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Marchés d’obligations mondiaux: Les pays émergents résistent à la crise financière

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
June 2008
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Le 10e Forum sur les marchés d’obligations mondiaux a permis d’observer que, malgré l’effondrement du marché du subprime, le ralentissement de la croissance mondiale et les perturbations sur les marchés financiers, les pays émergents semblent résister relativement bien à la crise financière.

Lors de ce forum organisé les 29 et 30 avril derniers à Washington sous les auspices de l’OCDE, de la Banque mondiale et du FMI, M. John Lipsky, Premier Directeur général adjoint du FMI, a d’ailleurs insisté sur «l’excellente résistance des pays émergents».

M. Lipsky a évoqué la plus grande aversion au risque et l’assèchement des liquidités sur les marchés mondiaux des capitaux, pour en souligner les conséquences dans les pays émergents: augmentation de la volatilité, des risques et donc des rendements, et diminution brutale des volumes d’émission, bien que la situation varie largement d’un pays à l’autre.

«De quoi démontrer, dans un marché financier mondial de plus en plus intégré, toute l’interdépendance entre les risques, d’une part, et leur mode de diffusion, d’autre part», a-t-il ajouté.

Selon le Directeur du Département des marchés monétaires et de capitaux du FMI, M. Jaime Caruana, la bonne tenue des pays émergents en dépit des turbulences observées sur les marchés du crédit, en particulier aux États-Unis, s’explique par l’amélioration de leurs politiques économiques et budgétaires, leur excellente situation de liquidité extérieure, leur solides excédents courants et leur croissance vigoureuse.

La domination des dix principaux marchés

Dans les pays émergents, le nombre d’investisseurs institutionnels locaux est en croissance rapide. Les opérations restent cependant concentrés sur les dix principaux marchés, qui représentent environ 80% du total des volumes et 84% des volumes échangés à l’échelle locale.

Les dix principaux marchés obligataires émergents sont les suivants: Mexique, Brésil, Afrique du Sud, Turquie, Argentine, Pologne, Corée, Inde, Hongrie et Russie.

De manière générale, la liquidité de ces marchés s’améliore. Les investisseurs étrangers (y compris les fonds spéculatifs) s’y intéressent visiblement, et, sur le marché secondaire, on assiste à un glissement de la liquidité de la dette extérieure vers la dette locale.

Les plus grosses transactions continuent de s’effectuer de gré à gré, mais les plates-formes d’échange électronique gagnent du terrain, particulièrement pour les actifs les plus liquides.

Michael Klein, Vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale, a évoqué le travail de conseil du Groupe de la Banque mondiale sur les marchés des capitaux dans plus de 30 pays et le récent programme GEMLOC (Global Emerging Markets Local Currency Bond Program), qui conjugue l’avantage comparatif de la Banque et le secteur privé pour développer les marchés obligataires en monnaie locale.

Depuis cinq ans, gouvernements et entreprises des pays émergents tirent parti de conditions favorables sur les marchés pour se préparer à un éventuel tarissement des capitaux extérieurs. Ainsi, les réserves des banques centrales sont en hausse, et les liquidités des entreprises, élevées.

M. Caruana a mis l’accent sur les facteurs de vulnérabilité des pays émergents face aux turbulences financières:

  • La réévaluation générale des risques de crédit a accru le coût du financement extérieur et réduit son offre.

  • Les groupes bancaires, mis sous pression dans leur pays d’origine, pourraient à terme contingenter le financement de leurs filiales dans les pays émergents.

  • Un recul de la croissance dans les pays émergents pourrait tarir les flux d’investissements, déclenchant une correction boursière brutale et un surcroît de volatilité des changes.

M. Hans Blommestein, chef du programme gestion de la dette et marchés obligataires à l’OCDE, a insisté sur l’importance d’une diversification de la liquidité dans le paysage financier.

Dans le contexte actuel de réduction du risque et de désendettement, y compris de la part des fonds spéculatifs, le volume des émissions obligataires de second rang est en net recul sur les marchés de capitaux des pays émergents.

L’évolution du risque de défaillance à l’échelle mondiale pourrait se traduire pour les pays émergents par une hausse des primes de risque et donc menacer sérieusement leur accès à un financement abordable.

À terme, les pressions exercées sur les bilans des banques américaines et européennes risquent de limiter l’accès au financement des emprunteurs privés des pays émergents, et donc le risque de refinancement de leurs crédits syndiqués augmentera probablement. Même à qualité de crédit inchangée, des facteurs d’arbitrage pourraient renchérir l’emprunt sur les marchés extérieurs.

Un retournement du cycle du dollar ou des prix des produits de base constituerait le premier véritable test de l’intérêt des investissements sur les marchés locaux des pays émergents. Pour l’investisseur, l’ampleur et la durée de la contraction du marché du crédit restent les questions principales.

Le rôle du FMI

Le FMI a mis en exergue ses efforts de renforcement des marchés obligataires locaux dans les pays émergents. Les pays disposant d’un marché obligataire liquide et fonctionnel sont mieux armés pour résister aux chocs et aux risques liés à une crise du crédit mondiale prolongée.

Le FMI collabore avec les États membres pour renforcer la réglementation et le contrôle, notamment des marchés de dérivés, de pensions et de titrisation. Il participe également à l’amélioration de la gestion de la dette publique et au développement du marché secondaire de la dette, tout en encourageant une expansion et une diversification des investisseurs locaux.

La crise actuelle est riche d’enseignements pour le FMI. Face à la croissance rapide des marchés obligataires locaux dans les pays émergents, les opérateurs doivent être encouragés à contrôler et à gérer les risques sous-jacents aux nouveaux instruments, tout en veillant au maintien de la discipline de crédit.

Il faut aussi revoir la réglementation, en tenant compte des enseignements tirés des difficultés actuelles sur les marchés développés. Faute de transparence et d’informations suffisantes de la part des institutions financières, les investisseurs risquent de perdre confiance, et les institutionnels, d’appréhender avec bien plus de réserve le risque de contrepartie.

Nombre de pays émergents (Afrique du Sud, Brésil, Mexique, Pologne, Thaïlande et Turquie) ont accompli des progrès considérables dans des réformes propices au développement des marchés obligataires locaux. La liquidité du marché secondaire s’améliore dans les pays qui ont créé un cadre favorable au développement du marché obligataire local.

Pour des pays tels que le Mexique, le Brésil et la Corée, le développement des pensions et des dérivés a constitué un jalon majeur. Les plates-formes d’échange électronique ont contribué à orienter les prix.

Le point de vue du secteur privé

M. Lipsky a présenté les conclusions d’un groupe de travail du FMI chargé d’étudier comment le secteur privé appréhende les principaux obstacles au développement des marchés des capitaux dans les pays émergents. Ce groupe a été établi sous les auspices du Groupe consultatif sur les marchés de capitaux du FMI, qui assure la liaison avec le secteur privé. Son rapport doit être finalisé en juin 2008.

Le groupe de travail souligne que le coût élevé d’accès à certains de ces marchés tient à la diversité des régimes fiscaux, aux restrictions à l’investissement telles que le contrôle des flux de capitaux et à l’inefficience des infrastructures de marché, et combien il importe de faciliter l’accès aux marchés locaux, de réduire le coût des transactions et d’étoffer la population locale d’investisseurs institutionnels.

Selon le groupe de travail, tandis que les pays émergents continuent de développer leurs marchés des capitaux et d’aligner leur réglementation financière sur l’innovation financière, ils devront:

  • faciliter l’accès aux marchés locaux et réduire les coûts de transaction;

  • améliorer la liquidité des marchés locaux des emprunts d’État;

  • améliorer l’offre de financement local;

  • étoffer la population locale d’investisseurs institutionnels;

  • exploiter le financement des entreprises (en particulier le marché des obligations de sociétés) pour répondre à la demande des investisseurs.

Mangal Goswami et Ceyla Pazarbasioglu

Département des marchés monétaires

et de capitaux du FMI

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