Chapter

4. Les Pondérations des Dépenses et Leurs Sources

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
November 2006
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Introduction

4.1 On calcule en général un indice des prix à la consommation (IPC) en établissant la moyenne pondérée des variations des prix des biens de consommation et des services qu’il couvre. Les pondérations sont censées refléter l’importance relative de ces biens et services, mesurée par leurs parts dans la consommation totale des ménages. La pondération attachée à chaque bien ou service détermine l’impact de toute variation de son prix sur l’indice global. À des fins de transparence, et pour l’information des utilisateurs de l’indice, les pondérations devraient être diffusées dans le public.

4.2 Les pondérations dépendent du champ de l’indice qui est lui-même fonction de la principale utilisation de celui-ci. L’utilisation et le champ d’un IPC sont déjà expliqués dans une certaine mesure dans les deux précédents chapitres. Le présent chapitre porte donc sur les méthodes utilisées pour établir les pondérations, ainsi que sur les sources des données qui peuvent servir à les estimer. En pratique, les pondérations renvoient en général aux dépenses de biens et de services de consommation des ménages, par opposition à l’utilisation effective de ces biens ou services pour répondre à leurs besoins ou désirs. Les pondérations fondées sur les dépenses conviennent pour un IPC établi selon le concept «acquisition». La différence entre les concepts «acquisition» et «utilisation» est expliquée au chapitre précédent.

4.3 Cependant, dans le cas particulier des logements occupés par leur propriétaire, de nombreux pays adoptent le concept «utilisation» plutôt que le concept «acquisition» et mesurent les variations des prix des flux de services de logement consommés par les ménages, par opposition aux variations des prix des logements. On verra au chapitre 23 du présent manuel que l’une des conséquences importantes de l’adoption de ce concept est que la pondération des logements occupés par leur propriétaire dans l’IPC global est considérablement plus importante que dans le cas du concept «acquisition», étant donné que les valeurs des services de logement consommés par les propriétaires occupants couvrent, outre l’amortissement du logement acheté, les charges d’intérêt sur le capital investi. Il se peut fort bien qu’au bout d’un certain nombre d’années, les pondérations attribuées aux logements occupés par leur propriétaire soient deux fois plus élevées avec le concept «utilisation» qu’avec le concept «acquisition». (Pour plus de précisions et d’explications, voir le chapitre 23.)

La structure de pondération de l’indice des prix à la consommation

4.4 Comme l’expliquent de façon plus approfondie les chapitres 7 et 9, les IPC sont en général calculés en deux étapes. Dans un premier temps, des indices élémentaires sont estimés pour chacun des agrégats élémentaires. Ces indices sont construits comme suit: a) on recueille un échantillon de prix représentatifs pour chaque agrégat élémentaire, puis b) on calcule une variation moyenne des prix pour l’échantillon. Ensuite, une moyenne pondérée est extraite des indices élémentaires en utilisant comme pondérations les dépenses au sein des agrégats élémentaires.

4.5 Les agrégats élémentaires représentent en général les groupes de biens et de services les plus petits pour lesquels des données sur les dépenses peuvent être utilisées comme pondérations. Ils peuvent couvrir tout le territoire ou diverses régions d’un pays. De même, une distinction peut être établie en fonction des types de points de vente. La nature des agrégats élémentaires dépend des circonstances, ainsi que de la disponibilité des données sur les dépenses. Il est donc possible de définir ces agrégats différemment selon les pays. En général, ils devraient:

  • consister en des groupes de biens ou de services aussi proches que possible les uns des autres;

  • se composer également de biens ou de services dont les prix sont susceptibles d’enregistrer des mouvements analogues, l’objectif étant de réduire au minimum la dispersion des mouvements de prix au sein de l’agrégat;

  • pouvoir servir de strates à des fins d’échantillonnage compte tenu de l’échantillonnage prévu pour la collecte des données.

4.6 La structure d’agrégation d’un IPC est illustrée au graphique 4.1 au moyen de la classification des fonctions de consommation des ménages (COICOP) exposée au chapitre 3, encore qu’il soit possible d’utiliser à la place des classifications nationales analogues:

Graphique 4.1Structure d’agrégation typique d’un indice des prix à la consommation (IPC)

  • premièrement, la série complète des biens et services de consommation couverte par l’IPC global se décompose en divisions, celle des «produits alimentaires et boissons alcoolisées», par exemple;

  • chaque division se décompose ensuite en groupes, comme celui des produits alimentaires;

  • chaque groupe est à son tour divisé en classes, «pain et céréales», par exemple;

  • chaque classe peut être divisée en sous-classes plus homogènes, comme le «riz»;

  • enfin, il est possible, afin d’obtenir les agrégats élémentaires, de subdiviser les sous-classes par région ou type de points de vente (voir graphique 4.1). Parfois, une sous-classe ne peut, ni ne doit, être subdivisée, auquel cas, elle devient l’agrégat élémentaire.

Les sous-classes et agrégats élémentaires ne font pas partie de la COICOP elle-même, mais donnent une ventilation plus détaillée des classes de la COICOP qui est nécessaire pour établir un IPC.

4.7 Au sein de chaque agrégat élémentaire, un ou plusieurs produits sont choisis pour représenter les mouvements des prix de tous les biens et services de cet agrégat. Par exemple, l’agrégat élémentaire correspondant au riz vendu dans les supermarchés du nord du pays couvre tous les types de riz, le riz blanc mi-cuit et le riz brun comportant plus de 50 % de grains brisés étant choisis comme produits représentatifs. Il va de soi que davantage de produits représentatifs peuvent en fait être sélectionnés. Enfin, pour chaque produit représentatif, un certain nombre de produits individuels (comme des marques précises de riz mi-cuit) peuvent être retenus pour la collecte des prix. Là encore, le nombre de produits élémentaires de l’échantillon peut varier en fonction de la nature du produit représentatif.

4.8 Les méthodes utilisées pour calculer les indices d’agrégats élémentaires à partir des observations des prix individuels recueillies au sein de chaque agrégat élémentaire sont exposées au chapitre 9 et n’offrent guère d’intérêt pour le présent chapitre. Tous les indices qui se situent au-dessus de ce niveau élémentaire sont présentés comme des indices de niveau supérieur qui peuvent être calculés à partir des indices élémentaires en utilisant comme pondérations les agrégats de dépenses élémentaires. La structure d’agrégation est cohérente, de sorte que la pondération à chaque niveau supérieur à l’agrégat élémentaire est toujours égale à la somme de ses composantes. À chaque niveau d’agrégation, on peut calculer l’indice des prix sur la base des pondérations et indices des prix de ses composantes (en d’autres termes, les indices des prix élémentaires ou de niveau inférieur). Les indices des prix élémentaires ne sont pas nécessairement assez fiables pour être publiés séparément, mais ils font toujours partie des éléments de base des indices de niveau supérieur. En conséquence, aucune nouvelle donnée n’est introduite dans le calcul de l’IPC au-dessus du niveau de l’agrégat élémentaire.

Pondérations des groupes, classes et sous-classes

4.9 Les pondérations des groupes, classes et sous-classes représentent leurs parts dans les dépenses totales de consommation de la population de référence. Elles sont souvent obtenues à partir d’enquêtes sur le budget des ménages (EBM), également qualifiées d’enquêtes sur les dépenses des ménages (EDM). Comme il s’agit d’enquêtes par sondage qui peuvent faire l’objet d’erreurs de déclaration ou de sélection, ainsi que d’erreurs dues à une absence de réponse, les parts estimées pour certaines sous-classes sont souvent modifiées ou révisées sur la base d’informations additionnelles ou complémentaires provenant d’autres sources.

Pondérations régionales

4.10 Au sein d’une sous-classe donnée, la pondération régionale indique la proportion que représentent les dépenses de consommation d’une région dans les dépenses de l’ensemble du pays pour cette sous-classe. Par exemple, si 60 % des dépenses totales de fruits frais sont enregistrées dans le nord du pays et 40 % dans le sud, la pondération régionale pour les fruits frais est alors de 60 % pour le nord et 40 % pour le sud.

4.11 Une région peut également s’entendre d’une zone géographique, d’une ville ou d’un groupe de villes, situé dans un endroit particulier ou ayant une certaine importance. On utilise les pondérations régionales pour créer des entités plus homogènes susceptibles d’enregistrer des mouvements de prix analogues et de présenter des habitudes de consommation analogues. Par exemple, on peut observer des différences très profondes dans les habitudes de consommation et l’évolution de prix entre les zones urbaines et les zones rurales. Une distinction entre les diverses régions des pays fédéraux s’impose éventuellement, car il peut être nécessaire d’établir des IPC pour les provinces ou les États pour des raisons administratives ou politiques. En outre, dans ces pays, les impôts indirects et, en conséquence, l’évolution des prix peuvent différer entre les provinces.

4.12 En général, on peut calculer les pondérations régionales sur la base des EBM ou les estimer à partir des données sur les ventes au détail ou sur la population. Selon la taille et la structure du pays, les données disponibles, les ressources et l’objet de l’indice, on peut inclure ou non les pondérations régionales dans l’IPC.

Pondérations des points de vente ou des types de points de vente

4.13 Les prix sont relevés dans divers points de vente ou types de points de vente. On peut utiliser les informations sur les ventes ou les parts de marché des points de vente pour établir des pondérations des agrégats élémentaires spécifiques à une région ou un type de points de vente. L’un des avantages que confère le recours aux pondérations des points de vente est de permettre de centraliser les données recueillies auprès des supermarchés ou d’autres types de points de vente appartenant à des chaînes.

Pondérations des agrégats élémentaires

4.14 Les pondérations des agrégats élémentaires sont celles des strates par classe ou sous-classe de dépenses, région et type de points de vente. Par exemple, les dépenses au sein de la sous-classe «fruits frais» peuvent être réparties entre quatre régions, chacune ayant sa propre pondération (voir tableau 4.1). Par hypothèse, on sait ou on estime que 60 % des fruits sont vendus dans des supermarchés et 40 % dans des points de vente indépendants et que cette ventilation vaut pour toutes les régions. On prend par exemple une pondération des fruits frais de 5 % dans l’IPC national. Si aucune ventilation par région ou point de vente n’est effectuée, l’ensemble de la sous-classe devient l’agrégat élémentaire doté d’une pondération de 5 % dans l’indice global.

Tableau 4.1Exemple de pondérations par région et type de points de vente pour la sous-classe «fruits frais»
Type de points de vente
Pondérations

régionales
Supermarché

(60 %)
Indépendant

(40 %)
Nord20128
Sud402416
Ouest301812
Est1064
Total1006040

4.15 S’il est possible d’avoir des pondérations par région, mais non par type de points de vente, les 5 % sont répartis entre les quatre régions de façon à obtenir pour chacune d’elles un agrégat élémentaire distinct. Par exemple, l’agrégat élémentaire de la région nord aura une pondération de 0,20 × 0,05 = 1,0 % dans l’IPC national. Si une division peut également être opérée en fonction du type de points de vente, chaque région contient alors deux agrégats élémentaires: l’un pour les supermarchés et l’autre pour les points de vente indépendants. La pondération, par exemple, de l’agrégat élémentaire pour les fruits frais vendus dans les supermarchés du nord du pays est dans ce cas 0,12 × 0,05 = 0,6 % dans l’IPC national.

Sources des données

4.16 La décision concernant la ou les sources qui seront utilisées et comment elles le seront dépend de l’analyse de leurs avantages et inconvénients respectifs et de l’objet principal de l’indice. Dans la plupart des pays, les deux principales sources servant au calcul des pondérations sont les EBM et les estimations des dépenses de consommation finale des ménages de la comptabilité nationale. Il est toutefois possible d’obtenir, à partir des statistiques de production ou de commerce extérieur ou des divers ministères, producteurs, organes de commercialisation et entreprises, des informations supplémentaires qui sont particulièrement utiles pour estimer les pondérations au niveau le plus détaillé. Même si elles ont parfois servi à préparer les estimations de la comptabilité nationale, plusieurs de ces sources peuvent contenir des informations non utilisées par les statisticiens des comptes nationaux.

Enquêtes sur le budget des ménages

4.17 Les EBM ayant éventuellement été conçues pour plusieurs fins, il est souhaitable de s’assurer qu’elles répondent aux exigences des IPC, dont les principales sont qu’elles doivent être représentatives de tous les ménages du pays, n’excluant aucun groupe particulier, et doivent comprendre tous les types de dépenses de consommation des ménages.

4.18 Certains paiements qui échappent au champ de l’IPC peuvent être inclus dans les EBM (impôt sur le revenu, primes d’assurance-vie, envois de fonds, dons et autres transferts, placements, versements d’épargne et remboursements de dette, par exemple). Ils doivent être exclus du montant total utilisé pour calculer les parts des dépenses servant de base à l’estimation des pondérations de l’IPC. Il peut aussi exister une différence dans la couverture de la population entre le champ envisagé pour l’IPC et le champ effectif des EBM, mais les effets sur l’IPC de tout biais en découlant dans les estimations des pondérations seront sans doute très faibles si les EBM sont conçues de façon à donner des résultats pour l’ensemble de la population et non seulement pour un groupe particulier de celle-ci.

4.19 Les enquêtes nationales de consommation alimentaire sont des enquêtes spécifiques mettant essentiellement l’accent sur la collecte d’informations sur les dépenses que les familles consacrent à ces produits. Elles offrent une ventilation très détaillée des dépenses en produits alimentaires qui peut être utilisée pour calculer les pondérations des agrégats élémentaires de ces produits situés en deçà des classes COICOP.

4.20 Les EBM peuvent servir à estimer des pondérations spécifiques pour les régions où les habitudes de consommation sont différentes. On devrait appliquer ces pondérations aux indices d’agrégats élémentaires respectifs afin de calculer les indices pour les régions concernées.

4.21 En général, les données des EBM concernant certaines catégories de dépenses des ménages risquent de ne pas être assez fiables et doivent être vérifiées au moyen de comparaisons avec des données d’autres sources. Il se peut que certaines catégories de dépenses ne soient même pas couvertes par les EBM, de sorte qu’il faut les estimer à partir d’autres sources. Il va de soi que la fiabilité des pondérations des IPC dépendra, dans une grande mesure, de celles des données sur les dépenses des ménages. Les EBM étant faites par sondage, les estimations ne peuvent que comporter des aléas d’échantillonnage, qui sont éventuellement assez importants dans le cas des dépenses faibles ou peu fréquentes. La qualité des estimations souffrira aussi de l’absence de réponse ou d’une sous-déclaration de certaines catégories de consommation. La sous-déclaration est sans doute le problème le plus grave et le plus courant qui pénalise les EBM. Certaines dépenses ne sont pas signalées, car elles résultent d’un achat négligeable ou exceptionnel qu’il est donc facile d’oublier. Bien qu’élevées, les estimations des dépenses de biens durables risquent aussi de présenter des difficultés, étant donné que les achats y afférents ne sont pas du tout fréquents. D’autres dépenses ne sont pas déclarées parce que les produits ne sont pas socialement acceptables ou sont illégaux (drogue, alcool ou tabac, par exemple). Si les sous-déclarations ne sont pas ajustées, les pondérations des produits élémentaires concernés sont sous-estimées et celles des produits correctement déclarés surestimées. Il faut donc, dans la mesure du possible, comparer ou combiner les résultats des EBM avec les statistiques d’autres sources lorsqu’on calcule les pondérations des IPC, surtout si l’échantillon des EBM est étroit.

4.22 Pour les besoins de l’IPC, il est souhaitable de mener les EBM tous les ans. Les pays pourront à cette occasion réviser et mettre à jour les pondérations de leurs dépenses. L’un des avantages de la mise à jour annuelle des pondérations est qu’elle tend à réduire les différences entre les résultats obtenus en utilisant diverses formules de calcul de l’indice. Tout biais pouvant découler de l’emploi d’un indice de Lowe qui utilise un panier fixe de biens et de services n’aura pas le temps d’atteindre une ampleur significative (voir chapitres 1, 9 et 15).

4.23 Certains pays mènent les EBM sur une base continue en mettant progressivement à jour les échantillons. Un programme d’enquêtes annuelles avec des échantillons suffisamment larges pour fournir le type d’estimations requises pour les pondérations des IPC risque toutefois d’être très coûteux. Pour cette raison, certains pays conduisent de vastes enquêtes à des intervalles de cinq ou dix ans, complétées éventuellement par une enquête annuelle avec un échantillon plus petit. D’autres pays étalent sur plusieurs années une enquête portant sur un échantillon large. La moyenne des résultats de petites enquêtes menées sur plusieurs années successives peut donner une série d’estimations annuelles satisfaisantes. Les pondérations calculées de cette façon (pourcentages moyens des dépenses sur des périodes de deux ou trois ans) atténuent en outre tout comportement erratique des consommateurs sur une brève période, imputable par exemple à des événements comme des sécheresses ou des inondations, des guerres civiles, des chocs pétroliers ou des hivers exceptionnellement doux ou rigoureux.

4.24 Il conviendrait de souligner que certains pays pourraient expérimenter de nouvelles méthodes d’enregistrement des dépenses dans les EBM en utilisant les données des caisses enregistreuses électroniques saisies par lecture optique. Par exemple, en collectant les reçus remis aux clients (où sont imprimés les codes-barres), l’Islande a pu obtenir dans ses EBM des informations précises sur les types et les marques des biens achetés dans différents points de vente, à un coût pour ainsi dire nul pour les sondés.

Comptabilité nationale

4.25 La portée et la définition de la consommation ne sont pas nécessairement les mêmes dans les comptes nationaux et l’IPC et la population de référence des ménages peut être différente dans la comptabilité nationale et les EBM.

4.26 Premièrement, dans la comptabilité nationale, le secteur des ménages se compose de tous les ménages résidents, y compris les personnes vivant en institution, alors que, dans les EBM, il ne couvre pas les personnes vivant en permanence dans des institutions comme les maisons de retraite ou les établissements religieux. Si l’IPC est censé couvrir tous les ménages résidents, on peut donc utiliser les estimations de la comptabilité nationale pour ajuster les données des EBM.

4.27 Deuxièmement, il est possible d’avoir deux concepts de consommation finale totale, le concept intérieur et le concept résident (voir chapitre 3). Le concept de consommation intérieure s’entend de la consommation observée sur le territoire économique, y compris celle des ménages étrangers en visite, mais exclut la consommation des ménages résidents lorsqu’ils sont à l’étranger. Le concept résident utilisé dans la comptabilité nationale vise la consommation de tous les résidents du pays, qu’ils se trouvent sur le territoire national ou à l’étranger, la consommation des non-résidents étant exclue. Ne s’adressant en général qu’aux ménages résidents, l’EBM couvre ou non leurs dépenses à l’étranger en fonction des instructions données aux répondants.

4.28 Les données des comptes nationaux peuvent être utilisées pour améliorer les pondérations des produits qui sont sous-déclarés dans les EBM. Il convient de souligner que les chiffres de la comptabilité nationale sur la consommation finale des ménages sont en général établis à partir de statistiques provenant des EBM et de plusieurs autres sources. Cela revient à dire que les estimations de la comptabilité nationale sont sans doute utiles lorsqu’il faut estimer les pondérations des catégories de consommation qui tendent à être mal déclarées dans les EBM ou lorsque les résultats des EBM souffrent d’un taux élevé de réponses partielles ou de non-réponses qui risque de les fausser.

Données sur les ventes au détail

4.29 Des statistiques sur les ventes au détail par région et type de points de vente peuvent être disponibles pour de vastes groupes de produits élémentaires. L’un de leurs inconvénients est que certaines des ventes sont éventuellement faites à des groupes n’appartenant pas à la population de référence (entreprises ou administrations éventuellement). Les achats correspondants n’entrent pas dans la consommation privée des ménages. D’autres ventes peuvent être faites à des non-résidents inclus ou non dans la population de référence. En outre, il faut se souvenir que, dans le cas des données régionales sur les ventes, certaines d’entre elles peuvent concerner des personnes habitant dans d’autres régions.

Enquêtes sur les points d’achat

4.30 Les enquêtes sur les points d’achat peuvent fournir des statistiques utiles pour estimer les pondérations des données de prix, car elles permettent d’analyser les habitudes de consommation de divers segments de la population. On demande aux ménages, pour chaque produit élémentaire acheté, le montant dépensé dans chaque point de vente où les achats ont été effectués, ainsi que le nom et l’adresse de ces points de vente. On peut alors dresser une liste des points de vente, dans laquelle est indiqué le total des ventes des différents produits élémentaires à l’échantillon de ménages. Un échantillon de points de vente est choisi à partir de cette liste, avec des probabilités proportionnelles aux ventes. Étant donné que les EBM sont coûteuses et font double emploi avec les enquêtes sur les points d’achat, il est possible de fusionner les deux activités de collecte de données dans une seule enquête intégrée contenant des renseignements détaillés sur les dépenses et les points de vente, parallèlement aux informations démographiques sur les ménages nécessaires pour établir des indices de sous-groupes.

4.31 On peut mener une enquête simplifiée pour obtenir les pondérations des groupes de produits par type de points de vente, après un choix raisonné d’un échantillon par type de points de vente. En l’absence d’une enquête de cette nature, on pourrait aussi estimer une ventilation des ventes par type de points de vente en utilisant les statistiques nationales des ventes de détail par type de points de vente obtenues à partir d’une enquête sur les points de vente.

Données saisies par lecture optique

4.32 Ces dernières années, quelques pays ont commencé à calculer les pondérations de l’IPC à l’aide des statistiques tirées des données que les vendeurs saisissent avec leurs caisses enregistreuses et conservent dans leur base de données. Ces séries de données indiquent les quantités vendues et les agrégats de valeurs correspondants. (Les reçus des caisses enregistreuses fournissent en général les informations suivantes: nom du point de vente, date et heure de l’achat, description des produits élémentaires achetés, quantité, prix et valeur, forme de paiement et, le cas échéant, montant de la TVA.) Il résulte d’une comparaison entre les résultats des EBM et les données correspondantes des grandes chaînes de supermarchés saisies par lecture optique que celles-ci peuvent accroître la fiabilité des pondérations (Gudnason, 1999). Cela renforce les arguments avancés par ceux qui soutiennent qu’on devrait utiliser ces données pour réviser plus souvent et à un coût moindre les pondérations de l’IPC. Il ne faut pas cependant ignorer les insuffisances de cette source d’information. La première est que, contrairement aux données des EBM, celles qui sont saisies par lecture optique ne peuvent être rattachées à un type particulier de ménages. Une autre différence importante entre ces données est que celles des EBM couvrent des biens achetés à des points de vente qui n’utilisent pas cette technologie, ainsi que des biens et des services sans code-barres, indépendamment de l’endroit où ils sont vendus. Bien que l’utilisation des données électroniques progresse tous les ans, des segments importants du marché de la vente au détail n’ont pas recours à la lecture optique, même dans les pays électroniquement les plus avancés.

Recensements de population

4.33 Les recensements de population donnent des statistiques sur la répartition géographique de la population et des ménages, ainsi que sur les différences régionales dans la taille et la composition des ménages. Utilisées avec les estimations des dépenses régionales des ménages, ces statistiques peuvent servir à estimer les pondérations de ces dépenses, surtout lorsqu’on ne peut établir de telles estimations avec un degré satisfaisant de précision au moyen d’une EBM. En l’absence de statistiques sur les dépenses, les pondérations régionales peuvent être obtenues à partir des statistiques sur la population. Ces estimations des pondérations doivent en général supposer que les dépenses par habitant ou par ménage sont les mêmes dans toutes les régions et ne pas tenir compte des différences d’ordinaire profondes qui existent entre les volumes et les habitudes de consommation des populations urbaines et des populations rurales.

Comment les pondérations sont-elles calculées en pratique?

4.34 Une fois choisies la population de référence et la couverture des biens et services, il faut calculer les pondérations. En principe, cette opération est assez simple, car les pondérations représentent la part des dépenses totales de consommation de tous les biens et services figurant dans le panier-type de l’indice qui revient à la population de référence pendant la période de référence. En pratique, toutefois, le calcul des pondérations n’est pas aussi facile et comporte plusieurs étapes.

Paiements qui ne sont pas des dépenses de consommation

4.35 Seules les dépenses de consommation entrent dans le calcul des pondérations de l’IPC. Comme on l’a vu au chapitre 3, les dépenses comme les paiements au titre des cotisations de sécurité sociale ou de l’impôt sur le revenu, ou les remboursements d’emprunts, sont sans objet et ne doivent pas être prises en compte, car elles ne correspondent pas à des dépenses de consommation.

Dépenses peu importantes

4.36 Chaque agrégat élémentaire se compose d’un groupe assez homogène de produits dont l’un ou plusieurs, qui sont représentatifs, sont choisis en vue d’en déterminer les prix. Certains produits peuvent avoir une pondération qui, à toutes fins utiles, est négligeable; en pratique, leurs prix ne sont sans doute pas collectés. Les EBM qui, le plus souvent, sont la principale source de données utilisée pour calculer les pondérations détaillées, contiennent en général des observations sur des biens et des services beaucoup trop divers pour pouvoir en fait en recueillir les prix. Il n’est peut-être pas judicieux de relever les prix de produits très négligeables si leur contribution à l’établissement de l’IPC est pour ainsi dire nulle.

4.37 Même s’il est éventuellement décidé de ne pas collecter les prix d’un produit donné, celui-ci reste dans le champ de l’IPC. Certaines variations de prix doivent être explicitement ou implicitement présumées ou imputées et pondérées par les dépenses. Deux solutions sont possibles:

  • Le produit et les dépenses y afférentes sont représentés par l’agrégat élémentaire, même si aucun prix n’est recueilli. L’indice de l’agrégat élémentaire est estimé entièrement à l’aide des prix des produits dont les prix sont relevés. Cela revient à présumer que le prix du produit représenté mais absent varie au même rythme que la moyenne des produits dont les prix sont collectés.

  • L’autre solution consiste à réduire la pondération de l’agrégat élémentaire des dépenses en excluant les dépenses au titre du produit absent. Cela revient à présumer que le prix du produit exclu aurait évolué dans le même sens que l’IPC global (tous les produits figurant en fait dans l’indice).

4.38 En principe, l’IPC devrait couvrir toutes les catégories de produits et de dépenses entrant dans son champ, même si les prix de certains produits ne sont pas collectés. On pourrait notamment décider d’exclure des calculs de l’indice les groupes de produits alimentaires dont les pondérations sont inférieures à 0,1 %, par exemple, et ceux de produits non alimentaires dont elles sont inférieures à 0,2 %. Il est possible de fixer un seuil minimum plus bas pour les produits alimentaires, car leurs prix tendent à être beaucoup plus variables et sont normalement moins coûteux à recueillir. Si un groupe de dépenses est exclu, sa pondération peut être transférée à un autre groupe dont le contenu et l’évolution des prix sont analogues; il est possible aussi d’exclure totalement les dépenses du calcul des pondérations.

Produits dont il est difficile de déterminer les prix

4.39 Parmi les dépenses de consommation, il y a sans doute quelques produits dont les prix ou leurs variations ne peuvent être mesurés directement ou de façon satisfaisante (drogues illégales, services de restauration ou autres relatifs à des réceptions ou soirées privées, par exemple). Même s’il est impossible d’obtenir des prix fiables, ces produits doivent être inclus dans le calcul des pondérations s’ils entrent dans le champ de l’indice. Pour les produits dont les prix sont difficiles à déterminer, les solutions possibles sont les mêmes que celles utilisées pour les dépenses peu importantes.

Utilisation et conjugaison de différentes sources

4.40 Dans la plupart des pays, l’EBM est la principale source de données utilisée pour calculer les pondérations. Toutefois, ses résultats doivent être soigneusement examinés et ajustés pour tenir compte de la sous-déclaration ou de la surdéclaration de certains types de produits (voir supra). En général, on ajuste les résultats des EBM à l’aide d’informations supplémentaires provenant d’autres sources pertinentes.

4.41 Dans les pays où elles permettent d’avoir des estimations fiables des dépenses des ménages, les données de la comptabilité nationale peuvent être utilisées pour calculer les pondérations au niveau des agrégats. Les données détaillées des EBM peuvent alors servir à ventiler ou ajuster ces pondérations. Ainsi, il est possible de rapprocher ces données détaillées avec les données agrégées des comptes nationaux pour calculer les pondérations. Les pondérations des principaux groupes de dépenses de consommation peuvent être obtenues à partir de la comptabilité nationale jusqu’à un certain niveau de désagrégation, (par exemple, 70 groupes ou classes de dépenses de consommation). Chacune de ces pondérations peut alors être de nouveau ventilée en appliquant les groupes de dépenses détaillées des EBM aux groupes ou classes de dépenses de consommation des comptes nationaux. L’utilisation conjuguée de ces données assure la cohérence entre l’IPC et les données de la comptabilité nationale sur les dépenses de consommation des ménages au niveau des principaux groupes de dépenses de consommation.

Ajustement des pondérations calculées à partir des enquêtes sur le budget des ménages

4.42 Les informations tirées d’une EBM n’étant le plus souvent disponibles qu’après un certain délai (de l’ordre souvent d’au moins dix-huit mois), les nouvelles pondérations sont décalées par rapport à la nouvelle période de référence des prix retenue pour l’indice, où elles sont prises en compte.

4.43 Il peut être nécessaire d’ajuster les estimations fondées sur les résultats des EBM afin de tenir compte des changements importants survenus dans les habitudes de dépenses entre la date de l’enquête et celle à laquelle les pondérations ont pris effet. En général, des ajustements seront faits pour les produits dont l’importance augmente ou diminue sensiblement au cours de la période. Il est en outre possible que les dépenses concernant certains produits ne puissent être obtenues au moyen d’une EBM, ces produits ayant été lancés une fois l’enquête terminée (par exemple, les téléphones cellulaires et les coûts y afférents sont apparus, dans de nombreux pays, comme un nouveau type important de dépenses à la fin des années 90). Il faut alors ajuster en conséquence les données de l’enquête. Les dépenses au titre de ces nouveaux produits devraient être estimées sur la base d’informations provenant d’autres sources disponibles (par exemple, les statistiques des importations et du commerce de détail), en tenant compte de la nécessité d’exclure les dépenses des entreprises ou faites à des fins commerciales.

Période de référence des pondérations

4.44 La période de référence des pondérations est celle à laquelle s’appliquent les pondérations estimées. Le choix de la période couverte par les statistiques des dépenses utilisées pour calculer les pondérations est crucial. De façon générale, la période retenue comme base des pondérations devrait être assez longue pour comprendre un cycle saisonnier. En outre, si l’indice n’est pas chaîné annuellement, la situation économique de l’année choisie devrait pouvoir être considérée comme ayant été plutôt normale ou stable. À cet effet, il peut être nécessaire d’ajuster certaines des valeurs afin de les normaliser et de corriger toute irrégularité dans les données de la période en question qui constituent la source des informations. La période de référence des pondérations ne devrait pas être trop éloignée de celle de la référence des prix. Le plus souvent, on prend une année civile. Un mois ou un trimestre est trop court pour être utilisé comme base des pondérations à cause des influences accidentelles ou saisonnières qu’il risque de subir. Dans certains cas, il se peut que les données d’une seule année ne soient pas suffisantes parce que la situation économique est inhabituelle ou que l’échantillon n’est pas assez vaste. Il est alors possible de calculer les pondérations à partir de la moyenne des données sur les dépenses de plusieurs années. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont recours à cette méthode. Les États-Unis se servent des informations sur les dépenses provenant des Consumer Expenditure Surveys menées sur une période de trois ans. Au Royaume-Uni, la moyenne triennale des données des Expenditure and Food Surveys est utilisée pour le calcul des pondérations régionales et les travaux de stratification, ainsi que pour un nombre limité de groupes de produits dont les prix tendent à être particulièrement instables.

4.45 Dans les périodes de forte inflation, il est possible de calculer des pondérations pluriannuelles en faisant la moyenne des parts plutôt que des niveaux effectifs des valeurs. La moyenne des niveaux effectifs donnerait trop de poids aux données des années les plus récentes. On pourrait aussi mettre à jour les valeurs de chaque année pendant une période commune et calculer une moyenne arithmétique des données annuellement ajustées.

4.46 La période de référence des pondérations précédant en général celle de référence des prix, il est possible d’actualiser par les prix les pondérations en valeur de dépenses afin de tenir compte des variations des prix relatifs entre les deux périodes. L’actualisation des pondérations par les prix est approfondie aux paragraphes 9.95 à 9.104 du chapitre 9.

Nécessité de réviser les pondérations

4.47 La plupart des pays calculent leur IPC en prenant la variation de la valeur d’un paniertype précis de biens et de services. Un indice général de ce type est exposé dans le présent manuel sous la forme d’un indice de Lowe. Ses propriétés et son comportement sont expliqués aux chapitres 1, 9 et 15. Bien que les IPC soient souvent décrits comme des indices de Laspeyres, ils ne correspondent guère en pratique à de tels indices. Par définition, le panier-type des biens et services dans un indice de Laspeyres est celui de la période de référence des prix, alors qu’un IPC typique utilise le panier d’une période de référence des pondérations qui précède celle de référence des prix (comme on vient de l’expliquer). De nombreux pays utilisant le même panier fixe de biens et de services pendant plusieurs années, il faut se demander à quelle fréquence le panier-type doit être révisé pour éviter qu’il ne devienne périmé ou ne perde sa signification.

4.48 À court terme, les consommateurs modifieront leurs habitudes en réaction aux variations des prix relatifs, surtout entre les produits appartenant à la même classe ou sous-classe. À plus long terme, d’autres facteurs influenceront aussi leur comportement. Il est très important de signaler que les changements dans le niveau et la répartition des revenus des ménages réorienteront la demande de biens et de services vers ceux dont l’élasticité-revenu est élevée. Les facteurs démographiques, comme le vieillissement de la population, et les mutations technologiques, comme le développement de l’informatique, sont des exemples d’autres facteurs qui modifieront le comportement des consommateurs à plus long terme. En outre, de nouveaux produits seront lancés et il se peut que ceux qui existent soient modifiés ou deviennent obsolètes. Un panier-type fixe ne tiendra pas compte de tous ces changements

4.49 Par suite à la fois des variations des prix relatifs et des effets à long terme, les pondérations peuvent être dépassées et représenter moins bien les habitudes de consommation. Le biais de l’indice de Lowe s’aggravera sans doute avec la durée d’utilisation des pondérations (voir chapitre 15). À un certain moment, il sera donc souhaitable d’utiliser les pondérations d’une période plus récente pour que l’indice pondère adéquatement les variations de prix auquel font alors face les consommateurs.

Fréquence de l’actualisation des pondérations

4.50 Dans sa résolution sur les indices des prix à la consommation, la Conférence internationale des statisticiens du travail (CIST) de 1987 avait recommandé d’actualiser périodiquement (tous les dix ans au moins) les pondérations afin de garantir la représentativité de l’indice. Cependant, la résolution de la CIST de 2003 propose une actualisation plus fréquente (tous les cinq ans, par exemple). Les pays qui connaissent des mutations économiques importantes et, en conséquence, des changements plus rapides dans les habitudes de consommation devraient actualiser leurs pondérations encore plus souvent (tous les ans, par exemple).

4.51 La révision des pondérations devient en général d’autant plus nécessaire que leur période de référence s’allonge. La décision d’actualiser les pondérations dépend, pour l’essentiel, des différences constatées entre leur structure en vigueur et celle de leur année de référence. L’évolution de l’importance relative de chaque produit élémentaire peut être observée dans les résultats des EBM. Si ces statistiques ne sont disponibles qu’à des intervalles irréguliers, il se peut que la fréquence des révisions des pondérations soit automatiquement liée à leur disponibilité.

4.52 La mise en place de nouvelles pondérations chaque année pourrait éventuellement entraîner une hausse de l’indice si la consommation fluctue beaucoup à cause de facteurs comme un blocage économique ou des conditions atmosphériques très favorables ou défavorables. D’une manière générale, le profil des séries chronologiques de l’indice peut être sensible au choix de la période de référence des pondérations. La meilleure solution serait peut-être d’utiliser, si possible, une période de consommation «normale» comme base des informations pour les pondérations et d’éviter les périodes marquées par des facteurs spéciaux temporaires. Toutes les informations disponibles sur la nature de la consommation pendant une période de référence des pondérations devraient être prises en considération.

4.53 Lorsque les pondérations sont fixées pour plusieurs années, il conviendrait de les choisir de façon à ce qu’elles ne soient guère susceptibles de changer profondément dans l’avenir, et non à ce qu’elles reflètent précisément l’activité d’une période donnée, qui peut être d’une certaine manière anormale.

4.54 Il est souhaitable d’examiner les pondérations tous les ans afin de veiller à ce qu’elles soient suffisamment fiables et représentatives. L’objet de cet examen, qui peut se limiter aux pondérations au niveau des sous-indices et de leurs principales composantes, devrait être de vérifier si des signes de changements importants dans les habitudes de consommation sont apparus depuis la période de référence.

4.55 Chaque fois que la structure de pondération est actualisée, le nouvel indice devrait être calculé sur une période qui chevauche la précédente de façon à ce que les deux périodes puissent être chaînées.

Classification

4.56 Dans le calcul des pondérations, les postes de dépenses détaillés recensés dans les EBM doivent correspondre aux classes de dépenses de l’IPC. Si ce n’est pas le cas, il convient de modifier les résultats des EBM en agrégeant ou en désagrégeant les rubriques pertinentes en fonction des catégories pertinentes de dépenses de l’IPC. Cette opération est plus facile à réaliser et est plus fiable lorsque la liste des codes des postes de dépenses des EBM et celle utilisée pour recueillir les observations de prix pour l’IPC sont coordonnées.

4.57 À des fins de comparaison internationale, le dispositif de classification des biens et services devrait, dans la mesure où cela ne pose pas de difficultés d’ordre pratique, suivre la classification des fonctions de consommation des ménages des Nations Unies (COICOP) (voir annexe 2). Pour faciliter l’estimation et l’application des pondérations, il est également souhaitable que la classification retenue soit compatible avec celle utilisée pour les EBM et les autres statistiques (données sur les ventes au détail, par exemple). Afin de préserver la coordination du système statistique et la comparabilité internationale, il faudrait aussi que les catégories de dépenses des ménages soient classées dans les EBM d’une manière qui cadre avec la COI-COP et qu’il soit possible de faire concorder avec la COICOP les produits dont les prix de détail sont relevés. Un autre objectif important est de faire en sorte que la structure d’agrégation employée dans le système de classification réponde aux principaux besoins des utilisateurs.

4.58 En prenant la COICOP comme exemple, la structure hiérarchique des classifications est la suivante:

  • groupes: on en dénombre 47 dans la COICOP;

  • classes: subdivisions des groupes;

  • sous-classes: le niveau le plus bas des catégories faisant l’objet de pondérations et en général le niveau le plus détaillé de la structure pour laquelle des séries d’indices sont publiées (composantes et pondérations des dépenses qui demeurent fixes lorsqu’on utilise un indice à pondération fixe);

  • produits individuels: le niveau le plus bas du panier-type de l’IPC (c’est-à-dire les biens et services dont les prix sont en fait recueillis); il s’agit du niveau auquel la composition du panier de l’IPC peut être ajustée entre deux révisions majeures de la structure de pondération afin de refléter les changements dans l’offre de produits et les habitudes de consommation.

4.59 Les indices de niveau supérieur sont construits en pondérant ensemble ceux de niveau inférieur par des agrégations progressives, selon la définition de la structure de classification. Les pondérations sont fixes pendant une période (par exemple, de trois ou cinq ans) comprise entre les mises à jour des pondérations des indices.

4.60 Le choix du niveau de l’indice auquel la structure et les pondérations sont fixes pendant une période est particulièrement important. Le principal avantage de retenir un niveau assez élevé est que les échantillons effectifs des produits et leurs prix en deçà de ce niveau peuvent être ajustés et mis à jour en tant que de besoin. De nouveaux produits peuvent être ajoutés aux échantillons et les pondérations au niveau inférieur recalculées sur la base d’informations récentes. Il y a donc plus de chances que l’indice reste représentatif si l’échantillon de produits représentatifs est soumis à un examen continu.

4.61 Si le niveau est fixé relativement bas dans la structure de l’indice, il est plus difficile de maintenir la représentativité de l’indice sur une base continue et la nécessité d’examiner l’indice et de mettre à jour les pondérations périodiquement est plus grande. Dans ce cas, les arguments en faveur d’une mise à jour fréquente des pondérations prennent de l’importance.

Produits élémentaires nécessitant un traitement particulier

4.62 Certains produits, comme les produits saisonniers, les assurances, les biens d’occasion, les dépenses effectuées à l’étranger, etc. peuvent nécessiter un traitement spécial lorsqu’on établit leur pondération. (Pour plus de précisions, des renvois sont faits aux chapitres 3, 10 et 22.)

4.63Produits saisonniers. Diverses approches peuvent être utilisées pour les produits saisonniers, par exemple:

  • l’approche «pondération fixe»: la même pondération est attribuée au produit saisonnier tous les mois, en utilisant un prix imputé pour les mois hors saison; les produits saisonniers sont traités comme les autres produits de consommation;

  • l’approche «pondération variable»: le produit est assorti d’une pondération mobile certains mois; selon cette méthode, les pondérations des produits saisonniers changent tous les mois en fonction des variations des quantités consommées pendant les différents mois de la période de référence; cependant, le principe du panier-type fixe, c’est-à-dire les pondérations fixes, devrait être conservé du moins à un certain niveau d’agrégation.

4.64 L’approche «pondération fixe» présente surtout l’avantage d’être compatible avec celle utilisée pour les autres biens et services de consommation et avec la formule de l’indice de panier-type fixe. Contrairement à la pondération mobile, la pondération fixe reflète les variations mensuelles des prix uniquement et non celles des quantités. Un autre inconvénient des pondérations mobiles est qu’elles sont établies à partir des variations saisonnières mensuelles de la période de référence, tandis que les variations mensuelles de la consommation peuvent changer d’une année à l’autre.

4.65 L’approche «pondération fixe» peut également avoir des inconvénients, l’un des plus graves étant que, pour les mois sans légumes ni fruits frais, il faut estimer ou imputer (ou, comme le font certains pays, reconduire) les prix et les indices. L’approche «pondération mobile» ne nécessite pas de telles imputations. En outre, la pondération fixe moyenne établie tous les mois de l’année ne reflète pas la consommation mensuelle. En conséquence, s’il existe une corrélation négative entre les prix et les quantités, un biais positif risque d’être présent dans l’indice.

4.66 La décision de mesurer les biens saisonniers selon l’une ou l’autre approche dépend de l’importance donnée aux variations mensuelles ou aux variations de l’indice à long terme. L’emploi d’un panier-type annuel et de parts annuelles de dépenses se justifie lorsqu’on s’intéresse surtout à la tendance à long terme des prix. En revanche, si on se préoccupe essentiellement des variations mensuelles, les pondérations annuelles dont est assorti chaque rapport de prix mensuel risquent de ne pas représenter les transactions réellement opérées au cours des deux mois consécutifs considérés. Dans ce cas, l’utilisation de pondérations annuelles peut amplifier considérablement les variations des prix mensuels des produits élémentaires hors saison1. Pour répondre aux besoins des différents utilisateurs, il peut être judicieux de construire deux indices: l’un pour mesurer à court terme les variations des prix (avec des pondérations mensuelles variables) et l’autre pour établir l’indice à long terme (avec des pondérations annuelles fixes). La question des produits élémentaires saisonniers est approfondie au chapitre 22.

4.67Assurances. Les pondérations des assurances-dommages pourraient être établies à partir soit des primes brutes acquittées, soit des commissions de service implicites (voir la section du chapitre 3 sur les assurances). Ces commissions (acquittées aux fins de la gestion de la société d’assurance et du coût de la prestation des services d’assurance) sont estimées en ajoutant aux primes brutes les revenus de placement des réserves techniques et en déduisan t les indemnisations payées aux assurés en règlement des sinistres2. Les primes nettes des commissions de service sont, par définition, les primes brutes moins les commissions de service: en d’autres termes, elles sont égales aux indemnisations. Les primes nettes des commissions et les indemnisations peuvent être considérées comme des transferts, ou des redistributions, entre les ménages détenteurs des polices. En général, il semble préférable d’établir les pondérations des assurances-dommages à partir des commissions de service. Ce sont les montants, selon les estimations, payés par les ménages pour les services fournis par les compagnies d’assurance. Cependant, il existe également des arguments en faveur de l’établissement des pondérations à partir des primes brutes. C’est un point difficile sur lequel il n’existe pas encore de consensus.

4.68Biens d’occasion, automobiles comprises. Les prix des biens durables d’occasion achetés par les ménages sont pris en compte dans l’IPC de la même façon que ceux des biens neufs (voir paragraphes 3.127 à 3.129 du chapitre 3). Cependant, les ménages vendent aussi des biens durables d’occasion, comme les automobiles. Si le prix d’un bien d’occasion augmente, le ménage acquéreur s’appauvrit, tandis que le ménage vendeur s’enrichit. Du point de vue des pondérations, les ventes constituent des dépenses négatives, ce qui suppose que les variations des prix des biens d’occasion vendus par des ménages ont implicitement une pondération négative dans l’IPC. En effet, les achats et ventes de biens d’occasion entre ménages, directement ou par un intermédiaire, s’annulent (sauf en ce qui concerne les marges des intermédiaires, voir chapitre 3) et ne donnent lieu à aucune pondération dans l’IPC. Toutefois, les ménages achètent également aux autres secteurs ou leur vendent. Pour la population de référence prise dans son ensemble, à savoir l’ensemble complet des ménages couvert par l’IPC, les pondérations à attribuer à un bien d’occasion d’un type particulier correspondent aux dépenses totales des ménages y afférentes moins la valeur des recettes des ménages tirées des ventes à destination ou en provenance des autres secteurs. Rien ne justifie que ces dépenses et recettes s’annulent dans l’agrégat. Par exemple, il se peut que nombre des voitures d’occasion achetées par les ménages soient importées. La différence entre les dépenses et les ventes totales correspond en général aux dépenses nettes des ménages, soit la pondération à attribuer au bien d’occasion en question.

4.69 Sauf dans le cas des voitures d’occasion, il est pour ainsi dire impossible d’estimer les dépenses nettes, la plupart des EBM ne collectant pas les données qui permettraient de comparer les dépenses et les recettes des ventes des biens d’occasion de types particuliers. D’ordinaire, seul le montant total provenant de la vente de biens d’occasion est recueilli. Toutefois, cette information ne donne une idée ni du volume, ni de l’importance de ces transactions dans l’économie nationale. Les pays où ce volume est faible peuvent ne pas tenir compte des biens d’occasion (exception faite des automobiles) dans le calcul des pondérations de l’indice.

4.70 Comme elles sont en général élevées, les sommes dépensées pour l’achat de véhicules d’occasion devraient être incluses dans le panier-type de l’IPC si les données étaient disponibles. Faute de données fiables, leur pondération peut toutefois être ajoutée à celle des automobiles neuves.

4.71 La plupart des pays prennent en compte les dépenses de biens d’occasion dans l’estimation des pondérations de l’IPC, mais les prix de ces biens ne sont pas relevés (à cause de la difficulté de déterminer le prix du même bien tous les mois ou, lorsque les biens sont différents, de procéder aux ajustements de qualité voulus). On présume donc que les prix des biens, qu’ils soient neufs ou d’occasion, évoluent dans le même sens.

4.72 Des pondérations distinctes doivent être attribuées aux biens d’occasion dans les pays où les achats de ces biens sont importants et où on estime que leurs prix ne suivent pas la même évolution que celle des biens neufs. Les informations nécessaires pourraient être extraites, du moins pour certains biens durables de premier plan, des EBM, si elles couvraient aussi les biens d’occasion.

4.73Dépenses à l’étranger et dépenses des non-résidents. Si l’objectif est de construire un indice représentatif des mouvements des prix dans une région ou un pays donné, le système de pondération doit refléter les achats effectués par les ménages résidents ou non-résidents. En pratique, la proportion des achats faits par des visiteurs en provenance de l’étranger ou d’autres régions peut être difficile à estimer, sauf dans le cas de certains types d’achats dans les zones géographiques où le tourisme étranger est la principale activité économique. Il faut utiliser des sources autres que les EBM pour s’assurer que les pondérations prennent en compte les dépenses des touristes étrangers, ainsi que tous les achats de biens et de services de consommation effectués dans le pays par des ménages résidents ou non résidents. Ces sources peuvent être la comptabilité nationale ou les statistiques des ventes.

4.74 Lorsque le principal objectif de l’indice est de mesurer les variations des prix pour la population résidente, les pondérations devraient tenir compte de leurs dépenses à l’étranger. Cela nécessiterait de collecter, dans le cadre des EBM, des données sur les dépenses effectuées en dehors du pays (par exemple, celles de repas et d’hôtel pendant les vacances, de biens durables, de santé et d’éducation). Pour construire l’indice en couvrant les dépenses à l’étranger, il serait possible:

  • de relever les prix à l’extérieur du pays de résidence;

  • d’utiliser des sous-indices pertinents fournis par les statisticiens d’autres pays pour les types de produits achetés dans ces pays par les résidents;

  • de constituer un groupe de résidents qui communiqueraient les prix payés pour leurs achats à l’étranger.

4.75 Étant donné qu’il est difficile de trouver dans les EBM des données fiables sur les dépenses à l’étranger et, sur le plan pratique, de construire un indice pour ces dépenses, il faut peut-être alors établir les pondérations à partir des EBM sans ajustement en fonction du lieu d’acquisition et ne recueillir les prix que des biens et services acquis sur le territoire économique du pays. Cette approche suppose que les variations des prix des biens et services acquis à l’étranger sont les mêmes que celles des biens et services analogues acquis dans le pays.

Erreurs de pondération

4.76 Si les prix évoluaient tous dans le même sens, les pondérations n’auraient pas d’importance. Par contre, le rôle joué par les pondérations dans l’évaluation des variations globales des prix est d’autant plus important que le comportement des prix varie entre les produits.

4.77 Les changements négligeables dans les pondérations n’ont en général guère d’effet sur l’IPC global. Une erreur dans les pondérations d’un sous-indice donné n’a de l’importance que dans la mesure où ses variations diffèrent des variations moyennes de l’IPC global. En général, l’erreur de pourcentage tolérable dans un indice est d’autant plus faible que sa pondération est élevée. Il s’ensuit que l’erreur de pondération tolérable diminue à mesure qu’augmente le taux de variation des prix relatifs des produits élémentaires pertinents. Enfin, si les erreurs de pondération peuvent ne pas avoir une grande influence sur l’indice global, elles risquent à l’évidence d’être graves au niveau des sous-groupes. L’expérience australienne montre que même les produits élémentaires assortis de pondérations relativement élevées peuvent tolérer des erreurs de 20 à 30 % (Australian Bureau of Statistics, 2000). D’après des études d’Eurostat, les IPC sont assez peu sensibles aux changements dans les pondérations. Eurostat a toutefois suggéré de mettre au point des procédures de contrôle de la qualité pour suivre les pondérations des produits élémentaires dont l’évolution des prix a été différente de celle de l’indice global (Eurostat, 2001). La question des répercussions des erreurs de pondération sur les sous-indices et les indices globaux est examinée dans Rameshwar (1998).

Par exemple, l’impact de l’évolution des prix de la tomate au début de la saison serait exagéré dans l’indice général. De même, son impact dans les mois de crête serait sous-évalué.

Dans les comptes nationaux, les «primes nettes» correspondent à la différence entre la somme des primes brutes et des revenus de placement et les commissions de service estimées. Elles sont égales, par définition, aux indemnisations payables, les deux catégories de flux étant traitées comme des transferts, ou des redistributions, entre ménages détenteurs de polices, et ne sont pas considérées comme des dépenses.

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