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Accord de confirmation: L’Irak progresse sur le front économique

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
March 2008
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Même si la situation reste dangereuse en Irak, les conditions économiques se sont améliorées au cours des deux dernières années et un nouvel accord passé avec le FMI aidera le pays à progresser vers une croissance viable.

L’Irak a accompli d’importants progrès dans le cadre de l’accord de confirmation que le FMI a approuvé en décembre 2005. Le Conseil d’administration de l’institution a entériné un nouvel accord de ce type le 19 décembre 2007 en faveur du pays. La décision de continuer à appuyer l’économie irakienne a été prise en raison des progrès sensibles réalisés dans le cadre du premier programme. Eu égard à la solidité des réserves de change, les autorités ont l’intention de traiter l’accord comme un accord de précaution, ce qui signifie qu’elles n’ont pas l’intention de tirer sur ces ressources.

Le FMI note néanmoins qu’il reste beaucoup à faire pour mettre l’Irak sur la voie d’une croissance durable. Les principaux objectifs du nouveau programme, qui s’étendra jusqu’en mars 2009, consistent à maintenir la stabilité macroéconomique, à stimuler les investissements et la production dans le secteur pétrolier, à faire avancer les réformes structurelles et à renforcer les institutions.

Progrès dans le cadre du premier programme

Un train de mesures panachant l’appréciation du taux de change, le resserrement de la politique monétaire et la discipline budgétaire a permis de réduire fortement l’inflation qui, à la fin de 2006, s’était envolée à 65%. Associée à des mesures visant à réduire la pénurie de combustibles, qui ont fait chuter les prix sur le marché noir, cette politique a limité la hausse des prix à la consommation à moins de 5% en 2007. L’inflation tendancielle, qui ne prend pas en compte les prix des combustibles et des transports, a été ramenée de 32% en 2006 à environ 12%.

En raison des conditions de sécurité, toutefois, la mise en œuvre du programme d’investissement public n’a pas atteint les objectifs inscrits au budget. La production pétrolière et l’activité économique en général n’ont pas enregistré l’expansion attendue. Avant la reprise des exportations de pétrole vers la Turquie par l’oléoduc du nord au dernier trimestre de 2007, la production tournait autour de 2 millions de barils par jour (mdpj) (graphique 1).

Graphique 1Redressement du secteur pétrolier

La production et les exportations irakiennes de pétrole brut ont augmenté en 2007.

(millions de barils par jour)

Citation: 37, 3; 10.5089/9781451975895.023.A008

Sources: autorités irakiennes et Platts (http://www.platts.com).

L’insuffisance de la production de pétrole a été compensée par la hausse des cours mondiaux (graphique 2). La position des réserves de change de l’Irak a continué de s’affermir, permettant au pays de rembourser à l’avance la totalité de l’encours d’un prêt de 2004 dans le cadre de l’opération d’assistance d’urgence après un conflit du FMI qui a précédé le premier accord de confirmation.

Graphique 2Gains à l’exportation

L’Irak a tiré avantage de la hausse des cours mondiaux et de la diminution du rabais appliqué à son pétrole.

(millions de dollars)

Citation: 37, 3; 10.5089/9781451975895.023.A008

Sources: Banque centrale d’Irak; calculs des services du FMI.

Note: le cours du brut (Perspectives de l’économie mondiale) figure entre parenthèses; en 2007, les résultats portent jusqu’à fin août.

Outre l’amélioration de la stabilité macroéconomique, l’Irak a aussi progressé sur le plan des réformes structurelles. Les autorités ont sensiblement relevé les prix intérieurs officiels des combustibles, à l’origine très faibles, pour les aligner sur ceux des autres pays exportateurs de pétrole de la région. Les subventions directes aux combustibles, qui en 2004 représentaient près de 13% du PIB, ont été supprimées en 2007, à l’exception d’une subvention mineure au kérosène. De précieuses ressources ont ainsi été libérées pour la reconstruction et ont permis de minimiser les incitations à la contrebande de combustibles vers d’autres pays. L’amendement de la nouvelle loi sur les pensions destiné à rendre le système viable sur le plan budgétaire et la modernisation du système de paiements comptent aussi parmi les succès remportés.

Objectif: la stabilité

Le maintien de la stabilité macroéconomique reste pour 2008 un objectif clé du programme des autorités, sur lequel seront axées la politique monétaire et la politique de change de la Banque centrale d’Irak. En contenant les dépenses courantes, notamment la masse salariale et les retraites, la politique budgétaire contribuera à alléger les pressions inflationnistes qui s’exercent sur la petite économie non pétrolière du pays. L’augmentation envisagée des investissements de l’État ne devrait avoir qu’un impact minime sur l’inflation, comptetenu de la part importante qu’y occupent les importations.

Le gouvernement a préparé pour 2008 un ambitieux programme d’investissement à la mesure des besoins de reconstruction du pays. Il s’efforce d’accélérer les projets qui n’ont pu être entrepris les années précédentes, notamment dans la reconstruction de l’infrastructure et l’amélioration de l’approvisionnement en électricité, de l’adduction d’eau et de l’assainissement, de l’éducation et des soins de santé. Sous réserve que la sécurité s’améliore suffisamment pour permettre la mise en œuvre du programme d’investissement public et un retour à un fonctionnement plus normal de l’économie, l’activité économique en dehors du secteur pétrolier devrait redémarrer.

Le programme des autorités portera aussi sur le secteur pétrolier et sur la nécessité d’investir davantage pour stimuler la production et sur le besoin d’accroître la transparence. L’augmentation de la production pétrolière sera cruciale pour dégager les ressources nécessaires à la reconstruction à moyen terme. Des projets visant à intensifier la production et la capacité d’exportation au sud et renforcer la protection de l’oléoduc au nord sont en cours ou sont prévus. Si les exportations se poursuivent par le nord, la production pétrolière devrait passer à 2,2 mdpj en 2008, ce qui contribuerait à porter le taux de croissance économique à environ 7%.

Un compteur a été installé dans le terminal d’exportation de Basra et d’autres sont en cours d’installation dans différents ports et installations pétrolières. En 2008, un comité d’experts financiers, composé uniquement d’Irakiens, se préparera à prendre le relais du Conseil international consultatif et de contrôle qui assumait depuis décembre 2003 le rôle de surveillance et d’audit du fonds de développement pour l’Irak, par lequel transitent toutes les recettes pétrolières.

La restructuration du secteur bancaire irakien sera un défi majeur du nouveau programme. Le secteur est dominé par des banques commerciales d’État qui représentent 90% du total des actifs du secteur bancaire (70% pour les seules banques Rafidain et Rasheed). Les banques manquent d’expérience dans les opérations bancaires commerciales et le financement du secteur commercial. Peu de crédits sont alloués au secteur privé et les titres d’État occupent une place prépondérante dans la composition des actifs.

Les dépôts et portefeuilles de prêts des banques irakiennes sont minimes par rapport à ceux des autres banques de la région. La plupart ne disposent pas du savoir-faire nécessaire pour évaluer les risques et, partant, peu d’entre elles octroient des prêts à plus d’un an, d’où la faiblesse de l’intermédiation financière (graphique 3). Le total des portefeuilles de prêts des banques n’atteignait que 2,2 milliards de dollars (4% du PIB) à la fin de 2006, principalement sous la forme de découverts. Le total des dépôts s’établissait à 12,9 milliards de dollars (26% du PIB).

Graphique 3Un secteur bancaire limité

Les dépôts et portefeuilles de prêts des banques irakiennes sont minimes par rapport aux autres pays de la région.

(pourcentage du PIB, 2006)

Citation: 37, 3; 10.5089/9781451975895.023.A008

Sources: Statistiques financières internationales et calculs des services du FMI; autorités irakiennes.

Dans le cadre du programme, des audits financiers et opérationnels des deux plus grandes banques et un plan de restructuration seront entrepris avec l’assistance technique du FMI et de la Banque mondiale. Les autres réformes structurelles incluent la modernisation de la gestion des finances publiques et le renforcement du système de comptabilité et de communication des informations financières de la Banque centrale d’Irak.

L’avenir dépend de la sécurité

Les perspectives de l’Irak à moyen terme sont favorables à condition que la sécurité continue de s’améliorer. Toutefois, la troisième et dernière tranche du rééchelonnement de la dette envers les membres du Club de Paris (20% de sa valeur actuelle nette), prévue pour la fin de 2008, est nécessaire pour assurer la viabilité de la dette extérieure. Il faudrait aussi conclure de nouveaux accords de réduction de dette avec les autres créanciers de l’Irak. Le décaissement de la dernière tranche du Club de Paris dépend des bons résultats obtenus dans le cadre du nouvel accord de confirmation.

Le chemin sera long, mais l’Irak a déjà remporté un certain nombre de victoires. D’importants progrès ont été accomplis pour stabiliser l’environnement macroéconomique et faire avancer les réformes structurelles. Le programme de 2008 mettra l’accent sur des objectifs similaires pour tirer parti de l’élan donné par le premier programme, notamment pour relancer l’économie. Les progrès ne pourront néanmoins se confirmer que si les efforts visant à améliorer la sécurité et renforcer le consensus politique sont couronnés de succès.

Erik De Vrijer, Udo Kock et David Grigorian

Département Moyen-Orient

et Asie centrale du FMI

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