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Produits de base: Le FMI accroît son aide financière à Haïti

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
August 2008
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Le FMI a octroyé une aide supplémentaire à Haïti, pays durement touché par la récente flambée des prix des produits de base. Deux économistes du FMI, Andreas Bauer et Laure Redifer, expliquent ci-dessous comment le FMI aide les autorités de Port-au-Prince à affronter la crise.

Bulletin : Comment le FMI aide-t-il Haïti à faire face à l’envolée des prix, accroître sa production alimentaire et créer des emplois?

M. Bauer : Gros importateur net de denrées alimentaires, Haïti a été particulièrement touché par l’envolée des prix internationaux. Celle-ci a eu aussi un effet notable sur l’inflation intérieure et entraîné un creusement du déficit commercial. En réponse aux chocs, nous avons modifié les objectifs du programme d’Haïti afin de tenir compte des dépenses proposées par le gouvernement pour faire face à la crise. À l’origine, il s’agissait essentiellement de subventions temporaires sur le prix du riz.

Depuis, les autorités ont accru les programmes visant à mieux cibler l’aide sur les personnes les plus vulnérables, ainsi que les programmes destinés à stimuler la production alimentaire intérieure. En outre, la politique monétaire et les cibles d’accumulation de réserves officielles ont été ajustées pour limiter les retombées de la hausse des prix alimentaires et pétroliers internationaux sur les autres prix.

Enfin, le FMI vient d’approuver un accroissement sensible de son soutien financier à Haïti (environ 26,5 millions de dollars) dans le cadre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance. Le décaissement de concours financiers supplémentaires aidera à amortir l’ajustement économique nécessaire pour corriger les déséquilibres extérieurs d’Haïti causés par la forte hausse du coût des combustibles et des produits alimentaires.

Bulletin : Le FMI collabore-t-il avec d’autres organisations pour aider Haïti?

M. Redifer : Nous travaillons avec des organismes financiers internationaux et les bailleurs de fonds bilatéraux pour catalyser l’aide. Nous nous attachons surtout, en collaboration avec les autorités haïtiennes, à définir les financements nécessaires à la mise en œuvre du budget programmé et des mesures d’urgence, et à communiquer nos conclusions aux donateurs pour leur permettre d’accroître leur soutien en conséquence. Pour nombre d’entre eux, le maintien de la stabilité macroéconomique et son suivi, assuré par le FMI, sont des conditions préalables aux décaissements en faveur d’Haïti.

Bulletin : Certains affirment que l’accent mis par le FMI sur la libéralisation des échanges commerciaux a compromis la sécurité alimentaire d’Haïti.

M. Bauer : Nous sommes conscients que le FMI a été accusé d’avoir ≪forcé≫ Haïti à abaisser ses droits de douane et même à abandonner la production de produits agricoles, notamment le riz. Ceci est faux, et il est important de rétablir la vérité. La libéralisation qui a conduit à l’abaissement des tarifs douaniers sur le riz au niveau actuel a été effectuée en deux étapes au milieu des années 90.

En novembre 1994, le gouvernement a ramené les droits sur le riz de 50 % à 10 %. Une loi prévoyant une vaste réforme des tarifs douaniers et une réduction supplémentaire des droits sur le riz, ramenés de 10 à 3 %, a été soumise par les autorités au parlement en décembre 1994 et approuvée en janvier et février 1995.

Or, Haïti n’a signé son accord avec le FMI qu’en mars 1995, c’est-à-dire après l’adoption des réductions de tarifs.

Bulletin : Pour autant, le FMI a-t-il encouragé la réduction des droits sur le riz?

M. Bauer : Le FMI était favorable à la libéralisation des échanges commerciaux en général, mais pas spécifiquement sur le riz. Notre institution est favorable à une libéralisation générale du commerce — dans les pays tant développés qu’en développement — parce qu’il est établi que les pays ouverts aux échanges enregistrent de meilleurs résultats que les pays dotés de régimes commerciaux restrictifs et connaissent une croissance plus rapide.

Dans le cas précis du riz, c’est le niveau élevé du coût de la vie qui a amené les autorités haïtiennes à réduire les droits, avant même la mise en œuvre de la réforme générale des tarifs douaniers. À l’époque, le taux d’inflation dépassait 40 % et posait de sérieux problèmes. Pour les autorités, la réduction des tarifs sur le riz et d’autres produits alimentaires était une façon de faire face à cette situation.

Bulletin : Pourquoi la production de riz estelle insuffisante à Haïti?

M. Redifer : Il ne s’agit pas seulement du riz: la production de nombreuses denrées alimentaires a diminué, y compris dans les cultures d’exportation. Cela laisse à penser que des problèmes plus fondamentaux ont contribué à la baisse de la compétitivité, notamment la mauvaise qualité des infrastructures rurales (irrigation, routes), faute d’investissements et de moyens de production suffisants, et, plus généralement, la piètre qualité du climat des affaires due à l’incertitude ambiante et aux tensions politiques et sociales.

Bulletin : Quelles sont les perspectives d’Haïti?

M. Redifer : Les autorités ont accompli des progrès remarquables dans plusieurs domaines. L’exécution de la loi de finances — un point faible dans le passé — s’est considérablement améliorée. En conséquence, les investissements financés sur ressources intérieures ont augmenté de près de 140 % au premier semestre de l’année budgétaire. Les investissements publics sont essentiels pour éliminer les goulets d’étranglement qui entravent l’activité du secteur privé, notamment le secteur agricole, et permettre aux exportations de textiles de tirer avantage de l’élargissement des préférences commerciales des États-Unis.

Le document de stratégie pour la réduction de la pauvreté achevé récemment propose une feuille de route pour renforcer les services sociaux, développer les infrastructures et cultiver des zones de croissance et de création d’emplois. Sa mise en œuvre améliorerait considérablement les perspectives de développement d’Haïti.

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