Chapter

II. Comptes nationaux

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
April 2008
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Les premiers auteurs d’ouvrages économiques, dont Adam Smith, prenaient souvent la richesse nationale comme indicateur de la solidité et des performances d’une économie. Par la suite, les théoriciens, tels que Keynes, Frisch et Tinbergen, se sont concentrés, quant à eux, sur les flux économiques. L’une des grandes idées novatrices du Système de comptabilité nationale 1993 (SCN 1993;Commission des Communautés européennes et al., 1993) a été de marier ces deux approches en reliant étroitement les comptes qui retracent les opérations et autres flux économiques aux comptes de patrimoine, qui présentent les stocks de richesse.

Le SCN 1993 offre au lecteur un cadre exhaustif et systématique pour la collecte, la présentation et l’analyse des statistiques macroéconomiques. Une séquence de comptes présente une foule d’informations détaillées sur le fonctionnement d’une économie et sur l’interaction des agents économiques. Le SCN 1993 permet ainsi d’analyser la production et l’emploi des biens et services et de mesurer le produit intérieur brut (PIB), concept de production fondamental du SCN 1993. Il permet également d’analyser les revenus tirés de cette production, ceux qui découlent de la propriété d’actifs et les revenus qui sont redistribués au sein de l’économie. Il donne aussi la possibilité d’identifier les flux de capital ainsi que les flux financiers. Enfin, il fournit des informations non seulement sur l’activité économique, mais aussi sur le niveau des actifs productifs d’un pays et la richesse de ses habitants.

En outre, le SCN 1993 présente des informations sur des questions connexes, telles que la méthode de calcul des indices de prix et de volume pour les flux de biens et de services; des tableaux détaillés des ressources et des emplois, qui montrent comment les économies répartissent les biens et services produits localement ou importés entre les emplois intermédiaires ou finals (y compris les exportations); la manière dont les analystes définissent et classent les postes des comptes, de manière à tracer en particulier les frontières importantes de la production et des actifs; enfin, les indicateurs de la main-d’œuvre.

Les sections ci-après 1) présentent brièvement la séquence de comptes du SCN 1993, à l’aide d’un diagramme; 2) introduisent le point de départ du Système, à savoir la mesure du PIB; 3) illustrent la multitude d’informations supplémentaires qu’offre le détail de la séquence de comptes; et 4) traitent de questions liées au SCN 1993, telles que la mesure des volumes et du revenu réel, les comptes nationaux trimestriels, les frontières importantes, les indicateurs de la main-d’œuvre, la productivité multifactorielle, la comptabilité environnementale et économique, le secteur informel et les activités illégales.

Résumé: la séquence des comptes formant le cadre du SCN 1993

Construites autour d’une séquence de comptes de flux articulés entre eux et de comptes de patrimoine présentant les valeurs de stocks, les principales séries de comptes entrant dans le SCN 1993 sont les comptes des opérations courantes, les comptes d’accumulation et les comptes de patrimoine. Au sein de ces séries, chaque compte de flux retrace une activité économique particulière et chaque compte de patrimoine fait état de la valeur des actifs et passifs détenus en début ou en fin de période.

Les comptes des opérations courantes comprennent le compte de production, qui mesure le PIB, et les comptes du revenu, d’où sont tirés le revenu national, le revenu national disponible et l’épargne.

Les comptes d’accumulation recouvrent le compte de capital, qui retrace les opérations sur actifs non financiers et les transferts en capital; le compte financier, où sont enregistrées les opérations sur actifs et passifs financiers; et les comptes des autres flux économiques, qui font état des réévaluations et autres changements de volume d’actifs. Au compte de capital, le solde comptable est le poste capacité/besoin de financement. Si l’épargne et les transferts en capital d’une économie dépassent ses acquisitions nettes d’actifs non financiers, elle est alors prêteur net au reste du monde. Inversement, si ses acquisitions nettes d’actifs non financiers dépassent son épargne et ses transferts en capital, elle est emprunteur net auprès du reste du monde. Au compte financier, les opérations sur actifs et passifs financiers reflètent la capacité ou le besoin de financement.

Les comptes de patrimoine présentent le stock d’actifs et de passifs au début et à la fin de chaque période et sont totalement intégrés aux opérations et autres flux économiques afférents à ces actifs et passifs. Le solde comptable des comptes de patrimoine est la valeur nette.

Comment les comptes sont-ils présentés dans le SCN 1993? La séquence des comptes et les soldes peuvent être présentés pour l’ensemble de l’économie ou pour les divers secteurs institutionnels afin de montrer la contribution de chaque secteur à l’économie. Le tableau 1 en donne une illustration, et de plus amples détails sont donnés sur la séquence des comptes dans le reste du présent chapitre.

Tableau 1.Cadre Du SCN 1993

Avant de décrire dans le détail la séquence des comptes, nous traiterons, dans la section suivante, du point de départ du SCN 1993—la mesure du PIB, concept de production fondamental de ce système6.

Mesure du produit intérieur brut

Pour mesurer le PIB, les analystes utilisent trois méthodes types, qui se placent respectivement sous l’angle de la production, du revenu ou des dépenses. Le SCN 1993 considère la production à partir du compte de production, le revenu à partir du compte d’exploitation et les dépenses par un réarrangement du compte de biens et services.

Avant de décrire ces méthodes, le SCN 1993 définit le PIB comme cela est expliqué ci-après.

Définition du PIB

Le PIB est la somme des valeurs ajoutées par toutes les unités institutionnelles résidentes de l’économie intérieure et de la valeur des impôts, moins les subventions, sur les produits. Dans la définition, la valeur ajoutée est égale à la valeur de la production moins celle des biens et services (consommation intermédiaire) entrant dans cette production. Selon cette définition également, les impôts sur les produits7 influent directement sur la mesure du PIB.

Dans son traitement des impôts, le SCN 1993 fait une distinction entre les impôts qui sont prélevés parce qu’il y a activité de production, mais qui ne peuvent pas être reliés à un produit spécifique, et les impôts prélevés sur la valeur ou le volume d’un produit spécifique. Parmi les impôts sur des produits non spécifiques, on peut citer, par exemple, les droits sur les importations (impôts sur les produits) et les impôts sur les salaires (autres impôts sur la production). Par contre, un impôt sur les ventes est un exemple d’impôt sur un produit spécifique.

Les utilisateurs qui voient dans le PIB la somme des valeurs ajoutées par les producteurs résidents ne doivent pas oublier que la valeur ajoutée exclut les impôts sur les produits, alors que la valeur des biens et services les inclut. En conséquence, pour être sûrs que la valeur des ressources est égale à celle des emplois, les analystes doivent ajouter les impôts sur les produits à la valeur ajoutée.

En outre, les autres impôts sur la production influent sur le calcul lorsque les valeurs ajoutées dont on fait la somme sont exprimées au prix de base—évaluation préférée de la production d’une unité productrice dans les comptes nationaux. Le prix de base inclut les autres impôts sur la production payables par le producteur, parce que l’unité les considère comme des coûts de production qui doivent être couverts par le prix. Le prix de base exclut les impôts sur les produits, parce l’unité les assimile à des revenus revenant à l’État et non au producteur.

Pour comprendre les principes fondamentaux du calcul du PIB, supposons qu’un pays produit du blé, du coton, de l’acier, de la farine, du pain, du tissu, des robes, des cigarettes et des automobiles. Comment comptabiliser cette production? Un établissement ou une entreprise peut utiliser certains des biens produits par d’autres établissements dans sa propre production. Le blé entre dans la production de farine, le coton dans celle de tissu, etc. Pour éviter toute duplication d’écritures, le comptable doit soustraire de la valeur de la production de toutes les unités productrices résidentes leur consommation intermédiaire (les biens et services entrant dans cette production).

Le résultat serait la valeur ajoutée à la consommation intermédiaire pour assurer la production.

L’optique de la production

L’optique adoptée ci-dessus pour le calcul du PIB est l’optique de la production, qui est présentée dans le compte de production du Système. Le PIB est dit brut, car il n’y a pas déduction de la consommation de capital fixe (amortissement) entrant dans la production. Il y a lieu de noter que le PIB est mesuré aux prix du marché8.

L’optique des revenus

Un autre moyen de calculer le PIB est de faire la somme des revenus engendrés par le processus de production. Cette méthode de calcul, selon l’optique des revenus, consiste à faire la somme de la rémunération des salariés, des impôts, moins subventions, sur la production et de l’excédent d’exploitation/revenu mixte du producteur. Par revenu mixte, on entend tout simplement l’excédent revenant aux ménages en leur qualité de producteurs—les économistes le considèrent comme recouvrant à la fois la rémunération des salariés et l’excédent d’exploitation. La rémunération des salariés, dans sa définition générale, inclut non seulement les traitements et salaires versés directement, mais aussi divers avantages indirects de l’emploi, tels que les cotisations des employeurs aux administrations de sécurité sociale et aux fonds de pension. Cette approche est présentée dans le compte d’exploitation du système.

L’optique des dépenses

Une troisième méthode de calcul du PIB est celle qui consiste à faire la somme des emplois finals de la production, selon l’optique des dépenses. Cette méthode fait intervenir une addition et une soustraction: 1) somme des valeurs a) de la consommation finale (c’est-à-dire les biens et services utilisés par les ménages ou la communauté pour satisfaire leurs besoins ou envies individuels ou collectifs), b) de la formation brute de capital (c’est-à-dire formation brute de capital fixe, variation des stocks et acquisition nette d’objets de valeur) et c) des exportations de biens et services; et 2) soustraction des importations de biens et services. La formation brute de capital fixe est mesurée par la valeur totale des acquisitions, moins les cessions, d’actifs fixes d’un producteur durant la période comptable, plus certaines additions à la valeur des actifs non produits réalisées par l’activité de production des unités institutionnelles.

Cette méthode de calcul est fondée sur le fait que le total des ressources en biens et services doit être affecté à un emploi: consommation intermédiaire/finale de biens et services, formation de capital fixe, stocks, acquisitions d’objets de valeur et exportations9. Elle implique un réarrangement du compte de biens et services du SCN 1993, comme le montre le tableau 210.

Tableau 2.Compte De Biens Et Services
RessourcesEmplois
Production, prix de base3.604Consommation intermédiaire1.883
Impôts moins subventions sur les produits133Dépense de consommation finale Administrations publiques368
Importations de biens et services499Ménages et ISBLSM1.031
Formation brute de capital
Formation brute de capital fixe376
Variation des stocks28
Acquisitions moins cessions d’objets de valeur10
Exportations de biens et services540
Total des ressources4.236Total des emplois4.236

Il se dégage immédiatement de ce compte (voir le tableau 2) une identité bien connue entre les ressources et les emplois du total des biens et services: le total des ressources est égal à la somme de la production et des importations, et le total des emplois à la somme de la consommation, des investissements et des exportations.

Si l’on fait passer la consommation intermédiaire de la partie droite à la partie gauche du compte à titre de ressource négative tout en déplaçant les importations de la partie gauche à la partie droite, où elles constituent un emploi négatif, le total de l’une et l’autre partie est maintenant égal au PIB (tableau 3). Dans le tableau 3, la partie gauche illustre l’optique de la production et la partie droite celle des dépenses.

Tableau 3.Produit Intérieur Brut
Optique de la productionOptique des dépenses
Production, prix de base3.604Dépense de consommation finale
Moins consommation intermédiaire–1.883Administrations publiques (G)368
Valeur ajoutée brute1.721Ménages et ISBLSM (C)1.031
Formation brute de capital (I)
Formation brute de capital fixe376
Impôts moins subventionsVariation des stocks28
sur les produits133Acquisitions moins cessions d’objets de valeur10
Exportations de biens et services (X)540
Moins importations de biens et services (M)–499
PIB1.854PIB1.854

En termes algébriques, cette relation peut être exprimée par l’identité PIB = C + I + G + (X - M), dans laquelle C est la dépense de consommation finale des ménages et des ISBLSM, I la formation brute de capital, G la dépense de consommation finale des administrations publiques, X les exportations de biens et services, et M les importations de biens et services.

Les analystes accordent une grande importance à la mesure du PIB, mais le détail de la séquence des comptes dans le SCN 1993 apporte en outre des informations beaucoup plus utiles. Essentiellement, les utilisateurs peuvent établir les comptes de chaque secteur institutionnel (par exemple des administrations publiques) et de l’ensemble de l’économie11. Ces comptes sectoriels fournissent des renseignements utiles sur la structure d’une économie et sur l’évolution de cette structure au fil du temps.

La séquence des comptes: étude détaillée

Comme cela est indiqué plus haut, la principale séquence des comptes recouvre les comptes des opérations courantes, les comptes d’accumulation et les comptes de patrimoine. Les comptes des opérations courantes comprennent les comptes de production et du revenu; les comptes d’accumulation sont le compte de capital, le compte financier et le compte des autres flux économiques; enfin, les comptes de patrimoine sont des comptes qui présentent les valeurs de stock.

En outre, chaque compte comprend un solde comptable—montant résiduel des opérations enregistrées dans les deux parties du compte. Le solde comptable d’un compte est reporté à la première ligne du compte suivant, faisant ainsi de la séquence des comptes un ensemble articulé. Le principal solde comptable des comptes des opérations courantes est l’épargne, et celui du compte de capital est le poste Capacité/besoin de financement, qui est aussi le solde comptable du compte financier.

Commençons par les comptes des opérations courantes (tableau 4).

Tableau 4.Comptes Des Opérations Courantes
EmploisRessources
Compte de production
Consommation intermédiaire1.883Production, prix de base3.604
Produit intérieur, brut (PIB)1.854Impôts, moins subventions, sur les produits133
Moins consommation de capital fixe–222
Produit intérieur, net1.632
Compte d’exploitation
Rémunération des salariés762PIB1.854
Impôts, moins subventions, sur la production
Impôt, moins subventions, sur les produits133
Autres impôts, moins subventions, sur la production58
Excédent d’exploitation/revenu mixte brut901
Compte d’affectation des revenus primaires
Revenus de la propriété à payer391Excédent d’exploitation brut/revenu mixte901
Revenu national, brut1.883Rémunération des salariés766
Impôts, moins subventions, sur la production191
Revenus de la propriété à recevoir416
Compte de distribution secondaire du revenu
Impôts courants sur le revenu,Revenu national, brut1.883
le patrimoine, etc., à payer212Impôts courants sur le revenu,
Cotisations sociales à payer322le patrimoine, etc., à recevoir213
Prestations sociales à payer332Cotisations sociales à recevoir322
Autres transferts courants à payer269Prestations sociales à recevoir332
Revenu national disponible, brut1.854Autres transferts courants à recevoir239
Compte d’utilisation du revenu
Consommation finale1.399Revenu national disponible, brut1.854
épargne, brut455
Moins consommation de capital fixe–222
épargne, net233
Note: Le système décrit s’applique aux opérations entre unités résidentes dans lesquelles sont enregistrés les deux volets des opérations – ressources et emplois. Cependant, comme le même volet d’une opération peut être, dans certains cas, un emploi ou une ressource pour les unités non résidentes, les comptes nationaux, pour clore le système, comportent un compte «reste du monde», qui n’est pas illustré ici. Par exemple, la rémunération des salariés, au compte d’exploitation, peut être versée à des salariés résidents ou non résidents, mais la rémunération des salariés au compte d’affectation des revenus est celle qui est perçue par les ménages résidents seulement, mais elle inclurait les revenus reçus des unités non résidentes.
Note: Le système décrit s’applique aux opérations entre unités résidentes dans lesquelles sont enregistrés les deux volets des opérations – ressources et emplois. Cependant, comme le même volet d’une opération peut être, dans certains cas, un emploi ou une ressource pour les unités non résidentes, les comptes nationaux, pour clore le système, comportent un compte «reste du monde», qui n’est pas illustré ici. Par exemple, la rémunération des salariés, au compte d’exploitation, peut être versée à des salariés résidents ou non résidents, mais la rémunération des salariés au compte d’affectation des revenus est celle qui est perçue par les ménages résidents seulement, mais elle inclurait les revenus reçus des unités non résidentes.

Comptes des opérations courantes

Compte de production

Le compte de production est axé sur la valeur ajoutée, mesurée sur une base à la fois brute et nette. La valeur ajoutée brute est égale à la différence entre la valeur de la production et celle des biens et services (consommation intermédiaire) entrant dans cette production. La consommation intermédiaire n’inclut pas l’usure progressive du capital fixe, qui est enregistrée comme opération distincte (consommation de capital fixe) et fait la différence entre les soldes comptables brut et net12. Les utilisateurs peuvent calculer ces soldes comptables pour chaque secteur institutionnel. Pour l’ensemble de l’économie, après impôts, moins subventions, sur les produits, le solde comptable est le PIB—somme des valeurs ajoutées brutes pour tous les secteurs—et le solde comptable net est le produit intérieur net13.

Comptes du revenu

Les comptes du revenu sont le compte d’exploitation, le compte d’affectation des revenus primaires, le compte de distribution secondaire du revenu et le compte d’utilisation du revenu.

Le compte d’exploitation présente les revenus primaires découlant de la production (les revenus primaires d’une unité sont ceux qu’elle tire de sa participation à la production ou de la propriété d’actifs). Autrement dit, le compte montre comment la valeur ajoutée est affectée du point de vue du producteur. Il fait apparaître les montants que le producteur doit verser—sur la valeur ajoutée (inscrite en ressource)—à l’État au titre des impôts, moins subventions, sur la production et à son personnel sous la forme de la rémunération des salariés. Le solde comptable est l’excédent d’exploitation/revenu mixte.

Le compte d’affectation des revenus primaires met l’accent sur les bénéficiaires des revenus primaires provenant de la production et fait état de la répartition des revenus de la propriété d’actifs financiers, de terrains et de ressources du sous-sol (revenus de la propriété). Parce que les flux intérieurs de revenus de la propriété sont des ressources pour certains secteurs et des emplois pour d’autres, ils sont enregistrés dans les deux parties du compte14. Pour l’ensemble de l’économie, le solde comptable est le revenu national15.

Le compte de distribution secondaire du revenu montre comment le solde des revenus primaires des secteurs (revenu national) est transformé en revenu national disponible par la réception et le paiement de transferts courants. Par définition, les transferts courants recouvrent les impôts sur le revenu, le patrimoine, etc.; les cotisations et prestations sociales; et les autres transferts courants. Comme ces transferts sont des ressources pour certains secteurs et des emplois pour d’autres, ils figurent dans les deux parties du compte. Pour mesurer la consommation finale et l’épargne, les analystes peuvent utiliser le solde comptable, à savoir le revenu national disponible, qui est égal au revenu national augmenté des transferts courants nets du reste du monde.

Le compte d’utilisation du revenu montre comment le revenu national disponible est réparti entre la consommation finale et l’épargne, qui est le solde comptable.

La section suivante passe en revue les comptes d’accumulation—le compte de capital, le compte financier (tableau 5) et les autres flux économiques (tableau 6).

Tableau 5.Compte De Capital Et Compte D’Opérations Financières
Variations des actifsVariations des passifs et de la valeur nette
Compte de capital
Formation brute de capital fixe376épargne, net233
Moins consommation de capital fixe–222Transferts en capital, à recevoir62
Variation des stocks28Transferts en capital, à payer–65
Capacité (+)/besoin (−) de financement38Variation de la valeur nette due à l’épargne et aux transferts1230
Compte financier
Acquisition nette d’actifs financiers641Accroissement net des passifs603
Or monétaire et DTS–1Numéraire et dépôts132
Numéraire et dépôts119Titres autres qu’actions123
Titres autres qu’actions138Crédits217
Crédits244Actions et autres participations43
Actions et autres participations44Réserves techniques d’assurance36
Réserves techniques d’assurance36Instruments/produits financiers dérivés0
Instruments/produits financiers dérivés0Autres comptes à payer52
Autres comptes à payer61
Capacité (+)/besoin (−) de financement38

Ce poste n’est pas un solde comptable, mais correspond au total de la partie droite du compte de capital.

Ce poste n’est pas un solde comptable, mais correspond au total de la partie droite du compte de capital.

Tableau 6.Comptes De Patrimoine Et Comptes D’Accumulation
ActifsPassifs et valeur nette
Compte de patrimoine d’ouverture
Actifs non financiers9.922Passifs6.298
Actifs financiers6.792Valeur nette10.416
Variations du compte de patrimoine (comptes d’accumulation)
1. Opérations
Acquisitions, moins cessions d’actifs non financiers192Accroissement net des passifs603
Acquisition nette d’actifs financiers641Variation de la valeur nette due à l’épargne et aux transferts en capital230
2. Compte des autres changements de volume d’actifs
Variations des actifsVariations des passifs–2
Non financiers10Variation de la valeur nette due aux autres changements de volume17
Financiers5
3. Compte de réévaluation
Gains (+)/pertes (–) nominaux de détentionGains (+)/pertes (–) nominaux de détention76
Actifs non financiers280
Actifs financiers84Variation de la valeur nette due aux gains/pertes288
Compte de patrimoine de clôture
Actifs non financiers10.404Passifs6.976
Actifs financiers7.522Valeur nette10.951

Comptes d’accumulation

Compte de capital

Au compte de capital sont enregistrés les opérations—acquisitions/ cessions—sur actifs non financiers et les transferts en capital (voir tableau 5). Dans la partie droite sont portés l’épargne et les transferts en capital nets (c’est-à-dire la variation de la valeur nette qui est due à l’épargne et aux transferts en capital). Dans la partie gauche figurent les opérations sur actifs non financiers.

Si, dans le compte de capital, la somme de l’épargne et des transferts en capital dépasse l’acquisition nette d’actifs non financiers, le solde comptable est la capacité de financement (+), qui mesure l’excédent qu’une économie a prêté au reste du monde. Par contre, si l’épargne et les transferts en capital, etc., sont insuffisants pour financer l’acquisition nette d’actifs non financiers, le solde comptable est le besoin de financement (-), qui correspond au déficit que l’économie a été obligée de financer en empruntant au reste du monde.

Compte financier

Le compte financier montre comment une économie gère sa capacité ou son besoin de financement par des opérations sur actifs et passifs financiers (voir tableau 5). Le compte fait apparaître une classification par instrument financier, dans laquelle l’acquisition nette d’actifs financiers figure dans la partie gauche et l’accroissement net des passifs dans la partie droite. Les utilisateurs souhaitent souvent obtenir des informations plus détaillées sur les flux financiers au sein d’une économie que celles qui sont fournies au niveau agrégé du compte financier pour l’ensemble de l’économie; ce complément d’information est illustré par la liste détaillée des instruments composant les actifs et les passifs.

Autres flux économiques

Les autres flux économiques sont enregistrés dans le compte des autres changements de volume d’actifs et le compte de réévaluation (voir tableau 6). Le premier retrace des événements tels que la découverte de nouvelles réserves de pétrole, la destruction d’actifs par des catastrophes nationales et les saisies d’actifs sans compensation. Le second fait état des gains et pertes de détention dus aux variations des prix des actifs ou passifs sur la période comptable.

Comptes de patrimoine

Les comptes de patrimoine présentent la valeur du stock d’actifs et de passifs de l’économie en début et en fin de période. Ils renseignent donc sur les types d’actifs détenus par une économie et sur la structure de sa dette et de ses autres passifs. La différence entre le stock total d’actifs et le stock de passifs est la valeur nette de l’économie.

Les variations intervenant dans le compte de patrimoine entre sa position d’ouverture et sa position de clôture sont entièrement dues aux opérations (du compte de capital et du compte financier) et aux autres flux économiques (compte des autres changements de volume d’actifs et compte de réévaluation) (voir tableau 6).

Autres questions connexes traitées dans le SCN 1993

Les autres questions connexes sont les mesures des volumes et du revenu réel, les comptes nationaux trimestriels, les frontières importantes (de la production, des actifs et entre transferts courants et en capital), les indicateurs de la main-d’œuvre, la productivité multifactorielle, la comptabilité environnementale et économique, le secteur informel et les activités illégales. Enfin, les tableaux des ressources et des emplois sont présentés en annexe.

Mesures des volumes et du revenu réel

L’une des questions auxquelles les utilisateurs attendent une réponse des comptables nationaux est: ≪De combien le PIB a-t-il varié?≫. Une autre est: ≪Qu’en est-il du revenu ≪réel≫ du pays?≫. Les indices de volume et de prix répondent en partie à ces questions. Ils fournissent des informations qui vont au-delà des taux de croissance calculés à partir du PIB mesuré aux prix courants (nominaux). En effet, comme les utilisateurs le savent, ces taux ne sont guère utiles pour l’analyse, car ils incluent à la fois les variations des prix et des volumes, et seules ces dernières présentent généralement un intérêt pour les utilisateurs.

Mesures du PIB en volume et à prix constants

À l’aide des mesures en volume et à prix constants, les utilisateurs peuvent subdiviser les variations dans le temps de la valeur des biens et services en deux composantes—les variations de leurs prix et celles de leurs volumes. Si l’on mesure le volume tout en maintenant les prix aux niveaux constants d’une période de base donnée, on obtient la valeur de l’agrégat à prix constants. Les utilisateurs peuvent y parvenir soit en déflatant la valeur de la période courante à l’aide d’un indice de prix approprié (déflation), soit en extrapolant la valeur de la période de base en utilisant un indicateur approprié de la variation des volumes ou des quantités. Les utilisateurs prennent souvent comme déflateurs des composantes de l’indice des prix à la production (IPP), de l’indice des prix à la consommation (IPC) et des indices des prix des exportations et des importations (IPXM). De plus, ces indices sont en soi très utiles comme mesures des variations des prix (voir encadrés 4-6).

Encadré 4.Indice des prix à la production

Un indice des prix à la production (IPP) mesure le taux de variation des prix des biens et services achetés et vendus par les producteurs. Il inclut généralement les industries extractives, les industries manufacturières, les services publics, l’agriculture, la sylviculture et la pêche, mais peut englober aussi la construction et les services. C’est une statistique clé pour la prise de décision économique et commerciale et le suivi de l’inflation. Un IPP sortie mesure le taux de variation des prix départ usine des produits vendus par le producteur. Un IPP entrée mesure le taux de variation des prix des biens et services achetés par le producteur.

L’IPP sert principalement 1) d’indicateur à court terme des tendances inflationnistes; 2) d’instrument d’indexation dans les contrats légaux à la fois dans les secteurs public et privé, en particulier pour les composantes plus détaillées de l’IPP; 3) au calcul d’autres indicateurs de l’inflation tels que l’indice des prix des exportations ou l’indice des prix de la dépense finale; 4) d’outil analytique pour les entreprises et les chercheurs; et 5) à la déflation des comptes nationaux.

La collecte des données pour l’IPP n’est pas une opération toute simple. Dans la pratique, il faut procéder à un sondage—auprès d’un échantillon représentatif d’établissements—portant sur un ensemble de produits bien définis dont les variations de prix globales représentent celles des millions d’opérations qui sont effectuées. Les bureaux de statistiques suivent ensuite les prix de ces mêmes produits de façon périodique (généralement tous les mois) et pondèrent les variations de leurs prix en fonction du niveau relatif des recettes qu’ils procurent.

Le Manuel de l’indice des prix à la production: théorie et pratique (OIT et al., 2004a) fournit des indications claires et à jour sur les concepts, les méthodes et la théorie économique qui sous-tendent l’IPP, ainsi que sur ses emplois, notamment des informations sur les classifications, sources, techniques de calcul et utilisations analytiques de l’IPP. Le cadre conceptuel du Manuel est fondé sur le SCN 1993 et l’évolution récente de la théorie des nombres-indices.

Pour obtenir une série en volume du PIB à prix constants d’une année de base donnée, les utilisateurs peuvent ajouter les estimations des dépenses à prix constants (consommation, formation de capital et exportations), moins les importations à prix constants. Il faut pour cela déflater chaque composante (et sous-composante) à l’aide des indices de prix correspondant; ou bien utiliser diverses méthodes d’extrapolation, selon les données-sources disponibles pour chaque composante (par exemple, prendre les variations du volume des sorties ou entrées correspondantes comme indicateurs).

Encadré 5.Indice des prix à la consommation

L’indice des prix à la consommation (IPC) mesure, généralement sous la forme de séries mensuelles, le taux de variation global des prix des biens et services consommés par les ménages. Il est en outre largement utilisé par les analystes comme valeur approchée de l’indice général de l’inflation pour l’ensemble de l’économie, notamment en raison de la fréquence et de la rapidité avec lesquelles il est établi. Il est devenu une statistique clé pour la prise de décision économique, en particulier pour la conduite de la politique monétaire. Il est retenu dans les textes de loi et dans un large éventail de contrats comme mesure de l’inflation à utiliser pour corriger le montant des paiements (salaires, loyers, intérêts, prestations sociales, etc.) des effets de l’inflation. Il peut donc avoir un impact considérable sur la situation financière des administrations publiques, des entreprises et des ménages. Il sert en outre à la déflation des comptes nationaux.

Les prix utilisés pour l’établissement de l’IPC sont ceux de certains articles représentatifs de différents groupes de produits, dont le prix est suivi tous les mois dans un échantillon représentatif de magasins ou autres points de vente au détail. La méthode de calcul habituelle est celle qui consiste à mesurer les variations moyennes des prix d’une période sur l’autre pour chacun des articles choisis et de pondérer ces variations par les montants relatifs que les ménages dépensent sur ces articles. Il n’est pas rare que les organismes de statistique suivent plus de 100.000 prix chaque mois. Les IPC sont des statistiques officielles généralement établies par l’office national de la statistique, le ministère du travail ou la banque centrale. Ils sont publiés aussi rapidement que possible, en général environ 10 à 15 jours après la fin du mois ou trimestre le plus récent.

Le Manuel de l’indice des prix à la consommation: théorie et pratique (OIT et al., 2004b) fournit des lignes directrices aux offices de statistiques et autres organismes chargés d’établir l’IPC et explique en détail les méthodes de calcul d’un IPC. Il traite en outre des concepts et principes statistiques et économiques à prendre en compte pour choisir en connaissance de cause des méthodes de calcul efficaces et rentables.

Encadré 6.Indices des prix des exportations et des importations

Les indices des prix des exportations et des importations (IPXM) d’un pays mesurent le taux de variation dans le temps des prix des biens et services échangés avec d’autres économies. Un indice des prix des exportations d’un pays mesure le taux de variation des prix des biens et services vendus à l’étranger par les résidents de ce pays. Un indice des prix des importations d’un pays mesure le taux de variation des prix des biens et services achetés à l’étranger par les résidents de ce pays.

Ces indices du commerce extérieur, qui mesurent à la fois les variations des prix et des volumes, ont de multiples emplois. Ils sont principalement utilisés dans la conduite de la politique économique des pouvoirs publics, l’analyse de la compétitivité, la conclusion de contrats commerciaux, la mesure et la prévision de l’inflation, l’analyse du taux de change et l’établissement des comptes nationaux.

Est parfois utilisé à la place de l’indice des prix un indice de valeur unitaire—sous-produit qui peut être obtenu immédiatement après la collecte des données sur le commerce extérieur par les autorités douanières. Cependant, les indices de valeur unitaire ont, de ce fait, tendance à être entachés de biais. C’est pourquoi les IPXM, qui sont fondés sur des enquêtes, leur sont préférés. Sur le plan pratique, toutefois, ceux-ci exigent la réalisation d’enquêtes par sondage, auprès d’un groupe représentatif d’établissements, sur un ensemble de produits bien définis dont les variations de prix globales représentent celles des millions d’opérations qui ont lieu. Les bureaux de statistiques suivent ensuite les prix de ces mêmes produits de façon périodique (généralement tous les mois) et pondèrent les variations de leurs prix en fonction de leurs parts relatives dans les échanges. Comme dans le cas de l’IPC et de l’IPP, il s’agit ici d’une opération complexe.

Le Manuel des indices des prix des exportations et des importations: théorie et pratique (FMI, à paraître) fournira des indications claires et à jour sur les concepts, les méthodes et la théorie économique des IPXM qui sous-tendent l’IPP, ainsi que sur ses emplois, notamment des informations sur les classifications, sources, techniques de calcul et utilisations analytiques de l’IPP. Le cadre conceptuel de ce Manuel est fondé sur le SCN 1993 et l’évolution récente de la théorie des nombres-indices.

Pour établir une série en volume du PIB à prix constants selon l’optique de la production, les utilisateurs doivent faire la somme, pour chaque période, des valeurs ajoutées brutes, mesurées aux prix (constants) de l’année de base, des producteurs au sein de l’économie, et y ajouter une mesure ≪réelle≫ des impôts, moins subventions, sur les produits. Pour évaluer la valeur ajoutée brute à prix constants d’une unité, d’une branche d’activité ou d’un secteur, on peut soustraire la consommation intermédiaire à prix constants de la production à prix constants. Connue sous l’appellation de double déflation, cette méthode tient compte des variations au fil du temps du ratio consommation intermédiaire/production ainsi que des variations de prix de la production et de la consommation intermédiaire.

Cependant, les données disponibles ne sont pas toujours suffisantes, et la méthode de deuxième choix serait celle qui consiste à extrapoler la valeur ajoutée de l’année de base au moyen d’un indice de volume de la production.

En troisième choix, on pourrait déflater la valeur ajoutée de la période courante à l’aide d’un indice des prix de la production (déflation simple).

Pour établir une série du PIB à prix constants de la période de base, il faut s’assurer que, dans l’indice des prix utilisé pour la déflation—ou l’indice de volume servant à l’extrapolation des données de la période de base —, les valeurs relatives des dépenses/recettes de la période de base sont prises comme pondérations dans l’agrégation. Cependant, ces pondérations perdront de leur actualité et les utilisateurs devront les mettre à jour régulièrement pour tenir compte des changements dans la structure de la production/consommation.

Il s’ensuit que les utilisateurs doivent actualiser fréquemment la ou les périodes de base et enchaîner les séries obtenues. Le SCN 1993 exprime une préférence pour l’enchaînement annuel, spécifiant que le changement de base doit s’effectuer au moins tous les cinq ans environ.

Dans l’établissement d’indices-chaîne annuels (extrapolation d’une série du PIB par des indices de volume ou sa déflation par des indices de prix après mise à jour des pondérations), les utilisateurs ne devraient plus parler de série ≪à prix constants de la période de base≫: la série qui en résulte est une mesure en volume du PIB.

Les indices-chaîne des sous-composantes, telles que les branches d’activité, ne s’additionnent pas systématiquement pour former des agrégats de niveau supérieur—le PIB, par exemple. Cependant, ces indices-chaîne sont en principe plus fiables que les indices à base fixe, qui s’additionnent mais donnent une estimation moins bonne. Les indices-chaîne sont toutefois entachés de biais lorsqu’ils sont utilisés pour des données volatiles établies très fréquemment—par exemple tous les mois.

En divisant la série du PIB aux prix (courants) nominaux par celle du PIB à prix constants, on obtiendra le déflateur (implicite des prix) du PIB—mesure du coût des biens achetés par les ménages, les administrations publiques, les branches d’activité, etc.16. L’IPC (voir encadré 5) porte sur les dépenses des ménages, alors que, on l’a vu, le champ couvert par le PIB est plus vaste. En outre, la pondération implicite du déflateur du PIB, qui varie selon la méthode utilisée pour l’indice de volume, peut être tout à fait différente de la pondération de la période de base de l’IPC.

Revenu réel

Avant d’examiner les mesures du revenu réel d’une économie, il convient de comprendre quelle est la différence entre le PIB à prix constants et le revenu intérieur brut (RIB) réel17. Le PIB à prix constants est une mesure en volume de la production. Cependant, le revenu réel que les résidents tirent de la production intérieure dépend également de l’évolution des termes de l’échange du pays. Si les prix des exportations d’un pays augmentent plus rapidement que ceux de ses importations (c’est-à-dire si les termes de l’échange s’améliorent), le montant d’exportations nécessaire pour payer un volume donné d’importations sera plus faible. En conséquence, l’amélioration des termes de l’échange d’un pays permet aux résidents de ce pays d’acheter un plus gros volume de biens et services au moyen des revenus tirés d’un niveau donné de production intérieure.

Par conséquent, lorsque les termes de l’échange se modifient, l’évolution du PIB à prix constants peut sensiblement s’écarter de celle du RIB réel. Les économistes appellent généralement cette différence ≪gain (ou perte) d’échange≫. Le calcul du gain (ou de la perte) d’échange est décrit à l’encadré 7.

Les pays trouvent utile de mesurer en termes réels non seulement le RIB, mais aussi les autres agrégats des comptes nationaux. Par exemple, dans un certain nombre de pays, les envois de fonds reçus des travailleurs à l’étranger sont cruciaux pour la demande intérieure, de sorte que la limitation des opérations au calcul du PIB à prix constants peut induire en erreur. En particulier, le profil de croissance du revenu disponible réel de ces pays peut différer beaucoup de celui de leur PIB, car les envois de fonds varient en fonction des développements intervenus dans le reste du monde.

Encadré 7.Calcul des gains (pertes) d’échange résultant des variations des termes de l’échange

Les gains (pertes) d’échange s’expriment comme suit:

où le premier terme correspond au solde des biens et services (exportations de biens et services (X) moins importations de biens et services (M) calculé à l’aide d’un déflateur simple, P, et le second terme est le solde des biens et services résultant de la différence entre une mesure en volume (par exemple à prix constants) des exportations et une mesure en volume des importations—c’est-à-dire après déflation de X et M par les indices de prix respectifs des exportations et importations, Px et PM. Il y a lieu de noter dans le deuxième terme que, lorsque, par exemple, les prix des exportations augmentent plus lentement que ceux des importations, la somme déduite du premier terme est plus grande et l’effet des termes de l’échange plus faible. Dans nombre d’économies, le montant déflaté des importations peut dépasser celui des exportations et le second terme est négatif. Dans pareils cas, il est fort souhaitable que l’économie calcule la perte d’échange, car il est possible que celle-ci neutralise toute croissance positive du PIB.

Il convient de noter également que l’ampleur de l’effet des termes de l’échange dépend du déflateur utilisé dans le premier terme. Les experts ne sont pas d’accord sur le choix du déflateur à appliquer à cette composante. Ils ont proposé d’utiliser l’indice des prix des importations et celui des prix des exportations, selon que le solde est négatif ou positif. Le gain d’échange serait à interpréter comme étant l’accroissement du pouvoir d’achat pour un groupe de biens et services échangés. Certains prônent l’utilisation d’une moyenne simple des indices des prix des importations et des exportations. Il y a de bonnes raisons de choisir le déflateur implicite des prix de la dépense intérieure brute, qui cadre avec la définition du revenu national réel.

Les liens entre les agrégats du revenu réel sont les suivants:

  • PIB en volume ou à prix constants—PIB de l’année en cours évalué aux prix de l’année de baseplus le gain ou la perte d’échange résultant de la variation des termes de l’échange
  • Est égal au revenu national brut réelplus les revenus primaires réels reçus de l’étrangermoins les revenus primaires réels à verser à l’étranger
  • Est égal au revenu national brut réelplus les transferts courants réels à recevoir de l’étrangermoins les transferts courants réels à verser à l’étranger
  • Est égal au revenu national brut réel disponible.

Le choix du déflateur servant à mesurer ces composantes du revenu réel n’est pas clair, parce qu’aucun déflateur ne peut directement être appliqué aux revenus primaires et aux transferts en provenance ou à destination de l’étranger. Cependant, il importe que le déflateur comporte de nombreuses composantes, et les pays utilisent souvent le déflateur implicite des prix de la dépense intérieure brute18.

Comptes nationaux trimestriels

Un autre aspect connexe important des statistiques macroéconomiques est l’établissement de comptes nationaux trimestriels (CNT), qui doivent être disponibles en temps opportun pour être utiles à la planification macroéconomique. Les CNT sont une étape vers laquelle les pays progressent naturellement une fois qu’ils ont établi les comptes annuels. Le champ potentiel des CNT est la séquence entière des comptes du SCN 1993. Bien que le PIB et ses composantes soit le point de départ important habituel, l’établissement de ces comptes présuppose la disponibilité de données-sources actuelles et exactes recouvrant directement une grande proportion de l’ensemble des agrégats.

Les personnes qui établissent les comptes nationaux doivent veiller à ce qu’il y ait cohérence entre les CNT et les comptes annuels correspondants, à la fois pour la convenance des utilisateurs et—plus fondamentalement—pour le calage des données, processus qui consiste à incorporer les informations des comptes annuels dans les estimations trimestrielles. En outre, les statisticiens doivent recourir à la pratique des révisions pour pouvoir diffuser les données à temps et incorporer par la suite les nouvelles données.

Frontières importantes

Il convient de noter que les pays tracent des frontières importantes pour définir la portée et le traitement des événements qui se produisent au sein de leur économie. Ce sont la frontière de la production, qui définit le champ de l’activité de production; la frontière des actifs, qui distingue les opérations sur actifs du revenu et des dépenses; et la frontière entre les transferts courants et les transferts en capital, qui a un impact sur la mesure de l’épargne.

Frontière de la production

La définition de la production adoptée dans les comptes nationaux détermine le champ des activités couvertes et la taille de l’économie dont les comptes sont le reflet. Le système définit la production en termes généraux comme une activité dans laquelle une unité utilise des entrées pour produire des biens et services propres à être fournis à d’autres unités, individuellement ou collectivement, avec ou sans modification.

La définition de la frontière de la production est le résultat d’un compromis, mais d’un compromis délibéré qui tient compte des besoins de la plupart des utilisateurs. Il s’agit de trouver un équilibre entre la volonté des utilisateurs de disposer de comptes qui soient le plus complets possible et la nécessité d’empêcher les données de flux utilisées pour l’analyse du comportement et des déséquilibres du marché d’être envahies par des valeurs non monétaires. En conséquence, le SCN 1993 inclut dans le domaine de la production les activités suivantes:

  • la production de tous les biens par une unité, que ce soit pour son propre compte ou pas;
  • la production par une unité de services qui sont fournis à d’autres unités;
  • la production pour compte propre de services de logements par les propriétaires-occupants;
  • la production de services domestiques et personnels grâce à l’emploi de personnel domestique rémunéré.

Le système inclut la production pour compte propre de biens mais non de services. En effet, il inclut les biens produits par les unités pour leur propre compte, car celles-ci peuvent en faire un usage marchand ou non marchand. Cependant, il exclut les services produits pour compte propre, car les unités les consomment à mesure qu’elles les produisent. Par exemple, si la production incluse était limitée aux biens et services produits par une unité et vendus à une autre, la production de subsistance (produite et consommée par la même unité) en serait irréalistement exclue. D’un autre côté, si le champ de la production recouvrait tous les biens et services, il inclurait la production de subsistance, mais aussi, et inutilement, les services fournis par une unité à elle-même, tels que la préparation de repas, le nettoyage, les réparations ménagères, la garde des enfants, etc.

Ces activités sont toutes des activités productives au sens économique du terme. Cependant, leur inclusion dans le système n’est pas simplement affaire d’estimation des valeurs économiques de leur production. Si les analystes devaient attribuer des valeurs à la production, il leur faudrait aussi estimer les mesures concomitantes du revenu et de la consommation. Manifestement, la signification économique de ces flux non monétaires diffère de celle des flux monétaires. Par exemple, les revenus qu’ils engendrent sont automatiquement liés à la consommation de la production obtenue, et présentent donc peu d’intérêt pour les analystes qui cherchent à évaluer les déséquilibres du marché au sein de l’économie.

En ce qui concerne les secteurs et leur frontière, ce sont les secteurs des sociétés financières et non financières qui produisent la plupart des biens et services. Cependant, il n’est pas inhabituel de voir le secteur des ménages en produire un grand nombre, en particulier mais pas uniquement, dans les pays en développement.

Les sociétés financières offrent parfois leurs services contre une rémunération explicite. Dans pareils cas, la mesure de leur production est chose simple pour les analystes. Cependant, les intermédiaires financiers et sociétés d’assurance peuvent se faire rémunérer indirectement pour leurs services, et les analystes doivent alors estimer leur production. Par exemple, les intermédiaires financiers prélèvent une commission de service qui est incluse dans les intérêts qu’ils versent sur leurs emprunts (dépôts compris) et les intérêts qu’ils perçoivent sur leurs prêts. C’est la commission au titre des services dits d’intermédiation financière mesurés indirectement (SIFMI), et les analystes doivent l’attribuer aux utilisateurs des services financiers.

Les analystes doivent en outre ajuster le niveau effectif des flux d’intérêts pour tenir compte de la commission de service. Par exemple, les primes que les sociétés d’assurance perçoivent comprennent une commission de service, que les analystes peuvent estimer approximativement en déduisant des primes la valeur des indemnités et les variations des réserves appartenant aux assurés.

Les ménages tirent essentiellement leurs revenus de prestations de travail et les utilisent à des fins de consommation et d’épargne. Cependant, ils ont souvent une production qui ne peut pas être attribuée à une unité institutionnelle distincte. Dans l’agriculture en particulier, une partie de la production est souvent consommée par l’exploitant sans passer par le marché. Les analystes doivent estimer cette production et cette consommation et en tenir compte dans le calcul du PIB. Dans les pays en développement, il se peut qu’une partie de la population vive dans le secteur de subsistance, et cette production pour compte propre peut être considérable.

Quant aux administrations publiques et aux ISBLSM—par exemple les syndicats et les œuvres de bienfaisance —, elles produisent des biens et services pour répondre à des besoins individuels ou collectifs. Bien que fournis à titre gratuit, ces services sont inclus dans le champ de la production.

Frontière des actifs

Le champ délimité par la frontière des actifs inclut les actifs financiers et fixes ainsi que les actifs non produits (naturels) sur lesquels des droits de propriété effectifs sont exercés par des unités privées ou autres. Le champ des actifs se limite aux entités sur lesquelles des droits de propriété ont été établis et dont la détention ou l’utilisation dans des activités économiques peuvent procurer des avantages économiques aux propriétaires. Ces avantages peuvent provenir de l’utilisation des actifs (immeubles et machines, par exemple) dans la production. D’autres actifs procurent des avantages sous la forme de revenus de la propriété (comme les dividendes et les intérêts), tandis que d’autres encore peuvent être détenus comme réserve de valeur (métaux précieux, par exemple).

Le champ des actifs inclut, à titre d’acquisition d’un actif, les dépenses d’exploration minière et pétrolière, car les informations tirées de cette activité sont de nature à assurer à l’entreprise des avantages économiques futurs.

Les gros travaux de rénovation, de reconstruction et d’agrandissement d’actifs existants sont considérés comme relevant de la formation de capital, car ils accroissent la performance ou la capacité productive des actifs en question. Cependant, les travaux ordinaires de réparation et d’entretien sont comptabilisés comme coûts courants de production.

La délimitation de la frontière des actifs est importante, car elle aide les utilisateurs à déterminer s’il faut enregistrer une opération comme revenu/dépense dans les comptes des opérations courantes ou parmi les actifs/passifs aux comptes d’accumulation. De ce fait, elle influe directement sur l’évaluation par les utilisateurs des soldes des comptes des opérations courantes—PIB, revenu national et épargne.

Frontière entre transferts courants et transferts en capital

Les comptes nationaux incluent les transferts—c’est-à-dire les opérations entre unités institutionnelles dans laquelle une unité (par exemple une administration publique) ne reçoit directement rien d’une autre en contrepartie. Tous les transferts accroissent la valeur nette de l’unité bénéficiaire.

Le SCN 1993 établit une distinction importante entre les transferts courants et les transferts en capital. Les transferts courants contribuent au revenu disponible (et à l’épargne), tandis que les transferts en capital sont liés à un actif. C’est ainsi que le paiement de droits de succession serait un exemple de transfert en capital; l’acquisition de prestations sociales serait un transfert courant. Une remise de dette reçue par un pays améliorerait sa situation, mais il serait erroné de faire état d’une augmentation de son épargne. Dans le SCN 1993, les remises de dettes sont enregistrées au compte de capital parmi les transferts en capital.

Indicateurs de la main-d’œuvre

Un autre aspect important des statistiques macroéconomiques est qu’elles permettent de mieux connaître l’évolution du marché du travail. En effet, les données agrégées sur l’emploi (personnes ayant un emploi, heures ouvrées, gains, etc.) fournissent aux analystes des informations cruciales pour l’évaluation des résultats économiques. Souvent, à l’aide de ces indicateurs, ils peuvent évaluer l’efficacité de la politique de l’emploi, en utilisant les données sur la demande (emploi, postes vacants, coûts de main-d’œuvre) et l’offre (chômage, taux d’activité) de main-d’œuvre.

Pour établir les statistiques du travail, les statisticiens ont recours à des enquêtes auprès des entreprises, des enquêtes auprès des ménages et à des sources administratives. Les conférences successives des statisticiens du travail sous les auspices de l’Organisation internationale du travail (OIT) ont mis au point les concepts et définitions des statistiques du travail (encadré 8).

Productivité multifactorielle

En macroéconomie, deux outils de mesure utiles sont les comparaisons de productivité et les indices de productivité. Les comparaisons de productivité (qui consistent à comparer la productivité d’une période donnée entre, par exemple, secteurs économiques, institutions ou régions) s’effectuent à l’aide du ratio sorties/entrées. Pour mesurer les sorties et les entrées, les analystes peuvent les exprimer en termes nominaux et/ou en quantités, comme la valeur ajoutée divisée par le nombre d’heures ouvrées. Les indices de productivité suivent les tendances du ratio sorties/entrées.

Les analystes ont établi des variantes des indices de productivité en considérant des mesures brutes ou nettes des sorties et des entrées de divers types et portées (voir l’encadré 9, page 48, pour de plus amples détails).

Du point de vue de ces outils, les sorties peuvent être le volume de la production (production brute), ou encore la valeur ajoutée en volume (production nette, compte tenu de la consommation intermédiaire). Cette dernière mesure est particulièrement attrayante pour les décideurs—elle est directement liée au PIB, qui, comme on l’a vu plus haut, est la somme des valeurs ajoutées par les établissements résidents d’un territoire économique. Cela, en particulier, fait des mesures de la productivité des instruments pertinents pour diverses considérations de politique économique. Par exemple, une croissance rapide du PIB en volume accompagnée d’une augmentation de la productivité se traduira par des pressions moindres de la demande sur les entrées (et, partant, par une plus faible inflation par les coûts) qu’une croissance rapide sans augmentation de la productivité.

Le manuel de l’OCDE, Mesurer la productivité (2001), fournit des orientations supplémentaires sur la mesure de la croissance de la productivité au niveau agrégé et par branche d’activité.

Comptabilité environnementale et économique

La prise de conscience accrue de la nécessité de soutenir le développement économique a donné lieu à une demande croissante de données montrant l’interaction de l’économie et de l’environnement. L’épuisement des actifs du sous-sol et des ressources halieutiques ainsi que les dommages causés à l’environnement physique sont de graves sujets de préoccupation pour les pouvoirs publics, accroissant la nécessité d’établir des données et des cadres comptables analytiques qui permettent aux responsables d’élaborer des politiques solides et d’en assurer le suivi.

Encadré 8.Statistiques du travail

Les statistiques du travail fournissent des données détaillées sur l’emploi et le chômage d’un point de vue à la fois économique et social.

L’un des concepts fondamentaux est celui de population économiquement active—composée de toutes les personnes qui, durant une période de référence, constituent l’offre de main-d’œuvre pour la production des biens et services, au sens du SCN 1993.

La population économiquement active du moment (appelée aussi simplement population active) représente le nombre de personnes constituant l’offre de main-d’œuvre à un moment donné. Elle comprend deux catégories mutuellement exclusives: les personnes ayant un emploi et les chômeurs. Pour des raisons pratiques, le cadre des statistiques du travail fixe un âge minimum aux fins de la mesure de l’activité économique—définissant ainsi la population en âge de travailler (cet âge peut varier d’un pays à l’autre).

Les personnes occupées sont celles qui, ayant atteint l’âge spécifié, ont effectué un travail moyennant un salaire ou en vue d’un bénéfice ou d’un gain familial durant la période de référence spécifiée, ou qui avaient un emploi rémunéré ou une entreprise, mais qui n’étaient temporairement pas au travail pour une raison particulière.

Les normes internationales précisent en outre que, à des fins opérationnelles, le travail en question doit être d’une durée d’une heure au moins. Ce critère vise à assurer l’inclusion de tous les types de travail, en particulier ceux qui sont de nature irrégulière, et son application est nécessaire pour que l’emploi total corresponde à la production agrégée.

La définition du chômage selon les normes internationales est fondée sur trois critères qui doivent être remplis simultanément. Les chômeurs sont les personnes qui sont:

  • sans travail (non pourvues d’un emploi salarié ou indépendant, au sens de la définition du terme ≪emploi≫),
  • actuellement disponibles pour travailler (étaient disponibles pour travailler dans un emploi salarié ou indépendant pendant la période de référence) et
  • à la recherche d’un emploi (avaient pris des dispositions particulières au cours d’une période récente spécifiée pour chercher un emploi salarié ou indépendant).

Les personnes faisant partie de la population en âge de travailler qui ne satisfont ni à la définition de l’emploi ni à celle du chômage sont classées dans la population économiquement inactive, c’est-à-dire hors de la population active.

Les données recueillies lors des enquêtes sur la population économiquement active sont réparties en fonction de trois considérations principales:

  • Situation au regard de l’emploi. Les personnes peuvent être classées dans la catégorie des salariés (reçoivent en contrepartie de leur travail des traitements, salaires, commissions, pourboires, une rémunération à la pièce ou en nature), des employeurs (avec un ou plusieurs salariés), des travailleurs pour compte propre, des aides familiales non rémunérées et d’autres catégories de non-salariés.
  • Branche d’activité économique. Il s’agit de l’activité (type de biens produits ou de services fournis) de l’unité économique dans laquelle le salarié travaille.
  • Occupation. Il s’agit du type de travail effectué pendant la période de référence, quelle que soit la branche d’activité ou la situation au regard de l’emploi.

Le Bureau de statistique de l’OIT présente des informations détaillées sur les définitions, concepts et normes de classification sur son site internet (http://www.ilo.org/public/english/bureau/stat/index.htm) et dans ses publications imprimées.

Ces considérations ont un impact sur le bien-être qui dépasse le cadre du SCN 1993. On se référera donc plutôt au Système de comptabilité économique et environnementale des Nations Unies (SCEE; ONU et al., 2003; voir également ONU, 2004) qui fournit un cadre commun d’élaboration des données économiques et environnementales, permettant aux analystes d’évaluer systématiquement la contribution de l’environnement à l’économie et l’impact de l’économie sur l’environnement. Le site internet des Nations Unies présente des informations détaillées sur les définitions, concepts et normes de classification utilisés en comptabilité environnementale et économique.

Le secteur informel et les activités illégales

L’une des nombreuses questions à l’étude dans le réexamen actuel du SCN 1993 est une analyse plus détaillée du traitement de l’économie informelle et des activités illégales, questions qui ne sont pas suffisamment approfondies dans le SCN 1993 et qui sont traitées en partie dans d’autres manuels. Par exemple, le SCN 1993 ne présente pas de recommandations proprement dites sur la méthodologie à appliquer au secteur informel, se contentant de faire référence (SCN 1993, paragraphe 4.159) aux directives de l’OIT sur l’emploi dans ce secteur. Par ailleurs, il ne formule guère de recommandations sur les activités illégales (SCN 1993, paragraphes 6.30-6.33). Pourtant, le secteur informel et les activités illégales peuvent représenter une part importante de l’activité économique, surtout dans les pays en développement et les économies en transition.

Des projets d’études, des manuels et directives sur ce sujet sont disponibles (par exemple, voir OCDE et al., 2002).

Encadré 9.Indices de productivité

Les indices de productivité les plus utilisés sont centrés sur la productivité du travail, qui est le rapport entre production et travail, la production étant exprimée sur une base brute ou nette:

Dans les indicateurs de productivité, le travail peut être exprimé en termes de stock ou en fonction des flux de services correspondants (en termes d’heures ouvrées, éducation, occupation, sexe, etc.). Cependant, les analystes jugent plus utiles les indicateurs de productivité qui tiennent compte de l’éventail complet des facteurs que ceux qui n’en considèrent qu’un, comme la productivité du travail.

Le champ des facteurs entrant dans ces indices de productivité multifactorielle (PMF) peut être défini de deux manières selon le concept de production retenu:

Les indicateurs décrits ci-dessus supposent que l’économie fonctionne à rendement d’échelle unitaire constant—autrement dit, si l’on multiplie les entrées par un facteur donné, la production potentielle augmente d’autant. Les économistes ont noté que le rendement d’échelle influe sur les indicateurs de productivité, qu’il y ait un seul ou plusieurs facteurs. En d’autres termes, un rendement d’échelle décroissant atténue l’impact de la croissance des entrées au dénominateur de l’indice de productivité et, par conséquent, l’augmentation des entrées neutralise dans une moindre mesure celle de la production qu’en cas de rendement d’échelle unitaire constant. Un rendement d’échelle croissant amplifie l’impact de la croissance des entrées au dénominateur et, partant, neutralise la croissance de la production au numérateur dans une mesure plus grande que lorsqu’il y a rendement d’échelle unitaire constant. Le rendement d’échelle est le principal paramètre inconnu dans le calcul des indices de productivité, mais les économistes peuvent le tirer simplement des prix et quantités mesurés d’entrées et sorties avec rendement d’échelle décroissant ou constant. La plupart des indicateurs publiés ne sont pas ajustés en fonction du rendement d’échelle et supposent donc qu’il y a rendement d’échelle unitaire constant.

Lorsqu’ils appliquent des indices de PMF, les économistes utilisent des nombres-indices pour agréger les variations relatives de nombreux types de sorties, d’entrées intermédiaires et d’entrées primaires caractéristiques de la plupart des économies et saisies à un certain niveau de détail par les systèmes statistiques retenus. Les indices de productivité multifactorielle sont généralement calculés selon la formule dite de Törnqvist, car elle a des propriétés de nombre-indice exceptionnelles du point de vue microéconomique et, par conséquent, relève de la catégorie de formules que Diewert (1976) qualifie de superlative.

Annexe: tableaux des ressources et des emplois

L’illustration du compte de biens et services au tableau 2 a montré, pour l’ensemble de l’économie, comment le total des ressources (production aux prix de base plus impôts, moins subventions, sur les produits plus importations) est égal au total des emplois aux prix d’acquisition (consommation intermédiaire plus formation de capital plus exportations). Cette présentation est désagrégée dans les tableaux des ressources et des emplois, qui présentent les données par produit et par branche d’activité.

Les tableaux des ressources et des emplois sont des matrices rectangulaires. Ils comprennent un tableau des ressources, dans lequel les produits sont portés en lignes et les branches d’activité productrices19 en colonnes, et un tableau des emplois, dont les lignes sont consacrées aux mêmes produits, mais dont les colonnes indiquent la consommation intermédiaire (par branche d’activité) et les emplois finals.

Les tableaux des ressources et des emplois ont une double finalité—statistique et analytique. Dans leur usage à des fins statistiques, ils facilitent la vérification de la cohérence des statistiques sur les flux de biens et services obtenues de sources statistiques très différentes, comme les enquêtes sur l’industrie, les dépenses des ménages ou les investissements, et les statistiques du commerce extérieur. Ils offrent un cadre permettant aux économistes de calculer une grande partie des données sur la production incluses dans les comptes nationaux et de détecter les déficiences des données sous-jacentes. Utilisés à des fins analytiques, ils peuvent être directement intégrés dans les modèles macroéconomiques de l’économie et être convertis en tableaux entrées-sorties carrés permettant d’étudier le lien entre la demande finale et la production industrielle.

La méthode d’établissement des flux détaillés de produits—pour vérifier les estimations des emplois des produits—est traditionnellement appelée méthode des flux de produits. Utilisant les statistiques de base sur les ressources et emplois de biens et services, elle comporte quatre étapes essentielles:

  • estimation des ressources aux prix de base des produits (ou groupements de produits);
  • ajustement de ces estimations en fonction des prix d’acquisition;
  • estimation des emplois des produits;
  • comparaison des résultats.

Les économistes exploitent à fond la puissance de cette méthode lorsqu’ils procèdent indépendamment à des estimations séparément des différents emplois du produit, qu’ils rapprochent ensuite des estimations de ses ressources. Même lorsqu’ils ne disposent pas d’informations complètes (par exemple lorsqu’ils ont estimé un emploi par soustraction), cette méthode leur permet de bien vérifier si les données sont raisonnablement cohérentes et peut les aider à détecter leurs principales déficiences.

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