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IV. Statistiques monétaires et financières

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
April 2008
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Les statistiques monétaires et financières forment un ensemble complet de données de flux et de stock sur les actifs et passifs financiers et non financiers du secteur des sociétés financières d’une économie. Ce secteur joue un rôle important en mettant en rapport les unités qui disposent d’excédents prêtables avec celles qui ont des besoins de financement. Les divers types de sociétés financières ont des rôles qui leur sont propres, et il existe toute une gamme d’instruments financiers pour répondre à la complexité des besoins des unités présentes sur les marchés financiers. Des spécialistes ont créé des cadres statistiques qui, en présentant de façon organisée les statistiques monétaires et financières, permettent de rendre compte des flux financiers entre les unités et les secteurs d’une économie ainsi que des positions d’actif et de passif correspondantes.

L’utilité première des statistiques monétaires et financières est de fournir des renseignements importants sur les agrégats monétaires, les créances sur les divers secteurs, et les actifs et passifs extérieurs; elles établissent en outre des liens précieux avec les statistiques de finances publiques et de balance des paiements. Elles sont souvent disponibles plus rapidement et plus fréquemment que d’autres ensembles de données macroéconomiques. Même les pays qui pratiquent le ciblage de l’inflation et ne définissent pas d’objectifs de croissance de la monnaie ou du crédit peuvent trouver dans les statistiques monétaires et financières des informations utiles sur les relations financières entre secteurs et les liens avec le reste du monde. Les données monétaires et financières sont importantes pour la formulation et la mise en œuvre de la politique monétaire et, plus généralement, des politiques macroéconomiques.

Le Manuel de statistiques monétaires et financières (MSMF;FMI, 2000c) expose la méthodologie à suivre pour établir des statistiques monétaires et financières qui répondent à ces besoins permanents. En rédigeant le manuel, les experts ont pris soin de l’harmoniser autant que possible avec le SCN 1993 et les autres systèmes de statistiques macroéconomiques. En particulier, le MSMF se fonde sur les mêmes critères que les autres systèmes pour la détermination de la résidence, la définition des secteurs institutionnels et les règles comptables régissant l’identification, le moment d’enregistrement et l’évaluation des flux et des stocks. De même que les autres statistiques macroéconomiques, le MSMF englobe les transactions, les autres flux économiques, et les positions de stock. Ainsi:

Le compte de patrimoine d’ouverture

plus les transactions sur actifs et passifs financiers

plus les autres flux économiques

est égal au compte de patrimoine de clôture.

Il convient de garder à l’esprit que, contrairement aux autres systèmes, les statistiques monétaires et financières ne mesurent pas directement les opérations du compte des transactions courantes. Les transactions sur biens et services, le revenu et les transferts sont pris en compte dans les actifs, passifs et valeur nette des unités mesurées. Selon le MSMF, les principales opérations et positions mesurées concernent les actifs et passifs financiers, bien qu’il soit aussi tenu compte des opérations et positions en actifs non financiers.

Les autres flux économiques comprennent les gains/pertes de détention découlant des variations des prix du marché et des taux de change, qui sont particulièrement importants pour les statistiques monétaires et financières, et certains autres changements de volume, en particulier les annulations de dettes, qui peuvent revêtir de l’importance pour certains secteurs et unités. Le MSMF couvre les positions de stock et les flux, mais à l’heure actuelle de nombreux pays continuent de centrer la collecte et l’analyse des données principalement sur les données de stock.

Le cadre du MSMF pour les statistiques monétaires comporte deux niveaux d’établissement et de présentation des données. Le premier niveau agrège les données de stock et de flux communiquées par chaque unité institutionnelle en comptes de patrimoine sectoriels. Ces comptes contiennent des données complètes pour chaque sous-secteur des sociétés financières—la banque centrale, les autres institutions de dépôts et les autres sociétés financières. Le second niveau consolide les données des comptes de patrimoine sectoriels en situations. Les pays utilisent aussi les données des comptes de patrimoine sectoriels pour établir les statistiques financières.

Encadré 14.Indicateurs de solidité financière

Les indicateurs de solidité financière (ISF) sont des indicateurs de la santé et de la solidité financières courantes de secteurs entiers d’institutions financières, ainsi que des secteurs des sociétés non financières et des ménages, qui sont les contreparties des institutions financières. Les pays établissent ces indicateurs à partir de données sectorielles qui agrègent et consolident les données des institutions. Les ISF renseignent aussi sur les marchés où opèrent les institutions financières. Conçus pour faciliter l’analyse macro-prudentielle, les ISF doivent être utilisés en complément des autres outils de cette analyse.

Les concepts et définitions qui sous-tendent les ISF, ainsi que les sources et les techniques utilisées pour les établir, sont présentés dans Indicateurs de solidité financière, guide d’établissement (FMI, 2006). Le FMI a mis au point cette méthodologie nouvelle et cohérente en s’inspirant des cadres comptables prudentiel et commercial (utilisés pour le suivi individuel de chaque entité), ainsi que des cadres statistiques macroéconomiques (utilisés pour le suivi de l’activité globale au sein de l’économie). Le Guide distingue deux ensembles d’ISF: les indicateurs centraux (dont la production est prescrite) et les indicateurs complémentaires (dont la production est recommandée). Les ISF centraux, considérés comme particulièrement pertinents pour une grande variété de pays, couvrent les indicateurs du secteur qui accepte des dépôts. Les ISF complémentaires, qui peuvent être pertinents pour certains pays, concernent les secteurs financier et non financier ainsi que la liquidité du marché et les marchés de l’immobilier.

En outre, aux fins de la surveillance du secteur financier, les pays peuvent utiliser les données fondées sur le cadre du MSMF pour construire la matrice des comptes de patrimoine sectoriels. Par exemple, aux fins de l’analyse macroprudentielle, les experts ont mis au point de nouveaux instruments analytiques appelés indicateurs de solidité financière (ISF; encadré 14).

La connaissance des concepts d’agrégation, de consolidation et d’enregistrement net des données macroéconomiques est particulièrement utile pour la compréhension des statistiques monétaires et financières. L’encadré 15 définit ces concepts pour ce qui concerne la collecte et l’établissement des statistiques financières, tels que les comptes de flux financiers, dans le cadre du SCN 1993. Bien que pour ces agrégats plus vastes les experts ne recommandent pas de consolider les secteurs et les sous-secteurs ni d’enregistrer les créances après déduction des engagements, ils reconnaissent néanmoins que la consolidation et l’enregistrement net des positions et des flux est d’un grand intérêt pour l’analyse classique des statistiques monétaires.

Encadré 15.Agrégation, consolidation et enregistrement net dans le cadre du SCN 1993

L’agrégation consiste à faire la somme des données de stock ou de flux de toutes les unités institutionnelles d’un même secteur ou sous-secteur ou de tous les actifs et passifs d’une catégorie donnée. L’agrégation des données de toutes les unités institutionnelles d’un secteur ou sous-secteur préserve les données sur les créances et engagements entre les unités de ce secteur ou sous-secteur.

Pour les secteurs et sous-secteurs, les statisticiens nationaux agrègent les données sur les actifs et passifs financiers en grandes catégories—par exemple les prêts classés par secteur débiteur et les dépôts classés par secteur créancier. Ces grandes catégories sont elles-mêmes agrégées pour obtenir, par exemple, dans le cas des actifs monétaires, les agrégats monétaires, ou, dans le cas des créances de divers secteurs, les agrégats du crédit.

La consolidation consiste à annuler les stocks et flux associés aux créances et obligations correspondantes entre les unités d’un même groupe. Chaque unité institutionnelle doit enregistrer les flux financiers et les positions de stock vis-à-vis des autres unités institutionnelles, mais pas entre ses différentes composantes. En particulier, une unité institutionnelle composée d’un siège et de succursales doit communiquer des données de stock et de flux consolidées pour tous les éléments qui la composent. Par principe, dans les secteurs et les sous-secteurs, les flux entre unités ne sont pas consolidés au niveau élémentaire de la communication et de l’établissement des données.

L’enregistrement net est recommandé dans certaines situations spécifiques. Par exemple, les unités doivent enregistrer les opérations sur une base achats moins ventes (c’est-à-dire l’acquisition nette d’une certaine catégorie d’actifs ou passifs financiers). Elles doivent définir les opérations de dépôt d’une catégorie donnée comme le montant des nouveaux dépôts moins les retraits au cours de la période considérée. De même, les unités doivent définir les opérations sur titres comme le montant de titres achetés moins le montant remboursé ou vendu, et les opérations d’emprunt sont définies comme le montant des nouveaux emprunts moins les emprunts remboursés, etc.

De façon générale, cependant, les unités collectent et établissent les données sur une base brute. En particulier, elles ne doivent pas compenser les obligations envers un opérateur ou groupe d’opérateurs par les créances sur cet opérateur ou groupe d’opérateurs. Par exemple, dans le cas où une société de dépôts a consenti un prêt à un client qui se trouve être un de ses déposants, le passif (c’est-à-dire le dépôt de l’emprunteur) ne doit pas être compensé par l’actif de la société financière (c’est-à-dire la créance née du prêt).

Dans des circonstances exceptionnelles, les pays peuvent juger utile ou nécessaire, pour des raisons pratiques, d’établir et de présenter les données relatives aux créances et engagements sur une base nette. Normalement, dans la plupart des pays, cette pratique est assez rare pour la plupart des catégories d’actifs et de passifs des sociétés financières.

Les sections suivantes de ce chapitre décrivent 1) la couverture des statistiques monétaires et financières, 2) les actifs et passifs financiers, 3) les agrégats monétaires et les institutions de dépôts, 4) la situation des institutions de dépôt (SID), 5) la situation des sociétés financières (SSF), et 6) les statistiques de flux financiers.

Couverture des statistiques monétaires et financières

En ce qui concerne la couverture des statistiques monétaires et financières, le MSMF identifie trois types de sociétés financières: la banque centrale, les autres institutions de dépôts, et les autres sociétés financières. La banque centrale et les autres institutions de dépôts (qui constituent ensemble les institutions de dépôts) sont le principal objet institutionnel des statistiques monétaires; les autres sociétés financières comprennent les sociétés d’assurance et les fonds de pension, les autres intermédiaires financiers et les auxiliaires financiers.

La banque centrale est l’institution financière nationale qui exerce un contrôle sur les aspects essentiels du système financier. Elle a pour fonctions d’émettre de la monnaie, de gérer les réserves internationales, d’effectuer les opérations avec le FMI, et de fournir du crédit aux autres institutions de dépôts.

Les autres institutions de dépôts sont toutes les unités résidentes qui ont pour principale fonction d’assurer l’intermédiation financière et qui émettent des éléments de passif entrant dans la définition nationale de la monnaie au sens large. L’agrégat monétaire dans un pays donné dépend des instruments financiers disponibles, des institutions financières ainsi que de la structure et du comportement des marchés financiers. Il n’est donc pas possible de donner une définition précise de la monnaie qui soit applicable à tous les pays. Pour cette raison, il n’est pas possible non plus de définir les autres institutions de dépôts à partir de l’intitulé des institutions. Les institutions de dépôts comprennent habituellement toutes les unités qui acceptent des dépôts (à vue, à terme, d’épargne), comme les banques commerciales, les caisses d’épargne, les sociétés de crédit immobilier, etc. Cependant, une unité financée exclusivement par l’émission de titres sera classée parmi les institutions de dépôts si ces titres sont inclus dans la définition nationale de la monnaie au sens large du pays concerné.

Les autres sociétés financières sont les sociétés d’assurance et les fonds de pension, les autres intermédiaires financiers et les auxiliaires financiers. Ces derniers fournissent des services aux intermédiaires financiers et aux marchés financiers, mais ne contractent pas eux-mêmes de passifs aux fins de l’intermédiation financière. Par exemple, les courtiers en titres agissent comme intermédiaires entre acheteurs et vendeurs de titres, mais n’acquièrent pas eux-mêmes les titres. D’autres exemples d’auxiliaires financiers sont les bourses de valeurs mobilières, les sociétés de change et les sociétés de garantie financière.

Parmi les autres sociétés financières, les sociétés d’assurance se composent des unités qui proposent des assurances sur la vie et contre les accidents, la maladie, l’incendie, entre autres, à des unités institutionnelles individuelles ou à des groupes d’unités. Les fonds de pension sont des unités créées pour fournir des prestations de retraite à des groupes déterminés de salariés. Les régimes de sécurité sociale financés par l’impôt et gérés par des services d’État qui fournissent des prestations de retraite ou autres à la collectivité tout entière sont classés dans l’ensemble des administrations publiques. Les autres intermédiaires financiers recouvrent une grande variété d’unités qui contractent des engagements afin d’acquérir des actifs financiers, mais dont les passifs ne sont pas inclus dans la monnaie au sens large. Ces autres intermédiaires financiers peuvent fournir du crédit à d’autres unités, à l’instar du crédit offert par les institutions de dépôts; la classification doit donc reposer sur la nature des passifs.

Actifs et passifs financiers

Comme cela est indiqué dans l’introduction de cette brochure, les actifs financiers constituent un sous-ensemble des actifs économiques, entités sur lesquelles des unités institutionnelles font valoir, individuellement ou collectivement, des droits de propriété, et dont les propriétaires peuvent tirer des avantages économiques par leur détention ou par leur utilisation au cours d’une période de temps. La plupart des actifs financiers sont des créances financières émanant des relations contractuelles qui naissent lorsqu’une unité institutionnelle procure des fonds à une autre. Les actifs financiers sont donc des créances financières qui possèdent une valeur démontrable.

Ces contrats, par lesquels les détenteurs d’actifs acquièrent des créances inconditionnelles sur d’autres unités institutionnelles, créent des relations créancier/débiteur (actif et passif) relatives à un instrument financier. Les exceptions sont l’or monétaire et les DTS—par convention, ce sont des actifs financiers qui n’ont pas de passif de contrepartie.

Le MSMF classe les actifs financiers selon deux grands critères, conformément à la classification du SCN 1993: la liquidité de l’actif et la nature juridique de la relation créancier/débiteur. La notion de liquidité englobe d’autres caractéristiques plus précises, comme la négociabilité, la cessibi-lité, la convertibilité et le caractère commercialisable de l’actif.

D’autres actifs financiers entrant dans le cadre des statistiques monétaires et financières telles qu’elles sont définies dans l’introduction sont le numéraire et les dépôts, les titres autres que des actions, les crédits, les actions et autres participations, les réserves techniques d’assurance, les dérivés financiers et les autres comptes à recevoir/à payer.

Il convient de noter que les contrats financiers qui ne créent pas de créances inconditionnelles sur d’autres unités institutionnelles, tels que les garanties de paiement par des tiers ou les lignes de crédit, sont en principe considérés comme des contrats conditionnels et donc exclus des statistiques monétaires et financières29.

Agrégats monétaires et institutions de dépôts

Il n’existe aucune définition universelle de la monnaie qui serait applicable à tous les pays. Ce qui est considéré comme faisant partie de la monnaie est déterminé par divers éléments, notamment les instruments financiers disponibles dans le pays, les types de sociétés financières et le niveau de développement des marchés financiers. Le MSMF ne recommande donc aucune définition spécifique de la monnaie ou de ses agrégats, mais il décrit les éléments dont un pays doit tenir compte pour le calcul de ses agrégats monétaires.

Le MSMF s’intéresse avant tout à l’élaboration par le pays des agrégats de la monnaie au sens large. Les agrégats de la monnaie au sens étroit comprennent les instruments qui servent directement de moyen d’échange, tandis que les agrégats de la monnaie au sens large comprennent des instruments qui peuvent servir à toutes sortes de fins, notamment effectuer des transactions, servir de réserve de valeur, fournir un revenu sous forme d’intérêts, etc. Peu de pays se limitent aux agrégats de la monnaie au sens étroit, principalement parce qu’il est très aisé de remplacer les instruments d’échange par d’autres instruments.

Pour définir les agrégats monétaires, les pays doivent considérer trois dimensions: les instruments, les détenteurs de monnaie, et les institutions émettrices de monnaie, comme on le verra dans les paragraphes suivants.

Premièrement, les instruments que les pays peuvent inclure dans les agrégats monétaires sont le numéraire, les dépôts et les titres autres que des actions. Tous les pays incluent le numéraire national et les dépôts transférables dans les agrégats monétaires, et la plupart d’entre eux incluent aussi les autres dépôts, sauf si ceux-ci sont tellement restrictifs qu’ils ne peuvent servir de monnaie. Certains pays incluent les titres autres que des actions dans les agrégats monétaires, lorsque ces titres sont étroitement substituables aux dépôts. Par exemple, les certificats de dépôt négociables émis par des sociétés financières peuvent posséder nombre des caractéristiques des dépôts acceptés par ces établissements. Les autres catégories d’actifs financiers sont rarement incluses dans les agrégats monétaires.

Deuxièmement, pour définir un agrégat monétaire, un pays doit aussi spécifier les détenteurs d’instruments monétaires à prendre en compte. Pour la plupart des pays, les détenteurs de monnaie sont tous les secteurs résidents à l’exception des institutions de dépôts et de l’administration centrale. Autrement dit, il s’agit des administrations publiques autres que l’administration centrale, les sociétés non financières, les sociétés financières autres que les institutions de dépôts, les ménages et les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM).

Troisièmement, les institutions émettrices de monnaie sont toutes les sociétés financières qui ont comme passifs des instruments financiers considérés comme ayant des caractéristiques monétaires. Ce groupe d’institutions comprend la banque centrale (qui est généralement l’émetteur de la monnaie), les banques commerciales et autres qui acceptent des dépôts transférables, les unités qui acceptent d’autres types de dépôts (caisses d’épargne, sociétés de crédit immobilier, etc.), et les unités qui émettent des titres à court terme considérés par leurs détenteurs comme de proches substituts des dépôts. Il n’est pas possible d’identifier un émetteur de monnaie par le nom de l’institution. Par exemple, les ≪sociétés de financement≫ acceptent des dépôts dans certains pays, tandis que dans d’autres, les sociétés de financement sont financées directement par leurs sociétés mères.

De nombreux pays déterminent une gamme d’agrégats monétaires depuis M1 (numéraire et dépôts transférables) jusqu’à M2, M3, etc. Les agrégats diffèrent selon le degré de ≪monéité≫ des actifs qui y sont inclus. Les agrégats monétaires de rang élevé incluent une gamme d’instruments monétaires plus large, tels que les dépôts libellés en monnaie étrangère et les dépôts à plus long terme ou ceux dont la conversion en monnaie d’échange est soumise à des restrictions plus grandes.

Par définition, les institutions de dépôts incluent toutes les sociétés financières qui émettent des passifs inclus dans la définition nationale de la monnaie au sens large.

Situation des institutions de dépôts

Pour évaluer les statistiques monétaires, les analystes se servent principalement de la situation des institutions de dépôts (SID), qui présente les passifs monétaires au sens large des institutions de dépôts. Cette section précise comment les pays préparent et utilisent une SID—la collecte des statistiques monétaires et financières, l’établissement des données des comptes de patrimoine et la présentation analytique des situations monétaires, et plus particulièrement de la SID.

Pour la collecte des statistiques monétaires et financières, le MSMF recommande aux pays de procéder de manière à identifier dans les données les types d’instruments financiers et, pour chaque instrument, les positions vis-à-vis des principaux secteurs et sous-secteurs de l’économie. Autrement dit, il s’agit d’identifier les unités sur lesquelles les sociétés financières détiennent des créances et les unités qui ont des créances sur les sociétés financières. Pour identifier les instruments financiers, les pays peuvent se servir d’un système de classement en huit catégories (voir l’encadré 2), et pour identifier les unités, de la description des secteurs et sous-secteurs institutionnels du chapitre 2 du MSMF.

Pour l’établissement des données des institutions déclarantes, le MSMF recommande aux pays d’utiliser des comptes de patrimoine sectoriels. Ces comptes organisent les données par catégories d’actifs et de passifs, par catégories résidentes et non résidentes, et ils offrent une ventilation appropriée des secteurs résidents—ce qui permet d’avoir directement une présentation utilisable pour l’analyse et l’élaboration des politiques.

Les principales présentations analytiques recommandées par le MSMF sont les situations monétaires—qui sont les comptes de patrimoine sectoriels consolidés d’un ou de plusieurs sous-secteurs du secteur des sociétés financières. Les situations couvrent des sous-secteurs spécifiques comme la banque centrale, les autres institutions de dépôts et les autres sociétés financières. Les situations consolident également les sous-secteurs. Ainsi une SID consolide les situations de la banque centrale et des autres institutions de dépôts. Et la situation des sociétés financières (SSF), qui sera examinée à la section suivante, consolide la situation des institutions de dépôts avec la situation des autres sociétés financières.

La principale situation utilisée par les analystes pour évaluer les statistiques monétaires est la SID, qui met en relation les passifs monétaires au sens large des institutions de dépôts avec leurs actifs et passifs extérieurs, leurs créances nettes sur l’administration centrale et leurs créances sur les autres secteurs résidents. La SID permet donc de relier les statistiques monétaires aux statistiques de la balance des paiements et aux statistiques de finances publiques (SFP), respectivement, ainsi qu’à d’autres secteurs.

La SID suit la présentation générale suivante30:

  • Actifs
    • Actifs extérieurs nets
    • Créances intérieures
      • Créances nettes sur l’administration centrale
      • Créances sur les autres secteurs résidents
  • Passifs
    • Monnaie au sens large
      • Numéraire hors institutions de dépôts
      • Dépôts transférables
      • Autres dépôts
      • Titres autres que des actions
    • Autres passifs (par instrument)
    • Autres postes (net)

À la rubrique actifs, la SID identifie les créances sur les non-résidents et les passifs envers eux, en les présentant comme actifs extérieurs nets. Ceci offre un lien direct avec les opérations des sociétés de dépôts qui influent sur la balance des paiements. Les créances intérieures peuvent être ventilées en fonction de la structure et des besoins analytiques spécifiques du pays, fournissant ainsi les agrégats du crédit les plus utiles31. La plupart des pays identifient séparément les créances nettes sur l’administration centrale, ce qui offre un agrégat du financement de l’administration centrale par les institutions de dépôts. Les autres secteurs résidents peuvent être ventilés entre administrations d’États fédérés ou locales, sociétés publiques et privées, ménages, institutions sans but lucratif, et selon toute autre ventilation jugée utile. De nombreux pays classent aussi le crédit selon qu’il est fourni à des entreprises ou à des consommateurs.

À la rubrique passifs, la SID ventile la monnaie au sens large par types d’instrument financier dans le cadre général. Les pays regroupent souvent ces instruments dans des agrégats monétaires différents, depuis le numéraire et les dépôts transférables (M1) jusqu’aux agrégats les plus larges. Le choix de l’agrégat dépend des fins de l’analyse et de la fiabilité de la relation entre l’agrégat monétaire concerné et les variables cibles intermédiaires ou finales de l’économie.

En quoi la présentation de la situation des institutions de dépôts facilite-t-elle l’analyse monétaire?

La présentation de la SID facilite l’analyse monétaire classique, laquelle identifie la monnaie et les facteurs qui influent sur elle selon l’identité suivante:

M est l’agrégat de la monnaie au sens large spécifique au pays considéré, NFA (actifs extérieurs nets) est la position nette vis-à-vis des non-résidents (influence de la balance des paiements), NCG représente les créances nettes sur l’administration centrale, CORS les créances sur les autres secteurs résidents, et OIN les autres postes (net).

Comme les situations monétaires reposent sur des données de comptes de patrimoine, leurs composantes représentent des données de stock. Aux fins de l’analyse, les pays peuvent exprimer cette identité sous forme de variations (Δ) sur une période, par exemple un mois ou un an:

Le tableau 13 présente un exemple de variations de la SID. Il inclut des données hypothétiques basées sur des exemples du SCN 199332.

Tableau 13.Situation Des Institutions De DÉpÔts(variations annuelles)
Actifs extérieurs nets23Monnaie au sens large105
Or monétaire et DTSNuméraire23
DevisesDépôts82
DépôtsTitres autres que des actions0
Créances nettes sur l’administration centrale16Autres postes, net63
Créances sur l’administration centrale
Dépôts de l’administration
Créances sur les autres secteurs résidents129

Les pays pour lesquels la base monétaire (ou monnaie centrale) représente une variable analytique ou politique importante s’intéressent particulièrement à la situation de la banque centrale. Ils présentent la situation de la banque centrale de la même manière que la situation des institutions de dépôts, la base monétaire remplaçant la monnaie au sens large. La définition de la base monétaire varie d’un pays à l’autre, mais elle comporte invariablement la circulation fiduciaire et les dépôts des autres institutions de dépôts à la banque centrale. Certains pays utilisent une définition plus large, qui englobe aussi tous les dépôts à la banque centrale de tous les autres secteurs résidents, à l’exception de l’administration centrale. Le MSMF n’émet aucune recommandation spécifique quant à la composition de la base monétaire.

Situation des sociétés financières

De nombreux pays ont constaté que l’évolution de la structure des marchés financiers, du rôle des institutions financières et de la gamme d’instruments financiers disponibles ont réduit l’utilité de s’intéresser plus particulièrement à certains agrégats monétaires. Dès lors, la SSF sert à analyser les positions financières de l’ensemble du secteur financier. Cette situation est particulièrement utile pour analyser le crédit fourni par tous les intermédiaires financiers.

La pertinence de la SSF s’est accrue à mesure que les activités des autres sociétés financières s’étendaient, en particulier celles des sociétés d’assurance et des fonds de pension. En effet, les actifs financiers gérés par ces institutions ainsi que leurs passifs financiers peuvent constituer une part considérable des actifs et passifs financiers du secteur des autres institutions de dépôts.

Les pays peuvent, de la même manière que pour une SID, construire une SSF qui présente de manière analytique les créances du secteur des sociétés financières sur l’ensemble des autres secteurs résidents et des non-résidents, ainsi que ses passifs à leur égard. Contrairement à la SID, la SSF n’est pas structurée par le concept de monnaie au sens large. En outre, dans la partie ≪passifs≫, la SSF présente les réserves techniques d’assurance en tant que poste distinct, afin de souligner l’importance de ces passifs au sein du total des passifs.

Statistiques des flux financiers

Dans de nombreux pays, le développement des marchés financiers a réduit l’importance relative des intermédiaires financiers dans la fourniture de crédit et d’autres services financiers. Par exemple, les sociétés qui empruntaient traditionnellement auprès des banques peuvent à présent satisfaire leurs besoins financiers en émettant des titres sur le marché des capitaux et se financer auprès de divers prêteurs résidents et étrangers. Si un pays juge important d’analyser ces évolutions, il peut élargir la base de l’analyse financière en se fondant sur des comptes financiers ou flux financiers. Un compte de flux financier retrace toutes les grandes relations financières au sein d’une économie ainsi qu’entre une économie et le reste du monde. Le MSMF fournit des conseils pour l’établissement des comptes de flux financiers, en s’inspirant du SCN 1993.

Comme on l’a vu au chapitre sur les comptes nationaux, les comptes financiers d’une économie décrivent les opérations de prêt ou d’emprunt nettes avec le reste du monde, ainsi que les instruments financiers concernés. Si, dans une économie, l’épargne et les transferts en capital dépassent la formation de capital, le compte présente un excédent au titre des prêts nets au reste du monde. Inversement, si l’épargne et les transferts en capital sont inférieurs à la formation de capital, le déficit est financé par des emprunts nets au reste du monde. Avant tout, le poste prêts/emprunts nets d’une économie dans les comptes nationaux doit être identique à l’information présentée au compte d’opérations financières de la balance des paiements.

On a vu également que les pays peuvent établir la séquence des comptes pour chaque secteur résident de l’économie. Le tableau 14 présente le compte financier du SCN 1993 par secteur. Il fournit des renseignements utiles sur la contribution de chaque secteur résident au poste global de capacité/besoin de financement net de l’économie.

Tableau 14.Compte Financier (SCN 1993) Par Secteurs
Sociétés

non financières
Sociétés

financières
Administrations

publiques
MénagesISBLSMéconomie

totale
Acquisition nette d’actifs financiers7123712018132641
F.1 Or monétaire et DTS–1–1
F.2 Numéraire et dépôts171576812119
F.3 Titres autres que des actions1853262912138
F.4 Crédits27167455244
F.5 Actions et autres participations236344
F.6 Réserves techniques d’assurance3636
F.7 Dérivés financiers000000
F.8 Autres comptes à recevoir7640861
Accumulation nette de passifs1402321703328603
F.2 Numéraire et dépôts1302132
F.3 Titres autres que des actions65364123
F.4 Crédits71942824217
F.5 Actions et autres participations2613443
F.6 Réserves techniques d’assurance3636
F.7 Dérivés financiers000000
F.8 Autres comptes à payer3710552
B.9 Capacité (+)/besoin de financement net (–)–695–50148438

Les données du tableau 14 tirées du SCN 1993 présentent une économie qui est un prêteur net (de 38 unités) au reste du monde. Les données sectorielles sont tout à fait typiques, dans la mesure où elles indiquent que les secteurs des sociétés non financières et des administrations publiques sont emprunteurs nets, et que les ménages sont prêteurs nets. Bien que le secteur des sociétés financières présente un fort volume d’opérations sur actifs et passifs financiers, globalement le secteur n’est en général ni prêteur net ni emprunteur net.

Le tableau sectoriel montre aussi les instruments financiers au moyen desquels sont effectués les prêts ou emprunts nets. Par exemple, le secteur des sociétés non financières acquiert une gamme d’actifs financiers et contracte des passifs principalement sous forme d’emprunts (71) et d’actions et autres participations (26). En revanche, le secteur des sociétés financières acquiert une grande partie de ses actifs sous forme de prêts (167) et contracte des passifs équivalents principalement sous forme de numéraire et dépôts (130) et de titres autres que des actions (53). La valeur plus importante des opérations du secteur des sociétés financières en actifs et passifs financiers reflète son rôle dans l’intermédiation financière.

Bien que ce tableau présente de nombreuses informations utiles, il ne permet pas de déterminer qui finance qui. Afin de parvenir à une compréhension complète des flux financiers et du rôle qu’ils jouent dans l’économie, les utilisateurs ont besoin de davantage de détails sur les relations entre les secteurs concernés. Par exemple, à partir du tableau 14, les utilisateurs peuvent voir que l’administration a contracté des passifs sous forme de titres autres que des actions (64) et d’emprunts (94), mais ils ne peuvent déterminer si l’emprunt a été contracté sur le marché intérieur ou extérieur. Ils ne peuvent répondre à cette question que s’ils disposent de détails supplémentaires sur la contrepartie de l’opération33. Le besoin de données sectorielles plus détaillées est particulièrement important lorsque les analystes évaluent le rôle des intermédiaires financiers.

Cette présentation plus détaillée des opérations financières par instrument et secteur de la contrepartie est connue sous le nom de compte détaillé des opérations financières. Cette présentation opère un classement croisé, par instrument et par secteur de la contrepartie débitrice, des actifs financiers acquis par chaque secteur. Les passifs contractés par chaque secteur font aussi l’objet d’un classement croisé par instrument et par secteur de la contrepartie créancière. Le niveau de détail sectoriel présenté dépend des besoins du pays concerné. En général, cependant, le compte détaillé des opérations financières présente les données de chaque secteur de l’économie, le secteur des sociétés financières étant ventilé en sous-secteurs (banque centrale, autres institutions de dépôts, autres sociétés financières, auxiliaires financiers, et sociétés d’assurance et fonds de pension), ce qui permet aux analystes de mieux évaluer les flux financiers. Cette présentation fournit aussi des données pour le reste du monde, comme s’il s’agissait d’un secteur institutionnel. Les contraintes réciproques des rangées et des colonnes de la matrice offrent un moyen important de vérifier la cohérence de l’établissement des données, ce qui accroît considérablement l’utilité des données pour les analystes.

Les pays peuvent aussi compléter les statistiques détaillées des flux financiers par des données de stock sur les actifs et passifs financiers classés par secteur et par instrument. Ainsi qu’il est précisé dans le MSMF (chapitre 8), la totalité des données de stock et de flux, y compris non seulement les opérations (flux financiers), mais aussi les autres flux, est désignée sous le nom de statistiques financières.

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