Chapter

V Vérification et réconciliation des résultats

Author(s):
Robert Dippelsman, Adriaan Bloem, and Nils Mæhle
Published Date:
December 2001
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A. Introduction

5.1. Les opérations de vérification et de réconciliation représentent des étapes essentielles de la production statistique et sont, parmi les tâches que recouvre l’établissement des comptes nationaux, celles qui exigent le plus de compétences. Le présent chapitre met l’accent, non pas sur les sources de données et les techniques statistiques, qui sont traitées ailleurs, mais sur l’analyse et l’interprétation des données, opérations dites de «vérification», de «contrôle» ou de «validation des données». Elles interviennent à tous les stades du calcul des estimations (avant, durant et après). La «réconciliation», aussi appelée «confrontation», est une sorte de vérification spéciale qui s’effectue après le calcul initial et consiste à vérifier diverses données dans le cadre des relations de comptabilité nationale. La vérification et la réconciliation des données peuvent donner lieu à la correction des erreurs ou au recours à d’autres sources et méthodes; cependant, elles ne doivent jamais servir de prétexte pour manipuler les données sans justification ou pour les ajuster en vue de les rendre conformes à des prévisions ou pour des raisons politiques.

5.2. L’établissement des comptes nationaux est un processus compliqué dans lequel sont rassemblées des données très diverses et très abondantes. Les données diffèrent par la période qu’elles recouvrent, leur source, leur qualité, les unités auxquelles elles se rapportent, les concepts sur lesquels elles reposent et la date à laquelle elles sont disponibles. Du fait du volume considérable des données réunies, il est facile de faire des erreurs et difficile de les trouver. En outre, lorsqu’une méthode ou un programme se sont toujours montrés efficaces, que le processus de production s’est bien déroulé ou que les calculs sont compliqués, les comptables nationaux ont naturellement tendance, du fait de leur lourde charge de travail, à accepter les données sans les examiner de près, ce qui crée un risque d’erreur.

5.3. Les fournisseurs de données font partie intégrante du processus d’établissement des comptes nationaux, de sorte que la vérification des données doit se réaliser en contact permanent avec ceux qui les fournissent pour savoir s’ils ont décelé des problèmes ou en soupçonnent l’existence. En outre, le processus d’élaboration des comptes nationaux peut être luimême révélateur de problèmes par ses propres instruments d’analyse: la mesure des volumes, l’établissement de données corrigées des variations saisonnières ou de la composante tendance-cycle, l’analyse des modalités de révision et la réconciliation avec des données voisines. Par conséquent, la communication doit aller dans les deux sens.

5.4. Nombre des questions qui se posent en matière de réconciliation et de vérification des comptes nationaux trimestriels (CNT) sont semblables à celles qu’on trouve dans les comptes nationaux annuels (CNA). Cependant, elles sont particulièrement importantes dans le cas de l’établissement des comptes trimestriels. Le délai d’établissement des CNT est d’ordinaire beaucoup plus court que celui des CNA, les travaux sont effectués de façon plus hâtive et une plus grande partie des données de base est provisoire ou non publiée. En conséquence, les risques d’erreurs sont plus grands. Les CNT sont généralement moins détaillés. La brièveté des délais d’élaboration des comptes limite fortement le nombre des vérifications faites pour le dernier trimestre. Dans le temps imparti, il est parfois nécessaire de limiter ces vérifications aux domaines où l’on sait qu’il y a des problèmes, aux périodes les plus récentes et à certains ratios importants. Entre deux campagnes de travail trimestrielles, il est possible toutefois de trouver des occasions pour approfondir les travaux.

5.5. En général, la vérification est opérée avant tout dans le but de trouver et corriger les erreurs avant la publication des données, mais elle présente d’autres avantages. Elle aide les comptables nationaux à mieux comprendre les données et l’économie, ainsi qu’à aller au devant des questions des utilisateurs, car ils auront déjà repéré les fluctuations anormales et pourront ainsi répondre immédiatement à ces questions. Une bonne vérification améliore la qualité des données tout en accroissant la confiance des utilisateurs dans les méthodes servant à leur élaboration.

5.6. Le vérificateur se fonde en général sur les relations entre les données afin d’identifier les problèmes et les éventuelles questions. Il n’arrive que rarement qu’un chiffre puisse à lui seul révéler l’existence d’anomalies. La vérification consiste essentiellement à comparer les observations d’une seule et même variable sur différentes périodes ou à comparer entre elles plusieurs variables susceptibles d’être unies par un certain type de relations.

5.7. La vérification et la réconciliation donnent parfois lieu à des modifications des estimations. Il importe que ces modifications soient justifiées et documentées. Par exemple, il arrive que des erreurs soient repérées et puissent ainsi être corrigées. Ou il se peut qu’une méthode ne convienne plus, car les hypothèses de départ ne sont plus valables, ou que des problèmes se posent sur le plan de la communication ou de la couverture des données de base. Il faut toutefois distinguer la vérification de la manipulation inacceptable des données. L’évolution inattendue d’une série doit pousser le comptable national à s’assurer qu’il n’y a pas d’erreur ou de problème au niveau de la source des données. La vérification peut l’amener à penser qu’il est justifié d’avoir recours à une autre source ou méthode; cependant, on ne doit pas modifier les données pour la seule raison qu’elles sont inattendues, car une telle action risque de conduire à une accusation de manipulation et nuire à la réputation de l’équipe de travail si cela vient à être connu. De plus, dans la réalité, il se produit beaucoup d’événements imprévus, et l’objectif des CNT est de rendre compte des faits qui surviennent dans une économie, surtout lorsqu’ils sont inattendus. Conformément aux principes d’intégrité et de transparence, les estimations des CNT doivent pouvoir être expliquées par les données de base et des méthodes d’élaboration connues du public, et leurs ajustements, par les documents justificatifs correspondants.

B. Causes des problèmes statistiques

5.8. L’incohérence apparente des données tient à des causes diverses. Lorsqu’un problème statistique se pose, il faut tout d’abord vérifier que les données à traiter coïncident avec celles fournies par ceux qui sont chargés de la collecte. Si les CNT sont établis par ordinateur, comme c’est généralement le cas, il est nécessaire de s’assurer que le programme informatique fait bien ce qu’on attend de lui. Cette opération révélera toute anomalie due à des erreurs imputables au système même de calcul des comptes nationaux. Pour ne pas nuire à ses relations avec les fournisseurs de données, le comptable national doit exclure la possibilité que l’erreur soit due au système d’élaboration des données avant d’orienter l’enquête vers d’autres voies. L’incohérence apparente des données peut avoir plusieurs causes:

  • a) Des erreurs d’enregistrement des données par les responsables des comptes nationaux: fautes de frappe, chiffres mal classés, ou utilisation de données anciennes qui auraient dû être mises à jour.

  • b) Des erreurs dues au système de calcul des données dans les comptes nationaux: il s’agit essentiellement de l’utilisation de mauvaises formules, ce qui peut surtout se produire lorsque des changements sont apportés aux programmes, en particulier dans les tableurs. En outre, il se peut que les hypothèses et indicateurs ne conviennent plus, car les conditions ont changé. Par exemple, l’utilisation d’un déflateur généralisé ou d’un déflateur direct de la valeur ajoutée peut donner des résultats acceptables lorsque les prix relatifs ne varient guère, mais elle peut grandement induire en erreur dans des conditions économiques différentes. Il faut ajuster les données lorsque leurs sources ne satisfont pas tout à fait aux règles de la comptabilité nationale et celles-ci ont souvent tendance à être invalidées par l’évolution économique. Les ajustements portent, par exemple, sur la date d’enregistrement des transactions, la base d’évaluation ou le champ couvert (pays ou région/taille/produit).

  • c) Des erreurs dans les réponses aux questionnaires. Les données communiquées ne sont pas toujours de bonne qualité, mais elles peuvent être améliorées par des questionnaires bien conçus, des instructions précises et la possibilité pour l’enquêté de disposer d’une aide pour remplir le questionnaire. Les problèmes liés à la date d’enregistrement peuvent être particulièrement importants dans les CNT. Ces problèmes se posent lorsque les opérations ne sont pas enregistrées à la date retenue par le SCN 1993, qui adopte les principes de la comptabilisation sur la base des droits constatés et du changement de propriété; cependant, un grand nombre de sources ne suivent pas ces règles. Les données des administrations publiques sont souvent enregistrées sur une base de caisse. Les statistiques du commerce international sont généralement comptabilisées à la date à laquelle les biens franchissent la frontière douanière, ou à la date à laquelle les autorités douanières procèdent au traitement des déclarations. Les données obtenues comme sous-produit des activités administratives (par exemple les données sur la taxe à la valeur ajoutée ou sur les prélèvements sur les salaires) portent sur des périodes qui ne coïncident pas toujours avec le trimestre parce que l’organisme en question s’intéresse davantage au recouvrement de l’impôt qu’à l’établissement de statistiques. Les entreprises adoptent des périodes comptables qui ne correspondent pas toujours exactement à la période de trois mois retenue dans les CNT et qui recouvrent, par exemple, un nombre donné de semaines, des intervalles de quatre semaines ou des trimestres non standardisés. Ces problèmes se retrouvent aussi dans les données annuelles mais sont plus sérieux dans les CNT, car la même erreur de date d’enregistrement prend une ampleur relativement plus grande dans les comptes trimestriels.

  • d) Des erreurs et des problèmes dus aux systèmes de collecte des données. Des problèmes peuvent se poser dans plusieurs domaines: classification, saisie des données, estimation des postes sur lesquels il manque des données ou pour lesquels aucune réponse n’a été reçue, plans d’échantillonnage, tabulation, traitement des réponses tardives, registre incomplet des entreprises et omission de composantes. L’estimation des non-réponses est une question particulièrement importante dans les CNT, car la proportion de données manquantes y est plus grande en raison de la durée plus courte des délais impartis. Les premières estimations sont souvent établies sur la base de réponses incomplètes, et sont complétées par une estimation des données non communiquées. Le traitement des valeurs aberrantes peut différer lui aussi. Un écart systématique entre les premières et les dernières estimations donne à penser que l’estimation des composantes manquantes est biaisée. Des erreurs importantes mais non systématiques semblent révéler l’importance d’un suivi précoce des données. Les responsables des comptes nationaux doivent être compréhensifs vis-à-vis des contraintes auxquelles sont soumis leurs collègues chargés de la collecte des données, et tenir compte du fait que ceux-ci ne bénéficient pas toujours des ressources nécessaires ni de la coopération des enquêtés.

  • e) Des changements dans la structure de l’économie. Dans bien des cas, il est possible de confirmer la validité d’une modification surprenante apportée à une série, car elle est le résultat d’un fait connu, par exemple une grosse transaction individuelle ou la fermeture d’une entreprise. Cette information aide les comptables nationaux à comprendre les données et à répondre aux questions des utilisateurs. Certains changements intervenus dans la structure de l’économie ont pour effet d’invalider les hypothèses retenues pour l’établissement des comptes nationaux et rendent alors nécessaire l’utilisation d’autres méthodes. Par exemple, la représentativité d’un indicateur peut être mise en cause si le champ qu’il couvre se détériore.

  • f) Des causes inexplicables. Ilyaaussidescasoùune évolution surprenante est observée mais ne peut être imputée à une erreur ni à une autre cause bien définie. Il vaut quand même mieux que le comptable national soit au courant de leur existence pour ne pas être pris au dépourvu par la question d’un utilisateur et pour pouvoir les résoudre lorsqu’il leur trouve ultérieurement une explication.

5.9. Dans certains cas, les causes des problèmes statistiques sont évidentes, tandis que, dans d’autres, elles ne sont identifiées qu’après un travail de recherche. Certains problèmes sont faciles à résoudre contrairement à d’autres, dont la solution sera plus longue à trouver, car elle nécessite la collecte de données; c’est le cas, par exemple, des problèmes dont la solution requiert une modification du champ couvert par une enquête ou du questionnaire, le recours à une nouvelle méthode d’imputation en cas de non-réponse, ou une révision des procédures d’inclusion de nouvelles entreprises dans le champ. Même s’il n’est pas possible de corriger ou d’expliquer immédiatement les données, il importe d’identifier les problèmes pour pouvoir ultérieurement en chercher les causes et y apporter une solution.

C. Comment déceler des problèmes de données

5.10. Ce chapitre présente divers moyens de déceler des problèmes de données. On insistera ici sur les questions de terminologie et de classification, car il n’y a guère ou pas d’ouvrages qui leur soient consacrés et il n’y a pas de terminologie standard.

1. Vérification à l’œil nu

5.11. La «vérification à l’œil nu»—qui consiste tout simplement à parcourir les chiffres, tels qu’ils seront publiés, sans faire appel à d’autres calculs, tabulations ou graphiques—est la forme de vérification la plus élémentaire. Même dans une opération aussi limitée, un œil attentif pourra relever des signes de problèmes:

  • Différents ordres de grandeur, nombres de chiffres différents.

  • Des nombres qui varient trop brutalement—hausse ou baisse excessive.

  • Des nombres qui ne changent pas du tout—l’absence de changement peut donner à penser que les nombres ont été imputés à la mauvaise période.

  • Des nombres qui changent trop peu—une croissance beaucoup plus lente de certains postes par rapport à d’autres peut signaler l’existence d’un problème.

5.12. La vérification à l’œil nu ne nécessite pas d’ordinateur ou autres instruments de détection et dépend donc seulement de la capacité d’observation du vérificateur. En conséquence, il y a beaucoup de problèmes qui ne lui sauteront pas aux yeux et qui risquent donc de passer inaperçus. En dépit de ces limitations, cette forme élémentaire de vérification peut se réaliser rapidement et est bien préférable à une absence totale de vérification. Quelqu’un qui n’a pas participé aux calculs initiaux a plus de chances de relever des problèmes potentiels.

5.13. Une méthode de vérification un peu plus perfectionnée est celle qui consiste à présenter les nombres sous forme de graphiques. Ceux-ci peuvent être facilement tracés à l’aide de tableurs et autres logiciels. Les graphiques font bien mieux ressortir que les tableaux les mouvements anormaux et l’incohérence des données.

2. Vérification analytique

5.14. Une forme de vérification plus avancée est celle qui fait appel à des calculs ou à des graphiques supplémentaires. Elle est plus compliquée et plus longue à opérer mais permettra généralement de détecter davantage de problèmes que la vérification à l’œil nu.

a. Vérification logique

5.15. La vérification logique consiste à confirmer l’exactitude des données sur la base de définitions ou d’identités mathématiques, comme dans les exemples suivants:

  • Le total est égal à la somme de ses composantes (par exemple, PIB = consommation finale des ménages + consommation finale des administrations publiques + formation brute de capital fixe + variation des stocks + acquisitions moins cessions d’objets de valeur [le cas échéant] + exportations de biens et de services − importations de biens et de services; manufacture = industries agricoles et alimentaires + textiles + vêtements, etc.).

  • Les équilibres des produits, qui permettent de vérifier la relation entre les ressources et les emplois lorsqu’ils ont été estimés séparément. Le meilleur moyen de procéder consiste à utiliser le cadre général d’un tableau des ressources et des emplois qui met en balance les composantes tout en faisant apparaître les relations entre elles. Toutefois, même sans ce cadre, la mise en équilibre des ressources et des emplois pour un produit déterminé offre un bon moyen de détecter les erreurs ou incohérences entre des données de sources différentes (Si les données sur les ressources et les emplois sont complètes, il s’agit là d’une vérification logique.)

  • L’année est égale à la somme des trimestres dans les données initiales; cela n’est pas nécessairement vrai pour les données corrigées des variations saisonnières ou pour la composante tendance-cycle.

  • Définition de termes spécifiques (par exemple, déflateur implicite des prix = valeur aux prix courants/valeur à prix constants; valeur ajoutée = production − consommation intermédiaire).

5.16. Les erreurs d’arrondis peuvent parfois fausser légèrement cette relation, mais elles sont en général relativement mineures et ne doivent pas servir de prétexte commode pour accepter les incohérences des données.

b. Plausibilité

5.17. Le contrôle de plausibilité consiste à s’assurer qu’une série évolue d’une période à l’autre ou par rapport à d’autres séries de la manière dont on s’y attend. Contrairement au cas précédent, l’exactitude n’est pas ici un critère que les données doivent satisfaire; elles peuvent plutôt être considérées sous la forme d’un spectre allant des valeurs espérées à celles qui le sont moins mais sont encore plausibles, puis aux valeurs anormales et enfin aux valeurs non plausibles. Pour pouvoir faire cette évaluation, il faut savoir ce qu’est un changement réaliste; autrement dit, le comptable national doit avoir une bonne connaissance de l’évolution économique ainsi que du processus statistique.

5.18. Il importe d’évaluer les indicateurs des CNT en fonction de leur capacité à retracer les mouvements des séries annuelles correspondantes. Comme il est expliqué aux chapitres II et VI, le ratio repère/indicateur (RI) annuel exprime la relation entre les deux séries. Si ce ratio annuel est stable, l’indicateur est représentatif. S’il tend à augmenter ou à baisser, cela montre que les mouvements de l’indicateur sont biaisés. Une volatilité du ratio RI annuel signale l’existence de problèmes qui sont moins faciles à diagnostiquer et à résoudre.

5.19. Voici d’autres exemples de calculs qui peuvent être faits pour contrôler la plausibilité des données:

  • Calcul des variations en pourcentage (par exemple d’estimations trimestrielles par rapport à celles du trimestre précédent ou de la période correspondante de l’année précédente). Ces calculs peuvent révéler les cas de hausse ou de baisse excessive ou ceux dans lesquels une composante n’évolue pas comme une série voisine. Il est parfois possible d’établir des seuils pour déceler les variations anormales sur la base du comportement passé. Outre qu’ils servent d’instruments de vérification, les tableaux des variations en pourcentage constituent une autre façon utile de présenter les données.

  • Calcul de la contribution à la croissance1, qui montre les facteurs à l’origine de la croissance des agrégats (et non seulement la croissance individuelle de chaque série prise en elle-même).

  • Établissement de l’équilibre des produits. (Déjà traité dans la section sur la vérification logique. Si les données sur les ressources et les emplois sont incomplètes, il s’agit plutôt d’un contrôle de plausibilité.)

  • Calcul de divers types de ratios (surtout lorsque les séries proviennent de sources indépendantes):

    • ➢ Calcul du déflateur implicite des prix (ratio valeur aux prix courants/valeur à prix constants), qui est une sorte d’indice des prix.

      • ➢ Au niveau désagrégé, si les données en valeur et en volume proviennent de sources indépendantes, un mouvement anormal du déflateur implicite des prix signalera une incompatibilité des tendances.

      • ➢ Au niveau global, il est utile de calculer les indices de prix de Laspeyres correspondants. Une comparaison entre ces indices et les déflateurs implicites des prix révèle l’effet des modifications de leur composition sur ces déflateurs. Il n’est pas besoin de disposer de données supplémentaires pour calculer les indices de prix de Laspeyres. De plus, ils sont par eux-mêmes utiles à l’analyse.

    • ➢ Les mesures de productivité font ressortir la relation entre les intrants et la production/valeur ajoutée et, partant, peuvent révéler les problèmes qui se posent au niveau des données pour les unes ou pour les autres. La mesure la plus commune et la plus simple est la productivité de la main-d’œuvre, c’est-à-dire la production ou la valeur ajoutée à prix constants par employé ou par heure ouvrée. Par exemple, les séries sur la production, la valeur ajoutée et l’emploi peuvent avoir l’air plausibles lorsqu’elles sont prises individuellement, alors qu’elles évoluent les unes par rapport aux autres de façon incompatible. Dans ce cas, la mesure de la productivité mettra en lumière l’incohérence des tendances sous la forme d’une variation non plausible. Certains pays publient des estimations sur la productivité de la main-d’œuvre ou de l’ensemble des facteurs. Ces estimations présentent, elles aussi, de l’intérêt pour l’analyse.

    • ➢ Ratios entre des séries étroitement liées entre elles (par exemple, la construction par rapport à la formation brute de capital fixe et la production de construction dans les estimations de production; la valeur ajoutée et la production pour la même branche d’activité; les rapports entre composantes et total, comme les ratios production manufacturière/total, stocks/ventes).

    • ➢ D’autres ratios entre séries. Les ratios sont moins stables pour les séries qui sont liées par des relations de comportement, par exemple la consommation et l’épargne rapportées au revenu, ou le déficit en compte courant à l’épargne. Cependant, les variations de ces ratios peuvent indiquer l’existence de problèmes de données et aider les comptables nationaux à conseiller les utilisateurs de données.

  • Il convient d’observer le comportement des séries obtenues implicitement, car elles peuvent révéler l’existence de problèmes, par exemple la série de la consommation intermédiaire lorsque la valeur ajoutée a été calculée à l’aide d’un indicateur de production.

  • Il importe d’examiner les révisions faites depuis la dernière fois que les données ont été publiées, ou depuis leurs publications antérieures. Des erreurs nouvellement créées apparaîtront comme révisions. Des révisions constamment effectuées dans le même sens (c’est-à-dire en hausse ou en baisse) sont le signe que l’indicateur est biaisé. Des révisions importantes et erratiques peuvent signaler l’existence d’un problème au niveau des données antérieures, lequel peut faire l’objet d’un examen plus approfondi. L’application de calages annuels aux estimations trimestrielles donnera lieu à des révisions et pourrait dénoter l’existence de problèmes au niveau des sources des données annuelles ou trimestrielles ou des méthodes appliquées à ces données. Pour effectuer des révisions ou remonter à leur origine, il est nécessaire d’archiver les données de publications précédentes en gardant les imprimés et les copies de fichiers ou en les sauvegardant dans le système informatique sous des identificateurs distincts.

5.20. Le fait que nombre de ces instruments de contrôle de plausibilité présentent un intérêt également pour les utilisateurs des statistiques n’est pas une coïncidence. Vérificateurs et analystes font la même chose: ils examinent comment et pourquoi les données évoluent d’une certaine façon.

5.21. La vérification analytique peut se faire à l’aide de graphiques ou de tableaux. Normalement, l’attention se porte surtout sur les grands changements et non pas tant sur des relations précises. Les graphiques sont particulièrement utiles à cet effet, car un simple coup d’œil suffit, surtout pour détecter les valeurs aberrantes. Les graphiques linéaires et les diagrammes en colonnes sont des présentations qui mettent en relief des aspects différents. Les graphiques prennent parfois plus de temps à établir que les tableaux mais valent la peine d’être tracés en raison de leur utilité. Les tableaux permettent de détecter plus facilement les erreurs, car ils présentent des nombres précis, lesquels peuvent servir à étudier à fond le problème décelé par un graphique. Le choix entre les graphiques et les tableaux est souvent influencé par la capacité du système de traitement informatique utilisé. Chaque mode de présentation a son utilité et il vaut donc mieux présenter les données sous diverses formes.

5.22. En général, il est préférable d’opérer la vérification et la réconciliation des données à la fois au niveau désagrégé et au niveau global. Dans les données agrégées, les problèmes peuvent être masqués par la grandeur des valeurs ou l’annulation réciproque des erreurs de sens contraire. Lorsqu’on peut identifier plus précisément les composantes affectées, il est plus facile de cerner la cause du problème. Certains problèmes ne peuvent être décelés qu’au niveau détaillé, parce qu’ils sont noyés à un niveau d’agrégation plus poussé. Dans d’autres cas, le «bruit», ou fluctuations irrégulières des séries, est fort sur le plan microéconomique, de sorte que les problèmes peuvent devenir plus faciles à repérer à un plus haut niveau d’agrégation, car le bruit dans les séries devient relativement plus faible

5.23. Les problèmes sont parfois plus apparents dans les données à prix constants ou corrigées des variations saisonnières. Dans ces données, certains facteurs d’instabilité ne jouent plus et il est alors possible d’isoler les fluctuations dues à d’autres causes. Par exemple, une série non corrigée des variations saisonnières peut avoir un comportement saisonnier très accentué, avec des variations tellement fortes d’un trimestre à l’autre que les tendances et anomalies passent inaperçues.

5.24. Les écarts statistiques et les postes résiduels doivent faire l’objet d’une attention particulière parce qu’ils ne sont pas obtenus directement, et l’existence d’un problème dans certaines composantes est souvent révélée par le solde comptable qui leur est associé.

D. Réconciliation

5.25. Lorsqu’on dispose de deux ou de plusieurs mesures indépendantes pour un seul et même poste, il est inévitable qu’il apparaisse des incohérences. Il s’agit, par exemple, d’un manque de cohérence entre deux mesures du PIB estimé suivant deux approches différentes ou, dans un système détaillé, entre les ressources et les emplois pour un produit déterminé. Pour venir à bout de ces incohérences, on procède à une réconciliation des données. La présente section traite de différents moyens de réconciliation et des considérations qui doivent guider leur choix. Les points soulevés dans ce domaine s’appliquent aussi bien aux estimations annuelles qu’aux estimations trimestrielles. Le mode de réconciliation des CNA servira généralement de point de départ pour les CNT, mais il se peut qu’une approche différente soit retenue dans ce dernier cas en raison de l’accent mis dans les comptes trimestriels sur la rapidité d’action et la mise à jour des séries. En outre, la réconciliation des données annuelles influera fortement sur les données des comptes trimestriels parce que les équilibres (ou déséquilibres) de ces données seront transmis aux comptes trimestriels par le processus de calage. Les options disponibles sont la réconciliation par recherche détaillée, la réconciliation par méthodes mathématiques ou la publication des écarts statistiques sous diverses formes.

5.26. L’une des importantes méthodes de réconciliation est celle qui consiste à équilibrer les données au niveau désagrégé dans le cadre général d’un tableau des ressources et des emplois (ou entrées-sorties) ou sous la forme d’équilibre des produits pour les biens essentiels. Les tableaux des ressources et des emplois offrent un cadre cohérent permettant d’identifier les incohérences au niveau désagrégé pour chaque produit. L’équilibrage des ressources et des emplois est particulièrement utile lorsque l’on cherche à déceler la cause des incohérences. Même en l’absence d’un cadre général de ce type, une présentation partielle sous forme d’équilibres de produits peut offrir certains des avantages des tableaux des ressources et emplois à des fins de réconciliation. Quelques pays utilisent comme outil de travail ces tableaux des ressources et des emplois au niveau trimestriel, qui sont généralement moins détaillés qu’au niveau annuel. Ils ne sont pas destinés à être publiés.

5.27. Il est procédé à un autre type de réconciliation lorsque des estimations indépendantes du PIB ont été établies suivant deux ou plusieurs approches différentes, mais ne sont pas aussi détaillées que les données d’un tableau des ressources et des emplois2. En pareil cas, les écarts ne deviennent apparents que lorsque les données sont agrégées, et il est alors difficile, voire impossible, d’opérer une réconciliation sur des bases solides, car les écarts à ce niveau ne permettent pas de repérer les composantes qui en sont la cause. Cependant, il peut toujours être utile d’approfondir la question, car le comportement des écarts peut signaler l’existence de tel ou tel problème (par exemple, une évolution contraire à celle qui est attendue est le signe de problèmes liés à la date d’enregistrement, des écarts persistants de même ampleur indiquent la présence d’une erreur systématique dans l’une des principales sources de données, et des écarts procycliques peuvent signaler des problèmes d’évaluation liés à de nouvelles entreprises).

5.28. Certains pays utilisent plusieurs méthodes à la fois, équilibrant les ressources et les emplois sur une base annuelle ou moins fréquente tout en recourant à des estimations indépendantes pour les trimestres. En pareil cas, les écarts trimestriels s’annuleront sur les quatre trimestres de l’année en question et auront généralement tendance à être plus faibles en raison du processus de calage.

5.29. Un certain nombre de pays n’ont pas de problème manifeste de réconciliation parce qu’ils ne disposent pas de tableaux des ressources et des emplois; ils n’utilisent qu’une seule approche pour évaluer le PIB; ou ils appliquent deux ou plusieurs approches, mais une seule dans laquelle les données sont obtenues de façon indépendante, l’autre ou les autres approches consistant à calculer une de leurs composantes par différence. En dehors de l’intérêt analytique que présente l’utilisation de différentes approches, les écarts peuvent toutefois servir à déceler l’existence de problèmes qui seraient autrement passés inaperçus.

5.30. Que le PIB soit évalué à l’aide de tableaux des ressources et des emplois ou de façon indépendante, la méthode de réconciliation idéale est celle qui s’appuie sur un examen approfondi du problème et conduit à sa résolution. Le processus de conciliation ou réconciliation à un niveau désagrégé peut faire ressortir de nombreux points et est jugé très utile par les comptables nationaux. C’est de leur expertise que doit dépendre le degré d’ajustement qui peut être effectué. Les ajustements ne doivent pas être faits à la légère mais doivent se fonder sur des preuves. Ils doivent être accompagnés de documents justificatifs. Il y aura lieu de s’inquiéter s’il est procédé à des estimations non fondées ou à des ajustements dont l’objet est de servir des objectifs politiques (ou si des accusations de manipulation à des fins politiques peuvent être portées). Il importe d’opérer un suivi des ajustements pour s’assurer qu’il ne sera pas nécessaire de les annuler ultérieurement.

5.31. Lorsque le temps, les compétences ou les informations disponibles ne sont pas suffisants pour permettre une réconciliation complète, il existe d’autres moyens de résoudre le problème des écarts. Ces moyens ne font pas toutefois l’objet d’un consensus international et varient selon la situation du pays.

5.32. L’une des méthodes d’élimination des écarts consiste à imputer par convention ces derniers à une seule et même catégorie. L’écart n’est alors plus apparent. Normalement, la catégorie choisie est vaste (comme la consommation des ménages) ou mal mesurée (comme les variations des stocks). En fait, les estimations ne sont plus indépendantes et les données d’une source doivent être égales à celles de l’autre. En conséquence, la valeur informative de la composante choisie pour l’ajustement est réduite, voire perdue. Et bien qu’il soit ainsi dissimulé, l’écart n’est pas résolu. Il y a lieu au moins d’intituler correctement la composante ajustée, qui pourrait, par exemple, être dénommée «Variations des stocks plus erreurs et omissions nettes».

5.33. Une autre méthode consiste à imputer les écarts, à l’aide de méthodes mathématiques ou mécaniques, à un certain nombre de catégories. Il peut s’agir d’un groupe de catégories ou de l’ensemble d’entre elles. On peut procéder par répartition proportionnelle simple ou itérative; par exemple, la méthode RAS est une méthode de répartition proportionnelle itérative utilisée pour les tableaux des ressources et des emplois et autres situations de réconciliation multidimensionnelles. Le choix des catégories à ajuster par répartition proportionnelle et des catégories à laisser inchangées doit se fonder sur des évaluations explicites de la qualité des estimations. Comme l’imputation à une seule catégorie, la répartition entre plusieurs catégories a pour inconvénient de réduire la valeur informative des données initiales. En conséquence, l’équilibre risque d’être établi aux dépens de la qualité des séries des diverses composantes. Si une erreur qui correspond en fait à une seule composante est répartie entre plusieurs d’entre elles, le degré d’exactitude de l’ensemble des composantes en souffrira. Si les écarts sont négligeables, il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. Mais s’ils sont significatifs, ces techniques ne font que masquer le problème au lieu de le résoudre. Ce serait mal servir les intérêts des utilisateurs que de les laisser dans l’ignorance du degré effectif d’incertitude. Minimiser les problèmes au niveau des sources de données peut en outre compromettre les efforts des comptables nationaux pour les mettre en relief et peut nuire aux chances d’améliorer la qualité des statistiques. Du fait que les problèmes liés à la date d’enregistrement sont plus importants dans les données de base et que le délai dont on dispose pour chercher les causes des incohérences des CNT est plus bref, les limitations de la réconciliation sont plus accentuées dans ces comptes que dans les comptes annuels. En conséquence, certains pays qui ont des comptes annuels équilibrés laissent des déséquilibres subsister dans leurs comptes trimestriels.

5.34. Une autre démarche que la réconciliation par recherche des problèmes, par imputation à une seule et même composante ou par méthode mathématique, consiste à présenter ouvertement les écarts qui subsistent. Il s’agit, par exemple, de publier plusieurs mesures du PIB ou des ressources et emplois pour un produit. On peut aussi privilégier une mesure sur la base de l’évaluation de la qualité des sources de données ou de la vérification mathématique des propriétés des autres mesures (ou des deux à la fois). Il faudrait alors présenter explicitement les écarts statistiques (au niveau agrégé pour les estimations indépendantes du PIB, au niveau de chaque produit pour les ressources et les emplois), de telle sorte que la somme des composantes soit égale au total de la mesure préférée.

5.35. Le principal inconvénient de la présentation explicite des écarts est qu’elle risque de plonger les utilisateurs dans la confusion et de soumettre les comptables nationaux à la critique ou de les placer dans une situation embarrassante. Dans la mesure où les écarts font apparaître des problèmes qui ont des causes identifiables et pourraient donc être résolus, la critique est justifiée et des travaux auraient certes dû être menés pour permettre les ajustements qui s’imposent. Si les écarts sont négligeables, l’utilisation de méthodes mécaniques pour les éliminer se justifie. Toutefois, dans les cas où les écarts sont importants et les causes inconnues, il vaut mieux reconnaître les limitations des données parce que l’incertitude est un état de fait. L’objectif ultime doit être de résoudre le problème, et c’est en reconnaissant franchement les insuffisances des données auprès des utilisateurs que le comptable national aura le plus de chances de voir apporter les changements nécessaires aux méthodes de collecte ou aux moyens apportés. On peut comprendre que certains comptables nationaux soient enclins à dissimuler le problème, mais à long terme, le choix de la transparence leur évitera des accusations encore plus sérieuses—et justifiées—de camouflage et de dissimulation de problèmes importants.

5.36. L’objectif d’une réconciliation fondée sur des bases solides est le même pour les comptes annuels que pour les comptes trimestriels. Aussi les options et les considérations à prendre en compte dans le choix à opérer entre elles sont-elles valables dans l’un et l’autre cas. Il existe cependant des différences de procédures et d’ordre pratique. Du point de vue des procédures, c’est pour les trimestres les plus récents que la réconciliation des CNT est normalement le plus difficile à opérer, car, pour les trimestres antérieurs, les mêmes problèmes auront déjà été identifiés dans les CNA. Le calage apporte aux comptes trimestriels les avantages de la réconciliation des comptes annuels, et il est donc moins urgent de le compléter par une réconciliation des comptes trimestriels. Il existe par ailleurs des considérations d’ordre pratique, à savoir que les possibilités de chercher les causes des écarts au cours de l’élaboration des comptes trimestriels sont plus limitées.

5.37. Par le calage, les CNT bénéficieront indirectement des avantages de la réconciliation des données annuelles, qui a pour effet de réduire les écarts et de rendre la réconciliation des comptes trimestriels moins pressante. Si les comptes annuels sont déjà équilibrés et les comptes trimestriels calés, la nécessité d’une réconciliation séparée se fait moins sentir. Pour les années où les comptes sont équilibrés, les écarts trimestriels se compenseront sur l’ensemble de l’année et tendront à être faibles. Pour les trimestres n’entrant pas dans les périodes annuelles déjà réconciliées, les écarts auront tendance à être plus faibles à proximité des années qui sont calées. En ce qui concerne les trimestres les plus récents pour lesquels il n’existe pas de calage annuel, si les indicateurs suivent correctement l’évolution des repères, les causes d’incohérences précédemment identifiées auront déjà donné lieu à des ajustements reportés sur les périodes ultérieures. En conséquence, les écarts dans les comptes trimestriels tendront à se limiter à ceux qui sont causés par le bruit, la divergence entre repères et indicateurs, ou les problèmes statistiques apparus depuis la dernière période de calage. Bien entendu, si les données annuelles comportent des écarts qui n’ont pas été éliminés par réconciliation, ceux-ci seront transmis aux comptes trimestriels, qui seront pour le moins aussi déséquilibrés que les comptes annuels correspondants. Les répercussions du calage sur la réconciliation sont détaillées au chapitre VI.

5.38. Les CNT sont généralement établis dans des délais plus brefs, avec moins d’informations et de façon moins détaillée que les CNA. Les délais et le volume d’informations plus réduits limitent généralement la possibilité de rechercher les causes des problèmes qui ont surgi au cours des trimestres les plus récents. Les erreurs de moment d’enregistrement et le bruit statistique sont des problèmes parfois difficiles à résoudre par des travaux spéciaux. Ils sont plus marqués dans les comptes trimestriels que dans les comptes annuels, où ils ont tendance à se compenser sur l’ensemble de l’année. Dans l’intérêt des utilisateurs, l’analyse des CNT tend à mettre davantage l’accent sur l’aspect chronologique des données plutôt que sur leurs relations structurelles. En outre, lorsqu’un tableau des ressources et des emplois est utilisé pour les comptes trimestriels, ce tableau est un instrument qui sert à l’élaboration des données et n’est généralement pas publié, ce qui montre que la cohérence des séries temporelles revêt plus d’importance que l’équilibre structurel. En conséquence, les écarts qui subsistent sont examinés moins à fond et sont davantage tolérés dans un système de comptes trimestriels que dans des comptes annuels.

E. La vérification, une étape du processus statistique

5.39. La vérification peut s’opérer à n’importe quelle étape du processus de traitement des données:

  • a) avant leur réception par les comptables nationaux;

  • b) au moment de la saisie des données (il s’agit des données telles qu’elles ont été communiquées aux comptables nationaux);

  • c) au stade de la sortie des données (c’est-à-dire les données telles qu’elles seront publiées);

  • d) aux étapes intermédiaires:

    • i) avant ou après calage,

    • ii) avant ou après déflation,

    • iii) avant ou après réconciliation,

    • iv) avant ou après correction des variations saisonnières.

5.40. L’application de bonnes méthodes de vérification doit être la règle pour tous les statisticiens. Ceux qui recueillent les données doivent assurer un suivi des résultats et anticiper les questions dans leur propre intérêt. Dans certains pays, les comptables nationaux ont contribué à la formation des agents chargés de la collecte des données grâce à la perspective qu’offrent l’observation des liens macroéconomiques, les opérations de déflation et la correction des variations saisonnières, ainsi que le maintien de séries temporelles cohérentes. En outre, ces comptables nationaux tiennent parfois des réunions ou disposent de formulaires types par lesquels les préposés à la collecte les informent de toute variation importante de celles-ci, de l’évolution économique connue, des taux de réponse, des erreurs types, des changements apportés aux questionnaires et autres modifications des méthodes utilisées. L’application de bonnes procédures ou de moyens efficaces d’interaction entre les agents chargés de la collecte des données et les comptables nationaux entretient une coopération efficace et évite les conflits.

5.41. Il vaut mieux vérifier les données à chaque étape du processus statistique, car chaque phase du traitement et de l’ajustement des données peut introduire de nouvelles erreurs ou masquer des erreurs existantes. Il est généralement préférable de détecter au plus tôt les problèmes et erreurs éventuels.

5.42. Les estimations initiales, les ajustements et leurs justifications doivent être documentés, avec pièces à l’appui. Une bonne pratique consiste à conserver les données de base, les estimations initiales et les estimations ajustées lorsque les statistiques de comptabilité nationale sont modifiées au cours du processus de vérification. Bien que seules les données corrigées soient amenées à être publiées, il importe de pouvoir indiquer, à l’aide de documents justificatifs, comment les données de base ont été modifiées et quelle est la cause du problème. Il est nécessaire de constituer cette documentation pour faire comprendre les raisons des changements et en permettre une vérification ultérieure. Il est tentant de remettre à plus tard ce travail de documentation, mais celui-ci doit être fait, car on ne peut guère y suppléer par la mémoire; en effet, les agents changent de postes, oublient, sont en congé à un moment crucial ou ont des souvenirs différents du même événement. La documentation est un moyen de défense contre les accusations de manipulation. Des données disponibles ultérieurement peuvent faire apparaître un schéma de comportement des données initiales et conduire à des ajustements différents. Ces informations peuvent amener le comptable national à conclure que certains ajustements ont été faits à tort et doivent être révisés. La documentation peut être constituée sur support papier ou, encore mieux, sur support électronique si cette dernière solution permet de sauvegarder différentes versions d’une même série et d’accompagner celleci des métadonnées correspondantes.

5.43. La capacité du comptable national à effectuer des ajustements est limitée s’il doit assurer la cohérence des données avec une partie ou la totalité des données de base publiées. Dans certains pays, telles ou telles données sont considérées comme contraignantes aux fins de l’établissement des comptes trimestriels en raison de leur qualité relativement bonne ou par besoin de cohérence. Bien que certaines données de base ne soient pas publiées—et l’incohérence manifeste des données n’est alors plus un problème—, les ajustements doivent avant tout pouvoir se justifier. Dans certains pays, les données réputées particulièrement médiocres sont appelées à être ajustées (par exemple, la cohérence entre les estimations de la production et des dépenses est assurée par un ajustement des variations des stocks, car cette composante est connue pour sa médiocrité).

5.44. Le degré de vérification dépend du personnel disponible, des délais impartis et de la connaissance des types de problèmes qui se posent généralement. En principe, plus on vérifie, mieux c’est. Dans la pratique, le supplément de travail et le temps requis pour mettre en place des systèmes de vérification et pour vérifier ensuite les données rendent nécessaire la limitation des opérations de vérification à celles qui sont susceptibles d’être les plus utiles.

5.45. Les ordinateurs ont considérablement accru la capacité de vérification. Au premier stade de l’informatisation des comptes nationaux, les tâches des agents sont souvent transférées directement aux ordinateurs sans changement. Cependant, une telle action ne met pas pleinement à profit la capacité des ordinateurs à exécuter des tâches supplémentaires. L’étape suivante consiste à utiliser la puissance de l’ordinateur pour lui faire exécuter de nouvelles tâches, notamment vérifier les données. Les calculs de vérification (par exemple ceux des variations en pourcentage et des ratios), qui prennent du temps lorsqu’ils sont faits manuellement, sont effectués à peu de frais par les ordinateurs et, partant, sont beaucoup plus réalisables. D’un autre côté, il se peut que les systèmes informatisés requièrent davantage de vérification, car le traitement des données proprement dit ne demande pas autant d’observation lors du processus de calcul.

5.46. Le calendrier d’élaboration des données doit prévoir du temps pour leur vérification, ainsi que pour la recherche de solutions et la révision ultérieure. Si du temps n’est alloué que pour les opérations fondamentales de saisie et de calcul des données, il ne sera pas possible d’effectuer des ajustements dans les délais de publication fixés.

5.47. L’application de méthodes plus complexes pour l’estimation de composantes déterminées accroît les risques d’erreur. De même, le besoin de vérifier les données se fait davantage sentir lorsque celles-ci ou les méthodes utilisées manquent de fiabilité, car le risque d’erreur est alors plus grand. Comme l’ordinateur ne considère que les chiffres en soi, sans tenir compte de leur origine, le comptable national ne doit pas oublier le lien qui existe entre la qualité des données d’entrée et celles de sortie: si les premières sont médiocres, les secondes le seront aussi.

Égale à (xt-xl-1)/At-1, où x est la série composante et A. un agrégat. Par exemple, si la consommation des ménages a augmenté de 5 depuis la période précédente et le PIB a été de 1000 pendant ladite période, la variation de la consommation des ménages a contribué, à hauteur de 0,5 point, à la croissance du PIB.

Ces questions sont traitées dans Bloem et al. (1997).

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