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Ciblage de l’inflation: Le Ghana étudie l’expérience d’autres pays avec l’aide du FMI

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
March 2008
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En mai 2007, le Ghana a officiellement adopté le ciblage de l’inflation comme cadre de sa politique monétaire en expliquant que la stabilité des prix serait l’objectif premier de la banque centrale. Étant seulement le deuxième pays subsaharien à adopter un tel régime (après l’Afrique du Sud), le Ghana n’a guère de modèles régionaux à suivre. Aussi les autorités ont-elles décidé de s’appuyer sur l’expérience d’un large éventail d’autres pays.

«Nous avons certes reçu une assistance bilatérale sur le ciblage de l’inflation de la part de la Banque d’Angleterre et d’autres organismes, mais nous avons jugé qu’il était temps de voir comment d’autres pays s’y prenaient», a expliqué Maxwell Opoku-Afari, Conseiller du Gouverneur de la Banque du Ghana, au cours de sa récente visite au FMI. La délégation ghanéenne a étudié les modèles de ciblage de l’inflation utilisés au Brésil, en Turquie, en Afrique du Sud, au Chili et dans d’autres pays.

Le tournant

Au début de la décennie, le Ghana était confronté à une forte inflation, à des déficits budgétaire et extérieur courant élevés et à une lourde dette extérieure et intérieure. En 1998–99, le taux de pauvreté était d’environ 58%.

Le tournant se serait produit en 2002, année durant laquelle a été mis en place un nouveau cadre de politique monétaire et budgétaire. La loi de 2002 sur la Banque du Ghana a accordé l’indépendance opérationnelle à la banque centrale, établi un ciblage implicite de l’inflation et créé un comité de politique monétaire chargé de la surveillance de la nouvelle politique.

Dans le régime de ciblage de l’inflation du Ghana, les autorités monétaires et budgétaires ont pris ensemble l’engagement institutionnel de faire de la stabilité des prix le but premier de la politique monétaire, auquel sont subordonnés tous les autres objectifs. La fourchette-cible est annoncée dans le cadre du budget annuel et la Banque du Ghana fait régulièrement part de ses objectifs et décisions au public et aux marchés. L’objectif à moyen terme actuel est une inflation d’environ 5%. Parce que cette stratégie de politique monétaire est très transparente, la banque centrale engage bien davantage sa responsabilité dans la réalisation de ses objectifs d’inflation qu’elle ne le ferait autrement. L’objectif étant fixé conjointement avec le Ministère des finances, la responsabilité de celui-ci s’en trouve elle aussi accrue.

«Notre nouveau cadre macroéconomique était ancré sur une réduction de la dette intérieure. Avec la diminution de la celle-ci, qui est tombée d’environ 31% du PIB en 2001 à 13,5% en 2006, nous avons vu l’inflation passer de quelque 62% en 2001 à environ 12,7% aujourd’hui», dit M. Opoku-Afari. Les cinq années de succès du ciblage implicite de l’inflation au Ghana ont encouragé les autorités à adopter officiellement cette politique en 2007.

Comparaisons entre pays

Selon M. Opoku-Afari, son équipe a tiré des enseignements très utiles de sa visite d’une semaine. «Un des enseignements qui ressort nettement de l’expérience de la plupart des pays est l’importance de la politique budgétaire dans les efforts déployés pour franchir la barrière [de l’inflation] à un chiffre», dit-il. Le Brésil et le Chili offrent des études de cas particulièrement importantes sur le ciblage de l’inflation, ajoutet-il, car ces pays ont une loi sur la responsabilité budgétaire semblable à celle dont le Ghana a annoncé l’institution.

M. Opoku-Afari juge instructif l’examen du système sud-africain de ciblage de l’inflation, particulièrement bien établi, ainsi que l’analyse de l’expérience du Nigéria. Bien que ce dernier n’ait pas encore officiellement adopté le ciblage de l’inflation, les autorités ont étudié un modèle mis au point par le FMI. Le Conseiller du Gouverneur fait observer que certains aspects de l’expérience du Nigéria en tant qu’exportateur de pétrole s’appliqueront ultérieurement au Ghana puisque celui-ci a découvert du pétrole l’été dernier.

Phase de transition

La plupart des pays dont le Ghana a étudié l’expérience sont des pays émergents. «Le Ghana n’est plus un pays à faible revenu typique. Ce n’est pas encore un marché émergent, mais il est dans une phase de transition. Il se situe à la frontière», remarque Piroska M. Nagy, chef de la mission du FMI dans ce pays. La croissance annuelle de l’économie ghanéenne dépasse en moyenne 6%. Avec une inflation plus faible, une meilleure discipline budgétaire et une croissance légèrement plus élevée (environ 7,5–8% par an), le Ghana pourrait se ranger parmi les pays à revenu intermédiaire d’ici à 2015.

Cependant, une forte croissance ne va pas de soi. Faute d’une augmentation considérable de l’aide, le gouvernement ghanéen, désireux de stimuler la croissance, a émis des obligations souveraines d’un montant de 750 millions de dollars à la fin de 2007, afin de financer des investissements dans l’infrastructure de l’énergie et des transports.

Maureen Burke

Département des relations extérieures du FMI

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