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Le FMI prévoit un ralentissement mondial

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
March 2009
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L’économie mondiale ralentit sensiblement: elle souffre d’un choc financier extraordinaire et de la persistance des prix élevés de l’énergie et d’autres produits de base, et de nombreux pays avancés sont proches de la récession ou s’y engagent. Ce sont les conclusions du dernier rapport du FMI sur les Perspectives de l’économie mondiale, publié deux jours avant l’Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale à Washington.

Dans les pays émergents, l’activité s’affaiblit aussi après plusieurs années de croissance vigoureuse, mais elle continuera d’alimenter l’expansion mondiale.

Lors de la conférence de presse organisée pour la présentation du rapport, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, a souligné qu’il importait d’entreprendre une action financière et macroéconomique conjointe au stade actuel pour freiner la dynamique négative sur plusieurs fronts. Sur le plan financier, selon lui, il s’agit de concevoir des programmes d’envergure qui permettent de s’attaquer aux problèmes systémiques; sur le plan macroéconomique, il convient d’utiliser les politiques monétaires et budgétaires pour soutenir la croissance et briser la chaîne de réaction négative entre le secteur financier et l’économie réelle.

Perspectives de l’économie mondiale

«Avec de bonnes politiques macroéconomiques et financières — et elles sont disponibles — nous pouvons résister à la tourmente et attendre un début de redressement en 2009», a ajouté M. Blanchard.

Un redressement très progressif

L’économie mondiale s’engage dans une période de ralentissement sensible face à la crise la plus grave sur les marchés financiers arrivés à maturité depuis les années 30, selon le FMI, qui prévoit maintenant une croissance mondiale de 3 % en 2009, soit 0,9 point de moins que dans la mise à jour des prévisions publiée en juillet dernier.

Après une croissance anémique pendant le reste de 2008 et au début de 2009, le redressement attendu plus tard en 2009 sera exceptionnellement progressif par rapport au passé, parce que la situation financière va rester très difficile, même à supposer que les autorités américaines et européennes réussissent à la stabiliser et à éviter de nouveaux problèmes systémiques.

Dans les pays avancés, la crise est maintenant alimentée par un cercle vicieux de perte de confiance, a déclaré M. Blanchard. Ses effets s’étendent aux consommateurs et aux entreprises, qui avaient jusqu’ici bien surmonté les envolées récentes des prix du pétrole et des produits de base, mais enregistrent maintenant un net ralentissement de la demande.

Cependant, selon M. Blanchard, même si leur élan a été freiné, les pays émergents devraient encore offrir une source de résistance, profitant d’une croissance vigoureuse de la productivité et d’une amélioration de leur cadre d’action, mais plus la crise financière se prolongera, plus il est probable que leur croissance ralentira.

Recul de l’inflation dans les pays avancés

L’augmentation des capacités disponibles et la stabilisation des cours des matières premières devraient limiter l’inflation dans les pays avancés, mais dans nombre de pays émergents ou en développement, celle-ci devrait rester élevée jusqu’à la fin de 2008 — les hausses récentes des cours des produits de base continuant de se répercuter sur les consommateurs — avant de reculer quelque peu avant la fin de 2009.

En dépit de la décélération de la croissance mondiale, l’inflation non corrigée s’est accélérée dans le monde entier pour atteindre son plus haut niveau depuis la fin des années 90, portée par l’envolée des prix des carburants et des denrées alimentaires. Dans les pays avancés, l’inflation non corrigée sur 12 mois s’établissait à 4¼ % en août 2008, légèrement en baisse par rapport au record de juillet après un recul des cours des produits de base.

La remontée de l’inflation a été plus marquée dans les pays émergents ou en développement, l’inflation non corrigée atteignant 8¼ % dans l’ensemble en août et dépassant 10 % dans un grand nombre de pays.

Augmentations salariales

Cette différence s’explique dans une certaine mesure par le poids bien plus élevé de l’alimentation dans les paniers de consommation de ces pays (généralement 30–45 %, contre 10–15 % dans les pays avancés). Cependant, l’inflation hors alimentation et énergie s’est accélérée fortement aussi, et on observe une poussée des anticipations inflationnistes et des augmentations salariales, bien que ces données ne soient pas disponibles aussi systématiquement que dans les pays avancés.

Les cours des produits de base restent au plus haut depuis vingt ans, en dépit d’un recul depuis la mi-juillet à la suite du ralentissement de l’économie mondiale. Cette hausse durable des cours s’explique principalement par l’équilibre tendu entre la demande et l’offre pour de nombreux produits importants, et la prise de conscience que les marchés resteront probablement étroits dans l’immédiat, après de nombreuses années où les capacités étaient abondantes.

Risques pesant sur les projections de référence

Le principal risque a trait à deux facteurs financiers liés l’un à l’autre: d’une part, la persistance des tensions financières et le resserrement du crédit découlant de la réduction du levier d’endettement, qui pourrait être plus prononcé et plus long que prévu, et d’autre part, la détérioration du marché immobilier américain, qui pourrait être plus marquée que prévu, alors que les marchés immobiliers européens pourraient s’affaiblir davantage qu’attendu.

Selon l’édition d’octobre 2008 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde (Global Financial Stability Report), publiée le 7 octobre, le non-rétablissement de la confiance dans le système financier mondial à l’aide de mesures énergiques et cohérentes au plan international pourrait entraîner une réduction de plus en plus désordonnée du levier d’endettement, avec des effets nuisibles sur l’économie réelle plus marqués que prévu dans les projections de référence du rapport.

Dans cette situation exceptionnellement incertaine, les perspectives de référence risquent sérieusement d’être révisées à la baisse. Les perturbations des flux de capitaux vers les pays émergents et la montée du protectionnisme constituent d’autres risques pesant sur le redressement. Par contre, le risque d’inflation est maintenant moindre, car les cours des produits de base ont reculé du fait du ralentissement de la croissance mondiale.

Perspectives de reprise

Les pays avancés ont enregistré une croissance de 1 % seulement (en taux annualisé) du quatrième trimestre de 2007 à la fin du deuxième trimestre de 2008. L’économie américaine a été la victime principale de la crise financière apparue sur son marché des prêts hypothécaires à risque, qui a resserré le crédit et amplifié la correction du marché immobilier en cours depuis 2006.

Les pays émergents et en développement ne se sont pas découplés de ce ralentissement. La croissance a ralenti aussi dans ce groupe tout entier. Elle a résisté au mieux dans les pays exportateurs de produits de base, alors que les pays entretenant des relations commerciales étroites avec les États-Unis et l’Europe connaissent un fléchissement marqué. En outre, des pays très tributaires d’entrées de capitaux bancaires ou d’investissements de portefeuille pour financer un déficit courant élevé ont été durement touchés par un tarissement brutal du financement extérieur.

Selon les projections de référence, l’économie mondiale connaît un ralentissement sensible, et la croissance sera au plus bas depuis la récession de 2001–02. Bien qu’une reprise graduelle soit prévue fin 2009, la croissance mondiale ne devrait pas retrouver son niveau tendanciel avant 2010. Lorsque redressement il y aura, il sera porté par la stabilisation des cours des produits de base qui mettra fin aux effets négatifs sur les termes de l’échange, un retournement du marché immobilier américain et une confiance croissante dans la résolution des problèmes de liquidité et de solvabilité dans les grandes institutions financières.

La croissance mondiale annuelle tombera de 5 % en 2007 à 3,9 % en 2008 et à 3 % en 2009 (voir tableau).

Pour le reste de 2008 et le début de 2009, la croissance américaine devrait être nulle ou négative: les effets de l’impulsion budgétaire s’atténueront, l’élan des exportations va fléchir et le resserrement du crédit fera de plus en plus sentir ses effets. Un retournement du secteur immobilier et la stabilisation des cours du pétrole devraient ouvrir la voie à un redressement au deuxième semestre de 2009, mais celui-ci devrait être bien plus progressif que lors de cycles antérieurs, car le resserrement du crédit continuera de peser lourdement sur la demande intérieure.

La plupart des autres pays avancés devraient aussi passer par une période de croissance très lente ou de contraction en 2008 et au premier semestre 2009, et ne connaître qu’un redressement modeste au deuxième semestre 2009.

Un net ralentissement mondial

Une crise financière prononcée et la hausse des prix des produits de base ont entraîné une rapide détérioration de la croissance mondiale.

(variation en pourcentage, sauf indication contraire)
Variations en glissement annuel
Projections
200720082009
Production mondiale5,03,93,0
Pays avancés2,61,50,5
États-Unis2,01,60,1
Zone euro2,61,30,2
Allemagne2,51,8
France2,20,80,2
Italie1,5–0,1–0,2
Espagne3,71,4–0,2
Japon2,10,70,5
Royaume-Uni3,01,0–0,1
Canada2,70,71,2
Pays émergents et en développement8,06,96,1
Chine11,99,79,3
Inde9,37,96,9
Hémisphère occidental5,64,63,2
Source: Perspectives économiques mondiales, octobre 2008.Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux taux observés entre le 18 août et le 15 septembre 2008.
Source: Perspectives économiques mondiales, octobre 2008.Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux taux observés entre le 18 août et le 15 septembre 2008.

Dans les pays émergents et les pays en développement, la croissance devrait aussi continuer de ralentir, pour tomber un peu audessous de la tendance au deuxième semestre de 2008 et au début de 2009, avant de se redresser. Pendant cette période, la croissance de ces pays devrait rester largement supérieure à celle observée pendant la récession de 2001–02.

La croissance des exportations continuera de fléchir et la demande intérieure reculera aussi, quoique soutenue par les gains élevés de productivité de ces dernières années. Les pays exportateurs de produits de base, en particulier de pétrole, devraient maintenir leur élan, mais la croissance ralentira assez brutalement dans les pays tributaires des importations de denrées alimentaires et de carburants ou du financement extérieur. Les entrées nettes de capitaux extérieurs devraient baisser de moitié dans l’ensemble et certains pays pourraient subir des pressions substantielles sur leurs réserves de change.

Enjeux

Pour tous les pays, il est impératif de stabiliser les marchés financiers, tout en gérant prudemment leur économie pendant une période de ralentissement de la croissance et de resserrement du crédit et en jugulant la montée récente de l’inflation.

Les pouvoirs publics doivent faire face à la menace pesant dans l’immédiat sur la stabilité financière, tout en reconsolidant l’intermédiation financière. Pour s’acquitter de cette tâche difficile, il faudra trouver des solutions globales aux problèmes systémiques — la prolifération des actifs toxiques et illiquides, la pénurie de capitaux et l’effondrement de la confiance dans les contreparties — tout en faisant face rapidement et efficacement aux problèmes qui apparaissent dans certains organismes financiers.

Les pouvoirs publics cherchent à trouver un juste équilibre entre, d’une part, soutenir l’activité durant un ralentissement mondial et dans une situation financière très difficile et, d’autre part, veiller à ce que la modification durable des prix relatifs découlant de l’envolée des cours des produits de base n’entraîne pas une poussée de l’inflation, comme dans les années 70.

Tensions sur les marchés de produits de base

La politique à mener variera d’un pays à l’autre. L’adoption de mesures de soutien se justifie dans des économies qui se trouvent en récession à cause des tensions financières, du fléchissement de l’immobilier et de la détérioration des termes de l’échange. Néanmoins, un durcissement reste nécessaire dans plusieurs pays où la croissance est encore largement supérieure à la «vitesse maximale».

Le recul récent des cours des produits de base dans un contexte de ralentissement mondial ne doit pas affaiblir les efforts déployés pour atténuer les tensions sur ces marchés. L’accent doit être mis sur l’amélioration de la réaction de l’offre et de la demande, tout en évitant des mesures qui pourraient aggraver les tensions sur les marchés à court terme.

Enfin, il sera important de veiller à ce que les déséquilibres importants des flux d’échanges n’entraînent pas une montée des mesures protectionnistes en ce qui concerne tant les transactions courantes que les mouvements de capitaux. Sortir de l’impasse actuelle du cycle de Doha sur les échanges multilatéraux renforcerait le système commercial multilatéral.

Subir Lall

Département des études du FMI

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