Politiques Economiques, Croissance, et Equilibre Exterieur dans les Pays du Maghreb
Chapter

Aspects du Role de L’etat dans la Croissance Economique au Maghreb

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
June 1988
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Author(s)
Hocine Benissad

En 1956-62, lors des indépendances nationales, le Maghreb était caractérisé par des économies sous-développées, extraverties et dominées: exportation de produits du sol et du sous-sol, hypertrophie des services, sous-équipement industriel, absence de force de travail qualifiée, dualisme socio-économique, dépendance à l’égard de l’ancienne métropole, etc. Les trois Etats indépendants (Algérie, Maroc et Tunisie) qui enregistrent à l’époque une fuite de capitaux facilitée par l’appartenance à la Zone franc et un départ massif de la main d’oeuvre qualifiée d’origine européenne, commencent par subir une période d’effrondrement économique et d’anarchie organisationnelle. Mais, très vite, ils réagissent et mettent en place à des moments variables des politiques de développement et un cadre institutionnel (plus ou moins novateur) leur servant d’appui. Le Maghreb fait alors depuis 1956-62 l’expérience de toutes les stratégies de développement.

Le modèle de développement auto-centre

L’industrie “industrialisante” est tout d’abord l’objectif du planificateur au Maroc. Dans ce pays, l’aspiration à mettre en oeuvre un modèle auto-centré est éphémère et laisse place à une stratégie alternative du type sud-américain. En Algérie c’est en 1966-67 qu’est conçu un modèle de développement qui, d’emblée, se fonde sur une industrialisation rapide.

L’expérience marocaine

Après son indépendance, le Maroc adopte un plan quinquennal (1960-64) qui véhicule la notion de “self reliance”; il vise en effet à garantir à long terme l’indépendance économique et à promouvoir une croissance à partir des “forces propres” du pays. Pour atteindre de tels buts, ce premier plan quinquennal marocain prévoit que:

  • environ 37 pourcent du volume global des investissements seraient destinés à l’industrie,

  • 50 pourcent des investissements industriels iraient à l’industrie de base,

  • le financement des investissements dépendrait pricipalement de l’épargne domestique.

Une crise politique éclate en 1962 qui se traduit par l’abandon des velléités de développement auto-centré au Maroc.

Le cas algérien

C’est au centre du Maghreb que sera menée avec continuité une politique économique privilégiant l’industire de base, considérée comme le secteur préparant l’économie nationale à un fonctionnement relativement autonome et non tributaire des turbulences du marché mondial (contrairement aux stratégies de développement latino-américaines).

Les choix institutionnels et économiques

La stratégie algérienne de développement impliquait des modifications profondes de l’agencement institutionnel et des règles de gestion de l’économie—Ces modifications ont porté sur:

  • la socialisation avancée des structures économiques dont les buts sont le contrôle des grands moyens de production, la mobilisation maximale du surplus et l’utilisation de ces moyens de production et de ce surplus conformément aux options du plan. Dans le cas de l’Algérie l’extension notable du secteur public s’explique aisément: la bourgeoisie européenne émigre vers la métropole en 1962-63. Ce déplacement est l’occasion pour l’Etat de récupérer des propriétés foncières ou industrielles ainsi que des propriétés immobilières dont la gestion est alors collectivisée. Quant à la bourgeoisie algérienne, de taille réduite en 1962-63, elle dispose de peu de capitaux et d’expérience, notamment dans l’industrie; sa propension à investir, faible, a aussi été érodée par le discours socialiste et les premières décisions auto-gestionnaires du nouvel Etat indépendant. Enfin, l’expansion des industries de base (métallurgie, mécanique, etc.) devait reposer sur un interventionnisme accru de l’Etat et donc l’extension du secteur public;

  • les politiques autarcisantes découlant à priori de tout modèle autocentré. Dans toutes les branches apparaissent des monopoles d’Etat du commerce extérieur dont l’exercice est dévolu aux entreprises et offices publics chacun couvrant une branche d’activité;

  • la planification. Celle-ci après des tâtonnements verra le jour dès 1967 et se renforcera dès 1970 où elle devient à la fois centralisée et impérative. En même temps, le système bancaire étatisé en 1966-67 devient comme dans les pays de l’Est l’agent de contrôle du plan.

Dans ce contexte institutionnel, la planification met donc en place une stratégie destinée à être auto-centrante. L’industire choisie comme véhicule de cette stratégie, possède quatre caractéristiques:

  • elle est, à la fin des années 60, de grande dimension et la miniaturisation l’a peu affectée;

  • elle est “capitalistique”: pour 1 DA de produit il fallait investir près d’une dizaine de dinars; c’est pourquoi, en partie, la part du revenu national investie, le taux d’investissement, a toujours dépassé 30 pourcent voire même 50 pourcent en 1978 (c’est-à-dire des niveaux impressionnants et excessifs par rapport au taux d’investissement de pays étrangers);

  • elle appartient au secteur de production de biens intermédiaires et de machines qui est à l’origine de tout processus de croissance autonome. De surcroît ce secteur charrie des technologies avancées, et, à ce titre, il était censé mener (grâce à de faibles prix de revient des produits finis) à l’élargissement du marché intérieur, à la conquête de débouchés extérieurs et à la modernisation rapide des structures économiques, mentales et culturelles;

  • contrairement aux autres industrialisations de la région impulsées par le marché et le profit, l’industrialisation algérienne se fait indépendamment du marché et à partir du postulat optimiste selon lequel l’offre (planifiée) de biens secrèterait sa propre demande (planifiée ou non).

Selon le planificateur le cheminement de la croissance comporte alors deux étapes. En principe il y a une première phase plus ou moins longue où:

  • la croissance économique est plus lente que si on avait mis l’accent sur l’agriculture ou l’industrie légère; ces deux branches obtiennent environ 20 pourcent seulement des investissements publics planifiés en 1967-77. Le surinvestissement va compenser l’effet de freinage de la croissance des choix en matière d’investissements publics;

  • le secteur des biens d’équipement (qui consomme 90 pourcent des investissements industriels en 1967-80) se développe bien plus vite que le secteur des biens de consommation en dépit du long délai de maturation de ses investissements;

  • compte tenu du rythme ralenti de la production de biens de consommation la dépense de la population en termes physiques croît lentement; le niveau de vie de certaines couches sociales a alors diminué. D’ailleurs dans cette opération de compression du niveau de vie, les rudes pénuries (qui ont alimenté les marchés parallèles, les files et les listes d’attente, etc.) ont joué un rôle crucial.

Dans une deuxième phase l’évolution devrait se renverser. En effet avec l’installation d’un secteur industriel diversifié fabriquant des machines, le planificateur pourrait ultérieurement lancer le développement d’une industrie légère induisant dans son sillage:

  • une création importante de biens de consommation et une hausse du niveau de vie:

  • une création massive d’emplois puisque l’industrie de biens de consommation utilise relativement plus de main d’oeuvre par dinar investi.

Compte tenu des performances de l’Algérie en matière de taux d’investissement la question de son financement se pose immédiatement. Il y a ici trois éléments de réponse:

  • tout d’abord l’épargne domestique a été utilisée. Cette dernière est le fait des ménages (dont l’épargne est surtout involontaire), de quelques entreprises d’Etat, d’entreprises privées industrielles ou des entreprises privées commerciales et de l’Etat dont le budget de fonctionnement a accusé des excédents;

  • ensuite, le financement monétaire, c’est-à-dire la création de monnaie, a été obtenu. En effet les banques commerciales qui ont eu la charge dès 1970 de financer une partie importante de l’investissement public ont eu accès au refinancement automatique par l’Institut d’émission pour reconstituer leur trésorerie. De plus, le Trésor qui avait conservé en 1970 une partie du financement des investissements publics (opérés à fonds perdus ou sur des prêts à long terme) a connu un déficit dans son solde général et ce dernier a dû être couvert par des avances de l’Institut d’émission.

  • enfin la troisième et dernière source de financement, a été constituée par l’épargne étrangère, l’endettement extérieur. Comme tous les pays exportateurs de pétrole à forte densité de population (Nigéria, Vénézuela, Mexique, etc.), le déficit de la balance des opérations courantes (1,7 milliard de dollars en 1979) induit, notamment par le volume des investissements effectués par l’Etat et les entreprises publiques.

Les résultats positifs de cette stratégie de développement, où s’affirme l’Etat-providence, sont de plusieurs ordres. A ce sujet on peut citer:

  • un taux de croissance moyen élevé (7,5 pourcent) du produit global sur la période qui a été entraîné principalement par l’évolution de la valeur ajoutée industrielle (7,8 pourcent l’an en 1962-69 et 11,4 pourcent l’an en 1970-79);

  • une création massive d’emplois dans certains cas en surplus, sur injonction du planificateur pour compenser les effets négatifs de la technologie moderne qui a été privilégiée au sein de l’ensemble du secteur public;

  • une formation à grande échelle de techniciens, de cadres et d’ingénieurs à travers les filières traditionnelles d’enseignement et aussi à l’occasion de la conclusion des contrats de transfert d’équipement et de technologie;

  • une élévation globale du niveau de vie de la population avec d’ailleurs une propension à limiter les inégalités de revenu.

Toutefois des désajustements sectoriels et globaux surgissent dans l’économie algérienne et certains d’entre eux étaient inhérents à la stratégie de développement mise en oeuvre en 1966-67.

Les tensions dans l’économie algérienne

Les priorités conférées à certaines branches d’activité, tant sur le plan de l’organisation que sur celui des allocations de ressources et de leur emploi vont engendrer des tensions. Celles-ci se manifestent à plusieurs niveaux.

Les déséquilibres inter-sectoriels

De ce point de vue, les données disponibles indiquent que:

  • la production agricole stagne relativement: elle croît au rythme annuel moyen de 2,40 pourcent en 1967-78, soit à un taux largement inférieur à celui de la population. Il n’est pas étonnant que la dépendance alimentaire se renforce: les importations de céréales, denrée de base locale, qui ne couvraient que 23 pourcent de la demande domestique en 1967-69, représentent 60 pourcent de la consommation algérienne dix ans plus tard. En ontre, la balance commerciale de produits alimentaires s’est fortement dégradée et le taux de couverture des importations par les exportations alimentaires chute de 150 pourcent à 7 pourcent en 1963-77;

  • le secteur tertiaire ne s’étend pas à la même allure que le secteur matériel non agricole. Les services n’évoluent qu’au taux moyen annuel de 6,5 pourcent ce qui engendre de sévères goulots d’étranglement en particulier dans les branches des transports et du commerce;

  • le secteur privé, en dépit de ses faibles capacités de production, et de son encadrement en aval par un secteur public souvent hostile, reste dynamique au plan de la production. En 1978, le secteur privé, malgré ses immobilisations relativement modestes, contrôle 42 pourcent de l’output industriel hors hydrocarbures;

  • la part du secteur industriel dans le produit global s’accroît de 24 pourcent en 1963 à 38 pourcent en 1978. Cette expansion s’accompagne d’une concentration des activités industrielles autour des hydrocarbures et des autres industries de base. De surcroît la polarisation est aussi régionale: il y a trois foyers industriels: Oran-Arzew à l’Ouest, Alger au Centre et le triangle Skikda-Constantine-Annaba à l’Est;

  • la faiblesse des investissements collectifs occasionne de graves tensions dans le domaine de la distribution de l’eau dans les villes, le logement, etc. qui influent sur la productivité des travailleurs. Cet état de fait est bien sûr le sous-produit d’un sous-investissement public dans le secteur des biens sociaux; mais il est aussi le résultat du découragement et de l’érosion de l’initiative privée face à un Etat-providence tentaculaire et bureaucratique qui prétendait devoir et pouvoir (à terme) couvrir la demande de biens collectifs croissant en particulier sous le poids d’une démographie rapide. De ce point de vue les mesures prises par l’Etat (quasiprohibition de la construction privée, gratuité de la médecine qui mène à un déclin de la qualité du service, etc.) ont eu plutôt des effets négatifs.

On rencontre donc en Algérie les distorsions sectorielles de même nature que celles qui ont été induites par la planification “centralisée et impérative” des pays de l’Europe de l’Est.

Le déséquilibre sur le marché des biens

La demande intérieure évolue plus rapidement que la production entraînant une double pression:

  • sur l’équilibre commercial. La balance des biens se dégrade de manière croissante et son déficit atteint un maximum (9,4 milliards DA) en 1978; ce déficit est le double reflet du gonflement de la demande globale et du taux de change en vigeur;

  • sur les prix. L’inflation, apparue en 1971, tend à accélérer. Cependant cette évolution ne transparait pas dans les indices des prix officiels qui ignorent tous les autres symptômes d’écart entre quantités offertes et demandées comme les files et les listes d’attente, la baisse de qualité des biens, l’épargne “involontaire”, etc. (qui sont devenus des phénomènes structurels de l’économie algérienne et nourrissent une économie souterraine, non officielle importante).

La politique financière et monétaire

L’adoption d’une politique financière et monétaire peu orthodoxe, laxiste, débouche sur une création excessive de moyens de paiement ayant pour triple objectif de financer:

  • le découvert du Trésor public à l’aide de concours à l’Etat servant à couvrir une partie de ses dépenses d’équipement; en 1970-78 les avances de l’Institut d’émission au Trésor sont passées de 5,9 à 24,7 milliards DA;

  • une portion de l’investissement public par des crédits bancaires à moyen terme réescomptables sans limite par l’Institut d’émission;

  • et des déficits répétés, structurels d’entreprises publiques par du crédit bancaire à court terme (faute, pour l’Etat, de dégager des subventions suffisantes). Le financement des besoins d’exploitation et du crédit d’investissement à moyen terme ont déterminé un accroissement des crédits à l’économie de 687 pourcent en 1970-78.

Le recul de l’intégration locale

Le taux d’autonomie de l’économie se dégrade au moins dans deux domaines. Tout d’abord dans le secteur industriel: selon le ministère chargé du Plan le taux de couverture de la demande pour les produits intermédiaires, par la production intérieure a chuté de 48 à 24 pourcent entre 1968-78 (en partie à cause du processus de croissance). Ensuite du point de vue technologique, l’assistance étrangère, au lieu de s’atténuer, s’est étendue dans la même période à la faveur de l’intensification de l’industrialisation et de la substitution à la clause “clés en main” de clauses “produits en main” ou “costs and fees” (marché sur dépenses contrôlées) dans les contrats d’importation d’équipement et de savoir faire. Cependant, malgré l’ampleur de cette assistance technique importée, la maîtrise de l’appareil de production est restée insuffisante, déterminant en partie des sousutilisations de capacités productives (64 pourcent dans les cimenteries, 78 pourcent dans la fabrication des ronds à béton, etc.) dans le secteur public.

L’alourdissement de la dette internationale

Le financement extérieur des programmes d’investissement public a entraîné une mobilisation de prêts étrangers considérables, s’appuyant sur la crédibilité que tire l’Algérie de ses ressources en hydrocarbures. En 1983, le passif extérieur, estimé à 21 milliards de dollars, place l’Algérie parmi les pays du Tiers-monde les plus endettés.

Le gaspillage de capital

Le taux d’investissement a été largement supérieur aux capacités d’absorption locale maximum; la loi des rendements décroissants a alors joué, engendrant une inefficacité des investissements publics et une certaine dose de gaspillage de capital.

Lutte contre les déséquilibres ou politique d’ajustement?

Au cours de la période 1980-86 apparaissent de côté externe des pressions sur la capacité d’importation et les recettes budgétaires. C’est dans ce contexte que seront adoptés les plans quinquennaux 1980-84 et 1985-89 qui se proposent de corriger les déséquilibres et d’assouplir les règles de fonctionnement de l’économie.

Les aspects quantitatifs du plan 1980-84

La structure des investissements planifiés en 1980-84 (d’un montant total de 400 milliards DA), tout en accordant une certaine priorité à l’industrie, confère plus de crédits à l’agriculture et aux infrastructures économiques et sociales dans le but de lutter contre les déséquilibres et les goulots d’étranglement issus de l’industrialisation rapide de la décennie antérieure.

Tableau 1.Distribution des investissements(En pourcentage)
PlanifiésRéalisés
Industrie38,538
Agriculture11,86
Transport et moyens de réalisation8,27,2
Infrastructure sociale31,936,5
Infrastructures économiques9,212,3

Du point de vue des réalisations, l’Etat a investi en 1980-84 près de 345 milliards DA (soit 85 pourcent de ses prévisions en termes nominaux). La structure des investissements publics exécutés ne s’est pas trop écartée de celle qui a été planifiée.

Dans la pratique, ce sont les investissements exécutés par l’Etat dans le secteur des infrastructures qui se sont accélérés par rapport aux investissements des entreprises publiques et surtout de l’agriculture. Pour financer son important programme de construction de barrages, de routes, d’hôpitaux, de logements, etc. l’Etat a dû accroître son endettement vis-à-vis de l’Institut d’émission en partie à cause de l’impact de la récession mondiale sur le niveau des redevances tirées du secteur des hydrocarbures (qui a connu une évolution défavorable du volume d’exportations et du prix du baril de pétrole à partir de 1982). D’ailleurs la crise du secteur d’exportation produit un double effect négatif sur le programme des investissements publics planifiés:

  • le volume réel des investissements exécutés a été érodé par l’inflation qui a continué à affecter les importations de biens d’équipement et de technologie;

  • certains projets d’investissement considérés comme prioritaires ont vu leur réalisation reportée; cette décision (parmi d’autres) a permis de comprimer le coefficient d’imporation (28 pourcent en 1984 contre 31 pourcent en 1979).

Néanmoins, en dépit de la récession mondiale, le taux d’investissement en baisse, est resté considérable (environ 30 pourcent sur la période), ce qui a permis de maintenir un taux de croissance moyen élevé (6 pourcent) pour l’économie algérienne (hors hydrocarbures). De plus, sur le plan des équilibres monétaire et financier, on observe que:

  • l’endettement externe a été comprimé de 23 à 21 milliards de dollars en 1980-83. L’évolution récente de la balance des investissements indirects confirme cette tendance au désendettement: en 1982-83 le solde des emprunts extérieurs nets des remboursements a été négatif et s’est monté à plus de 1,6 milliards de dollars. Une telle opération a pu être menée par le biais d’une contraction des réserves de change (qui sont passées de 4 à 1,6 milliards de dollars en 1980-84). En dépit du cours du dinar favorable aux importations, il y a un renversement de la balance commerciale dès 1979; cette performance découle d’une meilleure programmation physique des importations, de la contraction du taux d’investissement et également d’une stabilisation des revenus d’exportation découlant d’une diversification des produits exportés. En 1985 la part du pétrole brut dans les revenus du secteur des hydrocarbures est tombée à 26 pourcent (contre 69,5 pourcent en 1980); simultanément la part des condensate s’est accrue de 9,75 à 24 pourcent, celle du gaz naturel de 5,8 à 24 pourcent tandis que celle des produits raffinés (provenant de l’arrivée à maturité d’investissements massifs de la dernière décennie) est passée de 13,6 à 22 pourcent, le reliquat (4 pourcent) revenant au gaz de pétrole liquéfié. Cette diversification des ventes du secteur des hydrocarbures a permis à l’Algérie d’être un des rares pays exportateurs d’or noir à mieux résister au retournement brutal du marché pétrolier et à stabiliser ses recettes internationales autour de 13 milliards de dollars l’an.

  • l’accroissement annuel de la masse monétaire se ralentit par rapport à celui qu’a connu l’économie algérienne en 1967-79. Cette décélération est due à un contrôle à priori plus grand exercé par le système bancaire et le contrôle financier sur les dépenses des entreprises publiques (par exemple en matière de charges salariales) et sur celles des administrations;

  • le budget de l’Etat (qui dépend encore à concurrence de 43 pourcent du secteur des hydrocarbures) a connu en cours d’exercise des modifications restrictives, y compris dans le domaine des dépenses de fonctionnement de certaines administrations; au même moment, l’Etat employeur est devenu exigeant et sélectif dans ses recrutements (qui se sont fortement ralentis). Ces modifications ajoutées à la réforme fiscale ont permis par ailleurs en 1984 au Ministère des finances d’atteindre un de ses objectifs, à savoir faire couvrir les dépenses de fonctionnement de l’Etat par les recettes fiscales ordinaires (hors recettes issues du secteur des hydrocarbures).

Les aspects qualitatifs du plan 1980-84

Des mesures ont été adoptées en vue de rendre plus flexible le fonctionnement de l’économie nationale et d’aboutir à certains ajustements. Ces mesures comprennent:

  • le lancement d’un Programme anti-pénurie qui a consisté en 1980-82 à importer des quantités substantielles de biens de consommation durables en vue de combattre la psychologie de pénurie et les comportements connexes (tout à fait similaires à ceux de l’inflation); ceci explique que la consommation privée soit passée de 57,2 à 108 milliards DA en 1979-83 (aux dépens d’une partie de l’épargne involontaire jusque là accumulée);

  • la libéralisation accrue des importations. Il a été admis que les touristes algériens à l’étranger pouvaient importer jusqu’à 20.000 DA de marchandises sans formalité de commerce extérieur; de plus, l’importation de véhicules particuliers a été libéralisée en même temps qu’a été remis en place un système d’achat de pièces détachées contre remboursement. Pour les industriels et commerçants, l’importation d’équipement, de pièces de rechange et de matières premières jusqu’à 200.000 DA est désormais plus en libre; par ailleurs, le Ministère du commerce délivre de plus en plus de licences d’importation (souvent sans cession de devises) aux entreprises privées qui contournent ainsi les organes du monopole d’Etat du commerce extérieur;

  • l’adoption en 1982 d’un nouveau code des investissements privés nationaux destiné à organiser et planifier davantage l’accumulation de capital privé; entre 1982-84 le montant des investissements privés agréés s’est élevé à 3,5 milliards DA et devait déboucher sur la création de 20.000 emplois. Très naturellement les investissements privés agréés bénéficient d’une série de mesures d’encouragement (licences d’importation, attribution de terrains en zones industrielles, avantages fiscaux, etc.);

  • le recours (en vue d’une plus grande maîtrise de l’appareil de production) à une restructuration organique des entreprises d’Etat ayant consisté essentiellement:

    • — en un découpage des grandes sociétés nationales en entreprises de taille moyenne et en leur déconcentration géographique;

    • — et, simultanément, en une tentative de contrôle des charges et notamment de la masse salariale. Plus exactement, il a été recommandé aux entreprises publiques d’identifier les travailleurs redondants ou improductifs pour les réaffecter à d’autres activités ou ne pas les remplacer en cas de mise à la retraite ou de démission;

  • la dotation des nouvelles entreprises publiques de structures financières appropriées qui doivent faciliter la politique de maximisation de l’excédent et de rentabilisation accrue des moyens de production;

  • la libéralisation de la commercialisation des produits agricoles; cette décision, qui a permis de démonopoliser et de débureaucratiser les ventes de denrées alimentaires locales, s’est accompagnée d’une hausse de la productivité et de la production agricoles;

  • la généralisation de la comptabilité analytique dans les entreprises publiques afin de déterminer les coûts de production et de procéder à la révision des prix de vente; cette mesure, qui procède de la notion de “vérité des prix”, a pour objet l’améloriation de la situation financière des entreprises publiques et, par suite, la production d’un plus grand excédent pour le financement du développement ultérieur. Ceci ne signifie pas, cependant, que les opérations de soutien des prix des denrées de base aient disparu (même si elles ont été réduites);

  • la tendance (encore imparfaite) à préparer “l’aprèspétrole” en encourageant les exportations de produits non traditionnels grâce à l’adoption de mesures diverses dans le domaine des assurances, du rapatriement du produit des ventes à l’étranger etc. Ces mesures succèdent à une idéologie étonnante des années 70 selon laquelle les exportations industrielles n’étaient pas nécessaires au développement économique.

Le choc externe survient à un moment où l’Algérie a amorcé une politique d’ajustement volontaire destinée à la fois à restaurer les grands équilibres macro-économiques, à réintroduire les règles de gestion de l’économie de marché et à diversifier ses produits d’exportation (pour défendre, à court terme au moins, la capacité d’importation du pays). C’est pourquoi, abstraction faite de la dégradation des termes de l’échange (compensée temporairement et en partie par l’augmentation de la valeur du dollar), nous pouvons considérer que l’économie algérienne a pu jusqu’ici amortir fortement les effets néfastes de la récession économique internationale.

La substitution d’importation en Tunisie et au Maroc

Alors que la Tunisie passe d’un interventionnisme bureaucratique à un modèle ouvert et extraverti, le Maroc fait preuve de plus de stabilité dans sa politique économique.

L’expérience dirigiste tunisienne (1960-69)

En Tunisie, dès 1960, on renonce à l’expérience libérale pour mettre en oeuvre dans le cadre des perspectives décennales 1960-70 un “modèle introverti” consistant en:

  • une politique de substitution à l’importation dans le secteur industriel à un moment où 87 pourcent des importations sont constituées par les produits manufacturés;

  • une organisation de l’agriculture sous forme de coopératives.

Les objectifs poursuivis sont très explicites et trouvent leur fondement dans la théorie du développement des années 1950-60; il s’agit:

  • de transformer les matières premières locales, en particulier dans l’industrie légère; à cette fin, compte tenu de la défaillance initiale du secteur privé, un secteur public est progressivement mis en place;

  • de créer des emplois dans un pays à excédent de main-d’oeuvre pour répondre à l’attente des masses après l’indépendance obtenue en 1956;

  • d’introduire une technologie moderne susceptible d’assurer une production de masse à moindre coût pour relever le niveau de vie de la population et acquérir des procédés de production efficaces et rentables;

  • d’élargir le marché local par l’expansion de la masse salariale industrielle et les transformations structurelles de l’agriculture.

Cette stratégie tunisienne de développement, dirigée et planifiée par l’Etat, était tout à fait conforme au redéploiement de certaines activités à faible taux de rentabilité des pays développés vers la périphérie; elle s’inscrit si bien dans la nouvelle division internationale du travail que de grandes unités industrielles voient le jour grâce à l’association de capital étranger aux capitaux publics tunisiens.

De 1960 à 1969, le produit global passe de l’indice 100 à l’indice 223; la croissance est donc rapide. Le secteur industriel s’accroît au rythme de 10,2 pourcent l’an de 1960 à 1965, mais ce rythme se ralentit, passant à 6,8 pourcent l’an entre 1965 et 1969, écrit le Professeur A. Bsais. A la fin des années soixante, le processus de substitution d’importation industrielle tend déjà à s’essoufler bien qu’au plan institutionnel l’étatisation de l’économie s’étende.

Pendant la même période, des difficultés socio-économiques surgissent. Il s’agit principalement:

  • de la violente opposition manifestée par l’artisanat, le commerce de détail et la grande propriété foncière nationale menacée de collectivisation. Cette opposition utilise comme argument le fait que la petite paysannerie organisée d’autorité en coopératives n’a pu améliorer son niveau de vie et a eu tendance à fuir les zones rurales;

  • de la lenteur de la croissance industrielle due essentiellement à la capitalistique élevée des investissements, à leur long délai de maturation, etc. L’industrialisation a donc été loin d’absorber la population des chômeurs urbains et ruraux;

  • l’étatisation du commerce extérieur qui se traduit, comptetenu de la pénurie de devises et de la gestion bureaucratique des importations, par des pénuries aiguës de biens de consommation, de pièces de rechange, etc.

  • de l’alourdissement de l’endettement extérieur qui atteint 40 pourcent du produit global et dont le service absorbe le quart des recettes d’exportation en 1968; cette situation découle de la part élevée de la participation du financement étranger à l’investissement global dans les années soixante;

  • du fait que l’intégration de l’économie recherchée n’a pas eu lieu; au contraire, la dépendance vis-à-vis de l’extérieur s’est renforcée et l’insuffisance de liquidités internationales pour financer les achats de matières premières et de demi-produits a provoqué des arrêts dans l’appareil productif;

  • du fait que le revenu national se concentre davantage, sous l’influence de techniques capitalistiques et de la chute des salaires réels érodés par les fluctuations des prix, cette concentration du revenu et des fortunes ayant tendance à rétrécir le marché domestique.

Vers le modèle de substitution à l’exportation industrielle

La discontinuation du “modèle introverti” de substitution à l’importation incite l’Etat à opérer une véritable réforme économique visant à adapter les institutions et les politiques économiques au reflux de la vague libérale.

Les principes de la réforme

Dès 1969-70 (alors qu’en Algérie l’étatisation de l’économie s’accélère) la Tunisie renonce au protectionnisme sévère et à l’interventionnisme tatillon de l’Etat dans l’économie censés être à l’origine d’inefficacités dans le fonctionnement de l’économie. C’est pourquoi on assiste en Tunisie:

  • à une ouverture plus forte sur le marché mondial;

  • à une substitution de l’action indirecte par le secteur privé à “l’action directe” par le secteur public, pour renforcer la socialisation de l’économie; et

  • à une réhabilitation du concept de rentabilité financière que les entreprises publiques ont longtemps ignorée, prétendant rechercher la rentabilité économique ou sociale.

Malgré cette rupture au sein des options politico-institutionnelles, la Tunisie considère que l’industrialisation demeure essentielle pour résoudre “le problème de l’emploi” tandis que l’agriculture “doit se moderniser et s’industrialiser” pour contribuer à résorber le chômage.

C’est ainsi que le plan quinquennal 1982-86 prévoit encore que l’industrie accueillera 40,4 pourcent du total des investissements planifiés. C’est sur la base de ces principes que le planificateur tunisien doit effectuer une modification importante en matière d’organisation de l’économie et d’investissement. Dans ce contexte:

  • le système coopératif est dissous et remplacé par une reprivatisation des exploitations agricoles;

  • certaines entreprises publiques rentables sont cédées au secteur privé tandis que d’autres font l’objet d’opérations d’assainissement financier;

  • l’investissement privé, d’abord national puis étranger, est encouragé. Le secteur privé (antérieurement attiré surtout par des activités spéculatives) se tourne désormais vers les activités industrielles légères, rentables à court terme;

  • sous la pression du chômage urbain croissant (qui touche même l’intelligentsia) l’émigration des individus, envisagée comme une source de devises et d’expérience technique ou professionnelle, est favorisée;

  • enfin, pour insister sur la rupture qualitative en matière de gestion des entreprises publiques par rapport à la période antérieure, on crée une Cour des comptes pour contrôler la gestion des deniers publics.

L’évolution économique (1970-1985)

Au cours de cette période, la politique économique libérale s’accompagne de performances remarquables de l’économie tunisienne qui enregistre une croissance économique rapide; cependant l’expansion du produit global a marqué un certain ralentissement depuis 1980: son taux est en moyenne de 3,4 pourcent en 1980-83; cette expansion est le fruit d’investissements publics importants (mais dont la structure s’est modifiée récemment) et d’une amplification des investissements privés nationaux et étrangers. Le tableau ci-dessous montre les flux d’investissement étranger direct en 1978-83.

Tableau 2.Tunisie: investissements étrangers directs(En millions de dollars)
197819791980198119821983
8949235291337186

Ces capitaux étrangers sont liés aux textes législatifs qui, depuis la loi du 27 avril 1972, cherchent à attirer les investissements étrangers dirigés vers l’exportation des biens industriels et donc à faire participer la Tunisie au processus de redistribution internationale des activités industrielles. Cette politique d’attraction du capital étranger a connu deux étapes successives:

    • — tout d’abord on vise l’implantation de filiales d’entreprises étrangères; mais ces dernières sont surtout attirées par les pays à grand marché pratiquant un protectionnisme élevé;

    • — ensuite, la Tunisie se tourne vers les entreprises étrangères susceptibles d’exporter des biens après leur transformation locale. En même temps, elle encourage les contrats de sous-traitance internationale obtenus par des firmes tunisiennes obéissant à des donneurs d’ordre étrangers;

  • une élévation sensible de la propension à épargner atteignant 0,25 malgré une hausse de la consommation réelle (de 7,5 pourcent l’an en 1977-81). Mais l’épargne domestique a été complétée par un appel aux emprunts extérieurs;

  • la Tunisie échappe à l’inflation rapide qui frappe certains pays de la Méditerranée. En 1977-84, les prix augmentent modérément (78,7 pourcent) malgré une légère accélération récente due à une libéralisation du système des prix et à un allègement du soutien public aux prix dès 1982. Cette majoration dans la hausse des prix (qu’une politique créditrice et monétaire plus stricte n’a pu éviter) a affecté le pouvoir d’achat des travailleurs: en Tunisie (beaucoup plus qu’en Algérie) l’inflation (comme le chômage) est un facteur profondément déstabilisant pour la paix sociale;

  • la part des investissements couverte par l’épargne étrangère ne se monte qu’à 22,3 pourcent en 1971-81 et devrait s’élever à 25,6 pourcent lors du Vlème plan quinquennal 1982-86. Néanmoins, le volume de l’endettement extérieur a augmenté, entraînant un service de la dette croissant qui est passé de 18,8 pourcent en 1980 à 24 pourcent en 1983 selon la Marine Midland Bank;

  • Malgré l’évolution des prix et compte tenu d’un accroissement démographique (2,1 pourcent l’an), (modéré par rapport à celui du reste du Maghreb) le niveau de vie et la consommation par tête ont tendance à s’améliorer.

  • bien que le rôle d’exportateur dévolu à l’industrie manufacturière l’ait rendue très dépendante du marché mondial, il a également accru la diversification des recettes internationales et donc la capacité de l’économie tunisienne à résister aux chocs éxterieurs. L’émergence de biens industriels dans la structure d’exportation de la Tunisie explique en partie qu’en dépit des fluctuations des exportations traditionnelles (pétrole brut, huile d’olive et phosphates) les ventes à l’extérieur aient continuellement augmenté (sauf en 1982 où l’on a enregistré une chute sensible des recettes pétrolières).

Tableau 3.Tunisie: expansion de la consommation privée(En millions de DT et en %)
197819791980198119821983
156317752171255329953465
13,5 %22,3 %17,5 %17,3 %15,6 %

Les difficultés de l’économie tunisienne

Substitution d’importation et schéma d’exportation de produits industriels secrètent des problèmes recontrés aussi dans d’autres pays en développement. En effet:

  • comme tous les pays du Tiers-Monde, la Tunisie est confrontée aux questions soulevées par le transfert de technologie. A. Bsais, citant une étude, affirme qu’en Tunisie à l’aide de techniques traditionnelles, il serait possible d’obtenir dans la branche textile une production et une qualité similaires à celles enregistrées à l’aide de techniques avancées tout en multipliant le volume de l’emploi. Cette question du choix des techniques et ses relations avec les postes de travail créés est cruciale en Tunisie où le volume du chômage (150 000 personnes en 1981) reste élevé; c’est pourquoi le plan quinquennal 1982-1986 envisage la compression du coefficient marginal de capital de 4,5 à 4,1 et la réduction des coûts de création d’un emploi de 21 000 à 19 000 dinars constants, l’objectif étant de créer 50 000 à 60 000 emplois nouveaux l’an pour gagner la “bataille du développement”;

  • la politique commerciale extérieure, très libérale, rend difficile une politique de substitution d’importation; en effet, le taux de change du dinar légèrement surévalué ainsi que les tarifs douaniers (à caractère fiscal et non protecteur), s’ajoutent à l’effet de démonstration pour stimuler les importations à l’étranger. D’ailleurs, malgré une hausse des exportations, la balance commerciale a accusé ces dernières années un déficit croissant; toutefois les résultats globaux des comptes internationaux ont été favorables jusqu’en 1983 grâce aux flux nets des entrées de capitaux. Mais en 1984-85 le solde de la balance des comptes est devenu négatif (environ 2 pourcent du produit global);

  • le marché étant étroit, l’industrialisation s’accompagne d’une sousutilisation des équipements et de déséconomies d’échelle. Dans l’industrie mécanique, par exemple, la dimension du marché contraint la Tunisie à se spécialiser dans la petite mécanique (freins, équipement électrique, etc.) qui ne constitue qu’une portion minime du coût du véhicule et l’exclut de la fabrication de carrosseries, de moteurs, de boîtes de vitesse etc. qui représente une part importante de ce coût et donnent une signification économique, financière et technologique à la substitution d’importation;

  • la privatisation de l’économie n’a pas dépassé certaines limites en dépit de l’idéologie affichée et des mesures d’incitation. L’Etat tient une place déterminante dans l’investissement: sur les 10,2 milliards DT d’investissements prévus en 1982-86, le secteur public devait en exécuter 56 pourcent laissant le reliquat aux entreprises mixtes et au secteur privé (confirmant les tendances du plan précédent 1977-81); le nombre des entreprises publiques s’élève à 500 et il est question de le réduire à 150 avant 1988;

  • le secteur public productif continue à connaître des déséquilibres financiers considérables forçant l’Etat à recourir à nouveau à des mesures d’assainissement financier alors que (compte tenu des perspectives pétrolières) les ressources budgétaires se raréfient; en 1985, les transferts aux entreprises publiques ont représenté 4 pourcent du produit intérieur brut. Cependant la marge de manoeuvre pour la résorption de ces déséquilibres reste limitée à cause de la politique administrative des prix, du degré élevé de protection du travailleur, du niveau des salaires, etc. Par conséquent la résolution des problèmes de structures financières des entreprises publiques est tributaire d’une décentralisation des décisions de gestion, d’une libéralisation véritable de l’environnement économique (encore très bureaucratique) et d’une stabilisation des responsables des entreprises (dont le renouvellement est trop rapide pour permettre la définition de stratégies de développement);

  • le taux d’inflation risque de s’accélérer au cours des prochaines années si le programme de limitation voire de suppression des subventions aux prix des denrées alimentaires (4,5 pourcent du produit intérieur brut en 1985) est mis en oeuvre;

  • enfin les finances publiques accusent permanence, en dépit d’une forte pression fiscale (34 pourcent en 1982), un solde négatif élevé (8,8 pourcent du produit global en 1985).

Le Trésor public tunisien a employé essentiellement des concours extérieurs pour financer son déficit; ce financement toutefois n’est pas orthodoxe quand il s’agit de prêts destinés à des opérations définitives. De plus, malgré ces concours extérieurs, le Trésor tunisien s’est continuellement endetté auprès du système bancaire et notamment de l’Institut d’émission.

En fait, malgré les mesures de libéralisation prises, l’Etat tunisien, par ses entreprises publiques, par ses participations dans les sociétés mixtes, et par ses interventions directes, reste l’agent économique principal. C’est pourquoi certains auteurs qualifient encore l’économie tunisienne de structurellement bureaucratique et rigide. Cette analyse semble partagée par le planificateur tunisien puisqu’il prévoyait de supprimer toutes les entraves à une participation maximale du secteur privé au développement économique au cours du plan 1982-86.

L’économie ouverte du Maroc

Après une phase très courte de survie du modèle d’exportation de produits primaires, le Maroc a mis en place une stratégie de substitution d’importation relativement ouverte.

La période de 1958-59

Selon le plan biennal 1958-59, élaboré sous la pression d’une situation urgente, l’Etat doit poursuivre la mise en place d’infrastructures économiques et sociales susceptibles d’attirer les investissements privés. Dans le même temps le Maroc a promulgué, en septembre 1958, un Code des investissements d’inspiration nationaliste qui encourage le capital privé national, mais ne reconnaît aucune garantie de transfert des capitaux et des bénéfices aux investisseurs étrangers éventuels. Cette législation est néanmoins en contradiction avec les caractéristiques de l’économie marocaine: ouverture sur le marché international des capitaux, accueil d’entreprises étrangères, etc. Cette contradiction de fait a contraint le Maroc à refondre son Code des investissements. Dès 1960 les nouveaux investissements directs étrangers devenaient éligibles pour les avantages traditionnels comme le rapatriement des bénéfices, les aides de toutes sortes, etc.; de plus, le Maroc a passé des conventions internationales (avec la BIRD, les Etats-Unis, l’Allemagne, etc.) pour garantir les capitaux extérieurs contre tout risque de nationalisation. Ces dispositions à l’égard du capital privé n’ont toutefois pas pu tirer l’économie marocaine du marasme qui s’exprime notamment par une fuite de capitaux et de cadres européens et par le déclin du volume des investissements. En 1962 (année de reprise économique relative), le montant des investissements est à peine égal à celui de 1951-53 (soit 1,1 milliard de DH). Le Maroc se tourne alors vers un développement auto-centré, plus dirigiste; cette option dure peu et laisse la place à un modèle traditionnel de substitution d’importation.

Le développement “vers l’intérieur” (1965-85)

Le plan triennal (1965-67) insiste sur le fait que les industries de base (qui représentaient la priorité dans le plan précédent, 1960-64) ne sont pas rentables et menacent les ajustements des finances extérieures. C’est pourquoi le planificateur opte désormais:

  • pour des programmes d’équipement public d’infrastructures susceptibles de stimuler le secteur privé. Dans ce contexte, les investissements publics planifiés vont principalement à l’agriculture, à l’industrie hydraulique, au tourisme et à la formation, laissant le secteur secondaire à l’initiative privée;

  • pour l’orientation du secteur privé sans avoir recours à des procédures bureaucratiques rigides. Les investissements privés sont alors canalisés vers les branches de l’agroindustrie, des textiles, des travaux publics et du bâtiment c’est-à-dire des activités à coefficient élevé de main-d’oeuvre encouragés par le renforcement du protectionnisme (qui sera ultérieurement source d’inefficacités dans l’appareil de production).

Ces options fondamentales sont reprises par le plan quinquennal 1968-72 et reposent toujours sur un financement extérieur représentant 44 pourcent des investissements nets prévus.

Cette politique économique (qui a déplacé quelque peu le dynamisme de la demande de l’étranger vers l’intérieur) engendre une transformation de la structure du produit global (à prix constants) au profit du secteur secondaire.

Le plan quinquennal 1973-77 marque un revirement de l’idéologie du planificateur. Désormais, il considère “l’industrialisation comme l’impératif national”1 et fait de l’Etat à la fois un “promoteur” et un “entrepreneur” dans le secteur secondaire. Cette période correspond à une augmentation sensible des cours internationaux du phosphate (en 1974-75) qui incite l’Etat à augmenter les investissements publics industriels (sidérurgie, cimenterie, etc.) initialement planifiés. Le taux de croissance planifié en 1973-77 qui atteint 7,5 pourcent l’an devait être le résultat:

  • d’une expansion “volontaire” des industries lourdes et légères dont la production est destinée soit au marché local (sucre, par exemple), soit aux marchés extérieurs (textiles, par exemple);

  • d’une extension des activités traditionnelles des secteurs touristique et hydraulique.

Sur un total d’investissements planifiés de 26,3 milliards DH, le Trésor marocain devait prendre en charge 42,6 pourcent des dépenses d’accumulation grâce notamment à l’extension du secteur public; néanmoins le rôle du secteur public au Maroc mérite d’être précisé: son intervention “vise”, dit le planificateur, “à jouer un rôle de témoin ou à servir de relais aux capitaux privés; elle ne saurait avoir un caractère définitif et la cession de ses participations au secteur privé devra être envisagée dès qu’elle sera possible”, c’est-à-dire dès que l’investissement public devient rentable.

Pour faciliter l’exécution du plan 1973-77, le Code des investissements de 1973 simplifie les formalités d’accès aux avantages accordés aux entreprises privées attirées par l’industrie, le tourisme, l’artisanat, la pêche, l’extraction minière et l’industrie navale; en même temps il est décidé que les biens importés, pour être réexportés après une transformation locale, sont dispensés de droits de douane. Cette nouvelle législation libérale des investissements privés est destinée à moderniser certains procédés de fabrication.

Une limite est imposée à l’établissement de firmes étrangères au Maroc à travers la “marocanisation”: l’association à 50 pourcent du capital marocain aux investissements étrangers devient une règle. Parallèlement, le Maroc adopte un Code des exportations qui consent des avantages pécuniaires aux exportateurs de biens industriels pour lesquels le Maroc a un avantage comparatif spécialement dans ses échanges avec la C.E.E. à laquelle il se lie en 1976 (comme l’Algérie et la Tunisie) par un accord d’association; ce code conduit moins à des opérations de sous-traitance internationale (comme en Tunisie) qu’à des investissements étrangers directs au Maroc.

L’exécution de ce plan engendre de sérieux déséquilibres macro-économiques que la chute du cours international des phosphates en 1976 et le fardeau financier de la guerre au Sahara Occidental aggravent. C’est pourquoi le Maroc se tourne vers un programme d’ajustement dans un contexte mondial défavorable puisque:

  • la récession dans les pays industrialisés a un effet négatif sur l’économie marocaine qui leur est très liée;

  • la hausse des prix du pétrole brut et des équipements affecte les comptes extérieurs;

  • le “boom” des exportations et du financement extérieur s’est vite estompé.

Le programme de stabilisation cherche à restaurer les grands équilibres à travers des mesures comme:

  • un encadrement du crédit accompagné d’une dévaluation du taux de change du dirham de 10 pourcent visant spécialement à accroître les transferts unilatéraux des émigrés marocains à l’étranger;

  • les restrictions sur les importations. C’est ainsi que, l’évolution favorable des exportations aidant, le déficit de la balance commerciale a été stabilisé pendant cette période autour de 5 milliards DH;

  • la réforme fiscale pour mieux redistribuer le revenu national et fournir des revenus additionnels à l’Etat;

  • le recul du rôle économique de l’Etat qui cherche à pratiquer une politique d’austérité au détriment de l’investissement public sous l’emprise de la vague libérale et des dépenses de fonctionnement croissantes (notamment dans le secteur de la défense);

  • un meilleur approvisionnement des marchés et un contrôle des prix (impliquant le maintien du soutien des prix qui remonte à 1957) des produits de grande consommation; c’est ainsi que la Caisse de compensation (créée en 1941, qui a commencé à accuser des déficits dans les années soixante-dix, a bénéficié d’une subvention de 2 milliards DH (indépendamment des subventions opérées à l’office des céréales). L’ensemble de ces mesures permet de limiter la hausse des prix.

Ces mesures conjoncturelles entraînent un déclin de 17 à 11,5 pourcent du ratio déficit budgétaire/produit intérieur brut et freinent l’élan du secteur industriel dont l’expansion annuelle est ramenée à 3,6 pourcent.

Au total la politique économique au Maroc provoque une croissance rapide du produit global en 1960-80.

Tableau 4.Maroc: taux de croissance moyen(En pourcentage)
1960-701970-80
4,45,6

Le plan quinquennal 1981-85 se donnait pour buts principaux la lutte contre le chômage de l’amélioration du niveau de vie. Pour obtenir de tels résultats l’Etat a décidé de relancer les investissements:

  • dans le secteur public d’abord, en poursuivant les priorités habituelles que sont les infrastructures économiques (barrages, ports, etc.) et les équipements sociaux à coefficient de capital élevé; les grands projects (port d’Agadir, Tan Tan, etc.) devaient être financés par des concours extérieurs;

  • dans le secteur privé, dont on attendait qu’il prenne le relais de l’Etat dans beaucoup de branches. Deux codes (l’un intéressant l’immobilier, l’autre l’industrie) sont promulgués pendant cette période pour encourager les investissements privés. On remet même en cause le principe de la marocanisation: désormais un investissement direct peut être pleinement contrôlé par un entrepreneur étranger. Cependant les données disponibles montrent que le secteur privé a un rôle secondaire et d’appoint dans l’accumulation du capital.

Il va de soi que la politique d’austérité de la période antérieure a été abandonnée: le programme général d’importation (PGI) a été assoupli, l’encadrement de crédit allégé, certains dépôts préalables sur les importations supprimés, le taux d’intérêt augmenté (pour encourager l’épargne nationale), etc. Mais le plan, lancé en 1981, s’est heurté à une récession due à une sécheresse sévère qui a provoqué un doublement des importations de céréales (30 millions de quintaux) et une hausse de l’exode rural.

Tableau 5.Maroc: évolution du produit intérieur brut(En DH de 1980 et en %)
19801981198219831980-83
70,1668,6472,4872,92
−2,1%5,5%0,6%3,9%

Le tableau ci-dessus montre que les performances de l’économie marocaine sont largement inférieures au taux annuel moyen de 6,5 pourcent prévu par le plan quinquennal.

Pendant la même période, la balance commerciale s’est dégradée plus rapidement que ne l’avait prévu le plan à cause d’un accroissement rapide des importations (alors que les exportations sont plutôt stagnantes). Le solde de la balance des services est resté négatif malgré l’ampleur des recettes touristiques; cependant les intérêts au titre de la dette extérieure ont contribué à l’obtention d’un tel résultat. Le Maroc a dû continuer à s’endetter à l’étranger tandis que les investissements directs étrangers sont demeurés modestes malgré les nouveaux avantages qui leur ont été reconnus (démarocanisation, transfert du capital en cas de cessation d’activités, etc.).

La situation de la balance des comptes a été telle que les réserves de change ont fondu, obligeant l’Etat à faire appel aux mécanismes de financement du Fonds monétaire international et à solliciter en 1983 le rééchelonnement de l’amortissement de sa dette internationale.

Cette crise relative des paiements extérieurs explique que depuis le plan d’ajustement de 1976-78, il y ait une tendance à la diminution du taux d’investissement; ce dernier a chuté de 30 à 21 pourcent entre 1976 et 1983.

Les distorsions de la croissance au Maroc

Comme dans le reste du Maghreb, les transformations structurelles de l’économie marocaine sont caractérisées par des distorsions:

  • une bonne partie de l’industrie marocaine accuse une sous-utilisation de ses équipements car le marché local est limité par une forte concentration du revenu national; cette situation n’a été rendue possible que par un protectionnisme élevé (développé en 1964 avec l’élévation des droits de douane et l’extension des contingentements); il faut cependant souligner que, contrairement à l’Algérie et à la Tunisie, le secteur industriel n’a reçu qu’une part modérée (22,5 pourcent en 1960-81) de l’investissement total;

  • une priorité est acordée au développement et à l’extension de l’agriculture moderne, d’exportation, en misant sur le fait que Communauté économique européenne (et surtout la France) absorberait des quantités accrues de biens agricoles (fruits, tomates, agrumes, etc.); en 1983, près de 23 pourcent des recettes d’exportation sont dérivées de l’agriculture. Mais les performances en matière d’exportation agricole du Maroc (que l’élargissement de la C.E.E. à l’Espagne et au Portugal pourrait affecter) n’empêchent pas la chute de son taux d’autosuffisance céréalière et le renforcement de sa dépendance alimentaire comme le montre le tableau ci-dessous.

  • la marocanisation des investissements (destinée à créer un “capitalisme populaire”) a permis à des ressortissants nationaux de participer au capital (au moins fictivement) et aux bénéfices, mais elle ne leur a donné aucun accès à la technologie moderne et à sa maîtrise. La marocanisation, dont l’ampleur est limitée, n’a pas atteint son but de meilleure distribution du revenu national; bien au contraire selon B. Hamdouche, elle en a favorisé une concentration accrue avec l’extension de l’affairisme;

  • malgré ses prétentions à parvenir à un développement économique grâce aux forces du marché, à l’aide de Codes d’investissements les plus libéraux au monde, l’Etat marocain a dû, depuis l’indépendance, renforcer sa présence dans la vie économique. C’est ainsi que la consommation publique s’est accrue et a constitué en moyenne le cinquième du produit intérieur brut en 1978-1983; de même, en 1981-82, l’Etat a effectué 51,2 pourcent des investissements au Maroc tandis que le reliquat (48,2 pourcent) a été partagé entre les entreprises publiques et semi-publiques et le secteur privé;

  • en dépit de la croissance enregistrée, du produit intérieur brut, une portion importante de la population semble ne pas avoir été touchée par le progrès social: selon la Banque mondiale, 8 à 9 millions de personnes (sur 22) vivent dans un état de pauvreté absolue. F. Oualalou, économiste marocain, écrit: “le Maroc est victime d’un phénomène de paupérisation, son économie est en voie d’égyptianisation”. Plus généralement le niveau de vie au Maroc n’a pas connu d’amélioration ces dernières années; en effet, si on rapproche l’évolution nominale de la consommation privée du mouvement des prix de détail et de la pression démographique (3 pourcent l’an), la consommation par tête aurait plutôt tendance à décliner depuis 1978;

  • l’agriculture emploie la majeure partie de la population active (40 pourcent en 1982) et provoque un exode rural (estimé à 120 000 personnes l’an par la Banque mondiale) qui ne trouve pas toujours de poste dans le domaine industriel; le chômage urbain, ouvert, est relativement plus aigu au Maroc que dans le reste du Maghreb et a tendu à s’y renforcer; c’est pourquoi le Maghreb cherche à exporter sa main-d’oeuvre vers l’Europe ou d’autres pays arabes (comme la Libye);

  • la structure industrielle marocaine se concentre sur des activités légères dominées par le textile, les industries agroalimentaires (conserveries, tabacs, etc.). Par contre, l’industrie de base est insuffisamment dévelopée en dehors de la transformation des phosphates. Cette structure industrielle peu diversifiée a pu cependant déboucher sur l’exportation de produits finis (18,4 pourcent des revenus d’exportation en 1983);

  • malgré une pression fiscale accrue (le ratio recettes fiscales/produit intérieur brut atteint 26 pourcent en 1982 contre 14,1 pourcent en 1981), le Trésor public continue à enregistrer un déficit important, qui représente encore 12 pourcent du produit intérieur brut en 1982.

Tableau 6.Maroc: ratio exportations/importations alimentaires
1969-721975-771980-83
1,780,670,53

Ce déficit est couvert principalement par des apports extérieurs (dont une partie est consacrée à des dépenses définitives); cependant, par la création monétaire, la Banque du Maroc participe au financement du solde négatif du budget qui est dû, selon H. El-Malki, à l’anarchie de la gestion administrative, à l’inefficacité de la politique fiscale et sans doute aussi aux dépenses provoquées par la guerre au Sahara Occidental:

  • le Maroc fait partie des pays en développement les plus endettés: en 1983 ses obligations extérieures se montaient à près de 13 milliards de dollars. De plus, en 1982-83, le service de sa dette était tel (entre 45 et 50 pourcent) que le Maroc a demandé et obtenu en 1983 de ces créanciers étrangers un rééchelonnement du remboursement de ses dettes;

  • enfin on observe que la tendance à une forte augmentation du taux d’investissement depuis 1960 s’est accompagnée au Maroc d’une chute de l’efficacité marginale du capital.

Tableau 7.Maroc: ratio hausse de la production/variation de capital
1969-641965-671968-721973-771978-80
1,73,032,11,070,3

Ce phénomène peut s’expliquer par deux facteurs complémentaires concernant le secteur public: la capitalistique croissante des investissements et un taux d’investissement supérieur à la capacité d’absorption du Maroc.

Au total, en dépit d’options socio-politiques divergentes, les Etats maghrébins ont joué le rôle de principaux agents dans leurs économies respectives. Par leur consommation et leurs investissements budgétaires, par le rôle fondamental de leurs entreprises publiques et semi-publiques en matière d’accumulation, les Etats maghrébins ont été la source principale de la croissance économique, du progrès social et culturel qu’on observe dans la région depuis 1956-62. Cet interventionnisme a provoqué une expansion tentaculaire et inévitable de l’Etat et une bureaucratisation (plus ou moins forte selon le pays et selon la période) de la vie économique qui ont freiné les initiatives et le progrès tant dans le secteur privé que dans le secteur public. Cette expansion et cette bureaucratisation sont largement dénoncés et les Etats de la région (en particulier la Tunisie et l’Algérie) cherchent à limiter davantage leur rôle dans l’économie, en considérant que l’ère des Etats-providence était révolue; mais en toute logique de telles considérations devraient conduire les Etats maghrébins à procéder d’abord à une révision institutionnelle profonde. La question reste de savoir s’ils disposent aujourd’hui socialement d’une marge de manoeuvre suffisante pour procéder à une telle réforme.

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