Chapter

Appendice 1. La relation entre les flux d’aide et les taux de change en Afrique subsaharienne

Author(s):
Sanjeev Gupta, Robert Powell, and Yongzheng Yang
Published Date:
October 2006
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

Flux d’aide et taux de change réels

Les tentatives visant à mesurer la relation entre les flux d’aide et le taux de change réel en Afrique subsaharienne remontent aux années 80 (tableau A.2.2 de l’appendice).

  • Un certain nombre d’études ont conclu que les flux d’aide sont souvent associés à une appréciation du taux de change réel, mais les conclusions ne sont pas absolument significatives. Voir Younger (1992) pour le Ghana, et Kasekende et Atingi-Ego (1999) pour l’Ouganda, ainsi qu’une analyse d’Adenauer et Vagassky (1998) portant sur plusieurs pays.
  • Les estimations économétriques montrent souvent que l’incidence de l’aide sur le taux de change est faible et non statistiquement significative. Bulir et Lane (2002) parlent de «traces» d’une appréciation du taux de change induite par l’aide. Prati, Sahay et Tressel (2003), qui utilisent un modèle de données de panel, indiquent que, pour les pays qui bénéficient d’une APD dépassant 2 % de leur PIB annuel, un doublement de l’aide entraînerait au plus une appréciation du taux de change réel d’environ 4 % à court terme, de l’ordre de 18 % sur cinq ans, puis de 30 % sur dix ans.
  • Les modèles à séries temporelles tendent à montrer que le taux de change réel réagit moins aux variations des flux d’aide qu’à d’autres facteurs exogènes comme les fluctuations des termes de l’échange.
  • Certaines études portant sur des pays africains concluent qu’il apparaît que les flux d’aide sont associés à une dépréciation réelle et montrent une productivité accrue (réponse de l’offre) suite à l’aide. Voir, par exemple, Nyoni (1998), Sackey (2002) et FMI (2005d). Cette dernière étude observe que l’aide qui n’est pas absorbée n’est pas associée à une quelconque appréciation du taux de change réel et note que, dans un certain nombre de cas, l’aide supplémentaire est en grande partie affectée aux réserves.

Taux de change et exportations

Les études par région montrent que, dans les pays d’Afrique subsaharienne, les taux de change réels sont un déterminant important de la part des exportations dans le PIB. Balassa (1990) estime qu’une variation de 1 % du niveau du taux de change réel est associée à une variation de 0,8 à 1 % de la part des exportations dans le PIB. De même, Ghura et Grennes (1993) concluent qu’un taux de change réel supérieur de 1 % à un taux de change basé sur un modèle d’équilibre abaisse de 0,096 % la part des exportations. Rajan et Subramanian (2005a) tiennent que, dans les pays qui reçoivent plus d’aide, les industries à forte intensité de main-d’œuvre axées sur l’exportation se développent plus lentement que les autres, ce qui semble indiquer que l’aide entraîne un syndrome hollandais.

Cela étant, l’effet de l’instabilité du taux de change sur les exportations peut aussi être une considération importante. Sekkat et Varoudakis (2000), partant d’un échantillon plus réduit de pays, concluent à une plus grande élasticité entre la distorsion du taux de change et la part des exportations dans certains secteurs, mais ce résultat n’est pas toujours significatif. Ces études ne donnent toutefois pas d’estimation des effets du taux de change réel dans le contexte d’autres facteurs qui pourraient entraver la croissance des exportations.

Dans la mesure où les flux d’aide accrus atténuent les goulets d’étranglement de l’offre, ils peuvent contrebalancer l’effet d’une appréciation du taux de change sur la croissance des exportations. Dans une étude portant sur 60 pays en développement, Elbadawi (2002) montre que la dépréciation du taux de change réel a bien joué un rôle important dans la croissance des exportations (l’élasticité variant de 0,54 à 0,64 pour la totalité du groupe). Toutefois, les coefficients des variables régionales fictives dans l’étude semblent indiquer que, toutes choses égales par ailleurs, les exportations non traditionnelles de l’Asie de l’Est et de l’Amérique latine seraient plus élevées que celles de l’Afrique subsaharienne, ce qui implique que les contraintes de l’offre, qui ne sont pas prises en compte dans le modèle, pourraient largement expliquer la mauvaise performance des exportations non traditionnelles dans cette région.

Taux de change et croissance économique

Des études récentes concluent que les accélérations de la croissance sont associées à une dépréciation réelle, ce qui semble indiquer qu’une forte appréciation réelle associée à un accroissement de l’aide pourrait avoir des coûts à long terme sur le plan de la croissance. Plusieurs études se sont basées sur l’analyse, par Hausmann, Pritchett et Rodrik (2004), des hausses des courbes de croissance à moyen terme des pays, autrement dit, les «accélérations de la croissance». Leur étude a montré que l’apparition d’accélérations présentait une forte corrélation avec une dépréciation du taux de change réel. Cette conclusion a été confirmée pour l’Afrique subsaharienne dans FMI (2005f). Dans leur quasi-totalité, les cas de croissance en Afrique subsaharienne ont évité la surévaluation pendant la période de croissance. L’étude relève par ailleurs le lien étroit entre l’évitement des désalignements du taux de change et la stabilité macroéconomique, ce qui renforce l’argument en faveur d’une association entre les flux d’aide et une gestion macroéconomique prudente.

La surévaluation du taux de change inhibe la croissance. Se fondant sur une série de données qui comprend 73 pays en développement et porte sur la période de 1975 à 1992, Razin et Collins (1997) montrent que la surévaluation a bien un effet négatif important sur la croissance, mais qu’il n’existe pas de relation statistiquement significative entre la sous-évaluation et la croissance. Selon leurs estimations, une surévaluation de 1 % est associée à un recul de 0,06 % du taux de croissance réel par habitant. Dollar (1992) estime qu’une distorsion de 1 % du taux de change a réduit le taux de croissance par habitant d’environ 0,02 % pour 95 pays en développement entre 1976 et 198534. De même, Cottani, Cavallo et Khan (1990) estiment que, pour un groupe de 24 pays en développement au cours de la période 1960–83, l’effet d’inhibition de la croissance du désalignement du taux de change a été d’environ 0,1 %. Ghura et Grennes (1993) montrent qu’une surévaluation de 1 % freine la croissance du PIB par habitant d’environ 0,02 %. Bleaney et Greenway (2001) jugent également qu’un désalignement décalé du taux de change a un effet négatif sur la croissance. Ils estiment, en se fondant sur des données relatives à 14 pays d’Afrique subsaharienne pour la période 1980–95, qu’un désalignement décalé de 1 % inhibe la croissance à hauteur de 0,04 %.

Taux de change et investissement

L’impact sur l’investissement est une des voies par lesquelles une appréciation temporaire du taux de change peut influer sur le taux de croissance. Razin et Collins (1997) postulent qu’outre son effet sur la compétitivité du secteur des biens échangeables, l’appréciation du taux de change peut aussi agir sur l’investissement intérieur et étranger et influencer ainsi le processus d’accumulation de capital. Bleaney et Greenway (2001) indiquent qu’une surévaluation pourrait nuire à l’investissement, même si elle abaisse le prix des biens d’équipement, du fait qu’elle réduit le rendement de l’investissement dans le secteur des biens échangeables et que le déficit courant qui en résulte crée le besoin de durcir les politiques macroéconomiques.

    Other Resources Citing This Publication