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Initiative multilatérale: Le FMI est très engagé dans la lutte contre la crise alimentaire

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
June 2008
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Préoccupé par les conséquences du renchérissement des denrées alimentaires et des carburants, en particulier pour les pauvres, le FMI surveille de près la flambée des prix des produits de base. Mark Plant, Directeur adjoint du Département de l’élaboration et de l’examen des politiques, explique les diverses facettes du travail réalisé par le FMI en la matière.

Bulletin du FMI: On a l’impression que la crise s’est propagée subrepticement sur toute la planète. A-t-on négligé les signaux d’alarme?

M. Plant: Voilà un certain temps que les signes d’un éventuel problème alimentaire sont manifestes. Le monde consomme davantage de nourriture qu’il n’en produit, les prix grimpent et les stocks sont à des niveaux historiquement bas. Et il ne faut pas oublier que le cycle des prix alimentaires est actuellement corrélé avec celui du pétrole. Les coûts des engrais et du transport sont sensibles aux prix pétroliers, qui ont justement augmenté fortement en très peu de temps.

En outre, les marchés alimentaires mondiaux, c’est-à-dire les marchés d’exportation de produits alimentaires, sont souvent étroits, surtout celui du riz. Dans un contexte caractérisé par l’incertitude, les turbulences financières et la recherche de valeurs sûres comme les produits de base, cela peut déboucher sur une forte instabilité des prix, voire des surréactions.

Personne n’aurait pu prévoir que la crise financière, la ruée sur les produits de base et le renchérissement du pétrole coïncideraient tous avec des stocks alimentaires réduits.

Bulletin du FMI: Dans quels délais le FMI sera-t-il capable de reconfigurer ses instruments de prêt pour contribuer à un règlement plus rapide de la crise?

M. Plant: Très vite. Le FMI prépare une revue de la facilité de protection contre les chocs exogènes (FCE) que le Conseil va examiner en juin. La nouvelle facilité, une version simplifiée de la structure des instruments de financement pour les pays à faible revenu, permettra d’octroyer des concours plus rapidement et avec plus d’efficacité.

Mais la FCE est disponible aujourd’hui, si un pays nécessite une aide immédiate.

Bulletin du FMI: La FRPC [facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance] est-elle un instrument adéquat pour soutenir les pays touchés par la crise?

M. Plant: Oui. Les pays appliquant un programme appuyé par cette facilité peuvent demander une rallonge si leur balance des paiements est déséquilibrée. Nos départements géographiques et un groupe de 10–15 pays à faible revenu négocient une aide financière du FMI.

Bulletin du FMI: Combien le FMI compte-til prêter aux pays touchés par la hausse des prix alimentaires? Comment s’assurera-t-il que les fonds iront aux personnes en ayant le plus besoin?

M. Plant: Le FMI examinera toutes les demandes de soutien financier et décidera en fonction des besoins spécifiques de chacun. Dans le passé, les rallonges ont été de l’ordre de 15–20% des quotes-parts. Par ailleurs, le FMI peut aider les pays à financer les coûts de leurs importations. Parallèlement, les équipes du FMI évalueront très soigneusement les mesures d’urgence prises dans les pays pour s’assurer qu’elles bénéficieront aux plus vulnérables.

Bulletin du FMI: De nombreuses organisations de la société civile critiquent les conseils prodigués naguère par le FMI aux pays à faible revenu, par exemple moins subventionner les produits alimentaires et les carburants, ou ne pas prévoir une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour augmenter ces subventions. Qu’avez-vous à répondre?

M. Plant: Le FMI est parfaitement conscient que la sécurité alimentaire est un objectif prioritaire pour tout gouvernement et les politiques qu’il préconise visent à appuyer cet objectif.

Comme nous le savons tous, l’allocation de ressources limitées est au centre du processus décisionnel des pouvoirs publics. Dans les pays à faible revenu, en particulier, le taux global d’imposition est souvent modeste et l’assiette de l’impôt très étroite. Jusqu’à leur envolée récente, les prix alimentaires étaient historiquement bas depuis de nombreuses années. Pour la plupart des pays à faible revenu, la priorité était de soutenir les secteurs de la santé, de l’éducation et des infrastructures. L’ordre des priorités a peut-être changé, mais les ressources sont toujours aussi limitées.

On a donc tendance à se tourner vers les subventions. Mais nous recommandons de renoncer aux subventions généralisées au profit de transferts ciblés sur les plus pauvres. La majorité des pays ont des besoins socioéconomiques immenses et peu de ressources, qu’il serait malvenu d’utiliser pour soutenir la consommation des plus riches. Par ailleurs, il faut veiller à ce que les politiques de subventionnement n’éliminent pas l’incitation à produire à plus long terme. Il n’est pas facile de trouver la bonne solution: il faut beaucoup de savoir-faire, pas seulement macroéconomique. Nous comptons donc sur d’autres institutions, comme la Banque mondiale, pour conseiller les pays concernés.

Les programmes soutenus par le FMI sont conçus pour offrir aux pays la marge budgétaire nécessaire au financement de leurs priorités sans compromettre la stabilité macroéconomique à long terme. Nous pouvons aider les autorités à s’adapter à la crise en finançant des programmes essentiels pour nourrir leur population.

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