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Déséquilibres mondiaux: des progrès encourageants mais insuffisants

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
March 2008
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Selon le FMI, les déséquilibres économiques mondiaux auraient atteint leur paroxysme en 2006–07 et devraient s’atténuer plus vite que prévu, mais des efforts restent à faire, car la situation de l’économie mondiale demeure préoccupante.

Sous l’effet du ralentissement de la croissance et de la dépréciation du dollar, la réduction du déficit du compte courant des États-Unis a dépassé les projections. Dans le même temps, les nations excédentaires ont progressé dans la mise en œuvre de plans d’action—mis au point dans le cadre d’une démarche parrainée par le FMI—visant à réduire les déséquilibres.

Les perturbations financières peuvent toutefois se produire de façon soudaine et inattendue, comme ce fut le cas récemment sur les marchés internationaux. Il importe donc de faciliter la résorption des déséquilibres mondiaux, qui, au demeurant, restent substantiels. «Pour les décideurs, le principal enjeu consiste à prendre les mesures nécessaires pour soutenir la croissance mondiale tout en réduisant les déséquilibres susceptibles de créer des perturbations», estime John Lipsky, Premier Directeur général adjoint du FMI.

Les déséquilibres mondiaux s’atténuent

Une démarche soutenue par le FMI

Dans le cadre du cycle de consultation multilatérale lancé en juin 2006, le FMI a amené les principaux acteurs de l’économie mondiale—Arabie Saoudite, Chine, États-Unis, Japon et zone euro—à œuvrer ensemble à une réduction des déséquilibres à la fois ordonnée et propice à la croissance.

L’objectif était d’éviter une correction brutale des déséquilibres créés par l’ampleur du déficit courant américain et des excédents de certaines nations asiatiques et de certains pays producteurs de pétrole. La stratégie suivie par le FMI a pour objet d’encourager l’adoption de mesures visant «à accroître l’épargne nationale aux États-Unis, notamment en rééquilibrant le budget; à faire progresser davantage les réformes propices à la croissance en Europe; à poursuivre les réformes structurelles, y compris le rééquilibrage budgétaire, au Japon; à stimuler la demande intérieure dans les pays émergents d’Asie et à assouplir les taux de change dans plusieurs pays affichant des excédents; et à accroître les dépenses en tenant compte des capacités d’absorption et de la stabilité macroéconomique des pays producteurs de pétrole».

Les plans d’action formulés par les participants en fonction de ces objectifs ont été énoncés dans une déclaration publiée en avril 2007. Le FMI s’est engagé à assurer le suivi de leur mise en œuvre.

Changement de situation

Depuis cette époque, l’économie mondiale a fortement évolué. Les turbulences financières ont ébranlé la confiance dans la monnaie et les marchés du crédit du monde entier. Craignant une crise du crédit et une récession économique dans leur pays, les autorités américaines ont donné une orientation très accommodante à leur politique monétaire et pris des mesures de relance budgétaire pour soutenir l’activité.

L’Europe, elle aussi, a été directement affectée par les perturbations financières. De nombreuses banques de la région ont subi des pertes financières importantes liées à l’utilisation de produits financiers complexes conçus aux États-Unis. Le fléchissement de la croissance américaine, les perturbations financières et le durcissement du crédit ont fait naître la crainte d’un ralentissement économique à l’échelle mondiale.

Baisse du déficit américain

En raison du ralentissement économique et de la dépréciation du dollar, le déficit courant des États-Unis a diminué plus rapidement que prévu—pour s’établir à environ 5½% du PIB en 2007. En outre, les projections de déficit sont nettement plus basses aujourd’hui qu’à l’époque des consultations.

Dans le même temps, la position extérieure nette des États-Unis est restée globalement stable grâce aux gains de valeur et aux différentiels de rendement favorables aux investissements des États-Unis à l’étranger. Comme la position extérieure est meilleure que prévu et que le déficit courant devrait baisser durant les prochaines années, la trajectoire des avoirs extérieurs nets des États-Unis s’est elle aussi nettement améliorée par rapport à juillet dernier. D’une manière générale, les déséquilibres mondiaux semblent avoir atteint leur paroxysme l’an dernier et, selon le FMI, devraient se résorber plus rapidement qu’on ne le pensait au moment des consultations.

De l’utilité de la coopération

Les événements ont-ils rendu les consultations et le suivi du FMI caducs? En fait, selon les analyses du FMI, les événements ont montré qu’une action conjointe visant à atténuer les déséquilibres est encore plus pertinente (et tout aussi importante) aujourd’hui qu’au début du processus. En effet, le double objectif des consultations—faciliter une correction ordonnée des déséquilibres et faire en sorte qu’elle soit favorable à la croissance mondiale—revêt une importance accrue à la lumière des remous financiers et dans la perspective d’un possible ralentissement de l’activité mondiale.

  • Au moment où la confiance du marché est fragilisée et où subsistent des déséquilibres importants, le risque d’un ajustement désordonné reste un sujet de préoccupation manifeste. Les financements étrangers, en outre, pourraient se faire plus rares à l’avenir, et cela pour deux raisons: l’ampleur des pertes subies de façon prolongée par les investisseurs étrangers dans leurs placements en avoirs extérieurs des États-Unis; et la perte de confiance dans la qualité de produits financiers complexes tels que les titres adossés à des créances hypothécaires et les obligations structurées appuyées à des emprunts.

  • L’asymétrie des fluctuations des devises vis-à-vis du dollar américain souligne la nécessité de procéder à des ajustements sur une base élargie. D’un autre côté, la persistance d’ajustements asymétriques risque d’encourager le protectionnisme, surtout si la croissance mondiale se ralentit.

  • En raison du ralentissement en cours aux États-Unis, de la baisse des prix immobiliers et du durcissement du marché du crédit, on peut s’attendre à une normalisation du faible taux d’épargne des ménages américains. Toutefois, l’affaiblissement de la demande américaine devra être compensé par une hausse de la demande intérieure dans d’autres pays si l’on veut éviter que la croissance mondiale ne fléchisse davantage.

  • L’instabilité des prix du pétrole pourrait ralentir la résorption des déséquilibres mondiaux en raison de la vigueur persistante de la demande des pays émergents et des préoccupations suscitées par l’offre. La flambée des cours pétroliers pourrait alimenter les déséquilibres en accentuant le déficit de pays importateurs tels que les États-Unis et l’excédent d’exportateurs comme l’Arabie Saoudite.

Graphique 1Les déséquilibres se résorbent1

Le total des déséquilibres mondiaux des comptes courants diminue plus vite que prévu.

(en pourcentage du PIB mondial)

Citation: 37, 3; 10.5089/9781451975895.023.A001

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 Le graphique illustre la somme mondiale des déséquilibres des comptes des transactions courantes en additionnant les déficits et les excédents en valeur absolue.

Graphique 2La position des États-Unis s’améliore

Grâce à la dépréciation du dollar, le déficit du compte courant des États-Unis devrait continuer de baisser, ce qui contribuera à ralentir l’endettement extérieur.

(pourcentage du PIB mondial)

Citation: 37, 3; 10.5089/9781451975895.023.A001

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: courbe pleine = projections des Perspectives de février 2008; ligne pointillée = projections des Perspectives de juillet 2007.

Des progrès réels…

Le suivi de l’exécution des plans d’action des cinq participants effectué par le FMI révèle que des avancées ont été accomplies dans plusieurs domaines depuis les consultations:

  • La Chine a accompli des progrès sur la voie du rééquilibrage de la croissance en faveur de la demande intérieure et a fait quelques pas vers un assouplissement de sa politique de change.

  • L’Arabie Saoudite a accru ses dépenses d’infrastructures sociales et économiques.

  • Dans la zone euro, les États membres ont pris des mesures pour accélérer l’intégration financière et harmoniser les stimulants sur le marché du travail.

  • Le Japon a progressé dans la réforme des marchés des produits et le rééquilibrage des finances publiques.

  • Aux États-Unis, outre la diminution du déficit courant, la principale avancée est la compression, continue et plus rapide que prévu, du déficit budgétaire fédéral jusqu’à la fin de l’exercice 2007, quoique le déficit devrait s’accroître temporairement durant l’année fiscale 2008-09 en raison du ralentissement économique et des mesures de relance récemment adoptées.

… mais insuffisants

Les progrès accomplis à ce jour sont encourageants, mais des efforts restent à faire. Au vu des événements récents, en outre, il est possible de faire encore avancer les plans d’action dans certains domaines essentiels, mais à condition de faire preuve de la souplesse nécessaire pour prendre en compte l’évolution rapide de la situation mondiale:

  • En Chine, une dépréciation plus rapide du renminbi permettrait d’élargir l’ajustement des taux de change et de dégager la marge de manœuvre nécessaire à un resserrement de la politique monétaire apte à prévenir les tensions inflationnistes. De surcroît, la mise en œuvre de programmes budgétaires visant à stimuler la consommation intérieure contribuerait à rééquilibrer la demande et à soutenir l’économie mondiale en cas d’aggravation du ralentissement.

  • En Arabie Saoudite, l’intensification des pressions inflationnistes indique qu’il convient de maintenir les dépenses prioritaires dans des domaines fondamentaux tels que l’infrastructure, afin de réduire les goulets d’étranglement au niveau de l’offre.

  • Dans la zone euro, les pertes importantes subies par les banques européennes à la suite de la crise du marché américain des subprimes soulignent la nécessité non seulement de poursuivre l’intégration, mais aussi de renforcer les dispositifs destinés à promouvoir la stabilité financière. Il est nécessaire de réaliser des réformes efficaces sur le marché des produits pour améliorer le climat des affaires et soutenir la croissance. Des réformes s’imposent aussi sur le marché du travail pour stimuler la productivité et accroître l’utilisation de la main-d’œuvre.

  • Au Japon, dont la politique économique offre peu de latitude pour réagir à un éventuel ralentissement économique, l’amélioration des perspectives de croissance et l’accroissement de la demande intérieure passent dans une large mesure par des réformes structurelles. Il est primordial d’accroître la flexibilité et la participation de la main-d’œuvre et de stimuler la productivité grâce à des mesures de déréglementation.

  • Aux États-Unis, enfin, le ralentissement de l’activité menace les progrès accomplis dans la réduction du déficit fédéral. Toutefois, les pressions que le vieillissement de la population et la protection sociale exercent à long terme sur les finances publiques soulignent combien il est important de respecter les objectifs de rééquilibrage budgétaire fixés à moyen terme. Ainsi, même si la conjoncture justifie la mise en œuvre, en temps opportun, de mesures de relance budgétaire, celles-ci doivent rester purement temporaires et être conçues de façon à prévenir une accentuation du ralentissement économique sans pour autant mettre en péril les objectifs budgétaires à moyen terme.

En conclusion, les plans d’action établis dans le cadre des consultations restent donc un guide utile pour la mise en œuvre de mesures aptes à la fois à servir les intérêts nationaux et à réduire les risques qui pèsent sur l’économie mondiale.

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