Chapter

Données empiriques sur les dépenses publiques et la croissance économique

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
March 1996
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

Il est clair que l’un des objectifs essentiels de la politique des dépenses publiques est de réaliser une croissance soutenue et équitable. De nombreux programmes publics visent spécifiquement cet objectif. Les dépenses publiques peuvent jouer—et ont joué—un rôle important dans la formation du capital physique et humain au fil du temps. Un niveau approprié de dépenses publiques peut aussi permettre de stimuler la croissance économique, même à court terme, lorsque les limites en matière d’infrastructures ou de main-d’oeuvre qualifiée entravent effectivement une hausse de la production.

Donc, l’effet des dépenses publiques sur la croissance peut être un indicateur global de leur productivité. L’idéal serait que les deux composantes de cet indicateur, à savoir la contribution des biens et services du secteur public à la croissance et l’efficience des dépenses, soient mesurables. En indiquant une série de biens et services du secteur public qui contribuent particulièrement à la croissance et en faisant ressortir l’efficience avec laquelle les dépenses participent à la production du secteur public, les études empiriques sur les dépenses et la croissance peuvent indiquer des moyens d’améliorer la structure et la productivité des dépenses publiques. Cependant, il convient d’interpréter avec prudence les conclusions de ces études, car tous les programmes publics ne visent pas nécessairement à promouvoir la croissance et les dépenses publiques ne sont pas le seul facteur agissant sur la croissance économique. Par ailleurs, la relation qui existe entre les dépenses publiques et la croissance économique n’est pas nécessairement à sens unique. Certes, les dépenses publiques agissent sur la croissance, mais dans le même temps, la croissance économique peut modifier soit les dépenses publiques totales (par exemple, conformément à la loi de Wagner30), soit certaines de leurs composantes (par exemple, en modifiant la demande de certains services publics).

Vue d’ensemble

Diverses études empiriques, fondées sur des données chronologiques ou internationales, ont visé à évaluer la contribution des dépenses publiques à la croissance économique. Certaines études établissent un lien entre l’ensemble des dépenses publiques et la croissance; d’autres sont axées sur la relation entre certaines composantes des dépenses, telles que l’investissement public, les dépenses d’éducation ou de santé, ou leurs éléments constitutifs, et la croissance. Les obstacles majeurs auxquels ces études se heurtent sont: 1) l’évaluation des biens et services du secteur public; 2) l’évaluation distincte de l’impact du type de financement des dépenses publiques (y compris l’éventuel évincement de l’investissement privé); et 3) la mesure des effets d’autres facteurs sur la croissance économique. En outre, il est possible que l’utilisation de données internationales actuelles pour établir un lien entre les dépenses publiques et la croissance économique ne permette pas d’obtenir des résultats exacts, parce que la période de gestation de nombreux projets de dépenses publiques (par exemple, ceux relatifs à l’enseignement primaire et à l’infrastructure physique) est longue.

Dépenses publiques et croissance

De nombreuses études ont tenté d’évaluer les effets des dépenses publiques sur la croissance économique. Des études empiriques ont livré des conclusions divergentes: selon certaines, l’augmentation des dépenses publiques s’accompagne d’un ralentissement de la croissance (Landau (1986) et Scully (1989)); selon d’autres, il existe une relation positive entre dépenses publiques et croissance (Ram (1986)); enfin, selon d’autres études encore, il n’existe pas de relation significative entre les dépenses publiques et la croissance (Kormendi et Meguire (1985) ainsi que Diamond (1989)). Selon l’une de ces études (Sattar (1993)), les dépenses publiques n’ont aucun impact sur la croissance dans les pays développés, mais elles ont un effet positif dans les pays en développement. En général, les études concernant la relation entre les dépenses publiques totales et la croissance n’ont pas donné de résultats probants, parce que les résultats de nombre de ces études sont sensibles à de légères modifications des spécifications du modèle (Levine et Renelt (1992)).

Plusieurs études ont testé les effets de certaines composantes des dépenses publiques sur la croissance. En général, ces études indiquent que la consommation du secteur public ne stimule pas la croissance (Diamond (1989), Barro (1991), Grossman (1990) ainsi que Easterly et Rebelo (1993)). Un certain nombre d’études ont mis en évidence une corrélation positive entre la croissance et divers indicateurs ou dépenses d’éducation: le niveau d’instruction primaire et secondaire (Barro (1991) ainsi que Easterly et Rebelo (1993)); la part des dépenses d’éducation dans les dépenses totales (Otani et Villanueva (1990)) et les dépenses en capital dans le secteur de l’éducation (Diamond (1989)). D’autres études font état d’un lien indirect entre l’éducation et la croissance, par exemple par le biais de la relation entre les dépenses d’éducation et l’investissement privé (Clements et Levy (1994))31.

Alors que la corrélation entre l’éducation et la croissance est généralement positive, un certain nombre d’études n’ont signalé qu’une faible corrélation entre la productivité du travail—un facteur qui est étroitement associé à la croissance économique—et les indicateurs de santé (Gwatkin (1983)), même s’il y a des exceptions (par exemple, Banque mondiale (1993a)).

D’autres études ont visé à identifier l’effet des investissements des ménages dans l’éducation et la santé ou des dépenses publiques consacrées à certains services d’éducation et de santé; en général, les conclusions de ces études sont probantes et soulignent les effets positifs de ces investissements sur les revenus d’une vie entière ou sur les indicateurs d’éducation et de santé. Ces études mettent en évidence la productivité des dépenses consacrées à l’enseignement primaire et aux services communautaires de santé, particulièrement dans les pays en développement, ainsi qu’à l’éducation sanitaire et aux soins de santé préventifs (Ryoo (1988); Haddad et al. (1990); Winkler (1990); Atkin, Guilkey, Popkin et al. (1992); Jamison (1993); Psacharopoulos (1993); et Banque mondiale (1993b)).

L’objectif de certaines études était d’évaluer les effets des dépenses militaires sur la croissance. Les dépenses militaires peuvent créer des emplois et les programmes de recherche et développement dans le domaine militaire peuvent promouvoir le progrès technologique. Certaines études ont relevé une corrélation positive entre les dépenses militaires et la croissance, mais cette corrélation traduit dans une large mesure les effets d’une augmentation des dépenses militaires sur la demande globale pendant des périodes de récession (Benoit (1973)). Lorsque les ressources sont utilisées à 100 %, les dépenses militaires évincent d’autres dépenses, y compris l’investissement privé, selon la théorie du coût d’opportunité. Plusieurs études plus récentes (par exemple, Deger (1986)) montrent que cet effet est supérieur à tout impact positif des dépenses militaires sur la croissance32.

Investissements publics et croissance

L’investissement public peut avoir un rapport direct avec la croissance. L’investissement public dans les infrastructures de base est une condition préalable essentielle pour l’accumulation de capital dans le secteur privé. L’investissement public dans les équipements scolaires et sanitaires améliore la formation de capital humain. Cependant, l’investissement public est aussi un domaine où l’on peut découvrir des projets coûteux et extrêmement improductifs.

Dans la théorie, il a toujours été supposé que l’investissement public contribuait à la croissance économique: pourtant, les études empiriques réalisées sur la base de données relatives aux dépenses publiques globales ne font ressortir qu’un faible lien entre l’investissement public et la croissance économique. Une étude récente, fondée sur des données internationales, fait état d’une relation statistiquement insignifiante entre l’investissement public et la croissance (Barro (1991)). Selon une autre étude, les dépenses en capital dans les secteurs de l’éducation, de la santé et du logement ont un effet positif sur la croissance (Diamond (1989)). D’autres études utilisent des données des États-Unis pour tester les effets de l’investissement public sur la productivité du stock de capital existant, sur les dépenses d’équipement du secteur privé et sur l’emploi. De nombreuses études ont fait état d’effets positifs, mais l’effet de l’investissement public sur les dépenses d’équipement du secteur privé semble être fortement influencé par l’ampleur de l’effet d’éviction (par exemple, Aschauer (1989a) et (1989b), Munnell (1990) et Holtz-Eakin (1992)), alors que les études comparatives internationales qui incluaient les pays en développement n’ont pas abouti à des résultats statistiquement probants qui établiraient un lien entre l’investissement public et la croissance (Levine et Renelt (1992)).

    Other Resources Citing This Publication