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Entretien Avec Antoinette Sayeh: L’Afrique s’efforce de préserver les acquis économiques récents

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2008
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En raison de la hausse des prix des produits alimentaires et énergétiques, certains pays africains risquent de voir anéantis les progrès qu’ils ont accomplis ces dernières années, déclare Antoinette Sayeh au Bulletin du FMI.

Mais, s’ils appliquent les bonnes politiques, les gouvernements africains pourront limiter les effets de l’évolution défavorable des prix sur la population pauvre et, en même temps, remédier sur le long terme aux problèmes structurels qui continuent de les affliger, estime Mme Sayeh, qui a été nommée récemment au poste de Directrice du Département Afrique du FMI, après avoir été Ministre des finances du Libéria. Le FMI peut apporter sa contribution sous forme de conseils, d’assistance technique et de financements concessionnels en faveur des pays du continent africain, ajoute Mme Sayeh.

Bulletin: Ces cinq dernières années, les économies africaines ont accompli des progrès notables. Quelles sont, d’après le FMI, les perspectives économiques à court terme de l’Afrique?

ENTRETIEN avec Mme Sayeh

Mme Sayeh: L’Afrique vient de connaître une période de très bons résultats. De 1995 à 2007, nous avons eu une croissance moyenne de 5 % grâce aux politiques avisées menées dans la plupart des pays. Il s’agit maintenant pour l’Afrique de préserver cet acquis et de le consolider pour pouvoir atteindre les OMD.

La croissance globale de l’Afrique subsaharienne devrait descendre à 6 % en 2008 avant de remonter à 6½ % en 2009, mais l’écart entre les pays exportateurs et les pays importateurs de pétrole sera sans doute plus prononcé. Sur le front de l’inflation, comme vous le savez, la hausse des prix s’est accélérée cette année. Nous pensons que l’inflation dépassera 10 % dans le courant de l’année 2008, mais si les pays appliquent les politiques qui conviennent, elle devrait redescendre en dessous de 10 % en 2009.

Bulletin: Le renchérissement des produits alimentaires et énergétiques pourrait anéantir les progrès que l’Afrique a réalisés ces dernières années. Comment le FMI réagit-il face à cette possibilité?

Mme Sayeh: L’environnement extérieur est devenu plus difficile pour tous les pays. Effectivement, certains pays africains risquent de voir anéantis les progrès réalisés et l’élan acquis ces dernières années. Naturellement, ce sont surtout les pauvres qui ont été le plus touchés par la hausse des prix des produits alimentaires, car ils consacrent environ 50 % de leur budget à l’alimentation. À nos yeux, il est donc particulièrement important que les gouvernements soient en mesure de préserver les acquis et ne soient pas tentés, comme c’est souvent le cas, de recourir à des politiques de type populiste. Le FMI est en première ligne: il prodigue des conseils aux pays membres sur les politiques à adopter pour limiter dans l’immédiat les souffrances des pauvres sans compromettre la capacité des pays de remédier, sur le long terme, aux problèmes structurels qui continuent d’affliger la plupart des pays africains. Nous avons apporté des financements et des conseils, et nous continuerons d’apporter aussi une assistance technique pour aider les pays africains à faire face à un environnement très difficile.

Bulletin: Aux yeux de nombreux pays d’Afrique, l’absence d’infrastructures adaptées est un obstacle fondamental. Quels conseils le FMI offre-t-il aux pays qui envisageraient éventuellement de se financer par l’emprunt et d’obtenir des soutiens auprès de nouveaux pays créanciers tels que la Chine?

Mme Sayeh: Comme les pays, nous estimons qu’il est important de trouver des moyens de financer les infrastructures. C’est en effet un frein très important à la croissance dans de nombreux pays africains. Les nouveaux partenaires et les nouveaux fournisseurs d’aide, tels que la Chine, sont les bienvenus. Nous souhaitons travailler avec les pays africains et la Chine, et d’autres nouveaux fournisseurs d’aide, afin de nous assurer que les financements mis à la disposition des pays africains sont, pour la plupart, accordés à des conditions concessionnelles et nous aident tous à consolider les progrès rendus possibles par l’initiative PPTE sur le plan du surendettement que connaissaient la plupart des pays africains. Nous voulons voir, cas par cas, comment les différents projets d’infrastructure contribuent à la croissance et comment ils s’insèrent dans le cadre macroéconomique global, et nous assurer ensuite que leur financement est viable.

Bulletin: En tant qu’ancien ministre des finances d’un pays sortant d’un conflit civil, en quoi votre expérience influence-t-elle l’idée que vous vous faites des priorités du FMI à l’égard des États fragiles?

Mme Sayeh: À mon sens, les États fragiles ont pour principales caractéristiques la précarité de la paix, l’absence de moyens et le besoin d’obtenir rapidement des résultats. Dans ces trois domaines, le FMI peut apporter un concours important. L’assistance technique que nous fournissons peut aider à combler le manque de moyens, notamment en aidant les autorités à élaborer une stratégie de réforme à moyen terme pour faire face à certains des défis qui se font jour au lendemain d’un conflit, de manière qu’elles puissent réagir vite et à obtenir des résultats concrets pour le citoyen moyen, ce qui est important dans ce type d’environnement. Ainsi, la manière dont le FMI collabore avec les gouvernements et les autres partenaires pour accélérer la croissance et faciliter la reprise de l’activité dans le secteur privé est extrêmement importante. En outre, pour ce qui est de la dette que de nombreux pays fragiles ont héritée du passé, il importe aussi de mieux coordonner les efforts visant à apurer les arriérés de longue date et obtenir un allégement de dette. À cet égard, le FMI examine les instruments à sa disposition pour venir en aide aux pays fragiles concernés et continuera de le faire à l’avenir.

Bulletin: Le FMI continue de fournir beaucoup d’assistance technique à l’Afrique. Quelle est l’efficacité de cette aide?

Mme Sayeh: Effectivement, environ 38 % de l’assistance technique du FMI bénéficient à des pays africains. Il va de soi que l’assistance technique ne produit des résultats que si elle répond à une vraie demande et qu’il existe une ferme volonté de mettre à profit les conseils techniques ainsi obtenus. À cet égard, nous surveillons attentivement les activités du FMI en matière de renforcement des capacités afin de nous assurer que l’assistance technique fournie n’est pas fonction de l’offre, comme cela a parfois été le cas dans le passé, et que les pays ont véritablement l’intention de tirer parti des conseils que nous leur donnons. L’assistance technique est extrêmement importante dans plusieurs situations: de l’État fragile sortant d’un conflit avec très peu de moyens propres qui a besoin de l’aide pratique du FMI pour gérer ses finances publiques et traiter l’endettement hérité du passé, aux pays africains plus avancés sur la voie des réformes et devenus des pays émergents qui ont besoin d’un autre type d’assistance pour comprendre les liens entre les flux de capitaux et le secteur financier et pour gérer au mieux leur nouvelle situation.

Bulletin: Quels sont les principaux messages que vous aimeriez faire passer aux pays membres africains du FMI lors de l’Assemblée annuelle?

Mme Sayeh: En tant que Directrice du Département Afrique, j’attends avec beaucoup d’intérêt ma première Assemblée annuelle. Cette fois, je serai de l’autre côté et je connais bien un grand nombre des sujets que les gouverneurs africains aborderont lors de notre rencontre. Au premier rang de leurs préoccupations figurera l’effet de la crise des prix alimentaires et énergétiques, leur réaction à cette crise et l’aide que le FMI leur aura apportée pour y faire face. Nous répéterons les conseils que nous avons donnés aux pays africains en ce qui concerne les actions à mener dans l’immédiat pour protéger les pauvres et nous insisterons sur la nécessité de veiller à ce que l’action des pouvoirs publics soit soutenable et à ce que ses effets sur l’inflation soient atténués par une politique monétaire appropriée. Pour certains pays, nous envisagerons la possibilité d’un financement supplémentaire du FMI; pour d’autres, il s’agira de leur donner des conseils pour les aider à gérer leur propre réponse à la crise.

En deuxième lieu, nous verrons comment limiter les risques que représentent pour la viabilité de la dette les emprunts contractés pour financer les infrastructures et, je l’espère, nous examinerons les questions touchant à la gestion de la dette et au financement des infrastructures.

Enfin, nous voudrions aussi parler de ce que nous faisons pour préparer le FMI à mieux répondre aux besoins des États fragiles ainsi que de la réforme des divers instruments de prêt pour faire face à différents chocs. Nous allons ainsi proposer de réformer la facilité de protection contre les chocs exogènes et de réexaminer plus généralement les instruments du FMI. L’ordre du jour de l’Assemblée est donc bien rempli et je m’en réjouis.

L’Afrique doit augmenter ses dépenses de santé, selon le FMI

L’Afrique doit accroître sensiblement ses dépenses de santé, a déclaré Murilo Portugal, Directeur général adjoint du FMI, lors du forum international sur l’efficacité de l’aide tenu à Accra (Ghana).

M. Portugal, qui participait à une table ronde sur le financement des interventions dans ce secteur organisée lors du Troisième forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide, a observé que les dépenses de santé de l’Afrique «n’ont augmenté que de façon marginale», pour passer d’une moyenne de 1,6 % du PIB en 2000 à 1,8 % en 2007.

«Le FMI est favorable à une hausse des dépenses consacrées aux secteurs prioritaires, et notamment à la santé, car celle-ci est importante pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), dont trois sont liés à la santé».

M. Portugal a rappelé que les dépenses publiques de santé sont peu élevées dans les pays à faible revenu, notamment en Afrique, et qu’il est fréquent que les chiffres globaux n’englobent pas toutes les dépenses liées à la santé, qui sont pour la plupart de nature extrabudgétaire.

Dégager une marge de manœuvre budgétaire viable pour les dépenses prioritaires est un élément essentiel des conseils donnés par le FMI ces dernières années, selon M. Portugal. Les pays qui souhaitent se ménager une telle marge peuvent :

  • mobiliser des recettes intérieures additionnelles (nombre d’entre eux sont en mesure de le faire),

  • redéployer des ressources affectées à des emplois moins productifs (subventions non ciblées, activités improductives des administrations),

  • contracter des emprunts supplémentaires,

  • ou bénéficier d’une augmentation de l’assistance financière extérieure, ce qui explique que la prévisibilité de l’aide soit si importante.

La hausse des dépenses de santé ne suffira pas à améliorer la situation sanitaire, a estimé M. Portugal. Les progrès dans ce domaine résultent de facteurs complexes, tels que le niveau d’instruction des femmes, qui influe sur les taux de mortalité infantile et de fécondité. Améliorer la qualité de l’eau et l’assainissement est également primordial.

«Lorsque nous recommandons aux pays membres d’affecter des crédits supplémentaires aux dépenses de santé, nous devons donc aussi les appeler à prévoir des financements suffisants pour les secteurs complémentaires sans lesquels notre objectif ultime d’amélioration de la situation sanitaire risque de demeurer hors d’atteinte», a-t-il expliqué.

Programme d’action

Les ministres de plus d’une centaine de pays, les dirigeants des institutions financières internationales et des représentants des organisations donatrices et de la société civile venus du monde entier étaient présents à Accra.

Durant les mois de préparation, les services du FMI ont participé à la recherche d’un consensus sur l’ordre du jour des réunions, insistant en particulier sur la prévisibilité nécessaire des flux d’aide.

Le programme d’action d’Accra (PAA) adopté au terme des trois jours de discussions souligne qu’il faut approfondir l’internalisation par les pays bénéficiaires, élargir les partenariats pour le développement et faire en sorte que les intéressés se sentent plus responsables des objectifs à atteindre et des résultats obtenus. Chacun est convenu que les systèmes nationaux doivent être renforcés et utilisés au maximum, et que l’aide devrait être moins morcelée, moins liée et plus transparente.

Des engagements spécifiques ont été pris: changer à terme la nature de la conditionnalité imposée par les donateurs pour favoriser l’inter-nalisation, rendre l’aide plus prévisible à moyen terme et donner aux pays bénéficiaires des moyens accrus pour conduire et gérer les stratégies de développement.

Les participants au forum ont aussi reconnu que les politiques d’aide doivent être adaptées aux spécificités des États fragiles et se sont engagés à impliquer davantage les parlements, la société civile et les autres parties prenantes.

«Le FMI approuve totalement le PAA et continuera à aider les pays membres et la communauté internationale à atteindre ses objectifs», a déclaré M. Portugal. «Il sera essentiel d’améliorer l’efficacité de l’assistance et d’en accroître le volume pour aider les pays à faible revenu à atteindre les OMD».

La réunion d’Accra s’est tenue à mi-chemin de la date butoir de 2010 retenue dans la Déclaration de Paris (2005) sur l’efficacité de l’aide, qui fixait 11 objectifs pour réformer la fourniture et la gestion de l’aide et en améliorer les résultats.

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