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Le FMI aide l’Islande à surmonter la crise: Islande

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
December 2008
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La crise financière qui ébranle actuellement la planète a inscrit l’Islande (300.000 habitants à peine) au nombre de ses premières victimes.

Pour en surmonter les conséquences, le pays a élaboré un programme complet pour lequel il a demandé l’aide du FMI. Le 24 octobre, celui-ci a annoncé l’octroi d’un prêt totalisant 2,1 milliards de dollars au titre du mécanisme rapide de financement d’urgence.

Le Conseil d’administration du FMI a approuvé l’accord de confirmation de deux ans le 19 novembre, et mis 827 millions de dollars à la disposition immédiate de l’Islande. Le reste sera payé en huit versements de montant égal, sous réserve d’examens trimestriels. Le programme économique islandais prévoit que le prêt du FMI couvrira environ 42 % du déficit de financement national entre 2008 et 2010. Le reste sera couvert par les créanciers officiels bilatéraux.

Dans l’entretien qui suit, Poul Thomsen, chef de mission du FMI pour l’Islande et Directeur adjoint du Département Europe, évoque la crise et le programme du pays pour remédier à ses retombées.

Bulletin: Que s’est-il passé en Islande?

M. Thomsen: L’Islande a laissé se développer un système bancaire surdimensionné, qui dépassait nettement la capacité des autorités à intervenir en tant que prêteur en dernier ressort lorsque des problèmes sont survenus. Il y a seulement quelques années, ce système était d’envergure normale. Mais une fois la privatisation du secteur bancaire achevée, en 2003, les banques ont augmenté leurs avoirs, qui représentaient un peu plus de 100 % du PIB, à près de 1.000 % du PIB.

Quand la crise de confiance s’est accentuée, cet automne, l’Islande en a été l’une des premières victimes parce que le marché s’est rendu compte que le système bancaire était bien trop important en regard de la taille de l’économie. Le retrait des investisseurs a rapidement mis la couronne islandaise en situation périlleuse. En une semaine, les trois banques ont fait faillite, la couronne a chuté de plus de 70 %, et le marché boursier a perdu plus de 80 % de sa valeur. Pour une petite économie entièrement tributaire des importations, cette crise revêtait des proportions gigantesques.

Bulletin: Qu’espère obtenir le programme financé par le FMI?

M. Thomsen: Dans l’immédiat, il privilégie la stabilisation de la couronne. L’économie islandaise demeure très endettée. L’essentiel de la dette est libellée en devises ou indexée sur l’inflation, de sorte que quand la couronne se déprécie, le service de la dette devient beaucoup plus coûteux. Si nous ne mettons pas terme au déclin de la couronne, nous allons probablement assister à une série de défaillances dans le secteur des entreprises et celui des ménages, ce qui aggraverait encore l’état de l’économie.

C’est pourquoi le programme financé par le FMI propose d’appliquer, au cours des deux prochains mois, des mesures monétaires et de change pour rétablir la confiance dans la couronne. À court terme, cela signifie une hausse des taux d’intérêt. Les mouvements de capitaux seront également assujettis à des restrictions. Nous conseillons aux autorités de ne pas les lever avant que la stabilité ne revienne sur le marché des changes.

Bulletin: N’est-il pas inhabituel de la part du FMI d’accepter des contrôles sur les opérations en capital?

M. Thomsen: Ces contrôles existent en fait depuis la défaillance des trois banques, début octobre, puisque seuls les paiements des importations prioritaires et d’autres opérations du compte courant ont été autorisés depuis. Le programme du FMI a pour priorité de lever toutes les restrictions sur le compte courant et sur le compte de capital de sorte que l’Islande puisse revenir à la monnaie entièrement convertible qui a été la sienne pendant de nombreuses années. En réalité, toutes les restrictions pesant sur le compte courant ont maintenant été levées, ce qui marque la première étape d’un retour à la normale.

Néanmoins, pour éviter qu’une sortie massive de capitaux n’entraîne un nouvel effondrement de la couronne, les restrictions sur le compte de capital resteront en place à court terme. En conséquence, les autorités ont légalement officialisé le régime existant de fait durant la dernière semaine de novembre afin d’améliorer son efficacité, son assise réglementaire et sa transparence. La levée de tous les contrôles sur les mouvements de capitaux durant l’exécution du programme financé par le FMI, à mesure que la confiance se rétablit, est un objectif majeur.

Bulletin: Le FMI demande-t-il à l’Islande de réduire ses dépenses?

M. Thomsen: Nous ne demandons pas à l’Islande de se serrer la ceinture au milieu d’une récession. Pendant la première année du programme, les stabilisateurs budgétaires automatiques pourront fonctionner librement. Cela signifie que le déficit budgétaire primaire va passer de ½ % du PIB en 2008 à 8½ % du PIB environ en 2009. Nous ne suggérons pas à l’Islande de lutter contre cette dégradation parce nous estimons malavisé, face à une récession profonde, d’entamer un processus d’assainissement budgétaire.

Cela dit, l’Islande devra assainir ses finances quand la situation se redressera. En raison de la crise bancaire, l’Islande est devenue du jour au lendemain l’un des pays avancés les plus endettés d’Europe, alors qu’elle était le moins endettée: la résolution des problèmes du secteur bancaire coûtera probablement au secteur public quelque 80 % du PIB. Il appartient aux autorités islandaises de définir les moyens précis par lesquels elles procéderont à cet assainissement — réduction des dépenses ou augmentation des recettes, ou un mélange des deux.

Bulletin: Quel sera le rôle du FMI dans la restructuration des banques?

M. Thomsen: Il convient de noter que l’Islande s’est engagée à reconnaître les obligations envers les déposants assurés et à procéder à la restructuration bancaire dans un souci de justice et d’équité. Pour traiter les problèmes bancaires, les autorités ont adopté une stratégie consistant à distinguer les nouvelles banques des anciennes. Les «nouvelles» banques ont été autorisées à répondre aux besoins bancaires nationaux, les «anciennes» étant pour leur part chargées de la tâche épineuse consistant à mettre de l’ordre dans la plupart des engagements extérieurs.

Le FMI aidera l’Islande à restructurer les banques dans ce cadre général. La stratégie prévoit l’évaluation des actifs des deux types de banques conformément aux pratiques optimales internationales, l’indemnisation des banques anciennes par les nouvelles banques pour toute disparité dans la juste valeur des actifs et des passifs repris, la recapitalisation des nouvelles banques dans le but final de les privatiser, et la récupération d’un maximum d’actifs des banques anciennes. La surveillance et la réglementation bancaires seront également réorganisées de manière à ce qu’une crise bancaire de cette ampleur ne puisse jamais se reproduire.

Bulletin: Quelles sont donc les perspectives pour l’Islande?

M. Thomsen: Il ne fait aucun doute que l’Islande va connaître deux années difficiles. Elle est secouée par un choc colossal sans précédent. Il pourrait s’agir de la restructuration bancaire la plus coûteuse que le monde ait jamais connue par rapport à la taille de l’économie. Selon nous, même en cas de stabilisation de la couronne, le PIB pourrait chuter de 10 % l’an prochain et reculer encore légèrement en 2010.

«Compte tenu de la grande souplesse de l’économie, les perspectives de réussite sont très favorables. Je pense qu’à l’issue des deux années du programme, l’économie islandaise sera de nouveau en croissance.»

—Poul Thomsen

L’élément positif est que l’économie islandaise est très souple. Du fait de sa dépendance à l’égard de la pêche et de l’aluminium, l’Islande a été exposée à de gros chocs par le passé, mais a toujours su s’adapter avec une grande efficacité. Je pressens donc qu’après ce ralentissement plutôt brutal, l’économie pourrait assez rapidement rebondir.

Bulletin: En quoi consisterait la réussite?

M. Thomsen: Les choses se dérouleraient comme suit: au cours des deux prochains mois, les autorités parviennent à stabiliser la couronne et à normaliser les opérations de change du pays de sorte que toutes les entreprises pratiquant l’import-export aient accès au marché des changes.

Une fois la monnaie stabilisée, les autorités devraient pouvoir diminuer progressivement les taux d’intérêt en 2009, lever graduellement le contrôle des mouvements de capitaux, et commencer à s’attaquer aux problèmes budgétaires.

Compte tenu de la grande souplesse de l’économie, les perspectives de réussite sont très favorables. Je pense qu’à l’issue des deux années du programme, l’économie islandaise sera de nouveau en croissance.

Bulletin: Que se serait-il passé si le FMI n’avait pas accordé de financement?

M. Thomsen: Je suis persuadé que l’on aurait alors assisté à un repli sensible de la couronne, à d’immenses difficultés pour les ménages dont les prêts hypothécaires sont indexés sur le taux de change, à des faillites en cascade parmi les entreprises dont les prêts sont indexés sur le taux de change, à une flambée du chômage et à un recul du PIB supérieur aux 10 % actuellement prévus.

Camilla Andersen

Département des relations extérieures du FMI

Les grandes lignes du programme islandais

Les perspectives de croissance de l’Islande sont positives à long terme, car les facteurs économiques de base du pays sont très solides, à commencer par le niveau d’instruction élevé de la main d’œuvre, un environnement favorable aux investissements et la richesse en ressources naturelles. Le programme défini avec le FMI se concentre principalement sur les objectifs suivants :

  • Empêcher une forte dépréciation supplémentaire de la couronne en appliquant une politique monétaire suffisamment stricte dans le cadre d’un régime de taux de change flexible. Les restrictions sur les sorties de capitaux resteront en place à court terme.

  • Élaborer une stratégie globale de restructuration bancaire reposant sur le principe de la collaboration i) en mettant en place une structure organisationnelle efficace pour faciliter le processus de restructuration; ii) en effectuant rapidement l’évaluation des actifs bancaires; iii) en maximisant la reprise d’actifs de banques anciennes; iv) en traitant de façon équitable les déposants et les créanciers des banques qui font l’objet d’une intervention; v) en améliorant les méthodes de contrôle et le régime d’insolvabilité.

  • Assurer la viabilité des finances publiques à moyen terme. Les stabilisateurs budgétaires automatiques pourront fonctionner pleinement en 2009, mais le programme prévoit le lancement en 2010 d’un solide plan de rééquilibrage budgétaire à moyen terme. Cette mesure est nécessaire pour faire face à la forte augmentation de la dette du secteur public qui résultera probablement du coût budgétaire de la recapitalisation du secteur bancaire et de la reconnaissance des obligations relatives à la garantie des dépôts envers les déposants des succursales étrangères de banques islandaises.

Pour de plus amples informations: www.imf.org/external/np/sec/pr/2008/pr08296.htm.

Jeremy Clift

Rédacteur principal

Maureen Burke

Directrice de production

Camilla Andersen

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Simon Willson

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Rédacteurs

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Assistante de rédaction

Kelley McCollum-Basatneh

Niccole Braynen-Kimani

Assistantes de production

Luisa Menjivar

Directrice artistique

Andy Sylvester

Compositeur

Michael Spilotro

Photographe

Édition française

Division française Services linguistiques

Yannick Chevalier-Delanoue

Traduction

Catherine Helwig

Anne Rousseau

Correction et PAO

Le Bulletin du FMI (ISSN 0250-7412) est aussi publié en anglais (IMF Survey) et en espagnol (Boletín del FMI). Douze numéros paraissent chaque année. Les opinions et les informations contenues dans le Bulletin ne représentent pas nécessairement la position officielle du FMI, pas plus que les cartes publiées: les noms et les frontières figurant sur ces cartes ne peuvent être considérés comme représentant l’opinion du FMI ni sur le statut juridique des territoires concernés, ni sur la validité des frontières.

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