Article

Assemblée annuelle 2007: Pleins feux sur la mondialisation et la nouvelle structure de l’aide

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
December 2004
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

Un groupe d’éminents économistes s’est penché, le 19 octobre, sur les effets des turbulences financières provoquées par la crise de l’immobilier aux États-Unis lors d’un séminaire sur la mondialisation, l’un des trois colloques organisés sur des thèmes d’ordre économique durant l’Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale qui s’est tenue à Washington.

Les deux autres conférences ont porté sur la nouvelle structure de l’aide internationale et les changements climatiques. Des sessions subsidiaires ont été tenues.

Première crise de la mondialisation

Selon Nouriel Roubini, professeur d’économie et de commerce international à la Stern School of Business de New York University, l’effondrement de l’immobilier aux États-Unis est «la première crise de la mondialisation et de la titrisation financières». Lorsque les emprunteurs à haut risque de Californie ou de Floride ont failli au remboursement de leurs prêts immobiliers, certains investisseurs de régions aussi lointaines que l’Europe, l’Australie et l’Asie qui avaient acheté des titres garantis par des pools d’hypothèques aux États-Unis ont subi des pertes.

Comme l’a dit Stanley Fischer, animateur des débats et Gouverneur de la Banque d’Israël, le problème a pour cause «les prêts hypothécaires très imprudents des créanciers d’origine».

L’ampleur des pertes est encore incertaine, de même que le lieu de détention de bien des titres, selon Larry Hatheway, économiste en chef à UBS AG, qui estime à environ 2 billions de dollars les prêts présentant un risque de défaut de paiement et à un montant pouvant aller jusqu’à 200 milliards de dollars le total des défauts.

À l’ère de la mondialisation et de la titrisation, «nous devrions nous attendre à voir se reproduire ce que nous avons observé cet été», a déclaré Mohamed A. El-Erian, Président et PDG de la Harvard Management Co.

Si l’effondrement du subprime frappe durement l’économie américaine, les choses iront mal pour le reste du monde, car ce pays reste le moteur de l’économie mondiale, estime pour sa part Hiroshi Watanabe, Conseiller spécial du Président du Japan Center for International Finance.

Les sessions subsidiaires sur la mondialisation ont traité de l’essor des fonds privés de placement en actions et des fonds spéculatifs (hedge funds) et de la nécessité de promouvoir le soutien à la mondialisation.

Nouvelles sources de liquidité

Outre les fonds spéculatifs et les fonds privés de placement en actions, la mondialisation a mis au jour d’autres sources de liquidités, parmi lesquelles les investisseurs des nations riches en pétrole, les banques centrales asiatiques et les fonds souverains. Tous ces acteurs ne sont pas appelés à disparaître, estime Tanya Beder, Présidente de la SBCC. Selon elle, ces deux types de fonds représentent 25 % des investissements des fonds de pension dans le monde.

Selon Garrett Moran, Directeur général principal du Blackstone Group, certains de ces nouveaux acteurs aident les pays émergents à tirer profit de la mondialisation.

Soutien à la mondialisation

Selon Nancy Birdsall, Présidente du Center for Global Development (CGD), la mondialisation suscite l’hostilité populaire parce qu’elle produit des «gagnants et des perdants», principalement en raison de carences en matière d’éducation.

Les institutions multilatérales peuvent être utiles en assurant des investissements dans l’éducation, le capital humain et dans des interventions qui rehausseront la compétitivité des pays pauvres, estime Stephen Roach, Président de la Morgan Stanley Asia.

La nouvelle architecture de l’aide

La structure de l’aide au développement a énormément changé ces dernières années, par suite de l’augmentation sensible du niveau de cette aide et du nombre de partenaires pour le développement.

L’accroissement de l’aide et la prolifération des bailleurs de fonds et autres acteurs peuvent poser des problèmes, faisait remarquer le Président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, durant la session principale sur la nouvelle architecture de l’aide, mais fondamentalement ils offrent de nouvelles possibilités, apportent de nouvelles idées, approches et innovations ainsi qu’un surcroît de ressources humaines et financières.

Selon M. Zoellick, le défi fondamental est de «relier tous les éléments dans une nouvelle structure» qui accroîtrait l’efficacité et l’internalisation des programmes d’assistance.

Tous les participants à la session plénière, qui a été animée par Richard Manning, Président du Comité d’aide au développement de l’OCDE, ont souligné le besoin urgent d’améliorer les mécanismes de prestation de l’aide.

Mme Birdsall a appelé à procéder différemment pour évaluer l’impact de l’aide: ce serait aux pays bénéficiaires de juger de leurs politiques et initiatives de développement et non aux pays donateurs d’évaluer leurs projets; un modèle d’aide fondée sur les résultats remplacerait la conditionnalité et la méthode de la carotte et du bâton; les donateurs seraient plus nombreux à financer des biens publics mondiaux dans des domaines tels que la santé, l’énergie et les changements climatiques; et des mesures seraient mises en place pour inciter les employés qualifiés à rester dans la fonction publique.

Kwadwo Baah-Wiredu, Ministre des finances et de la planification économique du Ghana, préfère centrer la réforme sur la composition et la volatilité de l’aide, insistant sur le sentiment de frustration des pays bénéficiaires face au manque d’aide librement utilisable et à l’imprévisibilité des flux d’aide.

Alan R. Gillespie, PDG de la Facilité internationale de financement pour la vaccination (IFFIm) et Président de l’Ulster Bank (Irlande), dont la facilité a recueilli plus d’un milliard de dollars par la vente d’obligations sur les marchés de capitaux, a déclaré que la philanthropie privée peut galvaniser le secteur public.

Nouvel «âge d’or» de la philanthropie?

La nature et le rôle des fondations dans le développement ont fait l’objet de la session suivante. Ces fondations, qui veillent à préserver leur indépendance à l’égard de l’État, tiennent souvent compte des priorités et préférences de leurs fondateurs et conseils d’administration. Contrairement aux organismes officiels de développement, elles peuvent cibler plus précisément leurs efforts et prendre des engagements à bien plus long terme.

«La mondialisation suscite l’hostilité populaire parce qu’elle produit des «gagnants et des perdants», principalement en raison de carences en matière d’éducation.»

Elles prennent souvent plus de risques dans la recherche d’approches novatrices, ce qui est par nature difficile à concilier avec le penchant de la communauté du développement pour l’évaluation et le suivi des opérations.

La santé au premier rang?

Dans la session qui suit, les participants ont examiné le secteur de la santé, où l’aide a le plus augmenté. Ils ont évoqué la nécessité d’harmoniser les prestations d’aide et de gérer l’imprévisibilité des niveaux d’assistance, ainsi que le manque de concordance entre les décaissements d’aide et les plans nationaux de santé.

Réaction aux changements climatiques

Les participants ont convenu que la science du changement climatique est chose essentiellement établie: la terre se réchauffe sous l’effet de l’activité humaine, principalement de l’émission de CO2 produite par les combustibles fossiles.

Yvo de Boer, Secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, a déclaré que la prochaine étape est une réponse de nature politique, à commencer par une conférence qui se tiendra à Bali en décembre pour établir les négociations formelles d’un nouvel accord sur les changements climatiques.

Tout ce que la conférence doit faire, dit-il, c’est lancer le processus. Mais si elle n’y parvient pas, l’intérêt du public se dissipera et il y aura alors des problèmes, car la plupart des scientifiques pensent que l’on dispose de dix à quinze ans pour régler la question des émissions.

Selon Valli Moosa, Président de l’Union mondiale pour la nature, les ONG sont contrariées par la lenteur des autorités à mettre en œuvre des mesures faciles à prendre: encourager l’utilisation de lampes fluorescentes compactes, promouvoir l’achat de véhicules hybrides et établir une réglementation plus écologique des activités de construction.

Jon Williams, chef du Groupe Développement durable de la HSBC Bank, a déclaré que le secteur privé veut et peut jouer un rôle important. Mais les investisseurs ont besoin d’un accord mondial sur les changements climatiques. «Lorsque nous finançons des projets à un horizon de 20 à 30 ans, nous avons besoin de certitudes à long terme sur des questions telles que les réglementations et les allégements fiscaux.»

Other Resources Citing This Publication