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Évaluation économique: Nigéria: poursuivre les réformes pour conforter les succès

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
March 2008
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La situation actuelle de l’économie nigériane est la plus solide de l’histoire récente du pays. La croissance est élevée, l’inflation est inférieure à 10% et les positions extérieure et budgétaire sont solides (voir tableau). Le secteur bancaire recapitalisé et les marchés financiers nouvellement actifs soutiennent l’activité privée. Ces progrès tiennent à la mise en œuvre par le Nigéria d’un programme de réformes internalisé. Le FMI a appuyé ces réformes par un programme de deux ans au titre de l’instrument de soutien à la politique économique, qui s’est achevé avec succès à la fin de l’année dernière (voir encadré).

D’après l’évaluation annuelle de l’économie nigériane par le FMI, diffusée le 15 février, les perspectives de croissance pour 2008 sont bonnes. Dans le secteur pétrolier, un rebond de la production est attendu, mais la situation dans le Delta du Niger est à surveiller. Le secteur non pétrolier, en particulier les services et l’agriculture, s’est fortement développé. La croissance de ce secteur est en passe d’atteindre environ 9% cette année si les conditions atmosphériques restent propices à l’agriculture. Les cibles d’inflation à un chiffre sont à la portée du pays, aidé par la force du naira. Le renchérissement des produits alimentaires, dû à des conditions atmosphériques défavorables, est le principal risque pesant sur l’inflation.

Des défis subsistent toutefois, en particulier dans trois domaines essentiels: politique budgétaire et recettes pétrolières, secteur financier et croissance du secteur privé.

Recettes et épargne pétrolières

Le succès de la récente politique budgétaire, qui a eu pour effet d’assurer une forte croissance et de réduire l’inflation, s’est traduit par une accumulation d’épargne pétrolière. L’existence de cette épargne a donné lieu à des pressions, notamment de la part des administrations régionales, en faveur d’un accroissement des dépenses. Les objectifs font l’unanimité: une infrastructure publique plus solide, en particulier dans le secteur de l’électricité, est nécessaire pour soutenir un secteur privé grandissant; il existe aussi un besoin énorme de réduire la pauvreté. La question est de savoir quelle est la meilleure politique budgétaire à suivre et comment utiliser au mieux l’épargne pétrolière pour atteindre ces objectifs.

Les Nigérians savent mieux que quiconque que la réponse à cette question n’est pas tout simplement de dépenser. Bien que le secteur pétrolier ait procuré des centaines de milliards de dollars au pays au cours des dernières décennies, la pauvreté n’a guère diminué pour autant. Dans les premiers temps, les recettes pétrolières ont dynamisé la croissance à court terme, mais ce résultat a été suivi d’une croissance faible, voire négative, et d’un endettement massif. En d’autres termes, le Nigéria a vu son économie suivre une évolution en dents de scie qui lui a été nuisible et l’a maintenue sur une trajectoire de croissance faible.

En 2008, il est essentiel que le pays mène une politique bien équilibrée. Les dépenses ne doivent pas être fixées en fonction des fluctuations des cours du pétrole. Tous les niveaux de l’administration doivent adapter leurs dépenses aux besoins de l’économie et à sa capacité d’absorber ces ressources. Sinon, l’instabilité économique s’instaure au détriment des pauvres et de la compétitivité du secteur privé. En résumé, l’efficacité de la règle budgétaire fondée sur le cours du pétrole, qui a réussi à maintenir les dépenses à des niveaux compatibles avec la stabilité macroéconomique ces dernières années, a joué un rôle central dans le redressement économique du Nigéria. Sans un ancrage analogue de la politique à l’avenir, les progrès accomplis seront menacés.

Contrôle du secteur financier

Le succès des efforts de réforme, la forte réduction de la dette extérieure et le niveau élevé des cours du pétrole mènent le Nigéria sur la trajectoire suivie par les autres pays émergents de la planète, ce qui a donné un regain de vie à son secteur financier. C’est là une bonne nouvelle, mais celui-ci doit être bien géré pour obtenir les meilleurs résultats.

Contribuant pour environ un tiers au PIB de l’Afrique subsaharienne (à l’exclusion de l’Afrique du Sud), le Nigéria suscite un grand intérêt de la part des marchés financiers mondiaux. Il s’y intègre rapidement, comme le montrent le quintuplement des opérations sur titres d’État et le quadruplement de la capitalisation boursière depuis 2005. Le dividende de la croissance est déjà apparent sous la forme d’une augmentation des prêts bancaires dans divers secteurs. En même temps, les défis liés à la politique monétaire et au maintien de la stabilité financière ne feront que s’intensifier. La banque centrale doit redoubler d’efforts pour ne pas se laisser dépasser par les énormes changements en cours dans le secteur et s’assurer que sa capacité de contrôle est à la mesure de la croissance et des activités du secteur bancaire.

Croissance du secteur privé

C’est en fin de compte le secteur privé qui doit être le moteur de la croissance, de la création d’emplois et de la réduction de la pauvreté. Des mesures telles que la libéralisation du secteur des communications et les privatisations ont été payantes, mais il reste encore beaucoup à faire, en particulier pour remédier au déficit d’infrastructure, principal obstacle à la croissance. Une production et une distribution d’électricité insuffisantes, ainsi qu’un manque sérieux de moyens de transport, accroissent le coût des affaires. Le prix de l’électricité pour les agents du secteur privé est estimé à six ou sept fois le prix payé par leurs concurrents internationaux.

La stratégie budgétaire à moyen terme des autorités ménage une enveloppe de dépenses suffisante pour assurer des progrès sensibles dans la correction du déficit d’infrastructure, mais il faut prêter attention à la qualité des dépenses et veiller à l’achèvement des projets. Les objectifs prioritaires sont de déterminer le rôle que doivent jouer les secteurs public et privé, de hiérarchiser les dépenses et de renforcer la gestion des finances publiques.

Prospérité

La forte croissance du Nigéria devrait se poursuivre

Résult. effectifsEst.Projections
20052006200720082009
Croissance du PIB réel (%)6,56,06,39,08,3
Prix à la consommation, moyenne annuelle (%)17,88,35,47,38,5
Solde budgétaire global (% du PIB)9,47,70,46,24,8
Solde budgétaire primaire non pétrolier (% du PIB hors pétrole)–27,2–28,3–27,1–25,0–25,0
Solde des transactions courantes (% du PIB)7,19,40,84,72,4
Sources: autorités nigérianes et services du FMI.
Sources: autorités nigérianes et services du FMI.

Le succès du programme de réformes à ce jour montre que la politique macroéconomique des autorités avait été bien conçue pour éliminer les principaux goulets d’étranglement et saisir les chances offertes. S’agissant de l’avenir, les autorités reconnaissent qu’il est essentiel d’assurer la stabilité macroéconomique pour que l’accélération de la croissance se traduise par un relèvement général des niveaux de vie. Pour cette raison, la gestion prudente de l’épargne et des recettes pétrolières est essentielle à la réalisation du potentiel du Nigéria et à la réduction de la pauvreté.

David Nellor

Département Afrique du FMI

L’ISPE du FMI au bénéfice du Nigéria

Les résultats économiques de l’Afrique n’ayant jamais été aussi bons depuis des décennies, un nombre croissant de pays du continent cherchent une nouvelle forme d’engagement avec le FMI qui réponde moins à un besoin de financement qu’à une demande d’aide pour la mise en œuvre de programmes de renforcement des institutions et de promotion de la croissance.

En réponse, le FMI a créé en 2005 l’instrument de soutien à la politique économique (ISPE). L’ISPE n’est pas un instrument financier (il n’y a pas décaissement de ressources), mais il est structuré étroitement sur le modèle des mécanismes financiers traditionnels du FMI. Pour un État membre, l’ISPE équivaut à l’avalisation de ses politiques par le Conseil d’administration du FMI. Le programme est réexaminé deux fois par an au regard d’un certain nombre de repères et de critères d’évaluation.

L’ISPE signale l’attachement du pays à des politiques saines. Il peut être utile à ce dernier de faire connaître cet attachement aux parties prenantes extérieures (bailleurs de fonds et investisseurs, notamment) pour souligner la qualité du cadre de sa politique économique, mais aussi aux acteurs nationaux (hommes politiques et marchés, par exemple).

Depuis 2005, six pays ont bénéficié d’un soutien au titre de l’ISPE: Cap-Vert, Mozambique, Nigéria, Ouganda, Sénégal et Tanzanie. Ces pays ont tous des antécédents caractérisés par une application réussie des politiques, une forte croissance et l’absence de besoin immédiat de concours financiers du FMI. Ils n’en souhaitaient pas moins que ce dernier reste étroitement engagé dans l’élaboration et le soutien de leurs programmes de réformes nationaux. Dans tous les cas, l’ISPE s’appuie sur une stratégie nationale bien articulée, telle que le programme d’habilitation et de développement économiques du Nigéria (NEEDS).

Le programme ISPE de deux ans du Nigéria, approuvé en octobre 2005, avait pour principaux objectifs de consolider la stabilisation macroéconomique—notamment en réduisant l’inflation—et d’assurer une vaste restructuration de la dette, d’alléger la charge qu’elle représente pour l’économie et de libérer des ressources pour les affecter aux dépenses prioritaires. Les réformes structurelles inscrites à ce programme visaient à améliorer la gestion macroéconomique, à renforcer les institutions publiques et à redéfinir le rôle de l’État dans le soutien d’une croissance tirée par le secteur privé.

À la fin du programme, les résultats et la viabilité macroéconomiques s’étaient améliorés. La croissance du secteur non pétrolier était en moyenne de 8½% et l’inflation était tombée à 6%, résultats supérieurs aux prévisions dans les deux cas. Les positions extérieure et budgétaire se sont sensiblement renforcées sous l’effet de la réduction de la dette par les Clubs de Paris et de Londres et de l’accumulation de l’épargne publique et des réserves internationales. Les économies faites sur le service de la dette ont été affectées aux dépenses de lutte contre la pauvreté. L’amélioration des politiques et les bons résultats macroéconomiques ont accru la confiance, créant ainsi un cercle vertueux.

L’optimisme des marchés financiers au sujet du Nigéria s’est traduit par une notation souveraine de BB—et par le succès des efforts faits par plusieurs banques nigérianes pour lever des capitaux sur les marchés internationaux. Cependant, bien que la majorité des ménages aient vu leur situation économique s’améliorer ou rester inchangée, la pauvreté demeure grande et le pays doit progresser plus rapidement vers les objectifs du Millénaire pour le développement.

Roger Nord

Département Afrique du FMI

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