Chapter

XX. Balance des paiements: processus statistique

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
March 1995
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Aperçu général

1033. Le présent chapitre est consacré à la conception et à la gestion du processus d’établissement des statistiques de BP. Ce processus consiste à extraire les données des sources disponibles, à estimer certaines données, à préparer un tableau de travail, à vérifier les données portées dans le tableau de travail et à publier les statistiques de BP. La base de données de BP comprend les ensembles de séries chronologiques nécessaires pour établir les statistiques de BP qui sont appelées à être publiées, ainsi que toutes les données (métadonnées) qui décrivent ces séries et la relation qui existe entre elles.

1034. L’utilisation d’une série de modules est peut-être le moyen le plus efficace d’analyser le processus statistique de la BP. Cette approche modulaire permet d’examiner séparément chaque étape avant son intégration dans le processus global. L’approche modulaire peut être adoptée à des niveaux divers—c’est-à-dire qu’à un haut niveau, un module peut se composer de sous-modules. Elle facilite en outre l’utilisation d’un logiciel, car la première étape de l’informatisation d’un système de traitement de données consiste à identifier les processus qui entrent en jeu.

1035. L’exemple 20.1 (page 242) présente les modules correspondant aux principales étapes d’un processus statistique type. L’élément central est le tableau de travail, qui prend généralement la forme d’une base de données informatisée. (Voir les paragraphes 406-408 du chapitre 10 pour une introduction au tableau de travail.) Les données portées dans ce tableau sont tirées directement des modules sources ou estimation. L’analyse et la vérification sont des étapes qui permettent au statisticien d’obtenir des informations en retour; par conséquent, c’est à ce stade que des renseignements peuvent être recueillis pour le module collecte des données, le module estimation et le module tableau de travail.

Exemple 20.1Balance des paiements: processus statistique

1036. Une fois que l’analyse et la vérification sont achevées et que toutes les modifications auxquelles elles donnent lieu ont été apportées au niveau des autres modules, les données peuvent être établies pour être publiées. La plupart des données à publier seront tirées du tableau de travail, mais certaines données, par exemple les informations à inclure dans un commentaire analytique, peuvent être obtenues au cours du processus d’analyse et de vérification. L’établissement des données à publier peut à son tour soulever des questions qui méritent d’être examinées. La dernière étape du processus statistique est l’analyse des données par l’utilisateur, qui est extrêmement importante. Elle permet au statisticien de disposer, au stade de l’analyse et de la vérification des données, d’informations en retour qui peuvent influer sur toutes les autres étapes des cycles futurs. Il arrive parfois que les utilisateurs ont un rôle à jouer dans le cycle de production en cours, notamment lorsque le statisticien n’est pas sûr des réactions ou des besoins éventuels des utilisateurs face à de nouveaux développements; dans ces conditions, des consultations avec les utilisateurs pourraient fournir des informations utiles pour l’analyse et la vérification des données dans le cycle en cours.

1037. Le processus statistique doit en définitive aboutir à la production de données de qualité, établies régulièrement et en temps opportun, et nécessitant un minimum de révision.

1038. Le reste du présent chapitre contient une description détaillée de la plupart des aspects du processus statistique. Les principales questions non traitées ici sont les méthodes d’enquête (qui sont décrites au chapitre 18), l’élaboration des formulaires (qui fait l’objet du chapitre 19), et la publication des statistiques de BP (qui est traitée au chapitre 21).

Base de données de BP

1039. Une base de données de BP contient des séries qui sont identifiées et décrites séparément. Pour chacune d’elles, des renseignements descriptifs sont enregistrés, tels que son intitulé, l’unité de mesure (par exemple valeur monétaire, quantité ou taux), la monnaie de libellé (lorsque la valeur monétaire est fournie), l’ordre de grandeur (par exemple le nombre de décimales ou l’utilisation de milliers ou millions d’unités) et la période à laquelle la série se rapporte. Les règles ou formules régissant la manipulation ou le raccordement des séries doivent être indiquées dans la base de données. Il importe de limiter l’accès aux séries figurant dans la base de données, ainsi que leur révision. Les données doivent être présentées sous forme de tableaux ou suivant des agencements analogues en vue de permettre l’établissement et la publication d’une série unique ou d’un ensemble de séries. Il faut tenir à jour les séries figurant dans la base de données pour assurer qu’elles sont exactes, bien enregistrées et conservées en lieu sûr. La base de données peut être tenue à jour manuellement, ou à l’aide d’un ordinateur personnel, d’un miniordinateur ou d’un ordinateur central.

1040. Les séries doivent être identifiées d’une manière rationnelle. Par exemple, le statisticien souhaitera peut-être identifier séparément les séries-sources (S), qui sont les séries directement tirées des sources telles que les SCI, SCTI, EE, etc., les séries estimées (E), qui sont le résultat du processus d’estimation, les séries du tableau de travail ou «worksheet» (W), qui sont celles de l’état de la BP, et les séries publiées (P), qui sont les séries disponibles en version imprimée, sur support informatique ou autre. Il y a peut-être d’autres séries que le statisticien préfère classer séparément, par exemple des séries de projections, des séries de réserve du tableau de travail et des séries déjà publiées. Les séries pourraient être regroupées en catégories en vue de l’établissement et de la publication de statistiques de BP classées par pays partenaire. L’indicatif attribué à chaque catégorie pourrait servir de préfixe au code de série; par exemple, W2100 pourrait indiquer qu’il s’agit de la série des exportations de biens, f.à.b. qui figure dans le tableau de travail, P2100 correspondrait à la version publiée de la même série et C2100 à la version publiée précédente.

1041. Il importe que les séries soient organisées de cette manière dans une base de données (ou dans des bases de données de même type) parce que le même indicatif peut s’appliquer à plusieurs séries ou versions d’une même série. Par exemple, la série relative au commerce enregistré qui sert à établir le poste des biens peut avoir plusieurs valeurs différentes dans la base de données. L’observation tirée de la source pour une période déterminée peut être révisée. Cette observation fait partie de la série S; cependant, jusqu’à ce qu’elle soit contrôlée et vérifiée ou que le statisticien mette à jour la série du tableau de travail, la série S sera différente de sa version W, laquelle peut différer de l’observation qui a été ultimement publiée (série P).

Élaboration du processus d’extraction des données

1042. La mise au point de l’interface entre les sources et la base de données de BP est une étape particulièrement importante. Plusieurs procédures et mesures de sécurité sont requises à cet effet (voir l’exemple 20.2).

Exemple 20.2Extraction des données de la source

1043. L’interface entre une source de données et le système d’établissement de la balance des paiements doit être conçue en consultation avec l’entité qui communique les données. Même si la source des données est une publication, le statisticien qui a établi les données publiées doit être mis au courant des besoins du statisticien de la BP de manière à ce qu’ils comprennent tous deux la relation entre les données publiées et les données nécessaires pour établir la BP.

1044. Les données-sources doivent être approuvées par l’autorité compétente; si la source est une publication, cette condition est jugée remplie. Une preuve tangible de la communication des données (sous forme d’écrit, voire de disquette) est requise et doit être conservée par le statisticien à titre de référence pendant une durée raisonnable. Si les données sont communiquées par téléphone, la personne qui reçoit les données doit tenir un fichier (ou un registre) faisant état des données et autres détails pertinents tels que le nom de la personne qui a communiqué les données et la date à laquelle il les a reçues.

1045. Le statisticien de la BP doit tirer les données de la source et les introduire dans le système de BP. Les données doivent être entrées telles qu’elles ont été reçues. Autrement dit, à chaque série de la source doit correspondre une série du système de BP. Cette pratique limite les erreurs aux fautes de transcription et facilite la vérification des données qui ont été enregistrées.

1046. Le statisticien de la BP doit analyser les données communiquées pour déterminer si elles cadrent avec les données précédentes et avec les autres informations dont il dispose. Il peut déceler des erreurs dans les données-sources ou constater qu’il a besoin de plus amples renseignements. S’il souhaite poser des questions au répondant sur les données qu’il a obtenues, il doit lui en préciser les raisons. Il ne doit pas se contenter de lui demander confirmation d’un chiffre, car une erreur dans les données-sources peut se reproduire. Il est bon que le statisticien de la BP puisse entretenir des relations avec le répondant et le sensibiliser à ses besoins. Les données révisées communiquées par le statisticien chargé d’établir les données-sources doivent être diffusées par une personne habilitée à approuver ces données, et les documents en faisant foi doivent être conservés par le statisticien.

1047. Lorsque celui qui fournit les données les obtient d’autres sources, la communication des données au statisticien de la BP est parfois restreinte par l’obligation de respecter leur caractère confidentiel. Si cette obligation empêche la vérification des données de BP, l’entité qui communique les données et le statisticien de la BP doivent établir conjointement des procédures qui soient conformes à l’esprit et à la lettre de la législation. Il peut éventuellement s’avérer nécessaire de chercher à faire modifier la loi pour faciliter l’accès aux informations confidentielles tout en empêchant la diffusion de ces informations aux personnes non autorisées.

1048. Une fois que le statisticien est satisfait des données tirées d’une source particulière, il doit exécuter la procédure de fin de traitement et autoriser la transposition des données dans le tableau de travail. Cette procédure peut avoir l’air d’une formalité administrative; cependant, l’établissement de la BP est un processus complexe, et des erreurs peuvent se glisser à n’importe quelle étape du processus. La procédure de fin de traitement réduit au minimum les risques d’erreur, permet d’identifier les sources d’erreur et de modifier plus facilement les procédures afin d’éviter que ces erreurs ne se reproduisent.

1049. Lorsqu’il découvre une erreur, le statisticien doit réagir d’une manière positive et ne pas chercher à blâmer le coupable. Au contraire, les faits doivent être établis ouvertement et honnêtement et les procédures améliorées. Les erreurs peuvent être très embarrassantes, en particulier si elles sont montées en épingle dans la presse. Par conséquent, le statisticien doit chercher à appliquer des méthodes efficaces pour déceler et éviter les erreurs.

Processus d’estimation

1050. Les méthodes d’estimation décrites au chapitre 10 sont au nombre de quatre: estimation simple, extension des résultats de l’échantillon, estimation à l’aide d’un modèle de données et extrapolation ou interpolation.

1051. L’exemple 20.3 montre qu’il peut y avoir interaction de méthodes d’estimation différentes. Comme il ressort de l’exemple, une analyse documentée et un jugement éclairé jouent un rôle important dans le processus d’estimation et peuvent, à leur tour, être influencés par le processus selon lequel sont établies les projections et qui est lui aussi décrit au chapitre 10. Le processus d’estimation apporte une contribution importante à l’établissement de projections, car un grand nombre de méthodes utilisables dans l’un et l’autre cas sont semblables.

Exemple 20.3Processus d’estimation des données de BP

1052. Le statisticien doit établir une distinction claire et nette entre les trois éléments (indiqués à l’exemple 20.4) qui entrent dans le processus d’estimation.

Exemple 20.4Phases du processus d’estimation

1053. La série-source, la composante servant à l’estimation (série-facteur ou série-estimation) et la série résultante peuvent être enregistrées séparément. Par exemple, si un statisticien estime le fret à l’importation en pourcentage de la valeur des importations, il peut rendre compte de cette relation dans le système d’établissement de la BP en procédant de l’une des deux manières suivantes: selon la première méthode, il peut enregistrer une série de données sur les importations en valeur et une autre série sur la valeur du fret à l’importation, calculée en pourcentage des importations. Autrement dit, il enregistre deux séries de données; dans la deuxième méthode, les séries enregistrées sont au nombre de trois: la série-source, la série-facteur et la série résultante (la série-source multipliée par la série-facteur). La série-facteur indiquerait explicitement le coefficient ou l’hypothèse servant à estimer le fret, et le statisticien pourrait faire varier le coefficient d’une période à l’autre. La deuxième méthode peut accroître considérablement la capacité du statisticien d’analyser et d’expliquer les résultats.

Établissement du tableau de travail

1054. L’établissement d’un tableau de travail est affaire d’appréciation. Les propositions formulées dans le présent Guide ne recouvrent pas toutes les solutions possibles; elles illustrent simplement les principes généraux applicables à l’établissement d’un tableau.

1055. L’élément essentiel du tableau de travail est constitué par les séries qui sont nécessaires à l’élaboration de l’état de la BP. Comme l’indiquent les paragraphes 1040 et 1041 du présent chapitre, le statisticien doit veiller à ce que les séries du tableau de travail (W) soient séparées des autres séries—commme les séries-sources (S) et les séries estimées (E)—dans la base de données.

1056. Les séries W doivent être organisées de façon logique pour que les structures et classifications importantes soient facilement identifiables. Le système de codage expliqué aux paragraphes 422-429 du chapitre 10 est l’un des moyens dont on dispose pour identifier les séries.

1057. Il faut décider du nombre de périodes à inclure dans le tableau de travail. Cette décision peut dépendre d’un certain nombre de facteurs, tels que la dimension de la feuille (s’il s’agit d’un procédé manuel) ou la dimension de l’écran et l’ampleur de la mémoire disponible (en cas d’utilisation d’un ordinateur personnel). L’essentiel, c’est de veiller à ce que le système soit facilement exploitable. Si le statisticien se sert d’un tableur ou d’une base de données de type courant, les facteurs qui peuvent s’avérer importants sont le temps nécessaire pour charger le programme et la mémoire requise. Ces considérations pourraient amener le statisticien à ne retenir que quelques périodes dans le tableau de travail et à enregistrer les données relatives aux périodes précédentes dans d’autres tableaux de travail. En règle générale, il peut être souhaitable de limiter la période couverte par le tableau de travail à quatre trimestres et un an (ou huit trimestres et deux ans).

1058. Le statisticien doit en outre déterminer s’il utilisera une méthode ascendante ou descendante. La méthode ascendante consiste à enregistrer les séries au niveau de ventilation le plus poussé et à calculer tous les agrégats des niveaux supérieurs à partir de ces séries. Dans la méthode descendante, les séries des niveaux inférieur et supérieur sont enregistrées et il est procédé au rapprochement des agrégats situés à ces niveaux pour vérifier qu’il n’y a pas d’erreur. Si l’on utilise la méthode descendante, diverses séries de rapprochement doivent être incluses dans le tableau de travail. Cette approche est très utile lorsque le répondant fournit des données globales avant de communiquer les composantes.

1059. Une autre méthode à utiliser pour le tableau de travail est l’approche modulaire. Il importe de présenter un état récapitulatif des principaux agrégats. Pour établir le tableau de travail, on peut s’inspirer du modèle présenté à l’exemple 20.5 (page 246). Des tableaux séparés pourraient être conçus pour le compte des transactions courantes, le compte de capital et d’opérations financières, la PEG et le rapprochement des stocks et des flux. Le degré de ventilation des données du tableau est affaire d’appréciation; cependant, il est généralement jugé souhaitable de faire en sorte qu’à chaque série du module-source corresponde une série du tableau de travail.

Exemple 20.5Balance des paiements—Tableau de travail

1060. La partie d’un tableau de travail consacrée à l’établissement du poste des biens est présentée, à titre indicatif, à l’exemple 20.6 (pages 247-248).

Exemple 20.6Tableau de travail—Poste des biens

1061. Étant donné que l’objectif est de maintenir le tableau de travail dans des dimensions qui en font un outil pratique, on n’a retenu dans l’exemple que quatre trimestres et un an.

1062. Les indicatifs ou codes permettant d’identifier les séries du tableau de travail sont conformes au système de numérotation décrit dans le Guide. La première lettre, W, signifie qu’il s’agit de séries figurant dans le tableau de travail. Les quatre chiffres suivants, qui correspondent aux codes types décrits au chapitre 10, indiquent le numéro du poste de la BP. Le sous-code placé après le numéro du poste de la BP indique les composantes du poste en question. (On se souviendra que le sous-code est facultatif; les postes présentés à l’exemple 20.6 ne sont donnés qu’à titre indicatif.)

1063. Les séries-sources sont indiquées dans le tableau de travail. Ce genre de documentation, qui fait apparaître les liens avec les séries-sources, peut être un outil précieux pour le statisticien. Ce type de renseignement doit être porté dans les fichiers de travail et non pas relégué aux archives ou mémorisé par le statisticien. Le système de codage des séries-sources doit être logique. Dans l’exemple considéré, les séries-sources sont tirées des SCI (séries SI) ou des EE (séries SS), ou sont estimées (séries SE). Le système de codage des séries-sources présenté dans l’exemple est analogue à celui qui est adopté pour les séries W. Une autre solution consisterait à coder les séries-sources suivant le système de numérotation utilisé dans les sources (s’il y en a un).

1064. Dans cet exemple, les séries-sources sont généralement les données des SCI. Dans le cas des exportations, la série sur les exportations de blé tirée des SCI est remplacée par la série de données sur ces exportations obtenue à l’aide d’une EE. En outre, les données sur les réparations de navires (qui sont apparemment absentes des SCI) ont été ajoutées. Pour les importations, le seul ajustement dont elles ont fait l’objet est celui qui a consisté à convertir les valeurs c.a.f. en valeurs f.à.b et porte sur des montants estimés.

1065. Les séries du tableau de travail pour lesquelles aucune série-source n’est présentée—par exemple les séries W2100 et W2100.A—sont établies à partir d’autres séries portées dans le tableau de travail. Les formules de calcul de ces séries font partie des métadonnées du tableau de travail.

1066. Dans le tableau de travail présenté à titre d’exemple, c’est l’approche descendante qui a été utilisée, comme l’indique le fait que des données y sont portées sur le commerce total enregistré ainsi que sur les composantes. Tout écart statistique est inscrit sous forme de montant résiduel (séries W2100.K et W3100.K). Cette approche descendante facilite l’utilisation de SCI provisoires si, par exemple, les données dont on dispose d’abord sont des totaux et non des données ventilées par produit. Le poste résiduel peut aussi faire apparaî tre tout écart existant entre le total et la somme des composantes. Les écarts indiquent qu’il y a des erreurs ou que les données sur les totaux sont plus récentes que celles qui ont trait aux composantes. (Par exemple, il se peut que les données totales aient été révisées, mais que les données sur les composantes ne l’aient pas été.)

Analyse et vérification des résultats

1067. Le processus d’analyse et de vérification a un triple objectif. Premièrement, il permet au statisticien de déceler et de corriger toute erreur que pourraient comporter les données. Deuxièmement, le statisticien obtient par ce processus les renseignements dont il a besoin pour comprendre les résultats de la BP et expliquer ces résultats aux utilisateurs. Troisièmement, le statisticien peut, grâce à un tel processus, identifier les déficiences des sources de données existantes, ainsi que celles des méthodes et procédures appliquées et il peut aussi y remédier.

1068. Pour que l’analyse et la vérification des données soient opérées avec efficacité par le statisticien, il importe de définir avec soin les diverses étapes du processus. L’analyse et la vérification des données s’effectuent à plusieurs stades du processus d’élaboration des statistiques de BP et ces activités peuvent être exercées par des personnes différentes. Elles doivent avoir lieu a) lorsque les données sont reçues des répondants et introduites dans la base de données; b) après la préparation des tableaux de travail; et c) au moment de l’établissement des statistiques qui doivent être publiées.

1069. La première étape—qui est aussi l’étape fondamentale—du processus d’analyse et de vérification consiste à assurer que les données ont été transcrites ou transférées correctement du document-source à la base de données ou d’une série à l’autre du système.

1070. La deuxième étape consiste à vérifier l’exactitude des données fournies par les répondants au questionnaire. Elle est décrite aux paragraphes 926-927 du chapitre 18.

1071. Au cours de la troisième étape, il est procédé à un examen des relations logiques et arithmétiques entre les séries de données agrégées pour assurer leur cohérence. Il s’agit, par exemple, de vérifier si la somme des composantes est égale aux totaux et si, du point de vue arithmétique, les séries sur les stocks d’avoirs extérieurs et les variations de ces stocks sont cohérentes.

1072. La quatrième étape consiste à comparer les données de BP avec les données correspondantes tirées d’autres sources, telles que les données des SCI et celles qui sont publiées sur les positions extérieures des banques.

1073. La cinquième étape est constituée par l’examen de l’évolution des séries d’une période à l’autre—dans le module source, le module estimation, le module tableau de travail ou le module publication. Il s’agit ici de procéder à une analyse systématique de l’évolution des données ou à un examen visuel des séries pour déceler les variations importantes enregistrées d’une période à l’autre. L’évolution anormale d’une série pendant une période déterminée peut indiquer qu’il existe une erreur dans les données, une caractéristique ou un fait inhabituel qu’il importe de signaler aux utilisateurs pour les aider à mieux comprendre l’évolution de la balance des paiements, ou des «interférences statistiques», sous une forme ou une autre. Dans ce dernier cas, le résultat obtenu pour une période donnée n’est pas nécessairement correct ou incorrect, mais les informations dont on dispose sont insuffisantes pour permettre d’établir un diagnostic définitif. De toute évidence, les méthodes de collecte et d’établissement des données qui donnent lieu à des interférences statistiques doivent être isolées et modifiées de manière à ce que les variations soient pleinement expliquées et la production d’interférences soit réduite au minimum.

1074. La sixième étape consiste à examiner les relations empiriques entre les séries de données de BP d’une période à l’autre. Un grand nombre de ces relations sont examinées dans les chapitres 11 à 16. Parmi les plus connues figurent le pourcentage des importations que représente le fret à l’importation, la proportion des stocks d’avoirs et engagements financiers extérieurs que représente le revenu des investissements et la relation entre les frais financiers et le niveau de l’activité financière. Parfois, ce qui semble être une évolution anormale des séries peut avoir une explication logique lorsque les séries sont comparées à des séries auxquelles elles sont reliées. Il convient d’examiner également, à cette étape du processus, les ratios de BP présentés au tableau P10 de l’appendice 3 et expliqués aux paragraphes 1184-1186 du chapitre 21.

1075. La septième étape est consacrée à l’examen des postes résiduels, tels que le poste des erreurs et omissions nettes, et de tout montant résiduel représentant une variation des stocks attribuable à des problèmes d’évaluation (par exemple le stock de clôture d’une période n’est pas égal au stock d’ouverture de la période suivante). Un examen des postes résiduels peut aider le statisticien à déceler les causes d’erreur. Si le montant résiduel est faible, le statisticien pourra considérer que le degré d’exactitude des données est acceptable, quoique cela ne soit pas nécessairement vrai, car il pourrait y avoir des erreurs qui se compensent mutuellement. Si le montant résiduel est élevé, le statisticien devra chercher les causes des erreurs éventuelles et les éliminer. Si l’on en retrace l’origine aux données communiquées par certaines unités, il faudra interroger plus à fond ces unités pour trouver la cause précise de l’écart.

1076. La huitième étape consiste à identifier les unités dont les transactions représentent une part importante de certains postes de la BP et à déterminer la nature de ces transactions. Il s’agit là d’un processus relativement simple lorsque le statisticien a directement accès aux données des registres des unités. Sinon, le statisticien de la BP pourrait s’adresser au répondant, lequel pourrait à son tour s’enquérir de la nature desdites transactions. Pour le statisticien, il est utile de remonter à l’unité en question parce que cela lui permet de mieux comprendre l’évolution de la BP; en outre, il dispose là d’un excellent moyen de garantir la qualité des données, car il lui est ainsi plus facile de déterminer les liens entre les données relatives à l’activité microéconomique et celles qui ont trait à l’activité macroéconomique. Une méthode analogue consisterait à rapprocher les transactions des entreprises qui sont tirées d’une source de données et les transactions compensatoires ou correspondantes tirées d’autres sources de données de BP.

1077. La neuvième étape consiste à évaluer les séries de BP, de la PEG et de l’état de rapprochement dans le contexte des événements économiques observés. Par exemple, on pourrait s’attendre à ce que les importations s’accroissent lorsque le revenu national augmente. La dépréciation de la monnaie d’un pays entrai ne normalement une hausse du volume des exportations et une baisse des quantités importées. Les variations des taux d’intérêt à l’étranger devraient influer sur les intérêts exigibles au titre des avoirs et engagements financiers extérieurs assortis de taux variables et libellés en monnaies étrangères. L’accroissement de la rentabilité des entreprises locales pourrait avoir une incidence sur les dividendes à verser aux actionnaires non résidents. L’appréciation de la monnaie d’un pays devrait réduire la valeur (en monnaie nationale) des avoirs et engagements extérieurs d’un pays dans la mesure où ceux-ci sont libellés en monnaies étrangères. Une évolution plus favorable du marché boursier d’un pays accroî t normalement la valeur des engagements sous forme de titres de participation qui font partie des investissements de portefeuille. La modification de la politique d’un pays en matière d’investissements étrangers peut entrai ner à la longue des variations des transactions d’investissement direct.

1078. De toute évidence, les possibilités de comparaisons de ce genre sont très vastes. En considérant ces relations, le statisticien sera peut-être en mesure de mieux comprendre les variations des statistiques de BP et de la PEG et d’expliquer leur évolution aux utilisateurs. Par ailleurs, en reliant les postes de la BP et de la PEG à des événements économiques généraux, le statisticien peut déceler des erreurs ou déficiences dans le processus statistique et y remédier.

1079. La dixième étape consiste à prévoir les réactions des utilisateurs et des médias aux données publiées. Si le statisticien découvre une anomalie (par exemple les statistiques sont sensiblement différentes selon la méthode utilisée) susceptible d’éveiller l’intérêt des utilisateurs ou de les préoccuper, il sera peut-être bon qu’il s’entretienne avec certains utilisateurs, avant la publication des données, des questions soulevées par l’établissement des données et des résultats obtenus. En outre, il lui sera peut-être possible d’obtenir des précisions et d’éviter de se trouver dans une situation extrêmement gênante s’il examine les résultats avec les utilisateurs qui sont au courant de l’évolution du secteur extérieur. De toute évidence, le statisticien devra user de prudence dans ses relations avec les utilisateurs, car il est possible que la publication anticipée des résultats soit soumise à des restrictions.

1080. Il importe que, sans compromettre son objectivité et son intégrité, le statisticien prévoit quelle sera la réaction des utilisateurs et des médias aux statistiques publiées. De ce fait, il serait plus à même de déterminer le meilleur moyen de présenter les données—en particulier d’expliquer les résultats inhabituels ou les modifications apportées aux concepts ou méthodes. Une gestion attentive de l’information publiée peut rehausser l’image du statisticien, qui a besoin de l’appui et du respect du public pour mener à bien ses travaux. S’il n’est pas bien préparé à réagir à des résultats inattendus et ne peut en donner une explication valable, le statisticien risque de donner l’impression qu’il ne comprend pas les chiffres publiés et la confiance des utilisateurs dans les statistiques officielles peut s’en trouver ébranlée.

1081. Les données doivent être bien organisées pour que les opérations d’analyse et de validation puissent être menées à bien. Les données de base (données-sources, données du tableau de travail et données publiées) doivent être toutes regroupées d’une manière rationnelle et étayées de pièces justificatives. Le statisticien pourra ainsi se consacrer à l’analyse de fond des données. (Le temps passé à essayer de comprendre les particularités du système de traitement des données peut le distraire fortement de cette tâche.) L’analyse se trouvera facilitée si certains tableaux préétablis regroupant les principaux agrégats et ratios et présentant une comparaison des données de BP et des données tirées d’autres sources sont dressés dans le cadre des procédures de base. Le statisticien doit en outre réunir tous les renseignements complémentaires aidant à expliquer utilement certains faits. Ces renseignements peuvent inclure les résultats de l’analyse des principaux éléments de certains postes, résultats qui permettraient peut-être au statisticien de s’assurer de l’exactitude de séries déterminées.

1082. L’analyse et la vérification des données sont des processus itératifs. Autrement dit, le statisticien analyse les données, identifie toutes les sources d’erreur, apporte les modifications nécessaires et répète le processus jusqu’à ce qu’il juge que les données peuvent être publiées.

1083. La dernière étape du processus d’analyse et de vérification consiste à établir un rapport. Ce rapport devra 1) indiquer les caractéristiques inhabituelles des données, leurs tendances, leur évolution et les anomalies qu’elles comportent; 2) fournir les résultats de l’analyse du rapprochement des données avec les données de sources extérieures; 3) montrer l’incidence de l’application d’autres méthodes de traitement—si la question se pose; 4) présenter une analyse de l’effet des transactions des unités dont les opérations constituent des éléments essentiels des postes de la BP; 5) comporter une évaluation de la réaction escomptée des utilisateurs et de la presse; 6) contenir des observations sur les questions relatives à la qualité des sources de données, ainsi que des méthodes et des procédures utilisées. Le rapport a pour objet 1) de tenir les cadres supérieurs informés de l’institution qui est chargée d’établir les statistiques de BP; 2) de fournir des renseignements servant à la préparation d’un compte rendu (à inclure dans une publication ou à distribuer aux utilisateurs) de l’analyse des résultats; et 3) d’identifier les facteurs qui peuvent exiger de nouvelles modifications des sources et méthodes d’établissement des données.

Préparation des données à publier

1084. Les étapes à suivre pour passer du tableau de travail à la version publiée sont présentées à l’exemple 20.7. Il ressort de cet exemple que chaque étape peut engendrer des informations en retour sur l’étape précédente. Par exemple, il arrive qu’en établissant les tableaux ou observations à inclure dans une publication, le statisticien décèle des erreurs ou anomalies qui l’obligent à répéter une étape antérieure. La publication proprement dite des données de BP est traitée au chapitre 21.

Exemple 20.7Préparation des données à publier

Mise en place de systèmes de traitement informatisé des données

1085. Les processus décrits dans le présent chapitre et dans le chapitre 18 seront facilités par le recours au traitement informatisé des données. Ces processus ont été présentés sous une forme modulaire qui sert de base à l’élaboration d’un système de traitement informatisé efficace. Certains de ces processus peuvent être mis sur pied à l’aide d’un ordinateur personnel, mais il est parfois nécessaire de faire appel au concours d’un programmeur. Par exemple, il est possible de tenir à jour le registre des entreprises incluses dans l’enquête, la base de l’enquête et les données-sources en utilisant un progiciel de base de données standard sur un ordinateur personnel. Un système de tableurs pourrait être utilisé pour les tableaux de travail, les tableaux à publier et autres tableaux élaborés à des fins d’analyse. Cette technologie pourrait même servir au traitement des formulaires de collecte des données. Cependant, pour des systèmes plus vastes ou plus complexes (y compris ceux qui sont fondés sur les SCTI), il pourrait être nécessaire de recourir à un mini-ordinateur ou à un ordinateur principal (ce qui exigerait l’assistance de programmeurs expérimentés).

1086. Les systèmes de traitement informatisé sont mis sur pied en plusieurs phases successives. À l’issue de chaque phase, il convient d’établir un rapport pour assurer que le projet en cours répond aux objectifs de la direction de l’institution en question.

1087. La première phase est celle de l’évaluation globale des besoins. Il s’agit de définir les options offertes, de déterminer les coûts d’exploitation et de maintenance correspondants et de dresser des calendriers provisoires. Des efforts sont faits en vue de quantifier le volume probable de données à traiter et le nombre d’effectifs nécessaires190. La première phase se termine par le choix de l’option qui convient le mieux.

1088. Dans la deuxième phase, dont l’importance ne doit pas être sous-estimée, un plan logique est établi en vue de la mise en place d’un nouveau système ou de la modification d’un système existant. Les systèmes déjà en place doivent être analysés d’une manière approfondie; un grand nombre d’entre eux sont modifiés pour permettre d’atteindre des objectifs implicites qui ne sont pas clairement définis. Si aucun système n’a encore été établi, il pourrait être bon d’observer et d’évaluer les systèmes de traitement (même ceux qui sont utilisés à l’étranger) employés à des fins analogues. Si des problèmes sont décelés, il faut examiner avec soin les systèmes effectivement utilisés et non se contenter d’études théoriques ou de simulations pour analyser leur fonctionnement.

1089. La troisième phase est celle de la conception matérielle du nouveau système. Il s’agit de déterminer les éléments qui seront normalement requis ainsi que les ressources disponibles en matière d’équipement, de logiciels et de personnel de programmation.

1090. La quatrième phase est consacrée au codage effectif du système, qu’il convient d’opérer en utilisant une approche modulaire et en procédant à des tests à toutes les étapes.

1091. Dans la cinquième phase, le système est testé par les utilisateurs, et les modifications nécessaires sont apportées. Il est absolument essentiel que les tests soient effectués d’une manière rigoureuse; sinon les résultats peuvent être désastreux.

1092. La sixième phase est celle de la mise en pratique. C’est dans cette phase que se dévoilent les déficiences des opérations des phases précédentes. Même si les opérations ont été correctement effectuées au cours des phases précédentes, il se peut qu’il y ait des problèmes imprévus auxquels on ne peut remédier qu’au prix d’efforts considérables.

1093. La septième phase consiste à évaluer le système. La question fondamentale qui se pose est la suivante: le système donne-t-il les résultats pour lesquels il a été conçu et, dans la négative, pour quelles raisons? Des leçons précieuses peuvent être tirées pour l’avenir si cette phase est menée à bien. Il vaut peut-être mieux procéder à deux évaluations—l’une immédiatement après l’achèvement de la phase de mise en oeuvre et une autre ultérieurement (par exemple un an plus tard), une fois le système modifié en vue de remédier aux problèmes initiaux d’exploitation.

1094. La conception et la mise en place d’un système de traitement informatisé des données requièrent du statisticien et du programmeur qu’ils travaillent en étroite collaboration; en outre, elles peuvent exiger le recours à une équipe dotée de compétences multiples. Il est bon que le statisticien acquierre des connaissances en informatique sans avoir pour autant besoin de devenir un expert de la programmation.

1095. La mise en place d’un système de base qui soit efficace est le principal but à atteindre. Malheureusement, beaucoup d’efforts sont souvent consacrés à la conception de systèmes perfectionnés qui ne fonctionnent pas bien. En se limitant, pour commencer, à un système pratique, on devrait pouvoir réduire les besoins de maintenance. De toute façon, le système pourra être amélioré à l’avenir si nécessaire.

1096. Les besoins de maintenance sont souvent très sous-estimés et il importe que des ressources suffisantes soient disponibles à cet effet. Il n’est généralement pas réaliste de supposer qu’un nouveau système remplira toutes les fonctions souhaitées. C’est seulement à l’usage que le statisticien saura pleinement ce dont il a besoin. En conséquence, la durée de vie d’un système de traitement informatisé des données doit être considérée comme relativement courte. L’utilité de perfectionner le système, l’évolution des besoins et priorités et l’apparition de techniques plus modernes sont autant de facteurs qui contribuent à la nécessité de modifier continuellement la conception des systèmes de traitement informatisé des données.

1097. Les débutants ont intérêt à s’en tenir à un système simple. Il vaut mieux avoir un système aux fonctions limitées mais permettant de bien exécuter les tâches de base qu’un système à fonctions diverses mais non performant. À mesure que le statisticien approfondira ses connaissances en informatique, il pourra tirer parti de la technologie disponible dans ce domaine pour informatiser l’établissement des formulaires de collecte des données et pour exécuter des tâches plus complexes.

Établissement de calendriers

1098. Le processus d’établissement de la balance des paiements a pour objet de recueillir, d’élaborer et de publier—dans les délais prévus—des statistiques de balance des paiements qui répondent aux besoins d’un large éventail d’utilisateurs191. Il se peut que le respect des délais fixés soit assuré au détriment de la qualité ou du degré de précision des données, ou vice versa; le statisticien peut répondre aux demandes des utilisateurs en publiant fréquemment et en temps voulu des données provisoires et moins détaillées, et en publiant ultérieurement des données plus détaillées et plus exactes à des intervalles moins rapprochés. En matière de publication, la stratégie qu’il convient d’appliquer à un pays sera fonction de sa situation particulière.

1099. Le calendrier est un aspect important du processus d’élaboration de la balance des paiements et doit être établi en consultation avec les utilisateurs et le personnel de soutien participant à ce processus. La capacité des répondants de respecter les délais doit, elle aussi, être prise en considération de manière à ce que les calendriers soient réalistes. Une fois les dates fixées, il faut faire tout son possible pour les respecter. Toute personne qui participe à l’établissement des statistiques de BP, y compris le personnel de soutien, tel que celui qui est chargé du traitement informatisé des données, doit connaître le calendrier et savoir la responsabilité qui lui incombe de le respecter.

1100. Il faut revoir régulièrement le calendrier et le soumettre à un suivi continu. Le dépassement des délais fixés est très frustrant pour les utilisateurs et le non-respect du calendrier établi donne l’impression que le statisticien manque de sérieux dans ses activités professionnelles. Les domaines dans lesquels un dérapage a pu se produire doivent être identifiés et des mesures correctives doivent être prises avant que des problèmes n’apparaissent.

1101. Pour accroître le degré d’actualité des statistiques de BP, le statisticien peut examiner la possibilité d’encourager les répondants à communiquer les données au plus tôt. Les statisticiens de la BP et du commerce international pourraient étudier le moyen de réduire les délais d’obtention des statistiques. Le statisticien du commerce international pourrait, par exemple, être encouragé à calculer des totaux à titre provisoire, c’est-à-dire sans procéder à des vérifications rigoureuses, telles que celles auxquelles sont soumis des chiffres plus définitifs (vérification des prix, de la quantité ou de la valeur unitaire, par exemple). Ces solutions de compromis pourraient être discutées avec les utilisateurs.

1102. Dans le cas d’un SCTI, le statisticien pourrait chercher à réduire les délais d’obtention des renseignements en prenant les dispositions nécessaires en vue de la transmission électronique des données. Pour les EE, le statisticien pourrait demander aux unités les plus importantes de communiquer les données par télécopie et non par la poste; ou encore, il pourrait demander aux répondants de fournir des estimations provisoires ou des données sur les postes les plus importants et de faire parvenir ultérieurement des données plus complètes.

1103. Le statisticien pourrait envisager de recourir davantage aux estimations. (Les méthodes d’estimation sont traitées aux chapitres 11 à 16.) Si le statisticien ne connaî t pas bien le processus d’estimation, les utilisateurs pourraient lui apporter leur concours s’ils ont mis au point des méthodes d’extrapolation et d’établissement de projections. Le statisticien pourrait également envisager d’utiliser d’autres méthodes pour la collecte des données. En remplaçant une enquête détaillée par une enquête par sondage, il pourrait réduire le délai d’obtention des résultats, tout en limitant au minimum les effets sur la qualité des données. Lorsque les données nécessaires à l’établissement d’un poste peuvent être tirées de plusieurs sources, le statisticien pourrait utiliser les données-sources les plus récentes pour établir des estimations provisoires.

1104. Le statisticien doit en outre examiner en détail les activités de traitement des données. Des procédures peu appropriées peuvent causer des retards. Il se peut qu’une bonne analyse des procédures utilisées permette de trouver les moyens de les améliorer.

1105. Lorsqu’il établit de nouvelles procédures, le statisticien doit prévoir plusieurs périodes d’application et d’essai. Par exemple, si de nouvelles procédures (consistant, disons, à utiliser des données-sources provisoires et à faire davantage usage d’estimations) sont mises en place, le statisticien pourrait, sans publier de données à plus brefs délais, procéder à des simulations pendant plusieurs périodes d’essai. Les calendriers de publication pourraient être révisés une fois surmontées les difficultés initiales.

Ressources

1106. Il est souvent difficile de trouver le juste milieu entre la demande de données émanant des utilisateurs et les ressources disponibles. Un déséquilibre entre les deux crée souvent des obstacles considérables à la publication de statistiques à jour et de bonne qualité. Pour remédier à ce déséquilibre, il faut évaluer avec soin le coût de chaque étape du processus statistique. Le statisticien pourrait préparer une analyse comparative des coûts des ressources et des avantages offerts aux utilisateurs. S’il a besoin d’un volume plus élevé de ressources, le statisticien devra présenter aux autorités compétentes une demande, dûment justifiée, à cet effet, ainsi que la déclaration faite par les utilisateurs de leurs besoins. Dans cette demande, les différentes options devront être clairement définies. Par exemple, le statisticien pourra établir une matrice indiquant diverses combinaisons fréquence/degré de précision/qualité/degré d’actualité des données avec le coût en ressources correspondant. Ce coût devra englober les salaires des cadres et du personnel de soutien, les coûts du matériel informatique, du mobilier de bureau et des loyers.

1107. En ce qui concerne le personnel nécessaire à l’exécution d’un projet d’établissement de la BP, il importe qu’il ait les compétences requises. En principe, il faut que les membres de ce personnel aient à eux tous des connaissances spécialisées dans les domaines suivants: économie et finances internationales, comptabilité, conception et gestion de collectes de données, théorie statistique, informatique, élaboration de systèmes, secrétariat et maî trise de plusieurs langues. Peu de personnes possèdent toutes ces compétences à la fois; le statisticien devra donc chercher à s’entourer d’une équipe bien équilibrée. Pour travailler efficacement, les membres de cette équipe doivent être encouragés à dialoguer et à partager leurs connaissances et compétences.

1108. Une autre qualité importante qui est requise du personnel chargé d’établir la BP est la capacité d’apprendre rapidement. En raison de la complexité du cadre conceptuel de la balance des paiements, des méthodes de collecte et du processus d’établissement des données, il faut accorder une très haute priorité à la formation professionnelle; celle-ci peut prendre plusieurs formes: formation sur le tas, cours de formation au sein de l’organisation qui établit les statistiques, cours de formation externes dans des établissements d’enseignement ou des organisations internationales.

Évaluation du degré d’exactitude des estimations

1109. Une donnée est exacte lorsqu’elle est proche de la valeur véritable de ce qu’elle sert à mesurer. La valeur véritable d’une activité est une valeur théorique, tout comme le cadre conceptuel est en soi une abstraction. Les personnes qui exercent ou enregistrent les activités que l’on cherche à mesurer dans le cadre de la balance des paiements ne considèrent pas ces activités sous le même angle que le statisticien de la BP.

1110. Pour que les données soient exactes, il faut que deux conditions soient remplies. Premièrement, le cadre conceptuel et ses règles, conventions et définitions doivent être cohérents et bien conçus. Deuxièmement, l’activité doit être évaluée conformément au cadre conceptuel, pour ce qui est des règles et conventions régissant la couverture, l’évaluation, la date d’enregistrement, la classification et le traitement des données.

1111. Le statisticien de la BP ne ménage aucun effort pour assurer l’exactitude des données en effectuant une enquête approfondie sur l’activité à mesurer, en développant davantage le cadre conceptuel s’il ne s’étend pas comme il le faudrait à l’activité en question, en établissant et en testant les formulaires de collecte de données et les systèmes de traitement de l’information, en estimant ou en ajustant les données de manière à combler l’écart entre la mesure utilisée et la valeur théorique, en appliquant régulièrement les procédures de contrôle de la qualité, en évaluant périodiquement l’ensemble du processus du point de vue de la réalisation des objectifs et, le cas échéant, en réorientant le processus statistique.

1112. Dans la plupart des cas, le processus d’établissement des données de BP est conçu de manière à ce que les données inexactes soient décelées et corrigées. Cependant, il arrive que le statisticien trouve des erreurs, effectives ou potentielles, niais ne soit pas en mesure d’y remédier. En pareils cas, le statisticien pourrait procéder à une évaluation subjective ou objective du degré d’exactitude des données de BP; ces évaluations pourraient ensuite être communiquées aux utilisateurs ou guider les efforts faits en vue d’améliorer davantage le processus statistique.

1113. Sur la base de ses entretiens avec les répondants, ou d’après les erreurs mises en évidence par le processus de vérification, le statisticien s’attend à trouver certaines erreurs. Il se peut que les erreurs soient trop faibles pour susciter de l’inquiétude ou que le volume des ressources disponibles ne lui permette pas d’effectuer des enquêtes et d’apporter les corrections nécessaires. Dans ces conditions, le statisticien peut se faire une idée subjective du degré d’inexactitude des données.

1114. Des enquêtes par sondage bien conçues peuvent permettre de quantifier certaines erreurs. Dans le cadre de ces enquêtes, on essaie de comparer les données que les répondants devraient communiquer et celles qu’ils communiquent effectivement. Par exemple, le statisticien du commerce international peut enquêter sur le cas des exportateurs qui communiquent des valeurs départ-usine et non de vraies valeurs f.à.b. Ce type d’enquête peut permettre de déceler certaines distorsions des données communiquées et d’ajuster en conséquence les statistiques. Cette enquête peut aussi révéler que certaines erreurs sont difficiles à quantifier ou qu’elles sont faibles, auquel cas le statisticien ne cherchera pas à les corriger. Par conséquent, les enquêtes par sondage peuvent renseigner objectivement le statisticien sur le degré d’exactitude des données ou, au contraire, lui permettre de s’en faire une idée subjective.

1115. Lorsqu’on a recours à une enquête par sondage pour calculer certaines données, une analyse de l’erreur d’échantillonnage rend possible une évaluation mathématique de l’exactitude des données.

1116. Les estimations de BP peuvent être comparées aux données d’autres sources. Par exemple, les données communiquées par les banques (dans les statistiques monétaires et bancaires) sur leur stock d’avoirs financiers extérieurs pourraient être comparées aux données tirées d’un SCTI ou d’une EE. Bien entendu, il faut procéder, si possible, à un rapprochement intégral des données. Cependant, il se peut que le statisticien n’ait pas suffisamment d’éléments pour déterminer quelle est la source la plus fiable. Dans ce cas, il peut simplement constater qu’il existe des différences, sur lesquelles une enquête plus poussée devra être menée. Un écart entre les données de deux sources peut fournir une indication de l’ampleur d’une erreur éventuelle.

1117. Les sources de données existantes peuvent servir à établir plusieurs estimations d’une même activité. Certaines hypothèses peuvent être formulées dans le processus statistique, et elles peuvent comporter une marge d’erreur. Il peut être utile d’examiner les résultats des diverses hypothèses formulées. Par exemple, le statisticien pourrait chercher à savoir ce qui arriverait s’il adoptait des hypothèses différentes, mais pas nécessairement sans valeur, pour convertir en une monnaie des données exprimées dans une autre monnaie. Il peut également formuler des hypothèses différentes lorsque la couverture des données est insuffisante ou qu’il ne reçoit pas de réponse à ses questions. Diverses estimations fondées sur des hypothèses différentes peuvent être établies et comparées aux estimations initiales. L’ampleur de tout écart ainsi révélé donnerait une indication du degré d’inexactitude des données.

1118. Pour le même poste de la BP, le montant calculé à l’aide de données provenant de certaines sources pourrait être comparé à celui qui est calculé à partir de données tirées d’autres sources ou établies au moyen d’autres méthodes. Par exemple, si les services de voyages sont évalués dans le cadre d’un SCTI ou d’une EE, les estimations obtenues pourraient être comparées avec celles qui résultent d’autres méthodes, lesquelles consistent par exemple à multiplier le nombre des arrivées et des départs par le montant estimé des dépenses par voyageur. Ces comparaisons peuvent donner une idée de l’exactitude des données des sources existantes.

1119. La comparaison des estimations de BP avec celles des pays partenaires fait souvent apparaître des écarts; ceux-ci peuvent être dus à de nombreux facteurs, notamment l’utilisation de cadres conceptuels différents. Ces comparaisons peuvent toutefois fournir une indication de l’exactitude des données.

1120. Il peut en outre être utile d’examiner le poste des erreurs et omissions nettes. Le profil d’évolution de ce poste peut aider à trouver les causes possibles d’erreur dans les statistiques de BP. Si ce poste a un solde positif (crédit) ou négatif (débit) dont le niveau demeure élevé mais stable, c’est peut-être parce que la couverture de certaines données inscrites au crédit ou au débit n’est pas adéquate. Si le poste des erreurs et omissions nettes fait apparaître des fluctuations, mais que ces fluctuations se compensent d’une période à l’autre, il se peut que les dates d’enregistrement retenues pour des postes instables—tels que ceux du compte d’opérations financières ou les postes du compte des transactions courantes qui représentent des montants élevés et ne peuvent être décomposés—ne soient pas les mêmes. Si les erreurs et omissions nettes sont élevées en période de fluctuation du taux de change, cela peut s’expliquer par la méthode de conversion des monnaies utilisée pour l’établissement des comptes. Si les erreurs et omissions nettes semblent varier lorsque le comportement de certains postes change, cela dénote peut-être l’existence d’une relation indiquant que la couverture des données sur certains types de transactions est inadéquate. Par exemple, si le poste des erreurs et omissions nettes fait apparaître un solde positif au cours d’une période où les importations augmentent, c’est peut-être parce que les engagements sous forme de crédits commerciaux sont sous-estimés.

1121. De même, si le poste des erreurs et omissions nettes varie avec la situation et la politique économiques, cela signifie peut-être qu’il existe une relation entre les deux phénomènes. Par exemple, le poste des erreurs et omissions nettes peut faire apparaître un solde négatif élevé à cause du montant non évalué des fuites de capitaux qui ont suivi l’institution d’une loi rendant obligatoire la rétrocession des recettes en devises.

1122. Comme les facteurs à l’origine des fluctuations du poste des erreurs et omissions nettes peuvent être très complexes, le statisticien doit, il va sans dire, faire preuve de prudence lorsqu’il interprète les données de ce poste. De plus, si le montant des erreurs et omissions nettes est faible, cela ne signifie pas nécessairement que l’exactitude des statistiques de BP ne pose pas de graves problèmes. Il se peut que certaines erreurs soient venues en compenser d’autres ou que certaines transactions n’aient pas été évaluées du tout.

1123. Après avoir effectué le type d’analyse décrit cidessus, le statisticien devrait être à même de publier certains renseignements sur la qualité des estimations de BP. Dans son compte rendu, il pourrait décrire brièvement les questions retenues, passer en revue les avantages et inconvénients des sources de données utilisées et évaluer l’incidence, sur la qualité des données, des grands postes figurant dans les comptes. Il peut être utile de dresser un tableau indiquant le montant de chaque grand poste et la note correspondant au degré d’exactitude perçu. Par exemple, le degré d’exactitude pourrait être décrit comme étant: a) à 1 % près, b) à 5 % près, c) à 10 % près, d) à 20 % près et e) à plus de 20 % près. Une autre façon de présenter les renseignements sur la qualité des données serait de montrer, pour chaque grand poste, l’éventail, tel qu’il est perçu, des valeurs applicables au poste en question. Quoique subjectives, des analyses de ce type donneraient aux utilisateurs une indication de la qualité relative des données et constituent un instrument précieux pour l’analyse de la balance des paiements.

Questions concernant les révisions

1124. La révision des estimations de BP qui sont publiées est l’une des caractéristiques communes à nombre de systèmes d’établissement des données et peut être un indice de la qualité des estimations initiales; celles-ci peuvent être provisoires et susceptibles d’être révisées—ce qui revient à dire qu’elles sont moins exactes que les estimations ultérieures, lesquelles sont jugées plus proches de la valeur véritable, pour la même période de référence. La révision de certaines estimations, souvent profonde au début, devient moins importante par la suite. Les données de certains systèmes sont généralement moins susceptibles d’être révisées. Par exemple, les données des SCTI et des SCI ont tendance à se stabiliser assez rapidement, alors que les résultats des EE mettent normalement un peu plus de temps à le faire.

1125. La révision des données peut être nécessaire pour un certain nombre de raisons. Il se peut que, quelle que soit leur source, les données soient provisoires. Il arrive par ailleurs que, pour fournir une première indication des résultats de la BP, les répondants communiquent des données fondées sur des réponses ou des vérifications incomplètes.

1126. Des révisions peuvent s’avérer nécessaires si les répondants tardent à communiquer les données. Les données effectives peuvent différer des estimations que le statisticien établit parfois lorsqu’il n’a pas obtenu de réponse.

1127. Les données peuvent être révisées si la couverture des données estimées ultérieurement pour une période déterminée est plus complète. Par exemple, il se peut que les enquêtes trimestrielles ne soient menées qu’auprès des grandes entreprises et que seules les enquêtes annuelles ou les enquêtes-repères périodiques soient effectuées auprès de l’ensemble des entreprises.

1128. Il se peut que des révisions soient faites à l’issue d’un examen détaillé des données. Le rapprochement des données de stocks et des données de flux qu’effectuent de nombreux pays en est un bon exemple.

1129. Il arrive que les répondants aux questionnaires d’enquête décèlent des erreurs dans des données qu’ils ont déjà transmises et communiquent les données corrigées.

1130. Il se peut qu’à la suite d’évaluations périodiques de la qualité des données, on soit amené à ajuster ou réviser des données déjà publiées ou enregistrées.

1131. Les méthodes d’estimation sont parfois révisées parce que des changements ont été apportés à la méthodologie ou que les résultats d’une enquête-repère indiquent que les méthodes d’extrapolation ou d’interpolation précédemment appliquées doivent être modifiées.

1132. Les modifications du cadre conceptuel, par exemple du traitement d’une activité ou de sa classification, peuvent rendre nécessaire l’ajustement des données de périodes passées.

1133. Il est souhaitable que le statisticien publie des renseignements sur les conséquences des révisions pour les comptes. Ce faisant, il pourrait comparer les estimations initiales avec les estimations établies ultérieurement pour la même période de référence. Il pourrait également publier des renseignements sur l’ampleur moyenne absolue et effective des révisions.

1134. Du point de vue de la gestion de la base des données et de la diffusion des renseignements, il importe d’établir une politique en matière de révisions. Cette politique pourrait déterminer dans quels numéros des publications les données révisées doivent paraître, si les données révisées se rapportant à des périodes de référence éloignées doivent être incorporées à mesure que les révisions sont effectuées ou à un rythme moins fréquent, et si les données relatives à des périodes passées doivent être révisées lorsque les révisions à leur apporter sont de faible ampleur.

1135. La fréquence et l’ampleur des révisions sont une source d’irritation et de travail supplémentaire pour les utilisateurs. Il convient de mettre en place des méthodologies permettant de réduire la fréquence des révisions. En d’autres termes, le statisticien doit s’employer davantage à obtenir la bonne réponse dès sa première ou deuxième démarche. Pour cela, il doit identifier les causes des révisions et déterminer s’il serait possible de les éliminer, par exemple en accroissant la fréquence des collectes de données, en recueillant des données sur les grandes catégories de comptes à des intervalles plus rapprochés, en faisant moins appel aux enquêtes-repères peu fréquentes, en accélérant les procédures de contrôle de la qualité et en améliorant les méthodes qu’il utilise pour estimer les données lorsqu’il ne reçoit pas de réponse ou que la couverture des données est incomplète. Pour que ces améliorations puissent être apportées, il faudra peut-être un plus grand volume de ressources. Une analyse coûts-avantages peut s’avérer nécessaire, et il serait possible d’obtenir l’appui des utilisateurs en faveur d’améliorations ayant pour effet de réduire les révisions.

1136. Cependant, ce n’est pas parce que les révisions sont une source d’irritation pour les utilisateurs qu’il faut éviter de réviser les estimations. Le statisticien de la BP a pour objectif de publier les estimations les plus exactes possibles et il doit publier des estimations révisées si celles-ci sont plus exactes. Le statisticien de la BP qui ne révise pas les estimations lorsqu’il sait que les estimations publiées sont inexactes peut contribuer à la mise en place d’une politique économique fondée sur des informations propres à induire en erreur.

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