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États fragiles: La Côte d’Ivoire est prête pour un retour

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
June 2008
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La croissance du PIB de la Côte d’Ivoire devrait doubler pour atteindre 3% en 2008 et s’établir de nouveaux entre 5 et 6% dans quelques années. Le secteur privé retrouve la confiance tandis que le pays sort de plusieurs années d’instabilité politique qui ont débouché sur une guerre civile fin 2002.

L’aide internationale, y compris du FMI, a été un élément essentiel de ce redressement, mais de nombreux problèmes subsistent. Le conflit trouve son origine dans vingt années de mauvaise gestion économique, d’immigration et de luttes au sujet de la propriété des terres et une transition difficile vers la démocratie. Si la Côte d’Ivoire réussit à surmonter les dégâts causés par le conflit, elle pourrait redevenir un moteur de la région.

Une étoile qui a perdu de son éclat

Pendant vingt ans après son indépendance en 1960, la Côte d’Ivoire a été un miracle économique. Avec une croissance annuelle de 7% fondée sur une position dominante en tant que producteur de cacao, de café et de coton, beaucoup s’attendaient à ce qu’elle devienne le premier pays d’Afrique subsaharienne à passer parmi les pays développés. Une détérioration soudaine des termes de l’échange, conjuguée à des investissements publics et des emprunts extérieurs trop ambitieux, a brutalement réduit ce rêve à néant au milieu des années 80.

Principaux événements politiques, 1999–2008

Décembre 1999 Coup d’état du Général Gueï contre le Président Bédié, élu en 1995

Octobre 2000 Gbagbo élu Président, instabilité politique et violence

Septembre 2002 Tentative de coup d’État, guerre civile, Forces nouvelles au nord, déploiement de 4.000 soldats français

Janvier 2003 Accord de paix Linas-Marcoussis, gouvernement de réconciliation nationale

Février 2004 ONU envoie une force chargée du maintien de la paix (UNOCI) de 7.000 unités

Fin 2005 Conseil de sécurité des Nations Unies approuve le report des élections présidentielles à octobre 2006

Mars 2007 Accord d’Ouagadougou signé entre Gbagbo et Soro; nouveau gouvernement de transition, Soro Premier Ministre; élection présidentielle prévue pour février 2008

Mars 2008 Élection présidentielle annoncée pour novembre 2008

Les efforts de redressement ont été jugés trop faibles et trop tardifs, jusqu’à la dévaluation du franc CFA en janvier 1994. À cette époque, juste après la mort du Président Houphouët-Boigny, le pays avait du mal à assurer la transition de l’autocratie à la démocratie, l’un des problèmes étant qu’un quart de la population était d’origine immigrée récente. Les tensions sur la propriété des terres étaient aggravées par le chômage élevé et ont débouché sur le concept d’ ivoirité, dont l’exploitation à des fins politiques a fait de l’ethnicité un nouveau facteur dans la politique ivoirienne.

La guerre civile a éclaté en septembre 2002 et, après quelques mois de combats, le pays s’est séparé en deux: le Nord détenu par les Forces nouvelles et le Sud par le gouvernement du Président Gbagbo. En dépit de l’intermédiation de la communauté internationale, la réunification n’a guère avancé pendant les quatre années suivantes. En mars 2007 est arrivé un moment décisif avec l’Accord d’Ouagadougou, qui a mis en place un gouvernement de transition et un programme prévoyant le désarmement, le redéploiement de l’administration dans le Nord, le recensement de la population et des élections en 2008.

Les années de conflit et d’instabilité ont coûté cher: près d’un million de personnes ont été déplacées, plusieurs millions ont sombré dans la pauvreté, et les indicateurs sociaux ont chuté. Les infrastructures, autrefois bien meilleures que la moyenne régionale, se sont détériorées, en particulier dans le Nord.

Entre 2000 et 2007, le PIB par habitant a diminué fortement en dépit de l’évolution favorable des cours du cacao et d’autres produits de base et d’une nette augmentation de la production pétrolière à partir de 2004. L’inflation est restée faible grâce à l’appartenance à l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Cependant, la Côte d’Ivoire n’était plus la locomotive de la région, car les échanges commerciaux et les envois de fonds ont été perturbés, et la confiance des investisseurs a souffert. Le port d’Abidjan a perdu son statut de plaque tournante régionale.

En raison de la baisse des recettes publiques, du tarissement des apports des donateurs et de l’affectation des rares ressources budgétaires à l’armée, l’investissement public et les dépenses sociales ont diminué, et les arriérés intérieurs et extérieurs ont augmenté. Les capitaux ont fui le pays et l’investissement privé a chuté.

La gouvernance s’est détériorée et la corruption a prospéré, certains profitant du manque de respect des lois et du dysfonctionnement du système judiciaire. Les barrages de troupes armées et le racket ont extorqué de l’argent de la population.

Mettre fin au cercle vicieux

Le gouvernement de transition entré en fonction en avril 2007 a entrepris de relancer la croissance et de mettre fin au cercle vicieux de conflit et de pauvreté. Il a commencé par réengager le dialogue avec les institutions financières internationales et obtenir une aide à l’appui de sa stratégie de sortie de crise. Comme le dialogue avec le FMI s’était poursuivi pendant la crise (voir encadré page suivante), un programme économique a vite été arrêté. Quatre priorités ont été établies:

  • rétablir le rôle central du budget dans la politique économique;
  • accroître substantiellement les dépenses de lutte contre la pauvreté et les autres dépenses liées à la sortie de la crise;
  • relancer les réformes préconflit, en mettant l’accent sur la transparence de la gestion des ressources publiques;
  • remettre en état l’environnement économique.

À l’appui de ce programme, le FMI a octroyé une assistance d’urgence après un conflit (AUPC) de 128,4 millions de dollars, en deux décaissements de montant égal en août 2007 et avril 2008.

Depuis son lancement en mai 2007, le programme est globalement sur la bonne voie. Un excédent primaire (recettes moins dépenses, hors intérêts et investissements financés par l’étranger) de 1/2% du PIB a été dégagé en 2007, et le budget 2008 a le même objectif. Cependant, la part des dépenses de lutte contre la pauvreté et de sortie de crise est restée inférieure à l’objectif, principalement à cause du niveau élevé des dépenses régaliennes (Présidence et Bureau du Premier Ministre) et des problèmes rencontrés pour dégager un consensus sur la réduction de la masse salariale militaire.

Les autorités ont recommencé à assurer le service de la dette à la Banque africaine de développement (BAD) et à la Banque mondiale au milieu de 2007 et, à l’aide d’un don de la Banque, elles ont réglé tous leurs arriérés à l’égard de celle-ci. Elles comptent liquider les arriérés envers la BAD en juillet. Les donateurs ont promis une aide substantielle à l’appui des programmes de sortie de crise, mais les décaissements accusent un retard jusqu’ici.

Les réformes structurelles ont progressé aussi. Le gouvernement a adopté le budget 2008 en temps voulu et a commencé à publier des relevés détaillés de l’exécution du budget. Les tarifs de l’électricité, inchangés depuis 2001, ont été relevés et des audits des secteurs des industries extractives, du raffinage et de l’électricité ont été engagés. La préparation d’un document de stratégie pour la réduction de la pauvreté a repris, et le document devrait être prêt en septembre 2008. Le remboursement des arriérés intérieurs (1½% du PIB en 2007) a contribué à renforcer la confiance du secteur privé, de même que les avancées dans l’unification du pays, la réouverture des routes commerciales et le redéploiement de l’administration publique.

Baisse du PIB

Le PIB par habitant a baissé fortement entre 1999 et 2007 en Côte d’Ivoire.

(Dollars EU, aux prix et taux de change de 2000)

Sources: FMI, Perspectives économiques régionales de l’Afrique.

Un effort international concerté

1994, 1998, 2002 FMI approuve des accords FRPC triennaux

Septembre 2002 Interruption de l’accord FRPC, début de la guerre civile

Mai 2005–mai 2007 Entretiens avec le FMI et la Banque mondiale sur une reprise du dialogue; programme économique arrêté pour 2006 ne s’est pas matérialisé

Avril–août 2007 Accord avec la Banque mondiale et la BAD sur un plan de règlement des arriérés (avril); promesses d’aide des donateurs pour les programmes de sortie de crise; Banque mondiale approuve un don postconflit pour le règlement des arriérés (juillet)

Août 2007 FMI approuve première AUPC; décaissement de 40,65 millions de DTS

1er avril 2008 Après règlement partiel des arriérés, Banque mondiale approuve des dons pour le règlement des arriérés et l’aide budgétaire

4 avril 2008 FMI approuve deuxième AUPC; décaissement de 40,65 millions de DTS

La croissance a atteint 1½% en 2007 et, avec le redressement de l’investissement intérieur et extérieur, elle devrait doubler en 2008. Contrairement à de nombreux autres pays sortant d’un conflit, la Côte d’Ivoire n’a pas subi de destruction massive de son stock de capital ou de ses capacités administratives. En outre, la reconstruction se déroule dans un climat favorable, avec les cours élevés de l’énergie et des produits de base. On peut ainsi espérer pouvoir rapidement effacer les années de crise et percevoir les dividendes de la paix.

Pour atteindre cet objectif, il sera essentiel de tenir des élections démocratiques, de réunifier totalement le pays et de renforcer les institutions publiques. Les autorités doivent aussi redoubler d’efforts pour mobiliser des ressources, notamment pour renforcer et unifier l’administration de l’impôt et collecter des recettes adéquates dans les secteurs du pétrole et du cacao, en particulier dans l’ancienne zone rebelle. Elles doivent aussi réorienter les dépenses vers les besoins sociaux de base et la remise en état des infrastructures, et lutter contre la corruption et améliorer le système judiciaire. Enfin, il est impératif de poursuivre les réformes structurelles pour assurer une gestion plus efficiente des ressources publiques.

Si le programme appuyé par l’assistance d’urgence après un conflit porte ses fruits, il pourrait déboucher sur un programme triennal au titre de la FRPC, qui permettrait à la Côte d’Ivoire de participer de nouveau à l’initiative PPTE et de rétablir son rôle de moteur économique de la région.

Enseignements postconflit

  • Un dialogue rapide et permanent est essentiel entre les autorités et leurs partenaires, y compris le FMI. Il permet de dégager un consensus national sur une politique économique saine et d’établir des relations avec les donateurs tandis que le processus de paix se poursuit. Ce dialogue doit inclure les partis politiques et la société civile.
  • Les pratiques de bonne gouvernance doivent être prioritaires. Pour veiller à l’utilisation efficace des ressources publiques aux fins de la reconstruction et regagner la confiance des donateurs et du secteur privé, il est essentiel de remettre ces pratiques en vigueur rapidement. Il est crucial de publier des informations importantes, telles que les budgets et leurs résultats, pour rétablir la transparence et la responsabilisation.
  • Il faut renforcer les capacités dès que possible. Bien que les capacités techniques soient restées intactes pendant la crise, la Côte d’Ivoire n’a pas suivi l’évolution des meilleures pratiques. Il est donc important de recevoir de nouveau l’assistance technique pour se rapprocher des normes internationales et lutter contre la corruption dans le secteur public.
  • Il est important de bénéficier d’une aide internationale rapide, durable et concertée. Le FMI accorde une assistance financière d’urgence à un pays sortant d’un conflit, même avant que la stabilité politique soit pleinement rétablie, pourvu qu’un gouvernement de transition dispose d’une légitimité suffisante. Un engagement rapide du FMI peut jouer un rôle catalyseur en donnant aux donateurs des assurances que la planification et l’exécution de la politique économique, ainsi que la gestion des finances publiques, s’améliorent.

Holger Fabig

Département Afrique du FMI

et Bruno de Schaetzen

Département de l’élaboration et de l’examen

des politiques du FMI

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