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Analyse du FMI: Mexique: partir des réformes pour réaliser le potentiel économique

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
August 2008
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L’économie mexicaine a acquis ces dernières années une stabilité globale et une capacité de rebond accrue. Le pays a connu une croissance régulière, sinon spectaculaire. Des politiques macroéconomiques et financières énergiques lui ont permis de bien résister aux récentes turbulences des marchés financiers mondiaux et au ralentissement économique des États-Unis, pays auquel l’économie mexicaine est étroitement liée.

Pourtant le Mexique doit faire davantage pour réaliser son potentiel économique et entrer dans le club des pays émergents à croissance rapide. Il a accompli d’importants progrès dans la lutte contre la pauvreté, mais le dénuement et les inégalités sont toujours élevés. La croissance de la productivité doit être fortement accélérée. Ces défis s’expliquent par un ensemble de problèmes structurels, notamment la faiblesse de l’infrastructure et de l’éducation, l’insuffisance de la concurrence dans les secteurs clés et la rigidité du marché officiel du travail, les limites de l’intermédiation financière et les lacunes de l’État de droit.

Le Plan national de développement élaboré par le nouveau gouvernement en 2007 reconnaît ces problèmes et définit un programme ambitieux qui comporte des propositions en vue de stimuler les dépenses d’infrastructure et d’accélérer les réformes structurelles. Il insiste sur l’édification d’une société plus égalitaire qui comble l’écart par rapport aux économies à forte croissance tout en créant des emplois plus nombreux et plus qualifiés.

Dans le même temps, le gouvernement va faire face au risque d’une baisse marquée de la production pétrolière, dont le budget tire actuellement plus du tiers de ses recettes. Les réserves prouvées représentent moins de dix ans de production et le Mexique pourrait ne plus être exportateur net d’hydrocarbures d’ici cinq ans environ.

Cadre de politique et position financière

Ces dernières années des politiques judicieuses ont accru la stabilité économique et financière du Mexique. Les autorités ont atteint les objectifs annuels fixés pour le solde budgétaire de l’administration fédérale, ce qui a entraîné une réduction graduelle du ratio de la dette publique. La récente loi de responsabilité budgétaire vise à verrouiller la discipline financière en maintenant le solde à zéro.

Graphique 1Plus stable, sans être encore spectaculaire

Le cycle économique mexicain est devenu plus stable et plus étroitement lié au cycle des États-Unis, mais il faut procéder à des réformes pour accélérer la croissance.

Citation: 37, 7; 10.5089/9781451976120.023.A011

(variation annuelle en pourcentage)

Source: Institut national de la statistique du Mexique.

Parallèlement, la politique monétaire a ramené l’inflation annuelle à un taux très bas à un chiffre dans le cadre d’un régime de ciblage. Malgré une série de chocs extérieurs sur les prix, les anticipations inflationnistes semblent bien ancrées, bien qu’elles dépassent légèrement l’objectif fixé à 3 %.

À côté du régime de ciblage, la politique de flottement libre du taux de change a bien aidé l’économie. Cette politique transparente a facilité un ajustement continu et régulier aux chocs, contribuant ainsi à la stabilité extérieure et intérieure. Le taux de change effectif réel semble correspondre en gros aux fondamentaux du pays.

La position extérieure globale du pays s’est régulièrement renforcée, ainsi que son système bancaire. Le déficit des transactions courantes a nettement diminué, grâce au renchérissement des exportations pétrolières, et il est plus que financé par l’investissement direct étranger. Les ratios d’endettement extérieur sont tombés à de faibles niveaux, tandis que les réserves de change ont atteint des montants confortables, surtout grâce aux recettes d’exportation du secteur pétrolier public. De plus, les autorités ont fortement consolidé la réglementation et le contrôle financiers. Les banques sont restées suffisamment capitalisées, rentables et liquides.

En conséquence, le Mexique a acquis une plus grande capacité de résistance aux chocs extérieurs, en s’ajustant sans heurts et en évitant les épisodes dangereux de tensions financières et de brusques fluctuations des flux de capitaux et du taux de change. Dans cette ≪grande modération≫ du cycle économique mexicain, la production est devenue beaucoup moins volatile qu’auparavant, bien qu’elle soit maintenant liée plus étroitement au cycle des États-Unis.

Graphique 2Baisse de la dette

La dette publique diminue progressivement — ainsi que les réserves de pétrole du pays.

Citation: 37, 7; 10.5089/9781451976120.023.A011

Source: Ministère mexicain des finances et du crédit public; PEMEX.

Dégradation de l’environnement extérieur

Grâce à à la solidité de ses paramètres fondamentaux, le Mexique a bien résisté aux turbulences des marchés financiers internationaux. Les marchés financiers ont fonctionné normalement pendant cette période, sans que le gouvernement ait à intervenir. Les légères baisses de la monnaie, des obligations souveraines et des marchés d’actions, liées à un réajustement global des actifs, ont été plus faibles que dans les autres pays émergents et se sont inversées pour la plupart. Malgré les liens étroits du Mexique avec les États-Unis, ses institutions financières n’ont pas été exposées au problème des actifs subprime et l’on n’a pas constaté de crise du crédit au Mexique. En fait, la croissance du crédit bancaire a poursuivi la rapide remontée, certes à partir d’un niveau encore faible, qui avait commencé il y a plusieurs années. Toutefois, face à une dégradation du portefeuille de prêts aux particuliers, les banques se sont de plus en plus concentrées sur les prêts aux entreprises.

L’expansion économique du Mexique s’est poursuivie sur une base solide en 2007, bien qu’elle ait été inévitablement freinée par l’affaiblissement de l’économie des États-Unis. À cause d’un ralentissement des exportations, dont plus de 80 % vont aux États-Unis, la croissance a juste dépassé 3 % en 2007, en baisse par rapport au taux inhabituellement élevé de 5 % enregistré en 2006. La baisse de la production de pétrole et du volume des exportations de ce produit, ainsi que la croissance plus faible des envois de fonds des États-Unis, ont légèrement creusé le déficit des transactions courantes, qui représentait environ 0,75 % du PIB en 2007, mais il était toujours plus que compensé par les entrées d’investissements directs étrangers.

Faire face aux défis à venir

L’accélération de la croissance et la réduction de la pauvreté nécessiteront une action sur de nombreux fronts pendant les années à venir ainsi que des démarches décisives pour protéger les finances publiques, comme le reconnaît le Plan national de développement.

Graphique 3Baisse de la pauvreté

Les indicateurs de pauvreté s’améliorent, mais il faut poursuivre l’effort

Citation: 37, 7; 10.5089/9781451976120.023.A011

Source: Conseil national du Mexique pour l’évaluation de la politique sociale.

La dernière évaluation du Mexique par le FMI salue les débuts remarquables du nouveau gouvernement dans le règlement de ces problèmes. En 2007, il a accompli des percées avec plusieurs réformes essentielles, tournées vers l’avenir :

  • une réforme des pensions des fonctionnaires, qui les a placées sur une base financièrement viable, s’attaquant ainsi à un problème budgétaire à long terme;

  • une importante réforme fiscale visant à compenser la perte de recettes due à la baisse de la production pétrolière dans les cinq prochaines années;

  • un train de réformes pour accroître l’efficience et la responsabilisation dans le domaine des dépenses publiques, y compris au niveau intranational;

  • de nouvelles mesures pour stimuler la concurrence dans le secteur financier et élargir l’accès du secteur privé au financement.

Domaines critiques

L’évaluation du FMI souligne aussi l’importance d’approfondir les réformes récentes dans plusieurs domaines critiques :

  • utiliser prudemment les nouvelles recettes tirées de la récente réforme fiscale, étant donné la baisse prévue des rentrées pétrolières. Le FMI salue l’accent mis par le gouvernement sur les dépenses d’équipement, tout en recommandant le ciblage des subventions existantes vers les catégories les plus défavorisées;

  • mener à bien des projets visant à renforcer l’administration fiscale et la gestion des dépenses;

  • agir rapidement pour réformer le secteur pétrolier public en déclin afin d’accroître les investissements et d’en tirer des gains importants à plus long terme;

  • compléter la discipline budgétaire en se concentrant sur une réduction continue de l’important déficit public hors pétrole au moment où l’apport des futures recettes pétrolières est très incertain;

  • accroître la concurrence, surtout dans les secteurs essentiels comme les télécommunications, afin de provoquer des retombées positives dans toute l’économie et promouvoir la justice sociale.

Steven Phillips

Département Hémisphère occidental du FMI

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