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Politique monétaire: L’économie suisse protégée par un cadre monétaire unique

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
August 2008
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La politique monétaire originale de la Suisse, qui cible un taux d’intérêt déterminé dans un autre pays, a contribué à protéger le secteur non financier de l’économie contre les récentes turbulences des marchés financiers.

La Banque nationale suisse (BNS) pratique une politique monétaire axée sur une définition explicite de la stabilité des prix (hausse annuelle de l’IPC inférieure à 2 %) comme ancrage à long terme et utilise une prévision d’inflation comme principal indicateur des décisions en matière monétaire.

Comme objectif opérationnel, la BNS annonce une fourchette objectif pour le Libor à 3 mois en francs suisses, taux fixé quotidiennement par un groupe de banques à Londres. La BNS s’efforce de piloter ce Libor vers le milieu de cette fourchette en achetant et en vendant des instruments à court terme, notamment des prises en pension à une semaine, sur le marché national.

Pourquoi le Libor

La BNS a choisi le Libor comme taux d’intérêt de référence pour plusieurs raisons: c’est le principal taux auquel le crédit en francs suisses est coté, il est étroitement lié à la demande intérieure finale du pays, la plupart des dérivés en francs suisses échangés sur les marchés internationaux sont cotés par rapport au Libor et l’on ne peut pas le manipuler facilement. Bien que le Libor en francs suisses soit un taux hors marché déterminé dans un autre pays, la BNS, en tant que seul fournisseur de liquidité dans cette monnaie, a démontré qu’elle pouvait le piloter par des opérations intérieures sur pensions.

La plupart des banques centrales des pays industrialisés axent leur politique monétaire sur un taux au jour le jour déterminé sur le marché national.

La BNS a élaboré cette politique parce que l’économie ouverte de la Suisse et les liens internationaux étroits de son centre financier nécessitent que la banque puisse s’adapter rapidement à l’évolution des marchés financiers sans avoir à ajuster son orientation monétaire (fourchette objectif). Le système actuel le permet parce que la banque peut ajuster la situation de liquidité en hausse ou en baisse tout en laissant inchangée la fourchette pour le Libor à 3 mois.

Plus de flexibilité

La démarche suisse comporte une certaine flexibilité, qui lui a été utile pendant les remous des marchés financiers. Par exemple, quand une forte réévaluation du risque de crédit a fait monter le Libor à 3 mois au-dessus du milieu de la fourchette avant la réunion du Conseil de banque de septembre dernier, la BNS a d’abord toléré cette hausse. En effet, il était prévu que le Conseil relèverait l’objectif du Libor à cause de l’aggravation des perspectives d’inflation. Il l’a fait lors de sa réunion de septembre en augmentant le taux médian de la fourchette de 25 points de base pour le porter à 2,75 %. Simultanément, pour faire baisser le Libor, il a diminué de 25 points le taux des pensions à une semaine.

Cette action, en compensant partiellement la hausse des coûts de financement des banques due à l’accroissement des primes de risque, a calmé les marchés interbancaires. Comme les primes de risque ont fluctué depuis, la BNS a maintenu le taux médian à 2,75 %, mis en adjudication des pensions à plus long terme pour aider les banques à gérer leur liquidité et ajusté le taux des pensions à une semaine pour maintenir le taux à 3 mois près de l’objectif.

Ainsi, les autorités monétaires ont largement compensé les fluctuations de la prime de risque et l’évolution des anticipations de taux d’intérêt pendant les derniers mois. Cela a protégé l’économie réelle puisque le taux hypothécaire, le taux de base et les taux d’intérêt de la petite clientèle liés au Libor sont restés relativement stables.

Obstacles éventuels

Les événements récents ont montré la capacité du cadre monétaire à s’ajuster à l’évolution des conditions de refinancement des banques. Ils ont toutefois mis en lumière certaines questions :

  • La prime de risque inhérente au Libor est devenue beaucoup plus volatile. La différence entre le Libor à 3 mois (taux non garanti) et la pension à une semaine (taux garanti) était restée relativement stable puisque l’aversion pour le risque avait diminué sur les marchés au début de la décennie. Or, elle a augmenté depuis le début de la crise des subprimes et elle est plus volatile.

  • Le continuel manque de liquidité peut aussi affecter la volatilité du Libor. Le Libor est fondé sur la perception par les banques des coûts de financement non garantis et non sur les transactions effectives. Rien ne prouve que le Libor en francs suisses ne reflète pas vraiment les taux d’intérêt du marché. Toutefois, les banques déclarantes n’ont pas toutes été également touchées par les perturbations et la liquidité des transactions liées au Libor sur les marchés monétaires est beaucoup plus faible en cas de crise que d’habitude. Donc l’amplitude des coûts de financement signalés par les banques est beaucoup plus large, ce qui peut provoquer des fluctuations aléatoires du Libor.

  • La communication sur l’orientation monétaire va prendre de l’importance. Les marchés semblent comprendre le cadre d’action de la BNS. Toutefois, la décision prise en septembre de durcir l’orientation monétaire tout en pratiquant effectivement une détente a peut-être rendu perplexes ceux qui ne sont pas spécialistes de la BNS.

Kevin Ross

Département Europe du FMI

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