Chapter

Comptes nationaux

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
January 1979
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La comptabilité nationale a été élaborée pendant les années 30 par plusieurs économistes, de part et d’autre de l’Atlantique, sous l’influence stimulante de la pensée de John Maynard Keynes, A une époque où le monde souffrait d’une récession profonde et d’un chômage massif, Keynes soutenait que l’on pouvait réguler la production et le chômage en appliquant un plan d’action économique bien conçu. Il démontrait en effet que, lorsque la production et l’emploi augmentent, la consommation diminue et l’épargne s’accroît proportionnellement au revenu; or, l’investissement qui permettrait d’utiliser l’épargne ainsi dégagée, avec un niveau élevé d’activité économique (c’est-à-dire l’investissement qui comblerait l’insuffisance de la consommation par rapport au revenu en situation de plein emploi) n’interviendra pas automatiquement. Il faut donc adopter des politiques budgétaire et monétaire de soutien pour que le total des dépenses de consommation et d’investissement soit égal à la production en situation de plein emploi. La mise en oeuvre de programmes visant à réduire le chômage et fondés sur ces idées a rendu nécessaire l’établissement de statistiques mesurant la production totale d’un pays, sa consommation, son épargne et ses investissements de façon à en prévoir et à en évaluer les résultats économiques. C’est ainsi que les comptes nationaux, qui sont centrés sur ces quatre agrégats, ont été initialement adoptés en tant qu’instrument de politique économique.

Depuis la seconde guerre mondiale, les méthodes de comptabilité nationale sont devenues de plus en plus normalisées sous les auspices de l’Organisation des Nations unies. Les comptes nationaux traditionnels ont été élargis pour inclure l’analyse des entrées-sorties6 et les statistiques des opérations financières dans un cadre comptable général.

La première partie de la présente section explique les agrégats fondamentaux des comptes nationaux. Deux concepts sont actuellement utilisés pour mesurer la production brute totale d’un pays pendant une période donnée, le produit intérieur brut (PIB) et le produit national brut (PNB). On les appelle bruts parce qu’aucune déduction n’est faite pour tenir compte de la consommation (dépréciation) du capital fixe incorporé à la production courante. Le PIB est la valeur du produit brut issu des unités de production résidentes, que les facteurs de production (travail et capital) soient fournis par des résidents ou par des étrangers. Au cours de l’analyse, le PIB joue un rôle de premier plan car il est le concept de production à la base du SCN. Le PNB est égal au PIB augmenté du revenu des facteurs reçu de l’étranger par les résidents et diminué du revenu des facteurs versé à l’étranger par les résidents. Bien que le PNB demeure le concept fondamental de la production dans bon nombre de grands pays et dans de nombreuses analyses faites par des organisations internationales, il a été abandonné par le SCN, lequel a adopté à son tour le concept de revenu national aux prix du marché, qui est venu s’ajouter au concept traditionnel de revenu national mesuré au coût des facteurs. Ces deux concepts sont saisis comme revenu plutôt que produit, mais ils sont plus étroitement liés au PNB qu’au PIB. Outre le revenu national (au coût des facteurs et aux prix du marché), le SCN retient un concept fondamental du revenu, le revenu national disponible, qui est égal au revenu national aux prix du marché (c’est-à-dire le PNB aux prix du marché moins la consommation de capital fixe) augmenté des transferts (courants sans contrepartie) de revenu reçus de l’étranger par les résidents et diminué des transferts (courants sans contrepartie) de revenu versés à l’étranger par des résidents sur leur revenu. Tous ces concepts seront expliqués plus loin en détail.

La deuxième partie de la présente section est consacrée au problème de la conversion des comptes nationaux aux prix courants aux comptes nationaux en prix constants ou, comme on le dit souvent, en “termes réels”. Les chiffres exprimés en prix constants sont, en général, l’un des éléments les plus importants permettant d’évaluer les résultats de l’économie; on les utilise, par exemple, pour exprimer le taux de croissance économique. Cette conversion est un exercice complexe auquel on accordera beaucoup d’attention.

Producteurs résidents

La classification des unités économiques résidentes en trois groupes généraux: entreprises, ménages et administrations publiques, permet de mieux comprendre le caractère de la production. Habituellement, la majeure partie de la fonction de production s’exerce dans les entreprises. Dans le secteur privé, les entreprises exercent, en général, des activités de production destinées au marché, l’objet étant de réaliser un bénéfice pour les propriétaires. Par contre, les entreprises publiques cherchent souvent par leur politique de détermination des prix, et d’une manière générale par leurs opérations, à maximiser le bien-être du pays tel que le conçoivent les responsables politiques, y compris le renforcement de son développement économique à plus long terme et la prestation de services essentiels que les entreprises privées ne seraient pas en mesure de fournir. Les entreprises publiques peuvent donc s’attendre à encourir des déficits d’exploitation si cela est nécessaire pour qu’elles atteignent certains objectifs de politique générale7.

Le fait de considérer que les institutions financières, qui font ellesmêmes partie du secteur des entreprises, sont productives, soulève quelques problèmes délicats qui sont examinés à l’annexe de la présente section.

Les ménages sont des unités dont la fonction économique essentielle est la consommation et l’épargne. Toutefois, par convention, on inclut dans le produit intérieur une part de la production issue des ménages: les services fournis par le personnel domestique (alors que les services analogues rendus par les ménagères ne sont pas pris en compte), de même que la valeur locative des logements occupés par leurs propriétaires. Les logements appartenant à des ménages sont donc considérés en fait comme des quasi-entreprises distinctes, convention tout à fait raisonnable dont on a besoin pour assurer la comptabilité de la valeur de la production entre différents pays et différentes périodes.

Même dans les pays développés, dans de nombreux cas, il est difficile de distinguer très clairement les ménages des entreprises. Dans le secteur agricole, une partie de la production est habituellement consommée par l’agriculteur et sa famille sans passer par le marché, et doit donc être incluse à la fois dans le produit et dans la consommation pour que l’on obtienne les agrégats nationaux appropriés. D’ordinaire, la législation relative à l’impôt sur le revenu exige la tenue de comptes distincts pour l’entreprise en tant que telle (l’exploitation agricole) et pour le propriétaire, et l’inclusion de la production autoconsommée par le propriétaire dans le calcul du revenu imposable; or, cette démarche est aussi nécessaire pour déterminer la rentabilité de l’entreprise. Bien que le ménage et l’entreprise constituent un centre unique de décision, ce centre est scindé en deux entités pour les besoins de la comptabilité nationale. Les inscriptions relatives aux flux entre les deux entités sont dénommées imputations.

Dans les pays en développement, une partie importante de la population vit souvent dans un secteur dit de subsistance, où la production est entièrement (ou presque entièrement) destinée à l’autoconsommation ou à l’investissement pour compte propre. Les unités économiques de ce secteur sont des producteurs. Des imputations sont nécessaires pour inclure leur production, leur consommation et leurs investissements dans le produit intérieur. En pratique, la distinction entre le secteur de subsistance et les secteurs produisant pour le marché peut ne pas être tout à fait claire. Il est possible que les petits exploitants consomment presque la totalité de leur propre production; mais il se peut aussi qu’ils en vendent une faible partie sur le marché ou à des organismes d’achats coopératifs ou publics. Pour que les calculs du produit intérieur soient complets, il faut donc inclure des estimations de la production qui n’est pas commercialisée.

En dehors des entreprises et des ménages, la majeure partie de la production s’effectue au sein des administrations publiques. Celles-ci fournissent, par l’intermédiaire de leurs activités, des services administratifs et autres qui satisfont les besoins de la collectivité. Ces services sont inclus dans le produit intérieur et mesurés par la somme de leurs coûts de production.

Une part de la production (estimée elle aussi à la valeur de son coût) est également assurée par des organismes sans but lucratif tels que les centres de recherche, les écoles bénéficiant du soutien financier de fondations et les organisations de bienfaisance.

Produit intérieur brut

Le produit intérieur brut est la production issue des unités de production résidentes. Dans la plupart des cas, il est presque égal au produit dégagé sur le territoire d’un pays donné. C’est à partir d’un exemple numérique—“Les comptes consolidés de la nation” (reproduits en appendice)—que le SCN explique le produit intérieur. Toutefois, on a choisi ici (Graphique 1) une autre méthode de présentation en prenant les mêmes chiffres, mais en éliminant certains détails8.

Graphique 1.Compte de production consolidé de la nation1

1 Les inscriptions sont obtenues à partir de celles qui figurent dans les tableaux centraux (SCN, pages 30-31; reproduits en appendice à la fin de la brochure). La simplification entraîne de légers écarts par rapport à la terminologie de l’ONU.

Offre totale de biens et services= produit intérieur brut aux prix du marché (255, somme des postes 1 à 4) plus importations (54, poste 6 avec signe inversé plus postes 11 et 14)
Importations= somme des postes 38 à 40 inclus
Produit intérieur brut au coût des facteurs= produit intérieur brut aux prix du marché (255), moins impôts indirects, nets des subventions d’exploitation (29, poste 4)
Impôts indirects nets des subventions d’exploitation= poste 4
Rémunération des salariés= poste 1
Amortissement du capital fixe= poste 3
Excédent net d’exploitation= poste 2
Exportations= poste 10 (50), plus poste 15 avec signe inversé (2)
Consommation privée= postes 13 à 15 inclus (168, plus 2 moins 2)
Consommation des administrations publiques= poste 5, ou poste 12
Formation brute de capital= formation brute de capital fixe (41, poste 9) plus variation des stocks (6, poste 8) ou la somme des postes 23 et 24

Pour saisir les principes à appliquer pour mesurer le produit intérieur, supposons qu’un pays donné produise des biens—blé, coton, acier, farine, pain, tissus, vêtements, cigarettes et automobiles. Comment vat-on évaluer toute cette production? Le blé entre dans la fabrication de la farine, la farine dans celle du pain; le coton dans la fabrication de tissus et le tissu, à son tour, dans la confection de vêtements; et ainsi de suite. Si l’on inclut la valeur de la production de chaque bien, on aboutit nécessairement à une double comptabilisation. Or, ce qu’on cherche avant tout à éviter, lorsqu’on mesure la valeur du produit intérieur brut d’un pays, ce sont les doubles emplois. On les évite en déduisant de la production de chaque unité de production (par exemple, une entreprise) la valeur des entrées des biens et services qu’elle a reçus des autres unités de production, à l’intérieur ou à l’extérieur. La production d’une entreprise résidente, utilisée comme entrée par une autre entreprise résidente, ne devrait pas être comptée deux fois. La valeur de la production d’une entreprise ou d’une autre unité de production diminuée de la valeur de ses entrées s’appelle la valeur ajoutée. Le produit intérieur brut est égal au total de la valeur ajoutée par toutes les unités de production résidentes. Ce produit est dit brut parce qu’aucune déduction n’est effectuée pour tenir compte de la consommation (amortissement) du capital fixe utilisé dans la production.

Lorsqu’on calcule la valeur ajoutée pour l’ensemble du pays, les comptes de production de toutes les unités de production résidentes sont consolidés. De ce fait, toute production intérieure utilisée à un stade ultérieur de production dans le pays, par exemple des matières premières et des produits intermédiaires, s’élimine puisqu’elle est déduite en tant qu’entrée des unités de production qui l’utilisent. Ainsi, seules les importations de biens et services sont déduites de la production finale de l’économie.

Le solde entre les entrées et les sorties, qui est égal à la valeur ajoutée, ou encore le produit intérieur brut aux prix du marché, est réparti comme indiqué dans la partie gauche du graphique. Une partie est versée à l’Etat sous forme d’impôts indirects, lesquels apparaissent traditionnellement dans les comptes nationaux, nets des subventions versées aux producteurs par l’Etat; une autre partie, aux salariés sous forme de traitements et salaires; le reste revient en premier lieu à l’unité de production sous forme d’amortissement (consommation de capital fixe) et de ce que le SCN appelle “Excédent net d’exploitation”. Dans certains cas, le solde après paiement des impôts indirects (nets des subventions), rémunération des salariés et amortissement peut être négatif, c’est-à-dire qu’il y a déficit d’exploitation plutôt qu’excédent. Les excédents d’exploitation, nets des déficits d’exploitation, de même que la rémunération des salariés, constituent le revenu des facteurs. Le produit intérieur brut au coût des facteurs est égal à la somme du revenu des facteurs versé par les producteurs résidents et de l’amortissement du capital fixe.

La rémunération des salariés est un terme général qui comprend non seulement les traitements et salaires payés directement, mais aussi divers avantages indirects tels que les cotisations des employeurs à la sécurité sociale, aux régimes d’assurance-maladie et aux caisses de pension9.

L’excédent net d’exploitation est un résidu. Les producteurs en utilisent une partie pour payer leurs impôts sur le revenu, et ce qui reste, après impôts, représente habituellement le revenu de la propriété sous diverses formes: ce revenu peut être distribué sous forme de dividendes, d’intérêts ou de redevances, ou revenir directement au propriétaire lorsqu’il s’agit d’entreprises non constituées en sociétés (auquel cas, il peut représenter à la fois un revenu de la propriété et du travail). Dans les entreprises constituées en sociétés comme dans les entreprises non constituées en sociétés, une partie de l’excédent d’exploitation peut être conservée dans l’entreprise sous forme de bénéfices réinvestis. Les parts distribuées et non distribuées de l’excédent net d’exploitation, de même que les impôts sur le revenu versés avant distribution, sont dénommées revenu des facteurs.

La ligne supérieure du graphique comprend, à droite, la production considérée comme finale du point de vue de l’économie. La production finale comprend les biens et services exportés (qu’ils fassent ou non l’objet de transformation supplémentaire à l’étranger, c’est-à-dire par les producteurs non résidents), de même que ceux consommés et investis par des résidents. Dans le graphique, les importations figurent du côté gauche, lequel donne ainsi l’offre totale de biens et services, tandis que dans la présentation du SCN, les importations sont déduites des exportations du côté droit du tableau, en tant que dépenses négatives (voir l’appendice). Il semble préférable d’ajouter les importations au produit intérieur brut, étant donné que la plupart des importations représentent des biens entrant dans la production des unités économiques résidentes; c’est faire preuve d’un grand manque de réalisme que de considérer le produit intérieur brut et les importations comme des composantes physiquement distinctes de l’offre totale de biens et services, mais c’est là une attitude très fréquente à l’heure actuelle10.

Les exportations, la consommation et les investissements, de même que les importations, sont toujours évalués aux prix du marché11. L’identité bien connue qui existe entre, d’une part, le produit intérieur brut aux prix du marché des importations et, d’autre part, la somme des exportations, de la consommation totale et de l’investissement, ressort immédiatement du graphique. Autre façon d’exprimer la même identité: la balance commerciale (exportations moins importations de biens et services, soit -2 dans l’exemple) est égale au produit intérieur brut aux prix du marché (255) diminué des dépenses totales des résidents au titre de la consommation et des investissements (257). C’est ce que l’on peut aisément constater lorsqu’on compare les deuxièmes lignes, à partir du haut du graphique.

La consommation se divise en consommation privée et consommation publique; on peut peut-être la définir par la négative comme des dépenses qui ne servent pas à la formation de capital et qui sont effectuées au titre de biens et de services par les ménages et les administrations publiques12.

La formation brute de capital a deux composantes: la formation de capital fixe et les variations de stocks. La formation brute de capital fixe peut être définie comme étant les additions au patrimoine de biens durables détenus par les producteurs résidents afin d’être utilisées dans la production, moins leurs ventes nettes de biens d’occasion analogues. Les stocks sont définis, d’une façon générale, comme des biens qui se trouvent encore dans le processus de production, y compris les circuits commerciaux13. Lorsque l’économie est divisée en secteurs intérieurs, les ventes de biens d’occasion (ou de terres) représentent un désinvestissement du secteur vendeur et un investissement du secteur acheteur; ces transactions s’annulent pour l’ensemble de l’économie, à l’exception des biens d’occasion exportés qui, en principe, devraient être déduits lors du calcul de la formation brute de capital pour l’ensemble de l’économie. (Pour une illustration des relations qui existent entre les opérations que l’on vient de décrire et le revenu national disponible, voir plus loin les Tableaux 1 et 2.)

Tableau 1.Correspondance entre concepts de produit et concepts de revenu1
Au coût des facteursAux prix du marché
1. Produit intérieur brut226255
2. Consommation de capital fixe1919
3. Produit intérieur net (1–2)2072236
4. Revenu net des facteurs de l’extérieur55
5. Produit national net (3 + 4)21232414
6. Consommation de capital fixe1919
7. Produit national brut (1 + 4 ou 5+6)23152605
8. Transferts courants nets à l’extérieur (–)−4
9. Revenu national disponible (5 + 8)237
Rémunération des salariés Revenu de la propriété152
Excédent net d’exploitation55
Revenu net de la propriété reçu de l’extérieur560
Impôts indirects, nets des subventions29
Transferts courants nets à l’extérieur (–)−4

Ce tableau se fonde sur l’exemple numérique de l’ONU reproduit en appendice. La différence entre la colonne 1 et la colonne 2 est représentée par les impôts indirects, nets des subventions.

Le revenu dégagé par le produit intérieur (ou versé par les producteurs résidents).

Revenu des facteurs reçu par les résidents, appelé revenu national dans le SCN et ailleurs.

Revenu national aux prix du marché dans le SCN (Tableau 18, p. 196).

Dans la terminologie du SCN, il conviendrait d’appeler ces agrégats revenu national brut, étant donné que le SCN semble traiter le produit national comme un concept de revenu.

Ce tableau se fonde sur l’exemple numérique de l’ONU reproduit en appendice. La différence entre la colonne 1 et la colonne 2 est représentée par les impôts indirects, nets des subventions.

Le revenu dégagé par le produit intérieur (ou versé par les producteurs résidents).

Revenu des facteurs reçu par les résidents, appelé revenu national dans le SCN et ailleurs.

Revenu national aux prix du marché dans le SCN (Tableau 18, p. 196).

Dans la terminologie du SCN, il conviendrait d’appeler ces agrégats revenu national brut, étant donné que le SCN semble traiter le produit national comme un concept de revenu.

Tableau 2.Revenu national disponible et ses emplois1
1. Revenu national disponible237
2. Consommation (-)
Privée-168
Publique-42-210
3. Epargne, nette (1+2)27
4. Consommation de capital fixe19
5. Epargne, brute (3 + 4)46
6. Formation brute de capital (-)
Capital fixe-41
Variation des stocks-6-47
7. Transferts internationaux nets en capital0
8. Excédent ou déficit des opérations non financières (5 + 6 + 7)-1

Toutes les inscriptions sont faites aux prix du marché chaque fois que c’est possible.

Toutes les inscriptions sont faites aux prix du marché chaque fois que c’est possible.

Produit national brut

Le produit intérieur brut est, avec le produit national brut, la mesure de la production d’un pays la plus couramment utilisée. Les anciennes versions du SCN étudiaient ces deux notions, mais la version de 1968 (publiée en français en 1970) n’inclut pas le produit national brut dans ses concepts de base14. Dans la version de 1964 (p. 7, par, 47), le PNB était considéré comme le produit obtenu dans le pays et à l’étranger, grâce aux services-facteurs fournis par les résidents. On peut calculer le produit national brut en ajoutant au produit intérieur brut le revenu net des facteurs reçu de l’extérieur; par revenu net des facteurs, on entend la somme des revenus des facteurs reçus, nette des revenus des facteurs versés. Ce pourrait être un poste négatif, mais il est positif dans l’exemple central des Nations unies, où l’inscription est décrite comme le revenu de la propriété reçu de l’étranger, la rémunération internationale nette des salariés étant nulle. Comme le PIB, le PNB peut s’exprimer non seulement aux prix du marché mais aussi au coût des facteurs, auquel cas il peut être égal à la somme des revenus des facteurs reçus par les résidents, augmentée de l’amortissement du capital fixe15.

En tant que mesure des variations du revenu dont dispose un pays, le produit national brut est supérieur au produit intérieur brut, notamment lorsque les versements internationaux au titre du revenu des facteurs sont importants et enregistrent d’amples fluctuations. Par exemple, les fortes migrations de main-d’oeuvre d’un pays à un autre pendant la période qui a suivi la seconde guerre mondiale (dans la mesure où les travailleurs migrants étaient considérés comme résidents de leur pays d’origine) ont parfois donné lieu à des variations très différentes du produit intérieur brut et du produit national brut dans de nombreux pays. La très forte augmentation des envois de fonds des travailleurs migrant temporairement de l’Europe méridionale et de l’Europe du Sud-Est vers les pays fortement industrialisés de l’Europe occidentale et septentrionale, de même que les migrations de certains pays africains vers d’autres pays africains ou à destination de l’Europe, a entraîné, à l’origine, une croissance beaucoup plus rapide du produit national brut que du produit intérieur brut dans les pays d’origine des travailleurs migrants. A la suite de la récession qui a frappé les pays industriels après 1973, on a assisté à un reflux de la main-d’oeuvre migrante vers les pays d’origine des travailleurs, et le produit intérieur brut de ces pays s’est alors accru plus rapidement que le produit national brut. Dans les deux cas, ce sont les fluctuations du produit national brut qui ont fourni l’indication la plus significative des variations du revenu dont disposaient les pays concernés (voir aussi plus loin la sous-section consacrée au revenu national disponible).

Concepts de produit net

On obtient le produit intérieur net ou le produit national net en déduisant du PIB ou du PNB, respectivement, l’amortissement du capital fixe. Cet amortissement ne traduit pas des opérations économiques mais on peut le considérer, en comptabilité nationale, comme une pure écriture comptable. Selon la pratique comptable suivie dans les entreprises, qu’elles soient privées ou publiques, les biens d’équipement sont amortis durant leur durée de vie économique, telle qu’elle est déterminée par l’usure et 1’obsolescence du matériel. En période d’inflation, les montants d’amortissement se fondent souvent sur le coût de remplacement plutôt que sur le coût d’acquisition, l’objet de ces écritures comptables étant de mettre de côté dans les comptes les montants nécessaires à l’achat de nouvel équipement. Le revenu des entreprises est calculé net de l’amortissement; le revenu net ainsi déterminé sert à mesurer la rentabilité de l’entreprise. La rentabilité constitue à son tour un important facteur qui exerce une influence sur les nouveaux investissements. L’amortissement a une influence sur le comportement économique des entreprises, à la fois en les aidant à arrêter leurs politiques de prix et en leur permettant de déterminer s’il est possible de procéder à une distribution prudente des bénéfices, et souhaitable de procéder à de nouveaux investissements.

Dans les comptes des administrations publiques, la pratique la plus employée est de ne pas amortir les biens de capital fixe. La formation de capital dans le secteur des administrations publiques ne se fonde pas en général sur des estimations de rentabilité mais plutôt sur des considérations plus générales se rapportant aux coûts et avantages pour l’ensemble du pays, y compris de nombreux effets indirects. Certaines normes de comptabilité macroéconomique recommandent de passer des écritures pour tenir compte de l’amortissement du capital fixe dans le secteur des administrations publiques, tandis que d’autres ne le prévoient pas. Cet amortissement a pour but de fournir une mesure complète et détaillée du coût de la production et de la consommation des administrations publiques, de même que des ressources consacrées aux divers types d’activités exercées par ces dernières.

Le SCN recommande de prévoir l’amortissement du capital fixe des administrations publiques, recommandation difficile à suivre dans les pays en développement. Cet amortissement relève la valeur de la production brute et de la consommation dans le secteur des administrations publiques et, partant, la valeur du produit intérieur brut et du produit national brut, et la consommation totale dans l’ensemble de l’économie. De même, il abaisse l’épargne nette dans le secteur des administrations publiques et dans l’ensemble de l’économie sans changer l’épargne brute (qui comprend l’amortissement). L’inscription des estimations d’amortissement du capital fixe des administrations publiques tend à compliquer l’analyse des opérations financières, mais dans le même temps, elle ne va pas jusqu’à fournir une mesure complète et détaillée du coût, qui doit aussi prévoir l’utilisation de capitaux financiers pour l’acquisition des biens de capital fixe des administrations publiques, comme le font implicitement, par exemple, les imputations effectuées pour la valeur locative des logements occupés par leurs propriétaires. La planification des investissements publics doit prendre en compte non seulement la dépréciation future des actifs corporels mais aussi le coût de l’intérêt des capitaux financiers à investir dans ces biens.

Revenu national disponible et épargne

Le revenu national disponible est l’un des concepts de base du SCN. On peut l’obtenir en ajoutant les transferts courants nets reçus de l’extérieur (supposés négatifs dans l’exemple de l’ONU) au produit national net. C’est le revenu total (y compris les impôts indirects revenant aux administrations publiques, nets des subventions) dont disposent les résidents pour leurs dépenses de consommation et la formation nette de capital (c’est-à-dire nette des amortissements) sous réserve qu’ils ne reçoivent ni ne fournissent en fait un financement extérieur sous forme de mouvements internationaux de capitaux, ou de transferts, dits transferts en capital (voir les Tableaux 1 et 2). La validité de la distinction entre les transferts sans contrepartie considérés comme courants et les transferts en capital a été largement contestée, et la distinction n’est pas uniformément appliquée dans les statistiques macroéconomiques.

Avant d’examiner les mérites de la distinction générale entre transferts courants et transferts en capital, illustrons, à l’aide d’un exemple, l’importance qu’il y a à ajouter certains transferts sans contrepartie au produit national brut (ou au produit national net) pour arriver à une mesure appropriée du revenu dont dispose une économie. Lorsque les travailleurs migrants sont traités comme des résidents des pays dans lesquels ils travaillent, leurs envois de fonds dans leurs pays d’origine deviennent non pas des paiements de revenus des facteurs à inclure dans le produit national brut, mais des transferts sans contrepartie. L’incidence des envois de fonds sur le revenu dont disposent les pays effectuant ou recevant les transferts ne dépend nullement de la question de savoir si les travailleurs sont considérés comme des résidents d’un pays ou de l’autre. Dans l’un comme dans l’autre cas, ces envois représentent des transferts de revenus dont tout le monde conviendra qu’ils devraient être considérés comme “courants”. Pendant la période de l’après-guerre, le total des envois de fonds des travailleurs entrant dans les deux catégories a été très important et a connu d’amples fluctuations.

Ainsi, il ne fait aucun doute que, lorsqu’on mesure le revenu dont dispose un pays, il importe d’inclure certains transferts internationaux sans contrepartie. Ce qui est contestable, c’est la question de savoir si l’on peut soutenir que certains transferts doivent être exclus du revenu national disponible parce qu’ils sont, par nature, des transferts en capital. La distinction entre transferts courants et transferts en capital se fonde sur des critères qu’il est difficile d’interpréter16, L’une des raisons pour lesquelles on est justifié à faire cette distinction est que les transferts sans contrepartie revêtant la forme de dons au titre de l’aide économique et de prêts à des conditions libérales dans le cadre de programmes d’aide économique se confondent imperceptiblement. Si un prêt est accordé avec un délai de dix ans, au cours duquel aucun intérêt ni remboursement n’est réclamé et à l’issue duquel la commission d’intérêt n’est que nominale et la période de remboursement très longue, ce prêt comporte une large part de subvention.

La classification d’un don comme transfert en capital ou comme transfert courant (voir les Tableaux 1 et 2) a des répercussions sur le calcul de l’épargne: elle détermine en effet si le transfert doit être inclus dans l’épargne du pays bénéficiaire ou dans celle de l’auteur du transfert. C’est pour cette raison, et parce que la ligne de démarcation entre les deux types de transferts n’est pas clairement définie, que l’épargne n’est pas un concept purement objectif. C’est un concept en partie normatif. Il est habituellement louable d’épargner, notamment dans les pays où les capitaux sont rares. Les transferts courants à destination d’un pays entrent dans le revenu à partir duquel l’épargne est calculée par déduction de la consommation; il n’en est pas ainsi des transferts en capital qui sont considérés comme une source de financement venant s’ajouter à l’épargne du pays bénéficiaire. Lorsque certains pays d’Europe ont commencé à recevoir de l’aide au titre du Plan Marshall sous forme de dons, était-il significatif de dire qu’ils accroissaient leur épargne au même rythme? Serait-il plus significatif de dire que les dons (abstraction faite de leurs effets indirects) n’avaient aucune influence sur le niveau de leur épargne, et qu’ils représentaient une source de financement venant s’ajouter à l’épargne nationale? Les statisticiens des comptes nationaux ont répondu à cette question par l’affirmative.

En dépit de son imprécision, la distinction entre les transferts courants et les transferts en capital peut être utile, mais, tout comme certaines autres distinctions établies à des fins d’analyse et d’évaluation, on ne saurait l’asseoir entièrement sur des critères objectifs. Une part de jugement subsistera toujours17.

On considère d’ordinaire que le produit et le revenu sont les deux côtés de la même pièce. La correspondance entre ces concepts est devenue plus complexe depuis l’abandon du PNB par le SCN et l’inclusion des transferts courants nets versés à l’étranger ou reçus de l’étranger dans le revenu national disponible. Des difficultés découlent aussi de la pratique générale consistant à exprimer les notions de produits sur une base brute et les notions de revenus sur une base nette, autrement dit, nette de la consommation de capital fixe. Les divers concepts de produits et de revenus ont été récapitulés au Tableau 1.

Compte du reste du monde

Le présent exposé ne comprend pas le compte du reste du monde, principalement parce qu’il est identique (sauf pour le signe) à la balance des paiements, dont on traite un peu plus loin dans la présente brochure. Ce qui est un débit dans le compte du “reste du monde” est un crédit dans la balance des paiements, et vice-versa. Le SCN comprend un compte du reste du monde (voir l’appendice), mais les sections suivantes du SCN s’appuient sur un compte des opérations de la nation avec l’extérieur, qui est la balance des paiements. Le compte du reste du monde est nécessaire pour satisfaire aux conventions comptables de la comptabilité nationale telle qu’elle a été décrite dans ce qui précède. Il donne toutefois l’impression trompeuse que l’économie est en quelque sorte fermée (comme le donne à entendre l’expression secteur extérieur couramment utilisée) et, de ce fait, en équilibre. Son inclusion dans le système comptable tend ainsi à masquer le fait que, pour la plupart des pays, la balance des paiements représente une contrainte extrêmement importante sur le plan de la politique économique. On peut donc comprendre pourquoi, lorsqu’on veut simplifier, il est souvent pratique d’omettre le compte du reste du monde. Mais il est peut-être utile ici de réconcilier la dernière inscription au Tableau 2 avec les opérations des résidents avec l’extérieur figurant au Graphique 1 et aux Tableaux 1 et 2. Le Graphique 1 fait apparaître un excédent des importations sur les exportations de biens et services de 2—soit un débit pour la balance des paiements—qui est égal à l’excédent des dépenses de consommation et d’investissement des résidents par rapport au PIB aux prix du marché. Lorsqu’on élargit les calculs pour inclure le revenu net des facteurs reçu de l’étranger (un crédit de 5) et les transferts courants nets à l’étranger (un débit de 4), la balance des paiements accuse encore un déficit mais plus faible18. Si l’on prend en compte ces deux postes, le revenu disponible pour la dépense s’accroît de la différence, soit 1, et, en conséquence, le déficit extérieur au titre des transactions courantes (tel qu’il est défini dans le SCN) tombe de 2 à 1. Sous forme de tableau, la réconciliation se présente ainsi:

Exportations moins importations de biens et services–2
Revenu net des facteurs reçu de l’extérieur5
Transferts courants nets versés à l’extérieur (–)−4
Total–1

Le déficit extérieur de 1 équivaut à l’excédent de la consommation (210, Tableau 2, poste 2 avec signe inversé), et de la formation nette de capital (28, Tableau 2, postes 4 plus 6, avec signes inversés), par rapport au revenu national disponible (237, Tableau 2, poste 1), ou à l’épargne brute (46, Tableau 2, poste 5) diminuée de la formation brute de capital (47, Tableau 2, poste 6, avec signe inversé). Le transfert net en capital à destination et en provenance de l’extérieur étant nul dans l’exemple, le déficit total au titre des opérations non financières est également de 1.

Valeurs à prix constants

Le public attend des statisticiens des comptes nationaux qu’ils répondent principalement à deux questions: de combien le produit intérieur brut, ou le produit national brut, a-t-il augmenté à prix constants, ou, comme on le dit souvent, en termes réels? Et quel est le taux d’inflation, tel qu’il est mesuré par le déflateur dit déflateur du PIB (ou PNB)? Ces questions peuvent paraître simples, et les réponses données sont habituellement acceptées sans trop de scepticisme, mais en fait, elles sont très complexes.

Ces questions présentent un intérêt politique considérable. Plus le taux de croissance est élevé et plus le taux d’inflation est faible, meilleurs seront jugés les résultats de l’économie. Si le taux de croissance est faible et le taux d’inflation élevé, les pouvoirs publics se verront probablement accusés d’inefficacité et de mauvaise gestion et, inversement, ils voudront peut-être inscrire à leur actif un taux de croissance élevé et un taux d’inflation faible. Les chiffres fournis par les statisticiens des comptes nationaux pour le taux de croissance et le taux d’inflation font donc partie du débat politique.

Le plus souvent, on suppose implicitement que le taux de croissance à prix constants fournit un point de référence permettant de mesurer l’accroissement en volume de la consommation auquel les divers groupes ont droit; aussi, ces deux chiffres jouent-ils un rôle dans les négociations salariales, les salariés comptant sur une hausse de revenu qui permettra à leur consommation d’augmenter en volume au moins au même rythme que le volume de la production à prix constants.

Toutefois, la croissance du volume de la production ne mesure pas nécessairement l’augmentation du revenu réel d’un pays. Lorsque les transactions internationales représentent une faible proportion du PIB ou du PNB, ou que les variations des termes de l’échange sont extrêmement faibles, la croissance en volume du PIB ou du PNB et celle du revenu réel du pays connaîtront probablement une évolution à peu près parallèle. Mais les deux taux de croissance peuvent diverger considérablement lorsque ces conditions ne sont pas remplies, ce qui est ordinairement le cas dans un grand nombre de pays de production primaire. On est donc amené à poser une troisième question: de combien le pouvoir d’achat du PIB ou du PNB a-t-il augmenté en volume? On peut élargir la portée de cette question de façon à couvrir le revenu national disponible si les transferts courants, par exemple, sous forme d’envois de fonds de travailleurs, sont importants et enregistrent d’amples fluctuations. Les réponses à ces questions donnent trois indicateurs distincts: le taux de croissance du PIB ou du PNB en volume; le taux d’inflation tel qu’il est mesuré par le déflateur du PIB ou du PNB; et le taux de croissance du revenu réel du pays concerné, défini comme la contrepartie du PIB ou du PNB, ou en termes de revenu national disponible.

PIB à prix constants

En principe, les variations du PIB et de ses composantes aux prix courants d’une période à l’autre, peuvent être ventilées en volume et prix, s’il y a concordance, entre les indices de volume et les indices de prix employés19. Une fois cette hypothèse posée, si l’on mesure une variation en prix ou en volume, on peut alors obtenir le taux de l’autre par simple division. Par exemple, si le PIB a augmenté de 21 pour 100 en prix courants, et si l’indice de prix approprié a augmenté de 10 pour 100, l’augmentation en volume est elle aussi de 10 pour 100. On obtient ce résultat en divisant 121 (100 plus 21) par 110 (100 plus 10) et en multipliant le quotient (1,1) par 100 pour exprimer le résultat sous forme d’indice, la première période étant prise comme période de base. De cette manière, on obtient un indice du volume de 110, indiquant une croissance en volume de la production de 10 pour 100.

L’une des approches utilisées pour calculer le PIB à prix constants à partir des données en prix courants consiste à convertir les ressources et les emplois qui servent de base au calcul du PIB, autrement dit, la consommation privée, la consommation publique, les investissements, les exportations et les importations qui représentent des entrées intermédiaires de biens et services (et les sous-groupes de ces composantes), en prix constants en appliquant les indices de prix appropriés à chaque composante. La chose est bien entendu plus facile à dire qu’à faire. Dans la pratique, le calcul des indices appropriés est une affaire très complexe, mais, dans l’exemple simple présenté plus loin (Tableau 3), on ignore les difficultés statistiques. Par hypothèse, dans cet exemple, on dispose de toutes les données et tous les indices utilisés sont significatifs. La validité de ces hypothèses sera contestée au cours de la discussion.

Tableau 3.Déflation du PIB1
PIB aux prix

courants
Indice des prix

(P2, base = P1)

(3)
PIB P2

(aux prix PI)

(4)
Croissance

en volume

(pourcentage)

(5)
P1

(1)
P1

(2)
Exportations3039,61103620
Consommation8092,4110845
Investissements2530,2511027,510
Importations−35−46,2120−38,510
Total100116,05(106,5)21099
Dépenses intérieures105122,65110111,5
Balance commerciale−5−6,6−2,5

Les importations et les catégories de la production sont reprises au Graphique 1, mais avec des chiffres différents pour simplifier l’illustration.

On obtient ce chiffre en divisant le total de la colonne 2(! 16,05) par celui de la colonne 4 (109).

Les importations et les catégories de la production sont reprises au Graphique 1, mais avec des chiffres différents pour simplifier l’illustration.

On obtient ce chiffre en divisant le total de la colonne 2(! 16,05) par celui de la colonne 4 (109).

L’exemple suppose que le PIB et ses composantes en prix courants pendant deux périodes consécutives (P1 et P2) sont connus, de même que les indices de prix des composantes, et que l’on peut utiliser ces indices pour obtenir les variations en volume par simple division. Il s’agit là d’hypothèses excessivement optimistes, mais elles aident à élucider les problèmes conceptuels que comporte l’estimation des taux de croissance et du déflateur du PIB.

Comme on l’a expliqué plus haut, l’énumération des composantes du PIB peut être interprétée comme une consolidation des comptes de production de tous les producteurs résidents (on laisse de côté la question des importations qui ne représentent pas des entrées intermédiaires). Etant donné les hypothèses optimistes énoncées plus haut, on peut considérer que le taux de croissance de 9 pour 100 du PIB est une bonne estimation de l’augmentation du volume de la production20. Là où les prévisions et les premières estimations des comptes nationaux sont obtenues à partir des projections du volume physique de production par branches d’activité marchande et secteurs—puisque c’est souvent la seule méthode possible dans les pays qui se trouvent dans la première étape de leur développement—le chiffre que l’on cherchera à obtenir sera le taux de croissance de 9 pour 100. Lorsque le volume de production est estimé avant le PIB aux prix courants, le déflateur du PIB n’est pas, en fait, un déflateur mais un inflateur utilisé pour convertir en prix courants les données en volume. A ce stade, il serait peu probable que le statisticien des comptes nationaux estime la croissance globale en prix, en utilisant le déflateur implicite de 106,5 indiqué dans le tableau. A en juger par l’évolution des prix dans l’économie, il serait tenté d’utiliser un inflateur d’environ 10 pour 100. S’il estimait la croissance en volume du PIB à 9 pour 100, il arriverait à un chiffre d’environ 120 pour le PIB aux prix courants, comparé au “vrai” chiffre de 116,05, indiqué dans le Tableau 3.

Il n’existe aucune méthode idéale permettant de mesurer la variation du pouvoir d’achat du PIB (ou de sa contrepartie en revenu réel) même si l’on disposait de toutes les informations pertinentes—à moins que le solde des exportations et des importations de biens et services ne soit nul pendant les deux périodes comparées et que les termes de l’échange ne se soient pas modifiés. Une méthode suivie dans certains pays consiste à diviser le PIB aux prix courants par un indice de prix pondéré des dépenses intérieures. En utilisant cette méthode, on arriverait à un taux de croissance de 5,5 pour 100 du revenu brut réel issu du PIB (116,05, Tableau 3, col. 2 t 110, l’indice des prix intérieurs = 1,055 x 100 = 105,5). La différence entre les deux taux de croissance (9 et 5,5 pour 100) est due en grande partie à la variation des termes de l’échange, dont on a implicitement tenu compte dans le calcul du chiffre le plus faible. Si l’on définit l’effet des termes de l’échange comme étant la valeur des exportations P2 aux prix P2 diminuée de leur valeur aux prix PI, déduction faite de l’excédent de la valeur des importations P2 aux prix de P2 par rapport à leur valeur aux prix PI, la modification de la balance commerciale peut se répartir en un effet-prix (termes de l’échange) et un effet-volume (les notations entre parenthèses se rapportent aux colonnes du Tableau 3) comme suit:

Effet-prix

(2 - 4)
Effet-volume

(4 - 1)
Total

(2 - 1)
Exportations3,66,09,6
Importations−7,7−3,5−11,2
Total−4,12,5−1,6

Le statisticien des comptes nationaux qui estimerait un taux de croissance en volume du PIB de 9 pour 100 pourra, en principe, calculer le PIB pendant la période 2 aux prix courants comme suit, là encore, en supposant que l’on dispose de toutes les données. Les estimations pourront être obtenues à partir de la somme des dépenses intérieures à prix constants (111,5 Tableau 3, col. 4) et du solde de la balance commerciale à prix constants, calculées en déflatant les exportations et les importations par leurs indices respectifs. Le déficit commercial ainsi déflaté (autrement dit, l’effet-volume tel qu’il est indiqué ci-dessus) s’élèvera à 2,5. On pourra alors calculer le PIB dans la période 2 aux prix courants comme suit:

1. PIB à prix constants (estimé)109
2. Déficit commercial à prix constants2,5
3. Dépenses intérieures à prix constants (1 + 2)111,5
4. Dépenses intérieures aux prix courants (111,5 x 1,1)122,65
5. Déficit commercial aux prix courants−6,6
6. PIB aux prix courants (4 + 5)116,05

Par addition de 2,5 et déduction de 6,6 on arrive à un ajustement effectué en fonction de l’évolution de la balance commerciale imputable à la dégradation des termes de l’échange, qui, comme l’indique le tableau des exportations et des importations plus haut, représente une perte de 4,1 (décrite comme 1’“effet-prix”).

La croissance du pouvoir d’achat du PIB (ou de sa contrepartie, le revenu réel) est parfois estimée en déflatant la composante—dépenses intérieures du PIB par les indices de prix intérieurs appropriés (111,5, Tableau 3, col. 4) et la balance commerciale par l’indice de prix des importations. La balance commerciale (Tableau 3, col. 2) ainsi déflatée serait 5,5 (6,6 ÷ 120 × 100). On a justifié cette méthode en posant par hypothèse que l’objet des exportations était d’acheter des importations (voir SCN par, 4,8 p. 56); il en résulterait, dans l’exemple ci-dessus, un taux de croissance de 6 pour 100 du pouvoir d’achat du PIB comme on peut facilement le calculer d’après la colonne 2 de la partie inférieure du Tableau 3 (122,65 ÷ 1,1 −6,6÷1,2 = 111,5 – 5,5= 106). En empruntant une autre solution, on peut déflater la balance commerciale par l’indice des importations ou par l’indice des exportations, selon qu’elle est positive ou négative. Aucun argument convaincant ne peut être avancé en faveur de la supériorité de l’une de ces méthodes par rapport aux autres. Ce qui importe, c’est de bien distinguer la croissance en volume du PIB de la croissance de son pouvoir d’achat—ce qui est d’ailleurs le meilleur moyen de répondre à des questions comme celles-ci: de combien les dépenses intérieures peuvent-elles s’accroître, si l’on reste dans les limites de la prudence? ou bien, doit-on les comprimer21? Et là, nous entrons dans le domaine où il est nécessaire de faire preuve de jugement.

Plusieurs difficultés statistiques empêchent de faire des calculs précis du genre de ceux que l’on vient d’exposer. Premièrement, les indices de prix des exportations et des importations couvrent les exportations et les importations de marchandises évaluées f.o.b. et c.a.f., respectivement, plutôt que les exportations de biens et services entrant dans les comptes de production. En outre, certaines importations ne sont pas des entrées intermédiaires dans la production, et certaines exportations peuvent représenter des biens d’occasion. Deuxièmement, chose plus importante, la pondération retenue pour l’année de base des indices peut ne plus convenir. Par exemple, un produit qui occupe maintenant une place importante dans les exportations peut ne pas avoir été exporté du tout, ou en très faibles quantités seulement pendant l’année de base. Les variations des prix relatifs peuvent également modifier les pondérations qui sont appropriées, même d’une année à l’autre. Il est probable que ces difficultés seront plus importantes pour les indices du commerce que pour les indices des prix intérieurs. Mais lorsque la variation de la production en volume est estimée par branches d’activité marchande et par secteurs, il est également possible que les résultats induisent en erreur à cause des changements de pondération. A titre de généralisation, on peut dire que les indices du revenu réel présentent moins de difficultés que ceux se rapportant au volume de production, étant donné que dans le premier cas il n’est nécessaire de déflater qu’un ou deux chiffres.

Revenu national disponible réel

Il n’existe aucun déflateur que l’on puisse utiliser pour évaluer le volume des composantes du revenu national disponible qui n’entrent pas dans le PIB, autrement dit, le revenu des facteurs et les transferts courants reçus de l’extérieur et versés à l’extérieur. L’une des principales composantes est souvent représentée par les envois de fonds des travailleurs, qui sont classés soit comme revenu de facteurs (entrant dans le PNB), soit comme transferts sans contrepartie (n’entrant pas dans le PNB). Le revenu des facteurs et les transferts courants peuvent s’ajouter aux chiffres obtenus pour le PIB aux prix courants, et la somme peut être déflatée, par exemple, en utilisant l’indice de prix intérieurs. Si l’on suppose, par exemple, que les entrées de fonds versés par les travailleurs et le revenu de la propriété reçu de l’extérieur se sont élevés à 10 pendant la période 1, et 5 pendant la période 2 (voir Tableau 3), alors l’augmentation du pouvoir d’achat du revenu national disponible brut (revenu national disponible augmenté de l’amortissement du capital fixe) sera très proche de zéro, ce qui se compare avec une croissance de 9 pour 100 du volume du PIB et de quelque 5,5 à 6 pour 100 de son pouvoir d’achat. Le revenu national disponible brut sera 110 (100 + 10) pendant la période 1 et 121,05 (116,05 + 5) pendant la période 2, chiffre qui serait déflaté à environ 110 aux prix de la période 1 si l’on utilisait l’indice des prix pour les dépenses intérieures (110 dans la période 2, période de base 1). Le revenu national disponible réel resterait donc pratiquement inchangé d’une période à l’autre.

Il est vrai que c’est là un exemple extrême (les chiffres ont en fait été choisis pour qu’il soit facile de suivre les calculs); toutefois, les problèmes qui ont été examinés dans la présente sous-section ne présentent pas un intérêt purement théorique; ils sont au contraire tout à fait d’actualité. Depuis 1973, les termes de l’échange ont subi des modifications inhabituelles découlant de la très forte hausse des prix du pétrole amorcée à la fin de 1973, et de l’inflation sévissant dans les pays industriels. En outre, un ralentissement de la croissance économique dans les pays industriels a abouti à un reflux des travailleurs migrants dans leur pays d’origine, qui s’est accompagné d’une diminution sensible des recettes de ces pays provenant des envois de fonds et, partant, de la demande intérieure. En conséquence, le revenu national disponible réel dans plusieurs pays a augmenté beaucoup moins que la production en volume; et là où la production est restée stationnaire, ou a eu tendance à diminuer, souvent cette évolution a été non seulement causée en partie, mais même fortement aggravée par la diminution des envois de fonds des travailleurs, ou par une dégradation des termes de l’échange, ou par l’un et l’autre. En l’occurrence, la diminution du revenu national disponible réel a parfois été substantielle, mais il est possible qu’elle n’ait pas été mise en évidence dans les statistiques lorsque les taux de croissance réels (vaguement définis) sont estimés à partir de la variation en volume du PIB.

Annexe: Intérêt et intermédiation financière

Ainsi qu’on l’a indiqué à la page 16, le fait de considérer que les institutions financières sont productives soulève quelques problèmes complexes découlant des conventions de la comptabilité nationale concernant le traitement des recettes et paiements d’intérêts. Les intérêts financés sur l’excédent net d’exploitation sont considérés comme un revenu de facteurs redistribué et un transfert avec contrepartie. Les intérêts payés par les administrations publiques et les ménages sont aussi traités comme des transferts avec contrepartie, mais le SCN ne précise pas quelle est leur contrepartie, alors qu’ils doivent en avoir une, en tant que tels.

La majeure partie du revenu brut des banques, comme celui des autres institutions financières, consiste en intérêts, ces institutions versent à leur tour des intérêts à leurs déposants et autres créditeurs. Les banques et autres institutions financières ne jouent pas seulement sur les écarts entre taux d’intérêt. Elles gagnent aussi un revenu sous forme de diverses commissions de services—comme les commissions de recouvrement (les commissions sur les prêts constituent un intérêt déguisé)—et du fait de l’écart entre les taux acheteurs et vendeurs de devises. Dans le SCN, seuls les services pour lesquels des commissions spécifiques sont perçues sont traités comme production. Si l’on utilisait les mêmes méthodes que celles appliquées aux entreprises non financières, la valeur ajoutée des institutions financières serait proche de zéro, ou même négative, étant donné que la majeure partie de leur revenu brut n’est pas classée dans la production de biens et services comme la conçoit le SCN; leur production, telle qu’elle est définie dans le SCN, serait souvent inférieure à leurs entrées intermédiaires. Il s’agit là d’un problème qui cause depuis longtemps des difficultés aux statisticiens des comptes nationaux. Faut-il donc en conclure que les institutions financières, qui sont essentielles à l’organisation de la production, ne contribuent nullement, ou à peine, au produit intérieur?

En principe, la solution du SCN à ce problème revient à considérer les recettes des intérêts encaissées par les institutions financières, diminuées de leurs paiements d’intérêts, comme la production imputée de services bancaires qui est un poste supérieur à zéro inclus dans le produit intérieur. Toutefois, pour éviter des doubles comptes lors de l’estimation du produit intérieur total, on déduit de nouveau la valeur ajoutée ainsi attribuée au secteur financier. Elle n’est pas déduite secteur par secteur, ce qui serait impossible; elle est considérée comme consommation intermédiaire dans un secteur fictif ayant donc un déficit d’exploitation d’un montant équivalent. Cela signifie que les imputations se compensent et n’ont donc pas d’incidence sur le montant total du produit intérieur.

On pourrait défendre l’argument selon lequel l’intérêt prélevé par une institution financière constitue en fait un paiement pour prestation de services qu’il serait juste d’inclure dans les biens et services. Les institutions financières reçoivent des propriétaires premiers de capitaux financiers des ressources que la plupart des économistes considéreraient comme un facteur de production. L’acheminement des ressources financières des propriétaires premiers aux utilisateurs implique une transformation. Les ressources sont mobilisées, les échéances sont d’ordinaire modifiées et les risques évalués, opérations qui requièrent toutes un effort humain. On peut là encore soutenir que l’intérêt perçu par une institution financière doit être considéré comme le paiement d’un service faisant appel à plusieurs facteurs de production. S’il est payé par une entreprise, ce service pourrait être considéré comme une entrée intermédiaire plutôt que comme un emploi prélevé sur son excédent d’exploitation, et, de ce fait même, comme une sortie du secteur bancaire ou d’un autre secteur financier. Toutefois, il n’est pas pratique de distinguer, lorsqu’on collecte des données sur la valeur ajoutée dans les secteurs non financiers, l’intérêt versé aux propriétaires premiers du capital de celui versé aux intermédiaires financiers. Le fait de considérer l’ensemble des intérêts encaissés par les banques et par les autres institutions financières comme une charge de production donnerait donc lieu à une double comptabilisation, car il ne serait pas possible d’effectuer une déduction correspondante sur la valeur ajoutée des unités de production acquittant l’intérêt. Un autre problème difficile à résoudre est que certains intérêts sont payés à des intermédiaires financiers, non pas par les entreprises mais par les administrations publiques et les consommateurs. On estime normalement que ces paiements d’intérêts par les administrations publiques et les consommateurs n’ont aucune contrepartie dans le produit intérieur. Toutefois, lorsqu’on applique le concept de produit national brut, tel qu’il est défini dans la version de 1964 du SCN, tous les paiements internationaux au titre des intérêts et d’autres revenus de la propriété sont traités comme se rapportant au produit, y compris les intérêts payés par les administrations publiques ou les consommateurs privés, alors que les intérêts correspondants payés à l’intérieur du pays par les administrations publiques (ou les consommateurs privés) sont exclus du PNB, c’est-à-dire qu’on estime qu’ils n’ont aucune contrepartie dans le produit. Cette contradiction apparente n’a pas été résolue.

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