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Réformes financières en Afrique: Le Ghana transforme son secteur financier

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
June 2008
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Grâce à la stabilisation de sa situation macroéconomique, le Ghana a accompli d’importants progrès dans le développement de son secteur financier.

Ce développement a été favorisé par la libéralisation parfaitement ordonnée du secteur financier, le renforcement de la concurrence (y compris étrangère) et la libéralisation progressive du compte de capital. La réussite des réformes ghanéennes est due en grande partie au soutien des principales parties prenantes—notamment le secteur privé—et à l’aide coordonnée des bailleurs de fonds.

Le Ghana, toutefois, a encore beaucoup à faire. Il doit développer ses marchés secondaires des capitaux, réformer le financement des PME, la microfinance et la banque rurale, et accroître le rôle du secteur privé dans les systèmes de retraite et d’assurances. Enfin, il doit développer son marché boursier et contrôler étroitement son système financier.

Le système financier ghanéen a profondément changé depuis les évaluations effectuées en 2000 et 2003 dans le cadre du Programme d’évaluation du secteur financier (PESF) du FMI et de la Banque mondiale:

  • Le développement du secteur financier a eu des effets notables sur la croissance, qui est passée de 4,5% en 2002 à 6,3% en 2007.

  • Le ratio masse monétaire (M2)/PIB—mesure traditionnelle de l’expansion des circuits financiers—a doublé après 2004 pour atteindre 43% du PIB à la fin de 2007. Une grande partie de cette augmentation a été financée par l’accroissement de la demande et des dépôts d’épargne.

  • Le système bancaire s’est développé sous l’effet de l’expansion du crédit. Les banques représentent maintenant environ 70% du secteur financier.

  • La vulnérabilité du secteur financier s’est atténuée. Le contrôle bancaire met maintenant l’accent sur le niveau des fonds propres, la gestion du risque bancaire et la multiplication des contrôles sur place.

  • Le gouvernement a fait adopter la plupart des projets de loi recommandés par le PESF de 2003 en vue d’améliorer le contrôle prudentiel et l’intermédiation financière.

Le développement du secteur financier a été mis en œuvre conformément au plan stratégique du gouvernement, qui définit les politiques et les réformes législatives nécessaires pour développer le secteur financier et les marchés des capitaux tout en préservant la stabilité économique. Il vise aussi à promouvoir la sensibilisation du public et faciliter l’accès aux services financiers.

La réussite des réformes s’explique en partie par leur prise en charge par les autorités ghanéennes et les principales parties prenantes. La coordination de l’aide des bailleurs de fonds a été essentielle au développement des institutions et aux programmes de formation qui sont au cœur de la stratégie du Ghana.

La réduction de l’intervention directe de l’État a libéré le potentiel du secteur privé. L’État prévoit achever d’ici la fin de 2008 la cession de ses participations dans les établissements financiers privés. Au chapitre des retraites, la mise en place de régimes privés est essentielle au développement du marché intérieur des capitaux. Le rôle de l’État porte de plus en plus sur la surveillance.

Bien que le système financier ghanéen se compose de plusieurs types d’établissements, ce sont les banques qui y occupent la plus grande place: en 2007, le ratio du total des actifs du secteur bancaire rapporté au PIB était de 72,4%. Le système bancaire, toutefois, est concentré, puisque les trois plus grandes banques possèdent 41% des actifs.

En dépit de sa croissance rapide, le système bancaire se renforce progressivement grâce aux efforts de réglementation, aux progrès technologiques et à une meilleure gestion du risque au sein des banques.

Dans le même temps, l’adéquation des fonds propres n’a pas été affaiblie par la plus grande agressivité manifestée par les établissements bancaires dans leur politique de prêts. En fait, le ratio d’adéquation est passé de 9,5% en 2003 à 14,8% en 2007.

Par ailleurs, la qualité des actifs financiers s’est aussi améliorée, la part des créances improductives dans le portefeuille agrégé des crédits bancaires étant tombée de 14,7% en 2003 à 5,4% en 2007. Cette évolution s’explique par l’amélioration du recouvrement des prêts et la croissance rapide du crédit. À ce jour, la plupart des nouveaux prêts sont productifs.

Les réformes financières ont accru la capacité de résistance du système bancaire ghanéen à d’éventuels chocs financiers. La banque centrale, en outre, suit de près la stabilité financière du système et publie périodiquement un rapport sur le sujet.

Marchés financiers et de capitaux

La libéralisation partielle du compte de capital du Ghana en 2006 a été un pas décisif, car elle a ouvert le compartiment à long terme de ce marché aux investisseurs non résidents et contribué à accélérer le développement des marchés intérieurs des capitaux.

Toutefois, le marché secondaire des obligations publiques reste illiquide, la majeure partie des obligations non détenues par la banque centrale étant achetées par les banques. Une priorité consiste à élargir la base d’investisseurs privés locaux au-delà du Social Security and National Insurance Trust et de la State Insurance Corporation.

La Bourse du Ghana (GSE) a contribué au financement des entreprises, mais elle reste illiquide et de petite taille. Les transactions n’y sont pas continues, leur valeur totale n’atteint pas 1% du PIB et leur volume est inférieur à 4%. La réforme de la réglementation du GSE étant maintenant achevée, la priorité du gouvernement est d’élargir la base d’investisseurs grâce à la sensibilisation du public et à l’octroi d’incitations fiscales aux caisses de retraite.

Prochaines étapes

En dépit de ses succès, le programme de réformes reste incomplet. Le gouvernement doit développer les marchés secondaires des capitaux et réformer le financement des PME, ainsi que la microfinance, la banque rurale et les systèmes de pension et d’assurances. Il doit aussi traiter les inefficacités de coûts, qui maintiennent les écarts de taux d’intérêt à un niveau trop élevé, et adapter continuellement ses activités de contrôle. La banque centrale, enfin, met en place un système de paiements national pour assurer la fourniture de services financiers à toutes les catégories de la population.

Mahamadu Bawumia, Theresa Owusu-Danso

Banque du Ghana

et Arnold McIntyre, Département Afrique du FMI

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