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Analyse de la duration: Les clés d’une croissance durable

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
May 2008
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Pour aider les pays pauvres à combler l’écart de revenu qui les sépare des pays riches, il est essentiel de définir les facteurs propices à une croissance durable. Cette question fait l’objet de notre récent document de travail intitulé What Makes Growth Sustained?

Pour rattraper leur retard par rapport aux pays riches, les pays pauvres en développement ont besoin de longues périodes de croissance relativement rapide. Si on observe assez souvent des poussées de croissance dans le monde en développement, les régions en difficulté se distinguent surtout par le caractère relativement éphémère de cette croissance, à laquelle succède le plus souvent une croissance négative, au lieu d’un «atterrissage en douceur». Il importe donc de trouver les moyens de prévenir l’interruption des périodes de croissance, en particulier dans les nombreux pays en développement qui jouissent à l’heure actuelle d’une expansion soutenue.

Les études antérieures ont cherché à expliquer les différences observées entre les pays au chapitre de la croissance à long terme—par exemple, entre les épisodes de croissance rapide observés en Asie et la stagnation qui a caractérisé l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine. Elles ont toutefois ignoré les facteurs qui influent sur la durée des périodes de croissance, provoquent leur fin plus rapide et plus abrupte, et expliquent la persistance relative des périodes de décroissance ultérieures. Nous étudions les actions entreprises par les pays juste avant le ralentissement de leur croissance, en insistant sur les déterminants de la durée des périodes d’expansion, à l’aide de techniques d’analyse de la duration. Cette approche est préférable à celle qui se limite à étudier les causes des «retournements conjoncturels» ou des ralentissements puisqu’elle s’appuie effectivement sur les «bonnes décisions» prises par les pays en période de croissance économique.

Principales observations

Nos principales observations confirment certains résultats antérieurs, notamment que les chocs exogènes et l’instabilité macroéconomique sont liés de façon négative à la durée des périodes de croissance, et que des institutions politiques stables contribuent à prolonger les épisodes de croissance. Nous constatons également que la libéralisation du commerce semble non seulement contribuer à la relance de la croissance, mais également à sa durée, en particulier lorsqu’elle se combine à des taux de change concurrentiels, à un solde extérieur courant excédentaire et à une structure du capital externe favorable à l’investissement direct étranger (IDE). Nous constatons par ailleurs qu’une proportion élevée de produits manufacturés dans les exportations—un indicateur du niveau de transformation des produits exportés—tend également à prolonger la croissance, peut-être en favorisant l’appui aux réformes qui tendent elles-mêmes en retour à soutenir la croissance. Nous observons enfin et surtout que la durée de la croissance est très étroitement liée à la répartition des revenus, et plus précisément que des sociétés plus égalitaires—et peut-être de ce fait plus homogènes—tendent à jouir de périodes de croissance plus longues.

La question: Quels sont les facteurs sociaux, politiques et économiques qui influent sur la croissance économique durable dans les pays pauvres et les pays émergents?

Les faits: Les principales variables qui semblent promouvoir une croissance durable comprennent notamment la répartition plus équitable des revenus, les institutions démocratiques, l’ouverture aux échanges et aux investissements étrangers et une structure des exportations favorisant les produits manufacturés et relativement sophistiqués, étayée par un taux de change compétitif.

Les conclusions pratiques: La pérennisation de la croissance économique dans les pays pauvres et émergents est une préoccupation majeure des décideurs qui cherchent à accélérer le développement économique et réduire la pauvreté. Les résultats de notre étude donnent un aperçu des principales politiques qui pourraient servir à atteindre ces objectifs.

• Chocs exogènes. Les variations des termes de l’échange et des taux d’intérêt (aux États-Unis) influent sur la durée de la croissance. Une amélioration de 1% des termes de l’échange entraîne une baisse de 2 à 3% de la probabilité d’un retournement conjoncturel, tandis qu’une hausse de 1% des taux d’intérêt pratiqués aux États-Unis peut accroître de 25 à 50% la probabilité d’une interruption de la période de croissance dans l’année qui suit.

• Institutions politiques et économiques. Il existe un lien étroit entre la présence d’institutions démocratiques et la durée de la croissance, ce qui confirme le rapport, établi de longue date, entre la croissance à long terme et les institutions politiques. Les institutions économiques—par exemple celles qui protègent les droits des investisseurs et des entrepreneurs ou, plus généralement, les droits de propriété—semblent également jouer un rôle, mais les estimations sont imprécises et ne sont pas toujours statistiquement significatives (ce qui s’explique peut-être par le fait que les données sur les institutions économiques ne sont disponibles que pour une période relativement courte).

• Inégalité et fractionnement. Il existe un lien très étroit entre l’inégalité des revenus et la durée des périodes de croissance, et cet effet semble, sur le plan économique, être hautement significatif. Les mesures de l’hétérogénéité ethnique, linguistique ou religieuse semblent constituer des déterminants moins importants de la durée des périodes de croissance.

• Indicateurs sociaux. Si certains indices (non concluants) laissent deviner une incidence positive des indicateurs du niveau de scolarité primaire sur la durée des périodes de croissance, il existe des preuves plus concluantes des effets bénéfiques des indicateurs de la santé, surtout en ce qui concerne la mortalité infantile. Ainsi, on estime qu’une augmentation de l’indice de la mortalité infantile d’un décès par 100 habitants augmentera d’environ 10% le risque d’interruption d’une période de croissance économique dans l’année qui suit.

• Mondialisation. Il existe un lien très étroit entre la libéralisation du commerce et la durée des périodes de croissance. Les pays à régimes de commerce plus libéraux semblent jouir d’une réduction de 70 à 80% du risque d’une interruption de leur croissance. Les effets de l’intégration financière sur la croissance sont moins évidents (situation qui reflète peut-être l’impact d’une dette extérieure plus élevée sur la volatilité de la croissance), mais l’investissement direct étranger semble clairement avoir un effet protecteur important sur la croissance. Une hausse des engagements en IDE de 1% du PIB entraîne dans les pays bénéficiaires une réduction de 4 à 7% de la probabilité d’un retournement conjoncturel.

• Solde extérieur courant, compétitivité et exportations. Le maintien d’un excédent des transactions courantes pendant une période de croissance semble en accroître la durabilité, alors qu’une surévaluation de la monnaie semble au contraire miner cette croissance. On constate par ailleurs l’existence d’un lien étroit entre les périodes de croissance et la structure des exportations. Ce qui compte le plus, semble-t-il, n’est pas tant la proportion des produits manufacturés en début de période de croissance, mais l’augmentation de la part de ces produits sur l’ensemble des exportations au cours de la période de croissance. On estime par exemple qu’une augmentation de 1% de la proportion des exportations de produits manufacturés réduit de 2 à 4% le risque d’une interruption de la croissance.

• Stabilité macroéconomique. Deux indicateurs de l’instabilité macroéconomique—l’inflation et la dépréciation du taux de change—sont d’importants facteurs de risque d’interruption des périodes de croissance. Par exemple, une hausse de 1% du taux d’inflation augmente de 1 à 4% la probabilité d’une interruption de la croissance, tandis qu’une accentuation de 1% de la dépréciation de la monnaie conduit à une augmentation de 2 à 6% de ce risque. De plus, ces effets se manifestent même à des taux d’inflation modérés, ce qui montre bien l’importance pour les pays d’éviter tout degré (même modéré) d’instabilité nominale s’ils souhaitent tirer le meilleur parti d’une période de croissance.

Conclusion

Nos résultats semblent s’accorder avec plusieurs thèmes dominants des études des 20 dernières années sur le développement économique, notamment le point de vue selon lequel les sociétés les moins égalitaires et les moins homogènes tendent à connaître une croissance plus faible et plus instable—à cause, peut-être, du fait que les conflits sociaux favorisent des politiques populistes ou entraînent l’affaiblissement des institutions et la réduction des capacités de gestion des chocs exogènes. Nos résultats confirment également qu’une politique exportatrice peut promouvoir la croissance en favorisant l’avènement d’institutions plus solides et que l’exportation de produits transformés ou l’amélioration des structures de production influent sur la croissance future en favorisant l’innovation et en permettant aux économies de réagir avec plus de souplesse aux chocs. Le défi des études futures consistera à explorer, différencier et tester ces hypothèses.

Andy Berg, Jonathan D. Ostry

et Jeromin Zettelmeyer

FMI, Département des études

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