ajustement de la politique industrielle et commerciale, de l’agriculture et de l’éducation.

La faible productivité des investissements a été l’une des raisons principales de la mauvaise performance de l’économie marocaine ces dix dernières années. L’affectation des capitaux et l’efficacité des investissements doivent être considérablement améliorées dans le secteur public comme dans le secteur privé. Dans le secteur privé, la réforme du système de protection, qui a été entamée, devrait considérablement aider à supprimer les distorsions dans la répartition des investissements. Toutefois, il sera également nécessaire de réexaminer dans quelle mesure les activités à forte intensité de capital sont favorisées par le système actuel d’encouragement des investissements, y compris les exemptions fiscales et les bonifications des taux d’intérêt qui diminuent artificiellement le coût des capitaux. La valorisation des capitaux à leur coût d’opportunité réel aidera à corriger la tendance actuellement défavorable aux activités à forte intensité de main-d’oeuvre, qui a freiné la création d’emplois par le passé et a entraîné des dépenses d’investissement élevées par emploi créé dans le secteur industriel. Dans le secteur public, pour accroître l’efficacité des investissements, il faudra une amélioration considérable des mécanismes actuels de planification et de budgétisation, y compris de meilleures procédures de détermination des investissements prioritaires et un renforcement de la capacité à préparer et à contrôler des projets; il faudra également accorder une importance plus grande à l’évaluation économique des projets avant que les fonds ne leur soient affectés.

Pour appuyer les réformes, des stratégies sectorielles appropriées ont été élaborées pour les secteurs productifs essentiels, notamment l’agriculture et l’industrie, afin d’augmenter la productivité, d’encourager les exportations et une substitution efficace d’importations, et d’éliminer les obstacles, d’ordre institutionnel ou autres, à l’emploi efficace des ressources.

Dans l’industrie, bien que l’exploitation du potentiel du Maroc pour l’exportation d’engrais phosphatés reste un objectif important, la contribution de ce secteur à la création d’emplois et à l’établissement d’une base industrielle plus large par les liaisons en amont et en aval continuera d’être limitée. Qui plus est, par suite de sa forte dépendance à l’égard des exportations de phosphates et d’engrais phosphatés, le Maroc est devenu extrêmement vulnérable aux variations cycliques d’un marché mondial instable des phosphates. C’est pourquoi la nouvelle stratégie industrielle est basée sur la promotion et la diversification des exportations de produits manufacturés, y compris les préparations alimentaires et les fabrications non traditionnelles, pour lesquelles le Maroc peut se trouver mieux placé que d’autres sur les marchés mondiaux.

Dans l’agriculture, la productivité est faible et la production a stagné, sauf dans les zones irriguées. Dans ce secteur, le gouvernement a mis au point un ensemble complexe de stratégies pour surmonter les obstacles qui, à l’heure actuelle, empêchent une utilisation rationnelle des terres. La stratégie exige des actions coordonnées sur un large front, incluant une réforme foncière et un remembrement, des modifications des politiques des prix à la production, et du crédit, la rationalisation des prix des facteurs de production, le renforcement des services de recherche et de vulgarisation, l’amélioration des mécanismes de commercialisation, et la disponibilité de semences et d’engrais. Des progrès ont été accomplis ces dernières années dans certains de ces domaines, mais beaucoup reste encore à faire.

La Tunisie

En comparaison avec d’autres pays, la Tunisie a connu une croissance économique impressionnante, son PIB en prix constants ayant augmenté de près de 8 pourcent par an au cours des années 70. Le PNB par habitant a doublé pour atteindre près de 1.260 dollars en 1981 et a atteint 1.250 dollars en 1984. Aidé par les importantes recettes des exportations de pétrole et par les hausses de prix et l’amélioration considérable des termes de l’échange intervenues après 1974 et 1979/80, le pays est parvenu à assurer simultanément un accroissement massif des investissements et une progression rapide de la consommation tant publique que privée sans compromettre la situation de sa balance des paiements; sa dette extérieure a faiblement augmenté et son taux de service de la dette est resté inférieur à 14 pourcent des exportations durant les années 70. D’importantes recettes pétrolières ont aussi contribué largement à accroître fortement les recettes et l’épargne budgétaire, ce qui a permis à l’Etat de financer une part croissante du total des investissements.

Bien que la situation soit dans l’ensemble favorable, on n’observe pas moins deux tendances inquiétantes qui auront une influence considérable sur l’avenir, à savoir l’importance continuelle du chômage et la dépendance croissante de l’économie envers les hydrocarbures. Dans d’autres secteurs, en particulier celui de l’agriculture, mais également ceux du textile et du tourisme, la croissance s’est ralentie depuis le milieu des années 70. Le chômage a été depuis plus d’une décennie, un des problèmes les plus sérieux auxquels les responsables politiques tunisiens aient dû faire face. En 1981, on estimait à 12-13, et à 15 courant 1984, le pourcentage de la population active qui était complètement au chômage, tandis qu’un nombre similaire était gravement sous-employé. Un chômage qui reste si sévère dans une période de croissance économique rapide et de niveau élevé d’investissement implique que dans le passé beaucoup de politiques du gouvernement ont favorisé des investissements à forte intensité de capital et qu’il en est résulté un accroissement rapide du coût moyen par emploi créé. En tout premier lieu, le gouvernement ne s’est pas opposé pendant la période 70 à un accroissement rapide des coûts de main-d’oeuvre. En même temps, les investissements dans le capital sont demeurés relativement bon marché en raison de faibles taux d’intérêts et d’avantages fiscaux substantiels sur les biens d’équipement importés. Le système d’incitations économiques a plus avantagé le capital que le travail tandis que les prix de l’énergie ont favorisé les projets à forte intensité d’énergie et de capital; enfin, la politique des prix intérieure suivie par le gouvernement a découragé les exportations et l’agriculture, deux secteurs utilisant beaucoup de main-d’oeuvre.

Le Sixième Plan (1982-86) s’articule autour de trois thèmes principaux, à savoir l’emploi, la distribution des revenus (développement régional) et l’équilibre à moyen et long termes de la balance des paiements. Son principal objectif est d’atténuer dans la mesure du possible le problème du chômage persistant, de réduire les disparités inter-régionales en matière de revenu, mais aussi de maintenir la stabilité sociale à long terme du pays autant que sa capacité d’emprunt à un moment où la diminution attendue des exportations d’hydrocarbures impose des contraintes croissantes sur le plan financier et au niveau de la balance des paiements.

Le Plan ne prévoit aucune découverte importante de nouveaux gisements d’hydrocarbures, de telle sorte que les recettes nettes des exportations de pétrole et de gaz risquent de diminuer et le pays de devenir par conséquent net importateur d’hydrocarbures avant la fin de la décennie. Il repose également sur l’hypothèse d’une certaine détérioration des termes de l’échange de la Tunisie. En conséquence, les deux facteurs qui ont permis à la Tunisie de développer simultanément et rapidement les investissements, les dépenses publiques et la consommation des ménages cesseront progressivement de jouer. Dans ces circonstances, les planificateurs tunisiens ont signalé sans ambiguïté que si les investissements, la consommation et les importations continuaient à s’accroître au même rythme qu’auparavant, cela imposerait à la balance des paiements une charge insupportable, susceptible de compromettre la capacité d’emprunt du pays certainement peu de temps après la fin du Sixième Plan, voire même avant.

D’importants changements de structure sont par conséquent inévitables. Il faudra en particulier ralentir considérablement la croissance de la consommation des ménages qui était plus rapide que celle du PIB, et également réduire le taux très élevé des investissements qui représentait auparavant plus de 30 pourcent du PIB. Dans ce contexte, une question de politique économique revêt une importance particulière, à savoir: comment s’accomoder au mieux de la diminution du taux d’investissement du point de vue de la création d’emplois et de la distribution des revenus, c’est-à-dire plus concrètement comment créer davantage d’emplois et assurer une meilleure répartition régionale des revenus avec des investissements réduits.

Le programme d’investissements du Sixième Plan prévoit quelques changements qualitatifs importants. Il met davantage l’accent sur les investissements directement productifs (pour stimuler la croissance globale), à forte intensité de main-d’oeuvre (pour créer des emplois) et orientés vers l’exportation (avec certaines substitutions aux importations pour atténuer le déficit en ressources). Cinq secteurs répondent favorablement à ces trois critères et se voient donc attribuer la priorité la plus élevée; ce sont l’agriculture, les industries mécanique et électrique, le textile, diverses industries manufacturières et le tourisme. Une priorité intermédiaire est accordée au développement des hydrocarbures et des phosphates, compte tenu de leur importance pour la croissance économique globale et pour les recettes d’exportation (leur rôle étant par contre minime du point de vue de la création d’emplois). Une faible priorité est accordée à tous les autres secteurs, en particulier aux industries manufacturières capitalistiques, aux transports et à l’infrastructure sociale, à part la santé.

La priorité étant accordée aux investissements dans des secteurs où l’initiative privée joue traditionnellement un rôle majeur et l’Etat ayant la volonté d’encourager les investissements privés également dans d’autres secteurs, le Plan prévoit que les entreprises privées augmenteront leurs investissements de près de 40 pourcent en termes réels, particulièrement dans les cinq secteurs prioritaires. Ce seront eux qui créeront le plus d’emplois, tandis que les investissements publics continueront d’être axés sur l’infrastructure plus un petit nombre de secteurs capitalistiques productifs. L’Etat ne peut toutefois inciter les entreprises privées à agir ainsi que si le “climat général” d’investissement s’améliore, ce qui exigera des modifications dans la politique économique. La rentabilité financière étant le principal critère pour les investisseurs privés, le coût de la main-d’oeuvre prend une fois de plus une importance considérable. En fait, une politique salariale prudente est cruciale pour que soient réalisés les objectifs fixés par le Plan non seulement pour l’épargne intérieure, mais aussi pour les investissements du secteur privé dans les industries manufacturières et les services. Cela est d’autant plus vrai qu’une part croissante des investissements des entreprises privées doit être orientée vers l’exportation et donc est très sensible à une amélioration de la compétitivité internationale de la Tunisie. Le maintien d’un taux de change compétitif est un autre moyen important pour renforcer cette compétitivité. Dans le secteur rural, le montant des investissements privés dépend largement de la politique des prix pratiquée par le gouvernement. Il convient de mettre fin à la diminution des termes de l’échange enregistrée dans le monde rural au cours des dernières années et d’accorder des prix plus rémunérateurs aux producteurs ruraux.

Contrairement aux objectifs macroéconomiques du Sixième Plan, la demande intérieure s’est accrue rapidement entre 1982 et 1984. Le taux d’investissement a atteint presque 31 pourcent du PIB, contre l’objectif de 28 pourcent fixé par le Plan et un taux moyen d’environ 30 pourcent au cours du Cinquième Plan; cette augmentation était due à un surinvestissement public dans la production d’énergie électrique, la production manufacturière capitalistique, la construction de bâtiments administratifs, mais surtout à une augmentation des investissements privés dans le logement. La consommation privée a augmenté d’une façon marquée dû à la hausse massive des salaires en 1981 et 1982, ce qui a entraîné un gonflement de la masse salariale de plus de 24 pourcent par an (en prix courants), contre une croissance du PIB de 14 pourcent. Le taux de chômage s’est élevé à 15 pourcent en 1984.

Par suite de la croissance rapide de la demande intérieure ainsi que de la détérioration de la situation budgétaire, et malgré un contrôle rigoureux des importations et des augmentations sensibles des transferts de fonds des travailleurs tunisiens à l’étranger, le déficit courant de la balance des paiements s’est aggravé, passant de 7 à près de 11 pourcent du PIB entre 1981 et 1984. L’inévitable recours à l’emprunt extérieur pour financer le déficit croissant a provoqué une augmentation du service de la dette de 16 pourcent des exportations en 1981 à plus de 24 pourcent en 1984.

La structure et la composition des investissements observées au cours des trois premières années du Sixième Plan soulèvent deux préoccupations majeures: un excès de volume, ainsi qu’une affectation sectorielle insatisfaisante. Les objectifs du Plan, à ces deux égards n’ont pas été réalisés. Entre 1982 et 1984, les investissements ont dépassé les objectifs du Plan de près de 11 pourcent; en prix constants de 1980, les surinvestissements ont atteint environ 5,7 pourcent. Des surinvestissements particulièrement importants (70 pourcent) ont été réalisés dans la construction de logements et de bâtiments administratifs, ainsi que dans l’eau et l’assainissement; tandis que les investissements des entreprises privées n’ont pas atteint les objectifs fixés: ils ont pratiquement stagné pendant les trois premières années du Sixième Plan et ont augmenté en moyenne de moins de 2 pourcent par an en termes réels depuis 1980. Le surinvestissement de 25 pourcent dans le secteur manufacturier se compose presque exclusivement d’investissements publics dans deux sous-secteurs parmi les plus capitalistiques, les matériaux de construction et les produits chimiques tels que la transformation de phosphates, ce dernier secteur étant orienté vers les exportations. Dans les deux secteurs qui répondent de plus en plus aux objectifs du Plan, c’est-à-dire les industries mécanique et électrique et les industries textiles, les investissements ont été en-deçà des objectifs du Plan ou bien les ont atteints de justesse. Du côté positif, il faut souligner que l’ambitieux programme d’investissement dans le secteur agricole se poursuit largement selon le calendrier.

Suite à ces déviations par rapport aux objectifs du Plan, le caractère du programme d’investissement s’est sensiblement transformé. En particulier, la part prioritaire, c’est-à-dire les investissements directement productifs et à forte intensité de main-d’oeuvre, n’a atteint que 85 pourcent des objectifs du Plan entre 1982 et 1984, et leur part relative du total des investissements est tombée de 25 pourcent à 19 pourcent seulement. D’autre part, les investissements dans l’infastructure, non directement productifs et relativement capitalistiques pour la plupart, ont dépassé les objectifs du Plan de près de 25 pourcent. Cette situation a provoqué une nouvelle hausse sensible du coût d’investissement moyen par emploi créé et du coefficient marginal de capital.

Le rapport entre la croissance économique et les investissements est couramment mesuré par le coefficient marginal de capital qui indique le nombre d’unités d’investissement nécessaires pour donner une unité de production supplémentaire; plus le coefficient est bas, moins on doit investir pour atteindre un niveau de croissance déterminé, donc plus les ressources d’investissement ont été employées efficacement. Au cours des quinze dernières années, le coefficient marginal de capital s’est détérioré, passant d’une moyenne très satisfaisante de 2,7 entre 1971 et 1976 à un niveau un peu plus normal de 4,7 entre 1976 et 1981, pour atteindre enfin un niveau très élevé de 6,5 entre 1980 et 1984. Bien que la sécheresse de 1982 soit en partie responsable de cette détérioration, elle ne peut certainement pas l’expliquer à elle seule. La modification de l’affectation des investissements parmi les différents secteurs, comme nous l’avons vu plus haut, a certainement affecté fortement la baisse de l’efficacité des investissements. Tandis que les nouveaux investissements ont de moins en moins contribué à la croissance économique, ils ont également créé de moins en moins d’emplois. Pendant la première moitié des années 70, un investissement de 100.000 dinars (en prix de 1984) suffisait à la création de quatre nouveaux emplois; dix ans plus tard, ce même montant en termes réels n’en créait à peine que deux. Ceci explique largement pourquoi, en dépit d’une brusque augmentation du taux d’investissement au cours de ces quatre dernières années, la situation de l’emploi ne s’est pas améliorée.

Conclusion

Les considérations qui précèdent sur les stratégies de développement des trois pays respectifs, appellent un certain nombre de remarques:

  • La première est que les trois pays du Maghreb ont joui d’un taux de croissance économique relativement élevé au cours d’une longue période, pendant laquelle ils ont pu, dans une grande mesure, édifier leur infrastructure économique et sociale de base, bien que beaucoup reste encore à faire dans le domaine de la santé et du développement rural. Le rythme de croissance a ralenti ces quelques dernières années, mais il reste néanmoins positif.

  • La deuxième est que leurs stratégies de développement et d’investissement n’ont pas permis la création d’un nombre suffisant de nouveaux emplois pour absorber une population active sans cesse croissante, sans parler d’une réduction du chômage et du sous-emploi. Il est probable que la situation du chômage est relativement plus grave aujourd’hui qu’il y a dix ans.

  • Troisièmement, on a assisté à une diminution sensible de la productivité des investissements durant cette période, comme le démontre la très forte augmentation du coefficient marginal de capital dans les trois pays; ceci est dû principalement à la persistance des investissements à forte intensité de capital particulièrement dans l’industrie et dans l’infrastructure du transport.

  • Quatrièmement, le secteur de l’industrie manufacturière, bien qu’augmentant à un rythme plus rapide que le PIB, représente encore une part relativement faible du produit national brut et utilise une part encore plus faible de la main-d’oeuvre: jusqu’à présent, l’industrie manufacturière n’est pas parvenue à devenir le principal secteur de croissance économique (sauf peut-être, ces dernières années en Algérie). Ce rôle était surtout joué par les secteurs de la construction et de l’administration.

  • Cinquièmement, le secteur agricole n’a pas été en mesure de se développer à un rythme suffisamment rapide pour alimenter la population croissante et contribuer d’une manière significative aux exportations: le déficit alimentaire n’a cessé de s’aggraver, dû en partie à la proportion relativement faible d’investissement consacrés à l’agriculture et à la nature de ces investissements.

  • Sixièmement, les trois pays ont accumulé une dette extérieure importante en dépit du niveau élevé des recettes d’exportation provenant du pétrole, des phosphates, du tourisme et des transferts des travailleurs à l’étranger et malgré l’absence d’importations excessives de biens de consommation.

  • Enfin, on peut s’attendre à ce que la détérioration persistante des termes de l’échange en Algérie et en Tunisie (principalement attribuée à la chute des prix pétroliers et des phosphates) exerce dans l’avenir une plus forte pression sur leur compte extérieur courant (malgré la diminution des taux d’intérêt) et entraîne une diminution du taux des investissements. Au Maroc, les avantages tirés de la baisse des prix du pétrole sont partiellement effacés par la baisse des prix de produits phosphatiers.

Les leçons tirées du passé, ainsi que les contraintes existantes montrent que si les pays du Maghreb doivent faire face à des problèmes de chômage, d’alimentation et de ressources extérieures tout en maintenant un taux socialement acceptable de croissance de la production et du revenu par habitant, il devient de plus en plus urgent (i) de se concentrer sur les moyens d’augmenter la productivité des investissements publics tout en réduisant leur niveau global; (ii) de reviser le système d’incitations (y compris le taux de change, les taux d’intérêts, les systèmes de contrôle des prix et des investissements privés, et le système de protection) en vue de promouvoir les investissements à forte intensité de main-d’oeuvre et orientés vers les exportations aussi bien dans le secteur privé que public; et (iii) d’ajuster les politiques de salaires en vue de promouvoir l’emploi des chômeurs et en les liant plus directement à la productivité.

Stratégie d’investissement et sélection de projets pour le futur

Les trois pays du Maghreb font actuellement face à une sérieuse contrainte de ressources résultant de la chute des prix pétroliers et des phosphates, et du lourd fardeau du service de la dette. Il est par conséquent indispensable que les stratégies d’investissement, la sélection des projets d’investissement et le système d’incitation aux investissements soient adaptés à la contrainte des ressources extérieures tout en encourageant le plus possible une croissance économique. Cet ajustement et cette réorientation mettront du temps à se réaliser et les premiers résultats ne pourront être observés qu’après un certain temps. D’où l’urgente nécessité d’élaborer le plus rapidement possible une politique d’ajustement et un programme d’action concernant ces trois aspects des investissements.

Quant à une stratégie d’investissement, il est évident que celle-ci devrait tenir compte des contraintes en ressources et des nouvelles priorités à l’égard des exportations, de la substitution efficace et rentable des importations, de l’emploi et de la productivité accrue. Il serait par conséquent souhaitable de:

  • comprimer le niveau global des investissements (disons à un maximum de 20 pourcent du PIB en prix constants);

  • consacrer les ressources en priorité aux projets en cours et dont la réalisation est bien avancée, et revoir les projets qui n’ont pas encore été commencés ou qui en sont à un stade préliminaire afin de les arrêter ou les retarder, sauf s’ils ont un taux de rentabilité économique élevé;

  • diriger la part des investissements sectoriels vers des secteurs directement productifs tels que l’agriculture et l’industrie et, à l’intérieur de ceux-ci, vers des sous-secteurs à faible intensité de capital, potentiellement capables de créer un nombre élevé de nouveaux emplois et d’encourager les exportations et la substitution efficaces et rentables aux importations, et vers des programmes visant ces mêmes objectifs, ainsi qu l’amélioration de la productivité dans tous les secteurs; l’investissement dans le logement social à coût modéré peut aussi être une source importante d’emplois si une épargne interne suffisante est mobilisée; et

  • faire de sorte que le système d’incitations aux investissements et le système des prix reflètent la rareté des ressources tout en promouvant l’investissement privé dans les domaines prioritaires que j’ai mentionnés.

Je m’empresse de dire que les gouvernements des trois pays du Maghreb semblent avoir adopté ce type de stratégie, en accordant une importance plus ou moins grande à ses divers éléments, et que des mesures visant à sa réalisation ont déjà été entreprises dans les trois pays, ici encore, à des degrés plus ou moins variables.

La traduction de cette stratégie dans des programmes d’investissement spécifiques et dans des politiques d’incitation, de prix et de salaires constitue une tâche moins aisée, d’un point de vue politique aussi bien qu’administratif, car elle impliquerait des changements de comportement et d’habitude de la part des agents économiques, à la fois dans le secteur étatique et privé, ainsi que des pertes considérables pour plusieurs groupes de producteurs et de consommateurs et une diminution du contrôle des groupes intéressés dans le gouvernement.

L’ajustement des systèmes d’incitations est un sujet qui va bien au-delà des limites de ce document. Toutefois, en ce qui concerne une politique d’investissement, on peut dire qu’un taux de change adéquat, ainsi qu’un taux d’intérêt positif constituent les deux prix qui pourraient affecter le coût du capital — importé et intérieur — et on s’attend par conséquent à ce qu’un ajustement de ces prix par le haut entraîne une utilisation plus prudente du capital et donc une sélection d’investissements qui contribue à augmenter l’efficacité du capital. Un ajustement de taux de change peut aussi encourage la production interne des biens de capital en les substuant à l’importation. Une réduction des investissements octroyés et des bonifications d’intérêt accordées à certains investissements sélectionnés aurait le même effet. La structure et le niveau des droits à l’importation affecteraient également le prix du capital et la rentabilité des investissements (ainsi que le niveau et la structure des autres exportations et importations); et l’introduction de mesures visant l’homogénéisation des droits sur l’importation des biens d’équipement et les produits intermédiaires à un niveau modeste, encouragerait également d’autres politiques destinées à réduire la distorsion des prix relatifs.

Quant aux effets de l’ajustement du système des prix sur la politique d’investissement, quatre aspects méritent d’être soulignés:

  • l’abolition rapide du contrôle des prix sur tous les services et biens de consommation, à l’exception des biens de consommation essentiels et des produits de monopole, afin de rationaliser la demande pour des futurs investissements;

  • la réduction progressive des subventions aux tarifs de l’eau et de l’électricité, au système de transport et aux tarifs perçus pour d’autres services publics en vue d’économiser des ressources et contribuer au financement des futurs investissements dans ces services publics;

  • la réduction des subventions aux biens de consommation essentiels, laquelle ramènerait leur prix à un niveau plus proche des prix d’incitation aux producteurs agricoles et encouragerait la production et les investissements dans le secteur agricole; et

  • la possibilité d’augmenter les prix à la production des produits agricole importés (à l’exception notamment du sucre) afin de réduire l’écart dans le niveau des incitations et la protection entre les produits agricoles et les produits manufacturés.

Enfin, les salaires — la rémunération du travail — devraient s’accroître essentiellement en fonction de l’augmentation de la productivité; les réglementations qui peuvent présenter des obstacles à la mobilité et à l’embauche de travailleurs devraient être assouplies en vue d’encourager une plus forte utilisation de la main-d’oeuvre au lieu du capital dans les décisions d’investissement et de production.

En conclusion, j’essayerai de parler brièvement de certaines considérations qui devraient faire partie du processus de sélection des investissements dans le cas d’une mise en oeuvre de la stratégie d’investissement sus-mentionnée dans les pays du Maghreb. La discussion est fortement dirigée vers les programmes d’investissement du secteur public, parce qu’ils dépendent directement des décisions du gouvernement plutôt que des incitations indirectes qui influencent les prises de décisions au niveau privé et parce que les investissements publics représentent la majorité de l’ensemble des investissements, surtout si on exclut la construction et les logements privés. En ce qui concerne la distribution par secteur des investissements, on peut raisonnablement supposer que l’investissement dans les principaux secteurs d’exportation, c’est-à-dire le pétrole, le gaz et les phosphates devront être poursuivis malgré leurs besoins élevés en capitaux. Toutefois, il faudrait ajouter que seuls devront être pris en considération les projets ayant un taux de rentabilité économique élevé, et rapportant plus de devises que ce dont ils ont besoin en termes d’intrants importés et d’amortissement de capitaux. La rentabilité des investissements dans ces secteurs est fortement tributaire des marchés étrangers, les rendant très sensibles aux projections de la demande et des prix ainsi qu’aux calculs basés sur un taux de change et un taux d’intérêt réalistes. Vu le niveau très élevé des investissements qui seraient engagés dans ces secteurs (et le prix élevé des intrants dans le cas des produits phosphatiers) et vu la situation de rareté des ressources actuelle, la stratégie globale nécessiterait une large marge de sécurité pour s’assurer contre les risques potentiels, avant d’entreprendre de nouveaux investissements.

Dans les domaines de l’infrastructure et de la construction, c’est-à-dire les routes, les ports, les aéroports, les chemins de fer, les barrages, les télécommunications, la distribution d’eau, l’électricité et les bâtiments publics, compte tenu de la contrainte en matière de ressources et du coût élevé des investissements dans ces secteurs, il faudrait également procéder à une sélection prudente des nouveaux investissements à réaliser. Ceci est particulièrement vrai si on considère la forte demande qui semble continuellement subsister pour de tels investissements, la grande capacité de réalisation existante et la relative facilité de leur exécution. Dans la situation actuelle, il semblerait souhaitable d’effectuer un déplacement des ressources d’investissement vers l’entretien et l’assainissement, ou l’étendue éventuelle de l’infrastructure existante, plutôt que vers de nouveaux projets. Cela permettrait une économie de ressources et une augmentation de la productivité des stocks de capitaux existants. Les investissements dans des programmes qui encouragent un accroissement de la productivité sont également souhaitables quoique plus difficiles à réaliser; ils pourraient inclure des programmes de formation, des améliorations au niveau de la gestion, des réformes institutionnelles etc. Cela ne signifie pas qu’aucun nouveau projet ne devrait être réalisé dans la domaine de l’infrastructure, mais que ces projets doivent être nettement justifiés par un taux de rentabilité économique élevé; cela signifie également que les tarifs perçus pour les services publics doivent couvrir la totalité des coûts opérationnels et d’entretien ainsi que la plus grande part des coûts d’investissement.

Dans le secteur agricole, qui semble avoir été relativement négligé dans le passé, les priorités d’investissement devraient aller aux projets qui augmentent la production et la productivité à court et à moyen terme. Les grands systèmes d’irrigation devraient faire place à des projets d’irrigation utilisant l’eau disponible dans les zones dominées par les barrages, les petits projets d’irrigation, le développement des cultures en sec, la recherche et la vulgarisation, le développement du système d’approvisionnement des facteurs de production (engrais, semences et crédit), le développement et la libéralisation du système de commercialisation et l’accélération de la réforme foncière (le remembrement agricole, le cadastre, les terres communales etc.).

Dans le secteur de l’industrie, l’accent devrait être mis sur une utilisation plus efficace de la capacité industrielle existante. Des programmes de restructuration et de rationalisation des entreprises publiques pourraient produire un taux de rentabilité plus élevé que des nouveaux investissements. La priorité dans les investissements nouveaux devrait être accordée aux industries à forte intensité de main-d’oeuvre, qui transforment les matières premières intérieures et exportent leurs produits. Bien que cela soit difficile à mesurer, il serait également souhaitable d’accorder la priorité aux industries ayant un effet d’entraînement en aval et en amont. Une place peut être reservée au Maroc et en Tunisie pour les industries de sous-traitance qui bénéficient d’un marché assuré.

Dans le secteur social, comme la santé et l’éducation, il n’existe pas de méthode satisfaisante pour mesurer le taux de rentabilité. En général, les établissements d’enseignement supérieur coûteux et les complexes hospitaliers modernes doivent respectivement céder le pas à une éducation du niveau primaire, secondaire et technique, ainsi qu’aux programmes de médecine publique préventive. Particulièrement dans le secteur social, les coûts de fonctionnement requis par un investissement feront appel à des dépenses courantes importantes et permanentes et par conséquence, leurs répercussions sur les budgets futurs doivent être prises en compte.

Il est évident qu’au sein d’un secteur ou d’un sous-secteur prioritaire déterminé, le choix d’un projet ou d’un programme d’investissement devrait se baser le plus possible sur une commune mesure. S’il est possible de trouver une telle commune mesure permettant de comparer la priorité d’une série de projets, il sera au moins possible d’établir un critère de base rationnel au processus de sélection. Le principal instrument utilisé par la Banque mondiale et d’autres institutions lorsqu’il s’agit d’évaluer et de comparer les projets d’investissement est le taux de rentabilité économique1 L’analyse de ce taux suit en général l’identification et la préparation approfondie au début de ce que l’on appelle le cycle du projet. La préparation demande en particulier une étude de faisabilité approfondie couvrant les aspects techniques, financiers, économiques, et sociaux du projet. Le taux de rentabilité économique est probablement la mesure la plus importante lorsqu’il s’agit de déterminer si tel ou tel projet mérite d’être sélectionné, en supposant bien entendu que son financement soit assuré. Ce taux peut servir à comparer plusieurs types de projets, à l’exception de ceux des domaines sociaux et des services d’eau et d’électricité pour lesquels les avantages sont difficiles à mesurer.2 Le concept central dans ce genre d’analyse est d’évaluer le coût direct et indirect d’un projet et les bénéfices directs et indirects (et les coûts économisés) que l’on peut en retirer et de les comparer ensuite aux coûts et aux bénéfices dans le cas où le projet ne serait pas réalisé.

Pour simplifier une méthodologie complexe et élaborée, on peut dire que les coûts du projet sont estimés sur la base d’un prix virtuel ou coût d’opportunité. Le coût d’opportunité du capital ou le taux d’actualisation du projet peuvent être estimés en tenant compte des taux disponibles sur les marchés des capitaux nationaux et internationaux ou du rendement moyen des récents investissements rentables. Dans la pratique, la Banque mondiale estime le coût d’opportunité du capital à 10 pourcent en termes réels. Le coût d’opportunité des autres ressources (terrains, bâtiments) est la valeur qu’elles pourraient atteindre sur le marché si elles étaient utilisées de la façon la plus rentable possible. Le coût d’opportunité des biens utilisés en tant qu’intrants et le prix virtuel de la production sont égaux à leur coût de production marginal ou le coût des importations ou la moyenne des deux; en ce qui concerne les biens marchands, il s’agit du coût d’importation c.i.f. (prix aux frontières); pour les biens non marchands, le coût d’opportunité est calculé en multipliant les prix intérieurs par un coefficient de conversion équivalant au coefficient du prix moyen de ces biens sur le marché mondial par rapport à leur prix sur le marché intérieur (taux de change virtuel).1 Le coût d’opportunité du travail (ou salaire virtuel) se base sur une estimation de sa contribution potentielle à l’économie si la main-d’oeuvre n’était pas employée dans le projet. Ce concept est assez complexe, et l’estimation du salaire virtuel varie en fonction du niveau de qualification, de l’emplacement, du salaire minimum acceptable etc. En ce qui concerne la main-d’oeuvre non-qualifiée, la Banque mondiale utilise un taux virtuel équivalent à entre 50 et 100 pourcent des taux du marché.

Une fois les coûts et les bénéfices estimés, le taux de rentabilité économique est le taux d’actualisation qui rendrait la valeur actualisée du flux des bénéfices au cours de la durée du projet égale à la valeur actualisée du flux de coûts. Si le taux de rentabilité est plus élevé que le coût d’opportunité du capital, le projet est considéré viable. Ainsi, plus le taux de rentabilité est élevé, plus l’investissement est désirable. Bien que les taux de rentabilité puissent être comparés pour des projets au sein d’un même secteur, il est moins fiable et aisé d’effectuer une comparaison lorsqu’il s’agit d’investissement dans différents secteurs.

Les risques liés aux calculs (ex.: projections de la demande, des prix futurs, du rendement par ha etc.) peuvent être évalués au moyen d’une analyse des risques (qui varie les hypothèses concernant ces variables et mesure l’effet de ces variations) pour permettre une meilleure capacité de jugement quant à la viabilité de l’investissement. Afin d’établir des priorités pour les investissements parmi différents secteurs, les taux de rentabilité doivent être utilisés avec beaucoup de discernement. L’analyse devrait néanmoins contribuer à éviter des erreurs coûteuses dans la sélection des projets. Elle devrait également aider à percevoir le coût réel des ressources et fournir un cadre d’ensemble où seraient inclus la plupart des bénéfices; elle permettrait ainsi une évaluation beaucoup plus juste et précise de la contribution de l’investissement dans l’économie, que ne le permettrait une analyse purement financière.

Annexes
Tableau 1.Algérie: Composition sectorielle de l’investissement public planifié(En millions de dinars)
Secteurs197519781982
Niveaux%Niveaux%Niveaux%
Agriculture17327,716553,128004,0
Hydraulique6482,98221,527784,0
Hydrocarbures592236,41853534,91039514,8
Autres industries810736,21510128,41153316,4
Habitat11815,343648,2917113,1
Construction1231210,3758014,32296132,7
Education-formation12125,431746,065849,4
Services212985,818523,539545,6
Total22412100,053084100,070176100,0

Comprend: infrastructures économiques, administratives, sociales, entreprises de construction, plans commerciaux, programmes spéciaux.

Comprend: tourisme, transport, commerce et distribution.

Comprend: infrastructures économiques, administratives, sociales, entreprises de construction, plans commerciaux, programmes spéciaux.

Comprend: tourisme, transport, commerce et distribution.

Tableau 2.Algérie: Croissance et productivité du capital fixe(En prix constants de 1974)
Croissance moyenne annuelle du capital fixeCoefficients marginaux (prix courants)
1974-771978-791980-821974-771978-791980-82
A.Par secteur
Hydrocarbures127,415,0−21,72,03,92,3
Mines, industrie manufacturière et énergie20,1−3,6−19,18,54,75,4
Bâtiment, travaux publics et autres secteurs214,5−0,428,14,63,26,1
B.Ensemble des secteurs118,92,76,03,93,74,4
Pour mémoire
Ensemble des secteurs (effets des termes de l’échange exclus)6,84,410,1

Les gains issus des termes de l’échange ont été additionnés à la valeur ajoutée des hydrocarbures à prix constants pour le calcul des coefficients marginaux de capital et sont donc inclus dans la valeur ajoutée totale. Les coefficients sont calculés avec une année de décalage entre production et investissement.

Y compris les services et l’administration publique.

Les gains issus des termes de l’échange ont été additionnés à la valeur ajoutée des hydrocarbures à prix constants pour le calcul des coefficients marginaux de capital et sont donc inclus dans la valeur ajoutée totale. Les coefficients sont calculés avec une année de décalage entre production et investissement.

Y compris les services et l’administration publique.

Tableau 3.Algérie: Croissance du produit intérieur brut par secteurs(En prix constants de 1974)
Plan
1970-791980-82198319841980-841980-84
Agriculture3,62,78,53,64,04,0
Hydrocarbures3,8−5,00,43,0−2,40,4
Autres industries112,39,511,410,210,012,4
Bâtiment, travaux publics17,17,410,75,37,69,3
Services26,37,312,43,96,010,5
PIB6,94,57,35,15,27,1
dont PIB hors hydrocarbures8,57,89,25,67,79,8

Comprend: mines, secteur manufacturier, énergie et eau.

Y compris l’administration publique.

Comprend: mines, secteur manufacturier, énergie et eau.

Y compris l’administration publique.

Tableau 4.Algérie: Croissance et structure des emplois du PIB
Augmentation annuelle (%) (prix constants de 1974)Pourcentage du PIB (prix courants)
1974-771978-791980-841977197919841
Revenu intérieur brut11,410,37,9
Produit intérieur brut5,98,85,2100,0100,0100,0
(dont PIB hors hydrocarbures)9,010,47,7
Exportations−0,93,4−2,632,331,425,7
Importations16,2−2,74,544,833,524,8
Investissement fixe18,42,76,147,640,437,3
Variations de stocks−3,9−22,3−12,22,91,60,6
Consommation privée29,88,58,047,845,645,0
Consommation des administrations12,111,37,114,214,516,2
Pour mémoire
Prix à l’exportation32,915,014,3
Prix à l’importation16,58,34,5
Termes de l’échange14,26,39,4
Indice des termes de l’échange en fin de période (1974=100)86,898,0153,8

Estimations provisoires.

La consommation privée est calculée résiduellement et inclut un ajustement statistique implicite.

Estimations provisoires.

La consommation privée est calculée résiduellement et inclut un ajustement statistique implicite.

Tableau 5.Algérie: Balance des paiements(En milliards de dollars EU)
1979198019811982198319841
Exportations de biens et SNF10,014,114,614,113,413,5
Importations de biens et SNF10,212,312,812,611,912,5
Balance en ressources−0,21,81,81,51,51,0
Revenus et transferts, nets−1,4−1,6−1,7−1,7−1,6−1,1
dont: Paiement des intérêts−1,2−1,3−1,5−1,4−1,2−1,2
Revenus du travail0,40,40,40,50,40,4
Balance courante−1,60,20,1−0,2−0,1−0,1
Investissements directs0,00,30,0−0,10,00,3
Emprunts à L et MT, nets2,30,6−0,2−0,6−0,2−0,5
dont: Mobilisation3,83,02,72,23,33,4
Amortissements−1,5−2,4−2,5−2,8−3,5−3,9
Autres capitaux nets−0,20,20,2−0,2−0,10,0
Balance générale−0,5−1,3−0,11,10,40,3
Niveau des réserves22,73,83,72,41,91,6
en mois d’importation32,63,12,92,01,61,4

Estimation.

DTS, comptes de réserve au FMI, et devises.

Biens et services.

Estimation.

DTS, comptes de réserve au FMI, et devises.

Biens et services.

Tableau 6.Maroc: Dépenses d’équipement du gouvernement central, 1965-851
Dépenses effectivesProgramme du Plan2
1965-671967-721973-771978-801981-853
Agriculture et barrages27,442,924,326,721,7
Dont: Barrages(4,4)(16,1)(6,5)(9,3)(4,8)
Irrigation(14,7)(13,2)(8,9)(10,4)(6,5)
Autres secteurs productifs28,218,615,711,816,2
Infrastructure21,821,519,619,617,7
Education et formation11,617,617,9
Services sociaux et logement8,15,99,2
Développement régional22,517,09,911,58,3
Administration générale et dépenses non classées10,86,88,9
Total100,0100,0100,0100,0100,0
Total des dépenses
(en millions de dirhams courants)2.1325.47817.92315.96061.4404
Moyenne annuelle
(en millions de dirhams de 1981)52.1463.3206.4896.46712.228
Source: Documents du Plan, Ministère du Plan et estimations des services de la Banque mondiale.

Y compris les transferts de capitaux; à l’exclusion de la défense et de l’amortissement de la dette.

Crédits budgétaires prévus pour la période 1981-85 selon l’Annexe au Volume I du Document du Plan.

A l’exclusion de chemin de fer Marrakech-Laayoune (6,6 milliards de dirhams) et du programme d’irrigation du Gharb (2,6 milliards de dirhams, barrage de M’Jara compris).

Prix de 1981.

Valeurs courantes en dirhams auxquelles a été appliqué le coefficient de déflation implicite de la formation d’immobilisations brutes de la comptabilité nationale (l’augmentation de ce coefficient en 1981 a été estimée a 10 pourcent).

Source: Documents du Plan, Ministère du Plan et estimations des services de la Banque mondiale.

Y compris les transferts de capitaux; à l’exclusion de la défense et de l’amortissement de la dette.

Crédits budgétaires prévus pour la période 1981-85 selon l’Annexe au Volume I du Document du Plan.

A l’exclusion de chemin de fer Marrakech-Laayoune (6,6 milliards de dirhams) et du programme d’irrigation du Gharb (2,6 milliards de dirhams, barrage de M’Jara compris).

Prix de 1981.

Valeurs courantes en dirhams auxquelles a été appliqué le coefficient de déflation implicite de la formation d’immobilisations brutes de la comptabilité nationale (l’augmentation de ce coefficient en 1981 a été estimée a 10 pourcent).

Tableau 7.Maroc: Programme d’investissements publics, 1981-85(En millions de dirhams, aux prix de 1981)
Budget de l’EtatTotal investissements du reste du secteur public
Barrages2.972
Agriculture10.545
Grande irrigation3.039
Petite et moyenne irrigation981
Elevage1.303
Eaux et forêts893
Projets de développement rural intégrés1.107
Autres3.222
Mines5317.451
Phosphates5.917
Autres (à l’exclusion du charbon et des produits pétroliers)5311.534
Secteur manufacturier1.37113.991
Phosphates10.658
Sucre3501.202
Acier200800
Autres8221.331
Energie4.6559.406
Electricité1.2723.523
Schistes bitumineux1.6842.168
Pétrole et gaz (prospection)1.5002.000
Raffinage et distribution1.352
Charbon113250
Autres86113
Transports9.84813.783
Routes3.3073.307
Chemins de fer2.8702.870
Ports et transports maritimes2.8996.214
Aviation civile5841.068
Autres188324
Postes et télécommunications2.001
Education et formation10.995
Santé1.426
Logement et urbanisme2.535
Administration générale et autres14.560
Tableau 8.Maroc: Produit intérieur brut par secteur, 1968-84
Taux de croissance annuelle (%)

(à prix constants)
Part de PIB (%)

(prix courants)
1968-721973-771977-801980-84197319771983
Agriculture6,8−0,87.2−2,620,816,416,9
Mines, énergie, services publics4,52,46,33,26,96,67,9
Industries manufacturières6,46,13,91,017,316,616,9
Bâtiment4,927,2−11,00,83,79,47,2
Services4,47,81,82,241,639,738,0
Administrations4,414,410,78,69,611,413,2
Produit intérieur brut6,27,53,62,5100,0100,0100,0
Tableau 9.Maroc: Balance des paiements, 1975-84(En millions de dollars)
197519771980198219831984
Echanges de merchandises f.o.b.−736−1.537−1.356−1.772−1.215−1.384
Exportations1.5291.2842.4142.0432.0862.169
Importations2.2652.8213.7703.8153.3013.553
Services182−341−193−297248359
Recettes1.0511.2031.9501.8001.8351.807
dont:
Tourisme(296)(333)(453)(412)(457)(495)
Envois de fonds de travailleurs émigrés(533)(589)(1.054)(849)(916)(908)
Paiements8691.5442.1432.0971.5871.448
dont:
Revenu du capital(95)(189)(600)(675)(631)(623)
Transactions gouvernementales(261)(717)(716)(625)(400)(264)
Transferts courants nets8521281699461
Compte courant de la balance des paiements−546−1.826−1.421−1.899−873−964
Capitaux publics à long terme (nets)6722.0361.1341.478371458
Dons1003609812414216
Prêts (nets)5721.6761.0361.354229442
Autres capitaux (nets)−143−2163755247384
Variations des avoirs nets à l’étranger (augm.= -)176249366255122
Tableau 10.Tunisie: Investissements 1982-84: Objectifs du plan par rapport aux réalisations(En millions de dinars en prix courants)
Objectifs du planRealisationsEcarts Majeurs
Agriculture730744
Hydrocarbures616605
Mines14374−70
Electricité209276+70
Industries manufacturières8851.006+120
Tourisme218209
Transport715724
Services divers3363+30
Education/santé198190
Logement558828+270
Eau/assainissement210240+30
Bâtiments administratifs185138+50
Total4.6005.097+500
Investissements productifs:
à forte intensité de main-d’oeuvre1.160980−180
capitalistiques1.9002.210+310
infrastructure1.5401.907+370
Total4.6005.097+500
Source: Ministère du Plan, Budget Economique, 1985.

Equipements collectifs divers.

Source: Ministère du Plan, Budget Economique, 1985.

Equipements collectifs divers.

Tableau 11.Tunisie: Investissements bruts par secteur(En millions de dinars aux prix constants de 1980)
197619771978197919801981198219831984
Agriculture et pêche97.389.0113.7117.3147.0158.3154.4171.8186.3
Mines29.034.560.837.722.020.816.317.217.3
Pétrole105.783.569.796.298.1180.6210.999.7115.6
Electricité et eau76.971.355.7112.971.979.580.894.2127.8
Ind. manufacturières144.5163.7200.7175.2134.5192.0214.0247.6231.2
Transport et télécommunications146.7136.7109.8149.2205.0209.2202.4142.3159.9
Logement131.2154.5157.5167.6185.0176.0173.5191.1205.5
Tourisme14.415.223.517.632.329.333.651.557.8
Commerce et autres services6.12.93.63.76.03.15.14.23.9
Infrastructure100.0106.9108.386.9100.287.189.4100.8115.0
dont:
Education(n.a.)(45.2)(41.2)(34.2)(29.0)(18.8)(18.1)(26.9)(27.6)
Santé(n.a.)(21.3)(17.9)(18.1)(18.3)(14.4)(15.5)(17.0)(24.7)
Assainissement(n.a.)(13.0)(13.1)(18.8)(21.7)(18.1)(17.3)(15.3)(17.7)
Autre(n.a.)(30.0)(36.1)(15.8)(31.2)(35.8)(38.5)(41.6)(45.0)
Total, investissements fixes851.8858.2900.0964.31002.01146.71180.21120.31220.3
dont:
Secteur public511.2553.5559.9584.1531.8768.0651.6649.5732.8
dont:
Entreprises publiques(376.9)(396.0)(400.5)(413.2)(339.0)(561.8)(476.6)(443.3)(521.5)
Secteur privé340.2304.7340.1380.2470.2378.7528.6470.3487.5
Source: Ministère du Plan.
Source: Ministère du Plan.
Tableau 12.Tunisie: Coefficient marginal de capital par secteur
Croissance de PIB de 1981 à 1986Investissements fixes de 1981 à 1985Coefficient marginal
MD prix constants de 1980MD prix constants de 1980(décalé d’un an)
Agriculture8186610.7
Industries manufacturières17110766.3
Alimentaires251706.8
Matériaux de construction312849.2
Mécaniques et électriques301906.3
Chimiques262369.1
Textiles241074.5
Autres35882.5
Industries non-manufacturières
Industrie101383138.0
Mines49423.5
Electricité1930816.2
Eau619833.0
Hydrocarbures−25734neg.
Construction6488.0
Tourisme823028.9
Autres services23522939.8
Total (PIB/IFB)505584811.6
Source: Ministère du plan.
Source: Ministère du plan.
Tableau 13.Tunisie: Coût d’investissement moyen par nouvel emploi créé
1971-761976-811981-84
Réalisations
Prix de 198015.01722.50026.963
Prix de 198422.67633.97540.714
Indice100149,5179,5
Source: IEQ l’évolution de la productivité 1971-84, November 1984.
Source: IEQ l’évolution de la productivité 1971-84, November 1984.
Tableau 14.Tunisie: Produit intérieur brut par secteur, 1971-84(En millions de dinars de 1980)
19711972197319741975197619771978197919801981198219831984
Agriculture et pêche51351.7435.8391.5448.3469.2501.7451.5478.2455.4500.3533.0480.0493.0550.0
Agriculture52336.3419.2373.3424.2440.8478.4426.5454.1431.0474.9508.0451.5460.5514.5
Pêche5315.416.618.224.128.423.325.024.124.425.425.028.532.535.5
Industries-manufacturières54167.6214.2216.2191.3240.5292.8305.3326.6362.1417.3468.9482.2522.0565.8
Alimentaires5561.482.266.831.080.396.086.994.591.4101.3115.2106.7110.2131.1
Matériaux de construction5612.614.516.115.218.427.629.640.149.462.370.371.281.886.2
Mécaniques et électriques5718.824.626.827.224.431.536.741.347.754.363.169.074.580.8
Chimiques5823.631.536.941.529.224.231.331.937.049.553.156.262.965.4
Textiles5931.338.044.246.958.781.084.978.491.399.0110.8115.2121.9124.8
Autres6019.923.425.429.529.532.535.940.445.350.956.463.970.777.5
Non-alimentaires61106.2132.0149.4160.3160.2196.8218.4232.1270.7316.0353.7375.5411.8434.7
Industries-non-manuf.62414.5441.8446.7496.2547.2487.0532.5584.9648.2684.2708.0698.7738.5735.2
Mines6332.434.130.751.637.735.537.038.342.045.349.146.555.253.0
Hydrocarbures64265.7275.0271.2285.1318.4249.7288.6329.5361.8377.6363.7346.3371.6363.0
Electricité6512.113.215.416.718.619.122.625.630.434.038.039.544.448.0
Eau668.89.010.312.611.914.516.116.918.419.520.522.223.124.1
Construction6795.5110.5119.1130.2160.6168.2168.2174.6195.6207.8236.7244.2244.2247.1
Services-non-administratifs68581.3675.5668.7719.5798.7848.2865.5928.11019.51093.81153.11173.51217.51286.0
Transport6976.488.797.7106.1111.5123.1136.1146.0162.8170.2179.0183.2197.8220.0
Tourisme7066.677.967.765.599.6103.394.6102.1129.6138.9143.8130.1121.2121.0
Logement71105.3110.0114.8119.8125.0130.6137.7145.4153.9163.0170.0176.0181.5188.0
Commerce7233.0398.9388.5428.1462.6491.2497.1534.6573.2621.7660.3684.2717.0757.0
Produit intérieur brut731515.11767.31723.11855.32055.62129.72154.82317.82485.22695.62863.02834.42971.03137.0
Services-administratifs74226.6245.3259.2275.3292.8311.4320.5323.5337.7368.5405.6425.6444.0462.0
PIB-coût des facteurs751741.72012.61982.32130.62348.42441.12475.32641.32822.93064.13268.63260.03415.03595.0
Impôt, indirects nets76181.1250.5267.3301.2256.1369.2430.6452.0473.4476.4467.4476.0500.0527.0
PIB-prix de marché221922.82263.12249.62431.82604.52810.32905.93093.33296.33540.53736.03736.03915.04126.0
Source: 1970-80 Bach Hamba 1981-84 Budget Economique.
Source: 1970-80 Bach Hamba 1981-84 Budget Economique.
Tableau 15.Tunisie: Ressources et emplois, 1970-84(En millions de dinars de 1980)
197019711972197319741975197619771978197919801981198219831984
Consommation131214.91292.91488.91587.01688.11894.02009.02178.92294.42387.32690.92891.02989.03165.03318.0
Privé14961.11031.21205.51286.31364.81520.31599.41736.31833.81921.42178.72336.02401.02545.02665.0
Public15253.8261.7283.4300.7323.3373.7409.6442.6460.6465.9512.2555.0588.0620.0653.0
Formation de capital
Capital brut16558.8568.1696.4645.0758.0804.8857.6874.8969.51030.11039.51195.01216.01167.01303.0
Investissements fixes17399.3439.6502.1506.1596.2744.6851.1857.9900.0964.11002.01147.01180.01120.01220.0
Variations des stocks18159.5128.5194.3138.9161.860.26.516.969.566.037.548.036.047.083.0
Total d’emplois1671773.71861.02185.32232.02446.12698.82866.63053.73263.93417.43730.44086.04205.04332.04621.0
Balance des
Ressources19−35.261.877.817.6−14.3−94.3−56.3−147.8−170.6−121.1−189.9−350.0−469.0−417.0−495.0
Exportations20518.9666.3818.9750.6864.6870.71018.71090.61172.11423.91424.61474.01372.01391.01410.0
Importations21554.1604.5741.1733.0878.9965.01075.01238.41342.71545.01614.51824.01841.01808.01905.0
Produit intérieur brut221738.51922.82263.12249.62431.82604.52810.32905.93093.33296.33540.53736.03736.03915.04126.0
Services facteurs, net23−16.7−3.5−7.9−10.9−6.0−1.1−32.1−22.5−4.71.6−1.510.120.724.46.8
Produit national brut241721.81919.32255.22238.72425.82603.42778.22883.43088.63297.93539.03746.13756.73939.44132.8
Source: Ministère du Plan.
Source: Ministère du Plan.
Tableau 16.Tunisie: Principaux indicateurs de la balance des paiements, 1979-84
197919801981198219831984
Croissance annuelle des exportations (biens et services non facteurs) aux prix courants48,125,120,93,09,58,6
Croissance annuelle des importations (biens et services non facteurs) aux prix courants27,425,628,59,57,016,5
Déficit courant (en % du PIB)4,84,77,69,27,610,7
Source: Tableau 1 de l’Annexe.
Source: Tableau 1 de l’Annexe.
Tableau 17.Maghreb: Principaux indicateurs économiques
AlgérieMarocMauritanieTunisie
Population (millions), 198320,620,81.66,8
Croissance démographique (% par an)8,12,52,32,3
PNB par habitant, dollars (1983)24007604401290
Espérance de vie 1970-82 (années)53-5751-5240-4553-61
Croissance PIB (%/an) 1970-806,45,21,47,8
1980-845,22,51,63,9
Croissance PIB (%/an) est. 1984-866,03,42,25,0
proj. 1986-904,32,83,64,7
1/4 IB agr./total (%) 196515232722
19836173614
Manufact./total (%) 1965111639
19831317714
Croissance const. pub. (%/an) 1973-8310,81,48,1
Croissance const. prov. (%/an) 1973-839,55,53,07,2
Invest. int. brut 1973-83 (%/an)7,22,47,09,5
Epargne int. brute/PIB (%) 19833811−1120
Invest. brut/PIB (%) 198337211829
Balance ressources/PIB, 1983 (%)1−10−29−9
Invest. pub. total (%)1/Agr.3,617,414,6
Industrie45,111,833,1
(Manufacture)(21,6)(—)(19,7)
(Hydrocarbures)(23,5)(—)(11,9)
Infrastructure (y compris barrages)27,728,937,4
ICOR210,18.16.5
Dette totale millions de dollars
198413.81112.3451.2834.301
à long terme, millions de dollars12.05210.1691.1713.900
Dette/PNB 198424%83%171%54%
Service de la dette millions de dollars 19844.5601.13442682
Ratio service de la dette 19703,8%8,4%3,2%19,0%
198026,6%36,5%11,1%14,3%
198432,4%37,6%10,0%24,4%

Chiffres actuels, Algérie 1978, 1982. Maroc 1978-80. Tunisie 1982-84.

Algérie 1980-82. Maroc 1980-83. Tunisie 1980-84.

Chiffres actuels, Algérie 1978, 1982. Maroc 1978-80. Tunisie 1982-84.

Algérie 1980-82. Maroc 1980-83. Tunisie 1980-84.

Bibliographie sélective

    Other Resources Citing This Publication