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Pays émergents: Les emprunts en devises sont plus risqués pour l’Europe orientale

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
December 2008
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Les marchés émergents d’Europe sont de plus en plus exposés au risque de change, ce qui accroît l’impact de la crise bancaire qui balaie actuellement l’Europe et alarme ceux qui se préoccupent de la stabilité financière.

Une nouvelle étude du FMI montre que 15 % de l’encours actuel du crédit au secteur privé d’Europe orientale est libellé en devises étrangères ou indexé sur elles, au lieu de 4 % seulement une décennie plus tôt. L’euroïsation — qui consiste à contracter un emprunt en euros plutôt qu’en monnaie locale — a aussi accéléré, accroissant les risques.

Changement de comportement

Pourquoi emprunteurs et prêteurs abandonnent-ils les monnaies locales pour l’euro et le franc suisse? Une nouvelle étude du FMI décrit les interactions entre les incitations économiques et les caractéristiques propres des pays, qui expliquent les différences frappantes entre les États qui ont adhéré à l’UE en 2004 (graphique).

Quatre grands facteurs expliquent pourquoi les ménages et les entreprises d’Europe de l’Est privilégient à présent les emprunts en euros et en francs suisses.

  • L’écart entre les taux d’intérêt locaux et ceux de la zone euro est ce qui motive l’emprunt en devises, comme le suggère la théorie économique. Mais à la différence d’autres parties du monde (l’Amérique latine, par exemple), l’instabilité passée des taux de change n’a aucun effet statistiquement significatif. Il est possible que l’appartenance à l’UE accroisse la disposition des gens à accepter le risque de change. Les gens s’attendent à ce que leurs monnaies s’apprécient à mesure que leurs pays convergeront vers les niveaux de prix et de revenu de l’Europe occidentale. En euxmêmes, le régime de change et l’adhésion au mécanisme de change européen — l’antichambre de l’adhésion à l’euro — n’ont aucun impact mesurable.

  • La dépendance du secteur bancaire envers le capital étranger, telle que mesurée par le ratio des prêts aux dépôts, contribue fortement à l’emprunt en devises. Les banques se refinancent elles-mêmes à l’étranger puis transmettent le risque de change à leurs clients, souvent parce qu’elles ne sont pas autorisées à détenir des positions en devises. Que ce financement étranger provienne d’emprunts à l’étranger par les banques résidentes ou de tirages des banques à capital étranger sur les lignes de crédit de leurs banques mères, cela importe peu.

  • Le degré d’ouverture, mesuré par la taille relative du commerce extérieur, n’est pas sans influence. Les recettes venues de l’étranger permettent aux entreprises de couvrir facilement leurs risques de change. Cependant, cela ne paraît pas être le cas pour les ménages: les flux d’envois de fonds ne semblent pas accroître les emprunts en devises.

  • Les régimes réglementaires (coefficient de pondération des risques plus élevé pour les emprunts en devises, par exemple) ont bien un effet mesurable, mais il est très faible. L’incidence de ces régimes disparaît entièrement lorsqu’on inclut les emprunts directs à l’étranger. Ceci montre que les réglementations imposées par les autorités de contrôle nationales sont largement inopérantes quand les emprunteurs ont un accès direct aux prêteurs à l’étranger, comme c’est le cas au sein de l’UE.

En somme, l’emprunt en devises est un effet secondaire de l’adhésion à l’UE. D’abord, avec la libéralisation totale du compte de capital, l’UE offre aux emprunteurs un accès accru au financement étranger, soit par l’intermédiaire des banques locales filiales de banques étrangères, ou directement à l’étranger.

Ensuite, en accroissant l’ouverture des échanges, l’UE offre des possibilités de couverture, en particulier pour le secteur des entreprises. Enfin, l’adhésion à l’UE paraît renforcer la confiance du secteur privé dans la stabilité du taux de change et l’adoption imminente de l’euro, ce qui fait paraître peu probable une dévaluation.

Changement de comportement

Les emprunts en devises sont en très forte hausse dans certains pays mais pas dans d’autres.

(en pourcentage, 2007)

Citation: 37, 11; 10.5089/9781451976410.023.A008

Sources: autorités nationales; services du FMI.

Protection contre le risque

Tandis que les responsables politiques européens, devant la crise bancaire en cours, envisagent de renforcer la réglementation bancaire et d’instituer des règles communes, il serait bon que les nouveaux États membres de l’UE prennent rapidement des mesures pour réduire le risque associé aux positions en devises sans couverture.

La réglementation doit être adaptée à la situation nouvelle créée par l’UE et viser à dissuader emprunteurs et prêteurs de s’exposer au risque de change, au moins jusqu’à ce que les nouveaux États membres adoptent l’euro et que les asymétries de devises finissent par disparaître.

Comme le montre l’étude du FMI, les mesures réglementaires ont peu d’effet, au moins en ce qui concerne le prêt aux entreprises, car l’accès direct au financement à l’étranger permet de les contourner facilement. Comme le droit européen ne permet pas les restrictions au compte de capital, toute mesure concernant les positions en devises exigera une coopération encore plus étroite entre les autorités de contrôle des pays d’origine et des pays hôtes. En ce sens, la crise offre à l’Europe centrale et orientale la possibilité d’améliorer sa stabilité financière, en coopérant avec l’Europe occidentale.

Christoph Rosenberg

Représentant régional du FMI

pour l’Europe centrale et les États baltes

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