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Prix alimentaires: le FMI collabore avec les États vulnérables

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
May 2008
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Le FMI et les pays membres vulnérables s’efforcent d’évaluer ensemble les effets du renchérissement des denrées alimentaires et, plus généralement, des produits de base sur la position budgétaire, la balance des paiements et le revenu de ces pays.

Plusieurs d’entre eux ont demandé à bénéficier d’une aide financière supplémentaire pour faire face à l’augmentation des coûts des importations alimentaires, et une mission du FMI se rendra prochainement à Haïti pour examiner les besoins du pays en la matière.

Le FMI «collabore aussi avec les pays membres susceptibles d’être touchés par le renchérissement des denrées alimentaires et, plus généralement, des produits de base, pour en évaluer l’effet sur leur balance des paiements et leur situation budgétaire», explique Masood Ahmed, Directeur du Département des relations extérieures.

L’impact du renchérissement des produits alimentaires sur les groupes les plus vulnérables, notamment sur les pauvres des zones urbaines, a d’importantes ramifications sociales—comme en témoignent les émeutes et grèves causées récemment par la cherté de ces produits dans plusieurs pays africains. Bien des pays subsahariens ont eu recours à des mesures d’urgence face à une situation des prix alimentaires en constante évolution.

Politique des prix alimentaires

Il ressort des études du FMI que le renchérissement des denrées alimentaires présente de nouveaux défis, en particulier aux responsables africains, et pourrait avoir un effet négatif sur les pauvres, car ces produits représentent une grande partie de leur consommation.

Actions de suivi

Face à cette situation, le FMI agit sur plusieurs fronts:

• Financement additionnel. Une dizaine de pays, africains pour la plupart, ont évoqué avec le FMI la possibilité d’accroître le montant de leur accord au titre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) en vue de mobiliser le financement additionnel nécessaire pour couvrir les coûts des importations liés à la hausse du prix des produits alimentaires. «Nous donnons maintenant la priorité à cette question dans nos entretiens avec chacun des pays concernés. Notre but est d’accroître le montant de l’accord FRPC lorsque cela est justifié», dit M. Ahmed.

• Aide à l’élaboration d’une riposte. Le FMI travaille en outre avec les pays admissibles à la FRPC ainsi qu’avec d’autres économies à l’élaboration d’une riposte au renchérissement des produits alimentaires. Si les politiques doivent être déterminées au cas par cas, l’aide sociale ciblée est considérée comme la meilleure solution à adopter en un premier temps. D’autres initiatives temporaires—telles qu’une réduction des taxes ou des droits de douane sur les produits alimentaires—peuvent être prises à titre de mesures d’accompagnement.

• Utilisation des facilités de financement. Le FMI dispose de plusieurs instruments de financement pour aider les pays membres à faire face aux tensions exercées par le renchérissement des produits alimentaires sur leur balance des paiements. Les accords de confirmation ont pour but d’aider tous les pays membres à s’attaquer à leurs problèmes de balance des paiements à court terme. La facilité de protection contre les chocs exogènes s’adresse aux pays admissibles à la FRPC qui subissent des chocs ayant un effet négatif sensible sur leur économie, comme la hausse actuelle des prix des produits alimentaires.

• Dialogue avec les exportateurs. Le FMI a encouragé les pays membres exportateurs de produits alimentaires à éviter de causer des perturbations sur les marchés mondiaux en appliquant, par exemple, des restrictions aux exportations alimentaires, et à maintenir les incitations à la production intérieure.

• Coordination avec d’autres organismes. Par ailleurs, le FMI coordonne étroitement ses initiatives avec celles de la Banque mondiale, des Nations Unies et d’autres organisations internationales sur des points qui exigent une action régionale et internationale, parmi lesquels les politiques commerciales et l’apport de fonds additionnels par les donateurs. Murilo Portugal, Directeur général adjoint du FMI, a représenté le FMI à la réunion du 28 avril du Conseil des Chefs de Secrétariat (CCS) des organismes des Nations Unies, qui a porté sur l’impact des coûts élevés des importations alimentaires.

Le 22 avril, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a qualifié le renchérissement des produits alimentaires de «tsunami silencieux» menaçant de plonger dans la famine plus de 100 millions de personnes. Le PAM estime à 755 millions de dollars la rallonge à son budget de base qui est nécessaire pour couvrir la hausse du coût des produits alimentaires et des combustibles depuis juin 2007—chiffre auquel souscrivent le FMI et la Banque mondiale.

Choc alimentaire à Haïti

Andreas Bauer, chef de la mission du FMI à Haïti, a séjourné à Port-au-Prince du 22 au 24 avril pour évaluer l’effet de la hausse des prix des produits alimentaires sur le programme économique du gouvernement et déterminer la meilleure façon d’aider le pays. Haïti a mis en place un programme appuyé par le FMI dans le cadre de la FRPC en novembre 2006.

À l’issue de sa visite, M. Bauer a fait remarquer que Haïti—gros importateur net de produits alimentaires—a été particulièrement touchée par la forte hausse des prix internationaux, qui continue de frapper durement la population. Le choc alimentaire a en outre eu un effet sensible sur l’inflation intérieure et aggravé le déficit commercial.

«Profondément préoccupé par l’impact social de la hausse des prix des denrées alimentaires, le FMI est déterminé à épauler les efforts déployés pour atténuer les souffrances de la population tout en préservant la stabilité économique et sans perdre de vue la poursuite des progrès économiques et sociaux d’Haïti», a-t-il déclaré avant d’ajouter que le FMI appuie la stratégie du gouvernement visant à soulager ces souffrances dans l’immédiat et à stimuler la production agricole.

Le FMI collabore étroitement avec les bailleurs de fonds et les autorités à l’examen des besoins d’aide financière supplémentaire d’Haïti et adaptera le cadre macroéconomique du programme FRPC au choc exogène. Une mission des services du FMI se rendra prochainement à Haïti pour finaliser ces travaux et procéder à la troisième revue du programme.

Une ère de prix alimentaires élevés

Selon les participants à une récente conférence du FMI du 25 avril, l’économie mondiale est entrée dans une ère nouvelle, où les prix des produits de base sont appelés à rester élevés. Michael Dooley (Université de Californie) a prédit lors de la conférence organisée par le FMI à Washington sur la microfinance internationale que les facteurs macroéconomiques continueront probablement de faire monter les prix des produits alimentaires.

«Les seuls éléments qui méritent vraiment d’être signalés pour le moment sur les marchés des produits de base sont les taux de croissance mondiale récents et projetés. Nous sommes entrés dans une ère différente. Je pense que les prix de ces produits vont rester élevés. Sauf pour le pétrole, cette évolution sera, à mon avis, relativement durable», dit M. Dooley.

Takatoshi Ito, de l’Université de Tokyo, a fait observer à la conférence qu’une bulle naît à partir de fondamentaux solides et que, dans le cas présent, c’est la hausse de la demande des marchés émergents, tels que la Chine et l’Inde, qui a entraîné celle des prix des produits alimentaires. «Mais, une fois que les prix commencent à bouger et que les momentum traders, les spéculateurs et les fonds d’investissement spéculatifs entrent en jeu et font monter les prix, deux forces coexistent: une impulsion fondamentale à la base et une bulle au sommet.»

Lutte antipauvreté: acquis menacés

Le 10 avril, Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI, a mis en garde contre la menace que la hausse de 48% des prix des produits alimentaires observée depuis fin 2006 fait peser sur les acquis de la communauté internationale dans la lutte contre la pauvreté.

M. Strauss-Kahn a déclaré que les actions menées contre le renchérissement des produits alimentaires doivent être adaptées aux besoins de chaque pays. Il a ajouté que le FMI pourrait suivre, dans le court terme, quatre lignes d’action:

• Aider les pays à élaborer des politiques macroéconomiques leur permettant de faire face aux chocs.

• Fournir des conseils et une assistance technique aux pays dont les termes de l’échange sont érodés par la hausse des prix des produits alimentaires, afin qu’ils puissent se doter d’un système d’aides au revenu ciblées sur les pauvres—sans remettre en cause les gains durement acquis en matière de stabilisation économique.

• Apporter, par l’intermédiaire de ses facilités de prêt, une aide aux pays dont la balance des paiements est touchée par les chocs sur les prix.

• Œuvrer de concert avec d’autres organismes et donateurs pour aider les pays à atténuer les effets négatifs de la hausse des prix.

À sa réunion du 11 avril, le Groupe consultatif africain du FMI s’est penché sur l’impact de la cherté des denrées alimentaires et des combustibles, ainsi que sur les défis qu’elle pose aux responsables des pays subsahariens et d’autres pays du globe. Selon une déclaration du groupe, nombre de pays subsahariens sont fortement exposés au renchérissement des combustibles et autres produits de base—en particulier les denrées alimentaires, dont les prix élevés risquent de compromettre les progrès réalisés ces 5 à 10 dernières années par de nombreux pays dans la lutte contre la pauvreté.

Subventions temporaires et ciblées

«Les hausses de prix ont été rapides et de grande ampleur. Nous nous accordons à penser que les politiques conduites devraient viser à aider ceux qui sont le moins à même de faire face à ces prix élevés, sans remettre en cause les gains durement acquis de la stabilisation économique», indique le Groupe dans sa déclaration.

Il ressort de la réunion que l’effet des chocs pourrait être atténué par des subventions temporaires et ciblées, qui protégeraient les groupes les plus vulnérables, mais les autorités devraient veiller à ce que ces subventions ne deviennent pas permanentes.

Les délégués ont établi que les pays devraient éviter de mener des politiques, telles que les subventions non ciblées, susceptibles d’avoir des effets de distorsion. En outre, ils ont fait observer que le contrôle direct des prix et des exportations pourrait décourager la production alimentaire, être difficile à appliquer et détourner des ressources rares d’autres objectifs essentiels.

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