Politiques Economiques, Croissance, et Equilibre Exterieur dans les Pays du Maghreb
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Commentaire de L’expose de Christian FranÇois

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
June 1988
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Author(s)
Mohamed Bouaouaja

L’exposé de Christian François constitue une excellente introduction aux travaux de notre symposium. L’auteur y a présenté un survol à la fois général et pertinent des économies des pays du Maghreb au cours des quinze dernières années.

Rappelant les différentes péripéties qui ont marqué l’environnement mondial, il a fait ressortir les effets de la crise internationale sur l’ensemble des économies du Maghreb.

Puis, en décrivant l’évolution de chacune de ces économies, il en a dégagé les principales caractéristiques, faisant ainsi apparaître les divergences et les disparités qui les ont marquées tout au long de cette période.

A cet égard, les vagues successives de hausse des prix du pétrole au cours de la dernière décennie ont été évoquées pour expliquer les bonnes performances de l’Algérie et de la Tunisie, d’une part, et les difficultés rencontrées par le Maroc et la Mauritanie, d’autre part. Par contre, la baisse actuelle des prix des produits énergétiques laisse prévoir, si elle se poursuit, des défis nouveaux pour les dexu premiers pays alors que les deux autres pourraient en tirer des avantages.

Tout ceci suscite un certain nombre d’observations.

Comme dans la plupart des analyses actuelles de la conjoncture, les événements intervenus sur la scène pétrolière sont placés au centre des explications des perturbations qui ont marqué les économies des pays industrialisés autant que celles des pays du Maghreb.

S’il est difficile de nier le fait que les chocs pétroliers aient eu des effets perturbateurs de grande ampleur sur l’économie mondiale, l’on ne peut les considérer comme les seuls responsables de la situation qui a prévalu au cours des quinze dernières années.

Une analyse plus approfondie des économies occidentales montre en effet qui des problèmes structurels étaient déjà perceptibles au cours des années 1960 et que les chocs pétroliers qui les ont mis au grand jour ont eu l’effet d’un révélateur. Ces problèmes structurels ont été aggravés par des réactions et des politiques économiques inadéquates des pays industrialisés face à la crise.

Il suffit de rappeler par exemple que le système monétaire international traversait déjà une crise aiguë quand il a été suspendu en 1971, soit plus de deux ans avant le premier choc pétrolier.

De même, en comparant les évolutions connues par les économies du Maghreb, l’auteur accorde au facteur pétrolier un rôle déterminant dans les divergences qui sont apparues au cours de cette période.

Une telle conclusion, si elle est valable pour la période considérée et pour les quelques années à venir, peut ne pas l’être à moyen terme.

L’effet des développements sur le marché du pétrole pourrait être atténué à l’avenir et nos pays se retrouveront peut-être dans des situations comparables face aux autres chocs extérieurs (récession dans les pays industrialisés, fluctuation des taux de change et des taux d’intérêt, inflation, incertitudes, protectionnisme, etc.).

A propos de protectionnisme justement, il n’a pas suffisamment mis l’accent sur l’ampleur de ses effets sur le commerce extérieur des pays du Maghreb et sur leur politique d’industrialisation.

J’en viens maintenant à des remarques concernant l’évolution des économies des pays du Maghreb.

Je me limiterai toutefois au cas de la Tunisie, laissant le soin à nos hôtes ici présents d’intervenir, le cas échéant, sur les économies de leurs pays respectifs pour faire part de leurs commentaires.

En ce qui concerne la Tunisie, si globalement l’évolution telle qu’elle est décrite correspond à peu près à la réalité, certaines nuances méritent d’être apportées.

Durant la décennie 1970, l’évolution n’a pas été continue et bien que les résultats finaux de la période puissent être à juste titre qualifiés de remarquables, il convient de rappeler les grandes difficultés rencontrées en 1977 et 1978 par le jeu de facteurs essentiellement exogènes.

A des causes naturelles sont venues, en effet, s’ajouter les répercussions des mesures protectionnistes et le recul des termes de l’échange pour provoquer en fin de compte des déséquilibres extérieurs graves et rendre nécessaire le recours, pour la première fois par l’Administration, et sur deux années consécutives, à des emprunts importants sur le marché financier privé. Ces emprunts n’ont pas manqué d’alourdir notre dette extérieure et se sont traduits au cours des années 80 par une aggravation du taux du service de la dette, suite à la très forte hausse des taux d’intérêt (Libor).

Il convient de rappeler aussi qu’en 1974, l’amélioration des recettes d’exportation était imputable non seulement à la hausse des prix pétroliers mais aussi et simultanément à la forte augmentation des prix des phosphates et de l’huile d’olive dont les quantités exportées ont de surcroît fortement augmenté.

Ainsi, au cours de cette période, la Tunisie aura connu une année exceptionnellement bonne et deux années relativement difficiles.

Quant à la situation qui prévaut actuellement en Tunisie, il convient de rappeler que dès le début de l’actuelle décennie et à un moment où les déséquilibres extérieurs n’étaient pas encore aussi graves, l’on était conscient, entre autres, de l’épuisement dans un futur proche de l’excédent pétrolier exportable et de la nécessité pour notre économie de se préparer d’ores et déjà à l’ère de l’aprèspétrole. La baisse actuelle des prix, en accélérant le processus de dégradation de notre position extérieure, rend les mesures d’ajustement et de restructuration de notre économie encore plus impérieuses et urgentes.

Je voudrais signaler enfin que l’exposé n’a pas traité des politiques économiques de croissance et d’ajustement comme cela a été annoncé dans l’introduction pour constituer la troisième partie de la conférence. Il est vrai que l’auteur a parlé des politiques économiques tout au long de la deuxième partie consacrée à l’évolution macro-èconomique.

En outre, bien que dans l’introduction une distinction très nette ait été faite entre, d’une part, les effets des bouleversements qu’a connu l’économie mondiale sur les économies du Maghreb et, d’autre part, les politiques économiques adoptées par les pays concernés soit dans la gestion courante soit en réponse aux chocs extérieurs, il n’a pas été procédé à une évaluation précise de la part de chacun de ces deux facteurs dans les difficultés rencontrées par chacun de ces pays.

Ces deux aspects importants seront sans doute examinés au cours des discussions qui vont suivre et même dans certaines conférences qui seront données au cours de ce symposium.

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