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Stabilité financière: FMI: il faut contenir la crise et repenser le système financier

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
March 2009
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Les turbulences qui secouent le système financier mondial exigeront une action globale de la part des autorités nationales pour rétablir la confiance, réamorcer le bon fonctionnement des marchés de crédit et mettre au point des politiques de long terme pour reconstruire le système. Telle est la conclusion du rapport du FMI sur la stabilité financière dans le monde (GFSR).

Les autorités doivent agir de façon suivie et cohérente pour mettre fin à la crise du crédit, née sur le marché américain des prêts immobiliers à risque (subprimes). Dans son rapport, le FMI énonce cinq principes devant guider le rétablissement de la confiance :

  • Adopter en temps utile des mesures globales et clairement expliquées.

  • Chercher à ce que tous les pays prennent des mesures cohérentes et concordantes.

  • Garantir une riposte immédiate grâce à la détection rapide des tensions.

  • Veiller à ce que les interventions d’urgence des pouvoirs publics soient temporaires et à ce que les intérêts des contribuables soient protégés.

  • Poursuivre l’objectif à moyen terme d’un système financier plus solide, plus compétitif et plus efficient.

Le rapport du FMI précise que, dans l’immédiat, la priorité absolue des décideurs est de briser, puis d’inverser, le cercle vicieux des influences négatives entre le système financier et l’économie réelle, par lequel les difficultés des établissements financiers entraînent une dégradation de l’intermédiation du crédit et un ralentissement de la croissance économique, ce qui aggrave la détérioration des conditions de crédit.

Le rapport note que les autorités américaines ont abandonné leur approche fragmentaire de la crise du crédit et s’efforcent d’élaborer une stratégie globale et systématique. Entre autres mesures, le plan actuel prévoit un nouvel apport de liquidités aux marchés de crédit, qui sont bloqués parce que les établissements financiers ont peur de s’accorder mutuellement des prêts, l’achat d’actifs en difficulté pour assainir les bilans des banques et le relèvement du montant des dépôts assurés.

Mais le FMI se demande si les nouvelles mesures suffiront à rétablir la confiance dans le système de crédit, car les détails n’en sont pas encore connus. Cependant, le FMI estime que c’est un pas dans la bonne direction. Pour bénéficier du soutien du public, le programme d’achat d’actifs doit être bien géré et ses objectifs doivent être clairement expliqués.

Pour inverser le cercle vicieux des difficultés que connaissent les marchés financiers et rétablir la confiance, il faut traiter simultanément trois éléments connexes: la dépréciation des actifs, le dysfonctionnement des marchés de financement et l’insuffisance de capital pour soutenir la croissance du crédit.

  • Capital. Pour permettre la croissance continue du crédit et améliorer les ratios de fonds propres des banques, le rapport estime que, à l’échelle mondiale, les banques auront besoin de 675 milliards de dollars de capital supplémentaire. Étant donné que les établissements viables peinent à mobiliser de nouveaux capitaux privés, les autorités pourraient envisager de leur injecter des capitaux en même temps qu’elles liquideraient ou assainiraient les banques non viables.

  • Financement. En raison des difficultés extrêmes que rencontrent de nombreux établissements pour obtenir des financements de montants élevés, des garanties pourraient être envisagées à titre temporaire pour les créances privilégiées et subordonnées des banques. La garantie des dépôts des comptes de détail pourrait aussi être relevée temporairement.

  • Actifs. Les bilans du secteur public pourraient être utilisés pour absorber les actifs sinistrés afin d’éviter qu’ils soient bradés au risque de diminuer les fonds propres des banques. Les pays dont les banques ont de gros engagements sous forme d’actifs sinistrés pourraient envisager le rachat d’actifs par l’État ou un financement par le biais d’une structure de gestion des actifs afin que le processus repose sur la clarté juridique et la responsabilisation.

Tout en traitant la crise immédiate, les autorités nationales doivent aussi réfléchir à plus long terme. Les turbulences ayant provoqué un tel bouleversement, les forces qui tendaient à protéger les pratiques commerciales et les structures réglementaires en vigueur ont reflué, ce qui donne aux autorités une plus grande liberté pour repenser l’architecture financière mondiale. Le secteur privé a aussi un rôle à jouer à cet égard.

«Nous nous trouvons face à la possibilité et à la nécessité de passer à une nouvelle architecture macroprudentielle et réglementaire, caractérisée par une approche plus intégrée et l’harmonisation des normes, ainsi que par une coordination transnationale plus étroite et plus efficace et la collaboration entre autorités de surveillance, autorités de réglementation et banques centrales», lit-on dans le rapport.

Le FMI prône les mesures suivantes :

  • Les autorités doivent veiller à ce que les systèmes utilisés par les entreprises pour mesurer les risques tiennent suffisamment compte du long terme et établir des normes d’information sur les risques qui soient non seulement cohérentes d’une entreprise à l’autre mais aussi d’un pays à l’autre.

  • Les banques et les sociétés de bourse doivent améliorer leur gestion des liquidités, tandis que les banques centrales doivent élaborer des mesures de soutien qui puissent être «appliquées rapidement et de façon souple en cas de tensions généralisées».

  • Les banques qui sont très présentes à l’étranger doivent réévaluer leurs stratégies de prêt transnationales; les autorités doivent quant à elles améliorer la coopération entre pays et élaborer des plans d’action de manière à ce que la législation nationale ne fasse pas obstacle à la coopération internationale pour régler la situation des entreprises qui opèrent dans plusieurs pays.

Les établissements financiers continuent d’accumuler des pertes et, faute d’infusions suffisantes de capital, la viabilité de certains d’entre eux pourrait être compromise. Selon le GFSR, les pertes sur les prêts et les titres basés aux États-Unis pourraient atteindre environ 1.400 milliards de dollars EU.

Les banques ayant perdu environ 560 milliards de dollars jusqu’à fin septembre 2008, le prix de leurs actions a continué de s’effondrer et leurs perspectives de recettes se sont évanouies. La mobilisation des capitaux étant devenue plus difficile, les banques ont eu plus de mal à redresser leurs bilans.

Le risque le plus grave réside dans l’intensification des interactions négatives entre la sphère financière et l’économie réelle. En se fondant sur les Perspectives de l’économie mondiale du FMI, le GFSR prévoit qu’aux États-Unis, dans la zone euro et au Royaume-Uni le crédit va pratiquement cesser de croître au cours de l’année à venir avant de se redresser en 2010.

L’inversion de l’effet de levier est à la fois nécessaire et inévitable, mais elle doit s’opérer de façon ordonnée. En raison des conditions qui prévalent actuellement sur les marchés, ce processus a été compliqué par les ventes d’actifs et la liquidation des actifs arrivés à échéance. Les solutions fondées sur le marché privé et consistant à fixer un plancher pour ces titres se sont révélées inopérantes.

Le gouvernement des États-Unis a récemment approuvé un plan en vertu duquel le Trésor disposera d’environ 700 milliards de dollars, moyennant quelques restrictions, pour acheter les actifs sinistrés basés aux États-Unis dans l’espoir de limiter la vente de ces actifs à prix bradés et d’établir des prix réalistes. L’une des failles de ce plan, toutefois, tient à la difficulté de déterminer les flux de trésorerie qu’engendreront ces actifs compte tenu de l’incertitude ambiante.

Il est nécessaire de soutenir le prix des actifs, mais ce n’est là qu’un des trois éléments de la solution, note le GFSR. Les établissements financiers ont besoin de mobiliser davantage de capital, mais ils ne peuvent pas le faire dans la situation actuelle. Certains investisseurs potentiels se sont manifestés dans un premier temps, mais se sont ravisés depuis. Les modes de fonctionnement actuels des entreprises ainsi que leurs modèles de recettes sont devenus plus incertains, car la titrisation des hypothèques a pratiquement cessé.

Puisqu’il est désormais impossible d’obtenir de nouveaux capitaux sur les marchés privés, il y a lieu d’envisager d’utiliser les bilans du secteur public pour recapitaliser les banques, car les problèmes de solvabilité ont entraîné le blocage des marchés interbancaires. Enfin, les pouvoirs publics prennent des mesures pour fournir au secteur financier et à ses clients les liquidités dont ils ont besoin.

Jusqu’à récemment, les pays émergents semblaient avoir bien résisté aux retombées des problèmes des marchés établis, mais ce n’est plus le cas depuis quelques semaines. Les sorties de capitaux se sont intensifiées, ce qui a entraîné un resserrement des liquidités au niveau international et, parfois, au niveau national. Les problèmes sont plus aigus dans les pays où le système bancaire et le secteur des entreprises sont fortement endettés et tributaires des financements internationaux.

Bien que la notion de «découplage», c’està-dire l’idée que les pays émergents sont de moins en moins dépendants des pays avancés, ait presque disparu du vocabulaire des économistes, certains continuaient d’espérer que, cette fois, les pays émergents ne succomberaient pas. Il est vrai qu’ils ont accompli des progrès dans plusieurs domaines.

Dans l’ensemble, leurs soldes budgétaires sont plus élevés, leurs dettes souveraines moins importantes, leurs réserves de change plus abondantes, leurs structures de décision de meilleure qualité et leurs économies plus saines. Pour beaucoup, ces améliorations sont liées à la flambée récente des cours des matières premières. Cependant, les liens de ces pays avec les marchés mondiaux et les autres économies du monde n’ont cessé de se développer et ont commencé à peser davantage que l’amélioration des indicateurs fondamentaux de l’économie nationale.

En outre, même si de nombreux pays émergents ont vu leur situation budgétaire et financière s’améliorer, d’autres restent vulnérables. Le rapport met en lumière les raisons de la vulnérabilité particulière de certains pays, par exemple de ceux qui sont tributaires de l’amélioration des termes de l’échange ou des prêts extérieurs.

Peter Dattels et Laura Kodres,

Département des marchés monétaires et de capitaux du FMI

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