Chapter

2. Utilisation des Indices des Prix à la Consommation

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
November 2006
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

2.1 L’indice des prix à la consommation (IPC) est considéré dans la plupart des pays comme un indicateur clé de la situation économique. L’objectif du présent chapitre est d’expliquer pourquoi les IPC sont établis et à quelles fins ils sont utilisés.

Éventail des indices des prix à la consommation possibles

2.2 Comme il est dit au chapitre 1, les statisticiens doivent prendre en compte les besoins des utilisateurs lorsqu’ils décident de la population de ménage et de l’éventail des biens et services de consommation qui seront couverts par un IPC. Étant donné que les prix des différents biens et services n’évoluent pas tous au même rythme, ni dans le même sens, une modification de la couverture de l’indice modifiera aussi la valeur de celui-ci. Il ne saurait donc y avoir un IPC unique et l’on peut au contraire définir toute une gamme d’IPC possibles.

2.3 S’il peut être intéressant qu’un IPC soit défini aussi largement que possible, de façon à couvrir tous les biens et services consommés par tous les ménages, beaucoup d’autres options peuvent être envisagées pour définir des IPC couvrant des assortiments de biens et services donnés, ce qui peut être plus utile pour répondre à des besoins analytiques ou opérationnels spécifiques. Rien n’oblige à disposer d’un seul IPC. Lorsqu’un IPC unique est établi et publié, le risque existe de le voir utilisé à des fins auxquelles il n’est pas adapté. On peut publier plus d’un IPC pour répondre à des besoins analytiques ou opérationnels différents. Il est important toutefois de garder à l’esprit que la publication de plus d’un IPC peut être déroutante pour les utilisateurs qui considèrent que la hausse des prix à la consommation est un phénomène généralisé touchant tous les ménages de la même manière. La coexistence de diverses mesures parallèles de ce phénomène risque de compromettre leur crédibilité auprès de nombreux utilisateurs.

2.4 L’objet du présent chapitre n’est pas seulement de décrire les utilisations les plus importantes des IPC, mais aussi d’indiquer comment la couverture d’un IPC peut être modifiée par l’utilisation à laquelle il est destiné. La question de la couverture la plus indiquée d’un IPC doit être réglée avant que l’on puisse décider quelle est la meilleure méthode à utiliser. Que l’IPC soit censé être un indice du coût de la vie ou non, il n’en faut pas moins déterminer exactement quels types de biens et services et de ménage l’on entend couvrir.

Ce choix ne peut se faire qu’en fonction des principales utilisations de l’indice.

Indexation

2.5 L’indexation est une procédure par laquelle les valeurs monétaires de certains paiements, ou stocks, sont augmentées ou diminuées en proportion de la variation de la valeur d’un indice des prix. Elle est appliquée le plus souvent à des flux monétaires tels que les salaires, loyers, intérêts ou impôts, mais peut l’être aussi aux valeurs en capital de certains avoirs et engagements. Lorsque l’inflation est élevée, le recours à l’indexation peut se généraliser à l’ensemble de l’économie.

2.6 L’indexation des revenus monétaires peut viser soit à maintenir le pouvoir d’achat de ces revenus par rapport à certains types de biens et services, soit à conserver le niveau de vie ou de bien-être des bénéficiaires des revenus en question. Ces deux objectifs ne sont pas tout à fait les mêmes, en particulier sur le long terme. On peut estimer que maintenir le pouvoir d’achat revient à changer le revenu monétaire en proportion de la variation de la valeur monétaire d’un panier fixe de biens et services achetés avec ce revenu. Ainsi qu’il est dit plus loin et expliqué plus en détail au chapitre 3, le maintien du pouvoir d’achat d’un revenu par rapport à un assortiment fixe de biens et services ne signifie pas que le niveau de vie des bénéficiaires demeure nécessairement inchangé.

2.7 Lorsque l’indexation s’applique à des avoirs et engagements monétaires, elle peut être conçue de façon à préserver la valeur réelle de l’avoir ou de l’engagement par rapport à d’autres actifs ou par rapport aux valeurs de flux spécifiés de biens et de services.

Indexation des salaires

2.8 Comme il est noté aux chapitres 1 et 15, l’indexation des salaires semble avoir été initialement le principal motif de l’établissement des IPC puisque la pratique date de plus de deux siècles, même s’il y a toujours eu un intérêt général pour la mesure de l’inflation. Si l’indexation des salaires est la justification essentielle de l’IPC, il s’ensuit des conséquences directes pour la couverture de l’indice. Premièrement, cela laisse supposer que l’indice devrait se limiter aux dépenses des ménages dont les salaires sont la principale source de revenus. Deuxièmement, cela peut conduire à exclure les dépenses consacrées à certains types de biens et services considérés comme relevant du luxe ou du superflu. Si c’est le cas, des jugements de valeur ou d’ordre politique peuvent entrer en jeu dans le choix des biens et services couverts. Nous reviendrons sur ce point.

Indexation des prestations de sécurité sociale

2.9 C’est désormais une pratique courante, dans de nombreux pays, d’indexer les taux des prestations de sécurité sociale. Celles-ci sont très diverses: pensions de retraite, allocations de chômage, allocations maladie, allocations familiales, etc. Comme dans le cas des salaires, lorsque l’indexation des prestations de ce type est la principale raison d’établir l’IPC, cela peut conduire à restreindre la couverture de l’indice à certains types de ménage ou de biens et services. De nombreuses catégories de services risquent alors d’être exclues pour des raisons politiques, au motif qu’elles sont superflues ou inappropriées. Ce type de raisonnement peut alimenter des pressions en faveur de l’exclusion des dépenses consacrées à des postes tels que les vacances, les jeux de hasard, le tabac ou les boissons alcoolisées.

2.10 Une autre procédure consiste à établir des IPC distincts pour des catégories différentes de ménages. On peut ainsi établir un indice couvrant le panier des biens et services achetés par les ménages dont la principale source de revenus est une prestation de sécurité sociale. Dans ce cas, il peut être superflu d’exclure certains types de dépenses de luxe ou inappropriées, car il y a de fortes chances que les sommes effectivement consacrées à ces postes soient de toute manière négligeables.

2.11 Comme nous l’avons déjà noté, publier plus d’un IPC peut être déroutant si l’on considère que l’inflation touche chacun de la même manière. Une communication adéquate peut permettre d’éviter cette confusion; il n’est pas difficile d’expliquer que les variations de prix ne sont pas les mêmes pour différentes catégories de dépenses. Dans la pratique, certains pays publient plus d’un indice.

2.12 Si la publication de plus d’un indice n’est pas toujours justifiée, c’est principalement parce que les mouvements des différents indices peuvent être quasiment les mêmes, en particulier à court terme. Dans de tels cas, les coûts à supporter peuvent rendre inutile l’établissement et la publication d’indices distincts. Dans la pratique, il faut que les habitudes de consommation diffèrent beaucoup plus entre les divers groupes de ménages que ce qui est généralement constaté pour qu’un écart significatif se creuse entre les IPC.

2.13 Enfin, il convient de noter que l’exclusion délibérée de certains types de biens et services pour des raisons politiques, au motif que les ménages visés par l’indice ne devraient pas acheter de tels biens ou ne devraient pas être compensés pour la hausse des prix de ces biens, ne peut être recommandée car elle expose l’indice au risque de manipulation politique. Supposons, par exemple, qu’il ait été décidé que certains produits tels que le tabac ou les boissons alcoolisées devraient être exclus de l’IPC. Il se peut alors que, lorsqu’il faudra augmenter les taxes sur les produits, ces derniers soient délibérément visés parce que l’on sait que les hausses de prix qui en résulteront ne feront pas augmenter l’IPC. Cette pratique existe.

Type d’indice utilisé pour l’indexation

2.14 Lorsque des flux de revenus tels que les salaires ou les prestations de sécurité sociale sont indexés, il importe de réfléchir aux conséquences du choix entre un indice du coût de la vie et un indice des prix mesurant les variations du coût de l’achat d’un panier fixe de biens et services, type d’indice qualifié ici d’indice de Lowe. Les indices communément utilisés de Laspeyres et Paasche sont des exemples d’indice de Lowe. L’indice de Laspeyres utilise le panier-type acheté durant la plus ancienne des deux périodes comparées, tandis que l’indice de Paasche utilise un panier-type de la période la plus récente. Cette méthode du «panier fixe» a une longue histoire, ainsi qu’il est expliqué au chapitre 15. En revanche, les indices du coût de la vie comparent le coût de deux paniers qui peuvent ne pas être exactement les mêmes, mais qui apportent la même satisfaction ou utilité au consommateur.

2.15 L’indexation à partir d’un indice des prix de Laspeyres aura tendance à surcompenser les bénéficiaires de revenus des variations du coût de la vie. Augmenter ces revenus en proportion de l’évolution du coût d’un panier acheté dans le passé, c’est assurer que les bénéficiaires de ces revenus auront la possibilité de continuer d’acheter le même panier s’ils le souhaitent. Leur situation serait alors au moins aussi bonne que par le passé. Cependant, en ajustant leurs structures de dépenses pour prendre en compte les variations des prix relatifs des biens et services qu’ils achètent, ils seront en mesure d’améliorer leur niveau de vie ou de bien-être, car ils pourront substituer les biens devenus relativement moins chers à ceux qui sont devenus relativement plus chers. En outre, ils peuvent être en mesure de commencer à acheter des types de biens complètement nouveaux offrant de nouveaux types d’avantages qui n’étaient pas disponibles durant la période précédente. Ces nouveaux biens tendent à abaisser l’indice du coût de la vie lorsqu’ils apparaissent pour la première fois, même si l’on ne peut pas observer effectivement de baisse des prix puisqu’il n’existe pas de prix antérieur.

Indexation des charges d’intérêts, loyers et autres paiements contractuels

2.16 Il est fréquent que les paiements de loyers et d’intérêts soient indexés. Les autorités nationales peuvent émettre des bons assortis d’un taux d’intérêt lié spécifiquement à l’IPC. L’intérêt exigible à un moment donné peut être égal à un taux d’intérêt réel fixé auquel s’ajoute l’augmentation en pourcentage de l’IPC. Les paiements de loyers peuvent aussi être liés à l’IPC ou à un autre indice tel que celui du prix des logements.

2.17 Les créanciers qui reçoivent les paiements d’intérêts ne sont pas seulement des ménages, bien sûr. En tout état de cause, l’indexation des intérêts n’a pas pour objet de maintenir le niveau de vie des créanciers, mais plutôt de préserver leur patrimoine réel en les compensant des pertes de capital réel, ou moins-values, résultant de l’inflation générale. Si l’IPC n’est pas forcément l’indice idéal pour ce faire, il peut néanmoins être utilisé par défaut, en l’absence de tout autre indice pratique, comme nous le verrons par la suite.

2.18 Beaucoup d’autres formes de paiement contractuel peuvent être liées à l’IPC. Ainsi, l’obligation légale de verser une pension alimentaire ou de subvenir aux besoins de ses enfants peut être liée à l’IPC. Les paiements des primes d’assurance peuvent être liées soit à l’indice global, soit à un sous-indice lié à des types de dépenses spécifiques, telles que le coût des réparations.

Imposition

2.19 Les mouvements d’un IPC peuvent être utilisés de diverses manières pour influer sur les montants exigibles au titre de l’impôt. Ainsi, les montants dus au titre de l’impôt sur le revenu peuvent être modifiés si les abattements individuels déductibles du revenu imposable sont liés à l’évolution de l’IPC. Pour l’impôt sur les revenus des personnes physiques, sous un régime d’imposition progressive, les seuils des différentes tranches auxquelles s’appliquent des taux d’imposition de plus en plus élevés peuvent être modulées en proportion des variations de l’IPC. Les montants exigibles au titre de la taxation des plus-values peuvent être réduits si, pour les besoins de l’impôt, on les calcule sur la base des plus-values réelles plutôt que nominales: pour ce faire, l’augmentation en pourcentage de la valeur de l’actif est diminuée de la variation en pourcentage de l’IPC sur la même période. En général, il existe diverses façons d’introduire une certaine forme d’indexation dans la législation fiscale.

Consommation et revenu en volume

2.20 Les indices des prix peuvent être utilisés pour déflater les dépenses en prix courants ou les revenus monétaires afin d’en déduire des mesures de la consommation et du revenu en volume. Les mesures en volume impliquent des comparaisons dans le temps (ou dans l’espace). Il existe deux façons d’aborder ces comparaisons, qui sont analogues à la distinction entre un indice de Lowe, ou de panier-type, et un indice du coût de la vie.

2.21 La première méthode définit la variation de la consommation en volume comme la variation de la valeur totale des biens et services effectivement consommés, mesurée aux prix fixés d’une période donnée. Cela revient à déflater la variation de la valeur courante des biens et services consommés par un indice des prix de Lowe convenablement pondéré. La variation de revenu en volume peut être mesurée en déflatant la variation du revenu monétaire total par le même indice des prix.

2.22 La seconde méthode définit la variation de la consommation en volume comme la variation du bienêtre tiré des biens et services effectivement consommés. Celle-ci peut être estimée en déflatant la variation de la valeur courante de la consommation par un indice du coût de la vie. Le revenu en volume peut être obtenu de même en déflatant le revenu monétaire par le même indice du coût de la vie.

2.23 Les deux méthodes ne peuvent pas donner les mêmes résultats si l’indice des prix «pur» et l’indice du coût de la vie divergent. Le choix entre ces deux mesures possibles de la consommation et du revenu en volume ne sera pas approfondi davantage ici, car les questions qu’il soulève sont foncièrement les mêmes que celles déjà évoquées dans l’examen parallèle du choix entre un indice des prix de Lowe, ou de panier-type, et un indice du coût de la vie.

Cohérence entre indices de prix et séries de dépenses

2.24 Les données recueillies sur les prix et sur les dépenses des ménages doivent être cohérentes les unes avec les autres lorsque l’on mesure la consommation en volume. Cela suppose que les deux séries de données couvrent le même assortiment de biens et services et utilisent les mêmes concepts et classifications. Des problèmes peuvent se poser dans la pratique car les indices de prix et les séries de dépenses sont souvent établis indépendamment les uns des autres, par différents services d’un même office de statistique ou par des offices différents.

2.25 La couverture de l’IPC n’a pas à être identique à celle des dépenses de consommation totales des ménages dans les comptes nationaux. Pour des raisons déjà citées, l’IPC peut cibler des ménages et des dépenses spécifiques. Toutefois, la différence entre la couverture de l’IPC et celle des comptes nationaux doit être identifiée avec précision, afin que les différences existant à ce niveau puissent être prises en compte. L’indice des prix utilisé pour déflater les dépenses devrait couvrir les biens et services supplémentaires que ne couvre pas l’IPC. Concrètement, l’opération peut se révéler difficile car il est possible que les données de prix pertinentes ne soient pas aisément disponibles si les procédures de relevé des prix ont été conçues en fonction de l’IPC. En outre, même si toutes les données de base sur les prix sont disponibles, l’indice des prix nécessaire pour l’actualisation sera vraisemblablement différent, par son type ou sa formule, de l’IPC lui-même.

2.26 En principe, l’actualisation des estimations des comptes nationaux suppose normalement l’établissement d’indices des prix bien définis qui diffèrent de l’IPC mais peuvent faire appel à la même base de données sur les prix. Ces indices peuvent différer de l’IPC non seulement par l’éventail des données sur les prix et les dépenses qu’ils couvrent et par les formules de pondération et d’indices qui sont utilisées, mais aussi par la fréquence à laquelle ils sont établis et la longueur des périodes couvertes. Les mouvements des indices qui en résultent auront tendance à s’écarter un peu de ceux de l’IPC pour la raison, précisément, qu’ils mesurent des grandeurs différentes. Bien qu’ils soient conçus pour actualiser des données sur les dépenses, ils donnent également des informations supplémentaires utiles sur l’évolution des prix à la consommation qui complètent celles fournies par l’IPC. L’IPC lui-même n’a pas non plus pour finalité de servir de déflateur. Sa couverture et sa méthodologie doivent être conçues de manière à répondre aux besoins décrits dans les autres sections de ce chapitre.

2.27 Lorsque d’autres types d’indice des prix à la consommation sont nécessaires, outre l’IPC, il faut en prendre conscience dès la collecte des données car il peut être plus efficace et plus économique d’utiliser un seul et même processus de collecte de données pour répondre aux besoins de plus d’un indice des prix. Cela peut conduire à recueillir plus de données sur les prix qu’il n’en faut pour l’IPC lui-même, si la couverture de ce dernier a été délibérément restreinte d’une manière ou d’une autre.

Parités de pouvoir d’achat

2.28 De nombreux pays à travers le monde, et notamment tous les membres de l’Union européenne (UE), participent à des programmes internationaux réguliers qui permettent de calculer les parités de pouvoir d’achat (PPA) pour les dépenses de consommation des ménages. Pour calculer ces PPA, il faut que les prix des biens et services acquis par chaque consommateur soient comparés directement d’un pays à l’autre. Concrètement, les programmes de PPA prévoient l’établissement d’indices des prix à la consommation internationaux. Les dépenses et les revenus en volume peuvent alors faire l’objet de comparaisons internationales, tout comme on procède à leur comparaison d’une période à l’autre dans un même pays.

2.29 Il n’est pas proposé d’examiner ici la méthodologie d’établissement des PPA, mais simplement de noter que les PPA créent encore une autre demande de données de base sur les prix. Lorsque de telles données sont recueillies, il faut donc être conscient qu’elles peuvent être utilisées pour l’établissement des PPA aussi bien que des IPC. Les PPA sont essentiellement des déflateurs internationaux analogues aux déflateurs intertemporels requis pour établir les comptes nationaux dans chaque pays. Aussi, alors que le traitement et l’agrégation des données de base nécessaires à l’établissement d’un IPC devraient être déterminés par les besoins propres à l’IPC lui-même, il est bon de prendre en compte les conditions requises pour les autres types d’indice des prix au stade de la collecte des données. Des économies d’échelle considérables peuvent être réalisées si l’on utilise un seul processus de collecte pour répondre aux besoins de différents types d’indice.

2.30 Aussi, que ce soit du point de vue opérationnel ou conceptuel, l’IPC doit être placé dans le contexte plus large des indices connexes. L’établissement des IPC a commencé bien avant celui des comptes nationaux dans certains pays, ce qui explique que les IPC ont été d’abord des indices à part. Cela dit, ils ne peuvent plus être considérés aujourd’hui comme des indices isolés dont l’établissement et la méthodologie pourraient évoluer indépendamment des autres statistiques connexes.

Utilisation de l’indice des prix à la consommation à des fins comptables en période d’inflation

2.31 En période d’inflation, la comptabilité privée et la comptabilité nationale doivent prévoir des ajustements qui ne sont pas nécessaires lorsque les prix sont stables. C’est un sujet complexe, sur lequel il n’est pas possible de s’étendre davantage dans ce manuel. Les deux méthodes comptables communément utilisées sont résumées ci-après. Toutes deux requièrent des indices des prix pour leur mise en œuvre.

Comptes en pouvoir d’achat actuel

2.32 Les comptes en pouvoir d’achat actuel sont des comptes dans lesquels les valeurs monétaires des flux survenus dans des périodes antérieures sont augmentées en proportion d’un indice général de l’inflation entre la période précédente et la période en cours. L’indice utilisé devrait en principe être un indice général des prix couvrant d’autres flux en plus des dépenses de consommation des ménages, mais, dans la pratique, l’IPC est souvent utilisé en l’absence d’un indice général adapté.

Comptabilité au coût actuel

2.33 La comptabilité au coût actuel est une méthode de comptabilisation de l’emploi des actifs dans laquelle le coût d’utilisation de ces derniers dans la production est calculé aux prix courants des actifs, et non pas aux prix auxquels ils ont été achetés ou acquis d’une autre manière dans le passé (coûts historiques). Le coût actuel de l’utilisation d’un actif prend en compte non seulement l’évolution du niveau général des prix, mais aussi l’évolution du prix relatif de ce type d’actifs depuis son acquisition. En principe, les indices des prix utilisés pour ajuster les prix payés initialement pour ces actifs devraient être des indices des prix spécifiques à ce type d’actifs particulier et, de fait, des indices sont calculés et utilisés de cette manière dans certains pays. Cependant, quand on ne dispose pas de tels indices, il reste possible de recourir à l’IPC ou, à défaut, un sous-indice de l’IPC, et des IPC ont été employés à cet effet.

Indices des prix à la consommation et inflation générale

2.34 Ainsi qu’il a déjà été noté, des mesures du taux général d’inflation pour l’ensemble de l’économie s’imposent pour diverses raisons:

  • Maîtriser l’inflation est en général l’un des principaux objectifs de la politique économique, même si le gouvernement peut déléguer cette responsabilité à la banque centrale. Il faut disposer d’une mesure de l’inflation générale pour arrêter des objectifs et évaluer dans quelle mesure le gouvernement ou la banque centrale ont atteint le but qu’ils se sont fixé en matière de lutte contre l’inflation.

  • Comme il a été dit plus haut, cette mesure de l’inflation générale est nécessaire aussi pour répondre aux besoins de la comptabilité privée comme de la comptabilité nationale, et en particulier pour établir les comptes en pouvoir d’achat actuel.

  • Le concept de variation des prix relatifs est important en économie. Il est donc utile de pouvoir mesurer la variation effective des prix des biens et services par rapport à une certaine mesure de l’inflation générale. Il faut aussi être capable de mesurer les gains ou pertes de capital réel (ou les plus-values ou moins-values) sur les actifs, y compris sur les avoirs et engagements monétaires.

2.35 Le chapitre 14 examine diverses mesures possibles de l’inflation générale, et fait apparaître l’existence d’une hiérarchie des indices des prix dans laquelle s’inscrit l’IPC. Ce dernier n’est pas, à l’évidence, une mesure de l’inflation générale puisqu’il ne suit que les variations des prix des biens et services de consommation achetés par les ménages. L’IPC ne couvre pas les biens en capital, tels que les logements, ou les biens et services consommés par les entreprises ou les administrations publiques. Toute tentative visant à analyser les pressions inflationnistes qui s’exercent sur l’économie doit tenir compte également des autres mouvements de prix, tels que les fluctuations des prix des importations et des exportations, des prix des intrants et des extrants industriels ou des prix des actifs.

Indices des prix à la consommation et objectifs d’inflation

2.36 En dépit de ses limites manifestes en tant que mesure de l’inflation générale, l’IPC est couramment utilisé par les gouvernements et les banques centrales pour fixer les objectifs d’inflation. De même, il est interprété par la presse et par le public comme la véritable mesure de l’inflation. Bien que les gouvernements et les banques centrales n’ignorent pas, de toute évidence, que l’IPC n’est pas une mesure de l’inflation générale, de nombreux facteurs aident à expliquer la popularité de cet indice et sont examinés ci-après.

2.37 Il convient cependant de noter que, même si l’IPC ne mesure pas l’inflation générale, on peut s’attendre à ce que ses mouvements soient étroitement corrélés à ceux d’une mesure plus générale, ne serait-ce que parce que les dépenses de consommation représentent une forte proportion des dépenses finales. En particulier, l’IPC devrait donner une indication fiable de l’accélération ou de la décélération de l’inflation et permettre de déceler d’éventuels retournements du taux d’inflation. Il s’agit là d’informations précieuses, même si l’IPC peut sous-estimer ou surestimer systématiquement le rythme général de l’inflation.

Indices des prix à la consommation et comparaisons internationales de l’inflation

2.38 Les IPC sont couramment utilisés aussi pour des comparaisons internationales des taux d’inflation. L’UE offre un bon exemple de leur emploi à cette fin. Les États membres ont décidé, dans le traité de Maastricht, d’utiliser les IPC pour évaluer dans quelle mesure les taux d’inflation nationaux convergeaient au milieu des années 90, avant la formation de l’Union économique et monétaire. Bien que les IPC mesurent l’inflation des prix à la consommation plutôt que l’inflation générale, leur utilisation pour mesurer le degré de convergence des rythmes d’inflation peut se justifier en invoquant des motifs identiques à ceux qui viennent d’être avancés. On peut penser que la convergence des IPC sera étroitement corrélée à celle de l’inflation générale, de sorte que l’utilisation d’une mesure spécifique plutôt que générale de l’inflation peut aboutir aux mêmes conclusions quant au degré de convergence et aux pays qui s’écartent le plus de la moyenne.

Popularité des indices des prix à la consommation et statistiques économiques

2.39 Les IPC semblent bénéficier aujourd’hui d’un statut privilégié dans les statistiques économiques de la plupart des pays. Il y a plusieurs explications à cela:

  • D’abord, tous les ménages ont une expérience personnelle du phénomène que l’IPC est supposé mesurer. Le grand public est tout à fait conscient des variations des prix des biens et services de consommation ainsi que de l’impact direct que celles-ci peuvent avoir sur leur niveau de vie. L’intérêt pour les IPC ne se limite pas à la presse et aux hommes politiques.

  • Les variations de l’IPC tendent à recevoir un très large écho. Leur publication peut faire la une des organes de presse. L’IPC est une statistique qui bénéficie d’une grande visibilité.

  • L’IPC est publié fréquemment, d’ordinaire chaque mois, de sorte que l’inflation des prix des biens et services de consommation est suivie de près. C’est aussi une statistique d’actualité qui est publiée très peu de temps après la fin de la période à laquelle elle se réfère.

  • L’IPC a une longue histoire, ainsi que nous le rappelons aux chapitres 1 et 15. Le public y est habitué de longue date.

  • Bien que les variations des prix de certains types de biens de consommation soient difficiles à mesurer en raison des changements de qualité survenus, l’évolution des prix d’autres types de biens et services tels que les biens en capital ou les services assurés par les administrations publiques (les services publics, notamment) tend à être encore plus délicate à mesurer. L’IPC peut être un indice des prix relativement fiable comparé à ceux qui sont utilisés pour suivre d’autres flux.

  • L’IPC est très respecté. Sa précision et sa fiabilité sont rarement mises en question.

  • La plupart des pays ont délibérément adopté pour politique de ne pas réviser l’indice après sa publication. Cela le rend plus attrayant pour bien des utilisations, en particulier lorsque celles-ci ont des conséquences financières, comme c’est le cas pour l’indexation. Le fait que l’IPC ne soit pas révisé donne peut-être une impression un peu trompeuse de certitude, mais cela semble aussi rendre l’indice plus crédible et en faciliter l’acceptation.

2.40 L’utilisation très large de l’IPC à beaucoup d’autres fins que celles pour lesquelles il a été conçu peut s’expliquer par les divers facteurs susmentionnés et par le fait que la plupart des pays ne disposent pas d’autres mesures satisfaisantes ou plus globales de l’inflation mensuelle. À titre d’exemple, l’IPC peut être utilisé en remplacement d’une mesure plus générale de l’inflation dans la comptabilité privée, même s’il est clair que, d’un point de vue théorique, ce n’est pas l’indice qu’il faudrait. De même, le fait que l’IPC ne fasse pas l’objet de révisions, conjugué à sa fréquence de diffusion et à son actualité, peut expliquer son utilisation répandue pour l’indexation des contrats dans le domaine économique ou juridique, alors qu’il n’apporte pas, là non plus, une réponse véritablement adaptée sur le plan théorique. On peut justifier ces pratiques en faisant valoir que la seule alternative à l’utilisation de l’IPC risque d’être l’absence d’ajustement pour tenir compte de l’inflation. Bien que l’IPC ne soit pas une mesure idéale, il vaut bien mieux l’utiliser que renoncer à tout ajustement.

2.41 Bien que l’IPC soit souvent utilisé comme variable de substitution pour une mesure générale de l’inflation, cela ne justifie pas que l’on étende sa couverture à des éléments qui débordent du cadre de la consommation des ménages. Si des indices plus larges de l’inflation sont nécessaires, ils doivent être conçus de telle manière qu’ils complètent l’IPC et laissent celui-ci intact. De fait, certains pays ont entrepris de se doter de mesures supplémentaires plus larges de l’inflation, tout en restant dans le cadre théorique présenté au chapitre 14.

Nécessité d’indépendance et d’intégrité dans l’établissement des indices des prix à la consommation

2.42 Étant donné que l’IPC est couramment utilisé pour toutes sortes d’indexations, les mouvements de cet indice peuvent avoir des conséquences financières à travers toute l’économie. Leurs conséquences pour les pouvoirs publics peuvent être considérables, car l’IPC peut influer sur les charges d’intérêts et les rentrées fiscales ainsi que sur les dépenses publiques au titre des salaires et de la sécurité sociale.

2.43 Lorsque des intérêts financiers sont en jeu, il existe toujours un risque que des groupes de pression, politiques ou non, s’efforcent d’influer sur la méthodologie utilisée pour établir l’IPC. À l’instar d’autres statistiques officielles, l’IPC doit être protégé de ces pressions et être perçu comme tel. C’est en partie pour cette raison que de nombreux pays ont mis en place un comité consultatif chargé de veiller à ce que l’IPC échappe à toute influence extérieure. Ce comité consultatif peut regrouper des représentants de toutes les parties prenantes et des experts indépendants capables d’offrir des conseils d’ordre professionnel. Les informations sur la méthodologie utilisée pour calculer les IPC doivent être accessibles au public.

    Other Resources Citing This Publication