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Analyse du FMI: Maurice pose les bases d’un deuxième miracle économique

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
August 2008
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Quand Maurice est devenue indépendante, il y a 40 ans, de nombreux observateurs, dont le prix Nobel d’économie James Meade, se sont demandés comment ce pays — société pluriethnique disposant de peu de ressources naturelles, économie fondée sur la monoculture (du sucre), marché intérieur étroit et population à croissance rapide — pourrait un jour se développer.

Maurice a donné tort aux sceptiques avec une première phase de croissance miraculeuse dans les années 70 et 80. Ce miracle reposait sur l’activité sucrière traditionnelle, sur une nouvelle industrie textile localisée dans des zones de transformation pour l’exportation et sur l’émergence du tourisme; les deux premiers secteurs dépendaient des préférences commerciales. Maurice a réussi à faire passer le revenu par habitant de 200 dollars lors de l’indépendance à 6.300 dollars en 2007/08. De solides institutions démocratiques, propices à la cohésion sociale, ont fortement contribué à ce succès.

Après deux décennies de forte expansion, Maurice a souffert, au tournant du millénaire, du début de la suppression des préférences commerciales. L’expiration de l’accord multifibre (AMF) sur les textiles, en décembre 2004, la diminution importante des prix d’achat du sucre par l’Union européenne (moins 36 %), de 2006 à 2010 et, plus récemment, l’envolée des cours du pétrole et de l’alimentation ont entraîné un choc cumulatif de près de 25 % sur les termes de l’échange. La croissance économique a fléchi d’un rythme de 5 % dans les années 90 à 3 % au début des années 2000.

Le défi de l’adaptation et des réformes

En réaction à ce triple choc, le gouvernement a lancé une ambitieuse stratégie de réforme en 2005 qui porte ses fruits. On a libéralisé les échanges, levé certains contrôles de prix, simplifié la réglementation des affaires, adopté une grande réforme fiscale, amorcé un assainissement budgétaire et renforcé la politique monétaire. Dans ces conditions, l’activité s’est redressée et les investissements étrangers directs atteignent des niveaux sans précédent. La croissance, dont on prévoit qu’elle dépasse 6 % cette année et en 2009, a une large assise; elle est particulièrement forte dans le tourisme, la banque, le BTP et les services.

Les autorités ont procédé à des réformes pour stimuler les créations d’entreprises et d’emplois, réduire les lourdeurs administratives et mettre en place une réglementation favorables aux entreprises. Selon le rapport Doing Business 2008 de la Banque mondiale, Maurice est le pays d’Afrique subsaharienne le plus propice à la pratique des affaires.

Les réformes portent aussi sur l’assainissement des finances publiques, essentiel au maintien de la stabilité intérieure et extérieure. Ces efforts sont nécessaires pour réduire la dette du secteur public, qui a culminé à 63 % du PIB en 2006/07 et compenser l’impulsion donnée à la demande par les abondantes entrées de capitaux étrangers. Depuis l’exercice 2005/06, le surcroît de recettes dégagé par la réforme fiscale a permis de réduire le déficit budgétaire.

L’ampleur des entrées de capitaux pose des problèmes à la politique monétaire. La création en 2007 du comité de politique monétaire est un grand pas sur la voie d’une meilleure transparence et d’une efficacité accrue. La banque centrale développe son analyse du mécanisme de transmission de la politique monétaire, tout en renforçant son organisation et sa communication.

Les industries du sucre et du textile ont dû s’adapter aux nouvelles réalités. La première, pilier du développement depuis la période coloniale, se concentre et se restructure. La taille des plantations diminue, ce qui libère des surfaces pour le tourisme et d’autres emplois agricoles. Les exploitants se diversifient dans des activités connexes comme la production d’énergie à partir de résidus de canne à sucre (bagasse) et celle d’éthanol; ils se positionnent aussi en aval dans le raffinage.

Après des années de déclin et de restructurations, le secteur textile a commencé à croître à nouveau en 2007/08. À la suite du démantèlement de l’AMF, de nombreux producteurs ont cessé leurs activités ou les ont transférées à l’étranger. Ceux qui sont restés ont survécu en procédant à une intégration verticale axée sur des produits de haute qualité.

Le système financier offshore de Maurice se développe rapidement grâce aux entreprises à licence internationale — entités enregistrées à Maurice qui investissent dans un pays ciblé, principalement l’Inde. La faible fiscalité mauricienne (et la non-taxation des plus-values) permet d’effectuer des opérations peu ou pas imposées en Inde ou ailleurs. Un projet de développement de l’immobilier haut de gamme, lié au tourisme, progresse rapidement et attire de substantiels investissements étrangers directs.

Un deuxième miracle économique?

Maurice traite ses déséquilibres globaux et crée les conditions d’un deuxième miracle de la croissance. Il y a des signes encourageants de succès des grands changements entrepris depuis 2005. À l’avenir, les autorités devront assurer la poursuite d’une croissance non inflationniste. Leur ambition est de transformer Maurice en une plate-forme régionale de l’activité bancaire et des services. Pour la réaliser, il faudra continuer et approfondir les réformes audacieuses lancées en 2005, en s’efforçant notamment de gérer la pression de la demande et de supprimer les obstacles à une accélération de l’expansion.

Paul Mathieu et Patrick Imam

Département Afrique du FMI

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