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Pays émergents d’Europe: Bosnie–Herzégovine: sur la voie de l’adhésion à l’Ue

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
December 2008
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Un nouvel accord signé par la Bosnie–Herzégovine ouvre la voie à son entrée dans l’Union européenne (UE). Toutefois, après des années de croissance robuste et de politiques solides, c’est sur fond de crise économique mondiale que le pays doit préparer son adhésion.

Le 16 juin 2008, la Bosnie–Herzégovine a signé avec l’UE un accord de stabilisation et d’association (ASA) ouvrant la voie à son entrée dans l’Union. Cet accord représente un tournant décisif pour le pays. Il marque la fin d’une douzaine d’années de progrès sensibles dans la reconstruction de son économie après les ravages de la guerre de 1992–95.

Cependant, le nouvel accord signifie aussi que, après des années de croissance soutenue par une politique macroéconomique avisée, la réforme des secteurs clés et une conjoncture extérieure favorable, la Bosnie–Herzégovine est confrontée à un nouveau défi: comment préparer son adhésion à l’UE dans une économie mondiale en crise.

Le pays a fait de gros progrès. La reconstruction de l’après-guerre et la croissance de la consommation et de l’investissement publics ont relevé le niveau de vie, avec une hausse de 44 % des salaires réels entre 2000 et 2007. Le régime de caisse d’émission a contribué à réduire l’inflation à un niveau proche de celui observé dans la zone euro. Le système bancaire a été en grande partie privatisé et les réserves internationales ont été sensiblement dopées.

Toutefois, des déséquilibres économiques ont commencé à se faire jour, l’essor de la demande intérieure étant porté de plus en plus par les entrées de capitaux et l’expansion rapide du crédit. Le déficit extérieur courant a atteint 12,7 % du PIB en 2007 et devrait se creuser davantage.

Jusqu’à présent, le taux de change effectif réel est resté stable et la croissance des exportations, vigoureuse. Mais l’inflation est montée à 10 % en juillet 2008. Cette évolution tient en grande partie, il est vrai, aux chocs sur les prix des produits alimentaires et énergétiques, mais la hausse de l’inflation sous-jacente, passée à environ 4 %, n’y est pas étrangère. Une politique budgétaire procyclique a ajouté à ces déséquilibres.

En ce qui concerne la création d’un climat propice aux entreprises, la Bosnie–Herzégovine se classe derrière les autres pays de la région. Le secteur public (près de 50 % du PIB) est vaste et nombre d’entreprises restent à restructurer. La privatisation a été inégale et le marché du travail se caractérise par un chômage élevé, surtout structurel (23 % de la population active) et de faibles taux de participation.

La complexité du système politique complique la prise de décision. L’accord de paix de Dayton a créé deux entités en grande partie autonomes — la République serbe de Bosnie (Republika Srpska) et la Fédération croato-bosniaque de Bosnie–Herzégovine (Fédération) — divisée en dix cantons ethniquement forts, unis par un gouvernement central (État) doté d’un mandat limité. Cette structure entraîne la duplication de nombreuses fonctions de politique intérieure et réduit les incitations à la coopération.

Du fait de la crise financière mondiale, il est devenu encore plus urgent d’atténuer les facteurs de vulnérabilité du pays. La détérioration de la santé financière des banques européennes opérant dans le pays et un ralentissement marqué de l’activité en Europe posent des risques pour cette petite économie ouverte.

Pour l’instant, l’impact de la crise a été limité. La banque centrale a promptement assoupli l’obligation de réserves, ce qui a permis aux banques commerciales de faire face à une montée soudaine des retraits et aidé à rétablir la confiance du public, ébranlée par une vague de mauvaises nouvelles économiques de l’étranger.

Mais il y a des signes de durcissement de la situation financière des banques étrangères présentes dans le pays, ce qui pourrait entraîner une réduction des prêts. Un certain ralentissement de l’expansion du crédit serait en fait souhaitable, car il contribuerait à freiner la demande intérieure, mais une cessation brutale des prêts extérieurs pourrait nuire à la croissance et à la stabilité externe. La baisse prévue des prix des exportations par rapport à ceux des importations ajoutera aux pressions sur le compte des transactions courantes, faisant craindre pour la compétitivité extérieure.

Dans son évaluation récente, le FMI met l’accent sur la nécessité de préserver la stabilité macroéconomique et de renforcer l’offre. La demande intérieure devra être maîtrisée de manière à contenir l’inflation et réduire le déficit des transactions courantes.

En raison de son régime de caisse d’émission, le pays ne peut utiliser la politique monétaire pour contrer la hausse de la demande et doit donc recourir à la politique budgétaire et à la politique des revenus. L’équilibre budgétaire assurerait la viabilité des finances publiques et serait une règle simple à suivre dans le système politique et économique complexe de la Bosnie–Herzégovine.

Il importe en outre de contenir les hausses de salaires dans le secteur public, car ceux-ci influent directement sur la position budgétaire globale et donnent le ton pour la détermination des salaires dans le reste de l’économie. Sur le plan structurel, les priorités sont les suivantes: restructurer le secteur des entreprises, simplifier la réglementation qui leur est applicable, renforcer l’État de droit, réduire la taille de la fonction publique et accroître son efficacité.

Tout cela représente un programme ambitieux, dont l’exécution exigera une étroite coordination des politiques. Bien que les tensions politiques intérieures aient souvent distrait les gouvernements de leur tâche de réforme, des signes encourageants sont apparus cette année. Un Conseil budgétaire (organe chargé de la coordination de la politique budgétaire) a été créé et une entente s’est dégagée sur une formule permanente d’affectation des recettes indirectes. De plus, l’ASA promet de devenir le catalyseur d’un nouvel élan réformiste.

Milan Cuc

Département Europe du FMI

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