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Évaluation des pays: Royaume-Uni: le double choc mondial assombrit les perspectives

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2008
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Pendant plus de dix ans, l’économie britannique a fait preuve d’un dynamisme remarquable.

Grâce à des politiques vigoureuses et à des années de réformes structurelles, et à la faveur d’une conjoncture mondiale propice, l’économie a traversé une longue période de croissance stable et de faible inflation.

Mais même avant les récents chocs mondiaux, des tensions macroéconomiques se faisaient sentir. La croissance était dépassée par une forte demande intérieure, l’épargne des ménages était en baisse et les dépenses d’investissement en hausse.

Les anticipations inflationnistes s’intensifiaient et le marché immobilier était en surchauffe. De plus, la marge de manœuvre budgétaire du gouvernement était rognée peu à peu par des déficits budgétaires considérables, et ce alors que l’économie fonctionnait presque à plein régime.

Sous l’effet de ces déséquilibres croissants, le déficit extérieur courant frise des niveaux records et les passifs extérieurs nets se sont alourdis (graphique 1).

Graphique 1Les déséquilibres s’accentuent

Le déficit extérieur courant et le déficit budgétaire se dégradaient déjà avant les deux chocs mondiaux récents.

Citation: 37, 9; 10.5089/9781451976267.023.A009

(En pourcentage du PIB)

Source: FMI.

1En pourcentage du PIB potentiel.

2Correspond à l’exercice budgétaire, d’avril de l’année indiquée à mars de l’année suivante.

Un double choc mondial

Les turbulences financières et le renchérissement des matières premières ont aggravé les tensions au sein de l’économie et créé un environnement difficile. Le choc subi par le système financier mondial a donné lieu à une crise de liquidité qui a déclenché la première vague de retraits massifs de dépôts bancaires au Royaume-Uni depuis plus de cent ans et à ce jour les pertes des banques nationales avoisinent 50 milliards de dollars. L’effet de ce choc est particulièrement visible dans le secteur du crédit hypothécaire, qui a sensiblement ralenti, mais on observe aussi une hausse des marges bancaires.

La flambée des prix mondiaux des matières premières a assombri encore les perspectives. On le voit surtout dans les prix à la consommation. Bien que l’inflation hors alimentation et énergie soit restée faible, l’envolée des prix des produits alimentaires et énergétiques a catapulté l’inflation non corrigée à près de 4 %, ce qui a réduit les marges bénéficiaires des entreprises et le revenu réel des ménages. L’évolution défavorable des termes de l’échange risque en outre de nuire à la production.

Craignant une dégradation des perspectives, les marchés ont réagi en vendant leurs avoirs en livres. La livre s’est ainsi dépréciée de plus de 10 % en termes effectifs réels depuis le milieu de 2007 tandis que les primes de risque augmentaient.

La riposte à ce jour

Le gouvernement a déjà réagi face à ces chocs.

Apport de liquidités. Outre qu’elle a accru ses opérations sur le marché monétaire en allongeant les échéances et en élargissant la gamme des garanties acceptées, la Banque d’Angleterre a lancé en avril 2008 son «Special Liquidity Scheme», qui permet aux banques d’échanger des titres adossés à des crédits hypothécaires contre des bons du Trésor pendant une période maximale de trois ans.

Cette aide de la Banque d’Angleterre a, à son tour, encouragé les banques à lever des capitaux. Malgré quelques difficultés, le montant global des capitaux mobilisés par les grandes banques a légèrement dépassé le total déclaré de leurs pertes.

Face au resserrement des conditions de crédit, à la baisse rapide des prix immobiliers, à un marché boursier en perte de vitesse et à la faible croissance du revenu réel, la demande intérieure privée devrait accuser un net recul.

Réforme des règles régissant le secteur financier. Le cadre de stabilité financière fait actuellement l’objet de profonds changements. Tirant des leçons de la crise de Northern Rock, le gouvernement veut instituer de nouvelles règles pour assurer la résolution ordonnée et rapide des faillites bancaires et accroître la couverture de l’assurance des dépôts et en accélérer le paiement. Il cherche en outre à renforcer le pouvoir de contrôle de l’Autorité des services financiers et à donner à la Banque d’Angleterre l’assise statutaire nécessaire pour qu’elle joue son rôle en préservant la stabilité financière.

Assouplissement des politiques macroéconomiques. Les taux d’intérêt ont été abaissés au total de 75 points de base depuis décembre 2007 et le budget 2008 permet aux stabilisateurs automatiques de jouer à 100 %.

La souplesse de l’économie et la réaction rapide des pouvoirs publics amortiront un peu les chocs actuels, mais on peut s’attendre à un ralentissement sensible de l’économie. Face au resserrement des conditions de crédit, à la baisse rapide des prix immobiliers, à un marché boursier en perte de vitesse et à la faible croissance du revenu réel, la demande intérieure privée devrait accuser un net recul.

La compétitivité a été renforcée par la dépréciation récente de la livre, mais les exportations seront freinées par la baisse de la demande mondiale. Le FMI prévoit que la croissance tombera à 1,4 % en 2008 et à 1,1 % en 2009.

Les perspectives d’inflation sont tout aussi préoccupantes. La flambée des prix des matières premières et la dépréciation de la livre continuant de produire leurs effets dans toute l’économie, l’inflation non corrigée devrait culminer autour de 5 % vers la fin de 2008. Mais le maintien de la discipline salariale et l’atonie persistante de l’économie devraient ramener l’inflation au taux visé de 2 % d’ici à 2010.

Épreuves en perspective

La situation économique difficile du pays met à rude épreuve le cadre de la politique budgétaire et monétaire, qui avait été salué un peu partout. La dette publique nette est sur le point de crever le plafond de 40 % du PIB, et l’inflation est déjà largement supérieure au niveau visé et va sans doute le rester pendant longtemps (graphique 2).

Graphique 2La pression augmente

La dette publique est sur le point de crever le plafond et, fait préoccupant, les anticipations inflationnistes s’accentuent.

Citation: 37, 9; 10.5089/9781451976267.023.A009

Source: FMI.

1Correspond à l’exercice budgétaire, d’avril de l’année indiquée à mars de l’année suivante.

2Inflation sur dix ans implicite à terme, basée sur les fonds d’État.

Dans ces conditions, toute mesure prise pour assouplir les objectifs budgétaires ou d’inflation compromettrait l’intégrité et la crédibilité des politiques suivies, au détriment de la stabilité et de la croissance.

Pour ce qui est de la politique monétaire, toute tentative d’élargir le mandat du Comité de la politique monétaire ou de relever l’objectif d’inflation n’aiderait en rien à contrer l’évolution défavorable des termes de l’échange ni à en réduire le coût économique. Les décideurs devraient plutôt s’attacher à éviter que ne s’enclenche une spirale salaires-prix, et la modération salariale devra rester un souci majeur.

S’agissant de la politique budgétaire, un assouplissement du cadre actuel nuirait à la crédibilité de tout nouveau dispositif. L’adaptation à la dégradation des perspectives budgétaires entraverait aussi le bon fonctionnement de la politique monétaire et aggraverait les déséquilibres extérieurs.

Si le plafond d’endettement n’est pas respecté, il convient de préserver la crédibilité de la politique budgétaire en adoptant des plans d’action concrets pour ramener la dette au-dessous du plafond dans un délai raisonnable. À cet égard, l’ajustement budgétaire cumulé prévu de 1½ % du PIB sur la période 2009–12 ne suffira sans doute pas à faire baisser la dette, et de nouveaux efforts s’imposeront dans les prochaines années. Un ajustement budgétaire plus prononcé pourrait en outre favoriser un meilleur dosage des politiques et aider à réduire les déséquilibres extérieurs.

M. K. Tang

Département Europe du FMI

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