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Retombées de la crise: L’Amérique latine résiste mieux aux chocs

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
December 2008
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Longtemps connue pour ses crises économiques récurrentes, l’Amérique latine affiche aujourd’hui une résistance plus forte aux turbulences financières que d’autres parties du globe.

On peut penser que cette situation s’explique en partie par la modification profonde, ces dernières années, des liens économiques et financiers entre cette région et le reste du monde.

Un ouvrage récent, publié sous l’égide de Martin Mühleisen (chef de division au Département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation du FMI), Shaun K. Roache (économiste au Département financier du FMI) et Jeronim Zettelmeyer (directeur des études économiques à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement), examine les liens économiques entre l’Amérique latine, les États-Unis, le Canada et d’autres régions importantes. Cette étude, intitulée Who’s driving Whom?: Analyzing External and Intra-Regional Linkages in the Americas, présente un travail original de ces économistes, qui appartenaient alors au Département Hémisphère occidental du FMI, et permet de mieux comprendre l’évolution de ces liens. MM. Mühleisen et Roache évoquent ces travaux.

Bulletin: Comment vous est venue l’idée de cette compilation?

M. Roache: Il s’agissait de dresser le bilan des travaux sur les liens économiques et les retombées des crises effectués par le Département Hémisphère occidental du FMI fin 2006. Un groupe de 15–20 économistes s’est efforcé de jeter un regard neuf sur des questions du type «quand les États-Unis éternuent, l’Amérique latine s’enrhume», et cela a donné des résultats remarquables. Les conclusions de ces travaux ont aussi été analysées à l’occasion d’un séminaire de recherche organisé par le FMI en 2007.

Bulletin: Il est significatif qu’aucun pays latino-américain ne figure parmi les premiers États membres qui se sont tournés vers le FMI durant la crise actuelle. Cependant, les pays de cette région ne sont pas à l’abri des chocs qui ont frappé l’économie mondiale, comme vous le soulignez dans cet ouvrage. Quel impact les turbulences actuelles auront-elles sur eux?

M. Mühleisen: Les pays d’Amérique latine n’ont pas ménagé leurs efforts, ces dernières années, pour accroître leur résistance aux crises, et le boom des produits de base qui vient de s’achever les a certainement aidés. Toutefois, nos travaux laissent aussi penser que l’intégration commerciale et financière a renforcé les liens entre le cycle économique latino-américain et le monde extérieur. On peut donc s’attendre à ce que le durcissement des conditions de crédit et le ralentissement de l’activité mondiale finissent par avoir un impact.

À titre d’exemple, nous présentons un modèle empirique qui montre la contribution des chocs extérieurs aux fluctuations de la production régionale entre 1994 et 2007. On estime que l’incidence globale d’une baisse de la croissance mondiale (pondérée par les exportations) sur l’Amérique latine est d’environ un pour un — autrement dit, 1 point de croissance mondiale en moins entraîne un repli similaire de la croissance régionale. Cela dit, l’Amérique latine est bien sûr un ensemble hétérogène et les effets d’un tel choc varieront sans doute beaucoup selon les pays, en fonction de leurs structures économiques et financières.

Bulletin: Les États-Unis sont au bord de la récession. Par quels canaux celle-ci se propagera-t-elle le plus aux pays d’Amérique latine?

M. Mühleisen: Des éléments de preuve relativement solides indiquent que les liens financiers ont été le principal mécanisme de transmission des fluctuations du cycle économique. Les mouvements des marchés de capitaux ont été très rapides, et les prix des actifs ont constitué le mécanisme de transmission essentiel. Les flux de capitaux ont été moins importants à cet égard, car leurs renversements éventuels surviennent d’ordinaire avec un certain décalage. Il existe néanmoins des raisons de croire que la résistance de l’Amérique latine aux chocs financiers venus des États-Unis s’est accrue ces dernières années: la réponse des écarts de rendement sur les obligations souveraines aux chocs financiers venus des États-Unis s’est émoussée. Les politiques économiques ayant gagné en souplesse, le secteur financier devrait moins amplifier les chocs qu’il ne le faisait dans le passé.

Bulletin: Quel est le degré de développement et d’intégration des marchés financiers latino-américains? Dans les circonstances actuelles, est-ce un avantage ou un inconvénient?

M. Roache: Les nombreux travaux qui analysent comment les marchés financiers latino-américains se sont développés ces dernières années démontrent amplement que les chocs financiers mondiaux se transmettent à la région. Les «surprises» de la politique monétaire américaine — les plus souvent étudiées — ont eu un impact important sur les marchés d’actions nationaux et les écarts sur les crédits souverains. Il apparaît que ces effets sont en général plus forts dans les pays qui ont opté pour une parité fixe que dans ceux où le taux de change est flexible. Il semble aussi que l’intensité des retombées sur les marchés d’actions soit liée de façon positive à l’ouverture et à la liquidité des marchés financiers ainsi qu’au degré d’intégration financière et réelle. Ces retombées ont augmenté au fil du temps, et c’est pour cela qu’il importe de constituer des réserves de sécurité et de mettre en place un cadre de réglementation adéquat.

Bulletin: Que doivent faire les pays d’Amérique latine pour tirer le meilleur parti, à long terme, des chances que peut offrir la mondialisation?

M. Mühleisen: La région est très bien placée pour recueillir les fruits de la mondialisation sans devenir nécessairement plus vulnérable aux chocs extérieurs. En règle générale, les résultats de nos recherches et l’examen plus large des travaux consacrés à ces questions laissent penser que les politiques économiques avisées — taux de change flexible, faible inflation, politique budgétaire responsable — tendent à déboucher sur de meilleurs chiffres de croissance, aident à réduire la pauvreté et entraînent une diminution de la vulnérabilité.

De fait, de nombreux pays de la région ont déjà accompli des progrès sensibles dans ce sens, que ce soit dans la gestion macroéconomique ou sur le plan structurel et institutionnel. Les retombées de la crise mettront certes à l’épreuve certains d’entre eux, mais les performances récentes de la région montrent que les liens économiques et financiers entre l’Amérique latine, les États-Unis et les autres régions ont profondément changé.

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